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Grand Art, Jean-Pierre Joblin, Bruno Daraquy, François Villon en scène et en chanson : spectacle vivant

françois_villon_piece_recital_chanson_poesie_medievale_moyen-ageSujet : poésie médiévale, poésie, chansons, spectacle vivant, livre, exposition
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Parolier, illustrateur : Jean-Pierre Joblin Interprète : Bruno Daraquy.
Evénement : « François Villon, Corps à coeur »   Lieu : Théâtre de la Closerie, Etais la Sauvin Yonne, Bourgogne-Franche-Comté
Dates : Samedi 13 octobre  à 20h30, Dimanche 14 octobre à 16h00 et 20h00

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionue les amateurs de François Villon le rebelle, le truculent, le marginal, le supplicié et encore l’angoissé qui se trouve du côté de l’Yonne, cette fin de semaine, ne passent pas à côté de ce bel événement consacré au poète médiéval. Ce samedi et ce dimanche à Etais la Sauvin, on pourra, en effet, assister tout à la fois à un spectacle-vivant de chansons, poésies, repris ou inspirée de Villon ainsi qu’à une exposition d’illustrations sur l’auteur médiéval.

Si les deux aspects sont mêlés c’est qu’ils sont d’abord le fruit d’une rencontre : celle de l’auteur, illustrateur, parolier Jean-Pierre Joblin et celle du chanteur Bruno Daraquy. Partis d’une idée de evenement_francois_Villon_spectacle_vivant_chansons_poesies_auteur_medieval_moyen-age_tardifcollaboration autour d’un récital  de chansons sur Villon, les deux artistes ont bientôt été rejoints par un musicien compositeur Malto, suivi, un peu plus tard, de quelques autres excellents musiciens et d’un regard extérieur éclairé sur la mise en scène (Maurice Galland).

Jouée pour la première fois au Théâtre Libre de Saint-Etienne en 2012, cette pièce-récital plusieurs fois saluée par la presse, continue de tourner depuis. Elle a notamment été présentée au Printemps de Bourges en Avril dernier et c’est donc celle que vous aurez le plaisir de retrouver ce week-end à quelques encablures au sud d’Auxerre pour trois représentations.

Depuis sa création, l’aventure ne s’est pas arrêtée à ce seul spectacle puisqu’elle a fini par donner le jour, un peu plus tard dans le temps, à une oeuvre totalement originale. Sorti en Janvier 2017, ce livre-CD est enrichi de belles illustrations réalisées de la main même de Jean-Pierre Joblin qui double son talent d’auteur-parolier avec celui d’illustrateur. Les images présentes dans cet article ne vous en donneront qu’un très bref aperçu.

La voix, la chair et le verbe :
Villon à Fleur de peau et de plume

bruno_daraquy_spectacle_villon_poesie_medievale_recital_chansonDu côté du récital, qui est émaillé de textes, de « dits », de mots, de « cris », comme ceux de Léo Ferré pouvaient en contenir, il propose 16 chansons auxquelles Bruno Daraquy prête son talent, et même au delà, son cœur, sa chair et sa peau. Incarne-t-il Villon ou, par un étrange tour de passe-passe médiumnique, le poète médiéval serait-il revenu, le temps d’un spectacle, se rêver dans la peau du chanteur-conteur ? La voix, les intonations, le ton, la révolte, la gouaille, tout est là. Fermez les yeux, Villon est sur les planches et le trouble est entier, et si ce n’est pas lui, sans doute n’aurait-il pu songer à un meilleur tribut, une meilleure incarnation.

Illustration de Jean-Pierre Joblin tirée de l'ouvrage François Villon, Corps à Coeur
Illustration de Jean-Pierre Joblin tirée de l’ouvrage François Villon, Corps à Coeur

Quant au verbe, qui vient au commencement, voilà ce que l’auteur lui-même nous en dit, en guise de préface dans le livre CD illustré dont nous parlions plus haut :

« Soucieux d’épargner au lecteur contemporain l’écueil du « vieil langage françois » je me suis employé à développer un style qui mêle le plus « gustativement » possible la saveur des mots actuels à celles des tournures médiévales » Jean-Pierre Joblin

spectacle_villon_poesie_medievale_recital_chanson_joblin_jean-pierre_album_cdEt si c’est toujours une gageure de se frotter à Villon et un pari sans doute encore plus grand que de décider de ne pas le suivre à la lettre, le défi est là aussi brillamment relevé. Avec une dose copieuse d’argot, (d’aucun diront, à ne pas mettre entre toutes les oreilles, âmes sensibles s’abstenir donc, mais il en est encore ainsi pour les plus chastes, de certains textes de Villon), le verbe du parolier a fait totalement corps avec celui de l’auteur médiéval, dans un processus, là encore, étrangement fusionnel.

La hantise de Villon et le terrible gibet de Montfaucon sous la plume de Jean-Pierre Joblin.

Jean-Pierre Joblin a dû, nous dit-il s’immerger tout entier dans tout ce qui faisait François Villon, dans tout ce qui tournait autour de l’homme, dans l’oeuvre de ses biographes, des plus anciens aux plus modernes : a-t-il  hérité au passage de la  fascination d’un Clément Marot pour le style de l’auteur du Testament ou suivi les pas curieux  d’un Pierre Champion sur la piste du poète, dans le Paris du XVe siècle, ses tavernes et ses quartiers?  Qu’on ne s’y trompe pas pourtant, pour un tel exercice lire ne suffit pas et il a fallu une passion dévorante et une véritable plume pour que la magie opère vraiment et pour que Jean-Pierre Joblin  fasse de Villon sien.

Agenda, informations et Livre-CD

Pour ne pas le manquer  s’il passe près de chez vous. retrouvez plus d’informations sur ce beau projet et son agenda au lien suivant :

françois_villon_album_cd_illustration_chanson_poesie_medievale_moyen-age_XVePour plus d’informations sur le livre CD et pour l’acquérir, voici le lien.

Pour le reste et pour rappel, si vous êtes dans l’Yonne le spectacle, l’exposition, les dédicaces et la rencontre des artistes en vrai, c’est à  Etais la Sauvin, ce samedi  et ce dimanche.

En vous souhaitant une  belle journée et un excellent week end.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes

Cantiga de Santa Maria 1, le voeu d’un troubadour de chanter la vierge et ses joies

musique_espagne_medievale_cantigas_santa_maria_alphonse_de_castille_moyen-age_centralSujet : musique médiévale,  Cantigas de Santa Maria, chanson,  galaïco-portugais, culte marial, Sainte-Marie, vierge, moyen-âge chrétien, Espagne médiévale
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Titre : Cantiga 1  « Des oge mais…»
Auteur : Alphonse X  (1221-1284)
Interprète : Ensemble Antequera, Johannette ZOMER
Album : Eno Nome de Maria, Cantigas de Santa María d’Alphonse X le Sage (2001)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn suivant le fil des Cantigas de Santa Maria d’Alphonse le Sage, que nous nous sommes pris à traduire et commenter depuis quelque temps déjà, nous revenons aujourd’hui à leur source en vous présentant la première de ce recueil de chansons médiévales dédiées à la Sainte, sur le ton et à la manière d’un troubadour.

Dans cette première Cantiga, le poète nous explique sa résolution de ne plus exercer son art de « trouver » qu’en l’honneur de la vierge Marie, ce qu’il fera tout au long de ce volumineux ouvrage. Il y passe aussi en revue, les grands moments de la vie de la Sainte et toutes les bonnes raisons qu’il y voit de lui dédier ses vers et sa foi.

Que les amateurs de musique, mais aussi d’Histoire médiévale trouvent ici de quoi mieux comprendre les fondements de ce culte Marial, dont nous ne finissons pas de souligner l’importance au sein d’un Moyen-âge européen et chrétien qui a fait du Salut, une question primordiale et de la Sainte, une voie d’exception pour l’atteindre. Dans ceux que ces traductions pourraient encore intéresser, nous n’oublions pas non plus, les chrétiens qui nous lisent. Qu’ils leur plaisent de trouver ici, l’antique témoignage de cet amour et cette foi véritables que l’homme médiéval a voué à Marie et, pourquoi pas, les bases de quelques chants inspirés.

La Cantiga de Santa Maria 1 par L’Ensemble Antiquera

L’Ensemble médiéval Antequera

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondée dans le courant des années 90, par sept musiciens venus de pays différents, avec une large représentation de la Hollande, l’Ensemble Antequera s’est spécialisé dans un répertoire touchant les musiques médiévales espagnoles.  Sous le nom d’Antequera on ne leur connait que deux albums, celui dont est issu la pièce présentée ci-dessus, et un autre sur les musiques juives et chrétiennes de l’Espagne médiévale.

La formation n’a plus fait parler d’elle depuis longtemps déjà et on ne trouve hélas aucun site web, ni même une page Facebook en ligne pour nous donner plus de détails sur elle.  La plupart des artistes l’ayant composée sont en revanche toujours actifs dans le champ des musiques anciennes. En voici la liste : Sabine van der Heyden ( chant, vièle à roue) Carlos Ferreira Santos (chant), Sarah Walden (vièle),  Lucas van Gent (flûte et rebab) René Genis (luth), Michèle Claude et Robert Siwak (percussion).

Eno Nome de Maria
Cantigas de Santa María d’Alphonse X le Sage

Dans le courant de l’année 2001, l’Ensemble Antequera enregistrait à Paris, à la Chapelle de l’hôpital Notre-Dame de Bonsecours, un album dédié aux Cantigas d’Alphonse X, en proposant 12 pièces choisies de ce vaste répertoire. Rejoint pour l’occasion par la très reconnue cantatrice soprano néerlandaise Johannette Zomer, l’album fut largement salué et on n’en trouve encore d’excellentes critiques en ligne.

Dans  son approche des cantigas, la formation a accordé une large place à l’improvisation et a aussi  fait une belle part à des variations mélodiques où viennent se mêler les influences du berceau méditerranéen et les tons chauds de la musique séfarade ou arabe de cette période. Sommes-nous proches de l’interprétation qu’en faisaient les troubadours de l’époque ? Difficile de l’affirmer même si l’on peut supposer que ces derniers s’adonnaient aussi aux digressions et aux improvisations.

Se souvenant du goût et de l’ouverture d’esprit du souverain de Castille pour les cultures présentes sur le territoire de l’Espagne d’alors (voir portrait d’Alphonse X),, on pourra encore tout à fait rejoindre l’esprit de cette interprétation et en comprendre mieux le cheminement. En se fiant aux manuscrits anciens cantiga_santa_maria_musique_chanson_medievale_ensemble_antiquera_album_alphonse_X_moyen-Age_chretien_culte_marialautour de ces Cantigas, on y retrouve également illustrée une pléthore d’instruments qui laisse présumer encore de la richesse des sonorités et des interprétations auxquelles ses chansons médiévales  pouvaient être sujettes.

Ajoutons encore que dans cet album où l’Ensemble déroule chaque pièce, avec délectation, on reconnaîtra la maîtrise d’un répertoire déjà longuement éprouvé. Cette production fait, en effet, suite à plus de dix ans de pratique par l’Ensemble Antequera des Cantigas de Santa Maria et il en est, en quelque sorte, le couronnement. Du côté distribution, il est toujours édité et vous pourrez le trouver à l’adresse suivante : Cantigas de Santa Maria: Eno nome de Maria.


Des oge mais quer’ eu trobar
les résolutions pieuses d’un Troubadour

NB. Cette traduction n’a absolument aucune prétention de rejoindre la force et la poésie de l’originale. Ce n’est vraiment qu’un guide de compréhension générale. Dans le même esprit, nous avons aussi maintenu autant que faire se peut et au détriment du style, l’ordre des phrases pour coller à la version originale. Il est évident qu’une véritable adaptation supposerait un sérieux remaniement.

Esta é a primeira cantiga de loor de Santa María, ementando os séte goios que ouve de séu Fillo.

Ceci est la première Cantiga de louanges à Sainte-Marie, nous rappelant les sept joies qu’elle reçut de son fils.

Des oge mais quér’ éu trobar
pola Sennor onrrada,
en que Déus quis carne fillar
bẽeita e sagrada,
por nos dar gran soldada
no séu reino e nos erdar
por séus de sa masnada
de vida perlongada,
sen avermos pois a passar
per mórt’ outra vegada.

A partir d’aujourd’hui, je ne veux plus « trouver » (chanter et composer)
Que pour la Dame Honorée,

En laquelle Dieu voulut se faire chair,
Bénite et sacrée,
Pour nous donner une grande foi
En son règne et nous faire héritage
A ceux de sa Maison (Mesnie)
De la vie éternelle
Sans que nous n’ayons plus à passer
Par la mort, une autre fois.

E porên quéro começar
como foi saüdada
de Gabrïél, u lle chamar
foi: “Benaventurada
Virgen, de Déus amada:
do que o mund’ á de salvar
ficas óra prennada;
e demais ta cunnada
Elisabét, que foi dultar,
é end’ envergonnada”.

Et pour cela je veux commencer à conter
Comment elle fut saluée
Par Gabriel qui vint l’appeler :
« Bienheureuse
Vierge, aimée de Dieu :
De celui qui doit sauver le monde
Tu es maintenant enceinte,
Comme ta cousine
Elisabeth, qui doutait
et marchait dans la honte.

E demais quéro-ll’ enmentar
como chegou canssada
a Beleên e foi pousar
no portal da entrada,
u pariu sen tardada
Jesú-Crist’, e foi-o deitar,
como mollér menguada,
u deitan a cevada,
no presév’, e apousentar
ontre bestias d’ arada.

Et je veux dire encore,
Comme elle arriva épuisée
A Bethléem  y se réfugia
A la porte d’entrée
Et enfanta sans tarder,
Jésus-Christ,  et alla l’étendre
Comme une femme miséreuse
Là où l’on verse  l’orge (mangeoire )
dans la crèche, et l’installa
parmi les bêtes de trait.

E non ar quéro obridar
com’ ángeos cantada
loor a Déus foron cantar
e “paz en térra dada”;
nen como a contrada
aos tres Reis en Ultramar
ouv’ a strela mostrada,
por que sen demorada
vẽéron sa oférta dar
estranna e preçada.

Et je ne veux pas oublier
Comme les anges s’en furent chanter
Leur cantique de louanges à Dieu
« Que la Paix sur la terre soit donnée »,
Ni comment l’étoile montra la contrée
Aux trois rois d’outre-mer,
Pour que, sans tarder,
Ils viennent faire leurs offrandes
Etranges et précieuses.

Outra razôn quéro contar
que ll’ ouve pois contada
a Madalena: com’ estar
viu a pédr’ entornada
do sepulcr’ e guardada
do ángeo, que lle falar
foi e disse: “Coitada
mollér, sei confortada,
ca Jesú, que vẽes buscar,
resurgiu madurgada.”

Et je voudrais conter un autre épisode,,
Que vous avez déjà  entendu conter
C’est comment Madeleine
vit la pierre entrouverte
du sépulcre,  gardé
Par l’ange qui vint à lui parler
et lui dit « Pauvre femme (malheureuse),
Console-toi, Jésus que tu es venu chercher,
Est ressuscité à l’aube.

E ar quéro-vos demostrar
gran lediç’ aficada
que ouv’ ela, u viu alçar
a nuv’ enlumẽada
séu Fill’; e pois alçada
foi, viron ángeos andar
ontr’ a gent’ assũada,
mui desaconsellada,
dizend’: “Assí verrá julgar
est’ é cousa provada.”

Et je veux encore vous montrer
La très grande joie
Qu’elle reçut, quand elle vit s’élever
Dans un nuage empli de lumière
Son fils, Et après qu’il fut élevé
Ils virent les anges  passer
entre les gens rassemblés là
et qui étaient très déconcertés
En disant  « C’est ainsi qu’il viendra juger,
ceci en est la preuve. » (cela est chose prouvée)

Nen quéro de dizer leixar
de como foi chegada
a graça que Déus envïar
lle quis, atán grãada,
que por el’ esforçada
foi a companna que juntar
fez Déus, e enssinada,
de Spírit’ avondada,
por que soubéron preegar
lógo sen alongada.

Et je ne veux non plus cesser de dire
Comment lui parvint
La grâce si grande
que Dieu voulut lui envoyer
Afin que, par elle, soit renforcée
L’armée apostolique que Dieu (Jésus) avait levée,
Enseignée et enrichie par l’Esprit Saint,
Grâce à quoi ils surent pêcher, par la suite, sans détour.

E, par Déus, non é de calar
como foi corõada,
quando séu Fillo a levar
quis, des que foi passada
deste mund’ e juntada
con el no céo, par a par,
e Reínna chamada,
Filla, Madr’ e Crïada;
e porên nos dev’ ajudar,
ca x’ é nóss’ avogada.

Et, par Dieu, ce n’est pas chose à taire,
Que de conter comment elle fut couronnée,
Quand son fils voulut l’emporter
Au moment où elle passa dans l’autre monde
Et comment ils  s’unirent
Côte à côte, dans le ciel
Pour qu’elle soit nommée Reine,
Fille, mère et servante;
Et pour cela elle doit nous aider,
Car elle est notre avocate.

Retrouvez l’index de toutes les Cantigas de Santa Maria traduites et commentés, et présentés par les plus grands ensembles de musique médiévale ici,

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Le servantois de Huon d’Oisy à la façon néo-médiévale de l’Ensemble Estampie

chanson_musique_medievale_croisades_enluminures_moyen-age_centralSujet : chanson médiévale, poésie médiévale, servantois, poésie satirique, trouvère, chanson de croisades, musique médiévale, musiques anciennes.
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Auteur : Huon d’Oisy  (1145 – 1190)
Titre : Maugré tous sains et maugré Diu ausi 
Interprète : Estampie
AlbumCrusaders. In nomine domini, ed NaxosofAmerica (1996) 

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionuite à notre article détaillé sur le servantois d’Huon d’Oisy écrit à l’intention du trouvère Conon de Bethune, nous vous proposons, aujourd’hui, une version musicale de cette chanson.

Elle nous provient de l’Ensemble Estampie que nous en profitons pour vous présenter. On notera, au passage, qu’il existe, à travers l’Europe, plusieurs formations médiévales portant le nom d’Estampie dont notamment une, en Angleterre, sous la direction de Graham Derrick, dont nous avions déjà parlé ici (voir article) ; il convient donc de ne pas la confondre avec la formation du jour qui est d’origine germanique.

« Maugré tous sains et maugré Diu ausi »  Huon d’Oisy par Estampie

L’Ensemble Allemand Estampie

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondé en Allemagne, dans le courant de l’année 1985, par trois artistes férus de musiques anciennes, l’Ensemble Estampie sous la direction de Michael Popp s’est proposé, dès son origine, de revisiter le répertoire médiéval, en lui ajoutant une touche de sonorités modernes. Nous sommes donc, ici, dans un moyen-âge revisité musicalement de manière totalement assumée et on peut parler d’un style Néo-médiéval, cher à nombre de musiciens et artistes d’Outre-Rhin.

Très éclectique, son directeur Michael Popp (au premier plan, à droite sur la photo ci-dessous) participe, par ailleurs, à plusieurs autres formations : Qntal, qui explore les rives de la Dark Wave, de « l’électro-médiéval » et du Néo-folk et encore Deine Lakaien qui se classe dans le champ de la World music, de la « Dance » et de l’Easy Listening, avec, là-encore, une touche de Dark Wave.

Albums, productions et projets

ensemble_estampie_musiques_anciennes_neo-medieval_moyen-agePour la petite histoire, la formation s’appelait, au départ,  Münchner Ensemble für frühe Musik (l’Ensemble de Munich pour la Musique Ancienne) et Estampie n’était que le nom de leur premier projet. Avec le temps, les deux se sont confondus et le groupe a fini par s’appeler Estampie.  Depuis sa création, il compte à son actif près d’une quinzaine d’albums (en comptant  les lives et les compilations) sur des thèmes aussi variés que le culte marial, les troubadours, la fine amor, les compositions d’Hildegarde de Bingen, les musiques et légendes d’origine scandinaves et nordiques et même encore un album dvd autour des voyages de Marco Polo.

Au fil de sa longue carrière, on retrouvera cet ensemble néo-médiéval en association avec divers artistes ou formations. Dans le courant des années 2010, il mettra notamment en place un projet autour des musiques de l’Andalousie médiévale en collaboration avec des artistes espagnols et marocains pour revisiter les musiques Séfarades, musulmanes et chrétiennes de l’Espagne de cette période. Ce projet leur vaudra notamment de recevoir en 2012, le « Ruth Price », prix allemand décerné dans le domaine de la musique Folk international.

L’album Crusaders – In nomine domini

E_lettrine_moyen_age_passionn 1996, l’ensemble s’attelait aux musiques et chansons de la période des croisades, en proposant un album ayant pour titre Crusaders. In nomine Domini. Venus en renfort de la formation, on pouvait y apprécier les choeurs polonais de la Schola Cantorum Gedanensis.

chanson_musique_medievale_croisade_moyen-age_ensemble_estampie_album

Entre minnesingers, trouvères et chants liturgiques, l’album Crusaders présentait douze pièces se situant toutes entre le XIIe et le XIIIe siècle.

Du côté la France médiévale et de la langue l’oil, Guiot de Dijons y côtoyait Thibaut de Champagne, ainsi que Conon de Bethune et Huon d’Oisy. On y retrouvait également  des pièces anonymes dont certaines en latin, et même une en langue d’oc. Le célèbre chant de croisades Palästinalied  de Walter von der Vogelweide y était également repris et encore une chanson du très reconnu poète médiéval allemand Wolfram von Eschenbach.

Pour plus d’informations sur Estampie, vous pouvez retrouver ici leur site officiel (en anglais et allemand).

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
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Servantois : quand le seigneur et trouvère Huon d’Oisy raillait vertement les croisades de Conon de Bethune

chanson_musique_medievale_croisades_enluminures_moyen-age_centralSujet : chanson médiévale, poésie médiévale, servantois, satire, poésie satirique, chevalier, trouvère, chanson de croisades, musique médiévale.
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Auteur : Huon d’Oisy  (1145 – 1190)
(Hues, Hugues d’Oisy)
Titre : Maugré tous sains et maugré Diu ausi
Ouvrage : « Les chansons de Croisades », Joseph Bédier et Pierre Aubry (1909)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionontemporain du XIIe siècle, Hugues III, seigneur d’Oisy, châtelain de Cambray et vicomte de Meaux, plus connu encore sous le nom d’Huon ou Hues d’Oisy est considéré comme l’un des premiers trouvères du nord de France.

Du point de vue de son oeuvre, il n’a laissé que deux chansons. L’une, plutôt étonnante, conte par le menu un tournoi de nobles dames, dont il nous explique que ces dernières l’avaient organisé pour savoir ce que produisaient les coups que recevaient leurs doux amis lors de tels affrontements. La deuxième chanson est deco_medievale_enluminures_trouvere_un servantois dirigé par le seigneur d’Oisy contre celui qui fut son disciple en poésie : le trouvère Conon ou Quesnes de Bethune. Pour rappel, on trouve une référence explicite à cela dans une chanson de ce dernier  :

Or vos ai dit des barons ma sanblance;
Si lor an poise de ceu que je di,
Si s’an praingnent a mon mastre d’Oissi,
Qui m’at apris a chanter très m’anfance.
Conon de Bethune   « Bien me deüsse targier »
Les Chansons de Conon de Bethune par Axel Wellensköld

A l’occasion du portrait que nous avions fait de ce trouvère (voir biographie de Conon de Bethune ici), nous avions mentionné sa courte participation à la 3ème croisade. Après s’être enflammé et avoir vanté la nécessité des expéditions chrétiennes et guerrières en Terre Sainte auprès de ses contemporains, fustigeant ceux qui ne voulaient s’y rendre, le poète croisé n’eut pas l’occasion d’y briller puisqu’il rentra à la hâte.

trouvere_huon_oisy_poesie_satirique_chanson_medievale

Il faudra attendre la 4ème croisade pour que Conon de Bethune prenne à nouveau la croix et fasse montre alors de plus d’allant mais quoiqu’il en soit, le premier retour rapide de sa première expédition lui valut, comme nous le disions, une verte critique sous la plume d’Huon d’Oisy. Ce dernier prit même pour référence et modèle la chanson « Bien me Deüsse targier » de son homologue, afin de mieux le railler.

Pour mieux comprendre le fond politique et satirique de ce texte, plein de causticité et de ce « roi failli » auquel il est fait ici allusion, il faut ajouter que le châtelain de Cambray s’était, de son côté, rangé sous la bannière de Philippe Iᵉʳ de Flandre, dit Philippe d’Alsace contre le parti de Philippe-Auguste, choisi par Conon de Bethune.

Huon d’Oisy dans les Manuscrits anciens

O_lettrine_moyen_age_passionn retrouve cette chanson dans les deux manuscrits que nous citons souvent ici, le Français 844Manuscrit ou Chansonnier du Roy et le  Français 12615 (MS fr 12615), connu encore sous le nom de Chansonnier de Noailles. Elle est attribuée dans les deux à Mesire(s) Hues d’Oisy.

huon_hues_oisy_trouvere_moyen-age_XIIe_siecle_poesie_satirique_musique_medievale

Ci-contre Huon d’Oisy dans le Manuscrit du Roy, MS Français 844 de la BnF, consultable sur Gallica au lien suivant.

Eléments chronologiques

Les dates de ce servantois ont été sujettes à débat entre médiévistes, au point de mettre quelquefois en doute, (contre les manuscrits et leurs copistes), l’attribution de cette chanson au seigneur et trouvère d’Oisy. Si la chanson est bien de sa plume, ce qu’on a, en général, fini par convenir, il a dû l’écrire, peu de temps avant sa mort.

Il faut, du même coup, en déduire que cette rentrée de la 3eme croisade de Conon de Bethune se serait située deux ans avant que Philippe-Auguste n’en revienne lui-même, même si à la première lecture, on pourrait être tenté de supposer que le retour du trouvère avait coïncidé avec celui plutôt précipité et décrié du roi de France, fournissant ainsi à Huon un double motif pour les railler tout deux. Le seul problème est que si Conon était rentré en même temps que Philippe-Auguste en 1191, Huon d’Oisy aurait été dans l’impossibilité d’écrire cette chanson puisqu’il avait supposément trépassé près d’une année auparavant.

Mesire Hues d'Oisy dans le Chansonnier de Noailles de la BnF - consultez ici
Mesire Hues d’Oisy dans le Chansonnier de Noailles de la BnF – A consulter sur Gallica ici

Suivant Joseph Bédier, ce retour anticipé des croisades de Conon aurait donc des raisons totalement indépendantes de celui du roi et serait même intervenu bien avant, dans le temps. (si vous souhaitez plus de détails sur ces aspects, nous vous renvoyons à l’ouvrage cité en tête d’article).

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Maugré tous sains et maugré Diu ausi

Maugré* (malgré) tous sains et maugré Diu ausi
revient Quenes* (Conon), et mal soit il vegnans!* (malvenu)
… … … … … … … … … …

… … … … … … … … … …
Honis soit il et ses preechemans* (prédications),
et honis soit ki de lui ne dist: «fi»!
Quant Diex verra que ses besoins ert grans* (qu’il sera dans le besoin),
il li faura, car il li a failli* (il lui faillira comme il lui a failli).

Ne chantés mais, Quenes, je vos em pri,
car vos chançons ne sont mais avenans;
or menrés* (de mener) vos honteuse vie ci:
ne volsistes pour Dieu morir joians, (1)
or vos conte on avoec les recreans* (les lâches, ceux qui ont renoncé),
si remanrés* (resterez) avoec vo roi failli;
ja Damedius, ki sor tous est poissans *(Dieu tout puissant),
del roi avant et de vos n’ait merci!* (n’ait plus pitié ni du roi, ni de vous)

Molt fu Quenes preus, quant il s’en ala,
de sermoner et de gent preechier,
et quant uns seus* (seul) en remanoit decha,
il li disoit et honte et reprovier* (reproches, affronts);
or est venus son liu recunchiier, (il est revenu souiller son nid)
et s’est plus ors* (sale, malpropre) que quant il s’en ala;
bien poet* (de pöeir, pouvoir) sa crois garder et estoier(ranger, remiser),
k’encor l’a il tele k’il l’emporta.

(1) Vous n’avez pas voulu « mourir joyeux » pour Dieu

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En vous souhaitant une belle journée.
Fred
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Un portail sur le monde médiéval & déjà plus de 700 articles

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ceux qui passent de temps en temps ici, comme pour ceux qui nous visitent pour la première fois, il peut sembler utile de dire un mot de ce  site. S’il utilise un moteur WordPress,  Moyenagepassion n’est, en effet, pas un blog classique fait de billets d’humeur,  mais plutôt un site ressources sur le moyen-âge.

A ce titre, il entend couvrir de larges aspects – historiques, littéraires, artistiques,  architecturaux, politiques – de la période deco_medievale_enluminures_trouvere_médiévale mais ce n’est pas tout. Comme il s’intéresse aussi au moyen-âge reconstruit ou revisité par notre monde moderne (avec une volonté de réalisme ou quelquefois une touche de fantaisie). à côté d’études de textes, de poésies, chansons, fabliaux d’époque ou encore d’articles sur l’histoire médiévale, l’architecture défensive et les châteaux forts, vous y trouverez aussi des informations et un agenda sur l’actualité du monde médiéval: expositions, conférences, manifestations, fêtes ou événements, mais aussi sites d’intérêt.

A l’heure où l’information se fragmente en des unités chaque jour plus un peu plus petites, nous avons voulu relever la gageure de présenter un véritable portail sur le monde médiéval. Le projet est donc ambitieux, encyclopédique même, et le site évolue constamment dans le temps.

portail_passion_moyen-age_litterature_chansons_histoire_architecture_actualite_medievale

Déjà plus de 700 articles sur et
autour du moyen-âge

Après deux ans et demi de posts quotidiens (à quelques exceptions près), Moyenagepassion totalise déjà plus de 700 articles sur et autour du moyen-âge.  Sur la partie la plus historique, le site s’est, pour l’instant, un peu plus spécialisé sur le moyen-âge central et tardif et notamment une période allant du XIIe au XVeme siècle inclus, mais vous y trouverez tout de même quelques articles sur le haut moyen-âge.

Méthode, recherche et approche

deco_medievale_enluminures_trouvere_Chaque publication fait l’objet d’une attention particulière et de recherches creusées. Nous puisons dans les auteurs et historiens modernes, mais également à la source des manuscrits ou des ouvrages anciens. Il ne s’agit jamais ici de faire des copier-coller à la hâte ou « brut de fonderie » d’articles existants, mais toujours d’un démarche sourcée et rédactionnelle soignée.

A titre d’exemple, concernant les auteurs médiévaux, vous trouverez, pour l’instant, des portraits et des éléments de biographies détaillés sur 35 d’entre eux ainsi que des extraits choisis de leurs oeuvres. Plus de 260 articles sont ainsi consacrés à leurs productions : littérature, poésies, chansons, fabliaux, cantigas, etc…, en vieux français, en moyen-français, et même encore dans d’autres langues anciennes ou plus récentes (anglais, espagnol, italien, langue d’Oc, Gallaïco-portugais). Tous ces textes sont commentés, replacés dans leur manuscrit d’origine et, pour la plupart, traduits ou adaptés en français moderne par nos soins. Ces contenus sont totalement exclusifs et là encore, la liste évolue constamment.

Partie-pris esthétique et positionnement

S_lettrine_moyen_age_passionur les traces des manuscrits anciens, nous apportons également un soin particulier à l’habillage graphique du site et à son imagerie : lettrines, décorations, illustrations, images, etc… Produire des articles originaux, mais qui soient également immersifs autant qu’agréables à la lecture, depuis le départ, cela a été pour moyenagepassion, un autre élément important de différenciation. Dans cet esprit et à ce jour, près de 3000 images ont été produites pour illustrer les articles, mais aussi pour leur apporter une « touche » médiévale.

En prenant en compte l’ensemble des nouvelles technologies, nous souhaitons aussi tirer partie de toutes les richesses médiatiques (graphiques, audio, vidéo, etc…) accessibles en ligne afin de produire des articles multisupports, qui, en plus d’être agréables, soient aussi pédagogiques et vivants. Dans cette continuité, nous avons également mis en place une chaîne Youtube et créé des contenus.  deco_medievale_enluminures_moine_moyen-ageNous ne publions pas de nouvelles vidéos chaque jour. La quantité ne nous intéresse pas, nous privilégions l’originalité et pourtant, grâce à vous, nous avons  déjà totalisé près de 170 000 vues.

Moyenagepasssion est-il un site de vulgarisation ?  La frontière entre le profane et l’initié est quelquefois sujette, hélas, à quelques glissements péjoratifs. De la même façon, quand vulgarisation devient synonyme de simplification excessive, elle finit par tutoyer les idées fausses. Disons donc que si notre invitation à découvrir le moyen-âge s’adresse au plus grand nombre et même si certains articles peuvent s’avérer ardus, nous essayons toujours de faire en sorte que nos contenus restent accessibles à tous, sans jamais sous-estimer, pour autant, l’intelligence de notre auditoire. Entre le chercheur et le journaliste « pigiste », il reste, nous l’espérons, un champ d’exploration pour quelques voies intermédiaires. Nous nous employons en tout cas à l’ouvrir.

Catégories et exploration

D_lettrine_moyen_age_passione part l’ambition même du site, nous l’avons dit, nos publications se répartissent dans de nombreuses catégories. Actualité, événementiel, lieux d’intérêt y côtoient des réflexions de fond sur l’architecture du moyen-âge, mais encore sur l’histoire, la poésie, la musique et la littérature médiévale.  Toutes ne sont pas encore aussi replètes que nous le souhaiterions, mais petit à petit et  comme on le dit, l’oiseau fait son nid. Pour vous en donner une idée, voici quelques unes des plus importantes catégories et le nombre d’articles que vous pourrez y trouver :

Pour le reste, explorez, prenez votre temps, le site est fait pour cela !

Bienvenue encore et puisque vous y êtes déjà, merci chaleureusement de votre présence.

En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric F.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.