« le Miracle de la guérison de Lugo », la Cantiga de Santa Maria 77 commentée et traduite

musique_espagne_medievale_cantigas_santa_maria_alphonse_de_castille_moyen-age_centralSujet : musique médiévale, Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracles, Sainte-Marie, vierge, moyen-âge chrétien, Espagne médiévale
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur : Alphonse X  (1221-1284)
Ensemble : Arany Zoltán
Titre : Cantiga 77 « Da que deus mamou »
Média : chaîne youtube  de l’artiste (2011)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn route pour l’Espagne médiévale du XIIIe siècle, nous continuons d’y dérouler le fil des Cantigas de Santa Maria du roi Alphonse de Castille. Aujourd’hui, c’est sur la Cantiga 77 que nous portons notre attention et c’est un autre récit de miracle à inscrire au crédit du culte marial du moyen-âge central.

Pour son interprétation, nous avons choisi ici une version assez « enlevée ». Il s’agit de celle de l’artiste hongrois Arany Zoltan (voir portrait de ce musicien multi-instrumentiste et chanteur ici). Loin des rivages du chant lyrique ou classique, le rythme de sa version autant que musique_culte_marial_medievale_cantigas_santa_maria_moyen-age_centralsa voix très « terrestre » ou ancrée nous sortent des lieux de culte habituels pour nous ramener vers une interprétation qui nous fait toucher du doigt un autre aspect de ces chants. Au moyen-âge, ils appartiennent à tous et on se les approprie dans les arts les plus allégoriques et les plus sophistiqués comme dans les plus populaires ( dans les écoles, dans la rue et bien sûr encore sur les routes de pèlerinage).

Vierge à l’enfant,Jean Fouquet (1481), moyen-âge tardif, début renaissance

D’une certaine manière, c’est encore un peu le cas de nos jours et en voici un autre exemple. Ces miracles médiévales autour de la vierge continuent en effet de séduire et d’interpeller les artistes les plus classiques du répertoire médiévale comme les plus folk.

La Cantiga Santa Maria 77 par Arany Zoltan

Cantiga 77 : la guérison de Lugo et son  adaptation-traduction en français moderne

L_lettrine_moyen_age_passione miracle conté dans la Cantiga de Santa Maria 77 touche le champ de l’infirmité. Elle ne sera pas la seule à traiter de ce sujet et on retrouvera d’autres Cantiga sur le thème.

Pèlerins ou sujets frappés de paralysie, d’infirmités, de maux étranges et orphelins ou même encore de lèpre, dans le courant du Moyen-âge central, la vierge guérit tout, pour peu qu’on lui prête foi, et comme celui qu’elle avait enfanté avait accompli, avant elle, de merveilleux prodiges, elle répète ses miracles quelquefois avec son aide et en intercédant auprès de lui, d’autre fois seule.

Nous vous proposons, ici, une adaptation traduction en français moderne des paroles de cette Cantiga.

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Esta é como Santa María sãou na sa igreja en Lugo ũa mollér contreita dos pées e das mãos.

Voici comment, dans son église de Lugo, Sainte-Marie guérit une femme qui avec les pieds et les deux mains paralysés (rétrécis)

Da que Deus mamou o leite do seu peito,
non é maravilla de sãar contreito.

Puisque Dieu elle a nourri de son sein,
Il ne faut pas s’étonner qu’elle puisse soigner les paralysés

Desto fez Santa Maria miragre fremoso
ena sa ygrej’ en Lugo, grand’ e piadoso,
por ha moller que avia tolleito
o mais de seu corp’ e de mal encolleito.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

De fait, Sainte Marie accomplit un grand,
pieux et merveilleux miracle dans son église de Lugo
pour une femme qui avait contracté
un mal ayant paralysé (contracré, rétréci) la plus grande partie de son corps. (refrain)

Que amba-las suas mãos assi s’ encolleran,
que ben per cabo dos onbros todas se meteran,
e os calcannares ben en seu dereito
se meteron todos no corpo maltreito.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Ses deux mains étaient contractées de telle manière
qu’elles se mettaient jusqu’à dedans ses épaules
et ses deux talons, pour la même raison,
entraient jusque dans son corps maltraité. (refrain)

Pois viu que lle non prestava nulla meezinna,
tornou-ss’ a Santa Maria, a nobre Reynna,
rogando-lle que non catasse despeyto
se ll’ ela fezera, mais a seu proveito
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Après avoir vu qu’aucune médecine ne lui fonctionnait
Elle se tourna vers Sainte Marie, la noble reine,
La suppliant de ne pas prendre mal
ce qu’elle avait pu faire, mais qu’elle le prenne à son avantage. (refrain)

Parasse mentes en guisa que a guareçesse,
se non, que fezess’ assi per que çedo morresse;
e logo se fezo levar en un leito
ant’ a sa ygreja, pequen’ e estreito.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Qu’elle fasse cesser son mal de façon à ce qu’elle guérisse
Et, sinon, qu’elle fasse en sorte qu’elle meurt vite (à l’instant).
Et suite à cela elle se fit emmener sur un lit
petit et étroit, en face de son église. (refrain)

E ela ali jazendo fez mui bõa vida
trões que ll’ ouve merçee a Sennor conprida
eno mes d’ agosto, no dia ‘scolleito,
na sa festa grande, como vos retreito
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Et se trouvant là, elle mena une vie virtueuse,
Jusqu’à obtenir la miséricorde de la dame pleine de bonté
au mois d’août,  durant le jour choisi
pour sa grande fête, comme je vous le conterai (refrain)

Será agora per min. Ca en aquele dia
se fez meter na ygreja de Santa Maria;
mais a Santa Virgen non alongou preyto,
mas tornou-ll’ o corpo todo escorreyto.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Vous le conterais désormais. Qu’en ce jour
elle se fit porter à l’intérieur de l’église de Sainte Marie.
Et la Sainte ne retarda pas son action
mais remis tout son corps en ordre. (refrain)

Pero avo-ll’ atal que ali u sãava,
cada un nembro per si mui de rig’ estalava,
ben come madeira mui seca de teito,
quando ss’ estendia o nervio odeito.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

Mais tout survint de telle façon que là où elle soignait
chaque membre, tout à tour, se mettait à craquer
comme le bois très sec d’un toit
quand son muscle rétréci s’étirait. (refrain)

O bispo e toda a gente deant’ estando,
veend’ aquest’ e oynd’ e de rijo chorando,
viron que miragre foi e non trasgeito;
porende loaron a Virgen afeito.
Da que Deus mamou o leite do seu peito…

L’évêque et tous ceux qui se trouvaient en face,
voyant cela et l’entendant, et criant à haute voix,
virent qu’il s’agissait d’un miracle et non une tromperie,
et pour cela, ils louèrent la Vierge. (refrain)

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Retrouvez-ici l’index des  Cantigas de Santa Maria que nous avons déjà abordée, commentée et même traduites.

En vous souhaitant une très belle journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
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