Archives pour la catégorie Citations médiévales

La puissance de l’esprit humain selon Paracelse

citations_alchimie_medecine_medievale_moyen_age_paracelseSujet : citations, libre-arbitre, esprit humain, philosophie, pouvoir de l’esprit.
Période : début renaissance, moyen-âge tardif
Auteur Paracelse, Paracelsus (1493-1541) 

« Si nous, les hommes, connaissions bien notre esprit, rien ne nous serait impossible sur terre.»
Theophrastus Bombastus Von Hohenheim, Paracelse (1493-1541)  Médecin, alchimiste & astrologue du moyen-âge tardif.

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionue cache cette citation de Paracelse que vous avez peut-être déjà croisée ici ou là ? Prise hors de son contexte, elle pourrait presque nous rappeler les assertions modernes de la Science sur les mystères et le pouvoir infinis du cerveau humain au niveau bio-chimique.  En réalité, nous sommes au début du XVIe siècle et même si le moyen-âge est déjà en train de céder la place à la Renaissance, il ne s’agit pas encore  de cela.

Pour Paracelsele médecin, philosophe et savant du moyen-âge tardif, l’essence de l’esprit humain est divine :  « C’est une grande chose que l’esprit de l’homme, une chose telle que personne ne saurait l’exprimer. Comme Dieu lui-même est éternel et impérissable, ainsi en est-il de l’esprit de l’homme. ».  Cet esprit humain, émanation directe du divin, est même si puissant qu’il pourrait aller jusqu’à prendre l’ascendant sur les étoiles et sur les Astres eux-même.

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Plus qu’un relation hiérarchisée entre Dieu, l’homme et la nature, à laquelle le moyen-âge nous avait habitué  il y a donc, selon Paracelse, une relation véritablement intime entre l’homme, couronnement de la création et Dieu. De cette philosophie, il résulte pour lui que l’homme devrait être affranchi de toute structure politique ou sociale coercitive ou arbitraire et ne jamais être subordonné au bon vouloir d’un « maître » afin de pouvoir développer directement ses propres dons pour le bien-être de la communauté. Cette  idée forte du libre arbitre et de la liberté individuelle l’ont d’ailleurs fait, quelquefois, rapprocher de Luther (voir l’ouvrage Paracelsus, essential, theoretical writings de  Nicholas Goodrick-Clarke).

Cette conception d’une inspiration divine directe et d’un potentiel infini qui peuvent se manifester sous certaines conditions explique encore, sans doute et en partie, le mépris que Paracelse a souvent affiché auprès des universités, contre l’expérience et l’apprentissage direct, autant que les quolibets qu’il a pu adresser à des personnes s’engageant sur la voie de la médecine, sans en avoir la vocation profonde, ni le don.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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passion et couleurs du monde médiéval (XVe) selon Johan Huizinga

citations_medievales_Sujet : Histoire médiévale, citations moyen-âge,
Auteur : Johan HUIZINGA
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle
Ouvrage : l’automne (ou le déclin) du Moyen-âge

citation_moyen-age_histoire_johan_huizinga_declin_moyen-age_monde_medieval_XVe

« Il y avait, dans la vie quotidienne, une capacité illimitée le passion et de fantaisie. L’historien du moyen-âge qui, vu le manque de véracité des chroniques, puise le plus possible aux sources officielles, risque de temps à autre de commettre une faute grave. Les documents ne nous montrent guère la différence de couleur qui distingue cette époque de la nôtre. Ils nous font perdre de vue le violent pathos de la vie médiévale. De toutes les passions qui l’ont animée, ils ne mentionnent que l’avidité et la violence. Qui ne s’est étonné de la fréquence avec laquelle avidité, querelles, vengeances se répètent dans les sources officielles ? Mais une fois mis en rapport avec la passion générale qui animait toute la vie, ces traits nous deviennent compréhensibles et acceptables. « 

Johan HUIZINGA, historien médiéviste (1872-1945)
Le déclin (l’Automne) du Moyen-Age (1919)

« Mort saisit (tous) sans exception », Villon et le grand Testament.

poesie_medievale_epitaphe_villon_ballade_pendu_erik_satie_lecture_audioSujet : poésie médiévale, poésie réaliste, auteur médiéval. mort, extrait
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Période : moyen-âge tardif, XVe
Ouvrage : extrait du grand Testament. Oeuvres complètes et commentés de François Villon par P.L Jacob (1854)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons un court extrait et une strophe du Grand Testament de François Villon sur la Mort. Le poète médiéval nous rappelle la vacuité du statut social ou des richesses face à l’inéluctable faucheuse, comme on le retrouvera rappelé dans certains ballades d’Eustache Deschamps, entre autres auteurs. Le thème n’est d’ailleurs pas propre à l’Europe médiévale, même s’il est empreint ici de valeurs chrétiennes.

Ajoutons que cette mort plane de manière tout à fait particulière sur cette partie de l’oeuvre de Villon qui la pense alors proche et ne sait pas encore, au moment où il écrit ses vers, qu’il va être gracié.

« Je congnoys que pauvres et riches,
Sages et folz, prebstres et laiz (1)
Nobles, vilains, larges et chiches,
Petitz et grans, et beaulx et laidz,
Dames à rebrassez colletz, (2) 
De quelconque condicion,
Portant attours et bourreletz, (3)
Mort saisit sans exception. »
François VILLON (1431-?1463)
Le Grand Testament – Extrait

(1) Laïcs
(2) vêtements bordés de fourrures
(3) bourreletz Coiffe d’époque luxueuse

villon_poesie_medievale_grand_testament_mort_moyen-age_tardif

Q_lettrine_moyen_age_passionuelques strophes plus loin, on retrouvera encore cette plume et ce verbe réaliste dont François Villon a le secret et il nous y décrira  la mort dans le détail, un peu comme il l’avait fait pour les pendus de son épitaphe.

« La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Jointes et nerfs croître et étendre.
Corps fémenin, qui tant es tendre.
Poly, souef, si précieux,
Te faudra il ces maux attendre ?

Oui, ou tout vif aller ès cieux. »

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Médiévalisme et sagesse hobbit, une citation de JRR Tolkien

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“Si un plus grand nombre d’entre nous préférait la nourriture, la gaieté et les chansons aux entassements d’or, le monde serait plus rempli de joie.”  JRR Tolkien (1892 -1973) – Bilbo le Hobbit

Sujet : citation, médiéval fantastique, moyen-âge imaginaire, JRR Tolkien, médiévalisme, Bilbo.

Sous le pied de l’éléphant avec la sagesse médiévale du conteur persan Mocharrafoddin Saadi

gullistan_sagesse_medievale_persane_saadi_jardin_rose_moyen-age_centralSujet : contes moraux, sagesse, poésie persane, justice, valeurs humaines, citation médiévale. exercice du pouvoir, clémence, fourmi,éléphant.
Période : moyen-âge central
Auteur : Mocharrafoddin Saadi  (1210-1291)
Ouvrage : Gulistan, le jardin des roses.

J’ai toujours dans la pensée ce vers que me dit un gardien d’éléphants, sur le bord du fleuve du Nil : « Si tu ne connais pas la situation de la fourmi sous ton pied, sache qu’elle est comme serait la tienne sous le pied d’un éléphant. »    –   Mocharrafoddin Saadi (1210-1291), Gulistan.

Bonjour à tous,

T_lettrine_moyen_age_passioniré du premier chapitre du Gulistan et de la vingt deuxième historiette du conteur et poète médiéval persan Mocharrafoddin Saadi, ce distique vient conclure un des savoureux contes moraux dont il a le secret.

saadi_sadi_citation_medievale_sagesse_persanne_contes_jardin_des_roses_gulistan_moyen-age_central_XIIIeIl est question, ici, d’un sultan ayant décidé, sur le conseil de ses médecins, de tuer un enfant pour sauver sa propre vie et pour échapper à la maladie. Au moment fatidique, les paroles de l’enfant rappelleront finalement le vieux souverain à la raison et il décidera de le gracier. Clémence du roi envers le petit sujet, de l’homme envers la fourmi mis en abîme sous le pied de l’éléphant, parabole et leçon de discernement surtout: une vie  en vaut une autre, et l’existence même du plus grand sultan ne saurait le soustraire à cette règle. Il aura fallu l’innocence et les rires d’un enfant pour le lui rappeler. Il aura fallu aussi que le sultan soit assez sage pour l’entendre. Voici le conte en entier.

Une fourmi sous le pied d’un éléphant
et la sagesse persane de Saadi

U_lettrine_moyen_age_passionn certain roi avait une maladie épouvantable. dont il ne convient pas de répéter le nom. Une troupe de médecins grecs s’accordèrent à dire : « Il n’y a point de remède pour cette maladie, si ce n’est le fiel d’un homme distingué par tels signes. »

Le roi ayant ordonné que l’on recherchât  cet homme , on trouva un fils de villageois avec les qualités que les sages avaient dites. Le roi manda son père et sa mère, et les rendit satisfaits au moyen de richesses immenses.

Le câdhi* (*juge) délivra un fetva (décision juridique), portant qu’il était permis de répandre le sang d’un sujet pour la conservation de la vie du roi. Le bourreau se disposa donc à tuer l’enfant. Celui-ci saadi_sadi_citation_medievale_fourmi_elephant_sagesse_persanne_contes_jardin_des_roses_gulistan_moyen-age_central_XIIIeleva son visage vers le ciel et se mit à rire. Le roi demanda : « Quel sujet y a-t-il de rire dans cette circonstance?  »

Le jeune garçon répondit: « Caresser un enfant  est une obligation pour ses père et mère; on porte les procès devant le câdhi, et l’on demande justice au roi. Or, maintenant mon père et ma mère m’ont livré au supplice, à cause des faux biens* (*bagatelles) de ce monde; le câdhi a rendu un fetva pour qu’on me tue, et le sultan voit son salut dans ma perte. Je n’aperçois donc pas de refuge, si ce n’est Dieu très-haut. ‘’

« Devant qui élèverai-je mes cris contre toi  ?
Je demande justice de toi-même, devant toi-même. »

Le coeur du sultan se contracta à cause de cette parole ; il fit rouler des larmes dans ses yeux et dit :  « Il vaut mieux pour moi périr que de répandre le sang d’un innocent« . Il le baisa sur la tète et les yeux, le serra sur son sein, lui donna des richesses immenses et le renvoya libre. On dit que le roi obtint sa guérison dans cette même semaine.

J’ai toujours dans la pensée ce vers que me dit un gardien d’éléphants*, sur le bord du fleuve du Nil : « Si tu ne connais pas la situation de la fourmi sous ton pied, sache qu’elle est comme serait la tienne sous le pied d’un éléphant. »

Mocharrafoddin Saadi (1210-1291), Gulistan, le parterre de roses.
Traduit du persan par Charles  Defréméry, 1858.

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* suivant les versions de la traduction du jardin des roses, on traduit quelquefois d’un gardien de chameaux et non pas d’éléphants, mais cela n’affecte en rien la morale. 

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En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
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Moyen-âge aujourd’hui une « délicieuse évasion » en accord avec Michel Zink

Sujet : citation, Michel Zink, médiévalisme, moyen-âge, monde médiéval, évasion. moyen-âge imaginaire, divertissement.

michel_zink_litterature_medievale_academicien_philologie_citation_moyen-age_medievalisme“Heroic fantasy, films, séries télévisées, jusqu’à Harry Potter et son monde de magie préscientifique sous les ogives gothiques d’un collège anglais, peuvent nous entraîner dans un univers à coloration médiévale où nous nous évadons délicieusement.”

Michel ZINK – Médiéviste, philologue & académicien

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous n’avons pas grand chose à ajouter à cette citation de Michel Zink sur le moyen-âge et ces univers à « coloration médiévale » qu’il nous dépeint comme des occasions d’évasions délicieuses. Si nous ne le pensions pas nous-même, ce site n’existerait sûrement pas. La passion pour le monde médiéval est née chez nombre d’entre nous comme d’ailleurs, bien souvent, chez nos plus grands médiévistes, d’images reçues à travers la littérature, le cinéma, les séries ou même encore les bandes dessinés de notre monde contemporain. Ce moyen-âge « reconstruit », « évoqué » et qui parle tant à notre imaginaire, nous interpelle quelquefois au point de vouloir en savoir plus et de partir à la rencontre d’un moyen-âge plus historique.

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A_lettrine_moyen_age_passionlors, « Magie », « Merveilles », « évasion délicieuse », peut-être faudrait-il encore ici mettre cette citation de Michel Zink en perspective de deux autres : l’une de Georges Duby et l’autre de Jacques le Goff que nous commentions dans un article précédent : réflexions sur les merveilles et attraits du moyen-âge, à partir d’une citation de Georges Duby.

Mises en miroir et sans pour autant en gommer les nuances, elles nous nous permettent, en effet, de mesurer la passion, l’émerveillement, l’irrésistible pouvoir d’attraction et quelquefois encore l’impérieuse nécessité qui guident nos plus grands médiévistes vers leur vocation.

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georges_duby_historien_medieviste_histoire_medievale_moyen-age“Le moyen âge est un monde merveilleux, c’est notre western, et, en cela, il répond à la demande croissante d’évasion et d’exotisme de nos contemporains.”
Citation de Georges Duby (1919 – 1996), Historien médiéviste. Entretien avec Antoine de Gaudemar – Octobre 1984

histoire_monde_medieval_jacques_le_goff_citations_moyen-âge“Le Moyen-Âge ne m’a retenu que parce qu’il avait le pouvoir quasi magique de me dépayser, de m’arracher aux troubles et aux médiocrités du présent et en même temps de me le rendre plus brûlant et plus clair.”

Citation de Jacques Le Goff, historien médiéviste (1924-2014),  « A la recherche du Moyen Âge »

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En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« Pardonnez-moi, Prince, si je
s
uis foutrement moyenâgeux. »

Georges Brasssens – Le moyenâgeux –  1966

Le moyen age, état primitif de notre civilisation et notre littérature par Michel Zink

“Le Moyen Age est le moment où nous pouvons saisir notre civilisation et notre littérature dans leur état primitif et pourtant la civilisation médiévale n’est nullement une civilisation primitive, bien que certaines approches anthropologiques permettent parfois de mieux la comprendre.”
Introduction à la littérature française du moyen-age
Michel ZINK – médiéviste, philologue et académicien français

Sujet : citation moyen-âge, histoire, civilisation, littérature médiévale.

Quand la médecine médiévale se mêlait d’amour et de qualité de vie au sens large

medecine_medievale_enluminures_saignee_ecole_salerne_flos_medicinae_moyen-age_centralSujet :  médecine, citations médiévales, école de Salerne, Europe médiévale, science,  manuscrit ancien, hygiène, nature,  santé
Période: moyen-âge central (XIe, XIIe siècles)
Titre:  l’Ecole de Salerne (traduction de 1880)
Traducteur : Charles Meaux Saint-Marc

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous parlons d’Amour, mais pas d’amour courtois et bien plutôt d’amour et de Santé puisque c’est de la bouche des médecins de l’Ecole médiévale de Salerne que viennent ces mots que nous allons vous faire partager.

De l’influence de l’amour sur la santé

Y-a-t-il une saison propice à l’Amour ? Fait-il partie de l’équilibre, de l’hygiène de vie et contribue-t-il à la santé ? A cette question, la médecine médiévale du Regimen Sanitatis répond définitivement oui. Elle le conjugue même, comme toute chose, au rythme des saisons, et nous y apprenons encore que l’Amour impur est « fatal et détruit la santé ».

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« Le printemps de l’Amour est la saison propice;
L’hiver permet encore un si doux sacrifice;
L’automne, en l’exigeant, assure la santé.
Mais au printemps languit l’appétit rebuté;
L’hiver refroidit vite un amour éphémère;
L’automne trop souvent nous ravit la lumière.
L’amour est salutaire avec sobriété;
Impur, il est fatal et détruit la santé. »
L’Ecole de Salerne, “Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum”  Traduction par Charles Meaux Saint-Marc (1880)

Les conditions d’une vie agréable

O_lettrine_moyen_age_passionn le comprend de plus en plus au fil de la lecture de ce manuscrit ancien du moyen-âge central, la médecine de Salerne est holistique. Hygiène  et conditions de vie s’y mêlent étroitement et tout influe sur l’état de santé : l’alimentation, l’exercice, les états émotionnels, les fréquentations, l’amour, l’ennui, le loisir, les vents, les planètes et tout amour_medecine_medievale_holistique_hygiene_ecole_salerne_regimen_sanitatis_science_moyen-age_centralce qui entre aussi par nos sens (odorat, vue, ouie, etc,…).

Ici, non contents de nous parler d’Amour, nos doctes savants et médecins médiévaux nous prodiguent encore des conseils d’ordre général pour créer les conditions d’une vie agréable, propices au maintien de la santé et au prolongement de l’existence : entre la façon de se vêtir (colorée), de festoyer entre amis (avec mesure), de se laisser aller au « charme adoucissant » de belles rimes et des belles poésies, et même de s’assurer l’amour et les attentions d’une belle femme aux attraits caressants, qu’à l’aulne de certaines de nos valeurs modernes, d’aucun(e)s jugeront peut-être quelque peu « chosifiée » dans l’opération (et où l’on comprend que l’ouvrage s’adresse plutôt sur ces quelques pieds de vers au moins à une clientèle masculine).

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« Recherche des beaux vers le charme adoucissant,
L’enjoûment de la femme, et l’attrait caressant,
Tout ce qui rend la vie et plus douce et plus belle;
Fuis des procès bavards la lenteur immortelle.
Revêts d’habits nouveaux les riantes couleurs,
D’une aimable maîtresse implore les faveurs.
Sieds-toi, non sans amis, à table savoureuse,
Bois du vin qui te plaît la coupe généreuse.
Veux-tu de tes plaisirs prolonger le succès?
Du vice et de la table évite les excès. »
“Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum”
Traduction par Charles Meaux Saint-Marc (1880)

P_lettrine_moyen_age_passion copiaSi nul ne désavouerait aujourd’hui l’influence de l’équilibre psychologique autant que l’importance de chaque chose sur l’état de santé et même pourquoi pas sur la tenue du système immunitaire, il reste toujours plaisant d’imaginer, pour le décalage, un médecin généraliste moderne déclamer, au sortir d’une consultation, ces quelques vers sur l’amour et sur les conditions générales de vie dans une grande envolée hygiéniste et holistique. La plupart d’entre nous s’en trouverait, à n’en pas douter, surpris.

Comment ne pas céder, amour_medecine_medievale_hygiene_ecole_salerne_regimen_sanitatis_science_moyen-age_centralpourtant, au charme incomparable de ces rimes et ces vers qui s’invitent jusque dans la science et la médecine médiévale ? Le Regimen Sanitatis est loin d’en être l’unique exemple et on retrouvera cela avant lui dans la médecine d’un Avicenne.

Nous avons, semble-t-il, perdu en route cet usage du vers et de la rime depuis le moyen-âge, au bénéfice graduel de la prose. Cette tendance s’est confirmée et la poésie est indéniablement en recul dans notre monde moderne bien plus encore au XXIe siècle, qu’elle ne le fut au XXe siècle. Pourtant, durant des millénaires et courant tout au long du monde médiéval, on trouvait de l’élégance au vers, jusqu’à  leur prêter même, comme on le voit ici, des vertus salutaires.

En vous souhaitant une excellente journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com
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