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« Volez oïr la muse Muset? » une belle version d’une chanson du trouvère, en provenance d’Allemagne

poesie_litterature_medievale_realiste_satirique_moral_moyen-ageSujet : musique, chanson médiévale, poésie médiévale, humour,  trouvère, ménestrel, auteur médiéval, vieux-français, lyrique courtoise, fine amor
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur ; Colin Muset (1210-?)
Titre :  « Volez oïr la muse Muset ? »
Interprètes : Ensemble für frühe musik Augsburg
Album :
Amours & Désirs, Lieder der Trouvères Christophorus Records (1993)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passion‘est toujours un grand plaisir de revenir vers la poésie médiévale de Colin Muset parce que l’on sait que l’on va très certainement y trouver de la joie. Le trouvère manie le code courtois autant qu’il le malmène ou le détourne et ses textes regorgent souvent d’un humour rafraîchissant. Sa nature de bon vivant l’emporte en effet, la plupart du temps, sur le reste et il semble qu’il ne cède à la lyrique courtoise que pour nous entraîner sur d’autres terrains. deco_medievale_enluminures_trouvere_Affaire de goût bien sûr et de moments sans doute, il faut bien avouer que la masse de textes qui gravite autour d’une fine amor aux frustrations et aux douleurs sans cesse remâchées peut devenir parfois un peu lassante. Avec la chanson médiévale du jour, nous somme loin de tout cela.

Ajoutons que pour autant qu’on puisse apprécier certaines interprétations lyriques (et elles sont légion) des pièces en provenance des troubadours et des trouvères du moyen-âge, ici, sous des accents qui pourraient sonner presque « folk », la voix franche et enjouée du chanteur/conteur semble finalement s’approcher au plus près de l’esprit du poète du XIIIe siècle. Pour un peu, on imaginerait les convives autour en train de rire et festoyer au son du trouvère et de son instrument. Tout y est retraduit : le rythme enlevé, l’orchestration minimaliste, mais aussi l’enthousiasme, la farce, la nature légère de la poésie de Colin Muset et cette version pleine d’énergie que nous partageons avec vous, aujourd’hui, demeure, de ce point de vue, une totale réussite et un véritable enchantement. Nous la devons à une formation allemande qui n’a plus fait parler d’elle depuis quelque temps déjà et que nous vous présenterons un peu plus bas :  L’Ensemble für frühe musik Augsburg.

Colin Muset par l’Ensemble pour la musique ancienne d’Augsburg

L’Ensemble für frühe musik Augsburg

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondé en 1977 par le musicologue, chanteur et instrumentiste Hans Ganser, accompagné de deux autres artistes et musiciens Rainer Herpichböhm et  Heinz Schwamm,  l’Ensemble für frühe musik Augsburg (l’Ensemble pour la musique ancienne d’Augsbourg) se dédia entièrement au répertoire médiéval.

Des musiques profanes au religieuses, des chants d’Hildegarde de Bingen ou des pèlerins du moyen-âge central aux chansons des trouvères français ou des minnesängers allemands, la formation a ensemble_medieval_musiques_poesies_moyen-age_Ensemble_fur_-fruhe_musik_Augsburgété active durant près d’une trentaine d’années. Durant cette longue carrière, elle a sorti près d’une vingtaine d’albums, donné des centaines de concerts en Europe et outre-atlantique et connu une véritable popularité  en Allemagne dans le champ des musiques médiévales et anciennes.

Leur dernier album remonte à 1997, date à partir de laquelle il semble que la formation musicale médiévale n’ait plus rien produit. De son côté et en 1999, Hans Ganser a fondé l’Ensemble vocal Celsitonantes dédié aux chants grégoriens, aux chants sacrés médiévaux et aux premières compositions polyphoniques du moyen-âge.

Consulter le site web de l’ensemble (en allemand)

« Amours et désirs », une heureuse incursion dans le moyen-âge des trouvères

E_lettrine_moyen_age_passionn 1993, l’Ensemble musical allemand décidait de s’attaquer, à son tour, aux chants des trouvères, du XIIe siècle aux débuts du XIIIe. L’album avait pour titre « Amours & Désirs. Lieder der Trouvères » (chansons de trouvères). Comme son titre l’indique, plus que d’amour courtois, il y était question de couvrir le thème de l’amour et du désir, mais aussi de refléter l’effervescence créatrice de cette période dont nous avons déjà parlé ici. C’est un moment où l’art des troubadours trouve un terrain favorable en Oil, sous la plume des poètes du nord que le transposent et l’adaptent. C’est encore le siècle de floraison des grandes universités.

chanson_trouveres_musique_poesie_medievale_colin_muset_Ensemble_für_frühe_musik_AugsburgAvec 15 pièces au total, l’album nous gratifie de chansons de Colin Muset, Moniot d’Arras, Blondel de Nesle, Thibaut de Champagne, Jean Erart et contient même une pastourelle de  Jehan Bodel. Un grand nombre de pièces puise aussi dans le répertoire anonyme des XIIe, XIIIe siècles entre chants de croisades, pastourelles, chansons de toile et encore quelques estampiesIl est encore disponible en ligne au lien suivant : Amour & Desirs [Import anglais]

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« Volez oïr la muse  Muset ? »
dans la langue d’oil de Colin Muset

Là où la lyrique courtoise s’épanche plus souvent qu’à son tour du côté de la frustration, de l’attente et des désirs insatisfaits, Colin Muset nous entraîne ici dans la « réalisation ». Sur le fond pourtant, l’amour de référence dont il est question reste bien « courtois » et le trouvère s’y décrit, en tout cas, de manière conventionnelle, comme un amant loyal : « Je l’aim tant,  De cuer loiaument ».

deco_medievale_enluminures_trouvere_Au sujet de la « muse » dont il est question ici et qu’il se propose de nous faire entendre, le sens est un peu sujet à caution. La « musette » désignait en effet un instrument à vent ou une cornemuse mais comme le poète nous parle de vièle et d’archet, il semble qu’il faille entendre « muse » dans le sens médiéval de muser : « faire de la musique » (Dictionnaire Godefroy), autrement dit et dans le contexte, une chanson (1).

Le poète joue aussi de son sobriquet en faisant allusion à une composition qui lui est propre. Cette « muse » désigne ainsi une pièce de son cru, connue de l’époque et Colin Muset nous conte même ici l’histoire de cette chanson qui, nous dit-il, quand il la chanta à une demoiselle chère à son coeur, en un « vergier flori », lui permit de la séduire. En entendant les vers du trouvère, la demoiselle (« dancelle », « donzelle ») dont il est question lui aurait donc cédé bien volontiers et avec force baisers, mais aussi (et cela semble pour lui et comme toujours d’égale importance) en le régalant de « bons morceaux » et de vin à profusion. La poésie s’épanche ainsi en de joyeuses ripailles copieusement arrosées à la célébration de ce moment.

Volez oïr la muse Muset ?
En mai fu fête, un matinet,
En un vergier flori, verdet,
Au point du jour,
Ou chantoient cil oiselet
Par grant baudor,* (gaiété)
Et j’alai fere un chapelet* (couronne de fleurs)
En la verdor.
Je le fis bel et cointe et net
Et plain de flor.
Une dancele* (demoiselle) 
Avenant et mult bêle,
Gente pucele,
Bouchete riant,
Qui me rapele :
« Vien ça, si vïele
Ta muse en chantant
Tant mignotement. »

J’alai a li el praelet* (prairie, petit pré) 
Atout la vïele et l’archet,
Si li ai chanté le muset
Par grant amour :
« J’ai mis mon cuer en si bon cuer
Espris d’amors… »,
Et quant je vi son chief blondet
Et sa color
Et son gent cors amoreusct
Et si d’ator,
Mon cuer sautele
Pour la damoisele ;
Mult renouvelé
Ma joie souvent.
Ele ot gounele
De drap de Castele
Qui restencele.
Douz Deus, je l’aim tant
De cuer loiaument !

Quant j’oi devant li vïelé
Pour avoir s’amour et son gré,
Elle m’a bien guerredoné* (récompensé)
Soe merci,
D’un besier a ma volenté,
Deus ! que j’aim si !
Et autre chose m’a donné
Com son ami,
Que j ‘a voie tant desirré :
Or m’est meri !
Plus sui en joie
Que je ne soloie,
Quant celé est moie
Que je tant désir ;
Je n’en prendroie
N’avoir ne mounoie ;
Pour riens que voie
Ne m’en qier partir ;
Ançois vueil morir.

Or a Colin Muset musé
Et s’a a devise chanté
Pour la bêle au vis* (visage) coloré,
De cuer joli.
Maint bon morsel li a doné
Et départi
Et de bon vin fort a son gré,
Gel vous affi.
Ensi a son siècle mené
Jusques ici.
Oncor* (encore) dognoie,
En chantant maine joie,
Mult se cointoie,
Qu’Amors veut servir,
Si a grant joie
El vergier ou dognoie,
Bien se conroie,
Bon vin fet venir
Trestout a loisir.

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En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.


(1)  Les chansons de Colin Muset, par Joseph Bédier, Ed. Honoré Champion (1938)

Parenthèse détente : la bibliothèque imaginaire de Kaamelott et un récapitulatif des ouvrages réels, disponibles sur la série

kaamelott_cinema_trilogie_humour_alexandre_astier_news_infos_serie_culteSujet : légendes arthuriennes, humour, série télévisée, série culte, Kaamelott, comédie, légendes arthuriennes, Dame Séli, Joelle Sevilla, Carmélide
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteur : Alexandre Astier
Médias : détournement, créa graphique, humour, livres et ouvrages sur la série,

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour se détendre un peu à l’approche du week-end, voici une petite parenthèse d’humour à la façon Kaamelott, avec un nouveau livre inspiré de la série télévisée créée par Alexandre Astier. Comme on nous pose quelquefois la question, je précise une fois de plus que cet ouvrage est imaginaire et qu’il serait donc vain de le chercher dans votre librairie préférée. Je sais, c’est super triste, moi aussi ça me le fait.

Du coup, une fois nos âneries posées, nous profiterons également de cet article pour vous donner un panorama exhaustif des livres déjà parus sur et autour de la série culte. Si après ça, vous vous ennuyez encore en attendant le sortie du long métrage, il ne vous restera plus qu’à re re re re visionner pour la enième fois les DVDs.

Créa du jour : les pâtisseries de Dame Séli

Cette fois, côté détournement, c’est donc au tour de Dame Séli de Carmélide  de s’y coller avec ses légendaires pâtisseries qui feront dire à son « cher et tendre » époux (faut l’dire vite):

leodagan_kaamelott_legende_medievale_roi_arthur_moyen-age_passion« Sans vouloir la ramener, la seule différence avec des briques, c’est que vous appelez ça des tartes. »
Léodagan de Carmélide (Lionnel Astier),
Kaamelott – Alexandre Astier

Saluons au passage le grand sens pédagogique de ce cordon bleu émérite; le titre de l’ouvrage donne le ton et l’apprentissage s’annonce à l’ancienne et à grands coups d’claques sur le museau.

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Mère de Guenièvre et belle-mère de roi Arthur qu’elle incarne avec énergie et brio dans Kaamelott, Joelle Sevilla est aussi la mère de l’auteur dans la vraie vie. Oui bon bien sûr, ça se sait, mais au cas où je le redis. Grande actrice à l’écran, elle a créé et préside également depuis 30 ans à Lyon l’Ecole et Société de production Acting studio.

Entre autres productions, c’est à cette structure que l’on doit le court-métrage Dies Irae, réalisé par Alexandre Astier et qui avait permis de lancer la série et de convaincre M6 et Calt Production de s’y engager.

Précisons que les enseignements dispensés par l’Ecole lyonnaise (ateliers théâtre, stages d’acting et masterclass) et leurs qualités pédagogiques sont à quelques sérieuses distances de ce que pourrait laisser suggérer l’ouvrage loufoque ci-dessus. De l’autre côté de l’écran ou de la scène, à l’Acting Studio de Lyon, on aime, en effet, les acteurs sans réserve. La preuve même la présidente nous le dit dans son édito :

« J’aime ce métier et ceux qui le font. Si on me pose la question encore aujourd’hui, «qu’aimez vous le plus au monde ?» je répond toujours «les acteurs». » Joelle Sevilla –  Edito du site Acting studio

On notera, au passage, que le goût de l’auteur de Kaamelott pour servir à chaque acteur, des personnages et pièces sur mesure qui s’inspirent en grande partie de leur propre nature ou caractère, mais aussi le grand respect qu’il a de leur travail et qui fait chez tous l’unanimité, ne viennent pas de nulle part.

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Lectures Kaamelott

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour des lectures plus officielles et moins virtuelles autour de Kaamelott, voici donc, comme promis, une petite synthèse des ouvrages que vous pourrez trouver à la vente en ligne sur le sujet, ainsi que les liens pour les acquérir.

Kaamelott sur la plage ou sur la table de chevet : les scripts & dialogues des trois premiers livres

Sans écran et au format poche, l’auteur a eu la bonne idée de faire paraître les scripts des trois premiers livres de la série. A la faveur d’un petit moment de tranquilité, on peut ainsi retrouver, avec bonheur, le rythme effréné, la drôlerie et la qualité des dialogues qui ont fait tout le succès des légendes arthuriennes « made in France ».

Kaamelott, Livre 1,
1ère partie. Episodes 1 à 50 
Kaamelott, livre 1,
2ème partie. Episodes 51 à 100
Kaamelott, Livre 2,
1ère partie .  Episodes 1 à 50
Kaamelott, Livre 2,
2ème partie. Episodes 51 à 100
Kaamelott, Livre 3,
1ère partie : Episodes 1 à 50
Kaamelott, Livre 3,
2ème partie. Episodes 51 à 100

Les Bandes Dessinées Kaamelott

Huit tomes sont déjà parus chez Casterman. Tous écrits de la main de l’auteur Alexandre Astier et réalisés en collaboration avec   Steven  Dupré  pour la partie illustration, ils proposent des aventures débridées dans l’univers de la série, affranchies des contraintes de productions télévisuelles et cinématographiques. De fait, on s’y rapproche encore plus résolument de l’univers médiéval fantastique de type Donjons et Dragons cher à Alexandre Astier, avec son lot de créatures imaginaires pour mettre en échec (ils se débrouillaient déjà très bien sans elles) les (presque) « preux » chevaliers. La dernière BD en date est parue début janvier 2018 (Angouleme s’en souvient encore). C’est le premier opus d’une histoire en deux parties :   Kaamelott, Tome 8 : L’Antre Du Basilic

Les autres BD Kaamelott déjà parues :

Kaamelott, Tome 1 : L’Armée Du Nécromant
Kaamelott, Tome 2 : Les Sièges De Transport
Kaamelott, Tome 3 : L’Enigme Du Coffre
Kaamelott, Tome 4 : Perceval Et Le Dragon D’Airain
Kaamelott, Tome 5 : Le Serpent Géant Du Lac De L’Ombre
Kaamelott, tome 6 : Le duel des mages
Kaamelott, Tome 7 : Contre-Attaque En Carmélide

Quelques ouvrages autour de la série commentés par des experts et médiévistes

Kaamelott, la série décryptée.

Avec ces deux tomes parus en 2007 chez Perrin, l’écrivain Eric Le Nabour et l’historien Martin Aurell, médiéviste et grand spécialiste des légendes arthuriennes se proposaient, avec humour et légèreté, d’examiner l’oeuvre d’Alexandre Astier au prisme des légendes arthuriennes et de l’Histoire avec un grand H. En bref, voilà une mine d’informations pour ceux qui s’intéressent de près au monde arthurien et au moyen-âge historique, en relation avec la série.


Kaamelott : la série décryptée

Au coeur du Moyen Age, tome 1


Kaamelott : la série décryptée
A la table du Roi Arthur, tome 2

A paraître : « Kaamelott, un livre d’Histoire »

Date de sortie prévue : le 5 avril 2018

Fascinés par le moyen-âge autant que par le médiévalisme – autrement dit, le moyen-âge tel qu’on se l’imagine ou se le représente à travers la littérature, les productions culturelles, etc… de la période post-médiévale – deux jeunes doctorants et chercheurs en Histoire médiévale ont décidé, à leur tour, de s’attaquer au sujet de Kaamelott. Il s’agit de Florian Besson, agrégé d’Histoire et chercheur médiéviste attaché à la Sorbonne et Justine Breton, agrégée de lettres modernes et docteur en littérature médiévale à l’université de Picardie d’Amiens où elle a obtenu en 2016 une thèse sur « la représentation des pouvoirs dans la légende arthurienne, de l’écrit à l’écran » (sous la direction de Martin Aurell déjà cité plus haut).

L’ouvrage devrait donc paraître à compter du 5 avril prochain mais il est déjà disponible en pré-achat. En voici le lien: Kaamelott, un livre d’histoire

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Voilà donc pour ce petit récapitulatif des livres et ouvrages disponibles sur la série Kaamelott.

Pour le reste, tous nos articles sur Kaamelott sont ici. Pour plus de livres virtuels et imaginaires autour de la série c’est ici. Enfin pour plus de créations « débilos » sur le sujet, cela se passe par là-bas : FB Autour de Kaamelott

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient.» Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C.

Kaamelott : Perceval, Karadoc et le clan « autonome » des Semi-croustillants « meets » the Witcher

kaamelott_cinema_trilogie_humour_alexandre_astier_news_infos_serie_culteSujet : légendes arthuriennes, humour, série télévisée, Kaamelott,  Perceval, Karadoc, citations, semi-croustillants, Heroic Fantasy, Jeux vidéo
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteur : Alexandre Astier pour Kaamelott, CD Projekt pour The Witcher
Médias : détournement, créa graphique, humour

Bonjour à tous,

Voici, pour aujourd’hui, un peu de médiéval fantastique et d’humour geek avec un petit détournement graphique basé sur une hybridation entre l’univers de la sérié télévisée Kaamelott et celui de l’excellent jeu video The Witcher 3. Quel rapport y-a-t’il entre les deux, me direz vous ? Rien de bien flagrant à première vue et pourtant quelques références partagées tout de même.

Kaamelott,
médiéval fantastique et jeux vidéo?

M_lettrine_moyen_age_passionême s’il se situe dans la comédie avec une bonne dose de non sens, l’univers de référence de Kaamelott est celui du médiéval fantastique. Son auteur lui-même Alexandre Astier n’a cessé de l’affirmer. Il en utilise les codes et on y trouve d’ailleurs (sans pour autant les voir) toute une galerie de monstres. Comme dans les classiques du genre Heroïc fantasy, jeux ou romans, on y explore aussi des donjons et labyrinthes en quête de trésor et on y croise encore des dragons (incontinents) et de la magie (plus ou moins réussie).

Selon A Astier toujours, la seule vraie différence entre son oeuvre et  le médiéval fantastique « classique », c’est qu’à un moment dans Kaamelott quelque chose foire  qui fait que cela ne se produit pas comme ça devrait. Sans trop se tromper, on peut avancer que c’est tout de même dû la plupart du temps aux personnages et à leur niveau général d’aptitude, de compréhension ou de perspicacité. Voilà ce qu’il disait récemment dans un interview accordé à PlaneteBD.com, dans le cadre du festival d’Angoulême à l’occasion duquel il présentait « L’antre du Basilic », sa dernière BD inspirée de l’univers Kaamelott.

alexandre_astier_kaamelott_jeux_video_medieval_fantastique_heroic_fantasy_humour« … Les aventures qui leur arrivent (aux héros de Kaamelott) sont « hyper » heroïc fantasy. C’est même du lieu commun de l’Heroïc Fantasy. C’est tiré d’un Donjons & Dragons ou d’un Warhammer parce que justement la petite couche qu’il y a, par dessus, c’est qu’ils n’y arrivent pas; ça, c’est ma mayonnaise à moi, mais tout est fait pour qu’ils puissent y arriver. »
Alexandre Astier – Janvier 2018 – Interview pour PlaneteBD.com

Pour le reste et concernant ce clin d’oeil croisé du jour à la série télé culte et au jeu The Witcher, on sait aussi que l’auteur de Kaamelott  apprécie l’univers des jeux vidéo. On se souvient d’une campagne de publicité pour World of Warcraft à laquelle il avait prêté sa contribution en 2008 ou même de sa participation, début 2017, à un doublage pour le jeu Mass Effect Andromeda. Côté hardcore Gaming, même si ses nombreuses activités lui laissent sans doute peu le temps de jouer, on peut encore retrouver son Top 5 sur la châine youtube du site Jeuxvideos.com : le Top 5 des jeux vidéo d’Alexandre Astier.

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Les semi-croustillants, binôme de choc

D_lettrine_moyen_age_passionans la série des associations improbables de la série Kaamelott, il faut donc compter sur le binôme formé par le légendaire Perceval de Galles et le nettement moins célèbre et pourtant sans doute inspiré aussi des légendes arthuriennes  Karadoc de Vannes.

La destinée de Perceval

Le premier, Perceval (Franck Pitiot à l’écran), est supérieurement intelligent, tout en restant, pourtant, relativement non-comprenant. Un brin « autistique » (au sens élargi et non clinique du terme), il est passionné d’astronomie et de sciences et même doté d’un don inexplicable pour les chiffres. Pour peu, il aurait presque certains traits d’un Dustin Hoffman dans Rain man.

Comme le Perceval des légendes arthuriennes, « il a un destin » mais  force est de constater qu’il ne l’a pas encore croisé. Pour être juste, il l’a, en réalité, fait quelques fois, mais il ne s’en est pas rendu compte. Les quelques hauts faits militaires dont il est l’auteur se sont perdus suite à une erreur commise par l’intéressé. Il n’a en effet rien trouvé de mieux que de se vautrer sur son propre patronyme, en indiquant s’appeler : Provençal le Gaulois. Du côté de la Sainte quête, il a aussi réussi à bazarder en chemin quelques reliques sacrées dont les clous de la Sainte Croix et le Saint-suaire. Le plus souvent quand même, ses faits restent d’une platitude affligeante ou se résument à se faire mordre par son cheval ou encore à rencontrer « des vieux tout moisis » et imaginaires, bref à des actes manqués.

alexandre_astier_kaamelott_serie_televisee_humour_moyen-age« Le Saint-Suaire ? Vous avez foutu en l’air le Saint-Suaire ???? »
Roi Arthur – Kaamelott – Alexandre Astier

Quant à la quête du Graal, notre preux chevalier s’est lui-même persuadé que « si Joseph d’Arimathie a pas été trop con, vous pouvez être sûr que le Graal, c’est un bocal à anchois ».  L’affaire est donc plutôt mal engagée. Du reste, il ne fait pas montre d’une grande assiduité à le trouver et on pourrait même presque se demander s’il n’est pas déjà passé à côté, plusieurs fois, sans s’en apercevoir. Notons que de ce côté là, le Perceval de la légende ne peut pas tellement en rabattre non plus.

Karadoc de Vannes, entre Obélix et Jacquouille ?

I_lettrine_moyen_age_passion copianspiré  peut-être de très loin de Caradoc Freichfras ou Briefbras ou encore Karadawc Vreichbras (Caradoc bras-court ou bras-fort), le Karadoc de Kaamelott (Jean-Christophe Hembert à l’écran) n’en a, semble-t-il et à une lettre près, hérité que le prénom. Son homologue légendaire est d’ailleurs gallois et pas de Vannes et les récits arthurien lui prêtent tout de même quelques exploits, ce qui n’est pas vraiment le cas de celui de la série qui brille surtout par sa voracité et aussi, il faut bien le dire, sa nullité,

karadoc_kaamelott_legende_medievale_roi_arthur_genial_alexandre_astier« Les chicots, c’est sacré ! Parce que si j’les lave pas maintenant, dans dix ans, c’est tout à la soupe. Et l’mec qui me fera manger de la soupe il est pas né ! »
Karadoc KaamelottAlexandre Astier

Largement moins nanti intellectuellement et aussi bien plus rabelaisien que son compère Perceval, Karadoc hérite de quelques archétypes « gaulois » mais peut-être encore plus « moyenâgeux ». Morfal, tout en restant tout de même d’une grande exigence sur la qualité des produits qu’il ingère, il  ne pense qu’à la mangeaille et va même jusqu’à se lever la nuit, à heures régulières, pour faire d’interminables casse-croûtes.

Du point de vue de l’hygiène, mis à part ses « chicots » qu’il considère comme sacro-saints (et pour cause), il pue, il pète et ne se lave pratiquement jamais même si l’occasion lui sera toutefois  donnée, en cours de route, de s’amender en découvrant les plaisirs du bain. Disons-le quand même, le fait de pouvoir casser une graine tout en faisant trempette sera pour beaucoup dans cette conversion tardive.

Les semi-croustillants, unis pour le meilleur,
mais surtout pour le pire

perceval_kaamelott_alexandre_astier_legendes_arthuriennes_medieval« …Je lui ai expliqué une nouvelle technique de combat : on se bat à moitié à mains nues, et à moitié avec du calcium. J’peux vous dire il faisait moins le malin !«   Perceval – Kaamelott – Alexandre Astier

P_lettrine_moyen_age_passion copiareuve éclatante que 1+1 n’est pas toujours égal à 2 mais peut même quelquefois produire un résultat voisin de 0, le binôme de choc formé par Perceval et Karadoc passe plus de temps à ripailler et à glander qu’à courir après la gloire, les actions chevaleresques  ou même le Graal. De fait, quelque soit les routes qu’ils empruntent, ils passent leur temps à vérifier l’adage que « tous les chemins mènent à la taverne ». Avec une ardoise « longue comme un jour sans pain » (sic), les deux lurons finiront même par devoir s’acquitter (avec inefficacité) de leur dette et décideront même d’y installer leur QG au moment de fonder leur clan « autonome » (c’est vite dit) : les semi-croustillants.

Avant cela, ils seront passés maîtres en recherche expérimentale dans le domaine des Arts Martiaux douteux et abscons et la série nous aura gratifié de nombreux épisodes dans lesquels les deux compères s’essayent aux techniques les plus débiles et « non sensiques ». Les quelques citations qui émaillent cet article nous en fournissent un bon échantillon.

karadoc_kaamelott_legende_medievale_roi_arthur_genial_alexandre_astier

« Tout à l’heure, on a vu que le chapelet de saucisses n’était pas un objet redondant. Et pourtant, on a pu lui trouver une utilisation périmétrique en s’en servant comme un fouet. »
Karadoc – Kaamelott – Alexandre Astier


The Witcher – Le jeu Vidéo

G_lettrine_moyen_age_passionrande saga médiéval-fantastique du studio polonais CD Projekt , The witcher est un jeu vidéo de type action/Jeu-de-rôle (RPG) qui a eu un franc succès depuis sa sortie en 2007, au point d’avoir connu déjà deux suites.

the_witcher_jeu_video_medieval_fantaisie_RPG_moyen-age_fantastiqueBasé sur l’oeuvre de l’écrivain  Andrzej Sapkowski, le joueur y incarne Geralt de Riv, un « sorceleur »,  sorte de mage guerrier hybride, pourfendeur de monstres   maléfiques et qui vit solitaire et en marge de la communauté des hommes.

Développé sur le moteur Aurora Engine de BioWare recustomisé à la sauce CD Projekt, le jeu vidéo présente un univers graphique de suberbe qualité et notamment un environnement urbain médiéval  époustouflant.  Une ville immense et vivante, Novigrad, a été, en effet, créée de toutes pièces pour l’occasion. Voici une petite vidéo pour vous permettre de vous en faire une idée :

The Witcher un tour dans Novigrad

D_lettrine_moyen_age_passionu côté de TheWitcher, on trouve ça et là quelques clins d’oeil plus que de véritables références aux légendes arthuriennes avec, par exemple, une une quête autour d’une étrange épée magique sortant de l’eau faisant intervenir une certaine dame du lac.

Sorti en 2015, le troisième opus de la Saga a été salué par les Game Awards et a été notamment sacré meilleur jeu de l’année et meilleur RPG. Un film, ainsi qu’une série inspirée de l’oeuvre écrite, mais surtout du jeu vidéo, sont actuellement en préparation.

Disons-le toutefois, pour ne pas faire de déçus, dans le jeu comme au cinéma, il ne fait pas s’attendre à  y retrouver les Semi-croustillants et leurs exploits. Dommage ! On aurait été curieux de les voir à l’oeuvre aux côtés de Geralt de Riv, faisant étalage de leurs techniques les plus novatrices en matière de combat au corps à corps, comme celle que nous exposait encore ici le très affûté Perceval de Kaamelott :

perceval_kaamelott_alexandre_astier_legendes_arthuriennes_medieval« En plus je connais une technique pour tuer trois hommes en un coup rien qu’avec des feuilles mortes ! Alors là, vous êtes deux, vous avez bien de la chance. » Perceval – Kaamelott – Alexandre Astier

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Epigramme, quand Clément Marot moquait Geoffroy Bruslard

portrait_clement_marot_poesie_medievaleSujet :  poésie renaissante, moyen-âge tardif, humour, poésie satirique, poète, épigramme, poésies courtes.
Période : fin du moyen-âge, renaissance
Auteur :  Clément MAROT (1496-1544)
Titre : « Epigramme  à Geoffroy Bruslard»
Ouvrage : oeuvres complètes de Clément MAROT, par Pierre JANNET, Tome 3 (1868)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partons en balade sur les rives de la fin du moyen-âge et de la renaissance avec un peu de l’humour caustique dont Clément Marot avait le secret. Le temps a emporté depuis ce Geoffroy Bruslard mais, pour le meilleur ou pour le pire, grâce à la verve du poète de Cahors plus sûrement qu’à la teinture, sa barbe est resté épinglée sur le mur de la postérité.

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A Geoffroy Bruslard

Tu painctz ta barbe, amy Bruslard, c’est signe
Que tu vouldrois pour jeune estre tenu ;
Mais on t’a veu nagueres estre un cigne,
Pous tout à coup un corbeau devenu.
Encore le pis qui te soit advenu
C’est que la Mort, plus que toy fine et sage,
Coingnoist assez que tu es tout chenu,
Et t’ostera ce masque du visage.

Clément Marot (1496-1544)
Mentiris juvenem –  Epigramme

Une belle journée à tous dans la joie et aussi loin que possible de la dictature des apparences !
Fred
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La Saint Valentin avec Perceval et Angharad, couple mythique de Kaamelott

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : légendes arthuriennes, roi Arthur, humour littérature médiévale, série télévisée, Kaamelott,  Saint-Valentin, Perceval, Angharad, citations.
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteur : Alexandre Astier
 Distribution :   CALT production, M6
Médias : épisode, audio, détournement affiche

Bonjour à tous

A_lettrine_moyen_age_passion la faveur de la Saint-Valentin, voici un petit clin d’oeil à l’un des couples mythiques de Kaamelott. Il s’agit de Perceval et Angharad, ou l’histoire d’un rendez-vous souvent manqué quand même puisque le couple n’en finit pas de s’empêtrer dans des problèmes de communication et de vocabulaire sans fin.

humour_saint-valentin_Kaamelott_Perceval_Angharad_serie_televisee_legendes_arthuriennes_alexandre_astierr

Au passage, il est difficile de savoir si nous aurons le plaisir de revoir les deux comédiens à l’écran, dans les long-métrages Kaamelott. D’une part, parce que nous n’en connaissons pas les scénarios, perceval_angharad_kaamelott_detournement_affiche_humour_serie_televiseemais aussi du fait qu’aux dernières nouvelles la comédienne et l’auteur-réalisateur ne s’étaient, semble-t-il, pas entendus. Comme l’eau a largement coulé sous les ponts depuis, on peut espérer que tout cela soit dépassé afin que nous puissions voir les deux tourtereaux s’empêtrer dans de nouvelles situations « brumeuses »  et surtout hilarantes.

Dans la foulée, nous en profitons aussi pour reposter un des épisodes audio que nous avions fait en hommage à la série, il y a quelques temps. Il « met en scène » les doublures imaginaires de Perceval et Angharad justement, mais aussi Merlin (respectivement Franck Pitiot, Vanessa Guedj et Jacques Chambon à l’écran), et encore Bohort (Nicolas Gabion) et le Roi Arthur (Alexandre Astier) dans une situation du même acabit.

Perceval et la potion d’intelligibilité. Kaamelott, épisode clin d’oeil

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Festival Historia, Strasbourg : un grand voyage au coeur de l’Histoire

Bonjour à tous,

Pour faire suite à notre article d’hier sur le Festival Historia.  Certes, ne le nions pas, c’est une ânerie mais, au final, je suis certain que cela leur fera bonne presse.

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Une belle journée à tous !
Fred
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Colin Muset, portrait et une chanson médiévale sur les déboires du trouvère du XIIIe siècle

poesie_litterature_medievale_realiste_satirique_moral_moyen-ageSujet : musique, chanson médiévale, poésie médiévale, humour,  trouvère, biographie, ménestrel, jongleur, auteur médiéval, vieux-français
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur ; Colin Muset (1210-?)
Titre :  « Sire Cuens, j’ai viélé »
Interprètes : Les productions Perceval (livre MM Le moyen-âge la renaissance, Editions J. M. Fuzeau, 1989

Bonjour à tous,

Nous partons aujourd’hui aux abords du XIIIe siècle pour parler d’un trouvère célèbre du nom de Colin Muset: portrait, détails sur l’homme et sur l’oeuvre donc et, bien sûr, présentation d’une de ses chansons pour compléter le tableau.

Eléments (flous) de biographie

A_lettrine_moyen_age_passionl’image de nombreux autres trouvères ou troubadours de son temps, quand ils n’étaient pas eux-même des seigneurs suffisamment notables pour entrer dans l’histoire,  on sait peu de chose de la vie de Colin Muset. Originaire de Lorraine ou de Champagne, il serait né au début du XIIIe siècle, autour de 1210. On ne connait pas non plus la date de son trépas mais on sait qu’entre les deux, il aurait été poète, musicien et joueur de Viole (vièle à archet).

Si l’on se fie au contenu de ses poésies, il allait de cour en cour pour proposer son art et pour subsister. Pour autant, nous ne sommes pas là face à un artiste miséreux puisque, à l’en croire toujours, il avait  une servante pour assister sa famille et il avait colin_muset_trouvere_XIIIe_poesie_chanson_musique_medievale_XIIIe_siecle_moyen-agemême encore une valet pour s’occuper de sa monture.

De fait, en son temps et sur la base des poésies du Ménestrel, Gaston Paris nous a dépeint Colin Muset comme un bon vivant, menant somme toute, une existence assez bourgeoise. Marié avec au moins un enfant, il aurait été sédentaire l’hiver et plus itinérant durant l’été. « Poète, amoureux et parasite » ainsi qu’il se voyait lui-même, sa poésie oscille entre légèreté, images bucoliques, amourettes et encore des aspirations à une vie confortable et jouisseuse, entourée de bons vins et de bonne chère.  On retrouvera sans peine quelques uns de ces traits dans la chanson que nous vous présentons aujourd’hui pour accompagner ce portrait et qui est une de ses plus célèbres.

Contemporain de Thibaut de Champagne, roi de Navarre, Colin Muset a-t-il fini par entrer au service et sous la protection de ce dernier ? Si on le trouve affirmé ça ou là, cela ne semble pas faire l’unanimité chez les nombreux auteurs  qui se sont penchés sur lui.

« Sire cuens, j’ai viélé », Ensemble Perceval

Le legs de Colin Muset : comptages, débats d’experts, corpus, etc…

S_lettrine_moyen_age_passionigne d’une certaine reconnaissance et popularité de cet artiste médiéval en son temps, on peut trouver les oeuvres de Colin Muset  dans de nombreux manuscrits anciens qui s’échelonnent entre le milieu du XIIIe et le début du XIVe siècle. Deux d’entre eux en contiennent le plus grand nombre, le MS  389 ou Le Chansonnier français de la Burgerbibliothek de Berne, et encore le Chansonnier U connu encore sous le nom de Manuscrit de Saint-Germain des près. Véritable mine d’or de la chanson française (et provençale) du moyen-âge central, ce dernier est en tout cas le plus ancien dans lequel on puisse trouver des pièces de Colin Muset aux côtés de 304 autres trouvères, 333 chansons et encore 29 compositions provenant de troubadours. La chanson du jour se trouve, quant à elle, dans quatre autres manuscrits  dont le manuscrit MS 5198 de l’Arsenal et encore dans le MS Français 845 dont est tirée l’image ci-dessous.

sire_cuens_manuscrit_ancien_colin_muset_chanson_poesie_medievale_trouveres_moyen-ageQuoiqu’il en soit, du XIXe siècle jusqu’à des dates encore très récentes (2007), entre poésies non signées, simplement émargées après coup par un « rubriqueur » ou un copiste, mais aussi entre approches déductives, comptage de pieds ou longues analyses stylistiques et métriques, le nombre exact de pièces attribuées à notre trouvère du jour a oscillé d’une douzaine à un peu plus d’une vingtaine. Les débats n’étant toujours pas clos sur le sujet,  au delà de la douzaine, on se retrouve en face d’un corpus aux contours flottant différemment en fonction des experts.

Au demeurant, cela reste une production plutôt chiche, si on la compare avec celle d’autres trouvères ou jongleurs contemporains du XIIIe siècle comme un Adam de la Halle ou un Rutebeuf. En dehors du fait que certaines de ses oeuvres se sont peut-être perdues, sans doute  Colin Muset chantait-il, en plus de ses propres pièces, des oeuvres empruntées à d’autres. Comme nous le montrent les manuscrits d’époque, il n’aurait eu, dans cette hypothèse, que l’embarras du choix dans le large répertoire des trouvères dont il était contemporain.

Sire Cuens, j’ai viélé

O_lettrine_moyen_age_passionn ne peut pas s’empêcher de trouver, dans cette chanson de Colin Muset sur les déboires de l’activité de trouvère,  quelques similitudes avec certaines complaintes de Rutebeuf, sur le fond au moins en tout cas. L’humour est à l’évidence présent, et il faut bien avouer que l’interprétation de la pièce du jour le renforce encore, mais au delà, le texte met en scène ce fameux « je » poétique dont nous avions déjà parlé avec Rutebeuf (voir article)  et que nous avions ré-abordé en parlant de la poésie de Michault Taillevent. (voir article sur le passe-temps de Michault).

Entre poésie goliardique, fabliaux et notes satiriques, le XIIIe se signe aussi par une forme d’émancipation de certains de ses auteurs d’avec la lyrique courtoise.  Colin Musset reste un de ceux là.

Benureau_Kaamelott_Alexandre_Astier_trouvere_moyen-age_colin_muset_complainte_chanson_medievale_XIIIe_siecle« L’ami Barde n’eut point ripaille
Parti sans pain et sans fruit
Quand chanta pour les funérailles
Du roi Loth mort dans son lit.
Niah, niah, niah, niah! »
Le Barde ( Didier Bénureau) –
Kaamelott,
Alexandre Astier

Sans parler du clin d’oeil fait par Alexandre Astier dans Kaamelott au sujet du barde mal reçu, que cette chanson de Colin Muset ne peut manquer d’évoquer pour ceux qui connaissent la série, on trouvera cette complainte sur les mauvais donneurs, reprise par d’autres chanteurs et artistes du moyen-âge. Il faut bien dire qu’un certain idéal de pauvreté, synonyme peut-être d’une forme authenticité pour certains artistes ou auteurs romantiques du XIXe n’a rien de médiéval. Les trouvères ou troubadours du moyen-âge ne se cachent pas, en effet, de vouloir gagner quelques deniers bien mérités et un bon traitement en échange de leur art.

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Les paroles de « Sire Cuens, j’ai viélé »
dans le vieux-français de Colin Muset

Sire Cuens* (Comte), j’ai viélé
Devant vos, en vostre ostel :
Si ne m’avez rien doné,
Ne me gages acquités ;
C’est vilanie !
Foi que doi Sainte Marie,
Ensi ne vos sieuré je mie ;
M’aumoniere est mal garnie
Et, ma borse mal farcie !

Sire Cuens, car commandez
De moi vostre volenté ;
Sire, s’il vos vient à gré,
Un biau don car me donez
Par cortoisie !
Car talent ai, n’en dotez mie
De raler a ma mesnie* : (retourner en ma maison)
Quant g’i vois borse d’esgarnie,
Ma fame ne me rit mie,

Ainz me dit : « Sire Engelé,
En quel terre avez esté
Qui n’avez riens conquesté ?
Trop vos estes deporté 
Aval la vile !
Vez con vostre male plie :
El est bien de vant farsie !
Honi soit qui a envie
D’estre en vostre compaignie ! »

Quand je vieng a mon ostel.
Et ma fame a regardé
Derrier moi le sac enflé
Et ge, qui sui bien paré
De robe grise.
Sachiez qu’elle a tost jus mise
La quenoille ; sanz faintise
Ele me rit ; par franchise,
Ses deux braz au col me lie.

Ma fame va destrousser
Ma male sans demorer* (sans attendre) ;
Mon garçon va abuvrer
Mon cheval, et conreer* (en prendre soin, le nourrir) ;
Ma pucele* (servante, jeune fille) va tuer
Il chapons, por deporter* (célébrer)
A la janse aillie* (sauce à l’ail)
Ma fille m’aporte un pigne* (peigne)
En sa main par cortoisie…
Lors sui de mon ostel sire
A meolt grant joie, sanz ire,
Plus que nus ne porroit dire.

deco_frise

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
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Un programme culturel historique et des lectures audios autour de Melin Saint-Gelais

melin_saint_gelais_poesie_cour_XVIe_siecle_epigrammes_dizain_renaissance_moyen-age_tardifSujet : dizain, poésies courtes,  rondeau, poésie de cour, renaissance. humour, poésie gaillarde,
Période : XVIe, renaissance, fin du moyen-âge
Auteurs : Mellin Sainct-Gelays
ou Melin (de) Saint- Gelais (1491-1558)
Média : « les petits renaissants » programme culturel, chaîne nationale,1953. lectures audios, chaîne youtube Eclair Brut
Ouvrage : Oeuvres complètes de Mellin Sainct- Gelays, Prosper Blanchemain, 1873.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionl’ambition littéraire, au sérieux et quelquefois, il faut bien le dire, une certaine pédanterie des certains auteurs de la pléiade, le XVIe siècle oppose aussi une poésie légère de divertissement, gaillarde même quelquefois, et un verbe mis au service de l’esprit et de l’amusement de cour. Même s’ils ont fait quelques émules, Clément Marot et Melin de Saint Gelais en sont sans doute les auteurs les plus représentatifs et assurément les plus talentueux.

melin_saint_gelais_rondeau_poesie_renaissance_XVIe

A travers les notes les plus humoristiques de cette poésie : pastourelles détournées, moines buveurs et chaud lapins et autres grivoiseries, les références aux fabliaux ne peuvent manquer de venir à l’esprit et, avec elles, l’ancrage dans une tradition satirique bien antérieure au XVIe siècle; finalement, le « sombre » moyen-âge est, sans doute ici, bien moins loin que les nouveaux auteurs de la Pléiade l’auraient souhaité.

Les « petits renaissants », programme culturel « historique » de la chaîne nationale

I_lettrine_moyen_age_passion copiassues d’un programme, devenu lui-même historique puisqu’il date de 1953, voici donc un peu plus de vingt minutes en compagnie de Melin Saint Gelays et de sa poésie renaissante.  Produite par l’acteur et homme de théâtre Marcel Lupovici, l’émission était alors présentée par le poète Pierre Emmanuel (Noël Mathieu). On reconnaîtra sans peine, les intonations et les voix d’époque, et à travers le court portrait de l’auteur du XVIe, on remarquera aussi la qualité du français : soigné, appliqué et très écrit.

melin_saint_gelais_dizain_poesie_ancienne_gallarde_grivoise_renaissance_XVIePassé l’introduction, les lectures audios qui sont données ici  des poésies de Melin  Saint-Gelais sont un vrai régal.

Diffusé à une heure tardive, le programme autorisait aussi une certaine liberté de ton, permettant d’aborder des poésies un peu plus « gaillardes ». C’est le cas pour certaines d’entre elles. Le dizain ci-contre en est un exemple, il est même à ce point grivois qu’on l’a prêté longtemps à Marot, dont c’était tout de même plus une des spécialités, Melin Saint-Gelais ayant, en général, habitué ses lecteurs à une poésie moins largement polissonne.

En vous souhaitant une belle journée  à tous.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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