Archives pour l'étiquette architecture médiévale

le château-fort de Falaise: un mot d’histoire médiévale et une belle reconstitution 3D

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : lieu d’intérêt, reconstitution 3D, architecture médiévale, Guillaume le Conquérant, duché de Normandie, monument historique, patrimoine.
Période : Moyen-âge central à tardif
Lieu : Château de Falaise (Calvados, Normandie)

Bonjour à tous

P_lettrine_moyen_age_passion copiaerché sur son éperon rocheux, à la pointe sud du Calvados, le site de Falaise a connu une occupation précoce dès le Mésolithique. Bien plus tard, au haut moyen-âge et sous les carolingiens, son élévation a sans doute favorisé l’édification de premières fortifications et, à tout le moins, de premiers dispositifs militaires et défensifs. Tirant partie de cette protection, ce qui allait devenir la ville de Falaise s’installera et prospérera dans le prolongement du promontoire.

chateau_falaise_normandie_lieux_interet_histoire_medievale_chateau_fort_architecture_defensive_moyen-age_central

Du moyen-âge central
à l’annexion du duché de Normandie

D_lettrine_moyen_age_passionans le courant de l’an Mil et au coeur du duché de Normandie naissant, concédé à Rollon par Charles le Simple, lors du traité de Saint-Clair sur Epte, le site de la forteresse actuelle est, semble-t-il, un des tous premiers qui se vit renforcer et consolider. Au Xe siècle, des traces retrouvées par les archéologues y attestent, en effet, de la présence d’une large enceinte maçonnée, faisant de Falaise une des premières places fortes bâties en pierre sur les terres normandes.

chateau_fort_falaise_normandie_calvados_guillaume_le_conquerantAu début du XIe siècle, déjà alors privilégié par les ducs de Normandie, le château verra naître le légendaire Guillaume le Conquérant (1027-1087), futur roi d’Angleterre.

(Guillaume le Conquérant, portrait du XVIe siècle, artiste inconnu, National Portrait Gallery, Londres)

Autour de son année de naissance en 1027, un conflit opposant son père Robert 1er de Normandie au frère de ce dernier Richard III atteste que la forteresse était déjà sérieusement renforcée et prompte à résister aux assauts d’un siège. Même si le conflit entre les deux frères ne dura pas, il fallut user de grands renforts de béliers et balistes pour assiéger la place.

Par la suite, dans le courant du XIIe siècle, devenue lieu de résidence des ducs de Normandie et rois d’Angleterre, la forteresse médiévale de Falaise connut plusieurs phases de construction avant d’être encore remaniée au milieu du XIIIe siècle, par l’architecture philippienne et sous Philippe-Auguste lui-même, après que ce dernier eut conquis le duché de Normandie. Entre autre témoin de cette époque, l’imposante tour Talbot domine encore de sa hauteur l’ensemble de l’édifice et lui imprime une marque royale sans équivoque.

Une très belle reconstitution 3D
des étapes de construction du Château de Falaise

Nous vous proposons de découvrir les grandes étapes de construction du château avec une excellente reconstitution 3D proposée par la chaîne youtube  du magasine culturel Patrimoine Normand.

Falaise : de Philippe-Auguste à nos jours

J_lettrine_moyen_age_passionusqu’à la guerre de cent ans, un paix relative régnera sur l’endroit et dans le courant du XVe siècle, sous l’occupation anglaise, le château de Falaise connaîtra quelques aménagements défensifs notamment au niveau des ouvrants pour l’adapter à la poudre et aux tirs de canons sur d’éventuels assaillants. Quelques tours supplémentaires viendront aussi le renforcer.

chateau_falaise_normandie_lieux_interet_histoire_medievale_architecture_defensive_moyen-ageA la fin du XVIe siécle, le couronnement d’Henri IV, roi protestant, suscitera l’émotion des normands et, avec eux, des Falaisiens qui s’attireront ainsi les foudres du monarque. Ce dernier se déplacera même en personne pour assiéger la place et les « 400 coups de canon » royaux finiront bien vite par avoir raison de la résistance de la ville, et avec elle de la vocation militaire de sa forteresse.

Plus tard, au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, dans une paix retrouvée et une période plus propice aux développements économiques qu’aux échanges  guerriers, de nombreux aménagements seront effectués  qui gommeront encore la nature défensive de la forteresse : les fossés seront comblés, les portes de la ville rasées, les donjons finiront même par se délabrer.

chateau_fort_falaise_normandie_lieux_interet_histoire_medievale_architecture_defensive_moyen-ageIl faudra attendre le XIXe pour que  le château soit, en partie, sauvé. Le goût du patrimoine venant à la mode et avec lui la prise de conscience de l’importance de préserver les édifices anciens et médiévaux, le monument sera classé en 1840 et une première grande campagne de restauration sera lancée. Plus tard encore, dans le courant du XXe siècle, la ville de Falaise, propriétaire des murs s’engagera, en collaboration avec l’Etat français, dans une autre grande restauration pour sauver, cette fois, les donjons. Et c’est grâce à tout cela et pour notre plus grand plaisir, que la forteresse de Falaise, belle et vieille amie normande qui a vu naître les plus grands d’entre eux se tient, encore aujourd’hui, debout et fière sur ses hauteurs pour témoigner de leur gloire et de leurs faits passés.

En dehors des nombreuses animations qui y sont organisées, le site peut être visité toute l’année et vous pourrez trouver toutes les informations le concernant sur le site web officiel du château de Falaise.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric F.

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Chaîne youtube moyenagepassion: déjà plus de 80 000 vues, un grand Merci à tous !

Sujet : chaîne youtube dédiée monde médiéval et moyen-âge.

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a quelques jours notre Chaîne youtube officielle, dédiée au Moyen Age passait les 80 000 vues et nous tenions à vous en remercier ici très chaleureusement. Créée il y a maintenant près de deux ans, la chaîne proposait alors essentiellement des reconstitutions de châteaux forts et des sujets autour de l’architecture médiévale. Peu après, elle s’était enrichie de lectures (audio) de poésies du chaine_video_youtube_moyen_age_conferences_humour_lecture_poesie_architecture_litterature_monde_medievalmoyen-âge en vieux français et en langue d’Oil. Sauf erreur de notre part et sur ce plan, elle reste d’ailleurs, à ce jour, la seule chaîne youtube à proposer ce type de contenus.

Depuis les débuts, le concept a évolué et la grille des programmes s’est élargie pour s’ouvrir à l’humour (avec des épisodes hommage à la série Kaamelott, ou encore des histoires drôles autour d’un bestiaire médiéval fantastique). L’ensemble de ces contenus, produits et réalisés par nos soins, reste totalement inédit,  avec la volonté d’amener un regard différent autant qu’une touche originale sur le monde médiéval.

Pour compléter cette approche approfondie du moyen-âge, la chaîne propose encore une playlist de musiques et chansons médiévales. Cette dernière contient exclusivement des morceaux que nous détaillons, par ailleurs, dans nos articles de la rubrique musique et poésie : à ce jour, ce sont déjà près de 80 pièces d’anthologie expliquées, sourcées historiquement,  mais aussi adaptées en français moderne. Depuis peu, nous avons également ajouté sur la chaîne, ainsi que dans la navigation du site (colonne de droite), une playlist des conférences, documentaires et programmes radio que nous présentons aussi, de manière détaillée dans nos articles.  Vous l’avez compris, là encore, il ne s’agit pas seulement d’ajouter à l’emporte-pièce tout ce qui passe à notre portée, mais bien d’amener des éléments de réflexion et des informations à valeur ajoutée sur le moyen-âge et ses auteurs, ainsi que sur l’Histoire médiévale et sur les médiévistes qui la font.

Voilà pour les quelques nouvelles sur le front vidéo youtube, mes amis.  Pour le reste, merci encore chaleureusement de votre présence et de votre soutien!!!!

Pour visiter la chaîne youtube moyenagepassion, suivez le lien.

En vous souhaitant une très belle journée.
Fred

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Fête des bâtisseurs, animations médiévales et un joyeux anniversaire à Château Guédelon !

chateau_guedelon_lieu_interet_medieval_moyen-age_central_architecture_philippienneSujet : fêtes, animation médiévale, lieux d’intérêt, reconstitution historique, agenda médiéval, archéo-site, chantier historique, château fort
Période: moyen-âge central (an 1000)
Lieu : Treigny  (Yonne, Bourgogne-Franche-Comté)
EvénementsLa fête des bâtisseurs de Guédelon
Dates : le samedi 24  juin 2017

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans quelques jours, le chantier du château de Guédelon, ce projet incroyable  qui consiste à rebâtir un château-fort du XIIIe siècle avec des moyens et des techniques du moyen-âge central et plus précisément des XIIe, XIIIe siècles, va s’animer d’une activité hors du commun.

chateau-guedelon_fetes_batisseurs_animation_agenda_medieval_sorties_moyen-ageTous les ans en effet, on célèbre sur place la fête des bâtisseurs et, pour quelques jours, des myriades de bénévoles viennent se joindre à tous ceux qui font vivre la chantier à l’année pour leur donner la main.

De fait, plus de 120 bâtisseurs sont attendus ce samedi 24 juin pour aider à construire le château. Un site fourmillant d’activités, des animations médiévales en plus des habituelles, si vous n’avez pas encore visité ce site d’exception, le 24 juin prochain pourrait bien être la journée idéale pour le faire.

La célébration sera d’autant plus spéciale qu’en plus de ses bâtisseurs, Guédelon fêtera aussi ses 20 ans de chantier! La première pierre du château fut, en effet, posée en 1997.

Vous trouverez plus d’informations sur la fête des bâtisseurs de Guédelon ici.

fete_animation_evenement_medievale_chantier_chateau_guedelon_reconstitution_historique

Le chantier de château Guédelon

E_lettrine_moyen_age_passionngagé, il y a deux décennies, le chantier du château de Guédelon a fourni, depuis lors, l’occasion de confronter les données de l’archéologie et de l’Histoire aux problématiques concrètes qui se posent, au jour le jour, sur la construction d’une forteresse de pierre du moyen-âge central, avec des moyens et savoir-faire d’époque.

Pour un certain nombre de techniques employées, aucune trace écrite véritable ne demeurait et les ingénieurs et acteurs du chantier ont dû redoubler d’ingéniosité pour les retrouver et, on peut même guedelon_chantier-aventure_chateau_medieval_reconstitution_historique_moyen-age_central_lieux_interet_agenda_medievaldire, dans certains cas, les réinventer.

Grand Aventure qui tient à la fois de l’archéologie et de la reconstitution historique, le projet formé à Guédelon intéresse tout autant les chercheurs et historiens que l’histoire des sciences et techniques et celle des méthodes de construction médiévale.  Loin pourtant de se murer dans un laboratoire, les organisateurs ont fait le choix d’ouvrir cette expérience au public avec un véritable parti-pris pédagogique,  Grâce aux visites, le chantier peut ainsi être partiellement financé ainsi que tous les permanents qui s’y trouvent à l’année pour faire vivre l’endroit et, de leurs côtés, les visiteurs ont l’opportunité d’y découvrir un lieu unique et inédit qui, à ce jour, n’a aucun équivalent dans le monde.

Liens utiles pour découvrir ou visiter le château de Guédelon :
Site web officiel  –  Page Facebook.

L’aventure de Guedelon :
une vidéo reconstitution 3D

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a quelque temps nous vous présentions dans une vidéo, une reconstitution achevée du château, effectuée à l’aide du moteur du jeu Medieval Engineers. Nous y parlions à la fois du projet et d’architecture philippienne. Si vous l’aviez manqué, la voici à nouveau.

Vous pouvez également retrouvez notre article complet sur le château de Guédelon ici.

On n’a pas tous les jours vingt ans, dit-on, alors avant de nous quitter, nous souhaitons un bel anniversaire à Château Guédelon. Longue vie au projet, à ses organisateurs et à tous ses « oeuvriers »!

En vous souhaitant une très belle journée!

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Reconstitution 3D : Vincennes, près de 1000 ans d’histoire en moins de trois minutes

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : Infographie 3D, infographiste, Château, reconstitution historique, Vincennes, Histoire, Architecture, Histoire de l’Art, documentaire
Période : du moyen-âge central à nos jours
Média : vidéo 3D, youtube
Artiste : Dimitri Bez

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous  partageons aujourd’hui une très sobre mais très réussie réalisation 3D autour de l’histoire architecturale du château de Vincennes, du XIe siècle à nos jours. Nous la devons à Dimitri Bez, infographiste 3D, designer et peintre.

chateau_vincennes_reconstitution_3D_histoire_moyen-age_central

On trouve les premières mentions d’un habitat rural sur le site de Vincennes dès le XIe siècle. Jusqu’au début du XIIe un droit d’usage du bois sera concédé par différents rois de France à l’abbaye de Saint-Maur, ainsi qu’à différentes abbayes de la région.  S’il se trouvait donc occupé de longue date, au moins de manière rurale, chateau_vincennes_reconstitution_3D_histoire_sainte_chapelle_moyen-age_centralc’est Louis VII, qui, dès le XIIe siècle, conférera au site et à son bois, une première vocation royale.

Dans les siècles qui suivront, Vincennes ne cessera de s’embellir pour devenir d’un simple pavillon de chasse, un véritable palais. Philippe-Auguste y laissera son empreinte en y érigeant un manoir sur lequel Louis IX (Saint-Louis) effectuera à son tour quelques transformations mais ces constructions ne résisteront pas à l’emprise du temps pas d’avantage qu’aux grands travaux entrepris par la suite, dans le courant du XIVe, par Philippe de Valois et Charles V. C’est ce dernier qui lancera également vers la fin de ce siècle, en 1379, les travaux de la Sainte chapelle en vue d’y conserver  les Saintes reliques de la Passion du Christ.

I_lettrine_moyen_age_passion copial faut noter que si, dans les premiers siècles, Vincennes n’était que d’un usage marginal et secondaire par les rois de France, c’est véritablement Saint-Louis en y faisant de nombreux séjours qui lui conférera une importance qu’il gardera aux yeux des souverains français dans les siècles suivants. Le château deviendra alors une résidence principale d’élection. On y célébrera des noces royales (Philippe II et III) et c’est aussi là que mourront les rois maudits chateau_vincennes_reconstitution_3D_histoire_donjon_medieval_moyen-age_central (Louis X, Philippe V et Charles IV).

Le Donjon du XIVe, fleuron architectural de Vincennes, avec 50 m de hauteur, c’est un des plus hauts donjon d’Europe.

Dans le courant du XVIe siècle, le site verra encore s’effectuer de grands travaux et de Louis XI à Louis XIV, les rois continueront de construire et d’édifier à Vincennes. Ce n’est que sous Louis XV que la vocation de palais royal du lieu sera laissée de côté au profit, d’abord d’une fabrique de Porcelaine et bientôt d’une école militaire.

Plus tard, au XVIIIe et sous la révolution, il demeurera en si piteux état qu’il sera question de le raser, mais on ne trouvera personne pour se charger des travaux. Sous l’empire, Vincennes et son Donjon deviendront même une prison et il faudra attendre le XIXe siècle pour que de sérieux travaux de restauration y soient entrepris.

En vous souhaitant une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

NB : pour des informations détaillés sur l’Histoire du château de Vincennes vous pouvez valablement consulter l’ouvrage suivant :
Le château historique de Vincennes à travers les ages, François de FOSSA, 1908.

Tout savoir sur les premiers châteaux forts et sur les mottes castrales, l’index des trois épisodes

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : motte castrale, motte féodale, monde médiéval, monde féodal, châteaux à motte, château fort, reconstitution historique
Période : XIIe (1150), moyen-âge central
Média : chaîne youtube, vidéo, documentaire
Date de mise en ligne : 2016
Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous faisons un petit post aujourd’hui pour publier en un seul article, les liens vers les trois vidéo-épisodes réalisés sur le thème des châteaux forts de terre et de bois que sont les mottes castrales.  Si vous avez manqué les articles précédents sur la question, dans ces vidéos documentaires, nous abordons  de manière ludique mais sourcée et réaliste, l’histoire de ces installations féodales et défensives, en nous appuyant sur ce que l’Histoire autant que l’archéologie médiévale nous en apprend.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_basse_cour_youtube

Les trois épisodes  visent donc à aborder, de manière détaillée, l’histoire de ces constructions défensives particulières, le contexte historique de leur apparition, ainsi que leurs différentes composantes. Les vidéos se présentent toutes sous forme de balades virtuelles commentées, à l’intérieur d’un monde 3D que nous avons construit pour l’occasion. Elles totalisent une durée légèrement supérieure à 1h30 de visionnage et sont d’accès totalement gratuit sur notre chaîne youtube.

Encore une fois, même si le pari est celui de l’accessibilité et du divertissement, du point de vue des références, vous y croiserez de nombreux auteurs sur ces sujets (Eugène Viollet le Duc, Lambert d’Ardres, Michel Bur, Jean Mesqui, etc…) mais aussi des bâtiments ou architecture caractéristiques de l’an mil et des siècles suivants, reconstitués pour l’occasion.

Episode 1.
L’apparition des mottes castrales, contexte historique, topographie et généralités

Sujets abordés:  l’an mil, les invasions, la naissance du monde féodal, et la structure du pouvoir féodal, architecture général défensive.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_youtube_001

Episode 2.
La basse-cour et ses bâtiments

Sujets abordés: justice, duel judiciaire, religion, agriculture, artisanat et mode de vie médiéval, la basse cour du château-fort.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_basse_cour_youtube_habitat_an_mil

Episode 3.
Le donjon, coeur du pouvoir féodal.

Sujets abordés:  agencement du donjon, fonctions défensives, militaires, religieuses, lieu de vie, la haute-cour.moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_donjon_logis_seugneurial_youtube

En vous souhaitant une très belle journée et un bon visionnage de ces vidéo-documentaires, si vous ne les avez pas encore vus.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

A la découverte des mottes castrales, épisode 3 : Donjon, Logis du seigneur & Haute-cour, le coeur du pouvoir féodal

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : mottes castrales, archéologie médiévale, château à mottes, vie médiévale, monde féodal, architecture défensive.
Période : XIIe (1150), moyen-âge central
Média : vidéo, documentaire,  monde 3D, médiéval engineers
Auteur :
votre serviteur
Titre :
 A la découverte des mottes castrales épisode 3

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous avons le plaisir de publier le troisième épisode de nos vidéos consacrées aux mottes castrales et aux châteaux forts de terre et de bois du moyen-âge central.

Après avoir vu le contexte historique et la topologie des lieux dans le premier épisode, les composantes de la basse-cour dans le second, il s’agit, dans celui-ci, de découvrir la haute-cour. Lieu de vie privilégié du seigneur, cette dernière est le coeur véritable du pouvoir féodal et, finalement, le point autour duquel gravite tout le petit monde du château à motte. Pour terminer cette série de vidéo, nous approchons donc ses bâtiments et montons  à l’assaut de la butte, pour y découvrir le donjon et le logis du maître des lieux.

« Reconstituer » l’architecture de bois défensive du moyen-âge central

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue reconstitution, il faut ici préciser quelques petites choses. Le moyen-âge central des XI et XIIe siècle ne nous a pas laissé des myriades de documents sur l’architecture de bois et sur les mottes. L’archéologie médiévale est venue à son secours depuis, mais il faut bien être conscient de plusieurs éléments:

archeologie_medievale_trous_de_poteaux_chateaux_motte_castrale_tour_donjon_de_bois

  • Le second élément est que les terrains de construction des mottes et leur butte quand ils n’ont pas été simplement abandonnés à la faveur de lieux plus propices que l’architecture de pierre et sa solidité ont, par la suite, permis de conquérir, ont accueillis, dans un certain nombre de cas, des châteaux de pierre. Quand cela s’est trouvé, on assiste alors souvent à un empilement sur les mêmes terrain des vestiges d’habitation et des traces, au fil des siècles, qui complique d’autant le travail de l’archéologue et la mise à jour de découvertes « claires ». Quand bien même, celles-ci ne donnent souvent que l’affectation des premiers niveaux d’habitations et peu d’éléments sur ce qui pouvait se trouver dans les étages, quand il y en avait.

hourd_architecture_defensive_medievale_chateau_fort_bois_motte_castrale_reconstitution_historique_video_documentaire_moyen-age

Tout cela étant dit, et même si en croisant toutes les données, on a quand même fini par avoir une bonne idée de la conformation générale de certains de ces châteaux de terre et de bois, les détails concernant l’agencement précis de leurs bâtiments, la disposition de leurs pièces, de leurs étages et leur affectation, restent souvent une énigme à trous. Reconstituer, dans ce contexte, consiste donc à user des éléments en présence, mais aussi de son imagination, en essayant de se replacer dans le contexte de l’époque et la réalité du monde féodal des XIe et XIIe siècles. Pour rappel nous avons choisi pour ces trois vidéo-documentaire de nous situer vers le milieu du XIIe siècle (1150 – 1170).

Les Chroniques de Lambert Curé d’Ardre

C_lettrine_moyen_age_passion‘est un document qui est longtemps resté en marge de l’Histoire mais que l’on a redécouvert par la suite, et dont on a su tirer partie. On doit notamment à ce Lambert, curé d’Ardre une description d’un logis de seigneur de bois assez sophistiqué et complexe. Michel Bur nous la résume dans son article sur les châteaux fort (encyclopédie Universalis) mais l’on peut  également retrouver la source de ces chroniques en fouillant un peu. L’ouvrage original, qui date de 1170, est en latin mais on en trouve des traductions en vieux-français.

chronique_de_lambert_dardrePour autant, et même si l’on peut considérer la grande valeur de ce document pour les précisions qu’il nous donne, c’est en chroniqueur témoin « émerveillé » que le curé d’Ardre nous décrit cette grande bâtisse de bois. Ce n’est pas en maître d’oeuvre, et il n’en donne aucun plan, pas plus qu’il n’en fait la monographie précise. Le document se résume à un peu moins d’un page et on ne peut considérer qu’il soit exhaustif sur l’ensemble des fonctionnalités que l’on trouve dans ce bâtiment. Entre autre chose, on ne trouve rien sur l’hygiène, d’éventuelles pièces dédiées aux bains, toilettes, Il n’y a pas non plus mention d’installations défensives de type hourd ou même de précisions sur d’éventuels accès défensifs élevés sur le toit. Et si, à l’évidence, notre curé d’Ardre, connait suffisamment le logis du seigneur, pour savoir qu’il comporte un « lieu tenu secret » réservé aux malades, il confesse aussi que c’est un labyrinthe et il faut bien en déduire que sa description se limite donc à ce qu’il en sait et qu’on a bien voulu lui montrer.

cuisine_medievale_chateau_fort_bois_motte_castrale_reconstitution_historique_video_documentaire_moyen-age

Dans ce contexte, sans doute satisfaisant pour l’Historien mais qui reste un peu flou pour le « reconstituteur » , nous avons utilisé les grandes fonctionnalités décrites par notre Lambert, pour les agencer, en quelque sorte, à notre manière, et les faire entrer dans notre tour maîtresse ou notre grand donjon de bois. Comme nous l’indiquons dans ce vidéo documentaire, le logis seigneurial qu’il nous décrit ne semble pas être un tour, mais plutôt une grande bâtisse.

Composantes « psychologiques » de l’architecture médiévale défensive

video_documentaire_moyen-age_mottes_castrales_chateau_fort_bois_eugene_viollet_le_duc_dictionnaire_raisonne

De Lambert, curé d’Ardre à Eugène Viollet le Duc

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le reste et aux sources de notre inspiration, nous faisons encore ici appel à Eugène Viollet le Duc et son incontournable article sur les châteaux tiré du Dictionnaire raisonné d’architecture médiévale. En croisant cette source avec la chronique du curé d’Ardre, nous recoupons cette idée d’habitation du seigneur franc qui passe sa vie avec mais surtout, sur ses gardes, (passez-moi le jeu de mots) et qui organise tout autour de lui, sa propre défense. Cette idée de labyrinthe dans laquelle la « défiance » devient une composante de l’architecture est une des sources importante de cette « reconstitution » à la croisée des possibles. Voici video_documentaire_chateau_fort_monde_medieval_dictionnaire_raisonne_architecture_eugene_viollet_le_ducdans le texte, les deux extraits qui nous ont inspiré sur le fond. Nous les citons dans la vidéo, mais il est naturel qu’ils trouvent aussi leur place dans cet article:

 » Retiré dans son donjon avec sa famille et quelques compagnons, la plupart ses parents moins riches que lui, il ne pouvait être assuré que ses hommes d’armes, dont le service était temporaire, séduits par les promesses de quelque voisin, n’ouvriraient pas les portes de son château à une troupe ennemie. Cette étrange existence de la noblesse féodale justifie ce système de défiance dont ses habitations ont conservé l’empreinte.

(…) Le château français ne s’élève qu’en vue de la garde du domaine féodal ; son assiette est choisie de façon à le protéger seul ; ses dispositions intérieures sont compliquées, étroites, accusant l’habitation autant que la défense ; elles indiquent la recherche d’hommes réunis en petit nombre, dont toutes les facultés intellectuelles sont préoccupées d’une seule pensée, celle de la défense personnelle. »

Eugène VIOLLET LE DUC,
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle (1868)

________________________

« ledict Arnoul (seigneur d’Ardre) fist faire et ediffier en son chastiau et forteresse d’Ardre une maison de bois et d’aultres matieres, faicte par grand artifice et maniere, et qui excedoit en beaulté les aultres maisons que pour lors estoient au pais de Flandres. (…) et de ceste maison en fist ung lieu semblable à ung aultre labirinthe, et dont l’on ne scavoit trouver l’entrée ne l’issue. »

Chronique de Guines et d’Ardre / par Lambert, curé d’Ardre (1170)

Les autres sources d’inspiration

Au titre des références, nous devons encore quelques éléments empruntés à Jean Mesqui et encore d’autres petites choses connues de tous, mais qu’il nous a cru bon de devoir rappeler, entre autre le fonctionnement de l’ost médiéval, avant que les armées royales ne se professionnalisent.

Eléments techniques sur la réalisation

C_lettrine_moyen_age_passionomme pour les vidéos précédentes et pour la réalisation de ce monde 3D, nous avons encore opté pour le moteur du jeu Medieval Engineers. Il n’est pas
impossible que nous soyons amenés à réviser ce medieval_engineers_jeu_video_logo_construction_châteauxchoix, dans le futur, au vue des nombreux déboires occasionnés.  Nous en dirons un mot plus détaillé dans un prochain article.

Voilà, mes amis, tout cela étant dit, nous espérons que vous apprécierez cette dernière vidéo publiée et que vous en tirerez quelques informations utiles, sur ce monde médiéval qui nous est si cher. Si toutefois, vous aviez manqué les premiers épisodes ce cette série sur les mottes castrales, voici les liens vous permettant de les voir :

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 1 : contexte historique

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 2 : la basse-cour

En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Reconstitution d’un joli coin de rue médiévale comme si vous y étiez avec Unity 3D

Sujet : reconstitution d’une rue médiévale, outil de création 3D, monde virtuel, jeu vidéo, Unity3D, Unreal Engine (UDK)
Période : moyen-âge central à tardif
Média : vidéo, chaîne youtube

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn attendant de vous présenter nos séries de vidéos encore en préparation sur les mottes castrales et autres châteaux-forts, nous vous invitons aujourd’hui à un petit voyage visuel dans le moyen-âge avec une création 3D de taille modeste mais très réussie.

monde médiéval : une belle pièce d'infographie réalisée avec Unity3D
monde médiéval : une belle pièce d’infographie réalisée avec Unity3D

Dans le même registre,  nous avions déjà publié ici, il y a quelques temps, une « reconstitution » historique d’un village viking du moyen-âge situé au bord de la mer, mais c’est, cette fois,  un petit coin de rue médiévale que nous vous proposons de découvrir. Elle est réalisée par un infographiste de talent qui s’est spécialisé avec sa chaîne youtube dans la création d’environnements ou de paysages virtuels à thème, à l’aide du moteur du software Unity 3D ou de celui de Unreal Engine, ce qui est le cas de cette dernière.  La vidéo est accélérée mais le résultat obtenu en quelques heures reste impressionnant : ambiance, lumières, architecture, décoration, saisons, tout y est et il ne manque finalement que les habitants.

Datation de cette rue médiévale

L_lettrine_moyen_age_passiones indices manquent pour dater précisément ce monde mais on peut tout de même se divertir à essayer de le faire. Les maisons à colombages ne sont pas suffisantes pour le déduire puisque cette technique est connue et utilisée depuis des temps reculés (haut moyen-âge) jusqu’à une période avancée (XIXe siècle). Les nombreuses fenêtres sembleraient plutôt indiquer le moyen-âge central à tardif. Elles ne sont, en plus, pas dotées de toile cirée ni même de papier huilé, pas d’avantage que de verre, et les grilles qui les protègent sont en bois. L’indice le plus utile pour approcher une datation reste les encorbellements, ces décrochages et avancées des façades qui permettaient de gagner en surface dans les appartements et habitations des étages supérieurs, mais aussi de protéger les façades des écoulements d’eaux de pluies. Cette technique est, en effet,  plutôt datée du XIVe siècle et fut même interdite à partir du début du XVIe siècle. Tout cela semble donc indiquer que ce monde médiéval et cette rue se situent plutôt dans le moyen-âge central à tardif, et très probablement au XIVe ou XVe siècle.

reconstitution_rue_medievale_unity_3D_monde_virtuel_jeux_videos
Création de monde virtuels à thèmes avec Unity3D : un petit coin de rue médiévale :

Outils de réalisation :
logo_unity_3D_creation_mondes_virtuelset realisation_mondes_3D_unreal_engine_UDK

D_lettrine_moyen_age_passionans la série des outils de création de mondes ou d’environnements virtuels  mais également de jeux vidéos, le software Unity 3D permet la réalisation de choses tout à fait honorables et même de grande qualité. De fait, le marché de la 3D et du jeu vidéo ne s’y sont pas trompés et son aspect modulaire autant que sa puissance en font  un outil de production  utilisé actuellement taverne_rue_medievale_infographie_3D_unity_mondes_virtuelles_reconstitutionpar de nombreux éditeurs, qu’il s’agisse de modéliser rapidement les principes d’un jeu vidéo et son environnement, ou  même, pour certains studios, de finaliser des titres prêts à la vente.

Bien sûr, pour aller plus loin avec Unity que la simple réalisation de décors et développer des applications totalement interactives, il faudra nécessairement passer par le code et la programmation (C#/Javascript) même si l’intégration des scripts est grandement facilitée par la philosophie de l’éditeur et les outils à disposition. Pour réaliser des environnements simples comme celui que nous présentons aujourd’hui. cela n’est, en tout cas, pas utile; il faudra « simplement » compter avec la prise en main de la couche « édition » du software, la bonne nouvelle étant, sur le plan économique, que la société qui produit Unity 3D propose une version totalement gratuite en téléchargement. Cela permet de créer des mondes virtuels avancés sans en être de ces propres deniers. Bien entendu, pour débloquer certaines fonctionnalités comme l’édition sérieuse de jeux vidéo et leur portabilité sur toutes les plateformes, il faudra compter avec des formules d’abonnement ($75 par mois) ou acquérir la licence ($1500).

Le modèle économique d’Unreal vient, de son côté, de passer également sur du gratuit avec royalties au pourcentage (5%) sur la distribution des applications réalisées. Le soft, s’il fonctionne avec la même philosophie avec son Développement Kit semble toutefois trouver sa préférence chez les gros éditeurs  qui, s’ils peuvent parfois modéliser rapidement le Jeu sur Unity 3D pour en valider les principes, finissent tout de même souvent par lui préférer Unreal pour la version distribuée officiellement au public.

Autre monde médiéval créé avec le même Kit de création
Autre monde médiéval créé avec le même Kit de création

D_lettrine_moyen_age_passionoté d’un éditeur puissant pour créer des  mondes, terrains, matériaux, textures etc, les deux moteurs proposent également un traitement avancé des lumières, gèrent parfaitement l’eau, les particules et les effets atmosphériques ce qui en font des outils particulièrement adaptés à l’heure de réaliser des environnements virtuels. Un autre de leurs avantages est de s’inscrire parfaitement dans le workflow 3D en étant compatible avec la plupart des standards du marché en terme de modélisation d’objets, personnages, etc. On trouve encore pour gagner un temps précieux et si l’on ne connait pas soi-même les arcanes de la modélisation 3D, un nombre important d’infographistes 3D et autres compagnies spécialisées qui fabriquent et vendent des kits additionnels à thème: végétations, architectures, objets divers et variés, etc. Contre deniers sonnants et trébuchants, ce type de kit permet de réaliser des décors ou des mondes thématiques sans jeu_video_moyen_age_outil_unity_3D_reconstitution_rue_medievaleavoir à forcément créer tous les objets soi-même. C’est d’ailleurs le cas de l’environnement qui vous est présenté dans cette vidéo puisque les pièces modulaires utilisées pour le réaliser sont issues d’un kit dédié à l’architecture médiévale, proposé  par la société Polypixel.

Pour le reste, au niveau du workflow autant que  de la portabilité, les plus avancés en termes d’infographie 3D, d’architecture ou de design pourront, bien sûr, valablement importer leurs productions dans Unity: terrains, bâtiments, et autres objets ou personnages 3D réalisés à l’aide de programmes extérieurs à l’application (blender, 3DS Max, etc…).

Gestion superbe des effets atmosphériques et climatique, et des lumières pour cette petite rue médiévale 3D réconsti
Gestion superbe des effets atmosphériques et climatique, et des lumières pour cette petite rue médiévale 3D

Pour finir, dans la bataille des deux softs pour gagner les faveurs du marché du Jeu 3D, il semble tout de même que la longueur d’avance d’Unreal n’est pas prête d’être reprise par Unity qui s’adresse à un marché plus intermédiaire et n’a pas, pour l’instant comme son concurrent, les faveurs des plus grands studios d’édition.

Une excellente journée à tous avec tout le bonheur, la santé et la joie qu’il m’est possible de vous souhaiter.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Histoire des châteaux-forts & techniques de siège médiévales. 4 L’âge d’or des châteaux-forts

Histoire des châteaux-forts (suite)

index des autres articles sur le sujet
1. Naissance des châteaux-forts
2. Du bois vers la pierre
3. Mottes, forteresses de bois et techniques de siège

4. XIIe, XIIIe siècles
L’ÂGE D’OR DES CHATEAUX-FORTS

« Sur un territoire couvert de châteaux fortifiés occupés par des seigneurs turbulents, audacieux, la guerre était et devait être à l’état chronique. D’ailleurs, celui qui possède une arme n’attend que l’occasion de s’en servir, et la provoque au besoin. De même celui qui possède une forteresse ne vit pas sans un secret désir de la voir attaquer, ne fût-ce que pour prouver sa puissance. »
Eugène Viollet Le Duc,
Dictionnaire Raisonné de l’architecture française, 1856

N_lettrine_moyen_age_passionous voilà donc rendu dans le courant du XIIe siècle. Aux points de tensions les plus forts, à la faveur de la disponibilité du matériau mais aussi de la capacité des seigneurs les plus fortunés et les plus aptes à s’entourer d’experts dans la construction, les fortifications de pierre viennent peu à peu se substituer aux palissades de bois des siècles précédents. Bien sûr, les disparités régionales commandent et, comme nous l’avons déjà dit dans les articles précédents, on construira encore longtemps des mottes castrales de terre et de bois. Certaines continueront même d’être occupées durant plusieurs siècles, sans être fortifiées par la pierre.

chateau_fort_histoire_medievale_guillaume_conquerant_normandieA la faveur du tassement de la terre, il faut quelquefois attendre plus de cinquante ans pour pouvoir  jucher une haute tour  de pierre sur une butte, mais on admet généralement que dans le courant du XIe siècle, on commencera gra-duellement à ériger des donjons en pierre sur de nombreuses mottes castrales en lieu et place des tours de bois. Graduellement, les murailles défensives, entourant cette grande tour – et même celles de la basse-cour quand on le peut – seront elles-mêmes construites dans ce matériau bien plus résistant au feu que le bois. Quand l’espace et le diamètre de la butte castrale à son point le plus élevé le permettra, on construira aussi, directement sur la motte de véritables châteaux. (photo ci-dessus château Guillaume le Conquérant, ou château de falaise, un des premiers châteaux normands en pierre, sa construction s’étale du Xe au XIIIe siècle)

En l’absence de place sur la motte  pour y construire tous les édifices utiles au seigneur, les bâtiments connexes pourront aussi venir s’appuyer contre la butte même comme à Windsor. Dans d’autres cas encore, on désertera tout simplement les mottes castrales pour des endroits plus accessibles et plus spacieux sur lesquels on s’installera à la faveur de la sécurité qu’offre la pierre. Au fond, même si l’élévation reste appréciée pour les avantages défensifs qu’elle confère, avec l’usage plus systématique de la pierre, la possibilité est aussi offerte d’élever des remparts  bien plus hauts et bien plus résistants. De fait, même si l’on continuera à jucher des châteaux sur des hauteurs ou des promontoires durant ce siècle, l’élévation du terrain ne sera peut-être déjà plus une donnée aussi sensible pour la construction de telles forteresses, fait que l’avènement de l’architecture philippienne viendra encore consacrer.

« Enchâtellement » et monde féodal

Château-Gaillard, XIIe siècle, le château d'un roi d'Angleterre au coeur de la Normandie
Château-Gaillard, XIIe siècle, le château d’un roi d’Angleterre au coeur de la Normandie

E_lettrine_moyen_age_passionn réalité, il faut bien encore le répéter, aucune généralité ne convient vraiment quand il s’agit de dépeindre l’histoire des châteaux-forts et l’Histoire de ces terres de France qui se fortifient durant le moyen-âge central; l’architecture médiévale défensive reste hétérogène parce que ses avancées sont avant tout commandées par la loi du contexte, des moyens et ressources en présence, et encore de la nécessité. Les donjons de pierre ou les châteaux de pierre existent déjà dans certains endroits depuis le XIe siècle et on connait aussi les enceintes castrales, sans même parler des monastères ou des fortifications d’origines urbaines, villageoises ou religieuses. Tous les châteaux sont loin d’être à motte en ce début de XIIe siècle.  Malgré cette disparité, une vérité semble aujourd’hui indéniable, durant ce siècle comme celui qui le suivra, on verra les châteaux ou les donjons de pierre se multiplier. « L’enchâtellement » se poursuivra donc et ce maillage du territoire par des édifices défensifs et des seigneurs vassalisés connaîtra encore de beaux jours. La féodalité n’est pas encore à son automne même si Philippe Auguste s’emploiera à la mettre à mal pour renforcer sa couronne et avec elle, le pouvoir du roi sur les terres de France et sur les grands vassaux. (ci contre architecture_defensive_histoire_medievale_chateau_fort_l_age_d_orchâteau de Lassay, Loire, construction du XIIe au XVe siècle. Comme bien d’autres châteaux, ce bel édifice est construit en lieu et place d’une ancienne motte.)

Quoiqu’il en soit, avec l’avènement de la pierre, quelques hommes juchés sur un rempart ou un tour de pierre pourront ainsi défendre de manière encore plus efficace le territoire mais surtout le seigneur qui occupe le château et y vit. Les temps où une poignée d’hommes déterminés pouvait mettre en échec une motte castrale sont en recul et les châteaux forts entrent dans leur âge d’or. Le simple feu désormais ne suffit plus et,  du point de vue des techniques de siège, il semble désormais que sans alliés dans la place prompts à trahir le maître des lieux, seul le blocus du château-fort en lui coupant les voies de communication, ou même une armée forte et experte en travail de mines ou dotée d’engins de siège puisse faire échec à ces édifices. Pour les assaillants les plus empressés, il faudra même faire appel à de plus gros engins de siège que les simples catapultes afin d’en venir à bout .

Quand le château de pierre fait le seigneur

« Si l’on en juge par les comptes de l’Échiquier anglais, de telles constructions en pierre étaient très coûteuses. Seuls les grands princes pouvaient en assumer les frais. Leur multiplication est un signe d’un renforcement du pouvoir monarchique en Occident. Tandis que s’opérait cette révolution, la masse des seigneurs continuait à vivre dans des châteaux périmés. Certains élevaient encore des mottes – désormais quadrangulaires – dans la première moitié du XIIIe siècle. S’épuisant à moderniser leur demeure, beaucoup étaient entraînés dans un processus de déclassement qui touchait en même temps le lignage et le bâtiment. »
Michel Bur. Château Fort, Universalis

D_lettrine_moyen_age_passion‘un point de vue sociologique et pour faire écho à Michel Bur sur ces questions, durant les siècles précédents, là où quelques hommes et paysans, rangés aux côtés d’un seigneur ou d’un vassal (même de prestige modeste), pouvaient construire en quelques temps une motte castrale, une tour ou une palissade de bois, l’ère des châteaux de pierre marquera encore la distance, à l’intérieur même de la classe des seigneurs, en permettant aux plus puissants et riches d’entre eux de se distinguer de leurs pères par le prestige tout autant que l’efficacité défensive du château de pierre.

L’architecture philippienne et les nouveaux standards d’un roi bâtisseur pour les châteaux

Le Louvre de Philippe Auguste (XIIe, XIIIe siècle), pionnier de l'architecture philippienne
Le Louvre de Philippe Auguste (XIIe, XIIIe siècle), pionnier de l’architecture philippienne

D_lettrine_moyen_age_passionans le courant de ce XIIe siècle, le roi de France, Philippe Auguste, lancera  la construction du Louvre. (ci-dessous portrait de Philippe-auguste par Louis-Félix Amiel, XIXe, Château de Versailles). Il en profitera pour formaliser et synthétiser, avec ses bâtisseurs, les standards de tout bon château-fort qui se respecte; l’architecture chateaux_architecture_medievale_philippienne_philippe_auguste_moyen-age_passionque l’on nommera de son nom « philippienne » verra alors le jour: murs à créneaux et courtines, chemin de ronde cintrant l’édifice et courant sur les murailles d’une tour à l’autre permettant de les protéger plus efficacement, porterie et corps de garde solidement plantés à l’entrée et défendant l’accès principal, trouées d’archères dans les tours ou les murs, tours flanquées aux angles des remparts, et présence d’un donjon qui, du centre de la forteresse, se déplacera bientôt sur l’un des angles. Le standard évoluera avec les successeurs de ce roi « bâtisseur » au très long règne, et influencera, indubitablement, les siècles qui suivront, rayonnant au delà des frontières du royaume, et notamment en Angleterre.

Château de Bodiam, Angleterre, XIVe, tribut tardif d'un chevalier anglais à l'architecture philippienne?
Château de Bodiam, Angleterre, XIVe siècle, tribut tardif d’un chevalier anglais à l’architecture philippienne?

Avec l’architecture philippienne, on admet généralement que la défense passera aussi de passive à active puisque la masse de la pierre ne sera plus la seule parti-prenante à la défense du bâtiment et, plus loin, du territoire.  Il ne s’agit plus, en effet, d’opposer simplement l’inertie de la matière et l’élévation aux attaquants: ouverts aux quatre orients et sis sur ses remparts, le château-fort pourra désormais protéger l’ensemble des terres qui l’entourent et les hommes juchés sur son  chemin de ronde ou embusqués dans son corps de garde, pourront par les dispositifs défensifs des tours et des murailles, autant par la circulation facilitée sur les courtines, défendre activement l’édifice. De fait, comme nous le suggérions plus haut, on se mettra même à construire les châteaux philippiens en plaine, sans nécessairement avoir à le jucher sur une hauteur.

Du XIIe au XIIIe siècles : continuité dans les innovations de l’architecture défensive

Maquette du Château de Dourdan, début XIIIe très bel exemple d'architecture philippienne, de fait propriété de Philippe Auguste
Maquette du Château de Dourdan, début XIIIe très bel exemple d’architecture philippienne, de fait propriété de Philippe Auguste

D_lettrine_moyen_age_passionans la série des innovations que ce siècle verra encore émerger, les architectes médiévaux privilégieront progressivement la tour ronde plutôt que la tour carrée parce qu’elle offre moins de prise aux projectiles. Cette nouvelle forme architecturale connaîtra un succès plus marqué lors du siècle suivant, même si en fonction des disparités culturelles on continuera dans certaines régions de privilégier le haut donjon résidentiel carré (Michel Bur, château fort, Universalis). Ce XIIe siècle verra aussi les mâchicoulis ou les bretèches commencer à s’ouvrir dans les hauteurs des murs de pierre, des porteries ou des remparts, pour remplacer progressivement  les hourds de bois. On ne démontra pas forcément ces derniers notamment quand ils forment
herse_chateau_fort_histoire_medievaleles supports des toitures sur le haut des tours  mais les nouveaux châteaux leur préféreront désormais, les mâchicoulis, bien plus résistants au feu mais aussi aux projectiles.

Du point de vue des porteries, on note l’émergence des herses (porticullis) et autres grilles de fer ou de bois, et les barbacanes à double porte renforcée qui peuvent être dotées d’assommoirs, viennent encore s’ajouter à la panoplie défensive (Jean Mesqui. La fortification des portes avant la guerre de cent ans). Enfin, dans le courant du XIIIe siècle et face aux progrès de l’enceinte, impulsée sous Philippe auguste, le donjon disparaîtra même dans un nombre important de nouveaux édifices et le logis du Seigneur sera alors construit dans la cour intérieure, appuyé sur l’une des murs d’enceintes. 

En définitive, l’image du château fort « type » que nous avons souvent en tête doit beaucoup aux innovations de ces XIIe et XIIIe siècles. Concernant le pont-levis, il faudra toutefois attendre la fin du XIIIe au début du XIVe siècle pour les voir émerger et se standardiser, même si les siècles précédents connaîtront déjà l’existence de ponts mobiles: « les ponts torneis » et les « postis ». (Eugène Viollet le Duc. dictionnaire raisonné d’architecture médiévale. sur les ponts). 

Château fort de Douvres, XIe siècle et suivant. Guillaume de Normandie, illustration du XIXe siècle. L
Château fort de Douvres, XIe siècle et suivant. illustration du XIXe siècle.  Place forte historiquement célèbre fortifiée par Guillaume de Normandie puis Henri II

L’héritage sarrasin et l’expérience acquise
au retour des croisades

A_lettrine_moyen_age_passionu même moment et dans le courant de ce même siècle, les croisés reviendront de l’Orient, aguerris de dures batailles à l’issue pas toujours favorable, mais avec dans leurs bagages de notables améliorations des engins et des techniques de siège. Plus que d’une véritable révolution en matière de poliorcétique, on aura finalement renoué avec l’héritage gréco-romaine enrichi de la science des sarrasins. Et de la même façon qu’ils rapportèrent les écrits et le canon de la médecine du génial Avicenne et d’autres écrits de histoire_siege_chateaux_medievale_croisade_jerusalem_moyen-agesavants arabes, et avec eux Aristote, les croisés ramèneront aussi les progrès effectués sur les engins et techniques de siège, à la lumière des connaissances scientifiques et mathématiques sarrasines, et encore à la richesse des échanges avec ingénieurs italiens ou d’autres provenances qui se sont joints à eux sur le terrain des batailles. Connaissances certainement, mais expérience aussi, car les croisés reviennent aguerris par le fruit des combats, et tout cela aura permis d’éprouver à la fois la discipline militaire dans les sièges autant que leurs  stratégies d’attaque. (ci-dessus Godefroi de Bouillon (1058-1100) attaque Jerusalem, ‘Roman De Godefroy De Bouillon et de Saladin’, 1337)

Dans le même temps, ces croisades joueront en faveur des rois. En plus de renforcer le sentiment national et le pouvoir des rois, elles auront pour conséquence d’affaiblir la féodalité et la puissance des seigneurs qui auront pris la croix, puisque ces derniers quand ils n’y laisseront pas leur peau en reviendront bien souvent ruinés, ce qui renforcera leur dépendance vis à vis du trésor royal. Au final, l’ost qui tirera le bénéfice de toute cette expertise militaire semble bien l’armée du roi, même s’il faudra encore attendre le règne de Saint Louis qui poursuivra l’oeuvre de Philippe Auguste pour que la féodalité et le pouvoir des vassaux soient en plus net recul.

Première croisade, prise d'Antioche, source Bnf, manuscrit du XVe siècle
Première croisade, prise d’Antioche, source Bnf, manuscrit du XVe siècle

Trébuchets à contrepoids & Mangonneaux

C_lettrine_moyen_age_passion‘est également autour de cette période du XIIe siècle que l’on verra émerger l’usage du Trébuchet à Contrepoids. Il est assez difficile de dater précisément son apparition durant les sièges mais on s’entend généralement sur le fait que c’est son usage qui impulsa la naissance de l’architecture philippienne et que c’est pour contrer cet engin trebuchet_architecture_medieval_chateau_fort_histoire_militairequ’il décida de formaliser et améliorer avec ses ingénieurs militaires l’architecture des châteaux-forts. L’ombre de la poule plane sur l’oeuf.

On peut lire, encore, en certains endroits, que le trébuchet était connu et utilisé dès le VIe siècle en Europe. Peut-être l’était-il de manière marginale? Cela reste à vérifier. Il semble en tout cas que son usage se soit généralisé dans le bassin méditerranéen autour du XIIe siècle. Dans le même registre, concernant cette redoutable machine de jet, certains historiens en avaient fait une invention française du XIIe siècle, mais à la lumière d’autres études, la version médiévale que nous connaissons de cet engin, semble bien n’être que l’importation tardive et l’adaptation d’une invention chinoise du Ve siècle avant Jésus Christ.

Capable de propulser des blocs de pierre de plus de cent kilos contre les murailles et les tours des châteaux, cet engin de siège impressionnant, pèche, toutefois, par son peu de maniabilité et la lenteur de sa cadence de tir; des variations plus légères et plus rapides sur le principe de la fronde avec contrepoids, verront le jour (bricoles) même si elles ne pourront pas rivaliser avec lui en matière de capacité de propulsion. On a fait également du Trébuchet un engin de siège représentatif de la guerre biologique médiévale. De la même façon en effet, que les défenseurs utilisaient les hourds ou les mâchicoulis pour jeter, entre autres choses, sur la tête des assaillants, immondices, excréments, et autres entrailles d’animaux dans l’espoir de les contaminer, le tir en cloche mangonneau_histoire_chateaux_forts_engins_siège_medievaldu Trébuchet aurait été utilisé pour projeter des cadavres infectés à l’intérieur des remparts de la fortification ou du château assiégé. Pas très ragoutant, forcément, mais c’était l’effet recherché.

Dans cette famille des engins de siège « mastodontes », il y aura encore le mangonneau qui, par un système complexe de contrepoids, compensera certaines limites du trébuchet. Mais il reste que ces deux engins supposent tout de même de mobiliser un nombre conséquent d’hommes pour les manipuler, les connaissances suffisantes pour les fabriquer ou les monter, et faut de mieux, les deniers pour les acquérir. Il n’est donc à pas à la portée d’un quelconque vassal.

Inquiétants mais pas suffisamment dissuasifs pour faire perdre la foi dans les châteaux

A_lettrine_moyen_age_passionussi terrifiant soient-ils, ces engins de siège ne freineront pourtant pas la confiance que l’on pouvait alors avoir dans la pierre et dans l’efficacité stratégique des châteaux pour défendre les terres. Au contraire, le XIIe siècle est encore considéré comme l’âge d’or des châteaux forts et le siècle suivant verra encore s’élever nombre de ces édifices de pierre. Ils évolueront encore sous l’arrivée de la poudre et il faudra encore la conjonction de plusieurs facteurs pour que l’on cesse d’en construire et ceci fera l’objet d’un prochain article.

Voilà, c’est donc tout pour aujourd’hui, mes amis. Comme nous l’avions indiqué dans le début de cette série d’articles, notre prétention n’est pas encyclopédique, l’idée étant plutôt de jeter les bases de l’histoire des châteaux forts. En attendant le prochain article sur le sujet, et comme toujours, nous vous souhaitons une merveilleuse journée où que vous vous trouviez sur les terres de ce vaste monde.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

mottes castrales, archéologie médiévale et histoire des châteaux : teaser, projet en cours.

mottes_castrales_archeologie_medievale_medieval_engineers_histoire_chateaux_forts
Reconstitution d’une Motte Castrale, XIe, début du XIIe

Bonjour à tous,

J_lettrine_moyen_age_passione vous propose, aujourd’hui, de découvrir, en exclusivité, quelques images d’un projet de reconstitution « historique » auquel nous sommes attelés depuis quelques temps et sur lequel nous avons déjà empilé quelques sérieuses heures.

L’idée est de reconstituer une motte castrale de la fin du XIe, début du XIIe siècle, en nous servant d’une main de la sandbox du jeu Medieval Engineers et de l’autre main de sources archéologiques et historiques  entre lesquelles : le dictionnaire raisonné d’architecture médiéval de Eugène Viollet le Duc, les chroniques du curée d’Ardre et encore divers autres documents sur des sites existants actuellement fouillés par les archéologues. S’il ne s’agit pas d’une motte ayant précisément existé, mais plutôt d’un hybride qui réunit les caractéristiques de plusieurs ayant quant à elles existé, cette motte castrale se situe donc au plus près du champ des possibles. Il faudra encore quelques heures pour boucler ce monde mais une fois fini, nous nous en servirons pour réaliser quelques vidéos sur l’histoire des châteaux forts et notamment, en l’occurrence, des châteaux à mottes.

Le site naturel : plaine et rivières

Reconstitution d'une Motte Castrale, XIe, début du XIIe
Motte castrale du XIe, XIe reconstituée en 3D

Même si nous voyons quelques montagnes au loin, notre motte castrale se trouve en plaine. A l’image du site de la Tusque, à Sainte-Eulalie d’Ambarès, décrit par Viollet le Duc dans son dictionnaire d’architecture médiévale, l’enceinte a tiré avantage de la présence des deux ruisseaux qui la borde. Elle bénéficie donc de cette protection naturelle. Sur le plus grand des deux cours d’eau, un barrage a également été ménagé pour inonder le fossé, au pied de la motte.

Une hauteur exceptionnelle

motte_castrale_archeologie_histoire_medievale_chateaux_forts_medieval_engineers
La motte castrale la plus haute du monde!

A_lettrine_moyen_age_passionu vue de sa hauteur, on doit supposer que cette motte est partiellement artificielle. Elle dépasse  de près de dix mètres celle du château de Gisors. Sauf erreur de ma part, si une motte telle que la notre avait été élevée totalement artificiellement, à ce jour, elle détiendrait le record de la plus haute motte castrale jamais construite. Le plateau de cette création virtuelle culmine en effet à une hauteur supérieure à trente deux mètres. et vous êtes donc, techniquement en face de la motte castrale la plus haute jamais construite. Je n’en suis pas peu fier je dois dire, mais il faut admettre que les pelletées de terre virtuelle sont bien plus légères que les réelles. Outre le fait qu’il soit du plus bel effet visuel et nous aide à percevoir encore mieux, l’effet symbolique de ce type de construction  sur qui se trouve au pied, ce gigantisme de circonstance nous permettra encore d’aborder la question de la taille moyenne des mottes castrales et de pouvoir ainsi remettre en échelle les créations du passé.  Il n’est pas impossible également que dans une future vidéo, cette motte n’accueille un château du type de celui de Gisors, si ce n’est une réplique de ce dernier, mais j’en dit déjà trop.

motte_castrale_feodale_reconstitution_histoire_des_chateaux_forts_archeologie_monde_medieval
La rampe d’accès du château à motte

Au vue de la taille de l’élévation et même de l’enceinte, on peut également déduire que le seigneur qui l’a faite construire était relativement aisé mais qu’en plus, il n’était peut-être pas aussi pressé par le contexte que certains ont pu l’être à l’époque (qui ont érigé quelquefois des mottes en à peine quelques jours). De la motte prestige à la motte guerrière, réponse immédiate à l’envahisseur ou au voisin plein de convoitise, de la motte du seigneur aisé à celle du seigneur chiche ou de peu de moyens,  la disparités des statuts et des situations se donnent à voir dans les architectures. Ici, nous avons pris  résolument le pari du prestige et de la grandeur. Point de pierre donc encore pour ce seigneur dans ce XIe finissant, il trouve son luxe et affirme sa grandeur avec le bois, mais en revanche, il ne badine pas.

La tour maîtresse : inspirée des chroniques du curée d’Ardre et de Viollet le duc.

archeologie_motte_castrale_donjon_bois_chronique_curee_ardre_histoire_medievale_chateaux_forts_
Une tour maîtresse de bois (donjon) digne d’un prince et historiquement inspirée

A_lettrine_moyen_age_passionu sommet de la motte, nous avons  juché un grand donjon, spacieux et doté de tout le  confort nécessaire à la vie du seigneur et de ses gens, familles, « gens de maison », et garnison d’élite.  Son intérieur et la disposition des différents espaces  de cette grande tour maîtresse s’inspirent, en grande partie, des descriptions que l’on trouve dans les chroniques du curée d’Ardre. Du point de vue défensif, cette grande tour est, bien sûr, entourée d’une chemise de bois sur le haut de la motte, mais le dispositif est également doublé au pied de butte. L’accès à l’intérieur du donjon ne se fait que depuis le premier étage et au moyen d’un dispositif que l’on peut relever ou baisser. Le bâtiment est aussi nanti de force hourds sur son pourtour ainsi que de quelques autres mécanismes de défense supplémentaires que nous vous présenterons dans la vidéo. Son intérieur prétend également refléter l’obsession de sécurité et de protection personnelle que les seigneurs francs exigeaient de ce type de bâtiments. La barbacane, à l’entrée de l’enceinte, comme celle au sommet de la motte tâche de suivre les études faites par Jean Mesqui sur les portes des châteaux et enceintes, au XI et XIIe siècle.

Côté Basse-cour

O_lettrine_moyen_age_passionn trouvera dans la basse-cour, une église à l’architecture inspirée des églises d’Art Roman des XIe et XIIe siècles mais faite de bois et non encore de pierre. Tous les châteaux à mottes n’ont pas accueilli d’église en leur enceinte, mais ça a été le cas d’un certain nombre d’entre eux et celui que nous avons réalisé en compte une.

Il y aura encore dans cette basse-cour tous les bâtiments nécessaires à la vie du château à mottes, tels que les décrit Viollet le Duc, mais aussi quelques autres auteurs, historiens ou archéologues, ayant écrit sur la question:  écurie du seigneur, magasins, artisans mais encore, ici,  quelques paysans qui y cultivent ou qui y élèvent des bêtes et se qui sont rangés sous la protection de la motte et de son seigneur. Nous vous présentons ici quelques photos et captures de certaines de ces constructions.

ferme_mayson_paysanne_grange_medieval_moyen_age_motte_castrale_basse-cour
Une ferme étable, destinée à l’élevage bovin
ecurie_medieval_moyen_age_chateaux_de_bois_motte_castrale_basse-cour
Les écuries du Seigneur de la motte castrale
forgeron_medieval_moyen_age_chateaux_de_bois_motte_castrale_basse-cour
Un forgeron dans la basse cour de notre motte castrale avec étal pour la vente et attache pour ferrer les chevaux.
charpentier_moyen_age_chateaux_de_bois_motte_castrale_basse-cour
Un artisan charpentier, indispensable pour la création et la réparation de notre château et enceinte de bois
eglise_romane_bois_moyen-age_histoire_medievale_basse_cour_motte_castrale_feodale
Une église de bois, inspirée de l’art et l’architecture romane des XI, XIIe siècle
eglise_romane_bois_moyen-age_histoire_medievale_chateaux_mottes_castrale
Le petit cimetière derrière notre ‘église du XIe siècle

La série de vidéos sur cette motte castrale suivra bientôt. Il reste encore quelques détails à finaliser pour que cet univers soit prêt. Vous en serez, bien entendu, les premiers avertis!

En attendant, une très bonne journée à tous et longue vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Histoire de châteaux-forts & techniques de siège médiévales. 2. DU BOIS VERS LA PIERRE

histoire_chateaux_forts_mottes_castrales_monde_medieval

D_lettrine_moyen_age_passionans notre premier article sur la naissance des châteaux-forts (ou sur le point de départ dans le temps qu’on définit comme tel), nous suivions sagement l’architecte du XIXe siècle Eugène Viollet le Duc. Il  nous y décrivait le contexte précédent le Xe siècle, l’émergence des premières mottes castrales et les balbutiements d’une féodalité en gestation. Pour aborder le siècle suivant autant que pour élargir un peu nos vues, il est désormais grand temps de nous adjoindre les découvertes du XXe siècle.

Nous parlerons donc ici d’Architecture médiévale, bien sûr, mais aussi d’archéologie médiévale puisque c’est à la lumière de cette dernière et d’éminents spécialistes de la discipline que nous examinerons la période médiévale qui succède à l’apparition des premières mottes de terre et de bois, période que l’on considère encore souvent comme une période de « transition » vers les châteaux-forts de pierre. Le mot « transition » est mis entre guillemets ici parce nous en profiterons pour revenir sur la vision un peu simpliste et linéaire que nous livre ou que nous a livré, par le passé, une certaine chronologie de l’Histoire des châteaux. Après nous être efforcé de redessiner les contours du paysage « fortifié » de cette période du XIe au XIIe et sa grande variété, nous parlerons encore de féodalité pour tenter de mieux comprendre ce contexte du XIe siècle qui voit se multiplier les châteaux de manière telle que l’on a parlé de « maillage » du territoire.

Mottes, châteaux et forteresses,
à la lumière de l’architecture médiévale

Reconstitution d'une motte castrale avec l'appui de l'archéologie, Terra Maris Museum, Hollande
Reconstitution d’une motte castrale avec l’appui de l’archéologie, Terra Maris Museum, Hollande

A_lettrine_moyen_age_passionvant même de parler « d’évolution »‘ ou d’émergence du château-fort par la motte castrale, il nous revenir sur quelques éléments vus en introduction. Pour autant que de manière « conventionnelle » (ou « réthorique » si l’on préfère), il est intéressant d’avoir un point de départ en Histoire, il ne faudrait pas non plus perdre de vue la situation réelle sur le terrain. A la lumière de découvertes faites au XXe siècle, la réalité des faits est, en effet, un peu plus complexe que ce que nous en contait Viollet le Duc dans notre article précédent; au delà du contexte historique et idéologique dans lequel notre architecte s’inscrivait, au moment de rédiger son dictionnaire raisonné d’architecture,  il avait, de fait, moins de données archéologiques à sa disposition que nous en avons aujourd’hui.

C’est ce même souci de réalisme qui animait un nombre important d’éminents spécialistes et érudits du CNRS dans le courants des années 1980. Ces derniers se réunissaient, en effet, à Caen, sous l’égide de Michel de Boüard, historien et archéologue (portrait ci-contre), à l’occasion d’un grand colloque, avec l’idée d’y faire état de leurs questions autant que de leurs réponses sur les mottes et les châteaux du moyen-âge, en vue de s’entendre sur des définitions communes dans cette jeune discipline qui était alors la leur: l’archéologie médiévale. Ces chercheurs faisaient ressortir plusieurs constats d’importance de cette réunion que nous croisons, ici, avec un nombre varié de sources plus récentes. Que ceux qui se sont attachés à notre guide de l’article précédent se rassurent, nous n’oublierons pas, au passage Eugène Viollet Le Duc; nous nous en voudrions de le semer brutalement en route, d’autant que comme nous le verrons, sur certains points, il n’est pas si aisé que cela à distancer.

Histoire des châteaux-forts : le deuil d’une chronologie simplifiée et simpliste

Motte de Rittersdorf. Kanzach, Allemagne, Réconstitution d'une motte du XIIIe siècle
Motte de Rittersdorf. Kanzach, Allemagne, Réconstitution d’une motte du XIIIe siècle

I_lettrine_moyen_age_passion copial faut bien comprendre qu’en Histoire, certaines observations « tendancielles » « tendent » quelquefois à se figer en « vérités » immuables. Ce phénomène s’explique sans doute par le fait que c’est une discipline qu’on prétend enseigner à tous et dès le plus jeune âge, ce qui n’est pas le cas des autres sciences humaines. Concernant cette pierre d’achoppement de l’Histoire, il y a, sans doute aussi, des raisons plus profondes liées à l’instrumentalisation que l’on peut faire du passé que cela soit en idéologie ou en politique, ou même quelquefois simplement le fait que les théories doivent s’échafauder sur des vides documentaires relatifs. On pourra encore ajouter que l’histoire médiévale a longtemps hérité de ses pères du XIXe dont les tendances théoriques allaient à l’évolutionnisme, dans une Histoire qui restait une « affaire nationale », pour ne pas dire « nationaliste »(*).

Quelles qu’en soient les raisons, cette façon de figer les choses, en les « vulgarisant », est bien commode pour qui veut fixer « à peu près » une version digeste (et erronée) des réalités passées, mais il faut aussi savoir s’en défier. Quand nous approchons l’histoire médiévale et le moyen-âge, nous ne cherchons pas à apprendre une leçon en vue d’un examen, ni à former des idéaux simplistes, nous cherchons à comprendre vraiment la situation. Les réalités des sociétés humaines, qu’elles soient passées ou présentes, sont toujours immensément complexes et comme toutes les sciences humaines qui ont la prétention de les approcher peuvent doutent, il nous plait de considérer que l’Histoire puisse le faire aussi, sauf à se déconsidérer, elle-même, comme discipline sérieuse et scientifique. Pour le dire de manière plus légère, il y a un moment où il faut fermer les vieux manuels d’histoire qui traitent de la période du moyen-âge, la plupart du temps, en une page et demi; c’est ce même moment où l’Histoire « racontée aux enfants » doit topaze_histoire_medievale_chronologie_chateaux_forts_mottes_castrales_moyen-age céder le pas sur l’Histoire au plus proche des faits. A la lumière des traces comme des vides laissés, elle  doit alors se livrer dans sa complexité, avec ses limites et ses tâtonnements. Et pour chercher cette Histoire là, la meilleure solution restera toujours d’aller au coeur des laboratoires et de remonter à ses chercheurs. (ci-joint un clin d’oeil au maître d’école de Pagnol, « Topaze », immortalisé par Fernandel)

Concernant l’évolution des châteaux-forts, on a souvent tendance à nous la présenter de manière très rigide et linéaire. Je dit « on a » et non pas « on avait » parce que le deuil de cette chronologie n’est pas encore fait; c’est cette même version raccourcie que vous trouverez encore souvent reprise, ici ou là, pour « résumer » (expédier?) l’histoire des châteaux-forts.

Xe siècle : Apparition des mottes castrales et des premiers châteaux à mottes. Enceinte et palissade de bois ( basse-cour ) butte au centre surélevée sur laquelle trône une tour de bois ( donjon ), rampe d’accès à cette même tour, bordée également quelquefois de sa propre palissade.

XIe siècle : Remplacement progressif du bois vers la pierre du donjon puis de l’enceinte dans ces mêmes mottes.

XIIe siècle : apparition des châteaux de pierre. Architecture philippienne. Apparition du château-fort carré, tours flanquées, courtines, chemins de ronde, donjon toujours au centre.

N’allons pas, pour l’instant, au delà du XIIe siècle pour rester sur la période qui nous intéresse aujourd’hui dans cet article. Voilà une chronologie simple, ou qui l’était pendant un temps, et dont on se contentait. En somme, tout était partie des mottes ayant évolué. Tout le monde peut retenir cette version; elle est en partie vraie mais elle ne reflète pas les choses qui sont loin d’être aussi figées sur le terrain.

A. Les Mottes castrales en question

Datation et disparition :
la question des mottes tardives

motte_castrale_chateaux_fort_de_bois_allemagne_reconstitution_histoire_moyen-age
Une Motte castrale reconstituée dans le, parc historique de Bärnau-Tachov, Allemagne

L_lettrine_moyen_age_passione premier constat sur lequel nous devons nous attarder concerne la datation des mottes castrales et notamment la datation de leur disparition. Sur l’apparition, même si les données restent maigres pour ne pas dire qu’elles ne tiennent qu’à un fil, on s’entend encore avec Viollet le Duc, sur le fait qu’elles sont apparues dans les dernières décennies du Xe siècle. En revanche, concernant leur disparition, les choses sont un peu plus élastiques, comme le confirme le  préambule du colloque de Caen sur ce sujet:

« La date à laquelle, dans telle ou telle région, l’on cesse de construire des mottes est souvent en relation avec la date où l’on avait commencé d’en édifier. Dans le nord-ouest de la France, ou en Angleterre, on n’en construit plus guère après la fin, voire après le troisième quart du XIIe siècle. Dans le sud-ouest, au contraire, où la motte est apparue plus tard, nous savons qu’il en fut élevé encore dans le second quart du XIIIsiècle, voire au XIVe. Mais il est certain que partout des mottes continuèrent d’être occupées longtemps après que l’on eut cessé d’en construire, surtout lorsque l’on avait installé sur la motte une tour de pierre. »
Michel de Boüard, Archéologie médiévale – Colloque de Caen.

La réalité de terrain fait donc état d’un décalage de près de quatre siècles dans l’apparition des mottes castrales, sur le seul sol français, (XIIIe, XIVe!) soit de 300 à 400 ans pour que l’innovation se propage du nord vers le sud de la France. Nous parlons d’une construction qui ne nécessite pas des trésors d’ingénierie et d’expertise. Même si l’architecture défensive médiévale connaîtra encore quelques progrès après le XIIIe siècle, c’est tout de même le moment où la technologie des châteaux forts est réputée être à son apogée et où, supposément , les armées se sont structurées et, du même coup, on s’est réapproprié les techniques de siège les plus sophistiquées! Que viennent faire au milieu de tout cela des mottes castrales de terre et de bois? histoire_chateaux_fort_mottes_castrale_monde_medievalLa disparité des situations sur l’ensemble du territoire impose, à l’évidence, un sérieux glissement à l’ensemble de la chronologie de départ. Au delà de ce glissement évident, cette disparition tardive soulève tout de même quelques remarques et appelle quelques questions. (ci- contre un garde de la motte du parc médiéval allemand  de Bärnau- Tachov. Qui s’y frotte s’y pique!).

Du « brouillon passager » de château-fort
au standard défensif

Réconstitution d’une motte castrale à Saint Sylvain d’Anjou, France

L_lettrine_moyen_age_passiona première des remarques est que plus qu’un simple objet « innovant », un brouillon de château-fort des origines,  la motte castrale semble, indéniablement, s’être imposée comme un « standard » défensif qui a duré dans le temps. Au fond, elle est devenue pendant près de 400 ans, la construction reconnue ou « réputée » comme la plus efficace  afin d’assurer sa défense minimum contre des petits exercices militaires (voisins ou invasions légères), pour une certaine classe de seigneurs ou une certaine aristocratie. Indéniablement encore, la rapidité de sa construction et la disponibilité des ressources de l’environnement ont joué en sa faveur. Que l’on soit riche aristocrate, seigneur peu nanti et petit propriétaire terrien, elle semble être, en effet, devenue cette fortification que l’on va pouvoir construire rapidement, face à une urgence et/ou en l’absence de grands moyens. Je dis « elle semble » motte_castrale_histoire_medievale_chateau_fort_moyen-ageparce que je voudrais éviter de répéter deux fois les erreurs déjà faites en la dépouillant de sa complexité pour en faire d’un objet temporel et « évanescent » dans une séquence chronologique, autrement dit, un simple objet factuel au bas de l’échelle des châteaux. Cela procéderait, au fond,  du même raisonnement expéditif et la complexité des représentations culturelles et symboliques attachées à chaque société, présente ou passée enjoint à la prudence dans l’exercice de la théorisation. Au fond, nous ne savons pas grand chose de toute la charge symbolique de la motte castrale dans son monde médiéval, nous ne pouvons qu’essayer de la deviner  ou la « déduire » entre les lignes. Une chose est certaine, cette construction ne peut plus être vue simplement comme une forme de fortification passagère, bien vite dépassée dans  le temps et bien vite oubliée puisqu’elle a perduré. (ci dessus photo presque surréaliste d’une motte castrale reconstituée en plein milieu du paysage urbain, Musée de Herne, Allemagne). 

De l’objet factuel à l’objet symbolique

C_lettrine_moyen_age_passiononcernant cette apparition tardive des mottes castrales sur certains territoires, la propagation d’une innovation n’est pas aussi rapide que celle que l’on connait à notre ère de grand consumérisme me direz-vous? En réalité, les mottes ont, à partir de leur localisation d’origine (entre la Loire et le Rhin), essaimé dans une grande partie de l’Europe, les voies de communication ne semblent donc pas en cause; en plus de cela, nous parlons en plus de trois siècles d’écart, pas de quelques années. Leur propagation est-elle seulement la marque de conflits qui s’étendent vers d’autres zones? Au fond, aux mêmes périodes, les seigneurs et les aristocrates ne vivent pas tous dans des châteaux de pierre, ni des mottes loin s’en faut. Certains vivent aussi derrière de simples enceintes ou dans des « maisons fortes » et n’ont pas attendus d’avoir une motte castrale pour s’y loger. Ne serait-il pas moins fastidieux alors de fortifier une construction existante plutôt que de réunir tant de bras pour élever une motte (ou plusieurs) au milieu de ses terres? Qu’exprime-t’elle, cette motte, d’un pouvoir et de ses intentions à l’attention de son environnement immédiat? Dans cette féodalité qui se structure et consacre le pouvoir des petits seigneurs sur leurs terres et « leurs gens », ne la construit-on vraiment que pour régler des conflits réels avec des seigneuries ennemies ou faire face à des envahisseurs potentiels? En élevant sa demeure si haut qu’elle puisse être vue de si loin, ne veut-on aussi marquer « visuellement » et « dominer » de sa présence et son autorité un territoire auprès de ceux qui pourraient le convoiter, autant qu’auprès de  ceux  qui l’occupent et le cultivent? Ah! Si je n’avais pas, depuis longtemps déjà, nourri quelques réserves  à l’égard de la nature scientifique des grandes théories freudiennes,  je pourrais même être tenté de m’essayer à quelques digressions psychanalytiques mais comme elles n’épuiseraient pas, de toute façon, notre sujet, qu’il nous suffise d’évoquer, d’un mot, ces « grivoiseries » autrichiennes et d’en faire une vignette clin d’oeil pour les adeptes du père fondateur de la discipline.

Q_lettrine_moyen_age_passionuoiqu’il en soit, il est assez frappant de voir, à travers la multiplication de ces constructions dans l’espace et dans le temps, ce qu’elles nous disent aussi d’un certain contexte politique et social. Ce monde féodal est en guerre, mais sans doute plus seulement et uniquement contre des envahisseurs à compter du XIe siècle. Au delà des tensions de terrain et des pillages, c’est une lutte entre vassaux, mais aussi une guerre symbolique pour la conquête du pouvoir sur les terres, une guerre de signes et de positionnement. Songez qu’on parle de Seigneurs ayant fait construire pour eux-seuls jusqu’à cinq mottes, il s’agit donc vraiment d’un maillage du territoire mais aussi d’une manifestation ostentatoire de pouvoir sur les paysages et l’environnement. Dans ce fourmillement, il faut voir aussi, certainement, l’éclatement progressif du pouvoir du haut vers le bas, et peut-être  une volonté d’y accéder ou d’en être partie-prenant par tout un tas de petits aristocrates ou propriétaires terriens qui se positionnent ainsi sur leurs terres pour les marquer de leur sceau, auprès des seigneuries voisines, tout autant qu’auprès des paysans et des gens qui les occupent déjà. Sur ce sujet, il faut lire ou relire l’article de Michel Bur « vers l’an mil, la motte castrale, instrument de révolution ».

Reconstitution d'une motte castrale et sa basse-cour, Allemagne.
Reconstitution d’une motte castrale et sa basse-cour, Allemagne.

De l’objet-pouvoir  à la mimétique de « Classe »

« Un château de peu de moyens certes!, mais un château tout de même! »

A_lettrine_moyen_age_passionvec le temps, en plus de s’imposer de manière simplement factuelle, cette construction dans laquelle Viollet le Duc ne voyait qu’un moyen de défense bâtie à la hâte, une sorte de « brouillon » de château,  est certainement devenue  aussi le signe et le symbole de quelque chose de plus qu’il est sans doute difficile de mesurer dans toute son ampleur. Cette motte castrale fait corps avec la symbolique de ce monde féodal qui se structure: forme de défense effective contre de petits exercices ou des invasions légères cela est indéniable, marque ostentatoire de pouvoir sur son environnement par son détenteur, cela est certain, mais surement est-elle encore, une marque de prestige, de rattachement, de référence, d’appartenance de classe, qui inscrit le seigneur qui la construit dans une certaine histoire,  une forme de tradition ou encore d’élitisme « de classe ». En plus de la simple efficacité défensive ou de la main mise sur un territoire, il semble qu’il puisse y avoir, aussi, dans ces constructions qui perdurent au delà d’une « certaine marche du progrès », une marque de l’accession à un univers symbolique de classe, un symbole fort qu’une simple maison fortifiée ou une enceinte ne peut suffire à démontrer. Dit autrement, la motte, signe/langage d’un pouvoir féodal qui se codifie et d’une prise de pouvoir reconstitution_motte_castrale_holland_charpente_histoire_medievale_chateau_fortaristocratique sur les terres, a d’une certaine manière, « démocratisé » en le rendant accessible à peu de frais, le symbole de l’ascension vers une classe aristocratique dirigeante pour tout un tas de petits aristocrates et petits seigneurs? (ci-contre, motte castrale de Terra Maris, charpente et construction, Hollande ).

Nous n’avons pas bien sûr, ici, la prétention de répondre à toutes ces questions, mais les soulever permet de montrer l’intérêt de dépasser le simple objet factuel et chronologique, pour considérer cette motte castrale comme un objet à la fois symbolique, sociologique et anthropologique.  Du reste, la définition que donne Philippe Durand de la  « Castellologie » – cette discpline qui étudie les châteaux et l’architecture fortifiée – recoupe tout à fait cette approche symbolique de la motte castrale sur laquelle nous venons d’insister:

« La castellologie définit le château comme un édifice aristocratique répondant à trois fonctions : défense, résidence et symbolisme. Elle en considère les différents types : le château à proprement parler, le petit château (construction de la moyenne aristocratie qui imite les édifices des grands seigneurs), la maison forte (édifice qui se compose d’un seul élément architectural) et les autres résidences aristocratiques. »
Philippe Durand Castellologie Architecture, Universalis

De l’objet  chronologique à l’objet d’étude complexe: apprehender le monde médiéval.

A_lettrine_moyen_age_passionu delà de l’évidence, que l’on ne peut réduire la motte castrale à « une simple étape du Xe siècle dans l’histoire des châteaux sur un territoire affecté de manière égale par les agressions », on ne peut, d’avantage, réduire ces premières forteresses à un  « objet factuel à l’efficacité reconnue » parce qu’au fond les objets ne sont jamais uniquement de simples « choses » comprises dans des suites d’innovations ou des séquences temporelles. Ils sont aussi, chacun à leur manière, intriqués dans leur monde, attachés à des usages, à des systèmes de références, à des logiques de classes et à des charges symboliques complexes que la seule notion de « prestige » ne peut suffire à totalement résumer.

Vestiges d'une motte castrale du XIIe siècle, Flandre, Belgique, Evergem
Vestiges d’une motte castrale du XIIe siècle, Flandre, Belgique, Evergem

Comment retraduire aujourd’hui véritablement toute cette complexité? Quoi retenir ou écarter? Quels sont les critères? Nos historiens  et nos archéologues médiévistes se battent encore avec la sémantique et les définitions données aux mots de l’époque médiévale pour en percer le sens véritable. Dans un registre plus terre à terre mais qui pose, pourtant, autant de problèmes de méthodes, il leur faut encore comme ils le soulignent si souvent eux-même – y compris dans les lignes de ce colloque de Caen – recouper les affirmations des chroniqueurs de l’époque à l’aide d’autres sources plus officielles parce qu’il n’est pas rare que ces derniers enjolivent les faits quand il ne les inventent pas tout simplement! Pour actualiser un peu nos données, je vais ajouter encore qu’au moment du colloque, pratiquement aucune politique de fouilles archéologiques systématiques n’avait été décidée sur les mottes castrales. Il semble que depuis, quelques études de terrain aient fort heureusement vu le jour, mais songez, tout ce qu’on savait alors pratiquement des mottes, en dehors de quelques fouilles, ne résidait que dans quelques documents écrits et dans quelques tapisseries d’époque (voir ci-dessous « l’incontournable » tapisserie de Bayeux au sujet des mottes castrales). O frustration légitime du scientifique et de l’archéologue qui sait qu’il a devant lui autant de livres ouverts qui ne demandent qu’à être lus mais qui requièrent pour que l’on en tourne les pages quelques crédits et quelques volontés officiels. Mais aussi combien de lignes écrites sur un objet qu’on connaissait finalement si peu. (1)

La très incontournable tapisserie de Bayeux au sujet des mottes castrales.
La très incontournable tapisserie de Bayeux au sujet des mottes castrales.

E_lettrine_moyen_age_passionn un mot, pour en conclure, toutes ces découvertes concrètes viennent nuancer les chronologies expéditives et erronées, autant qu’elles nous obligent à revisiter l’idée simple et linéaire d’une motte castrale des origines, « esquisse » dans le meilleur des cas, « brouillon » dans le pire, des premiers châteaux-forts. Nous pouvons, à travers cela, toucher un peu du doigt les limites d’une certaine histoire évolutionniste, comme les limites des simplifications excessives de la réalité du terrain à la théorisation, puis à sa vulgarisation, qu’elle soit  au service de la pédagogie ou de l’idéologie, les deux n’étant pas exclusifs; il reste difficile, en tout état de cause, de mesurer l’importance de ce que l’Histoire qu’on nous sert écarte des « vérités » tendancielles quand elle s’essaye à l’exercice de la chronologie comme de la synthèse, pour sortir de ses laboratoires vers le grand public. Quelquefois, il peut s’agir de choses bien plus subtiles qu’il n’y parait et qui peuvent être aussi hors de portée de l’historien lui-même, parce que son travail est complexe mais aussi parce son monde n’est pas le monde des représentations, des symboles et des mots qu’il cherche à étudier. Pour naviguer dans cette complexité autant que dans les vides laissés, il n’est pas rare que les outils lui manquent et l’apport des disciplines connexes ne devrait jamais être un luxe pour lui, mais c’est une leçon qu’il a tiré depuis. 

Sur la partie critique des outils, des conceptions et de l’instrumentalisation de l’Histoire, Il faut lire  quelques excellents écrits de l’Historien Alain Guerreau à commencer par celui-ci, daté de 2008 : Situation de l’Histoire médiévale.  Sur la partie très concrète de la difficulté des datations et dans un effort louable pour dépasser les polémiques, vous pouvez utilement consulter l’article de Laure Leroux daté de 2013: Du monument à son histoire : aperçu méthodologique des études castrales en France.

ENTRACTE! Vidéo de la Motte castrale de  Holstein, Allemagne.

Retour sur la définition de mottes castrales
par l’archéologie médiévale

« Il y a tant de mottes qu’on ne peut les conter »
Contre-pétrie  « cyclopédique ». (pas de quoi y passer la journée)

D_lettrine_moyen_age_passionans le même état d’esprit, à la lumière de cette archéologie médiévale qui débordait déjà de ses frontières pour s’élargir à l’Europe, nos experts de Caen se penchaient encore sur la notion même de mottes castrales pour tenter d’en définir les contours. La construction, typiquement marquée du sceau des francs, en aurait-elle pris un coup? Il semblerait que non. Les théories venues tenter de faire des mottes une innovation purement Viking, en contradiction avec ce que nous apprenait notre architecte Viollet le Duc, n’ont pas été retenues. Aucune trace de mottes n’a été retrouvée pour l’instant dans les pays du nord dont ils étaient originaires. Concernant la propagation des mottes castrales dans le courant de ces XI, XIIe, voir XIIIe siècle, elles se retrouvent un peu partout sur ce vaste territoire européen à l’exclusion toutefois de quelques pays qui ne semblent pas les avoir érigées : Norvège, Suède, Péninsule ibérique. On émet aussi l’hypothèse que ces innovations aient pu émerger de manière simultanée dans tous ces pays, sans pouvoir l’établir de manière certaine et, du coup, on retient plutôt l’idée d’une propagation.

En fonction des régions, même si le même « standard » semble revenir (les photos de cet article de mottes castrales « reconstituées » à travers l’Europe, sont là pour en faire la démonstration). On fait tout de même face à une profusion de constructions : avec ou sans basse-cour, avec ou sans donjon, mottes doubles, mottes contemporaines des mottes castrales mais ayant d’autres vocations (agricoles, défensives uniquement, etc). En remontant le cours du temps, on trouve encore des tertres élevés depuis la préhistoire. Au secours! A moi les définitions! Qu’est-ce donc qu’une motte castrale pour l’archéologie médiévale?

Motte Castrale de Brion, Puy de dome et apport de la photographie aérienne sur la détection des vestiges.
Motte Castrale de Brion, Puy de dome et apport de la photographie aérienne sur la détection des vestiges.

A_lettrine_moyen_age_passionu final, on semble tout de même prêt à s’entendre pour border le sujet et classifier les mottes, de façon à garder bien intacte la catégorie de mottes castrales, même si, on le sent bien à la lecture des minutes de ce colloque de Caen, la définition garde encore une touche de polémique chez les archéologues médiévaux d’alors, les disparités régionales et trans-nationales venant ajouter à la complexité. Pour être dignement castrale, la motte devra donc :

1. être « partiellement ou totalement » élevée de manière artificielle.

2. être dotée d’une résidence seigneuriale  qui peut, ou non, prendre la forme d’un donjon (quoique) et se tenir ou non sur la motte. Quelquefois une simple tour de défense est sur la motte et la résidence du seigneur se trouve alors dans la basse-cour.

3.
être dotée d’une basse cour à l’enceinte fortifiée? Cela ne semble pas un critère pouvant être systématisé au vue des observations régionales.

4.
être dotée d’une double fonction militaire et résidentielle pour le seigneur qui l’occupe. Elle ne peut être une simple installation militaire ou qu’un fortin bordant une frontière. Sur le dernier point, certains archéologues de ce colloque fondateur semblent  tenter d’élargir ce critère à certains mottes qui n’ont de vocation que militaires. Le faire bien sûr rendrait notre point 2. caduque, mais plus loin la fonction du château typiquement « défensif et résidentiel » serait définitivement mise à mal, autant d’ailleurs que l’opposition formelle entre Castrum romain et château de Viollet le Duc. Dans ce dernier cas, une seule catégorie de motte entrerait donc encore dans la théorie « conventionnelle » de l’histoire des châteaux-forts.

Naissance d’une discipline médiévale

O_lettrine_moyen_age_passionn le voit, même si cette architecture médiévale ne remettait pas tout en cause, une certaine vision était à revisiter avec cette nouvelle échelle d’observation et au fil de cette nouvelle discipline, elle-même alors en construction. Et la tâche se montrait déjà ardue car à peine s’affirmait-elle, que la voilà qui se morcelait déjà en régionalisme; il faut passer par la complexité pour aller vers les synthèses les plus justes. On demandait alors des études systématiques à la hauteur des ambitions et il est vrai que pour répondre à ces voeux, il semble que les études de terrain se soient multipliées à défaut de s’être systématisées dans les années suivantes. Ont-elle suffi ou suffiront-elles pour autant, à combler certain vides que l’analyse des sources documentaires et des écrits, plus du ressort de l’historien pouvaient en partie combler? Les historiens semblaient alors en douter plus que les archéologues eux-même. Pourtant, la volonté de l’archéologie médiévale était claire et affichée : naître comme une discipline à part et s’affranchir en partie de l’Histoire; avant que de théoriser ou spéculer, il fallait attendre que le terrain livre sa vérité. De l’émergence de cette archéologie médiévale est née d’ailleurs, une forme de schisme entre historiens et archéologues dont il n’est pas totalement certain qu’il soit, à ce jour, résorbé puisque les deux disciplines continuent de coexister. Si vous souhaitez en savoir plus sur ces problématiques, vous pouvez vous référer très utilement au colloque de Caen en 1980 à propos des mottes castrales et des châteaux à donjon. Pour faire un point sur l’archéologie médiévale récente, sur ses apports comme sur ses difficultés vous pouvez aussi consulter utilement l’article suivant de Jean Chapelot: Retour critique sur l’évolution de l’archéologie médiévale depuis dix ans.  Revenons pour ce qui nous concerne à nos moutons!

B. Du bois vers la pierre :

Evolution hétérogène des matériaux

enceintes_fortifiees_medieval_histoire_chateaux-forts_forteresses_an_mil
An mil, reconstitution de l’habitat fortifié de Colletière, Lac de Paladru, site archéologique d’exception. Infographie de J. Martel. http://www.isere-patrimoine.fr/2924-les-fouilles-de-charavines.htm

R_lettrine_moyen_age_passioneprenons donc notre l’histoire des châteaux en repartant de la version un peu simpliste des événements pour mieux la nuancer. Du Xe au XIe siècle, l’évolution consistera, principalement, à voir se généraliser l’usage de la pierre dans la construction des forteresses et des donjons. Le donjon de bois de la motte castrale sera peu à peu remplacé par un donjon de pierre. Nul doute que dans les pays où elle abonde, on s’en était déjà servi pour construire les premières fortifications mais, pour le coup, devant le peu de résistance qu’offre le bois comme matériau, la nécessité se fait jour d’employer la pierre de manière plus systématique, quand on en a la disponibilité et les moyens. Les choses varient encore selon que la forteresse bénéficie ou non d’une protection naturelle par son site même : éperon rocheux, inaccessibilité du terrain contre plaine, présence de l’eau et de douves contre fossés secs ou même simplement selon qu’elle se trouve éloignée ou non des zones de tension. En plus de tout cela, il y a encore nécessairement des variations régionales, dans l’utilisation des matériaux ou les « standards ».

Concernant cette version du  remplacement du bois vers la pierre dans le courant du XIe siècle, je fais appel, cette fois,  à un exemple parmi tant d’autres, celui du Jura, pour qu’on comprenne bien qu’il en va de cette affirmation « commune » comme de la précédente.

« La transition ou le passage entre la motte féodale et le château de pierre s’effectue cependant de manière différente selon les sites, c’est du moins ce qu’indique les sources archivistiques. Si la plupart d’entre elles cesse d’être mentionnée dès la fin du XIIIe siècle et plus volontiers dans le courant du XIVe siècle, plusieurs signalements de « motte foussoyée » sont rencontrés à la fin du XVIe siècle. Ces chronologies permettent ainsi d’envisager une certaine persistance des mottes dans la plaine doloise, avant leur remplacement par les constructions en pierre. Cette adéquation entre abandon de la motte et construction en pierre semble donc s’opérer sur près de deux siècles. »
Le château et la seigneurie dans le Jura Xe -XVe siècle,
Serge David, J-Luc Mordefroid, Musée Archéologique du Jura,

Encore une nuance apportée par les régions à la fois sur les mottes, mais aussi sur la transition du bois vers la pierre, et, cette fois-ci, notre chronologie glisse jusqu’au XVIe siècle. Bref, il semble que nous ayons compris l’idée. Pour autant qu’elle soit séduisante, une chronologie  simple ne sied pas à l’évolution des châteaux. Ci-contre, à gauche, mottes_catrales_tardives_histoire_chateau_fort_jurala carte du Jura et des mottes à cette période, tirée du dossier susnommé consultable ici. Au passage, vous noterez l’extrême profusion de ces installations, notamment en plaine. C’est une véritable fourmillement.

Outre ce remplacement du bois vers la pierre qui est loin d’être aussi systématique et général, dans le courant du XIe siècle, il ne faut pas, non plus, perdre de vue la très grande hétérogénéité des constructions  et c’est une autre idée sur laquelle il faut aussi insister. Cela relève de l’évidence, mais tous les seigneurs ne se tiennent pas à l’époque qui nous intéresse dans des mottes castrales. Les moyens de se défendre et de se fortifier sont en effet multiples et l’Histoire des châteaux-forts ne recouvre donc pas totalement l’Histoire des résidences des aristocrates, propriétaires terriens, ou seigneurs médiévaux mais bien plutôt, l’Histoire d’une certaine aristocratie ou de certaines seigneuries, sans nul doute les plus aisées et les plus puissantes. La motte castrale gomme en quelque sorte les différences mais plus on ira vers la pierre, plus cette vérité se confirmera. Quelles sont donc ces autres constructions à prendre en compte pour avoir une vue d’ensemble du paysage fortifié de cette France, autour du XIe siècle?

Enceintes de pierre, Enceintes castrales et Donjons de pierre sans motte

Ile Saint-Honorat, Provence. Ancien Monastére Fortifie à partir du XIe siècle
Ile Saint-Honorat, Provence. Ancien Monastére Fortifie à partir du XIe siècle

P_lettrine_moyen_age_passion copiaalissade et/ou élévation, moyens  employés traditionnellement par les hommes pour se défendre de leurs congénères? Assurément, nous le disions en introduction de cette série d’articles. Depuis le début du XXe siècle,  on a, de fait, retrouvé un grand nombre de traces d’enceintes dans toute l’Europe et jusqu’aux plaines de Russie. Certaines d’entre elles ont hébergé des villes ou des villages, d’autres de petites communautés, d’autres encore des seigneurs.

Quelquefois donc, les seigneurs se protègent simplement derrière une enceinte et ne construisent ni donjon, ni motte. Les éléments fonctionnels de leur résidence sont alors dispersés dans l’enceinte. Dans certains cas, un château a bien été construit mais il l’a été postérieurement à l’occupation effective de l’enceinte. Au même titre que la notion de mottes castrales, on parle « d’enceintes castrales » pour désigner ce type d’enceinte particulière, et on est bien tenté d’ailleurs de les faire entrer aussi dans la catégorie des ancêtres du château, même si elles ne sont pas des mottes à donjons ou des donjons à mottes, bref des mottes castrales. Les découvertes de l’archéologie moderne distancent encore quelque peu ici l’architecte qui nous servait de guide lors de l’article précédent en donnant de l’élasticité aux définitions. Dans d’autres cas de figure, comme on l’avait vu avec Viollet le Duc, c’est une motte castrale sur laquelle on trouve un donjon et on en fait alors chateaux-forts_mottes_castrales_donjons_histoire_monde_medieval« l’ancêtre du château-fort à donjon », mais elle n’a pas toujours de basse-cour ni d’enceinte autour. Dans d’autres cas, encore, il y a motte, il y a seigneur, mais point de donjon sur la motte, quelquefois c’est une simple tour de défense qui domine l’installation. De la même façon, on connaît aussi et déjà au Xe et XIe siècle l’existence de donjons de pierre isolés, contemporains des mottes castrales mais sans motte. (ci-contre donjon de Loches, XIe siècle)

« Tour fortifiée résidentielle, le donjon est une création du Xe siècle finissant, surtout sous sa forme la plus originale, la motte surmontée d’une demeure en bois. Il en existe une autre version, sinon plus spectaculaire, du moins mieux conservée, le grand donjon résidentiel en pierre »
Château-fort, Article de Michel BUR sur Universalis.

Autre château-fort de pierre bâti au XIIe, XIIIe supposément, sur une motte castrale normande du XIIe,
Restormel Castle, Angleterre : château-fort de pierre rebâti au XIIe, XIIIe, (supposément) sur une motte castrale normande du XIIe. Ses fondations sont enfouies dans la butte.

L_lettrine_moyen_age_passione donjon, résidence défensive du Seigneur par excellence, élevé ou non sur une butte et ceint ou non d’une muraille, semble, par contre, rencontrer un succès certain au fur et à mesure que l’architecture médiévale se standardise. Pour rester proche de la terminologie d’usage, il faudrait remarquer avec Jean Mesqui, qu’on le dénomme alors « Grande Tour » ou « Tour maîtresse »; l’appellation de Donjon est en effet tardive et ce terme désignait, au Moyen Âge, la partie du château qui forme le siège du pouvoir féodal et non pas ce que nous nommons « donjon » depuis seulement quelques siècles. Quoiqu’il en soit, on retrouvera cette grande tour de pierre, encore construite de manière isolée, dans les siècles suivants, atteignant quelquefois des hauteurs spectaculaires, et il n’intégrera pas forcément un château. De plus en plus souvent, sans toutefois que cela soit systématique, les châteaux eux l’intégreront dans leur cour et les mottes qui en disposent, comme nous l’avons dit, les fortifieront à leur rythme ou non. Quelquefois les sites seront désertés au profit d’autres sites, quelquefois on reconstruira un château de pierre sur le même site. Pour clore le gisors-histoire_medievale_chateau_forts_mottes_castrales_moyen-age_feodalitepaysage de cette France fortifiée, ajoutons qu’il y a aussi, déjà, dans les régions où la pierre abondent et où les seigneurs sont suffisamment puissants pour s’entourer de bâtisseurs experts dans la pierre, des châteaux faits de ce matériau. Le paysage est donc hétérogène même on peut supposer que pour la facilité de leur construction et le peu de moyens qu’elles engagent, les mottes l’emportent en nombre. (ci dessus photo du très célèbre château de Gisors, XIe, XIIe siècle)

Faisceau d’innovations ou évolution buissonnante?

A_lettrine_moyen_age_passionu delà de la forme identifiée de la motte castrale, il semble donc bien que l’on soit tenté d’élargir un peu les catégories, ou en tout cas, de former une vision un peu plus complète de ce paysage fortifié d’entre la fin du Xe siècle et le début du XIIe. Un donjon seul, pas plus qu’une enceinte ne peuvent, me direz-vous, être appelé « château » et il reste vrai qu’un certain nombre des composants combinés que l’on retrouve « souvent » dans les mottes castrales font encore de cette construction  ce qu’il y a de plus proche de ce que l’on retrouvera plus tard dans les châteaux, pour peu qu’on continue de lui prêter une fonction résidentielle. Pour autant, l’évolution de la motte castrale vers le château n’est pas non plus, aussi linéaire et directe qu’on se la représente en général, ce que pressentait déjà Viollet le Duc, en quelque sorte, qui ne lui voyait que peu de filiation totnes_motte_castrale_chateaux_medievaux_angleterre_histoire_medievaleentre ces premières fortifications et les merveilles d’architecture des châteaux du XIIe sauf à en appeler à l’intervention de l’expertise militaire, autant qu’à la conscience politique et territoriale des seigneurs normands.  (ci contre Totnes, Angleterre, château à mottes normand,  XIe siècle)

« Le château normand conserve longtemps les qualités d’une forteresse combinée de façon à se défendre contre l’assaillant étranger ; son assiette est choisie pour commander des passages, intercepter des communications, diviser des corps d’armée, protéger un territoire ; ses dispositions intérieures sont comparativement larges, destinées à contenir des compagnies nombreuses. Le château français ne s’élève qu’en vue de la garde du domaine féodal ; son assiette est choisie de façon à le protéger seul ; ses dispositions intérieures sont compliquées, étroites, accusant l’habitation autant que la défense ; elles indiquent la recherche d’hommes réunis en petit nombre, dont toutes les facultés intellectuelles sont préoccupées d’une seule pensée, celle de la défense personnelle. »
Eugène Viollet le Duc. Dictionnaire raisonné d’Architecture

L_lettrine_moyen_age_passiones analyse d’Eugène Viollet le Duc reste étayées et très convaincantes, et les normands ont laissé de cette époque de véritable chef-d’oeuvre d’architecture défensive, mais il serait intéressant de voir si les enceintes castrales, de même que les donjons de pierre isolés, qui n’étaient pas juchés sur des mottes et qui en sont contemporains, n’ont pas eux-même été, au moins partiellement partie-prenant des évolutions. Au fond, au vue de ce que nous démontre l’archéologie de leur présence aux mêmeshistoire_chateau_fort_medieval_moyen-age_chateau_normand_arques_viollet_le_duc périodes, toutes ces installations auront certainement aussi évolué dans le temps, chacune de leur côté mais de manière plutôt simultanée que séquentielle. Finalement, plus surement qu’une simple relation de cause à effet, des mottes vers les châteaux, et sans remettre en cause l’inspiration et l’influence normande évidente, n’y a-t-il pu aussi avoir un effet de regroupement des innovations entres maisons fortes, enceintes castrales et mottes castrales qui auraient participé des évolutions et se seraient cristalliser par la suite et en partie dans le château-fort du XIIe, avant même que Philippe- Auguste ne le standardise, en y adjoignant, peut-être encore avec ses bâtisseurs, quelques éléments antiques retrouvés à la lumière des premières croisades (ci- contre le château normand d’Arques la bataille construit sur un motte, à partir du XIe siècle. Des débats entourent  sa datation).  Je ne prétends pas, bien sûr, diminuer l’importance des avancées de Philippe-Auguste en disant cela, pas d’avantage que l’apport normand, mais plutôt questionner ce que le fruit de deux cent ans d’expérience dans les fortifications du Xe au XIe aurait pu amener vers lui, auquel il faudrait alors rendre justice. Au fond, l’idée même relative d’un faisceau d’innovations, venu d’expertises et d’expériences variées dans la construction défensive qui s’affinent et s’aguerrissent sous la pression des agressions, pour contribuer aussi et, à leur manière, aux progrès du château-fort des siècles suivants, me paraît être, un tout cas, une piste séduisante. (Par rapport à l’image ci-dessous, veuillez noter que ce château du Pays de Galles, a été reconstruit ou restauré plusieurs fois, du vivant de son propriétaire dans le courant du XIIe siècle mais que ce dernier n’a jamais considéré l’usage de la pierre. Voir article en anglais ici sur Hen Domen pour ceux que cela intéresse).

maquette_histoire_medieval_chateau-fort_fortification_moyen_age
Hen Domen, Pays de Galles, château de bois du XIIe siècle, maquette réalisée par Peter Scholefield, sur la base de 30 ans de recherche archéologique.

C. Le paysage politique de la féodalité

D_lettrine_moyen_age_passiones mottes castrales qui tendent à évoluer vers la pierre, des donjons en pierre qui leur sont contemporains et s’érigent sans motte, des enceintes encore, un peu partout, et souvent des tours de garde pour les protéger, mais aussi pour faire le tour de ce paysage fortifié du XIe, des bâtiments civils et surtout des bâtiments religieux qui se protègent, des monastères fortifiés. Religieux, civils, seigneurs, tout le monde aux abris! Ce XIe siècle verra les forteresses et les châteaux se multiplier. Que s’y passe-t-il donc? 

Notion de « Révolution » féodale

Le XIe siècle se caractérise, semble-t’il, par une forme de « push ». J’emploie ce mot moderne à dessein mais c’est un peu ainsi qu’on peut décrire les choses, si tenté que l’on prenne en compte que cette forme de prise de pouvoir se fait dans des espaces laissés vacants ou presque par une royauté affaiblie. Devant la situation  de l’affaiblissement du pouvoir central et sous la pression des invasions, les seigneurs, les aristocrates et les propriétaires fonciers vont, en effet et d’une certaine manière, s’engouffrer dans les brèches et occuper le terrain laissé par ce vide régalien, et nous faire entrer, cette fois-ci, en plein dans cette période que l’on appelle la féodalité. Il est intéressant  de noter que pour certains auteurs, la féodalité n’est pas un régime ou une forme politique établie, au sens où ils ne la considèrent pas comme une forme figée et « stable » d’organisation mais plutôt comme une forme de transition d’une certaine forme de « barbarie » voire « d’anarchie », vers un contrôle monarchique qui exercera à nouveau ses droits et qui n’aura d’ailleurs de cesse de les reprendre sur les seigneurs dans le courant des siècles suivants, de Philippe-Auguste à Saint-Louis. On parle encore ailleurs d’une forme de « révolution » menée par ces seigneurs locaux et ces aristocrates s’étant appropriés le droit de bâtir des châteaux, droit qui était, jusque là, le fait du prince. Bien vestige_donjon_chateau_fort_tour_de_pierre_histoire_monde_medievalsûr et dans ce cadre, ce concept de révolution n’est pas connoté de  l’idée de mieux ou de progrès, mais relève plutôt du constat d’un changement radical, avec un avant et un après. (ci-contre tour de pierre du XIIe siècle, vestige d’un château La Garde-Guérin, France)

« ….Cette crise révolutionnaire a duré l’espace d’une génération, quelquefois l’espace de deux générations, et ceci a suffi à modifier complètement la situation sociale et la situation des châteaux. Alors, pendant cette période qui est marquée par des coups de boutoir violents de la part de l’aristocratie et surtout de la nouvelle aristocratie, le pouvoir sur les châteaux échappe momentanément au prince, il y a appropriation généralement brutale des droits publics et par voie de conséquence des édifices publics et en même temps on voit se construire de nouvelles forteresses sans l’autorisation du prince… »
Pierre Bonnassie, « Châteaux, pouvoir de commandements« .
Colloque d’archéologie médiévale de Caen.

Protection des territoires délocalisée :
de la délégation à la dérive?

D_lettrine_moyen_age_passione nouveaux droits, de nouvelles lois, de nouveaux châteaux ou de nouvelles mottes castrales et la naissance véritable de la féodalité. Au fond, de la vision consensuelle d’un roi, d’un prince ou d’un suzerain qui concède à ses vassaux par absence de choix la protection du territoire, on s’oriente plus résolument sur une dérive de la situation. Certains historiens la font remonter bien plus loin que le Xe, XIe siècle, mais la grande majorité d’entre eux continue d’y voir un régime  très particulier qu’il faut rattacher aux siècles dont nous parlons et dont ce XIe semble consacrer l’avènement. On a décrit cette féodalité comme un régime cruel et injuste, un régime de fortes taxes, de corvées à merci, et d’abus de pouvoir de toute nature sur les petites gens et, comme nous le disions, il  faudra attendre que ces derniers comme les rois dans un effort conjoint aux intérêts toutefois divergents, la fassent tomber graduellement pour en quelque sorte, reprendre les droits que ces petites seigneurs et aristocrates leur avait confisqué.  Les épidémies de peste, mais aussi la dépopulation de la guerre de cent ans auront leur rôle à jour et viendront en quelque sorte, accélérer les choses en changeant la donne pour les petites gens qui travaillent la terre, et du côté du roi la reconstitution d’une armée et la chateaux-fort_anglo-normands_histoire_medievale_mottes_castrales_moyen-age_feodaliteréaffirmation de sa couronne sur l’ensemble de ses territoires reconquis aidera; la guerre de cent ans n’y sera d’ailleurs pas totalement étrangère. (photo ci-contre, Dudley Castle, Angleterre, château rebâti en pierre aux XIIe sur une butte castrale normande du XIe siècle), 

La fracture féodale franco-normande

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour beaucoup donc, ces mottes castrales, ces forteresses et ses châteaux qui se multiplient sont aussi le signe de cette période et c’est une période trouble. Pour  reprendre le fil avec Viollet le Duc, c’est dans une véritable diatribe que notre architecte se lance contre la féodalité et il suivra encore dans ses raisonnements la fracture qu’il avait déjà souligné entre seigneurs français et seigneurs normands. Il nous décriera les seigneurs francs d’alors comme opportunistes, peu soucieux de l’idée de nation, ne cherchant qu’à former de nouveaux accords pour conquérir de nouvelles terres, complotant ou oeuvrant pour « s’assujettir » la protection de plusieurs suzerains. Et voyez que j’use du terme d’assujettissement du suzerain par un vassal, en pensant à la dialectique du maître et de l’esclave. Les intérêts et les dépendances sont doubles et le suzerain, comme le vassal, également instrumentalisé. Ils se soulèveront même quelquefois, vassaux unis contre suzerain. Pour revenir sur cette féodalité « à deux vitesses » ou  à deux visages que Viollet le Duc nous dépeint, l’un normand et l’autre françaischateau_fort_pierre_motte_castrale_histoire_medieval_mauvezin, Michel Bur la reprendra également. Il évoquera, en effet, des systèmes plus collaboratifs entre seigneurs et paysans et une forme de co-dépendance plus intelligente, plus nuancée. qu’il placera préférablement du côté normand: étrangers sur leur propre territoire, nouvelle-ment installés ces derniers auraient ressenti, d’une certaine manière, le besoin plus marqué de s’associer la collaboration des gens s’y trouvant. Est-ce un invariant ou une tendance? Il semble que la fracture existe mais je veux croire encore que les régions parlent différemment sur tous ses aspects et peut-être encore plus sûrement les seigneurs et la nature de chacun. Fait intéressant, Michel Bur note aussi que même construits sans autorisation et sauvagement, de nombreux châteaux avaient fait l’objet d’une régularisation a posteriori par des actes officiels. On se pose alors la question de savoir s’il y a là, après la liberté prise, un volonté tout de même de se placer sous l’égide du roi ou du prince ou sous sa protection, en cherchant son assentiment, ou s’il ne s’agit que de manoeuvres administratives pour prétendre à plus de droits sur le territoire une fois le château régularisé dans les actes. (ci-dessus le château de pierre de Mauvezin,  reconstruit au XIIIe siècle sur un château de bois qui se trouvait sur cette même motte castrale, Midi-Pyrénées,  France)

Maquette : reconstitution de l'enceinte castrale et du site fortifié de Plessis-Grimoult (Calvados), XIe siècle
Maquette : reconstitution de l’enceinte castrale et du site fortifié de Plessis-Grimoult (Calvados), XIe siècle

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoilà donc pour notre XIe et les débuts du XIIe siècle, ces mottes castrales, ces paysages hétérogènes inégalement fortifiés et pas tous de la même manière, cette féodalité qui se structure aussi, dans la violence et les vides laissées, et encore quelques incursions du côté d’une chronologie qui glisse et de la complexité à toucher le monde médiéval dans ses représentations et sa vérité toute entière. J’espère que vous aurez apprécié ces détours sur un sujet sur lequel il est tant difficile de faire court. Du reste, vous l’aurez remarqué, nous n’avons pas abordé le rôle politique et défensif  que joue la religion dans ce paysage féodal fortifié, mais les détours sont suffisamment larges quand l’on se penche uniquement sur les châteaux.

Avant d’aborder les siècles qui verront se généraliser le château-fort de pierre nous ferons, dans notre prochain article, une incursion vers les techniques de siège héritées de l’époque antique à gréco-romaine qui seront à l’oeuvre au moyen-âge notamment face à ses futurs châteaux de pierre.

En vous remerciant de votre lecture, je vous souhaite une excellente journée.  Longue vie!

Fred
Pour moyenagepassion.com

« A la recherche du monde médiéval sous toutes ses formes « 

___________________________________________________________________________(*) Histoire du XIXe et « Nationalisme » : concernant ce mot, souvent historiquement connoté au point d’entre être devenu presque suspect, et la tendance d’une certaine histoire du XIXe siècle à s’exercer à l’échelle des nations, je le constate sans le juger. Sauf preuve du contraire, au sens littéral et historique, les nations sont encore bien des entités réelles, et je n’ai rien, me concernant, contre l’idée que ceux qui occupent un territoire puissent être attachés à leur propre Histoire. Il ne faut pas confondre un concept ou, en l’occurrence, un sentiment d’attachement avec l’instrumentalisation idéologique biaisée qui peut en être faite. D’un autre côté,  on peut aussi avoir du discernement et  éviter de tomber dans la chanson de Brassens qui parlait des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Depuis des millénaires, la richesse des sociétés humaines est aussi basée sur les échanges et les apports culturels dans la connaissance et le respect mutuel. L’idée abstraite de gommer ces différences entre les peuples au prétexte qu’elles en créent est une idée simpliste qui relève plus d’une intention politique, économique et stratégique que d’une réalité.