« Holy » Kaamelott & Holy Grail: en attendant la sortie au cinéma

kaamelott_serie_televisee_humour_alexandre_astier_roi_arthur_episode_inedit_detournement_fan_artSujet : humour, Kaamelott, Alexandre Astier, série télévisée, série culte, Saint  Graal,   légendes arthuriennes, roi Arthur. comédie, médiévalisme,
Période : moyen-âge central pour le roman arthurien, haut moyen-âge pour la légende.
Auteur : Alexandre  Astier
Distribution :   CALT production, M6
Médias : détournement affiche cinéma

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons aujourd’hui un peu de détente à la façon Kaamelott, en tirant encore partie du temps qui nous est laissé avant que ne sorte le premier opus de la trilogie sur grand écran. Nul besoin de préciser que nous sommes, là encore, bien plus dans le médiévalisme que dans le moyen-âge réaliste, et bien plus dans l’humour contemporain que dans l’humour médiéval au sens propre.

kaamelott_serie_televisee_cinema_monty_python_sacree_graal_alexandre_astier_non-sens_humourQuoiqu’il en soit, avant la date tant attendue par des millions de fans impatients, et dont il n’est pas impossible que ce petit cachottier d’Alexandre Astier (oui non je sais, c’est un peu familier, je l’ai senti en le disant) nous la taira jusqu’à la sortie effective du film en salles, voici donc une digression et une affiche de cinéma totalement imaginaire, certainement très loin d’ailleurs de ce que nous réserve le premier long métrage de l’auteur de la série culte autour du Saint Graal et du roi Arthur. Ceux qui connaissent bien les Monty Python et leur Holy Grail ne manqueront pas de reconnaître l’inspiration plutôt marquée de ce détournement.

kaamelott_holy_grail_saint_graal_humour_affiche_cinema_detournement_alexandre_astier_hommage_Monty_Python

B_lettrine_moyen_age_passionien sûr, il s’agit là encore d’un clin d’oeil et d’un hommage rendu à la série française, en l’inscrivant dans l’univers de référence des Monty Python et de leur Holy Grail.  En 75, le film fit l’effet d’une bombe et l’on a quelquefois du mal à se souvenir du souffle et du ton nouveau que les six comédiens britanniques amenaient alors dans les salles. Dans l’Angleterre conservatrice, l’impertinence de cette bande qui osait tous les contre-pieds et passait tous les sujets au crible de leur humour déjanté faisait aussi débat et divisait; difficile en tout état de cause, de demeurer indifférent.

Si l’absurde et le non-sens sont au rendez-vous dans Kaamelott, à travers de nombreux dialogues et situations, sans faire d’échelle et pour des raisons ne serait-ce que culturelles, on ne peut pas pour autant  comparer point par point  l’humour présent dans la série télévisée avec les délires très british des Monty Python qui faisaient, par exemple, courir le roi Arthur à pied sur un rythme kaamelott_monty_python_sacree_graal_non-sens_humourde noix de coco pour simuler le bruit de son cheval ou qui faisaient encore intervenir des cars de police pour arrêter les frais, dans un anachronisme totalement assumé.

L’anachronisme est aussi présent dans Kaamelott et c’est même un moteur humoristique dont Alexandre Astier use à de nombreuses reprises, mais s’il joue allègrement avec le non sens et s’aventure, on peut même le dire, bien plus loin que de nombreuses oeuvres comiques françaises sur les rives de l’humour british (et de son sens du non-sens), il y a indéniablement aussi, dans son écriture, une vraie touche de comédie française « classique » dans les situations. Par ailleurs, n’importe quel anglais mis en face de la série vous le dira, ça n’arrête pas de lever le ton et de s’engueuler dans Kaamelott, ce qui est perçu, semble-t-il, outre manche, comme « typiquement »  français.

Au delà des différences évidentes, pour qui aime les Monty Python et leur humour, on ne peut s’empêcher pourtant de voir une vraie forme de filiation entre cette version française d’Alexandre Astier autour de la « Matière de Bretagne » comme la définissait  Jean Bodel et la version des joyeux drilles anglais. Dans les deux cas, il s’agit bien de revisiter de manière légère et totalement décalée une oeuvre sérieuse, sans pour autant considérer que l’humour n’est pas une affaire à prendre au sérieux.

D’ailleurs, l’auteur de Kaamelott lui-même ne cache  pas son admiration pour les comiques anglais  et nous reprenons ici, en guise de conclusion,  ses propres mots, tirés d’un interview qu’il donnait en 2013, au journal Le Progrès, dans le cadre du Festival Lumière.

Qu’est ce qui rapproche les Monty Python de Kaamelott ?

kaamelott_monty_python_sacree_graal_alexandre_astier_non-sens_humour« Je dirais qu’il y a quelque chose de l’ordre de la bienveillance paternelle. Pour nous, la mythologie, la légende arturienne, l’ancien testament sont à tout le monde, ce sont des matières faites pour être triturées. La légende arturienne est un mur et chacun met sa brique, y compris George Lucas avec « Star Wars ». Les Monty peuvent déconner, mais ils ne sont jamais pris en défaut de respect, c’est ça que j’aime chez eux. Ma scène préférée de » Sacré Graal », c’est quand le châtelain dit aux deux gardes de surveiller la chambre de son fils. Ça dure un quart d’heure parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’on leur demande. Le fait qu’au cinéma, des auteurs aient consacré plusieurs minutes d’écran utile à deux mecs qui ne comprennent pas, pour moi, ça a été une véritable révélation. C’est l’essence même de la comédie. »
Alexandre Astier, propos recueillis par François Monnet, Le progrès

Vous aurez noté au passage les géniales illustrations de Terry Gilliam qui émaillent cet article. En réalisation, comme en animation, ses créations ont amené une touche unique dans les productions télévisuelles comme cinématographiques des Monty Python.

Pour retrouver tous nos articles au sujet de Kaamelott, suivez ce lien.

En vous souhaitant une belle journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus  Ier s. av. J.-C

Agenda : autres célébrations, fêtes et animations médiévales du week-end

agenda_sortie_historique_festivals_fetes_ripailles_week_end_theme_medieval_moyen-ageSujet : agenda, fêtes médiévales, animations, compagnies, spectacles, marché médiéval,
Lieu : Gironde, Ille-et-Villaine, Auvergne, Val d’Oise.
Evénement: Fêtes, marchés et animations médiévales d’ici et d’ailleurs
Dates : des 30 septembre au 1er octobre 2017

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passion l’approche de la fin de semaine, voici un nouvel article pour compléter l’agenda des manifestations aux couleurs du moyen-âge qui vous attendent encore, ici ou là, et qui sont, il faut bien le dire, déjà bien moins nombreuses à l’approche du mois d’octobre. Comme à l’habitude, il s’agit encore une fois d’une sélection faite dans les événements qui couvrent le week end.


Les Journées médiévales du château de Langoiran en Gironde

Lieu : Langoiran, Gironde, Aquitaine
Dates : des 25 au 30 septembre 2017

journees_animations_medievales_chateau-fort_langoiran_soties_celebration_moyen-ageEdifice défensif dont les premières pierres furent posées au courant du XIIIe siècle, le château médiéval de Langoiran a encore de beaux restes et beaucoup de charme.

Prestigieuse seigneurie du temps du puissant duché d’Aquitaine, le fief fut, durant la plus grande partie de son Histoire, l’allié des Anglois, et l’on y célébrera ce week end, pour la huitième année consécutive de grandes journées médiévales, autour du retour de Bertrand de Montferrand, chevalier et baron de Guyenne des XIVe XVe siècle et seigneur de Langoiran,

Comme les éditions précédentes, c’est la compagnie médiévale gasconne Fortress Combat qui aura en charge l’animation de l’événement.  Au programme, saynètes mêlant théâtre et combats, joutes à l’épée, initiation à l’escrime ancienne, mais encore traditionnels ateliers et campements à la découverte de la vie militaire et civile du moyen-âge. Pour les amateurs d’énigmes historiques, il y aura même une chasse au trésor.


La voix des murs : spectacle son et lumière et village médiéval au Château du Bois-Guy

Lieu : Parigné, iIle-et-Vilaine.  Haute-Bretagne
Dates : Samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2017

Tous les soirs, du 25 au 30 septembre inclus, l’Association  Mets-toi en scène propose un spectacle son et lumière mêlé de théâtre et de scènes d’évocation, avec pour thème, pour fond et pour décorum le Château du Bois-Guy, à Parigné, en Haute-Bretagne.

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Pendant les deux heures de ce spectacle titré « la voix des murs » et mis en scène  par Jean Barrier, près d’une centaine de comédiens évoqueront l’histoire du château à travers les siècles, en partant du XIVe siècle jusqu’à nos jours et même un peu au delà dans le futur. Avant le spectacle, pour se plonger dans l’ambiance, un village médiéval, ouvert dès 18H00, se tiendra également sur place avec présentation d’artisanat à l’ancienne, animations médiévales, et joyeuses ripailles.

Pour en dire deux mots, si l’on peut dater le domaine du Bois-Guy et ses dépendances de la période médiévale, le château actuel est, quant à lui plus tardif et date du XVIIe. C’est aujourd’hui  un établissement hôtelier de prestige et un restaurant fort bien côté, mis en place et tenu depuis 2009 par le danois Mickaël Linhoff et le suisse Mathias Haefeli,

Consultez la page Facebook de l’événement la Voix des Murs.


La fête médiévale de Leignecq

Lieu : Merle Leignec, Loire – Rhône-Alpes-Auvergne
Dates : Samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2017

agenda_sorties_fetes_animations_compagnies_medievales_LeignecqIl s’agit de la deuxième édition de cette fête médiévale, organisée par la commune de Merle Leignec.

Au programme  de ces deux journées de célébration, déambulations, spectacle équestre, vol d’aigles et fauconnerie, tir à l’arc et escrime ancienne pour la partie martiale et militaire, mais encore musiques et diverses autres animations d’époque.

Tout droit sortis du moyen-âge, les Seigneurs de Leignecq y seront à l’honneur et on comptera sur place avec la présence de quelques belles compagnies de reconstituteurs, venues pour l’occasion :

Les Aigles de Rochebaron de Bas en Basset – Les Natchipoy (musique et danse) – Cendreloup  (campement et démonstration de combat) –  Les Archers d’Usson en Forez  –  Méluzine (cracheurs de feu) – Les cavaliers de Leignecq 

Voir le programme complet de la fête médiévale de Liegnecq


Haches & Hydromel, un Marché médiéval et une fête Viking au château de Menucourt

Lieu : Menucourt, parc du château, Val d’Oise, Ile-de-France
Dates : Samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2017

Organisé par la jeune Association d’évocation Viking Flokkr of Bekri, l’événement s’étalera sur deux journées et proposera, en plus des échoppes d’artisans médiévaux et produits,  un campement ainsi que diverses animations inspirées des vikings du haut moyen-âge (du IXe au XIe siècle).

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Au programme et sur fond de musique médiévale, rituels viking, ateliers divers : fabrication de cotte de maille, entraînement aux combats, frappe de monnaie, etc. En tout, trois associations seront sur place dont deux spécialisées sur le thème des vikings. De son côté, le marché devrait compter une bonne vingtaine d’exposants.

Voir le programme sur le FB de l’Association Flokkr of Bekri


Quelque soit votre programme, nous vous souhaitons une excellente fin de semaine dans la joie.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« Pardonnez-moi, Prince, si je suis foutrement moyenâgeux. »
Georges Brasssens – Le moyenâgeux –  1966

Les Revues historiques : 350 « reconstituteurs » à Amboise ce week-end

revues_historiques_fetes_animations_medievales_heraldique_armoirie_blason_amboise_val_de_loireSujet :  fêtes historiques, animations médiévales, reconstitution, camps, artisanat, guerriers, combattants et métiers d’antan,
Lieu : Amboise, Indre-et-Loire, Val de Loire
Evénement : Les Revues Historiques 
Dates : samedi 30 septembre et dimanche 1er octobre 2017

Bonjour à tous,

T_lettrine_moyen_age_passionous les deux ans, depuis 2011, la ville d’Amboise, en Indre-et-Loire organise les revues historiques, soit deux journées complètes pour célébrer l’Histoire, de l’Antiquité à nos jours.

Pour l’édition de cette année, le thème privilégié sera le moyen-âge, ce qui tombe fort bien puisqu’il s’agit de notre sujet de prédilection. Du côté du programme, camps et bivouacs, ateliers et animations variées se tiendront sur la belle et verte île d’or, au milieu de la Loire.

Démonstrations d’artisanat médiéval et ancien, danse et musique,   présentations de mesnies et de guerriers en tenue d’époque, manoeuvres et agenda_fetes_sorties_animations_medievales_revues_historiques_amboise_val_de_Loirecombats, l’événement fournira aussi l’occasion de découvrir le matériel et la vie quotidienne des troupes sur les périodes historiques couvertes.

Compagnies & associations médiévales présentes :

Compagnie des Hauts Cœurs – Compaings & Commères – La Mesnie du lion et de l’hermine – La Compagnie du loup argenté  – La Compagnie des Chiens de guerre – Antioche 1180-1200 –  Saor Alba – Vikingar Vegrinn

Le moyen-âge ne sera pas seul représenté puisque la manifestation s’étalera des Vikings à la guerre de Corée avec trois grandes périodes pour les campements : médiéval, Empire et XXe siècle et un total de plus de 40 associations historiques. Fait remarquable, ces Revues Historiques sont constituées et animées essentiellement par des bénévoles. Plus de 350 reconstituteurs sont attendus cette année, suivant les organisateurs.

Pour les petits creux, les grandes faims ou encore les envies de faire quelques emplettes, un marché artisanal et gourmand sera également sur place.

 A noter encore que l’accès à l’événement demeure totalement gratuit.

Voir informations complémentaires, détail du programme et contacts sur le site de la ville d’Amboise.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toute ses formes

L’ensemble Syntagma à la découverte du compositeur médiéval Jehannot de Lescurel

musique_poesie_medievale_media_book_livre_disque_jehan_de_lescurel_moyen-age_XIIIe_XIVeSujet : musique médiévale, poésie médiévale, amour courtois, Ars Nova, compositeur médiéval,  Roman de Fauvel, Manuscrit français MS 146
Période : moyen-âge central, XIIIe, XIVe 
Auteur : 
Jehannot (ou Jehan) de Lescurel (ou L’escurel)
Ensemble: Syntagma et Alexandre Danilevsky
Album :
livre-disque & media book sur Jehan de Lescurel

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avons le plaisir de vous présenter aujourd’hui à la fois un compositeur des XIIIe, XIVe siècles,  un ensemble musical ayant une prédilection pour les musiques anciennes, mais encore un livre-disque qu’ils ont édité autour de ce compositeur. En route donc pour un voyage au coeur de la musique médiévale actualisée par la vibrante passion d’artistes de notre temps !

Jehannot de Lescurel :
compositeur et poète des XIIIe, XIVe siècles

deco_medievaleCompositeur, chansonnier et poète du XIVe siècle et peut-être de la fin du XIIIe, Jehannot de Lescurel n’a laissé pour trace que son oeuvre : trente-quatre pièces lyriques, annexées au célèbre et très satirique « Roman de Fauvel« , dans le manuscrit ancien, fr 146 de la BnF, daté du XIVe siècle. De la vie de cet artiste, pour l’instant, nous ne savons rien et les quelques hypothèses fantasques qui en avaient fait, au début du XXe siècle, un clerc à demi-criminel, pendu en 1304 à Paris pour « débauches, meurtres et vols » ont depuis été rejetées par les historiens, faute de documents pouvant l’attester; il semblerait en effet, qu’on se soit alors emballé un peu vite sur la foi d’une simple homonymie.

Malgré cette absence de biographie certifiée, du point de vue artistique, les musicologues avertis s’accordent à faire de Jehannot de Lescurel un des maîtres annonciateurs de la transition vers l’Ars Nova. On le décrit aussi comme à la synthèse de la tradition musicale des trouvères et celle des troubadours provençaux, même s’il n’est déjà plus lui-même un trouvère, mais bien un compositeur à part entière, comme le sera Guillaume de Machaut  autour de la même période.

Du point de vue de leur notation, ses compositions pourraient être parmi les premières de l’Histoire de la musique occidentale et médiévale à pouvoir être jouées « littéralement ». On se souvient que musique_poesie_medievale_manuscrit_ancien_francais_146_roman_fauvel_jehan_lescurel_XIVe_XIIIeles systèmes de notation musicales précédents cette période laissaient souvent un large et libre champ aux interprètes sur certains points, notamment la rythmique (voir article troubadours).

Du legs de Jehan de Lescurel, on ne dispose, pour l’instant, que d’une seule composition polyphonique même si les pièces retrouvées laissent supposer qu’il ait pu en produire bien plus. Elles sont donc toutes, à un exception près, monophoniques et se répartissent, dans des formes déjà clairement fixées, en virelais, ballades, rondeaux et Dits entés.  Du point de vue des thèmes de prédilection, les chansons et poésies du compositeur gravitent autour de l’amour courtois dans un style très épuré, qui, il faut bien le dire, tranche totalement avec le ton satirique et pamphlétaire du Roman de Fauvel du MS 146 auquel on les a trouvées jointes.

SONGÉ .I. SONGE : un livre-disque original tout entier dédié à l’art de Jehan Lescurel

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaaire mieux connaître et surtout donner à entendre la musique et l’art de Jehannot Lescurel, voilà donc le pari relevé par l’Ensemble Syntagma, formation spécialisée dans les musiques anciennes et qui nous en livre, aujourd’hui, deco_medievaleune véritable étude.  L’oeuvre se présente comme un Livre-Disque et le CD y est donc accompagné d’une véritable présentation sur le compositeur du XIIIe siècle. En tout, ce sont plus de 80 pages de réflexions et d’impressions sur la poésie des XIIIe, XIVe et sur l’auteur du dit « Gracieux Temps », à destination des amateurs éclairés ou simplement curieux de musique et de poésie médiévale.

Pour la partie sonore, musicale et acoustique, treize pièces du compositeur médiéval sont présentées entre versions instrumentales et lectures. En voici d’ailleurs un extrait  donné par l’ensemble au Festival International de Wilz, au Luxembourg (2011).

Vous pouvez également consulter ce lien pour une présentation détaillée de ce média-book,

L’ensemble Syntagma à la redécouverte des musiques anciennes ou médiévales oubliées

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble Syntagma a été fondé en 1996 par le compositeur et instrumentiste Alexandre Danilevsky. Pianiste, lutiste, vieilliste, cet artiste aux multiples talents est russe de naissance, mais vit en France depuis de nombreuses années. Après avoir étudié la composition à Saint-Petersbourg, sa passion pour la musique l’a conduit à se pencher sur la « early music » qu’il a étudiée en Suisse, à la Scola Cantorum Basilensis, institut de recherche et d’enseignement spécialisé dans les musiques anciennes. Pour lui, dusse-t-elle avoir été écrite il y a 800 ans, la musique est faite pour être jouée et sa place n’est pas dans les musées. De fait, il s’emploie désormais activement à faire vivre un répertoire qui va du moyen-âge à la renaissance, et c’est à cette fin qu’il a fondé l’ensemble Syntagma.

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Curieux de tout, créatif jusqu’au bout de l’âme, et entièrement dévoué à son art, Alexandre Danilevsky semble avoir une prédilection pour aller chercher dans les répertoires passés et, en l’occurrence pour ce qui nous intéresse, le moyen-âge, des oeuvres méconnues ou peu jouées, auxquelles il se plait à redonner vie. C’en est à un point qu’il caresse même l’idée de créer un jour « Un festival des premières » dans lequel on ne jouerait – pour la première fois donc – que des musiques anciennes méconnues. On en rêverait !

Pour comprendre ou réaliser l’importance que peut avoir pour lui son art, nous traduisons pour vous ces quelques lignes tirées d’un interview qu’il donnait, il y a quelque ensemble_syntagma_musique_ancienne_medievale_compositeur_Alexandre_Danilevskytemps, à Tobias Fischer du site Tokafi.com en réponse à la question : « Quel est votre point de vue sur la scène musicale actuelle ? Y a-t-il une crise ? »

« La Crise est un état permanent pour l’artiste en recherche. En triompher suppose un acte volontaire pour donner naissance à un travail artistique. Notre musique est la fondation du monde. Quand nous l’écrivons ou nous la jouons, le monde s’arrête, sinon pourquoi le ferions-nous? Le monde repose sur notre musique, c’est ce en quoi doit croire un compositeur, sans quoi ce qu’il fait n’a aucun sens. Aller contre la marée est notre destinée, notre destin, notre devoir ou appelez cela comme vous voulez ».
Alexandre Danilevsky, compositeur, directeur de l’ensemble Syntagma
Tokafi.com 15 questions to A Danivelsky

Avant d’en terminer, et pour témoigner de l’excellence du travail de  l’Ensemble Syntagma, ajoutons encore que la formation a déjà reçu deux Awards en 2008 et 2011 par la Medieval Music & Arts Foundation  pour ses productions et enregistrements.

Pour entrer en contact avec eux, nous vous conseillons leur page facebook : Ensemble Syntagma Vous pouvez également retrouver des extraits de leurs productions sur leur chaîne youtube officielle  early mysic ensemble Syntagma.

Amours que vous ai meffait, les paroles
de la chanson de Jehannot de Lescurel

manuscrit_ancien_FR_146_amours_meffait_jehannot_lescurel_compositeur_moyen-age_XIII_XIVeAmours, que vous ai meffait,
Qui amie non amée
Au dous plaisant m’avez fait ?
Lasse ! et point ne li agrée.
Et de quelle eure fui née,
Quant je n’ai loial ami ?
Amours douce et desirrée,
Enamourez le de mi.

J’ai grant paour que il n’ait
Aillieurs mise sa pensée ;
Quar tant est de dous atrait,
Sa guise si savouré[e],
Qu’aucune autre enamourée
L’a at[r]ait, ce croi, a mi.
Amours douce et desirrée,
Enamourés le de mi.

Ses regars m’a du cors trait
Mon cuer ; ainsi m’a navrée
Doucement ; très bien me plait.
Dex ! s’aussi m’avoit donnée
S’amour, plus beneurée
Ne seroit ;p our ce vous pri,
Amours douce et desirrée,
Enamourez le de mi.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

L’éloge médiévale de la « médiocrité » par Eustache Deschamps

poesie_medievaleSujet : poésie médiévale, morale,  réaliste, ballade, médiocrité dorée, vieux français
Période : moyen-âge tardif, bas moyen-âge
Auteur : Eustache Deschamps  (1346-1406)
Titre : « pour ce fait bon l’estat moien mener»
Ouvrage ;
oeuvres complètes d’Eustache Deschamps Vol II, Marquis de Queux de Saint-Hilaire

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici une autre ballade d’Eustache Deschamps sur un des thèmes qu’il affectionne particulièrement et dont nous avons déjà parlé dans un article précédent : « Aurea médiocritas » ou  la « médiocrité dorée », autrement dit, au sens médiéval et en référence au poète Horace, du 1er siècle avant Jésus-Christ :  l’éloge de la « voie moyenne ».

Pour le poète du moyen-âge tardif, tout en se gardant bien de l’extrême pauvreté, il est donc ici question de se défier de vouloir crouler sous les richesses et les possessions avec leurs lots de souci et même de vices (avarice, envie, etc…). Corollaire de cette vie simple, sécurité, indépendance et tranquillité d’esprit, bref autant de valeurs venant récompenser qui saura s’en contenter et aura la sagesse de « tenir ou mener le moyen ».

eustache_deschamps_poesie_litterature_moyen-age_XVe_ballade_medievale_mediocrite_moyen

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaaut-il, une fois de plus, voir dans cette ballade (comme on a si souvent tendance à le faire avec la poésie d’Eustache Deschamps) la marque « psychologique » d’un auteur désabusé, un peu sur le retour et qui a fait le tour de toutes les ambitions ? Il n’est pas certain que cela épuise le sujet. Dans son Automne du Moyen-âge, Johan Huizinga y lira plutôt, justement contre l’avis de Gaston Raynaud, un des grands éditeurs de Deschamps au XIXe siècle, le signe d’un déclin des temps, et même une certaine usure ou lassitude du moyen-âge tardif, face aux deco_frise_medevial_eustache_deschampsvaleurs de la noblesse, aux valeurs courtoises et à la vie curiale. Comme il le rappellera, Eustache Deschamps n’est d’ailleurs pas le seul auteur à promouvoir cette idée. Avant lui, on trouve une forme d’éloge du retour à une vie simple, loin des fastes de la cour, au point de prendre même un tour pastoral, chez Philippe de Vitry, musicien, poète et évêque de Meaux, dans son Dit de Franc Gontier. Autour de 1400, cette idée de « mépris de la vie curiale » sera aussi promue dans le cercle des pré-humanistes français, et on la retrouvera, encore un peu plus tard,  chez Jean Meschinot pour ne citer que lui.

Quoiqu’il en soit, pour revenir à des considérations plus contemporaines, cette ballade qui semble consacrer le plafonnement des ambitions pécuniaires et sociales (un certain statut social atteint tout de même),  pourrait presque prendre des dehors de contre-pied pour nos esprits modernes, tant nos sociétés post-industrielles se sont si souvent complu à encenser la réussite financière à tout crin. De fait, le « moyen » y tutoie bien souvent le « passable » et la médiocrité n’y a plus grand chose de dorée, même s’il faut tout de même constater que ces valeurs ont aussi fini par trouver de sérieux détracteurs.

Pour ce fait bon l’estat moien mener

Je ne requier a Dieu fors qu’il me doint
En ce monde lui servir et loer,
Vivre pour moy, cote entière ou pourpoint,
Aucun cheval pour mon labour porter,
Et que je puisse mon estat gouverner
Moiennement, en grace, sanz envie,
Sanz trop avoir et sanz pain demander,
Car au jour d’ui est la plus seure vie.

Cilz qui trop a n’est toudis en un point,
Tousjours doubte du sien perdre et gaster,
Cuisançon l’art, Avarice le point, (le souci le brûle, l’avarice le pique)
Et Envie lui fait le sien oster ;
Qui sires* (grand seigneur) est, il a moult a penser
Pour son estat et pour sa grant maisgnie* (maison) ;
Pour ce fait bon l’estat moien mener,
Car au jour d’ui est la plus seure vie.

Qui povres est, chascun vers lui se faint ;
Grant doleur a de son pain truander* (mendier),
Honte le suist. Indigence le vaint ;
Impaciens veult son Dieu acuser ;
Les drois civilz le veulent reprouver
Que creus ne soit : ainsis povres mendie ;
Dieux nous vueille vivre et robe donner.
Car au jour d’ui c’est la plus seure vie.

L »ENVOY

Princes, qui veult son temps vivre et durer
Moiennement doit son fait ordonner,
Sanz trop vouloir avoir grant seignourie,
Ne richesce, ne soufraicte porter:
Le moien doit vouloir et désirer,
Car au jour d’ui c’est la plus seure vie.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

La Cantiga Santa Maria 166 par l’ensemble médiéval Oni Wytars

musique_medievale_cantigas_santa_maria_166_enluminures_moyen-ageSujet : musique médiévale, galaïco-portugais, lyrisme médiéval
Période : XIIIe siècle
« Auteur » : Alphonse X de Castille, Alphonse le Sage (1221-1284)
Interprète : Oni Wytars
Titre: Cantiga  Santa Maria 166
Extrait : concert musique médiévale, Ravenne  (2010)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous revenons  aujourd’hui à l’Espagne médiévale  du XIIIe siècle et avec elle, aux célèbres Cantigas Santa Maria, chansons monophoniques attribuées, pour le parrainage sinon pour l’écriture, à Alphonse X de Castille, connu encore sous le nom d’Alphonse le Sage, roi, érudit et poète, curieux de toutes les cultures et qui marqua également de son empreinte la langue espagnole (voir portrait).

Guérison miracle, pèlerinage et grâce rendue à la vierge

La Cantiga 166 est un chant ayant pour titre « Como poden per sas culpas os omes seer contreitos ». Elle conte l’histoire d’une guérison miracle, celle d’un homme estropié qui, pour ses pêchers et ses fautes, s’était retrouvé, durant de longues années, paralysé des membres et perclus de douleurs. Ayant fait la promesse de se rendre musique_medievale_cantigas_santa_maria_166_oni_wytars_moyen-age_centralen Pèlerinage à Salas, ville asturienne sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, et d’y faire don d’une livre entière de cire si sa maladie disparaissait, il vit son voeu exaucé. Il s’en fut donc, sans plus attendre à Salas, comme nous l’explique la chanson qui rend encore grâce à la vierge pour le miracle accompli.

Nous avions déjà présenté, il y a quelque temps, une version instrumentale très « Free Jazz » de cette Cantiga par le groupe suédois Vox Vulgaris et c’est maintenant la version vocale (sans doute plus conventionnelle) de la formation italo-allemande Oni Wytars que nous partageons ici.  L’extrait provient d’un concert que l’ensemble médiéval donna au Théâtre Rasi de la ville italienne de Ravenne en 2010.

Como poder per sas culpas :
les paroles de la cantiga 166

C_lettrine_moyen_age_passionomme pour les autres chants des Cantigas Santa Maria, les paroles de la cantiga 166 sont en galaïco-portugais, langue affectionnée à la cour d’Alphonse de Castille (et bien au delà durant le moyen-âge central) et qui est la langue de prédilection du genre littéraire des Cantigas.

C’est au XIIIe et XIVe siècle que le galaïco-portugais connut ses plus belles heures dans la péninsule ibérique. Ecrite, chantée et prisée par les troubadours et poètes de l’Espagne chrétienne d’alors, elle fut la langue par excellence du lyrisme poétique et rayonna hors de la péninsule jusqu’en Provence et au nord de l’Italie. Elle donnera plus tard naissance au Gallicien et au portugais moderne.

Como poden per sas culpas os omes seer contreitos,
assi poden pela Virgen depois seer sãos feitos.
Ond’ avo a un ome, por pecados que fezera,
que foi tolleito dos nenbros da door que ouvera,
e durou assi cinc’ anos que mover-se non podera,
assi avia os nenbros todos do corpo maltreitos.

Como poden per sas culpas os omes seer contreitos…

Con esta enfermidade atan grande que avia
prometeu que, se guarisse, a Salas logo irya
e ha livra de cera cad’ ano ll’ ofereria;
e atan toste foi são, que non ouv’ y outros preitos.

Como poden per sas culpas os omes seer contreitos…

E foi-sse logo a Salas, que sol non tardou niente,
e levou sigo a livra da cera de bõa mente;
e ya muy ledo, como quen sse sen niun mal sente,
pero tan gran tenp’ ouvera os pes d’ andar desafeitos.

Como poden per sas culpas os omes seer contreitos…

Daquest’ a Santa Maria deron graças e loores,
porque livra os doentes de maes e de doores
e demais está rogando senpre por nos pecadores;
e poren devemos todos sempre seer seus sogeitos.

Como poden per sas culpas os omes seer contreitos…

En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

L’histoire des couleurs par Michel Pastoureau: du Vert empoisonné au Vert salvateur

conference_monde_medieval_couleurs_du_moyen-age_vert_michel_pastoureauSujet : couleur, symbolique, anthropologie, histoire médiévale, histoire des couleurs.
Période : de l’antiquité à nos jours
Livre : « Vert, Histoire d’une Couleur » (2013)
Auteur : Michel Pastoureau
Média : émission radio, livre, « conférence »
Titre : « Des goûts et des couleurs : le vert»
Radio : France Culture, « Hors Champs », Laure Adler

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous reprenons aujourd’hui le fil du cycle d’entretiens proposés par France-Culture et Laure Adler, autour de Michel Pastoureau et son histoire des couleurs. Après le bleu, le rouge et le noir, c’est donc au tour du vert d’être passé au crible par l’Historien, couleur dont il confesse, par ailleurs, qu’elle est depuis toujours sa préférée. Là encore et à son habitude, l’historien dépassera de loin la dimension sensorielle et perceptive de son objet d’étude – Le vert -pour le mieux cerner dans sa dimension historique et l’approcher de manière culturelle, symbolique et anthropologique.

« La couleur n’est pas seulement un phénomène physique et perceptif ; c’est aussi une construction culturelle complexe, rebelle à toute histoire_couleur_vert_michel_pastoureau_historien_medieviste_conference_programme_radio_interviewgénéralisation, sinon à toute analyse. Elle met en jeu des problèmes nombreux et difficiles. (…) La couleur est d’abord un fait de société. Il n’y a pas de vérité transculturelle de la couleur, comme voudraient le faire croire certains livres appuyés sur un savoir neurobiologique mal digéré ou – pire – versant dans une psychologie ésotérisante de pacotille. »
Michel Pastoureau, Communication 2005, Académie des Beaux-Arts

Stigmates : d’une instabilité chimique
à une ambivalence symbolique

Couleur emblématique et sacrée de l’Islam, il semble que le vert ait connu un destin plus houleux et moins consensuel du côté de l’occident antique et médiéval. Est-ce la présence dans le colorant dont on use pour la produire d’un poison, le vert de gris, qui histoire_couleurs_vert_michel_pastoureau_livres_conferences_videosl’explique ou même  les difficultés en teinture, une fois le vert obtenu, de le maintenir et de le faire durer? Sans doute cela a-t-il pu y contribuer.

Même si le fait n’épuise pas, à lui seul, l’Histoire symbolique de cette couleur à travers les âges et les réserves qu’on a pu émettre sur son usage, notamment dans le champ du textile et du vêtement, il demeure fascinant de penser que la difficulté de le fixer chimiquement ait pu en faire une couleur dont on s’est souvent défié et qui semble, du même coup, résister à se laisser figer, une fois pour toute, dans des symboles clairs. Selon Michel Pastoureau, elle reste en effet, à travers l’Histoire la couleur de l’instabilité, de l’ambivalence, du changement et les premiers tâtonnements chimiques pour la maîtriser, autant que sa nature « empoisonnée » l’ont chargés, pour longtemps, de superstitions tenaces.

Lien vers ce même podcast sur le site officiel de France-Culture

D_lettrine_verte_moyen_age_passionurant des siècles, on a également cru que le vert portait malheur, car, pour le fabriquer, on a utilisé des produits extrêmement dangereux. (…) Autrefois, comme on avait du mal à teindre les tissus en vert, on portait des vêtements peints avec du vert-de-gris et selon une tradition qui n’a pas été vérifiée, Molière aurait rendu l’âme un jour où il était habillé de vert, les vapeurs de vert-de-gris pouvant entraîner la mort.  Michel Pastoureau, Vert : Histoire d’une couleur.

Molière ? Peut-être même Napoléon, emporté par le vert et l’arsenic contenu dans les murs qu’il avait fait repeindre de la couleur qui lui était si chère? Vert empoisonné, vert turbulent et rebelle, vert de la fortune comme des « revers » du sort, elle sera encore, au moyen-âge tardif, la histoire_couleurs_vert_michel_pastoureau_livres_conferences_videoscouleur des démons et des diables tapis dans l’ombre, peut-être encore celle des forêts profondes et mystérieuses et des êtres magiques qui s’y nichent.

Du vert considéré comme la couleur du « barbare » chez les romains, elle connaîtra tout de même quelques succès dans la chevalerie et la littérature courtoise au moyen-âge central, pour perdre à nouveau quelques galons du XIVe au XVIe en devant la couleur attitrée du Diable. On se souvient encore qu’elle sera le symbole de l’inconstance et de la femme facile, comme nous en avions parlé à l’occasion de l’article sur la célèbre chanson anglaise GreenSleeves. Elle aura tout de même, entre temps, conquis les fonds marins et le monde aquatique dans les représentations picturales et graphiques, avant de reprendre, à travers le temps, sa marche symbolique hasardeuse, faite de dénigrement et de « tièdes » promotions.

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Du dénigrement à la promotion :
Le Vert pour sauver le monde

« On lui a donné le feu vert, et même confié une mission de taille : sauver la planète ! C’est devenu une idéologie : l’écologie  »
Michel Pastoureau, Entretien, Telerama, Propos recueillis par Juliette Cerf

C_lettrine_moyen_age_passionomme il demeure étonnant de penser, en suivant les pas de Michel Pastoureau, que la nature ait pu attendre le XVIIIe siècle pour devenir « verte », démontrant bien, là encore, la dimension culturelle et symbolique des couleurs. Aujourd’hui couleur hygiéniste et sanitaire – le vert de la nature, le vert de la propreté – elle est aussi pratiquement confisquée politiquement, comme le rouge le fut (et l’est peut-être encore sûrement d’ailleurs), dans les esprits. Il souffle aussi sur le vert un vent de liberté reconquise, mais peut-être là encore, contient-il ce vent là, une touche d »anticonformisme, une liberté en forme de retour à la nature, hors histoire_couleurs_vert_michel_pastoureau_livres_conferences_videosdu social et hors des villes. La belle couleur indomptable essaierait-elle encore d’échapper par ce biais aux sociétés et aux cultures qui prétendent la saisir et l’instrumentaliser, en gardant son double tranchant?

Au final, on suivra là encore avec intérêt et fascination le projet entrepris par Michel Pastoureau pour faire des couleurs un véritable objet d’étude historique. Peut-être fallait-il qu’il compte dans sa famille trois oncles peintres, un père passionné d’art qui le mène tout jeune au musée, et qu’il se soit lui-même essayé quelques temps aux toiles et aux pinceaux. pour devenir, pour notre plus grand plaisir, d’un historien passionné, un chasseur de couleurs ?

Le vert : plus qu’un beau livre d’Histoire,
un beau livre d’Art

Au delà du programme radio et de l’article que nous présentons ici, il faut vraiment souligner la grande qualité des ouvrages de Michel Pastoureau sur les couleurs, dans leur  édition originale ( au Seuil ). Au delà de sa nature informative et académique, cette histoire de la couleur verte est un superbe objet qui se situe, à mi chemin entre le livre d’Histoire et le livre d’art. Vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessous pour en avoir un aperçu.

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L’ouvrage est toujours disponible à la vente en ligne, dans son édition originale; en voici le lien : Vert. Histoire d’une couleur (relié). Pour les bourses plus modestes, il est aussi paru dans un format poche, chez Points :Vert – Histoire d’une couleur.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Le château bourguignon des Bordes fête ses médiévales en grand

agenda_fetes_compagnies_medievales_sorties_historique_chateau_des_bordes_bourgogneSujet :  fêtes, animations, médiévales, mesnies et compagnies médiévales, marché médiéval, joute, tournoi de chevaliers, escrime ancienne, archerie.
Lieu : Château des Bordes, Urzy, Nièvre, Bourgogne-Franche-Comté
Evénement : Les médiévales du château des Bordes
Dates : samedi 23 & dimanche 24 septembre 2017

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionuand une historienne de l’art, attachée au Musée du Louvre et un architecte du patrimoine, nécessairement férus d’Histoire, se piquent de passion pour les vieilles pierres d’un château et décident de le restaurer, quand, en plus, pour accompagner cet ambitieux projet, débuté en 2014, le couple décide d’organiser des événements à thème de haute qualité, alors nous ne pouvons que leur rendre deux fois grâce fetes_animations_medievales_chateau_des_bordes_bourgogne_nievreet vous inviter, du même coup, à vous pencher de plus près sur leur programme d’activités et notamment sur celle qu’ils ont concoctée pour cette fin de semaine.

Situé dans la Nièvre, à quelques lieues au nord de Nevers et à quelques encablures à l’est de Bourges,  le château des Bordes, car c’est de lui qu’il s’agit, vous propose donc ce week-end une belle fête médiévale de deux jours pleins. Il s’agit d’une première mais ne vous y trompez pas, les choses ont été faites en grand et cet événement s’annonce déjà comme un de ceux sur lesquels il faudra désormais compter en Bourgogne-Franche-Comté.

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Un programme d’exception

N_lettrine_moyen_age_passionombre de campements à la découverte de la vie au moyen-âge et à la rencontre des passionnés d’histoire vivante venus se joindre à la fête, marché artisanal et médiéval avec près de quarante cinq échoppes,  il y aura encore, ce week end, au château des Bordes, un village d’artisanat ancien spécialement reconstitué pour l’occasion, avec force démonstrations de savoir-faire, en provenance du moyen-âge :  calligraphie, enluminure, ferronnerie, taille de pierre, poterie, tourneur sur bois et de nombreux autres encore.  On comptera également, dans ce village médiéval, sur la présence d’une authentique ferme d’époque qui saura, à coup sûr, ravir les enfants !

De nombreuses compagnies médiévales, artistes et mesnies pour animer la fête 

Du point de vue des spectacles et des animations, rien ne manque et la liste est même replète :  championnat national de joutes à pied, tournoi d’archerie, tournoi de chevalerie, tournoi et combats à la façon viking, spectacles de fauconnerie, bateleurs, jongleurs, saltimbanques, ménestrels, danseurs et agenda_fetes_compagnies_medievales_spectacle_feu_fokus_chateau_des_bordes_bourgogneconteurs, il y aura même des jeux en provenance d’Ecosse et du lancer de troncs !

La Seigneurie de Lisle – la Mesnie du lion et de l’hermine – la Mesnie du Gruchet – Saor Alba – la Mesnie du Renard – les Rôdeurs de l’Odan – l’Amici d’Orbais – Steamedvik – Bernard Legris – le Village en torchis – Noël Vernois – la Cie de Saint-Ouen – la Milice marchande du Bugey – le Chardon écossais – la Horde des Mondes oubliés – Cie Fokus – Les R’montemps, –  La Cie du Rohan –  les Archers de Saint-Martin – Managarm Vikingar – Armoria et le Hérisson à plumes – Dagobert –  Thomas Fradin  vieilliste – Olivier Stojmirovic

Temps fort de ces médiévales, un grand banquet animé sera donné le samedi soir, suivi d’un spectacle pyrotechnique et équestre.

Ripailles et  fête de la Gastronomie 2017

Ajoutons encore que du côté des ripailles, Les Médiévales du château des Bordes comptent parmi les célébrations retenues au titre de la fête de la Gastronomie 2017, lancée à l’initiative du Ministère de la Culture. Entre le banquet du samedi soir, le pain cuit à l’ancienne au four (récemment restauré) du château et les près de dix échoppes du marché qui vous proposeront des recettes aux saveurs médiévales, il y aura, à l’évidence, sur place, largement de quoi vous régaler en quantité mais aussi en qualité!

Le Château des Bordes, du château-fort médiéval au palais renaissant du XVIIe

« Dans la riante vallée de la Nièvre, et sur le sommet d’un coteau, qui domine à l’est le paisible village d’Urzy, situé à deux lieues de Nevers, s’élève l’ancien château des Bordes, l’un des plus beaux du Nivernais. Ses tours aux créneaux et aux mâchicoulis sans nombre, aux toits d’ardoises orgueilleusement jetés dans l’espace, ses tourelles et sa coquette vigie, en un mot l’ensemble et l’aspect de ses constructions offrent un spectacle imposant pour une imagination, lorsque venant de Nevers, soit par le Pont-Saint-Ours, soit par les bois d’Urzy, il se découvre grandiose et majestueux aux yeux étonnés du voyageur. »
Le château de Bordes et ses seigneurs, Adrien Bonvallet, 1869

C_lettrine_moyen_age_passionomment servir une meilleure introduction à ce beau monument historique classé depuis 1946 que ces quelques lignes que l’historien et archéologue Adrien Bonvallet lui dédiait au XIXe siècle ? A l’aube du moyen-âge central, le site qui domine depuis ses hauteurs la plaine de la Nièvre et garde un oeil sur la route de Bourgogne, est occupé par une famille alors puissante, les Bordes. Un premier château-fort y sera érigé, prés du milieu du  XIe siècle (en 1041) par Jehan de Bordes, chambellan de France. L’édifice restera aux mains de cette maison jusqu’au XVe siècle.

heraldique_blason_armoirie_Bourdillon_de_la_Platiere_chateau_bordesDétruit en grande partie durant la guerre de cent ans, il ne subsistera guère de la première forteresse que la tour Jeanne d’Arc et le château fera l’objet d’une reconstruction à la fin du XVe, sur ordonnance de Charles VIII. On y édifiera alors tours et donjon, pont-levis, fossés et poterne en lui conservant, à l’évidence, sa dimension défensive. Au milieu du XVIe, de nouveaux travaux y seront entrepris donnant cette fois au bâtiment, de fières allures de palais renaissant. Le site sera alors passé par les jeux de dots et d’héritages aux mains de la puissante famille des La Platière (voir armoiries ci-dessus), proches à la fois de la couronne de France et du Duc d’Orléans.

Un siècle plus tard,  Louis II d’Ancienville, conseiller royal, ayant à son tour hérité du château par son père et par le jeu des lignages et des épousailles, apportera sa touche personnelle à l’édifice  avec  de nombreux aménagements parmi lesquels on pourra compter, entre autres, de grands Marie_Casimire_Sobieski_reine_de_polognevergers et potagers, quelques édifices et dépendances supplémentaires et, encore, de grandes écuries. Il dotera également les plus belles pièces du château de somptueuses décorations entre cheminées monumentales, peintures murales et belles faïences.  C’est dans le courant de ce même siècle que la petite fille de ce dernier, Marie de La Grange d’Arquian, ajoutera au château une galerie de portraits de souverains polonais, et agrandira aussi les écuries, en leur donnant leur dimension royale, pour y accueillir l’équipage de sa soeur, devenue reine de Pologne, Marie-Casimire Sobieski (portrait ci-contre de Jean Tricius, 1676)

Aux siècles suivants, l’édifice, comme tant d’autres dans le courant des XVIIIe et XIXe, changera plusieurs fois de propriétaires sans que son entretien soit vraiment assuré. Il faudra attendre le milieu du XXe pour qu’il soit classé et notamment, les propriétaires actuels, Monsieur et Madame Matthieu Joulie pour que des sérieuses campagnes de restauration y soient engagées, Vous pouvez valablement consulter cette page pour en savoir plus sur les travaux qu’ils y  ont engagés : campagne actuelle de restauration du château des Bordes.

Il va de soi qu’en vous rendant à ces belles médiévales, qui encore une fois, s’annoncent comme une fête de taille et de qualité, vous ferez en quelque sorte coup double, en partageant un peu de leur passion et en les soutenant dans ce grand projet qu’ils ont décidé d’entreprendre.

Avant de vous laisser, j’ajoute que sur place, vous pourrez visiter l’exposition des superbes maquettes médiévales de Pascale Lainé.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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