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Du vilain qui conquit le paradis en plaidant, un fabliau médiéval commenté et adapté

fabliau_vilain_litterature_medievale_moyen-ageSujet : humour médiéval, littérature médiévale, fabliaux,  vilains, paysans, satire, conte satirique, poésie satirique, conte moral, moyen-âge chrétien.
Période : moyen-âge central
Titre :  Du Vilain qui conquist Paradis par plait
Auteur : anonyme
Ouvrage :  Les Fabliaux, Etienne Barbazan

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous avons le plaisir de vous présenter un très célèbre fabliau en provenance du moyen-âge central. Nous en sommes d’autant plus heureux que nous nous vous proposons, à coté de sa version originale en vieux-français, son adaptation complète en français moderne par nos soins.

Un vilain « exemplaire »

fabliau_litterature_medieval_vilain_clef_paradis_saint_pierre_moyen-agePour faire écho à notre article sur le statut du vilain dans la littérature médiévale, ce conte satirique réhabilite quelque peu ce dernier. Comme nous l’avions vu, en effet, « l’homologue » ou le « double » littéraire du paysan sont l’objet de bien des moqueries dans les fabliaux et, d’une manière générale, dans la littérature des XIIe et XIIIe siècles.  Ce n’est donc pas le cas dans le conte du jour, puisque l’auteur y accorde même l’entrée du Paradis au vilain, contrairement à Rutebeuf qui ne lui concède pas dans son « pet du vilain« .

Pour le conquérir, le personnage aura à lutter en rendant verbalement coup pour coup et en démontrant de véritables talents oratoires, mais ce n’est pas tout. Entre les lignes, ce fabliau nous dressera encore le portrait d’un paysan qui a mené une vie exemplaire de charité et d’hospitalité. C’est donc un « bon chrétien »  qui nous est présenté là et il possède aussi une parfaite connaissance des écritures bibliques qu’il retourne d’ailleurs à son avantage. Pour autant et comme on le verra, la question de cette nature chrétienne, si elle jouera sans doute indirectement un rôle, ne sera pas ce que le conte nous invitera finalement à considérer en premier.

Du Vilain qui conquit le Paradis en plaidant
en vieux-français, adapté en français moderne

C_lettrine_moyen_age_passiononcernant cette traduction/adaptation et pour en préciser l’idée, nous avons plutôt cherché, autant qu’il était possible, à suivre au plus près le fil de la traduction littérale tout en conservant le rythme et la rime du texte original. Pas de grandes envolées lyriques ou de révolution ici donc, on trouvera même sans doute quelques coquilles de rimes, mais cette adaptation n’a que la prétention d’être une « base » de compréhension ou même, pourquoi pas, une base de jeu pour qui prendrait l’envie de s’essayer à sa diction ou de monter sur les planches.

Pour des raisons de commodité et pour l’étude, nous vous proposons également une version pdf de cette adaptation. Tout cela représente quelques sérieuses heures de travail, aussi si vous souhaitiez utiliser cette traduction, merci de nous contacter au préalable.

Avant de vous laisser le découvrir, j’ajoute que les césures entre les strophes ne sont que l’effet de notre propre mise en page, destiné à offrir quelques espaces de respiration dans la lecture. Ce fabliau se présente, en général, d’une seul traite.

Nos trovomes en escriture
Une merveilleuse aventure !

Qui jadis avint un vilain,
Mors fu par .I. venredi main;
Tel aventure li avint
Qu’angles ne deables n’i vint;
A cele ore que il fu morz
Et l’ame li parti du cors,
Ne troeve qui riens li demant
Ne nule chose li coumant.
Sachiez que mout fu eüreuse
L’ame, qui mout fu pooreuse;
Garda à destre vers le ciel,
Et vit l’archangle seint Michiel
Qui portoit une ame à grant joie;
Enprès l’angle tint cil sa voie.
Tant sivi l’angle, ce m’est (a)vis,
Que il entra en paradis.deco_separationSeinz Pierres, qui gardoit la porte,
Reçut l’ame que l’angle porte;
Et, quant l’ame reseüe a,
Vers la porte s’en retorna.
L’ame trouva qui seule estoit,
Demanda qui la conduisoit :
« Çaienz n’a nus herbergement,
Se il ne l’a par jugement :
Ensorquetot, par seint Alain,
Nos n’avons cure de vilain,
Quar vilains ne vient en cest estre.
Plus vilains de vos n’i puet estre,
Çà, » dit l’ame, « beau sire Pierre ;
Toz jorz fustes plus durs que pierre.
Fous fu, par seinte paternostre,
Dieus, quant de vos fist son apostre;
Que petit i aura d’onnor,
Quant renoias Nostre Seignor ;
Mout fu petite vostre foiz,
Quant le renoiastes .III. foiz;
Si estes de sa compaignie,
Paradis ne vos affiert mie.
Alez fors, or tost, desloiaus,
Quar ge sui preudons et loiaus ;
Si doi bien estre par droit conte.»deco_separationSeins Pierres ot estrange honte ;
Si s’en torna isnel le pas
Et a encontré seint Thomas ;
Puis li conta tot à droiture
Trestote sa mesanventure,
Et son contraire et son anui.
Dit seinz Thomas : « G’irai à lui,
N’i remanra, ja Dieu ne place! »
Au vilain s’en vient en la place :
« Vilains, » ce li dist li apostres,
«Cist manoirs est toz quites nostres,
Et as martirs et as confès;
En quel leu as tu les biens fais
Que tu quides çaienz menoir?
Tu n’i puez mie remanoir,
Que c’est li osteus as loiaus.
Thomas, Thomas, trop es isneaus*
De respondre comme legistres;
Donc n’estes vos cil qui deïstes
As apostres, bien est seü,
Quant il avoient Dieu veü
Enprès le resuscitement ?
Vos feïstes vo sei rement
Que vos ja ne le querriez
Se ses plaies ne sentiez;
Faus i fustes et mescreanz. »
Seinz Thomas fut lors recreanz
De tencier, si baissa le col;deco_separationPuis s’en est venuz à seint Pol,
Si li a conté le meschief.
Dit seinz Pols : « G’irai, par mon chief,
Savoir se il vorra respondre. »
L’ame n’ot pas poor de fondre,
Aval paradis se deduit :
« Ame, » fait il, « qui te conduit ?
Où as tu faite la deserte
Por quoi la porte fu ouverte ?
Vuide paradis, vilains faus !
« Qu’est ce ? dit il, danz Pols li chaus,
Estes vos or si acoranz
Qui fustes orribles tiranz ?
Jamais si cruels ne sera ;
Seinz Etienes le compara,
Que vos feïstes lapider.
Bien sai vo vie raconter ;
Par vos furent mort maint
preudome.
Dieus vos dona en son le some
Une buffe de main enflée.
Du marchié ne de la paumée
N’avon nos pas beü le vin ?
Haï, quel seint et quel devin !
Cuidiez que ge ne vos connoisse? « 
Seinz Pols en ot mout grant angoisse.
Tornez s’en est isnel le pas,
Si a encontré seint Thomas
Qui à seint Pierre se conseille ;
Si li a conté en l’oreille
Du vilain qui si l’a masté :
« En droit moi a il conquesté
Paradis, et ge li otroi. »
A Dieu s’en vont clamer tuit troi.
Seinz Pierres bonement li conte
Du vilein qui li a dit honte :
« Par paroles nos a conclus ;
Ge meïsmes sui si confus
Que jamais jor n’en parlerai.»deco_separationDit Nostre Sire : « Ge irai,
Quar oïr vueil ceste novele. »
A l’ame vient et si l’apele,
Et li demande con avint
Que là dedenz sanz congié vint :
« Çaiens n’entra oncques mès ame
Sanz congié, ou d’ome ou de feme ;
Mes apostres as blastengiez
Et avilliez et ledengiez,
Et tu quides ci remanoir !
Sire, ainsi bien i doi menoir
Con il font, se jugement ai,
Qui onques ne vos renoiai,
Ne ne mescreï vostre cors,
Ne par moi ne fu oncques mors ;
Mais tout ce firent il jadis,
Et si sont or en paradis.
Tant con mes cors vesqui el monde,
Neste vie mena et monde ;
As povres donai de mon pain ;
Ses herbergai et soir et main,
Ses ai à mon feu eschaufez ;
Dusqu’à la mort les ai gardez,
Et les portai à seinte yglise ;
Ne de braie ne de chemise
Ne lor laissai soffrete avoir ;
Ne sai or se ge fis savoir ;
Et si fui confès vraiement,
Et reçui ton cors dignement :
Qui ainsi muert, l’en nos sermone
Que Dieus ses pechiez li pardone.
Vos savez bien se g’ai voir dit :
Çaienz entrai sanz contredit ;
Quant g’i sui, por quoi m’en iroie ?
Vostre parole desdiroie,
Quar otroié avez sanz faille
Qui çaienz entre ne s’en aille ;
Quar voz ne mentirez par moi.
Vilein, » dist Dieus. « et ge l’otroi ;
Paradis a si desresnié
Que par pledier l’as gaaingnié ;
Tu as esté à bone escole,
Tu sez bien conter ta parole ;
Bien sez avant metre ton verbe. »deco_separationLi vileins dit en son proverbe
Que mains hom a le tort requis
Qui par plaidier aura conquis ;
Engiens a fuxée droiture,
Fauxers a veincue nature ;
Tors vait avant et droiz aorce :
Mielz valt engiens que ne fait force.deco_separationExplicit du Vilain
qui conquist Paradis par plait
On trouve dans une écriture
Une merveilleuse aventure
Que vécut jadis un vilain
Mort fut, un vendredi matin
Et telle aventure lui advint
Qu’ange ni diable ne vint
Pour le trouver, lors qu’il fut mort,
Et son âme séparée du corps,
Ne trouve rien qu’on lui demande
Ni nulle chose qu’on lui commande
Sachez qu’elle se trouvait heureuse
L’âme qui moult fut peureuse (1)
Elle se tourna vers le ciel
Et vit l’archange Saint-Michel
Qui portait une âme à grand(e) joie
De l’ange elle suivit la voie
Tant suivi l’ange, à mon avis
Qu’il entra jusqu’au paradis.deco_separationSaint-Pierre, qui la porte gardait
Recut l’âme que l’ange portait
Et quand elle enfin fut reçue
Vers la porte s’en est revenu
Trouvant seule l’âme qui s’y tenait
il demanda qui la menait :
« Nul n’a ici d’hébergement
S’il ne l’a eu par jugement (jugé digne)
D’autant plus que, par Saint-Alain
Nous n’avons cure de Vilain.
Les vilains n’ont rien à faire là
Et vous êtes un de ceux-là
« ça, dit l’âme, Beau Sire Pierre
Qui toujours fût plus dur que pierre
Fou fut, par Saint Pater Nostre
Dieu, quand il fit de vous son apôtre
Comme petit fut son honneur
Quand vous reniâtes notre seigneur
Si petite fut votre foi
Que vous l’avez renié trois fois.
Si vous êtes de ses amis,
Peu vous convient le Paradis,
Tantôt fort, tantôt déloyal
moi je suis prudhomme et loyal
Il serait juste d’en tenir compte. »deco_separationSaint-Pierre pris d’une étrange honte,
Sans attendre tourna le pas
Et s’en fut voir Saint-Thomas;
Puis lui conta sans fioritures
Tout entière sa mésaventure
Et son souci et son ennui
Saint-Thomas dit : « j’irai à lui
Il s’en ira, Dieu m’est témoin !
Et s’en fut trouver le vilain
« Vilain » lui dit alors l’apôtre
« Cet endroit appartient aux notres
Et aux martyres et aux confesses
En quel lieu, as-tu fait le bien
Pour croire que tu peux y entrer ?
Tu ne peux pas y demeurer
C’est la maison des bons chrétiens
« Thomas, Thomas, vous êtes bien vif  
A répondre comme un légiste !
N’êtes vous pas celui qui dites
Aux apôtres, c’est bien connu,
Après qu’ils aient vu le seigneur
Quand il fut ressuscité
Faisant cette grossière erreur
Que jamais vous ne le croieriez
Avant d’avoir toucher ses plaies ?
Vous fûtes faux et mécréant. »
Saint-Thomas perdit son allant
à débattre et baissa le col.deco_separationEt puis s’en fut trouver Saint-Paul,
Pour lui conter tous ses déboires
Saint Paul à dit « J’irai le voir
On verra s’il saura répondre »
L’âme n’eut pas peur de fondre
A la porte elle se réjouit (jubile).
« Ame » dit le Saint, qui t’a conduit?
Ou as-tu juste eu le mérite
d’avoir trouvé la porte ouverte ?
Vide le Paradis, vilain faux! »
« Qu’est-ce? dit-il, Don Paul, le chaud!
Vous venez ici accourant
Vous qui fûtes horrible tyran
Jamais si cruel on ne vit
Saint Etienne lui s’en souvient
Quand vous le fîtes lapider
votre vie, je la connais bien
Par vous périrent maint hommes
de bien
Dieu vous le commanda en songe
Un bon soufflet bien ajusté
Pas du bord ni de la paumée (2)
N’avons-nous pas bu notre vin ? (3)
Ah ! Quel Saint et quel devin !
Croyez-vous qu’on ne vous connoisse? »
Saint-Paul fut pris de grand angoisse
Et tourna vite sur ses pas
pour aller voir Saint-Thomas,
Qui vers Saint-Pierre cherchait conseil;
Et il lui conta à l’oreille
Du vilain qui l’avait maté :
« Selon moi, cet homme a gagné
Le paradis je lui octrois »
A Dieu s’en vont clamer tout trois,
Saint-Pierre tout bonnement lui conte
Du vilain qui leur a fait honte :
« En paroles il nous a vaincu
J’en suis moi-même si confus
Que jamais je n’en parlerai. »deco_separationNotre Sire* (le Christ) dit, « Alors j’irai 
Car je veux l’entendre moi-même »
Puis vient à l’âme et puis l’appelle
Lui demande comment il se fait
Qu’elle soit là sans être invitée
« Ici n’entre jamais une âme,
sans permission, homme ou femme,
Mes apotres sont outragés
insultés et (puis) maltraités
Et tu voudrais ici rester ?
« Sire, je devais bien manoeuvrer
Comme eux, pour obtenir justice
Moi qui ne vous renierai jamais
Ni ne rejetterai votre corps (personne)
Qui pour moi ne fut jamais mort;
Mais eux tous le firent jadis,
Et on les trouve en paradis.
Tandis que je vécus dans le monde
Je menais (une) vie nette et pure
Aux pauvres donnais de mon pain
Les hébergeais soir et matin,
A mon feu je les réchauffais
Jusqu’à la mort, je les gardais (aidais)
Puis les portais en Sainte Eglise.
Ni de Braie, ni de chemise,
Ne les laissais jamais manquer
Et Je ne sais si je fus sage
Ou si je fus vraiment confesse.
Et vous fit honneur dignement.
Qui meurt ainsi, on nous sermonne
Que Dieu ses péchés lui pardonne
Vous savez bien si j’ai dit vrai.
Ici, sans heurt, je suis entré
Puisque j’y suis, pourquoi partir ?
Je dédierais vos propres mots
Car vous octroyez sans faille
Qu’une fois entré, on ne s’en aille
Et je ne veux vous faire mentir.
‘Vilain », dit Dieu « je te l’octroie
Au Paradis tu peux rester
Puisque qu’en plaidant, tu l’as gagné
Tu as été à bonne école
Tu sais bien user de paroles
Et bien mettre en avant ton verbe »deco_separationLe vilain dit dans son proverbe
Que maints hommes ont le tort requis
Au plaidant qui conquit ainsi
son entrée dans le paradis (4)

L’adresse a faussé la raison (5)
Le faussaire, vaincu la nature ; 
Le tordu file droit devant
et le juste va de travers :
Mieux vaut ruser qu’user de force.deco_separationExplicit du Vilain
qui conquit le Paradis en plaidant

NOTES

isneaus* ; vif, habile
(1)  « L’âme qui moult fut peureuse » : l’âme qui avait eu très peur au moment de se séparer du corps.
(2) Pas du bord ni de la paumée  : pas du bout des doigts, ou du plat de la main. Pour le dire trivialement, toute la tartine.
(3) N’avons-nous pas bu notre vin ? Allusion à l’évangile de Saint-Thomas
(4) littéral : à celui qui aura conquis en plaidant.
(5) Sur l’ensemble de l’explicit, certains termes employés sont assez larges au niveau des définitions, il a donc fallu faire des choix. Engiens : ruse, talent, adresse. Nature : ordre naturel, loi naturelle. Droiture: raison, justice.

Profondeur satirique & analyse

E_lettrine_moyen_age_passionn se servant de la distance au personnage, l’auteur semble à première vue, conduire ici une réflexion profonde et acerbe sur la légitimité des intermédiaires (en l’occurrence les apôtres), pour accorder l’entrée au paradis et juger de qui en a le privilège ou non. En mettant l’accent sur la dimension humaine des Saints et leurs faiblesses, on pourrait même vraiment se demander à quel point l’auteur n’adresse pas ici vertement la reforme grégorienne. On se souvient que par certains aspects, cette dernière avait confisqué, en effet, aux chrétiens le dialogue direct avec Dieu ,en faisant des personnels épiscopaux les intermédiaires nécessaires et incontournables pour garantir aux croyants, le Salut de son âme.

Travers humains
& légitimité des intermédiaires

fabliau_litterature_medieval_vilain_paradis_saint_pierre_moyen-ageAu fond, si les Saints et apôtres eux-même, pour leurs travers humains ou leurs erreurs passées, n’ont pas la légitimité de refuser à notre joyeux et habile paysan l’entrée en paradis, que dire alors du personnel de l’église ? On sait que par ailleurs les fabliaux nous font souvent des portraits vitriolés de ces derniers  (cupidité, lubricité, etc).

Sous les dehors de la farce, il est difficile de mesurer l’intention de l’auteur ou la profondeur véritable de la satire, mais on ne peut pas faire l’économie de cette lecture de ce fabliau. Le conteur y adresse-t-il la légitimité des hommes, aussi « Saints » ou canonisés soient-ils, à tenir les portes du paradis et juger du Salut des âmes ? Est-ce une lecture trop « moderne » pour le moyen-âge ? Bien que ce conte satirique paraisse soulever clairement la question, ses conclusions et sa morale nous tirent au bout du compte, en un tout autre endroit, de sorte qu’il est difficile de savoir si l’auteur n’a fait ainsi que se dégager  de la forte satire présente sur ces aspects ou si son propos n’était simplement pas là.

Talent oratoire plus que valeurs chrétiennes ?

T_lettrine_moyen_age_passionout d’abord et par principe finalement, le vilain n’est pas autorisé à entrer au Paradis. « Il ne peut être un bon chrétien ». Le fabliau s’évertuera à nous démontrer le contraire, mais d’emblée, c’est un fait entendu qui a force de loi. Dès le début du conte, nous sommes dans la conclusion du « Pet du vilain » de Rutebeuf. : aucun ange, ni diable ne viennent chercher l’âme défunte. Personne ne veut du vilain; ni l’enfer ni le paradis ne sont assez bons pour lui. S’il veut sa place, il lui faudra la gagner, faire des pieds et des mains. Autrement dit dégager, un à un, tous les intermédiaires et leurs arguments – en réalité ils n’en ont pas, il ne font qu’opposer une loi –  en remettant en cause leur légitimité à juger de ses mérites.

A-t-il démontré au sortir de cette joute qu’il est un bon chrétien ? En réalité non. La conclusion s’empêtre dans quelques contradictions dont il est permis, encore une fois, de se demander, si elles ne sont là que pour atermoyer la question de fond par ailleurs bien soulevée :  fabliau_litterature_medieval_vilain_paradis_saint_paul_moyen-age« Beaucoup d’hommes donneront tort au vilain d’avoir ainsi gagné son entrée au paradis« , et pourtant finalement il n’est pas ici question d’affirmer que le vilain l’a gagné par sa parfaite connaissance des écritures, et encore moins par une certaine « exemplarité chrétienne » de sa vie :  « Le faussaire a vaincu la nature (l’ordre naturel, la loi)… Le tordu file droit et le juste part de travers… « 

Au fond, c’est son talent à argumenter qui est explicitement mis à l’honneur, dusse-t-il être considéré comme « tordu ». Les Saints ont eu affaire à plus grand orateur qu’eux et  ce vilain là n’a gagné son entrée au paradis que par sa propre habilité. Il demeure donc une exception et celle-ci ne doit rien à son respect des valeurs chrétiennes: « la ruse, le talent triomphe de la force, du juste, de la loi ». Ce qui fait que le fabliau est drôle (au sens de l’humour médiéval), c’est que le vilain a réussi finalement à berner les Saints. Les questions de fond sur la légitimité de ces derniers à détenir les clefs du paradis, comme celle plus large des hommes, de leurs travers et de leur bien fondé à juger du Salut d’un des leurs, vilain ou non,  se retrouvent bottées en touche. Après avoir été soulevées, leur substance satirique est en quelque sorte désamorcée.

D’ailleurs, le Christ  en personne (« nostre Sire ») n’accordera aussi son entrée au vilain que sur la base de son talent oratoire et sa capacité à « gloser » sur le fond des évangiles: « Tu as été à bonne école, tu sais bien user de paroles et bien mettre en avant ton verbe ». CQFD : les actions du vilain de son vivant, chrétiennes ou non, ne sont pas adressées. Elles ne sauraient semble-t-il, en aucun cas, fournir une raison suffisante à son entrée en Paradis. La loi reste la loi. Pour que l’humour fonctionne, il faut semble-t-il que ce vilain reste une exception et ne soit qu’à demi réhabilité.

Pour parenthèse et avant de nous séparer, veuillez noter que les photos ayant servi à illustrer cet article sont toutes des détails de toiles du peintre bolognais du XVIe/XVIIe siècle, Guido Reni (1575-1642): dans l’ordre, le Christ remettant les clefs du Paradis à Saint-Pierre,  suivi d’un portrait de Saint-Pierre et de Saint-Paul.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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La Saint Valentin avec Perceval et Angharad, couple mythique de Kaamelott

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : légendes arthuriennes, roi Arthur, humour littérature médiévale, série télévisée, Kaamelott,  Saint-Valentin, Perceval, Angharad, citations.
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteur : Alexandre Astier
 Distribution :   CALT production, M6
Médias : épisode, audio, détournement affiche

Bonjour à tous

A_lettrine_moyen_age_passion la faveur de la Saint-Valentin, voici un petit clin d’oeil à l’un des couples mythiques de Kaamelott. Il s’agit de Perceval et Angharad, ou l’histoire d’un rendez-vous souvent manqué quand même puisque le couple n’en finit pas de s’empêtrer dans des problèmes de communication et de vocabulaire sans fin.

humour_saint-valentin_Kaamelott_Perceval_Angharad_serie_televisee_legendes_arthuriennes_alexandre_astierr

Au passage, il est difficile de savoir si nous aurons le plaisir de revoir les deux comédiens à l’écran, dans les long-métrages Kaamelott. D’une part, parce que nous n’en connaissons pas les scénarios, perceval_angharad_kaamelott_detournement_affiche_humour_serie_televiseemais aussi du fait qu’aux dernières nouvelles la comédienne et l’auteur-réalisateur ne s’étaient, semble-t-il, pas entendus. Comme l’eau a largement coulé sous les ponts depuis, on peut espérer que tout cela soit dépassé afin que nous puissions voir les deux tourtereaux s’empêtrer dans de nouvelles situations « brumeuses »  et surtout hilarantes.

Dans la foulée, nous en profitons aussi pour reposter un des épisodes audio que nous avions fait en hommage à la série, il y a quelques temps. Il « met en scène » les doublures imaginaires de Perceval et Angharad justement, mais aussi Merlin (respectivement Franck Pitiot, Vanessa Guedj et Jacques Chambon à l’écran), et encore Bohort (Nicolas Gabion) et le Roi Arthur (Alexandre Astier) dans une situation du même acabit.

Perceval et la potion d’intelligibilité. Kaamelott, épisode clin d’oeil

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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Les vilains des fabliaux et un fabliau médiéval : des chevaliers, des clercs et des vilains

fabliau_vilain_litterature_medievale_moyen-ageSujet : humour médiéval, littérature médiévale, fabliaux, chevalier, clercs, vilains, paysans, satire, conte satirique, poésie satirique.
Période : moyen-âge central
Titre : des chevaliers, des clercs et des vilains
Auteur : anonyme
Ouvrage : « Les Fabliaux, T3″, Etienne Barbazan

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionur les quelques cent cinquante fabliaux qui nous sont parvenus du moyen-âge celui dont nous vous parlons aujourd’hui est sans doute un des plus courts, à défaut d’être celui dont l’humour est le plus « élevé ». Comme on le verra, il s’épanche, en effet, du côté des rives les plus graveleuses de l’humour médiéval.

Avec les habituelles réserves qu’il faut mettre entre la réalité sociale et la littérature, c’est un conte satirique que l’on trouve  souvent cité par des auteurs ou historiens soucieux d’approcher les représentations que le monde médiéval pouvait se faire des différentes classes sociales, en l’occurrence celles des chevaliers, des clercs et des vilains. Comme dans tous les contes satiriques, les traits sont bien évidemment forcés et nous sommes ici dans une caricature, assez grossière, mais elle nous fournit tout de même l’occasion d’aborde la question du statut du « vilain » dans les fabliaux.


Etymologie : le mot vilain vient de « Villa », la ferme. Dans son sens premier c’est donc l’homme de la ferme.


Le « Vilain » des fabliaux
et de la littérature médiévale

L_lettrine_moyen_age_passione terme « vilain »  dans les fabliaux et la littérature médiévale recouvre plusieurs usages. Dans le premier cas, qui est son origine étymologique, il désigne une fonction : celle de paysan, de travailleur agricole. Dans le deuxième, c’est un terme péjoratif qui désigne des hommes de basse classe sociale, mais surtout, parmi eux, les « rustres », autrement dit ceux qui sont sans éducation, sans litterature_medievale_fabliaux_contes_poesie_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_heures_rohan_moyen-agebonnes manières et, quelquefois même, corollaire de tout cela, sans grande hauteur morale.

En réalité, le deuxième sens semble s’être rapidement  attaché au premier, et bien des fois, les deux se confondent. Le vilain désigne alors  un paysan de métier, mais aussi et presque par voie de conséquence, un être rustre, naïf, et sans manière.  Les choses n’étant fort heureusement jamais aussi simples, le blason du vilain sera quelque peu redoré dans d’autres fabliaux ou textes médiévaux et les deux sens se trouveront même dissociés.

Pour prendre les choses dans l’ordre, nous allons d’abord parlé du vilain « ostracisé » socialement et nous aborderons ensuite les variantes appliquées à ce personnage finalement assez polymorphe des fabliaux.

Le vilain  « ostracisé » et bouc-émissaire

D_lettrine_moyen_age_passionans le premier cas donc, même si, encore une fois, cela se joue dans le cadre de la littérature, il semble qu’il y ait clairement une forme d’ostracisme social.  Ce vilain là n’a pas d’éducation. Grossier, malotru, il souille tout ce qu’il touche et comme il est la « lie » de ce que la société peut produire de pire, il faut encore qu’il soit sale, puant et laid. Moralement, ce n’est guère mieux. Que l’on ne se fie jamais  à lui, ni ne lui fasse  de faveurs, il ne les rendra jamais car il est encore ingrat, peu charitable et ne tient pas ses engagements,

Monstre d’égoïsme, il ne pense qu’à lui même ou, au mieux, aux siens et ne fait jamais non plus la charité. Poursuivi jusqu’après sa mort pour ses travers, pour peu, on lui dénigre même l’entrée au paradis ce qui, litterature_medievale_fabliaux_contes_poesie_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_rohan_moyen-agedans le contexte du moyen-âge chrétien, est le pire des châtiments qu’on puisse imaginer, a fortiori quand ce dernier s’applique à  l’intégralité d’une classe sociale.

Malgré tous ses travers, le vilain est rarement présenté comme doté d’une grande intelligence, et même encore moins machiavélique. Gouailleur et moqueur, méfiant envers les autres, il demeure souvent un « sot » qui se fait facilement berner; c’est alors  le dindon de la farce, l’idiot ou l’abruti dont on se rit. On se souvient ici du vilain de la vache du prêtre de Jean Bodel, tant crédule et sa femme avec, qu’ils boiront tous deux les paroles du curé cupide qui leur promettait de recevoir du tout puissant le double de ce qu’ils lui céderaient. Pour avoir remis tout entier leur salut, comme leur profit,  dans les mains de l’ecclésiastique, le couple de paysans naïfs (bon chrétiens mais quelque peu limités dans la compréhension des valeurs concernées) était ici l’instrument d’une satire qui, au demeurant, visait tout autant, sinon plus le prêtre. Vénal, crédule, on trouve des peintures largement plus cruelles que celle que nous faisait là Bodel du vilain, même si ce dernier ne s’y trouvait pas totalement  à l’honneur.

Quoiqu’il en soit, si les fabliaux n’épargnent pas grand monde et encore moins le personnel de l’église, il demeure difficile d’imaginer un personnage plus stigmatisé socialement que le vilain tel qu’il nous y est présenté parfois. A quelques nuances près, les normes de la bonne éducation et de la société semblent sans aucune prise sur lui. Au passage, cela n’a rien à voir avec son degré de richesse ou de pauvreté  car toutes les possessions et tous les trésors du monde ne sauraient le laver de la fange dans laquelle il patauge et qui décidément lui colle à la peau :

« Quand tout l’avoir et tout l’or de ce monde seraient siens, le vilain encore ne serait que vilain.  »
Le Despit au Vilain (l’Outrage au Vilain)

Les raisons de la stigmatisation

M_lettrine_moyen_age_passionême si d’autres fabliaux, comme nous le verrons plus loin, viendront nuancer ce tableau, il demeure difficile de mesurer la réalité sociale derrière ce rôle de bouc émissaire social que l’on faisait alors tenir au vilain. Certains auteurs parlent même de véritable « racisme » et, de fait, on parle même de « race des vilains » dans certains textes. Faut-il le prendre tout à fait au sérieux ? N’est-il qu’un instrument au service de la satire, pour faire valoir les autres classes, ou quelquefois pour moquer leurs traits ?

On pourrait ici recroiser avec l’analyse étymologique que fait Didier Panfili dans sa conférence sur « le travail de la terre au moyen-âge » et se souvenir avec lui de ce « Labor » bibliquement attaché à la pénitence et à ce péché originel dont il faut se laver, même si paradoxalement la terre produit le blé et le vin qui sont des litterature_medievale_fabliaux_contes_poesie_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_rohanaccessoires sacrés indispensables des rites chrétiens. S’ils alimentent et nourrissent la société médiévale, il est vrai que les paysans, classe la plus importante en nombre, restent tout de même les plus brimés : travaillant lourdement, fortement taxés quelque soit l’issu des récoltes, quand en plus, ils ne se retrouvent pas sans protection et pillés de leurs biens par quelques mercenaires en maraude ou même quelques seigneurs abusifs.

Dans le même ordre d’idées, peut-être y-a-t’il encore, à travers ces satires, une forme de mépris culturel transposé pour les paysans d’alors par les « oisifs », les clercs, la petite noblesse et jusqu’aux poètes itinérants qui s’adonnent aux opus et aux oeuvres de lettres ? Travailleurs de l’esprit, contre travailleurs de la terre, l’opposition est-elle  si éculée ?

Face à cette condition paysanne qui s’extrait peu à peu du servage du XIIe au XIIIe siècle, y-a-t-il encore pu y avoir des formes de dépréciation sociale, nées d’un peu d’envie ? C’est encore possible. Certains paysans mangent, dit-on, à leur faim, quand ils n’ont pas en plus  l’outrecuidance de  tirer leur épingle du jeu et de s’enrichir.

A cette figure caricaturale du vilain, travailleur de la terre attaché à une personnalité détestable à bien des points de vue, quelques auteurs de fabliaux viendront tout de même opposer un contre-pied. Et là où Rutebeuf dans son pet du vilain, moquait le vilain, lui refusant l’entrée de l’Enfer comme du Paradis et ne sachant décidément pas quoi faire de son âme, ces derniers concéderont, quant à eux, le paradis au vilain, dusse-t-il lui même l’arracher par sa hardiesse (cf le vilain qui conquit le paradis en plaidant).

Le paysan réhabilité et porteur d’une certaine sagesse populaire, contre le vilain sans manière

I_lettrine_moyen_age_passion copial semble que ce soit plutôt dans le courant du  XIIIe siècle que la figure de ce « vilain » qui avait tendance à hériter des deux sens, « travailleur de la terre » et « être sans manière », commence à se fragmenter pour le présenter de manière moins tranchée.  Le « vilain » médiéval peut même alors se mettre à incarner une certaine figure de la sagesse populaire: celui qui a la tête sur les épaules, qui ne s’en laisse pas si facilement conter, celui qui, à l’opposé du précédent, se distingue par un vrai sens de la charité ou de l’hospitalité. Dans d’autres cas, il sera même celui dont la franchise et le talent désarme jusqu’aux Saints eux-même. Bref, le « vilain », compris comme litterature_medievale_fabliaux_contes_poesie_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_rohan_enluminurestravailleur de la terre mais dissocié du sens péjoratif qu’on lui avait accolé en d’autres endroits, trouvera ici une belle revanche.

D’un autre côté, pour ce qui est de la nature péjorative du mot « vilain », cette fois dissocié de la fonction ou de la condition sociale, on le retrouvera  également dans la littérature satirique du moyen-âge central. C’est le cas du fabliau que nous présentons plus bas. Il met en scène des vilains dans la plus basse des positions pour mieux conclure que c’est la façon de se comporter socialement qui définit le vilain et pas sa fonction. Qu’il s’agisse ou non d’une pirouette du conteur pour adoucir un peu la violence de son propos, il y affirme tout de même qu’on peut être « vilain » sans être paysan.

D’où vient ce vilain différent de l’autre? En réalité, les deux facettes du personnage continuent de coexister et on ne peut que faire le constat que le « vilain » échappe aux catégories figées. Malotru et naïf ou plus sage, son personnage reste finalement au service de la satire.

En s’affranchissant, le paysan a sans doute  gagné quelques « lettres de noblesse ». Nous le disions plus haut, le servage n’est plus de mise et les évolutions contractuelles ont joué sans doute en sa faveur. Le paysan des fabliaux est présenté comme le seul maître chez lui et il n’est jamais miséreux.

Sur le plan littéraire, la multiplication des universités a attiré vers elles des étudiants issus de milieux plus modestes, dans lesquels on finira par compter aussi des fils de paysans. Rutebeuf nous en touchera d’ailleurs un mot dans son dit de l’université.

« …Li filz d’un povre païsant 
Vanrra a Paris por apanre;
Quanque ces peres porra panrre
En un arpant ou .II. de terre
Por pris et por honeur conquerre
Baillera trestout a son fil, »
Ci encoumence li diz de l’Universitei de Paris – Rutebeuf

Peut-être ont-ils fini par infléchir à leur manière le cours de la littérature. Au passage, on aura noté que, cette fois, le trouvère utilise le mot « païsant », montrant bien le changement de registre entre cette poésie « sérieuse » et le ton léger, humoristique et satirique du fabliau. Le genre a indéniablement ses codes et pose un cadre dans lequel les guillemets sont partout présents. C’est un deuxième degré qui n’a peut-être pas traversé le temps mais qu’il ne faut pas sous-estimer au moment de tirer des conclusions sur le vilain défini dans le fabliau et celui de la réalité médiévale.

Pour le reste et comme on le voit ici, le terme de « paysan » existait déjà au moyen-âge. et désignait alors le métier sans connotation péjorative. Comme « vilain » avant lui, ou comme « manant », le vocable a, semble-t-il, à son tour, subi un glissement sémantique dans le temps. Serait-ce une fatalité ? De nos jours et au figuré, le mot « paysan » partage quelques double-sens communs avec le « Vilain » médiéval. ie : « ignorant, rustre, sans éducation ».

Au delà d’une lecture de classe, peut-être que la division monde rural/monde urbain qui ne fait que s’affirmer au fur et à mesure des développements des villes du moyen-âge central pourrait encore litterature_medievale_fabliaux_contes_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_heures_rohan_moyen-agefournir une grille de lecture intéressante pour comprendre cette opposition entre « l’homme de la terre » – resté proche de la nature et, de ce fait, supposé sans éducation car éloigné d’une ville qui se définit de plus en plus comme le « centre de la civilisation » – et l’homme urbain donc « nécessairement » civilisé, lettré, bien éduqué… Magie des archétypes…

A l’opposition seigneurs ou églises (propriétaires terriens) d’un côté et serfs et paysans de l’autre, serait alors venu se greffer une opposition ville/campagne. Ce n’est pas qu’une opposition simple cela dit et l’attraction n’en est pas exempte.  L’urbanisation galopante des moyen-âge central et tardif, qui s’est confirmée depuis, a sans doute fait aussi de la vie campagnarde une sorte d’ailleurs perdu pour certains citadins. On en lit d’ailleurs déjà les signes, dès le début du XVe siècle, puisqu’on assiste à un mouvement littéraire qui s’épanche du côté d’un retour à une vie bucolique et champêtre (cf le dit de franc Gontier). Chez nombre d’auteurs qui suivront, l’artifice sophistiqué de la vie curiale ne fera plus recette et les paysans ou les bergers enjoués des pastourelles, loin des attraits du pouvoir et vivant dans la simplicité ne seront déjà plus moqués autant que les vilains asservis et corvéables à merci des siècles précédents.

Quoiqu’il en soit, tantôt rustre et sans manière, tantôt doté de qualités et d’une forme de sagesse populaire, le vilain des fabliaux aura  su échapper aux formes fixes et il est d’ailleurs à peu près le seul dans ce cas. Faire la nique aux archétypes pourrait bien avoir été en soi sa véritable victoire et sa plus grande consolation.

Le Fabliau du  jour : des chevaliers, des clercs et des vilains

D_lettrine_moyen_age_passionans le fabliau du jour, nous nous retrouvons dans un joli petit coin de nature, visité successivement par des chevaliers, des clercs et enfin par des vilains. Les premiers y verront un endroit charmant pour y faire ripailles, les seconds le lieu parfait pour conter fleurette à une damoiselle et plus si affinités. Il en sera autrement de deux vilains qui, passant par là et ayant découvert l’endroit, le trouveront parfait pour s’y soulager les intestins et s’emploieront donc hardiment à le litterature_poesie_medievale_fabliaux_contes_satirique_paysans_vilains_manuscrit_ancien_heures_rohan_moyen-agesouiller.

La scatologie, thème que l’on retrouve dans quelques autres fabliaux, est comme on s’en doute, souvent associée au vilain.  On se souviendra encore ici de cet autre fabliau d’un paysan qui, arrivé dans un quartier urbain de parfumeurs, tourna de l’oeil après avoir été assailli par toutes ses fragrances inconnues qui auraient ravi les narines de plus d’un être civilisé. Il fut heureusement sauvé et recouvra tous ses esprits quand on eut la bonne idée de lui mettre du fumier sous le nez en guise de sels.

Du point de vue d’une lecture de classe, le fabliau d’aujourd’hui est assez claire et sa vision relativement caricaturale:  les chevaliers ne pensent qu’à festoyer et faire ripailles, les clercs à faire la cour et s’adonner aux plaisirs charnelles. Quant aux vilains, ma foi, ils ne s’embarrassent ni de l’un ni de l’autre, et comme ils n’ont aucune sensibilité esthétique, ils finissent par souiller même les plus belles choses. Pour peu, ils ne mériteraient presque pas la nature au milieu de laquelle ils vivent. La conclusion rattrape toutefois le tableau, en finissant par définir le vilain par ses actes et pas par sa condition : Vilains est qui fet vilonie

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Des chevaliers, des clercs et des vilains

Dui Chevalier vont chevauchant,
Li uns vairon, l’autre bauçant,
Et truevent un lieu descombré,
D’arbres açaint, de feuille aombré,
D’erbes, de floretes vestu,
Un petit i sont arestu.
Dist l’uns à l’autre, Dieu merci,
Com fet ore biau mangier ci !
Qui averoit vin en bareil
Bons pastez et autre appareil,
Il i feroit plus delitable,
Qu’en une sale à haute table
Puis il s’en départent atant.

Dui Cler s’aloient esbatant,
Quant li biau lieu ont avisé,
Si ont come Cler devisé,
Et dist li uns, qui averoit
Ici fame qu’il ameroit,
Moult feroit biau jouer à li;
Bien averoit le cuer failli,
Fet li autres et recréant,
S’il n’en prendoit bien son créant.
Iluec ne sont plus arrestu.

Dui vilain s’i sont embatu
Qui reperoient d’un marchié.
De vans et de pelés carchié.
Quant où biau lieu assis se furent,
Si ont parlé si come il durent,
Et dist li uns, sire Fouchier,
Com vez ci biau lieu pour chier !
Or i chions, or, biaus compère ;
Soit, fet-il, par l’ame mon père :
Lors du chier chascuns s’efforce.
De cest example en est la force,
Qu’il n’est nus déduis entresait.
Fors de chier que vilains ait.
Et pour ce que vilain cunchient
Toz les biaus lieus, et qu’il y chient.

Par déduit et par esbanoi
Si voudroie, foi que je doi
Et aus parrins et aus marines,
Que vilains chiast des narines.
Qoique je die ne qoi non,
Nus n’est vilains, se de cuer non.
Vilains est qui fet vilonie,
Jà tant n’iert de haute lingnie,
Diex vos destort de vilonie,
Et gart toute la compaignie.

Explicit des Chevaliers, des Clercs et des Vilaîns,

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 En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.


Sources & Articles utiles.

– Fabliaux et contes, 4 tomes, par Etienne Barbasan (1808)
– De la condition des vilains au moyen-âge d’après les fabliaux par Aristide Joly (1882)
– Du vilain au paysan sur la scène littéraire du xiiie siècle, Marie-Thérèse Lorcin (2011)
–  Travailler la terre au moyen-âgeDidier Panfili, conférence au Musée de Cluny (nov 2017)
– Enluminures : les illustrations de cet article proviennent du manuscrit du XVe siècle « les grandes heures de Rohan »,  sources Bnf, département des manuscrits

Festival Historia, Strasbourg : un grand voyage au coeur de l’Histoire

Bonjour à tous,

Pour faire suite à notre article d’hier sur le Festival Historia.  Certes, ne le nions pas, c’est une ânerie mais, au final, je suis certain que cela leur fera bonne presse.

evenement_festival_historia_passion_histoire_strasbourg_voyage

Une belle journée à tous !
Fred
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Colin Muset, portrait et une chanson médiévale sur les déboires du trouvère du XIIIe siècle

poesie_litterature_medievale_realiste_satirique_moral_moyen-ageSujet : musique, chanson médiévale, poésie médiévale, humour,  trouvère, biographie, ménestrel, jongleur, auteur médiéval, vieux-français
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur ; Colin Muset (1210-?)
Titre :  « Sire Cuens, j’ai viélé »
Interprètes : Les productions Perceval (livre MM Le moyen-âge la renaissance, Editions J. M. Fuzeau, 1989

Bonjour à tous,

Nous partons aujourd’hui aux abords du XIIIe siècle pour parler d’un trouvère célèbre du nom de Colin Muset: portrait, détails sur l’homme et sur l’oeuvre donc et, bien sûr, présentation d’une de ses chansons pour compléter le tableau.

Eléments (flous) de biographie

A_lettrine_moyen_age_passionl’image de nombreux autres trouvères ou troubadours de son temps, quand ils n’étaient pas eux-même des seigneurs suffisamment notables pour entrer dans l’histoire,  on sait peu de chose de la vie de Colin Muset. Originaire de Lorraine ou de Champagne, il serait né au début du XIIIe siècle, autour de 1210. On ne connait pas non plus la date de son trépas mais on sait qu’entre les deux, il aurait été poète, musicien et joueur de Viole (vièle à archet).

Si l’on se fie au contenu de ses poésies, il allait de cour en cour pour proposer son art et pour subsister. Pour autant, nous ne sommes pas là face à un artiste miséreux puisque, à l’en croire toujours, il avait  une servante pour assister sa famille et il avait colin_muset_trouvere_XIIIe_poesie_chanson_musique_medievale_XIIIe_siecle_moyen-agemême encore une valet pour s’occuper de sa monture.

De fait, en son temps et sur la base des poésies du Ménestrel, Gaston Paris nous a dépeint Colin Muset comme un bon vivant, menant somme toute, une existence assez bourgeoise. Marié avec au moins un enfant, il aurait été sédentaire l’hiver et plus itinérant durant l’été. « Poète, amoureux et parasite » ainsi qu’il se voyait lui-même, sa poésie oscille entre légèreté, images bucoliques, amourettes et encore des aspirations à une vie confortable et jouisseuse, entourée de bons vins et de bonne chère.  On retrouvera sans peine quelques uns de ces traits dans la chanson que nous vous présentons aujourd’hui pour accompagner ce portrait et qui est une de ses plus célèbres.

Contemporain de Thibaut de Champagne, roi de Navarre, Colin Muset a-t-il fini par entrer au service et sous la protection de ce dernier ? Si on le trouve affirmé ça ou là, cela ne semble pas faire l’unanimité chez les nombreux auteurs  qui se sont penchés sur lui.

« Sire cuens, j’ai viélé », Ensemble Perceval

Le legs de Colin Muset : comptages, débats d’experts, corpus, etc…

S_lettrine_moyen_age_passionigne d’une certaine reconnaissance et popularité de cet artiste médiéval en son temps, on peut trouver les oeuvres de Colin Muset  dans de nombreux manuscrits anciens qui s’échelonnent entre le milieu du XIIIe et le début du XIVe siècle. Deux d’entre eux en contiennent le plus grand nombre, le MS  389 ou Le Chansonnier français de la Burgerbibliothek de Berne, et encore le Chansonnier U connu encore sous le nom de Manuscrit de Saint-Germain des près. Véritable mine d’or de la chanson française (et provençale) du moyen-âge central, ce dernier est en tout cas le plus ancien dans lequel on puisse trouver des pièces de Colin Muset aux côtés de 304 autres trouvères, 333 chansons et encore 29 compositions provenant de troubadours. La chanson du jour se trouve, quant à elle, dans quatre autres manuscrits  dont le manuscrit MS 5198 de l’Arsenal et encore dans le MS Français 845 dont est tirée l’image ci-dessous.

sire_cuens_manuscrit_ancien_colin_muset_chanson_poesie_medievale_trouveres_moyen-ageQuoiqu’il en soit, du XIXe siècle jusqu’à des dates encore très récentes (2007), entre poésies non signées, simplement émargées après coup par un « rubriqueur » ou un copiste, mais aussi entre approches déductives, comptage de pieds ou longues analyses stylistiques et métriques, le nombre exact de pièces attribuées à notre trouvère du jour a oscillé d’une douzaine à un peu plus d’une vingtaine. Les débats n’étant toujours pas clos sur le sujet,  au delà de la douzaine, on se retrouve en face d’un corpus aux contours flottant différemment en fonction des experts.

Au demeurant, cela reste une production plutôt chiche, si on la compare avec celle d’autres trouvères ou jongleurs contemporains du XIIIe siècle comme un Adam de la Halle ou un Rutebeuf. En dehors du fait que certaines de ses oeuvres se sont peut-être perdues, sans doute  Colin Muset chantait-il, en plus de ses propres pièces, des oeuvres empruntées à d’autres. Comme nous le montrent les manuscrits d’époque, il n’aurait eu, dans cette hypothèse, que l’embarras du choix dans le large répertoire des trouvères dont il était contemporain.

Sire Cuens, j’ai viélé

O_lettrine_moyen_age_passionn ne peut pas s’empêcher de trouver, dans cette chanson de Colin Muset sur les déboires de l’activité de trouvère,  quelques similitudes avec certaines complaintes de Rutebeuf, sur le fond au moins en tout cas. L’humour est à l’évidence présent, et il faut bien avouer que l’interprétation de la pièce du jour le renforce encore, mais au delà, le texte met en scène ce fameux « je » poétique dont nous avions déjà parlé avec Rutebeuf (voir article)  et que nous avions ré-abordé en parlant de la poésie de Michault Taillevent. (voir article sur le passe-temps de Michault).

Entre poésie goliardique, fabliaux et notes satiriques, le XIIIe se signe aussi par une forme d’émancipation de certains de ses auteurs d’avec la lyrique courtoise.  Colin Musset reste un de ceux là.

Benureau_Kaamelott_Alexandre_Astier_trouvere_moyen-age_colin_muset_complainte_chanson_medievale_XIIIe_siecle« L’ami Barde n’eut point ripaille
Parti sans pain et sans fruit
Quand chanta pour les funérailles
Du roi Loth mort dans son lit.
Niah, niah, niah, niah! »
Le Barde ( Didier Bénureau) –
Kaamelott,
Alexandre Astier

Sans parler du clin d’oeil fait par Alexandre Astier dans Kaamelott au sujet du barde mal reçu, que cette chanson de Colin Muset ne peut manquer d’évoquer pour ceux qui connaissent la série, on trouvera cette complainte sur les mauvais donneurs, reprise par d’autres chanteurs et artistes du moyen-âge. Il faut bien dire qu’un certain idéal de pauvreté, synonyme peut-être d’une forme authenticité pour certains artistes ou auteurs romantiques du XIXe n’a rien de médiéval. Les trouvères ou troubadours du moyen-âge ne se cachent pas, en effet, de vouloir gagner quelques deniers bien mérités et un bon traitement en échange de leur art.

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Les paroles de « Sire Cuens, j’ai viélé »
dans le vieux-français de Colin Muset

Sire Cuens* (Comte), j’ai viélé
Devant vos, en vostre ostel :
Si ne m’avez rien doné,
Ne me gages acquités ;
C’est vilanie !
Foi que doi Sainte Marie,
Ensi ne vos sieuré je mie ;
M’aumoniere est mal garnie
Et, ma borse mal farcie !

Sire Cuens, car commandez
De moi vostre volenté ;
Sire, s’il vos vient à gré,
Un biau don car me donez
Par cortoisie !
Car talent ai, n’en dotez mie
De raler a ma mesnie* : (retourner en ma maison)
Quant g’i vois borse d’esgarnie,
Ma fame ne me rit mie,

Ainz me dit : « Sire Engelé,
En quel terre avez esté
Qui n’avez riens conquesté ?
Trop vos estes deporté 
Aval la vile !
Vez con vostre male plie :
El est bien de vant farsie !
Honi soit qui a envie
D’estre en vostre compaignie ! »

Quand je vieng a mon ostel.
Et ma fame a regardé
Derrier moi le sac enflé
Et ge, qui sui bien paré
De robe grise.
Sachiez qu’elle a tost jus mise
La quenoille ; sanz faintise
Ele me rit ; par franchise,
Ses deux braz au col me lie.

Ma fame va destrousser
Ma male sans demorer* (sans attendre) ;
Mon garçon va abuvrer
Mon cheval, et conreer* (en prendre soin, le nourrir) ;
Ma pucele* (servante, jeune fille) va tuer
Il chapons, por deporter* (célébrer)
A la janse aillie* (sauce à l’ail)
Ma fille m’aporte un pigne* (peigne)
En sa main par cortoisie…
Lors sui de mon ostel sire
A meolt grant joie, sanz ire,
Plus que nus ne porroit dire.

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En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.

Un programme culturel historique et des lectures audios autour de Melin Saint-Gelais

melin_saint_gelais_poesie_cour_XVIe_siecle_epigrammes_dizain_renaissance_moyen-age_tardifSujet : dizain, poésies courtes,  rondeau, poésie de cour, renaissance. humour, poésie gaillarde,
Période : XVIe, renaissance, fin du moyen-âge
Auteurs : Mellin Sainct-Gelays
ou Melin (de) Saint- Gelais (1491-1558)
Média : « les petits renaissants » programme culturel, chaîne nationale,1953. lectures audios, chaîne youtube Eclair Brut
Ouvrage : Oeuvres complètes de Mellin Sainct- Gelays, Prosper Blanchemain, 1873.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionl’ambition littéraire, au sérieux et quelquefois, il faut bien le dire, une certaine pédanterie des certains auteurs de la pléiade, le XVIe siècle oppose aussi une poésie légère de divertissement, gaillarde même quelquefois, et un verbe mis au service de l’esprit et de l’amusement de cour. Même s’ils ont fait quelques émules, Clément Marot et Melin de Saint Gelais en sont sans doute les auteurs les plus représentatifs et assurément les plus talentueux.

melin_saint_gelais_rondeau_poesie_renaissance_XVIe

A travers les notes les plus humoristiques de cette poésie : pastourelles détournées, moines buveurs et chaud lapins et autres grivoiseries, les références aux fabliaux ne peuvent manquer de venir à l’esprit et, avec elles, l’ancrage dans une tradition satirique bien antérieure au XVIe siècle; finalement, le « sombre » moyen-âge est, sans doute ici, bien moins loin que les nouveaux auteurs de la Pléiade l’auraient souhaité.

Les « petits renaissants », programme culturel « historique » de la chaîne nationale

I_lettrine_moyen_age_passion copiassues d’un programme, devenu lui-même historique puisqu’il date de 1953, voici donc un peu plus de vingt minutes en compagnie de Melin Saint Gelays et de sa poésie renaissante.  Produite par l’acteur et homme de théâtre Marcel Lupovici, l’émission était alors présentée par le poète Pierre Emmanuel (Noël Mathieu). On reconnaîtra sans peine, les intonations et les voix d’époque, et à travers le court portrait de l’auteur du XVIe, on remarquera aussi la qualité du français : soigné, appliqué et très écrit.

melin_saint_gelais_dizain_poesie_ancienne_gallarde_grivoise_renaissance_XVIePassé l’introduction, les lectures audios qui sont données ici  des poésies de Melin  Saint-Gelais sont un vrai régal.

Diffusé à une heure tardive, le programme autorisait aussi une certaine liberté de ton, permettant d’aborder des poésies un peu plus « gaillardes ». C’est le cas pour certaines d’entre elles. Le dizain ci-contre en est un exemple, il est même à ce point grivois qu’on l’a prêté longtemps à Marot, dont c’était tout de même plus une des spécialités, Melin Saint-Gelais ayant, en général, habitué ces lecteurs à une poésie moins largement polissonne.

En vous souhaitant une belle journée  à tous.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Humour Kaamelott: lecture imaginaire autour des Burgondes

kaamelott_serie_televisee_humour_alexandre_astier_roi_arthur_episode_inedit_detournement_fan_artSujet : humour, Kaamelott, série télévisée, série culte, lectures, livres, quête du Graal, légendes arthuriennes, comédie, médiévalisme, Guillaume Briat, Burgondes.
Période : moyen-âge central pour le roman arthurien & haut moyen-âge pour la légende.
Auteur : Alexandre  Astier
Distribution :   CALT production, M6
Médias : détournement, humour

Bonjour à tous,

J_lettrine_moyen_age_passionuste pour la détente, voici un autre  détournement humoristique autour de la série Kaamelott et de la quête du Graal, à la façon d’Alexandre Astier. Il s’agit cette fois, dun nouvel ouvrage imaginaire que vous ne trouverez donc pas dans le commerce, j’en ai peur.

Encore une fois, nous sommes, ici, bien plus clairement dans le registre de la farce, la comédie moderne et le médiévalisme que dans l’humour médiéval à proprement parler, aussi que les puristes veuillent bien nous excuser ce glissement catégoriel, ce ne sera pas le premier. Pour le reste, s’il y a des Burgondes dans la salle et pour paraphraser Pierre Desproges, ils peuvent rester.

kaamelott_serie_televisee_livres_legendes_arthuriennes_alexandre_astier_roi_burgonde_guillaume_briat_humour_detournement_lecture

Quelques liens utiles :

Une très belle journée à tous.

Fred
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épigrammes, dizain et poésie de cour avec Melin De Saint-Gelais

melin_saint_gelais_poesie_cour_XVIe_siecle_epigrammes_dizain_renaissance_moyen-age_tardifSujet : dizain, poésies courtes,  ouvrage ancien. poésie satirique, humour médiéval, épigrammes, grivoiseries, poésie de cour.
Période : moyen-âge tardif, renaissance, XVIe
Auteurs : Mellin de Sainct-Gelays  ou Melin Saint- Gelais (1491-1558)
Titre : Oeuvres poétique de Mellin S. Gelais, 1719 sur l’édition de  1574

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partons à nouveau à la découverte de la poésie de cour du XVIe, qui est encore considéré par nombre d’historiens comme le siècle de la transition vers la renaissance. A cette occasion, nous revenons sur le poète Melin Saint-Gelais en vous donnant sur lui des éléments de biographie mais en partageant aussi quelques unes de ses pièces entre humour et poésie courtes.

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Un charlatan disait en plein marché
Qu’il montrerait le diable à tout le monde ;
Si n’y eût nul, tant fût-il empêché,
Qui ne courût pour voir l’esprit immonde.
Lors une bourse assez large et profonde
Il leur déploie, et leur dit : Gens de bien,
Ouvrez vos yeux ! Voyez ! Y a-t-il rien ?
– Non, dit quelqu’un des plus près regardants.
– Et c’est, dit-il, le diable, oyez-vous bien ?
Ouvrir sa bourse et ne voir rien dedans.

Folie, Melin Saint-Gelais (1574)

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N_lettrine_moyen_age_passionatif d’Angoulème, issu de famille noble, fils peut-être ou même neveu, pense-t-on, sans en avoir la certitude du rhétoriqueur Octavien de Saint-Gelais, évêque d’Angoulême, Melin Saint-Gelais a bénéficié dans sa jeunesse, d’une solide éducation littéraire acquise, semble-t-il, à Potiers mais aussi à Bologne et à Padoue, au coeur de l’Italie renaissante. C’est d’ailleurs là où il put acquérir la maîtrise de la langue italienne. Plus tard, aumônier du dauphin, puis bibliothécaire du roi François Ier, il fut un des favoris à la cour. Encore plus loin dans le temps et suivant sa carrière religieuse, il se fit abbé et fut aussi clerc du diocèse d’Angoulême. A sa mort, en 1558, à Paris, il était encore dans les ordres.

Joueur de Luth, chanteur et poète de cour, contemporain et peut-être même un peu rival tout en étant ami de Clément Marot, l’histoire littéraire n’a pourtant pas retenu Melin Saint-Gelais autant qu’elle le fit de son illustre homologue, même si on s’entend bien, en général, sur le fait que sa renommée auprès de ses contemporains, n’avait rien à envier à celle de Marot, au moins de son vivant.

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Tu te plains, ami, grandement ,
Qu’en mes vers j’ay loüé Clement,
Et que je n’ay rien dit de toy.
Comment veux tu que je m’amuse
A louer ny toy, ny ta muse ?
Tu le fais cent fois mieux que moy.

A un importum, Melin Saint-Gelais (1574)

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Q_lettrine_moyen_age_passionuelques furent les détours pris par l’Histoire ou la postérité, pour juger de sa poésie, Melin Saint-Gelais fut, s’il faut le comparer à Clément Marot, pratiquement oublié et il ne resta bientôt plus, pour se souvenir de lui que la querelle qui l’opposa à Ronsard et à la Pléiade.

A une période où la poésie était perçue comme un enjeu de survie à la cour puisque les places s’y trouvaient comptées, les rivalités ne se voilaient qu’à peine. Les auteurs de la pléiade naissante ne cachaient alors pas leur ambition de faire table rase du passé médiéval, mais aussi du plus immédiat et, avec lui, d’une certaine poésie de cour légère, telle que la pratiquait justement Clément Marot ou Saint-Gelais. Il était question de renouer avec l’Antiquité et de porter le français plus haut dans des envolées qui, dans l’ensemble, semblaient peu souffrir l’usage que certains faisaient alors de l’humour, de la légèreté et même de la satire; en bref, la poésie et son usage devaient être une affaire hautement sérieuse.

Dans ce contexte, pas totalement exempt de rivalités et d’enjeux, Saint-Gelais s’était gaussé à la cour des écrits de Ronsard, en lisant des passages de ce dernier à voix haute et sur un ton pompeux, faisant même rire le roi avec ses facéties. Bien que le conflit fut atermoyé avec l’intéressé, plus tard, les auteurs de la Pléiade poursuivirent Saint-Gelais encore de leur diatribe, et cet épisode aura finalement plus survécu au temps que l’oeuvre poétique du poète d’Angoulême.

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O Luth, plus estimé present
Que chose que j’aye à present,
Luth de l’honneste lieu venu
Où mon coeur est pris & tenu :
Luth qui respons à mes pensées
Si tost qu’elles sont commencées :
Luth que j’ay faićt assez de nuits
Juge & tesmoin de mes ennuis,
Ne pouvant voir au près de moy
Celle qui t’eust au près de soy.
Je te suppli’ fay moy entendre
Comme touchant à la main tendre
Ton bois s’est garenti du feu* ,
Qui si bien esprendre ma seu :
Et s’il se pourroit bien esteindre
Par souvent chanter, & me plaindre:
Que pleust à dieu, Luth, que ta voix
Peust aller où de-coeur je vois,
Tant que mon torment bien oui
En peust rapporter un ouy :
Lors tu me serois plus de grace ,
Qu’onc n’en fist la harpe de Thraces
Qui faisoit les montaignes suyvre :
Car tu ferois un mort revivre.

D’un Luth, Melin Saint-Gelais

* Ton bois qui s’est préservé du feu

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our le reste, Melin de Saint-Gelais se situe bien souvent dans cette poésie légère de cour qui, dans les débuts de la renaissance et dans le courant de ce XVIe siècle,  pratique, dans sa recherche du bon mot et de la bonne chute, une satire et un humour qui s’épanchent quelquefois sans complexe du côté des grivoiseries.

Et s’il ne serait sans doute pas justice de ne retenir du poète renaissant que l’humour incisif et les épigrammes ou dizains « badins » ou grivois, il faut avouer que ce sont des pièces dans lesquelles il excelle. On en retrouvera certaines dans la Fleur de Poésie Françoyse mais pour mieux découvrir l’ensemble de son legs, on pourra encore valablement consulter la réédition de ses oeuvres poétiques datant de 1719 sur une édition originale datant de 1574. Tout n’y est pas parfaitement lisible et la digitalisation souffre de quelques imperfections mais c’est, en tout cas, l’ouvrage dont nous avons extrait les poésies présentes au fil de cet article.

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Un jour que Madame dormoit
Monsieur bransloit sa chambriere
Et elle qui la danse aymoit
Remuoit bien fort le derriere :
Enfin la garce toute fierre,
Luy dist Monsieur par votre foy
Qui le fait mieux, Madame, ou moy ?
C’est toy ( dist-il) sans contredit.
– Sainct Jean (dit-elle), je le croy,
Car tout le monde me le dit.

Dixain, Melin Saint-Gelais (1574)

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Ajoutons avant d’en conclure sur Melin Saint-Gelais, qu’au titre de son héritage plus sérieux, on lui prête encore d’avoir importé à la cour française l’art du sonnet italien dont François Pétrarque s’était fait quelques siècles auparavant, un illustre représentant.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C.