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La ballade des contredits de Franc-Gontier, de François Villon, lecture audio

noel_nativite_chanson_poesie_medieval_francois_villon_ballade_proverbesSujet : poésie médiévale, ballade,  auteur médiéval, poète, moyen-français, poésie satirique, humour, satire.
Auteurs :  François Villon (1431-?1463)
Titre : « Les contredits de Franc-Gontier »
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Oeuvre : le testament de François Villon
Album : Poètes immortels, François Villon,
dit par Alain Cuny (60/70)

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionuite à notre article sur la Ballade des Contredits de Franc-Gontier de François Villon, en voici une belle lecture audio. Elle est tirée d’une série d’albums que le label Disque Festival avait dédié, dans les années 60/70, aux « poètes immortels » français,

A l’occasion de l’album consacré à François Villon, le grand acteur Alain Cuny (1908-1994) prêtait sa voix à douze pièces issues de la poésie de l’auteur médiéval dont cette ballade que voici.

Les contredits de Franc-Gonthier de François Villon par Alain Cuny

En vous souhaitant une excellente journée!
Fred
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Franc-Gontier, dits et contredits, satire et contre-satire, de Philippe de Vitry à François Villon

franc-gonthier_poesie_ballade_medievale_satirique_vie_curiale_philippe_vitry_françois_villon_moyen-ageSujet : poésie médiévale, ballade,  auteur médiéval, poète, moyen-français, poésie satirique, vie curiale, humour
Auteurs : Philippe de Vitry (1291-1361), François Villon (1431-?1463)
Titre : « Les dits de Franc-Gontier » et « les Contredicts de Franc-Gontier »
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Ouvrages : oeuvres de Villon,  PL Jacob  (1854) , oeuvres de phillipe de Vitry, Propser tarbé (1850)

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans le courant du XIVe siècle, Philippe de Vitry (1291-1361), évêque de Maux, auteur savant, poète et grand musicien champenois célèbre et apprécié de son temps, écrivit une poésie connue sous le nom des « dits de Franc-Gontier » (Gonthier).

Empreinte de lyrisme, faisant l’éloge des plaisirs simples et champêtres, l’auteur y mettait en perspective une vie rupestre, devenue symbole d’une certaine liberté et deco_medievale_enluminures_phillipe_de_vitryindépendance, qu’il opposait à une vie curiale aux valeurs dévoyées, emplie de compromis, de trahison, de convoitise, d’ambition, etc.. Dans son élan, Philippe de Vitry n’hésitait pas à désigner les courtisans comme des « serfs », suggérant que le moins libre des hommes, entre celui qui travaillait la terre et celui qui traînait ses chausses à la cour, n’était pas forcément celui que l’on croyait.

Certes, on ne pouvait à la fois vouloir la paix d’une vie retirée au grand air et espérer dans le même temps, richesse, luxe et confort. Les Dits de Franc-Gontier encensaient donc aussi une certaine simplicité corollaire de ce choix de vie et on pouvait encore lire, dans ce plaisant récit demeuré une pièce célèbre de poésie et de littérature médiévale, l’éloge d’un travail de la terre faisant sens et étant même en soi une récompense; belle réhabilitation au passage du vilain ou du serf, de leur labeur et de la vie rupestre élevés avec ce poème et dans ce courant de XIVe siècle, au dessus de certaines moqueries  communes dont ils avaient été si souvent l’objet au cours des siècles précédents (voir article les vilains des fabliaux).

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Les dits de Franc-Gonthier
de Philippe de Vitry

Soubs feuille verd, sur herbe delictable
Sur ruy bruyant et sur claire fontaine
Trouvay fichee une borde portable,
Là sus mangeoient Gontier o dame Heleyne
Fromage frais, laict, beurre, fromagée,
Cresme, maton, prune, noix, pomme, poire,
Cibor, oignon, escaillongne froyee
Sur crouste grise (bise) au gros sel pour mieulx boire.
Au groumme burent; et oisellons harpoient
Pour rebaudir et le dru et la drue,
Qui par amours depuis s’entrebaisoient
Et bouche et née, et polie, et barbue
Quand eurent prins des doux mets de nature,
tantot Gonthier hache au col au bois entre
Et Dame Héleine si mit toute sa cure
A ce buer, qui cueuvre dos et ventre.
‘J’ouïs Gonthier en abattant son arbre
Dieu mercier de sa vie très sure:
“Ne scai, dit-il, que sont piliers de marbre,
Pommeaux luisans, murs vestus de peincture;
Je n’ay paour de trahison tissue
Soubz beau semblant, ne qu’empoisonné soye
En vaisseau d’or. Je n’ay la teste nue
Devant tyran, ne genoil qui se ploye.
Verge d’huissier jamais ne me desboute,
Car jusques la ne me prend convoitise,
Ambition, ne lescherie gloute.
Labour me paist en joieuse franchise :
Moult j’ame Helayne et elle moy sans faille,
Et c’est assez. De tombe n’avons cure.”
Lors je dy: “Las! serf de court ne vault maille,
Mais Franc Gontier vault en or jame pure”.

Version de Prosper Tarbé
dans les Oeuvres de Philippe de Vitry (1850)

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D_lettrine_moyen_age_passionans le courant du même siècle et même du suivant, les thèmes de ce Franc-Gontier seront repris par d’autres auteurs médiévaux, souvent eux-même lassés de la vie curiale et de ses artifices. On pourra compter parmi eux Eustache Deschamps (voir ballade sur l’estat moyen ou encore ballade je n’ay cure d’être en geôle) ou encore Alain Chartier (1385-1430), pour ne citer que ces deux-là.

Comme référence encore plus directe, il faut encore mentionner Pierre d’Ailly (ou Ailliac) qui, dans le courant de ce même XIVe siècle et dans une petite pièce très réussie, connue d’ailleurs sous le nom de « Contre-dicts de Franc-Gontier » rendra explicitement grâce à la vie du Franc Gontier de Philippe de Vitry et à ses valeurscontre celles du tyran dont il fera le portrait vitriolé dans sa poésie.

« Las ! Trop mieulx vaut de Franc-Gontier la vie,
Sobre liesse, et nette povreté,
Que poursuivir, par orde gloutonnie,
Cour de tyran, riche malheureté. »

« Les contredits de Franc-Gontier » ou « Combien est misérable la vie du tyran », par Pierre d’Ailly (1351-1411), Notice historique et littéraire sur le Cardinal Pierre d’Ailly, Eveque de Cambray au XVe siècle, par M Arthur Dinaux (1824)  

Vous pouvez désormais retrouver cette poésie complète ainsi qu’un portrait de son Auteur Pierre d’Ailly ici.

francois_villon_contredits_franc-gontier_ballade_poesie_medievale_satirique_moyen-age_tardif

Satire et contre satire,
Le franc-Gontier de François Villon

C_lettrine_moyen_age_passionontrairement à la pièce citée de Pierre d’Ailly qui avait reconnu volontiers une certaine exemplarité dans le choix de vie du Franc-Gontier de Philippe de Vitry, les contredits de François Villon, écrits dans le courant du siècle suivant, se situeront dans un contre-pied distancié et moqueur.  Grandi au milieu de l’agitation et du bruit des rues de Paris, Villon reste sans doute plus que tout un urbain, et la vie rustre, sans grand faste, sans confort et pire que tout, à l’eau et sans vin, n’ont rien pour le séduire.

« Il n’est trésor que de vivre à son aise. », il se gaussera donc « gentiment » des vers de Philippe de Vitry en invoquant l’image satirique d’un gros chanoine deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_sièclejouisseur et bon vivant, se tenant avec sa maîtresse dans une chambrée confortable et s’adonnant à tous les plaisirs, aidés de torrents d’Hypocras. Plus loin, poursuivant sa raillerie, il mettra encore en opposition le confort d’une bonne couche contre le lit d’herbe sous le rosier et se moquera encore de la nourriture campagnarde qui avait l’objet de tous les éloges de l’évêque de Maux, fustigeant, au passage, l’haleine chargée d’ail des deux tourtereaux, Bref, Villon tournera en dérision le Franc Gontier de Philippe de Vitry, en affirmant tout de même qu’il ne veut les juger et que chacun est libre, mais que cette vie n’est surtout pas pour lui.

Opposition entre confort et rusticité, et peut-être même  au fond entre l’urbain, l’homme de la ville et l’homme de la ruralité, on ne peut s’empêcher de voir encore à travers cette ballade, le Villon gouailleur qui se fait, par jeu et par farce et avec un plaisir jamais dissimulé, le porte-parole des bons vivants, des « francs jouisseurs » et des fêtards. Pour peu, on l’imagine même bien lire cette ballade à voix haute dans quelque taverne parisienne, en faisant rire, à gorge déployée, ses compagnons de beuverie.

Pourtant et c’est finalement assez cocasse, à la relative profondeur de la satire que Philippe de Vitry avait opposé à son siècle et à la vie curiale et ses excès (convoitise, pouvoir, ambition, etc…) en prônant deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_sièclele retour à une certaine « vérité » des valeurs,  Villon vient opposer à son tour, une contre satire qui, pour être provocatrice dans son humour et les images (anticléricales) qu’elle soulève  n’est pas dénuée d’un certain conformisme sur le fond.

Contre ce monde médiéval chrétien qui tente pourtant si fort d’en freiner les ardeurs, le désir de richesse, de confort, et même plus loin de débauche et de luxure, les hommes et les satires n’en sont-ils pas déjà pleins ? Qu’ils suffisent de lire les fabliaux ou les diatribes de tous bords, adressées aux puissants, aux princes ou même au personnel de l’église et du clergé par la plupart des auteurs satiriques pour s’en convaincre. Dans ce contexte, qu’est-ce que le véritable anti-conformisme ? On en jugera mais finalement, peut-être que, depuis l’aube des temps, l’image du marginal ou du « voyou », polisson, jouisseur, dispendieux, etc, ne va-t’elle jamais tout à fait contre certaines voies tracées par les tenants du pouvoir et n’en est qu’une caricature ou une débauche exacerbée. De ce point de vue, en forme de clin d’oeil et de question ouverte, de Vitry à Villon et même si leurs manières diffèrent, on pourra se poser la question de savoir quel est le plus satirique des deux?

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Les Contredicts de Franc-Gontier
Ballade médiévale de François Villon

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
Lez ung brasier, en chambre bien nattée*,
A son costé gisant dame Sydoine,
Blanche, tendre, pollie et attaintée :
Boire ypocras, à jour et à nuyetée,
Rire, jouer, mignonner et baiser,
Et nud à nud, pour mieulx des corps s’ayser,
Les vy tous deux , par un trou de mortaise :
Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
Il n’est trésor que de vivre à son aise.

Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine
Eussenl ceste doulce vie hantée,
D’aulx et civotz, qui causent forte alaine,
N’en mengeassent bise crouste frottée .
Tout leur mathon, ne toute leur potée.
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
S’ils se vantent coucher soubz le rosier,
Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise ?
Qu’en dictes-vous? Faut-il à ce muser ?
Il n’est trésor que de vivre à son aise.

De gros pain bis vivent, d’orge, d’avoine,
El boivent eau, tout au long de l’année.
Tous les oyseaulx, d’îcy en Babyloine,
A tel escot, une seule jouinée
Ne me tiendroient, non une matinée..
Or s’esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
Hélène o luy, soubz le bel esglantier;
Si bien leur est, n’ay cause qu’il me poise ;
Mais , quoy qu’il soit du laboureux mestier,
Il n’est trésor que de vivre à son aise.

Envoi.

Prince, jugez, pour tous nous accorder.
Quant est à moy (mais qu’à nul n’en desplaise),
Petit enfant, j’ay ouy recorder
Qu’il n’est trésor que de vivre à son aise.

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Fred
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La ballade de bonne doctrine, des goliards à Villon : la taverne médiévale, lieu festif, lieu social.

francois_villon_ballade_poesie_medievale_moyen-age_tardif_XVSujet : poésie médiévale, ballade médiévale,  humour , auteur, poète médiéval. moyen-français, taverne médiévale
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Titre : « Ballade des femmes de Paris »,
Le grand testament,
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Ouvrages : diverses oeuvres de Villon,  PL Jacob  (1854) , JHR Prompsault (1832), Pierre Champion (1913)

Bonjour à tous,

R_lettrine_moyen_age_passionevenons à Villon pour nous en délecter avec une ballade médiévale dont il a le secret. Nous en profiterons aussi pour faire un crochet à la taverne, lieu médiéval de socialisation et, souvent, ne le nions pas,  d’excès, de liesse et de perdition.

Adressée aux clercs marginaux, aux fêtards  et à une certaine faune de la rue qu’il côtoya un temps, cette Ballade de bonne doctrine à ceulx de mauvaise vie de  François Villon n’est pas celle d’un moraliste mais bien plutôt une poésie qui célèbre les plaisirs et les lieux festifs qu’il aime lui-même à fréquenter. Son titre complet lui fut d’ailleurs donné a posteriori par Clément Marot.

Sur le ton de l’humour, Villon y deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_sièclevoue à la fatalité tout ceux qu’il nomment ici. Quel que soit leur gagne pain, honnêtes ou malhonnêtes et quoiqu’ils fassent tout finira par être gaspillé « au taverne et aux filles ».  Sur ces deux sujets, l’oeuvre du grand maistre de poésie médiévale qui oscille entre drame et humour, est, on le sait, truffée de références explicites ou de sous-entendus.

Concernant les tavernes en particulier, c’est un monde qui lui est largement familier et son grand testament est émaillée de noms d’établissements ayant alors pignon sur rue, à Paris, et qu’il lègue généreusement, en forme de clin d’oeil, à certains de ses contemporains. Sur le goût de la boisson et de l’enivrement,  pour ne citer que quelques références prises dans son oeuvre sur le sujet, s’il « connait le vin à la tonne« , comme il le dira dans sa ballade des menus propos, il conclura même le grand testament sur un « traict de vin morillon« . On se souvient encore, pour n’en donner qu’un autre exemple, du vibrant hommage qu’il fit en forme de ballade à feu le bon maistre Jehan Cotard et son attrait irrépressible pour la boisson.

Dans la lignée de ses poésies sur le thème des « écarts de conduite » qui émaillent son oeuvre – beuveries, jeux, transport festif et autres polissonneries – , il fait donc là un portrait en forme de listes,  de ceux que l’on peut retrouver dans ces tavernes dans lesquels on devait avoir quelque chance de le croiser lui-même, dans le Paris du XVe siècle.

Benjamin Gerritsz, XVIIe.
Benjamin Gerritsz, XVIIe.

Les Tavernes médiévales de Paris au XVe

E_lettrine_moyen_age_passionn suivant les pas de Pierre Champion dans ses deux ouvrages sur François Villon, sa vie et son temps, nous remontons le fil de sa référence à l’ouvrage Paris et ses historiens au XIVe et au XVe siècle. On y trouve, en effet, un document riche d’enseignements du copiste flamand Guillebert de Metz, sur ce Paris du Moyen-âge tardif. Je ne résiste pas à en citer un long passage tant il nous replonge dans la réalité générale de l’époque:

« Len souloit estimer a Paris plus de quatre mil tavernes de vin, plus de quatre vingt mil mendians, plus de soixante mille escripvains : item de escolier et gens de mestier sans nombre. (…) On mengoit à Paris, chascune sepmaine, lune parmy lautre comptée, quatre mille moutons, deux cent quarante beufs, cinq cens veaux, deux cens pourceaux salés et quatre cents pourceaux non salés. Item on y vendoit chascun jour sept cens tonneaux de vin, dont le Roy avoit son quatrieme, sans le vin des escoliers et autres qui nen paioient point, comme les seigneurs et autres pluseurs qui le avoient de leurs heritages. »
Guillebert de Metz, Paris et ses historiens au XIVe et au XVe siècle.

deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_sièclePour mieux comprendre l’effervescence qui régnait autour des tavernes et du commerce du vin et expliquer ce nombre vertigineux d’établissements, il faut, là-encore, lire les belles pages de Pierre Champion sur la capitale d’alors. Tous viennent y vendre directement le fruit de leur vignes pour en tirer profit, et notamment ceux qui sont exemptés de taxes : seigneurs, écoliers comme le précise l’extrait ci-dessus et encore religieux. On confie même aux « escoliers » (collégiens et étudiants) la vente du vin des cuvées familiales pour « le bayer en paiement à leurs maîtres » et pouvoir financer leurs études. Vendre son vin s’appelait alors « faire taverne » et on comprend bien comment, dans ce contexte, les débits du nectar viticole pouvaient être aussi florissants. En plus d’être une boisson prisée, c’était un commerce juteux.

Bouillonnement social & ambiance festive

A_lettrine_moyen_age_passionu delà de ces aspects économiques, du point de vue social, la taverne était le lieu de la boisson autant que de la ripaille mais c’était aussi celui où se retrouvait un fourmillement de vie et d’activité sociale. On y réglait ses comptes, ses litiges ou ses affaires. On y faisait commerce et on pouvait encore y rencontrer un clerc prompt à vous conseiller ou à rédiger pour vous quelques actes, lettres ou documents.

En dehors de cela, il y avait indéniablement dans ces lieux et dans ce milieu de XVe siècle, bien plus qu’un reste de la tradition qu’avaient célébrée les goliards des siècles précédents; on y buvait (sans toujours grande modération), on y chantait, on y jouait aussi à des jeux (d’argent) variés et l’ambiance festive deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_sièclequ’avaient encensé la poésie goliardique aux XIIe et XIIIe siècle  semble y avoir largement perduré. Pour tempérer un peu, de nombreuses tavernes se trouvaient alors aux portes de la ville et on imagine bien qu’en fonction des quartiers ou de leur localisation, l’ambiance devait être variable d’un établissement à l’autre, du plus sage au plus permissif.

Quoiqu’il en soit, lieu populaire par excellence, montré du doigt des moralistes comme le « lieu de perdition et de tous les vices », de la même façon que Rutebeuf s’y était peut-être déjà ruiné au jeu de dés (la Griesche d’Hiver), deux siècles auparavant, certains pouvaient encore, du temps de Villon, y sombrer dans l’excès et y laisser tous leurs deniers, quand ce n’était pas leur fond de culotte. C’est d’ailleurs toute la morale de cette ballade narquoise et fataliste du jour.

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Ballade de bonne doctrine
à ceulx de mauvaise vie

Car or’, soyes porteur de bulles, (1)
Pipeur* (tricheur) ou hésardeur de dez,
Tailleur de faulx coings* (fausse monnaie), tu te brusles
Comme ceux qui sont eschaudez  (2);
Trahistres* (traîtres) pervers, de foy vuydez ;
Soyes larron, ravis ou pilles :
Où en va l’acquest* (les gains, le profit), que cuydez* (croyez-vous)?
Tout aux tavernes et aux filles.

Ryme, raille, cymballe, luttes, (3)
Hante tous autres eshontez ;
Farce, broille* (joue la comédie) , joue des flustes ;
Fais, ès villes et ès cités,
Fainctes, jeux et moralitez,
Gaigne au berlan* (brelan) , au glic* (jeu de cartes), aux quilles :
Où s’en va tout ? Or escoutez :
Tout aux tavernes et aux filles.

De telz ordures te reculles,
Laboure, fauche champs et prez,
Serz (4), et panse chevaulx et mulles,
S’aucunement tu n’es lettrez ;
Assez auras, se prens en grez.
Mais, se chanvre broyes ou tilles,
Ne tends ton labour qu’as ouvrez
Tout aux tavernes et aux filles.

Chausses, pourpoinctz esguilletez
Robes, et toutes vos drapilles* (harde, petit linge),
Ains* (avant) que cessez, vous porterez
Tout aux tavernes et aux filles.


NOTES

(1) porteurs de bulles : prêcheur de bonnes paroles ou plutôt faux prêcheur? La traduction de JHL Prompsaut est contestée par PL Jacob qui ne la clarifie pas pour autant. Dans La Vie de Lazarillo de Tormes, fiction célèbre de la littérature espagnole, datant de 1554, on trouve mention d’un porteur de (fausses) bulles, « franc scélérat » qui abuse de la crédulité et des deniers des gens en leur prêchant de fausses vérités religieuses. Cela serait assez dans le ton de la poésie de Villon et de sa première strophe sur les tricheurs au jeu, les faux monnayeurs, etc. 

(2) Ebouillanté était la punition qu’on réservait aux faux-monnayeurs. 

(3) Impératif : fais des vers, des satires ou des moqueries (bouffon), joue de la cymbale ou du luth.

(4) trouve-toi un travail, mets toi au service de quelqu’un, 

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Fred
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La Ballade des femmes de Paris de Villon, éloge du parler parisien du XVe siècle

poesie_litterature_medievale_realiste_satirique_moral_moyen-ageSujet : poésie médiévale, ballade médiévale,  humour médiévale, auteur, poète médiéval. moyen-français
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Titre : « Ballade des femmes de Paris »,
Le grand testament,
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Ouvrages : diverses oeuvres de Villon,  PL Jacob  (1854) , JHR Prompsault (1832), Pierre Champion (1913)

Bonjour à tous,

B_lettrine_moyen_age_passionien que dramatique sur le fond, le Grand testament de François Villon regorge aussi d’humour et de ballades plus légères. Certaines de ces pièces ont sans doute été composées plus avant dans le temps, et ont été réintégrées après coup, dans le fil du Testament,  par l’auteur lui-même (sur ce sujet, voir entre autres, Sur le testament de Villon, Italo Siciliano, revue romania, Persée)

deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_siècleLégèreté et humour, c’est donc là que la Ballade des femmes de Paris que nous publions aujourd’hui, nous entraîne, pour une éloge du « talent » langagier des parisiennes d’alors et de leur verve, avec son refrain resté célèbre : il n’est bon bec que de Paris. « Reines du beau-parler, souveraines du caquet » comme le dira l’historien Pierre Champion dans son ouvrage François Villon sa vie et son temps, il y dépeindra aussi un poète, sillonnant les rues de la rive universitaire de Paris, à l’affût des belles bourgeoises, de leurs charmes et de leurs atours « coquettes, enjouées, charmantes, mises avec recherche ».

Tout cela  étant dit, au vue des fréquentations et de l’univers dans lequel  Villon aimait à évoluer, en fait de beau français châtié et bourgeois, il est bien plus sûrement question dans cette ballade de langage de rue : un parler vert et canaille, teinté d’accent, de répartie et de gouaille, comme on le pratiquait alors. Nous en trouverons d’ailleurs la confirmation sous la plume de  Pierre Champion, plus loin, dans le même ouvrage :

« Quand nous les possédons encore, les registres des anciennes justices de Paris nous font connaître les commérages, les médisances qui devaient bien exciter la verve du poète. On y parle vertement. Les femmes de Paris, qui ont décidément « bon bec » sont promptes à se dire des injures, à se deco_poesie_medievale_enluminures_francois_villon_XVe_siècletraite de sanglantes lices, des chiennes, de filles de chien, de paillardes, de ribaudes, de prêtresses… »
Pierre Champion, opus cité, Tome 1er (1913)

Bien que le français « standard » soit en général réputé avoir pour origine Paris, il faut sans doute, là encore, faire quelques différences entre le parler bourgeois et celui de la rue. Pour ce qui est de l’accent du Paris d’alors, on trouvera quelques éléments dans un ouvrage postérieur à la composition de cette ballade médiévale de Villon, signé de la main de l’éditeur, imprimeur et artiste  Geoffroy Tory :

« Au contraire, les dames de Paris, en lieu de A prononcent E quand elles disent : Mon mery est à la porte de Peris et il se fait peier »  Champfleury (1539).

Loin de ces parisiennes gouailleuses et dans un registre plus lyrique, en 1910, le compositeur Claude Debussy inclura cette poésie à ses trois ballades de François Villon.

francois_villon_ballade_femmes_de_paris_poesie_medievale_moyen-age_tardif

Ballade des femmes de Paris

Quoy qu’on tient belles langagières* (parleuses)
Florentines, Veniciennes,
Assez pour estre messaigières (1),
Et mesmement les anciennes ;
Mais, soient Lombardes, Rommaines,
Genevoises, à mes perilz,
Piemontoises, Savoysiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chayères (2) 
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et que sont bonnes cacquetoeres
Allemanses et Bruciennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d’autre pays,
Espaignolles ou Castellannes,
Il n’est bon bec que de Paris.

Brettes* (Bretonnes), Suysses, n’y sçavent guères,
Ne Gasconnes et Tholouzaines ;
Du Petit-Pont deux harangères
Les concluront, et les Lorraines,
Anglesches ou Callaisiennes,
(Ay je beaucoup de lieux compris ?)
Picardes, de Valenciennes ;
Il n’est bon bec que de Paris.

ENVOI.

Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donnez le prix ;
Quoy qu’on die d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

(1) « ambassadrices » pour Prompsault, « entremetteuses » pour PL Jacob
(2) Siège réservé à des dignitaires, puissants, religieux. origine de Chaire. 


Même si nous sommes déjà dans d’autres temps, plusieurs siècles après Villon, la tentation reste grande, à la lecture de cette ballade, d’évoquer des Piaf, des Monique Morelli ou encore des Arletty, en pensant à ces « bons becs de Paris ».

 En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE.

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François Villon, bible en ligne : les travaux et la bibliographie exhaustive de Robert D. Peckham

françois_villon_poesie_francais_moyen_ageSujet : François Villon, Bibliographie, site d’intérêt, poésie médiévale, médiévalisme, manuscrits anciens, sources bibliographiques
Période : du moyen-âge tardif (XVe) à nos jours.
Auteur/EditeurRobert Dabney Peckham
Site web : Société François Villon

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionepuis plus de 30 ans, Robert Dabney Peckham, docteur en philosophie, précédemment professeur émérite et chercheur en littérature, civilisation et langue française à l’Université de Tennessee, à Martin aux Etats-Unis, s’est évertué, entre autres activités, à répertorier toutes les parutions existantes autour de François Villon. On lui doit d’ailleurs entre autres parutions sur le sujet, une bibliographie exhaustive parue en 1990 aux Editions Garland (Library of the Humanities).

Du Villon médiéval
au médiévalisme autour de  Villon

Loin de se limiter aux manuscrits anciens ou aux biographies et études critiques autour de l’auteur médiéval, les travaux de Robert Peckham  couvrent toutes les formes que l’oeuvre de Villon a pu et peut encore prendre à travers le monde : littéraires, cinématographiques mais aussi toponymiques, culturelles, populaires, iconiques, anecdotiques, etc… Son intérêt va donc de l’approche de Villon dans le texte et dans son contexte médiéval jusqu’au Villon « représenté », « recrée », « instrumentalisé »,  « fantasmé » par notre monde moderne. Autrement dit, le médiévalisme autour du poète l’a également interpellé. De fait, on en comprend bien l’intérêt puisque les formes, même les plus distantes en apparence de l’oeuvre du maître de poésie médiévale ou de sa personne, ont encore beaucoup à nous apprendre sur ce dernier, autant que sur les représentations modernes que nous nous francois_villon_bibliographie_poesie_medievale_moyen-age_tardif_medievalisme_robert_peckham_bibliographe_sources_articlesen faisons.

Il s’agit donc là d’un travail de fond et de systématisation unique et Robert D. Peckham est reconnu pour sa grande expertise dans ce domaine. En plus de ses propres publications, il a apporté sa contribution dans nombres d’ouvrages et articles, principalement en langue anglaise.  Pour plus de détails sur ses parutions ainsi que ses nombreux titres, vous pouvez utilement vous reporter à  ce lien.

Pour n’en citer que quelques unes, on pourra mentionner dans l’ouvrage « Medievalism in North America« ,  publié par Kathleen Verduin en 1994, l’article « Villon in America » dans lequel  le chercheur américain nous entraîne à sa suite, dans un passionnant voyage à la découverte de la destinée américaine de l’oeuvre de François Villonde ses premières traductions anglaises  au milieu du XIXe siècle jusqu’à ses adaptations les plus modernes, en passant par les « imitations » poétiques de Robert Lowell un peu avant les années 60.

On peut encore citer ici l’article « Villon’s electronic future » dans: Villon at Oxford: The drama of the text. Proceedings of the conference held at St-Hilda’s-College, Oxford, March 1996 (ouvrage que nous avons déjà mentionné à l’occasion d’un post sur le « je » poétique au XVe siècle et à propos de Michault Taillevent et Villon). Aux premiers pas d’internet, Robert Peckham traçait, dans cette contribution, un véritable plan d’action pour inventorier la présence en ligne de Villon et pour tirer partie le meilleur partie de ce média. On y mesurait déjà toute l’ampleur de la tâche autant que les ambitions du bibliographe. Dans la continuité de cet article, il a d’ailleurs mis en oeuvre sans attendre son plan d’action en créant la Société François Villon et son site web.

Le site web de la « Société François Villon »
Inventorier Villon sous toutes ses formes

T_lettrine_moyen_age_passionoujours opérationnel, vingt ans après que son auteur et éditeur en ait défini les grandes lignes, le site web de la Société François Villon a donc pour ambition d’être un véritable lieu d’échange, d’informations mais aussi, bien sûr, d’inventorier régulièrement de nouveaux liens et de nouvelles parutions imprimées, électroniques et digitales autour du grand maître de poésie médiévale.

francois_villon_poesie_medievale_bibliographie_liens_references_medievalisme_robert_peckhamComme  Robert Peckham a pris le parti de l’exhaustivité, les liens couvrent de vastes domaines en relation à Villon. Ils sont  aussi identifiés à travers le monde et couvrent des écrits dans plus de 16 langues. En relation avec l’objectif défini, ils ne sont pas tous « académiques », l’intérêt restant bien d’embrasser l’oeuvre de Villon au sens le plus large possible. Pour reprendre les propres mots de Robert Peckham qui exprimait déjà en 1996 l’ambition à laquelle il s’est tenu depuis :

« Bien sûr, tous ces documents ne seront pas d’une nature savante.  Certains tombent dans la catégorie (avec un petit « c ») de l’iconographie culturelle et sont les validateurs inconscients du statut de Villon, en liant le distant à un présent ou un passé récent plus accessibles. En vérité, tandis que Villon pourra fournir aux étudiants de littérature française un matériel de lecture canonique et de riches moments de vie intellectuelle pour un universitaire, pour l’homme moyen, c’est un bar sur la rue Wiener à Kreuzberg, un magasin de chaussures à Montréal, un night club à Bruxelles, ou le Caveau François Villon, un bistrot de la rue de l’Arbre Sec à Paris. …. » 

Robert D. Peckham « Villon’s electronic future », Proceedings of the conference held at St-Hilda’s-College, Oxford, 1996 (trad moyenpassion

restaurant_francois_villon_medievalisme_poesie_medievale(Photo devanture du restaurant François Villon à Lyon )

En relation avec le travail éditorial entrepris et les nombreuses ressources identifiées (plus de 500 liens), le site propose encore régulièrement un bulletin actualisé de ses nouvelles trouvailles. Du reste, nos articles sur François Villon n’ont pas échappé à la sagacité de ce grand bibliographe américain puisque leurs liens sont même intégrés au dernier bulletin. Avec un petit ou un grand c, l’histoire ne le dit pas, mais nous sommes quoiqu’il en soit, ravis. de les y savoir présents.

Pour le reste, en un mot comme en cent, si vous aimez Villon et que vous vous y intéressez de près ou de loin, ce site est une référence incontournable sur cet auteur médiéval. Pour des recherches poussées ou même, par simple plaisir, on peut y flâner des heures durant, en découvrant sans cesse de nouvelles choses.

Lien vers le site web de la Société François Villon
Lien vers le dernier bulletin, numéro 33

De la vie à la scène

robert_peckham_francois_villon_bibliographie_poete_auteur_medievale_moyen-age_medievalismePour clore cet article, ajoutons que depuis 2013, même s’il continue à éditer régulièrement le bulletin en ligne de la Société François Villon, ce très sérieux docteur en philosophie et universitaire émérite étant, par ailleurs (comme on s’en doutait déjà), passionné de poésie et même de musique, a décidé de se dédier entièrement à cet art. Il joue et chante donc désormais ses propres compositions sur scène accompagné d’une l’autoharpe, (une variance américaine de la cithare). Sur ces aspects, vous pouvez consulter sa nouvelle bio ici (en anglais) : TennesseeBob Peckham.

En vous souhaitant une excellente  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Histoire de la Ballade médiévale du moyen-âge central au XIXe siècle

ballade_medievale_poesie_forme_histoire_evolution_moyen-age_central_Sujet : ballade, poésie médiévale, formes, histoire, évolution, définition, métriques, médiévalisme,
Propos : histoire de la ballade médiévale à travers les siècles, refléxions sur le monde médiéval
Période : du moyen-âge central au XIXe siècle
Auteurs : Théodore de Banville, Victor Hugo, et divers (voir sources)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionssociée au départ à la danse et à l’art des troubadours, la forme poétique de la ballade a évolué dans ses formes, tout au long du moyen-âge central, pour connaître de vraies heures de gloire au XIVe au XVe siècle.

Au XIVe siècle, Guillaume de Machaut (portrait ci dessous) en écrira près de 250, donnant ainsi des premiers éléments de formalisation la concernant. Quelque temps après le maître de musique, Eustache Deschamps parachèvera le travail dans son Art de Dictier. Il fixera l’envoi, sans toujours le respecter lui-même d’ailleurs et affranchira la ballade de ses formes uniquement musicales. Elle deviendra ainsi et après lui, une forme poétique à part entière non nécessairement chantée. En poesie_ballade_medievale_guilllaume_de_machaut_moyen_age_central_XIVeen écrivant autour de mille, il s’affirmera encore comme un des maîtres en la matière et il l’emmènera à sa traîne vers les thèmes les plus divers : politiques, morales, « médicinales », gastronomiques, historiques,  ou même plus personnelles, complaintes, etc …

Sous la plume de Jean Meschinot, mais aussi et surtout même de Charles d’Orléans et de François Villon, la ballade connaîtra encore de belles heures dans le courant du XVe. Au siècle suivant, Clément Marot nous en gratifiera encore de quelques unes (exemple, voir Ballade de Frère Lubin) mais l’âge d’or de la ballade sera déjà un peu passé.


Les formes poétiques « fixes » de la ballade

Après avoir subi quelques évolutions, la ballade est composée de trois couplets de taille identique, avec un refrain en général formé d’un ver, à la fin de chacun des couplets, et d’un envoi qui la clôt en forme d’invocation, souvent à un « Prince » réel, issu d’une académie littéraire, ou même allégorique. Cet envoi fait, en général, la longueur deco_medievale_enluminures_moine_moyen-aged’une demi strophe et se termine aussi par le refrain. La longueur des vers varie de quatre à dix syllabes, avec une préférence pour les vers de huit (petite ballade 8+8+8+4) ou de dix syllabes (grande ballade 10+10+10+5). Les formes courtes (octosyllabiques) sont, en général, préférées au moyen-âge, pour la légèreté qu’elle donne à l’ensemble.

Une difficulté supplémentaire consiste à faire des couplets carrés, c’est à dire des strophes qui font, en longueur (en nombre de vers), le même nombre de syllabes qu’il y a dans un vers. (huit vers pour les octosyllabes, dix pour les décasyllabes, etc) Pour le reste, les ballades sont, en général, composées sur trois ou quatre rimes qui reviennent d’un couplet à l’autre. Pour des raisons harmoniques, l’envoi est construit sur les mêmes rimes que celles qui servent à former les couplets. Du point de vue de l’alternance  à l’intérieur des couplets de la ballade, les rimes obéissent à des règles assez rigoureuses. Exemples : vers octosyllabiques (abab/cdcd), décasyllabiques (ababb/ccdcd).

Même si la ballade demeure une forme fixe, du fait de son évolution dans le temps, on en trouve de nombreuses variantes connues et tolérées et qui entrent dans sa définition.


Faire des ballades après la Pléiade

« Lis donc et relis premièrement, ô poète futur, feuillette de main nocturne et journelle les exemplaires Grecs et Latins ; puis me laisse toutes ces vieilles poésies françaises aux Jeux Floraux de Toulouse et au Puy de Rouen comme rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons et autres telles épiceries qui corrompent le goût de notre langue. »
Joachim du Bellay  Défense et illustration de la langue françoyse (1549)

A_lettrine_moyen_age_passionprès le XVe siècle et Clément Marot, dans le courant du XVIe, la ballade est quelque peu passée de mode. mais on l’y a aussi un peu aidé. On se souvient que, tirant un trait sur quelques siècles de poésies et de littérature française, Joachim du Bellay avait, en effet, expliqué à ses contemporains qu’il fallait à jamais la reléguer  au rang des poésies de bas-étage. A l’écouter, cette forme et, avec elle à peu de choses près, toutes celles qui lui étaient contemporaines (virelais, lais et autres rondeaux, et…) auraient même « corrompu » le goût de notre belle langue et, à tout le moins, la sienne. L’heure était donc à l’ode et au sonnet, poesie_ballade_medievale_theodore_de_banville_XIXe_celle de la ballade avait sonnée (Laurent Ruquier sors de ce corps) et avec elle, l’heure du moyen-âge ce que la plupart des historiens ont d’ailleurs fini par enteriner. Moquée encore dans le courant du XVIe siècle par Molière, la ballade n’avait pourtant pas tout à fait dit son dernier mot, pas d’avantage que les auteurs de la Pléiade n’avaient réussi, par une simple pirouette, à faire disparaître le legs poétique du moyen-âge, sa riche histoire littéraire, et encore moins la puissance évocatrice de son monde.

Bien qu’ayant pratiquement disparu, la ballade résista encore un peu au XVIIe sous la plume de Jean de La Fontaine, et (on le verra plus loin), elle connut à partir du XVIIIe un nouveau regain d’intérêt sous la plume des auteurs romantiques. Plus tard, on s’en souvient, dans la deuxième moitié du XIXe Théodore de Banville  (portrait ci-contres’évertua, à la tête des parnassiens, à faire revivre ses formes originelles avec une grande dextérité.

Nous avions déjà souligné les références explicites de cet auteur à la poésie de Villon dans certaines de ses poésies. Au delà des rigueurs de la forme toute médiévale de cette grande ballade que nous partageons ici de lui, on sera frappé de constater de grandes similitudes de ton et de vocabulaire (sans aucun doute volontaires) avec certaines ballades issues de la plume d’Eustache Deschamps,  quatre siècles avant lui.

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Ballade de fidélité à la Poésie

Chacun s’écrie avec un air de gloire:
A moi le sac, à moi le million!
Je veux jouir, je veux manger et boire.
Donnez-moi vite, et sans rébellion,
Ma part d’argent; on me nomme Lion.
Les Dieux sont morts, et morte l’allégresse,
L’art défleurit, la muse en sa détresse
Fuit, les seins nus, sous un vent meurtrier,
Et cependant tu demandes, maîtresse,
Pourquoi je vis? Pour l’amour du laurier.

O Piéride, ô fille de Mémoire,
Trouvons des vers dignes de Pollion!
Non, mon ami, vends ta prose à la foire.
Il s’agit bien de chanter Ilion!
Cours de ce pas chez le tabellion.
Les coteaux verts n’ont plus d’enchanteresse;
On ne va plus suivre la Chasseresse
Sur l’herbe fraîche où court son lévrier.
Si, nous irons, ô Lyre vengeresse.
Pourquoi je vis? Pour l’amour du laurier.

Et Galatée à la gorge d’ivoire
Chaque matin dit à Pygmalion:
Oui, j’aimerai ta barbe rude et noire,
Mais que je morde à même un galion!
Il est venu, l’âge du talion:
As-tu de l’or? voilà de la tendresse,
Et tout se vend, la divine caresse
Et la vertu; rien ne sert de prier;
Le lait qu’on suce est un lait de tigresse.
Pourquoi je vis? Pour l’amour du laurier.

Envoi.

Siècle de fer, crève de sécheresse;
Frappe et meurtris l’Ange à la blonde tresse.
Moi, je me sens le coeur d’un ouvrier
Pareil à ceux qui florissaient en Grèce.
Pourquoi je vis? Pour l’amour du laurier.

Théodore de Banville – 1861

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« Ballade » romantique et attraits
du moyen-âge au XVIIIe, XIXe siècles

A_lettrine_moyen_age_passionu XIXe et même au siècle précédent, Théodore de Banville n’est pourtant pas le seul à revendiquer une inspiration en provenance du moyen-âge et à faire revivre les « ballades » même si les auteurs concernés le font avec bien moins de rigueur que lui dans les formes et même si leurs « ballades » demeurent surtout médiévales par leur nature évocatrice. Dès le XVIIIe siècle, on retrouve ces tendances chez certains auteurs romantiques allemands et anglais comme poesie_ballade_romantique_attrait_monde_medieval_goetheBürger, Goethe (portrait ci contre), Christabel, ou encore Coleridge. Elles sont la marque d’un renouveau littéraire dont le moyen-âge devient le fer de lance et le symbole tout indiqué.

Comme nous le disions plus haut,  ces « ballades » n’ont pas les rigueurs, ni les formes de leur ancêtre médiévale : on n’y respecte pas nécessairement, les métriques, le refrain ou l’envoi et on pourrait presque se demander si le terme de ballade n’est pas finalement galvaudé. Pour autant et sur le fond, le monde médiéval est loin d’y constituer simplement un décor de carton pâte. L’inspiration souvent gothique et fantastique de ces romantiques s’exerce à travers des légendes ou des quêtes empruntées la la période médiévale, qui en sont inspirées ou qui l’évoquent. Au delà,  le mouvement se pose aussi comme une volonté de retour à une certaine littérature « primitive » mais, en se tournant vers un moyen-âge « des racines », reconnu comme point de référence historique et fondateur, ses auteurs lui redonnent, du même coup, de véritables lettres de noblesse.

« La ballade, qui se veut l’écho de la poésie populaire, intègre des thèmes nouveaux, au cœur des préoccupations des romantiques : le merveilleux, le fantastique, les superstitions et les mythes médiévaux. Elle crée donc un nouveau genre propre au romantisme. Son rapport avec la poésie du Moyen Âge reste lointain, mais ce qui importe surtout, c’est cette volonté de filiation, même si elle reste éminemment artificielle. »
Renaissance d’une forme poétique, la ballade,
Le Moyen-âge des romantiques,
 Isabelle Durand-Le-Guern

poesie_ballade_medievale_victor_hugo_XIXe_Ce mouvement se poursuit au début du XIXe siècle et, en France, Victor Hugo lui-même attiré par le monde médiéval et ce nouveau genre, s’en fera l’écho dans ses poésies de jeunesse, avec ses « odes et ballades » publiés en 1828 . Du point de vue des thèmes abordés, il puisera souvent directement son inspiration dans le moyen-âge (tournoi, belle qui attend son chevalier, valeurs chrétiennes, valeurs guerrières, etc…). Quant au style, en plus du recours à un vocabulaire évocateur de cette période, même si on ne retrouvera pas non plus chez lui les formes fixes de la ballade médiévale telles que définie plus haut, il se pliera au moins aux métriques pour renforcer les références autant que l’effet d’immersion : quatrains, vers courts, vers octosyllabiques.

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« … Oui, je crois, quand je vous contemple,
Des héros entendre l’adieu ;
Souvent, dans les débris du temple,
Brille comme un rayon du dieu.
Mes pas errants cherchent la trace
De ces fiers guerriers dont l’audace
Faisait un trône d’un pavois ;
Je demande, oubliant les heures,
Au vieil écho de leurs demeures
Ce qui lui reste de leur voix.

Souvent ma muse aventurière,
S’enivrant de rêves soudains,
Ceignit la cuirasse guerrière
Et l’écharpe des paladins ;
S’armant d’un fer rongé de rouille,
Elle déroba leur dépouille
Aux lambris du long corridor ;
Et, vers des régions nouvelles,
Pour hâter son coursier sans ailes,
Osa chausser l’éperon d’or. »

Victor Hugo – La Bande Noire – Odes & Ballades –  1828


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Du point de du vue du contenu, s’il cherchera à faire renaître l’image du « moyen-âge des troubadours », Hugo versera aussi, par endroits, dans un moyen-âge gothique et fantastique totalement assumé. Nous sommes finalement dans le champ d’un monde médiéval « recomposé » tel que l’étudie le médiévalisme. A travers ses évocations, il sera bien question de « reconstruction ». Là encore, la prétention ne sera pas d’opérer une plongée dans le moyen-âge historique et réaliste, mais bien d’y chercher un point de référence, des racines fortes auxquelles se rattacher et s’identifier. (1)

Au delà de la ballade

Q_lettrine_moyen_age_passionuelques siècles après les auteurs de la Pléiade, Du Bellay en tête, le mépris assumé de la ballade et des formes poétiques médiévales en général, n’aura pas suffi à en ternir la référence, de même que les auteurs renaissants ne seront parvenus à éteindre à jamais la fascination qu’exerce et qu’exercera le Moyen-âge dans les siècles qui leur succéderont. Au fond, on peut même se demander si à vouloir en repousser à toute force le spectre sous couvert d’ignorance crasse et d’obscurantisme, ils n’ont pas été ceux qui ont le mieux contribué à en renforcer inévitablement l’attrait pour les auteurs des siècles suivants, de même qu’ils ont en partie oeuvrer à le créer chez les historiens. Qui sait deco_medievale_enluminures_moine_moyen-agesi ses détracteurs ne lui ont pas au fond permis de renaître plus fort encore au XIXe et aux siècles suivants ?

Pour échapper la sophistication et aux règles des formes classiques, les romantiques des XVIIIe et XIXe siècle tenteront de revenir à une poésie épurée et aux formes simples qui renouvelle les genres mais qui soit aussi un support d’identification doté de thèmes forts et évocateurs, propices à l’évasion romantique et onirique. Or, presque naturellement, c’est bien dans le moyen-âge que nombre d’entre eux iront trouver les sources de leur nouvelle inspiration, dans ce monde médiéval lointain et pourtant si proche, qui évoque quelque chose de nos racines et qui est aussi à la fondation de références partagées et de mythes qui font sens pour les sociétés européennes des XVIIIe, XIXe. Nous sommes sans doute ici au delà du simple far-west ou  western, cher à Georges Duby.

Force est de constater qu’en dépit des efforts soutenus du siècle des lumières, dans la lignée d’un Du Bellay, on ne peut rayer d’un trait de plume mille ans d’histoire écrite dans l’inconscient collectif. D’ailleurs, il semble bien que ce goût pour le moyen-âge ait survécu depuis, à son rythme et jusqu’à nos jours. L’ère de la post industrialisation l’a même peut-être encore renforcé par endroits et grossi de nouvelles représentations.

deco_medievale_enluminures_moine_moyen-ageAvec ses légendes, ses bestiaires, avec ses gargouilles en cohorte qui nous mirent depuis les hauteurs de leurs cathédrales, avec sa camarde qui danse dans un dialogue perpétuel avec les hommes, avec ce monde spirituel si intriqué dans le quotidien de l’homme médiéval et, avec lui, son lot d’émotions fortes, de peurs presque « primales », avec ses superstitions, sa magie, ses mystères et ses « miracles » encore, le monde médiéval porte en lui la graine du merveilleux et du fantastique. Il l’a toujours portée et ce n’est pas mystère si les romantiques du XVIIIe siècle y ont catalysé leur inspiration. De même qu’il n’est pas étonnant que ce Moyen-âge gothique et fantastique, peuplé de créatures effrayantes, magiques et étranges dont ils ont fait un genre et qu’ils ont aussi alimenté, ait perduré jusqu’à nos jours,  porté encore plus loin dans le courant du XXe siècle par des auteurs comme JRR Tolkien.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.


Sources

(1) Pour plus de détails sur ses aspects, voir l’article très complet d’Isabelle Durand-Le-Guern qui nous a servi de guide ici :  Renaissance d’une forme poétique, la balladeLe Moyen-âge des romantiques, (2001)

Odes & Ballades – Victor Hugo  (1828)
– Poésies morales et historiques d’Eustache DeschampsCrapelet (1832)
Trente-six ballades joyeuses de Théodore de Banville (1890)
 – Défense et illustration de la langue françoyse, J du Bellay  (1549)
 Ballade, Claude Thiry,  Universalis

 

« Temps passé jamais ne retourne », Michault Caron Taillevent, le passe-temps, fragments (1)

poesie_medievale_michault_le_caron_taillevent_la_destrousse_XVe_siecleSujet : poésie, littérature médiévale, poète médiéval, bourgogne, poète bourguignon, bourgogne médiévale, poésie réaliste, temps,
Période : moyen-âge tardif, XVe
Auteur : Michault (ou Michaut) Le Caron, dit Taillevent ( 1390/1395 – 1448/1458)
Titre : Le passe-temps

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous parlons aujourd’hui du Passe-temps de Michault le Caron dit Taillevent. C’est un poème assez long, six-cent cinquante et un vers et quatre vingt treize strophes pour être très précis et comme c’est aussi une véritable perle de poésie du XVe siècle, plutôt que d’en livrer quelques extraits épars, ou même de le publier en un seul bloc sans aucune explication, nous avons préféré le prendre dans l’ordre et publier ici les onze premières strophes, en vous fournissant quelques clés de vocabulaire et de lecture.

Oeuvre d’anthologie ?

S’il est toujours délicat de souligner une partie d’une oeuvre d’un auteur comme la plus importante sans prendre le risque de déprécier tout le reste, on peut à tout le moins constater que le passe-temps est une des poésies de Michault Taillevent qui aura le plus survécu au temps.  Disons cela toute proportion gardée car la poesie_litterature_medievale_passe_temps_michault_taillevent_XVe_moyen-age_tardifpostérité n’a pas réservé à ce poète médiéval la réputation qu’elle a pu concéder à d’autres et ce poète médiéval est encore aujourd’hui étudié dans un cercle qui concerne tout de même plus des spécialistes de littérature du moyen-âge tardif ou renaissant que le grand public. Il en fut semble-t-il autrement de son temps, d’ailleurs la présence de ce passe temps dans un nombre assez important de manuscrits l’atteste.

Pour mesurer encore le succès de cette poésie auprès de ses contemporains, on apprendra avec Pierre Champion (Histoire poétique du XVe siècle Tome 1, ed 1966) que l’expression « Contempler le passe-temps de Michault » a même été utilisée à l’occasion par certains auteurs, comme une locution proverbiale :

« … Faulte d’argent a tous propos lui fault
D’en brief ravoir a tousjours esperance
En contemplant le Passe Temps Michault…

Henri Baude . Ballade du gorrier bragard.  Pierre Champion (opus cité)

Pierre Chastellain, autre poète du XVe siècle, (proche de Michault et peut-être même disciple de ce dernier?) publiera d’ailleurs entre le passe-temps  et avant le testament de Villon, un contre passe-temps en réponse à notre auteur. Cette poésie de Chastellain qui ouvre sur un hommage à Michault et que l’on sait écrite après 1440  et peut-être même autour de 1448, permet d’ailleurs de déduire que le passe-temps dont on ne connait pas la date de publication précise, lui est forcément antérieur, même si c’est sans doute de peu. Sachant que Michault ne semblait plus en fonction à la cour de Bourgogne autour de 1448, on peut supposer qu’il rédigea le passe-temps autour de sa cessation d’activité, après ou même alors qu’il pensait bientôt ne plus l’être.

medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passion« En contemplant mon temps passé
Et le passe temps de Michaut,
J’ay mon temps perdu compassé
Duquel a present bien m’y chault.
Mais apres, souvent me souppe Ire
De temps perdu, dont fort me deulx »

Pierre ChastellainLe temps perdu.

On dit du passe-temps, et au moins de certaines de ses strophes qu’elles inspirèrent peut-être directement à Villon quelques vers de son testament. Il est vrai que certaines ressemblances sont assez troublantes. Ce sont en tout cas deux oeuvres contemporaines à quelques années près qui approchent magistralement la question du temps mais qui se signent aussi par l’usage du « je » ou d’un « moi » poétique qui soliloque et livre ses douleurs et ses drames tout au long de leur vers. Pierre champion (opus cité) dira même que le passe-temps de Michault est en terme de facture, pratiquement la seule oeuvre que l’on puisse rapprocher de celle de Villon, dans le courant du XVe siècle.

Sur ces similitudes (et leurs limites) entre le temps dans les deux oeuvres, et leur usage du « Je » poétique, quelques experts de littérature médiévale se sont penchés dans le détail sur le sujet et l’on pourra utilement s’y référer : Poétiques du quinzième siècle –  Situation de François Villon et Michault Taillevent, Jean-Claude Mühlethaler (1983) ou encore  Villon at Oxford: The Drama of the Text. Proceedings of the Conference Held at St Hilda’s College, Michael Freeman & Jane H. M. Taylor (1996) .

Emergence d’un « je » poétique au XVe siècle

S_lettrine_moyen_age_passionimple passe-temps comme on pouvait considérer alors la poésie (tout en la prenant très au sérieux), ces vers de Michault autour du temps qui passe et « jamais ne retourne » et qui mettent au coeur de leur poésie ce « Je », sont, selon certains auteurs, dont Robert Deschaux, ( Un poète bourguignon du XVe siècle, Michault Taillevent, 1975), annonciateurs de nouvelles formes poétiques du XVe plus subjectives et plus expressives dont Villon se fera l’un des représentants les plus éclatants.

michault_taillevent_caron_passe_temps_poesie_litterature_medievale_moyen-age_tardifAyant dit cela, on se souviendra tout de même, avec Michel Zink que le « Je » n’est pas une invention propre de la poésie du XVe siècle, même s’il fait un peu l’effet d’une exception hors des thèmes amoureux dans les siècles précédents. On n’a pu, en effet, en trouver les traces  dans la poésie des goliards,  mais aussi chez un Rutebeuf  au XIIIe siècle (qu’on a d’ailleurs parfois décrit lui-même comme un, sinon « Le », précurseur  dans ce domaine), ou encore, contemporain de ce dernier chez un Colin Muset et, plus tard dans le temps, dans certaines ballades du XIVe siècle signées d’Eustache Deschamps .

Le passe-temps de Michault Taillevent,
oeuvre de maturité

L_lettrine_moyen_age_passione temps a passé sur le jeune joueur de farces de la cour de Bourgogne et cette poésie est clairement une oeuvre de la maturité. A l’insouciance de la jeunesse et de ses jeux, vient succéder la peur de la vieillesse, autant que celle, plus angoissante encore de la pauvreté. Sans rente et redoutant les affres de la misère, Michault opposera dans des vers poignants le vieillard pauvre et misérable  à celui qui a su prévoir. A qui la faute s’il risque de se retrouver bientôt sans  rien ? Il s’en prendra à lui-même et à ce temps qu’il n’a pas su dompter. Dans les strophes que nous publions aujourd’hui, il n’entre pas encore aussi loin dans ses développements et pose le cadre.

poesie_medievale_faste_cour_de_bourgogne_philippe_le_bonComme la déroute, cette poésie n’est, à l’évidence, pas le résultat d’une commande. Sans dénigrer les autres poésies de Michault, on se prend quelquefois à regretter que ses fonctions et son long office au service de Philippe le Bon, à la cour de Bourgogne ne lui aient donné plus de temps  pour laisser voguer sa plume sur des oeuvres plus personnelles du type de celle-ci. Bien sûr, ayant dit cela, il faut encore être juste et souligner la valeur de témoignage historique qu’il nous a laissé à travers ses autres poésies plus proches du pouvoir, de ses fastes et de ses enjeux.

Au niveau compréhension, ce texte en moyen français présente peu de difficultés. On notera que chaque strophe finit par un locution en forme de proverbe.

deco_frise

Je pensoie, n’a pas sept ans,
Ainsy qu’on pensse a son affaire
Par maniere d’un passe-temps,
Ou si come en lieu de riens faire.
Mais a renouer & reffaire
Trouvay trop en mes pesans fais:
A longue voye* (chemin, trajet) pesans fais.  

Et quant j’euz bien partout vise,
Il m’ala aprez souvenir
De la joye du temp(s) passé
Et de la douleur advenir,
Ou il me convendra venir,
Car ainsi va qu’ainsi s’atourne:
Temps passé jamais ne retourne.

Com(m)e j’euz maule & empraint  (1) 
Mes faiz & en mon cuer escript,
Pensay ainsy que cilz* (comme celui) qui craint
Que j’avoye mon preterit*, (passé)
jeune de co[u]rps & d’esperit,
Gaste* (perdu, gâché), dont fuz tout esperdu:
Ou conseil n’a tout est perdu.

Ou futur gisoit l’aventure
De ma douleur ou de ma joye.
Autre espoir, n’autre couverture,
N’autre remede n’y songoye,
Fors qu’en penssant mon frain rongoye
En la face de mes ans cours:
A mal prochain hastif secours. (2) 

De ma jeunesse ou meilleur point,
Ainsi que ses ans on compasse,
Encores ne pensoye point
Comment temps s’en va & se passe
En peu d’eure & en peu d’espasse,
Et la nuit vient aprez le jour:
Contre joye a plaisant sejour.

A celle heure que je vous compte
Le temps joieusement passoye.
Je ne tenoye de riens compte,
A nulle chose ne pensoye,
Ou pend file & ou pend soye
Qu’on fait aux champs, qu’on fait aux bours:
Cuer lyet* (joyeux) ne songe que tambours.

Je n’estoye mort ne målades,
Ne fortune ne me troubloit.
Je faisoye ditz & ballades,
Et le temps mes doulz ans m’embloit*, (me déroba)
Et a celle heure me sembloit
Qu’il ne me fauldroit jamais rien:
De maison neufve viel merrien*. (vieilles planches, vieux bois)

Comme cil quy jeunesse mayne,
Pour le temps qui si me plaisoit,
Ung moys ne m’estoit pas sepmaine,
Ung an qu’un mois ne me faisoit.
Mon cuer en riens ne meffaisoit
Qu’a maintenir joyeusete:
Tousdiz* (toujours) n’est pas joieux este.

Ainsy jeunesse me maintint,
Et quant j’euz beaucoup sejourne,
Dedens la sienne ma main tint
Et dit qu’estoit a ce jour ne
Le bien ou j’estoye adjourne.(dans lequel je me tenais)
Elle me bailla ce lardon* (raillerie, moquerie):
Jeune poucins de peu lardon. (3) 

Neantmoins tousjours com(m)e dessus
Mon fait en jeu s’entretenoit.
Point ne cuidoie estre decus,
D’enviellir ne me souvenoit;
Et jour aloit, et jour venoit,
Et le jour se passoit tousdiz:
Quant bergier dort, loup vient tousdiz. 

Ainsi dont en jeunesse estoye,
Sans tenir rigle ne compas,
Et le temps par mes ans hastoye* (de hâter),
Que je ne m’en guettoye pas. (guetter. sans que j’y prête attention)
Viellesse m’attendoit au pas
Ou elle avoit mis son embusche:
Qui de joye ist* (de eissir, issir : sortir)  en dueil trebusche.

(1) Mouillé et imprégner : remis en mémoire, repasser en revue
(2) Quand le mal/la maladie est proche, il faut se hâter d’agir
(3) La jeunesse manque d’expérience ou est insouciante,
deco_frise

Pour un portrait et une biographie détaillée de Michaut, vous pouvez valablement consulter : Michault le Caron dit Taillevent, poète bourguignon du XVe siècle.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

histoire et littérature médiévale satirique autour des lombards

lombards_usurier_banquiers_moyen_age_central_litterature_poesie_histoire_medievaleSujet : proverbe, citation, lombard, usurier, banquier, monde médiéval, littérature, poésie, histoire médiévale
Période : moyen-âge central, du XIIe  au XVIe
Auteur  : Gabriel Meurier, Rutebeuf, François Villon, Don Juan Manuel.
Art, Peinture : Quentin Metsys

“Dieu me garde des quatre maisons
De la taverne, du Lombard,
De l’hospital et de la prison.”

Gabriel Meurier  Trésor de sentences dorées, dicts, proverbes et dictons communs, réduits selon l’ordre alphabétique (1568).

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour être tiré d’un ouvrage qui nous porte sur les rives du XVIe siècle, le proverbe que nous publions aujourd’hui pourrait bien, sans anachronisme, trouver sa place dans les deux ou trois siècles qui en précèdent la publication. On le doit à Gabriel Meurier, un marchand qui, dans le courant du XVe siècle, peut-être poussé d’abord par des nécessités professionnelles, finit par se pencher sur les langues et devenir grammairien et lexicographe. Versé en moyen français, comme en flamand et en espagnol, il rédigea quelques traités de conjugaison et de grammaire, ouvrit même, semble-t-il, une école de langues et on lui doit encore quelques recueils de dicts et « sentences » dont ce Trésor de sentences dorées, dicts, proverbes et dictons communs, réduits selon l’ordre alphabétique dont nous avons tiré le proverbe du jour.

usurier_quentin_metsys_lombards_litterature_histoire_poesie_medievale_moyen-age_renaissanceDans l’ensemble des dictons rapportés dans son ouvrage, il en a, sans doute, écrit quelques uns de sa plume mais comme il dit lui-même les avoir aussi glanés et répertoriés à longueur de temps et en bon lexicographe, pour la plupart d’entre eux, il est bien difficile, au bout du compte, de les dater ou d’en connaître l’origine précise. L’affaire se complique d’autant qu’il a aussi traduit des proverbes en provenance d’autres berceaux linguistiques. Quoiqu’il en soit, cet auteur a eu au moins le mérite de les répertorier, tout en en passant un certain nombre de l’oral à l’écrit pour la postérité. En dehors de sa valeur historique, l’ouvrage reste, par ailleurs, plutôt divertissant et agréable à feuilleter.

Comme nous le disions plus haut et pour en revenir au proverbe du jour, même si l’on n’en trouve apparemment pas trace avant cet ouvrage, il pourrait fort bien lui être antérieur  avec sa défiance affichée envers ces quatre maisons que sont  la prison, la taverne, l’hôpital et l’officine du « lombard ». Et si l’on comprend bien pourquoi on devrait se garder des trois premières, nous voulons parler plus précisément ici de la dernière, puisque ces « lombards »  reviennent en effet souvent dans la littérature médiévale où ils font l’objet de satires et de critiques directes de la part de bien des auteurs. Mais avant de passer à quelques exemples pris dans ce champ, revenons un peu sur leur origine et leur histoire médiévale, guidé par un article exhaustif du professeur d’histoire et médiéviste Pierre Racine de l’Université des sciences humaines de Strasbourg sur ces questions (1)

Les Lombards, marchands banquiers
du moyen-âge central

M_lettrine_moyen_age_passionalgré les interdictions religieuses et politiques de l’usure depuis Charlemagne, sous la pression des besoins en numéraire et de la croissance économique, la société commerciale et civile du moyen-âge central inventera bientôt des formes de prêts à intérêts contournant les interdits. Les juifs, bien sûr, non soumis aux contraintes que font peser les institutions chrétiennes sur leurs ouailles, les pratiqueront, mais ils ne seront, comme nous allons le voir, pas les seuls.

citations_moyen-age_tardif_proverbe_renaissance_gabriel_meurier_tresor_sentences

Dans les débuts du XIIe siècle, période de forte expansion commerciale, les marchands génois mettront en place un système de contrat de change qui masquera les notions d’intérêt par un habile jeu de chiffres et d’arrondis. Les marchands itinérants italiens en provenance de la région utiliseront ces contrats à leur avantage pour investir et s’enrichir sur les grandes foires de Champagne et sur le pourtour oriental de la méditerranée. Leurs affaires florissantes leur permettront bientôt de devenir, à leur tour, marchands-banquiers et ils commenceront bientôt à s’organiser en véritables compagnies bancaires et commerciales.  Dans le courant du XIIe siècle, le modèle gagnera d’autres régions italiennes et, loin d’être confinée à la Lombardi actuelle, l’appellation de « lombards » commencera à désigner, au sens large, ces marchands et préteurs venus d’Italie du Nord.

Un peu plus d’un siècle plus tard, dans le milieu du XIIIe, toujours bien implantés dans les foires de champagne, ces pourvoyeurs de marchandises luxueuses et d’argent trébuchant gagneront Paris et la cour royale. Par la suite, leur activité se répandra rapidement sur d’autres provinces. A la faveur du marché, ils auront alors délaissé les marchandises pour se spécialiser sur le « commerce » de l’argent et les prêts aux nobles, mais aussi en direction de toute personne, en milieu urbain ou rural, en mal de liquidités. Sous la pression de la usurier_banquiers_quentin_metsys_lombards_litterature_histoire_poesie_medievale_moyen-age_renaissancedemande, les taux d’intérêt deviendront vite prohibitifs et des premières réglementations seront mises en place. Inutile de dire que l’église, de son côté, n’aura de cesse de lutter contre ces pratiques, même si à quelques reprises on prendra quelques uns de ses dignitaires la main dans la sac.

« Leurs tables de prêt ou casane s’établissaient jusqu’au milieu des campagnes et dès lors ces financiers « lombards » devaient acquérir une mauvaise réputation  à leur tour près des populations ayant recours à leur service. »
Les Lombards et le commerce de l’argent au Moyen Âge – Pierre Racine

En l’absence de choix et outre la condamnation morale que le moyen-âge chrétien fait de l’usure, cette « mauvaise réputation » dont les lombards hériteront, semble aussi s’être fondée sur de sérieux écarts:

« Une enquête, provoquée par des habitants de Nîmes qui se sont plaints en 1275 près du sénéchal révèle que certains d’entre eux avaient été victimes d’une telle pratique (prêts de courte durée avec un système d’intérêts composés), aboutissant pour l’un d’entre eux à un intérêt s’élevant à 256 %. » Opus Cité

A l’évidence, même les tentatives officielles de réglementation ne parviendront pas totalement à encadrer ce trafic et ses abus.  Au sortir, de marchand préteur, le terme de lombard deviendra bientôt synonyme d’usurier, honni du côté du peuple et attaché de toute une ribambelle de « qualités » assorties dans les satires. Bien sûr, de leur côté les puissants et même la couronne y auront largement recours, sachant les utiliser et usant même quelquefois d’un brin d’arbitraire pour confisquer leurs biens.

Pour conclure sur ses aspects historiques, on suivra avec intérêt dans l’article cité, les suspicions ou accusations auxquelles  certaines de ces compagnies bancaires furent sujettes durant la guerre de cent ans, notamment pour leur rôle dans le financement des efforts de guerre des ennemis d’alors. Comme s’il était déjà devenu difficile, dès le courant du XIVe siècle, de mener efficacement des guerres sans l’intervention des banquiers.  Quelle drôle d’idée…

peinture_XVIe_primitif_flamands_preteur_usurier_quentin_metsys_lombards_monde_medieval_renaissance
Le préteur et sa femme, Quentin Metsys (1466-1530) peintre primitif flamand des XVe, XVIe

L’image du lombard
dans la satire et la littérature médiévale

D_lettrine_moyen_age_passionans un monde chrétien qui ne goûte pas l’usure et même si l’on a recours à leurs services, cette mauvaise réputation collera longtemps à la peau des « lombards » et leur vaudra bien des satires  par les auteurs médiévaux du fin fond du  XIIIe  jusqu’au coeur du XVIe siècle. Pour enfoncer le clou, donnons-en quelques exemples, pris dans la littérature médiévale et dans les siècles antérieurs, en commençant par quelques vers de Rutebeuf datant du XIIIe siècle :

« …Là Loi chevaucha richement
Et decret orguilleusement
Sor trestoutes les autres ars,
Moult i ot chevalier lombars
Que rectorique ot amenez 
Dars ont de langues empanez
Por percier de cuers des gens nices
Qui vienent jouster à lor lices,
Quar il tolent mains héritages
Par les lances de lor langages »

Rutebeuf – Oeuvres Complètes. A Jubinal.

Dans la continuité de cet exemple, dans lequel Rutebeuf nous parle de don pour la parole et pour embobiner les personnes naïves (nices) et « voler » « ôter »(toler) maintes héritages, on peut encore valablement citer un ouvrage castillan du XIVe siècle, qui se présente comme un petit traité de moral avec des exemples à valeur pratique : le comte Lucanor, apologues et fabliaux du XIVe de Don Juan Manuel, traduit par Jean Manuel Puybusque (1854). On y trouvera notamment une parabole assez édifiante sur ce même thème de « mauvaise presse » du Lombard, jusqu’au sort (peu chrétien) que lui réserve ici son insatiable soif de possession.

banquier_quentin_metsys_lombards_litterature_histoire_poesie_medievale_moyen-age_renaissanceL’histoire a pour titre Du miracle que fit Saint-Dominique sur le corps d’un Usurier. Elle conte l’aventure d’un lombard qui n’avait de cesse que d’accumuler les richesses. Tombé brutalement malade et sur son lit de mort, un ami lui conseilla de faire mander Saint-Dominique. L’homme s’exécuta mais le Saint étant occupé fit envoyer un moine à son chevet. Craignant que le religieux ne persuade le mourant de faire donation de toutes ses richesses au monastère, ses enfants lui firent dire que l’homme était en proie à une crise et n’était pas visible. Suite à cela, le malade perdit totalement l’usage de la parole – la faute à la rapacité de sa progéniture (dont le conte semble nous dire qu’elle serait héréditaire au moins chez le lombard) – et mourut sans confession et donc privé de Salut. Un de ses fils convainquit alors Saint-Dominique de dire, tout de même, l’oraison funèbre pour le mort. Le Saint accepta et dit dans son oraison « où est ton trésor, là est ton coeur ». Et pour montrer à l’assistance la véracité de ces paroles de l’évangile (Ubi est thesaurus tuus, ibi est cor tuum) il commanda qu’on chercha le coeur du défunt là où il devait, en principe, se trouver. Pourtant, en ouvrant la poitrine de ce dernier pour y chercher l’organe, on ne le trouva pas à sa place. Il se trouvait pourrissant et grouillant de vers dans le coffre, là-même où l’homme avait gardé ses richesses. « Si corrompu , si pourri, qu’il exhalait une odeur infecte » nous dit le conte et le narrateur de conclure sur les dangers de vouloir amasser un trésor à n’importe quel prix, au détriment de ses devoirs et des bonnes oeuvres.

Enfin, donnons un dernier exemple si c’était encore nécessaire. On se souvient d’avoir encore trouvé cette figure du Lombard, prêteur et acheteur d’à peu près tout même le plus amoral, sous la plume de François Villon et de sa gracieuse ballade faite à Monseigneur de Bourbon pour lui soutirer quelques écus.

Si je peusse vendre de ma santé
A ung Lombard, usurier par nature,
Faulte d’argent m’a si fort enchanté
Qu’en prendroie, ce croy je, l’adventure.
Argent ne pend à gippon ne ceincture ;

Requête à monseigneur de Bourbon, Oeuvres de Maistre François Villon. JHR Prompsault (1835)

Finalement, près de trois siècles après Rutebeuf et comme l’atteste le proverbe que Gabriel Meurier couchait sur le papier en 1568, les lombards ne semblaient guère avoir redoré leur blason, ni récupéré leur déficit d’image.


Pour ce qui est des toiles qui nous ont servi d’illustrations tout au long de cet article, elles sont toutes tirées de l’oeuvre totalement originale et incroyablement expressive du peintre primitif flamand des XVe, XVIe siècles Quentin Metsys (1466 -1530). Quelques années avant l’ouvrage de Gabriel Meurier, il faut avouer que le traitement artistique caricatural qu’il faisait du sujet de l’argent et de l’usure, allait tout à fait dans le même sens que la satire littéraire et sociale qui l’accompagnait et y renvoyait de manière très claire.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric F
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-â sous toutes ses formes


(1)L’article de Pierre Racine date de 2002 et se trouve disponible sur le site Clio.fr et sous ce lien : Les Lombards et le commerce de l’argent au Moyen Âge.

Oeuvres complètes de RutebeufTrouvère du XIIIe siècle,
Achille Jubinal Tome Deuxième (1874)

Requête à monseigneur de Bourbon, Oeuvres de Maistre François VillonJHR Prompsault (1835)

Trésor de sentences dorées, dicts, proverbes et dictons communs, réduits selon l’ordre alphabétique, Gabriel Meurier    (1568).

Le Comte Lucanor, apologues et fabliaux du XIVe siècle
de Don Juan Manuel, traduit par Jean Manuel Puybusque (1854).