Archives pour l'étiquette livre

Mort médiévale, mort moderne : idées reçues, approche comparée et systèmes de représentations (1)

mort_medievale_moyen-age_valeurs_systemes_de_representations_idees_recues_moyen-age_chretienSujet : mort, idées reçues, moyen-âge chrétien, littérature médiévale, éducation religieuse, histoire médiévale, sociologie, systèmes de représentations.
Période : moyen-âge central à tardif.
Auteurs  variés, Christine Pizan, Eustache Deschamps, Jean de Meung, Jean Meschinot.
Ouvrage collectif : À réveiller les morts : la mort au quotidien dans l’Occident médiéval. 

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionuite à la citation de Christine de Pizan que nous avions publiée, il y a quelques jours, « brut de fonderie », voici quelques réflexions comparées sur les représentations de la mort au moyen-âge et sur son statut dans nos sociétés modernes. Pour des raisons « digestives », nous scinderons cet article en deux parties. La première que nous publions aujourd’hui se penche sur la période médiévale.

Avant d’aller plus loin, voici un petit rappel de la citation en question; dans les oeuvres poétiques de l’auteur, elle est classée comme un proverbe moral :

“Quoy que la mort nous soit espouventable
A y penser souvent est prouffitable.”
  

Christine de Pizan,  Proverbes moraux. Oeuvres poétiques, Tome 3.

I. La mort médiévale, gardienne « épouvantable » des valeurs chrétiennes

A défaut de verser dans la psychologie facile et rétroactivement applicable en tout lieu et en toutes circonstances, le veuvage précoce de la philosophe, écrivain et poétesse du moyen-âge tardif  ne suffit pas seul à expliquer cette citation. L’image de la mort court, en effet, d’un bout à l’autre de la littérature et la poésie médiévale. Elle y revient comme la marée, apportant dans ses rouleaux d’écume sa moisson de sagesse ou d’enseignements, et avec elles, l’entêtante question de ce qui restera à emporter, le rappel insistant de l’instant ultime dans lequel se noieront toutes les vanités et tous les avoirs. On la côtoie, on la tutoie, on la déplore, autant qu’on la redoute et, dans de nombreuses poésies morales, elle demeure fréquemment celle dont la présence doit éclairer des hommes dans leurs actes, et donner en quelque sorte du sens à leur propre finitude.

deco_medievale_mort_moyen-age_enluminures« Vous qui vivez a present en ce monde
Et qui vivez souverains en vertu
Vous est il point de la mort souvenu ?

Vos peres sont en la fosse parfonde
Manges de vers, sanz lance et sanz escu,
Vous qui vivez a present en ce monde
Et qui regnez souverains en vertu

Avisez y et menez vie ronde,
Car en vivant serez froit et chanu
Car en la fin mourrez dolent et nu.
Vous qui vivez a present en ce monde
Et qui regnez souverains en vertu
Vous est il point de la mort souvenu ? »

Rondeau D’Eustache Deschamps,
Oeuvres complètes, Tome 7, Gaston Raynauld

Quelques précisions utiles avant d’aller plus loin

Nous ne voulons pas ici entrer dans les détails nuancés des représentations qu’a pu prendre la mort dans les mille ans qui couvre le moyen-âge (iconographique, personnalisation, danse macabre, etc), il serait aussi vain que présomptueux d’y prétendre, dans le cadre de cet article. Pour guider ces quelques réflexions, nous voulons plutôt nous intéresser à un angle simple,  celui qui nous la présente dans le courant du moyen-âge central (du XIIe au XVe) comme une « conseillère » ou, si l’on ne veut pas rentrer dans les problématiques de personnalisation de son image, comme « un événement » dont l’évocation peut être considérée comme « utile » et guider l’homme, en quelque sorte, dans une certaine « morale » de l’action.

deco_medievale_mort_moyen-age_enluminuresDe nombreux textes médiévaux  du moyen-âge central (littéraires, poétiques, laïques ou religieux)  nous renvoient à ce statut que l’on conférait alors à la mort, autant qu’à la forte nécessité qu’on attachait à son évocation. Ces deux paradigmes indissociables de la mort médiévale semblent avoir disparus de nos sociétés modernes occidentales et ce sont donc ces questions que nous voulons approcher, en tentant de déconstruire au passage quelques idées reçues. Ajoutons qu’il n’est pas non plus question ici de « mesurer » si l’on « parlait » plus de la mort au moyen-âge qu’on n’en parle de nos jours ou si elle était plus présente dans le quotidien ou dans la littérature qu’elle ne l’est aujourd’hui. Poser le problème de cette manière serait méthodologiquement hasardeux tout autant qu’ingénu et participerait encore d’un ensemble d’idées reçues dont nous cherchons justement à nous défaire ici.

La mort, « guide morale » de l’action

C_lettrine_moyen_age_passionette parenthèse étant fermée, pour revenir à la mort médiévale prise dans le cadre du moyen-âge occidental chrétien, sous cet angle de « guide morale de l’action » ou de « conseillère », précisons qu’il ne s’agit pas tant alors « d’apprivoiser » la mort ou même la peur qu’elle inspire.  Dans l’enseignement, la tendance est même à cultiver cette dernière et la terreur de l’enfer comme de la camarde restent des outils « didactiques » et méthodologiques prisés. Avec son évocation insistante, impérieuse même, il n’est pas tellement question d’engager un dialogue avec elle, mais bien plutôt de faire souvenir aux hommes que le passage ultime (inéluctable et non négociable) sera (serait) moins « douloureux » si la conscience du (d’un) monde d’après guidait un peu plus leur pas durant le temps qu’ils ont à passer sur cette terre et dans ce corps de chair, et les guidait comment ? Dans la mise en pratique des valeurs chrétiennes bien sûr.

deco_medievale_mort_moyen-age_enluminures« Et le corps mort ? Ton ame passera
Au jugement rigoureux et terrible…
Que songes-tu, ord (sale) vaisseau, vile cendre,
Farci d’orgueil ? Veux-tu estre damné ?
Tu prends plaisir à ta chair blanche et tendre,
Un corps pourri qui est aux vers donné !
Ton temps est bref : veuille à vertu entendre,
Ou mieux te fût n’avoir onc esté né. »

Jean Meschinot, Les lunettes des princes (1522)

Cette « sagesse » qu’il y aurait à évoquer la mort ou à y « réfléchir » dont nous parle les auteurs du moyen-âge et à travers eux, le monde médiéval la met, en effet, tout entière au service des valeurs chrétiennes et elle se présente, invariablement, comme un rappel de ces dernières dans le cadre d’un monde transitoire : être charitable, ne pas s’accrocher férocement aux choses du monde matériel, ni courir à perdre haleine derrière des choses nécessairement éphémères, vaine gloire, avidité, accumulation de pouvoir, d’avoirs au détriment des autres, etc. On renverra encore ici inévitablement à l’image de « fortune » et sa roue qui vient encore s’articuler sur ces représentations et les renforcer, en insistant sur la vacuité/vanité de vouloir posséder, saisir, se glorifier, etc.  Outil favorisant le détachement, on parle quelquefois de « mépris du monde », c’est en tout cas bien dans ce contexte spirituel qu’évoquer la mort, y réfléchir ou y penser, est considéré comme nécessaire et « salutaire ». Il ne s’agit pas de retarder l’échéance du moment inévitable ou de sa confrontation. Un guide moral de l’action dans le contexte du moyen-âge occidental chrétien donc ou pour paraphraser la citation d’ouverture de cet article : une gardienne « épouvantable » ou « terrifiante » des valeurs morales et spirituelles chrétiennes.

« Avant, on avait moins peur de la mort » ?

Nous insistons volontairement avec Christine de Pizan sur cette idée d’épouvantable pour être bien clair sur le fait que cultiver cette forme de proximité avec la mort ne signifiait en rien qu’elle ne terrifiait pas nos auteurs et, au delà, l’homme médiéval. « Avant on deco_medievale_mort_moyen-age_enluminuresavait moins peur de la mort, avant on savait vivre avec, etc ». Rangeons toutes ces idées reçues un peu faciles et convenues, dans le domaine de l’irrecevable, c’est une évidence mais disons le tout de même, elles sont tout à fait hors de propos. Il était d’abord question d’alléger un fardeau futur et certain et d’atermoyer ou de rendre « plus doux » le « travail de mort » au moment fatidique. La mort terrifie mais la plus grande ‘angoisse reste de sauver son âme.

« Pensons que quant ly homs est au travail de mort,
Ses biens ne ses richesses ne luy valent que mort
Ne luy peuvent oster l’angoisse qui le mort,
De ce dont conscience le reprent et remort »
Jean de Meung – Le Codicille

Nécessité impérieuse, interdépendance des vivants et des morts, et pédagogie appliquée

« Pas d’autres choix que d’y penser » ?

L_lettrine_moyen_age_passiones visions chrétiennes d’un monde transitoire, les églises longtemps plantées de morts tout autour et à leurs abords, les épidémies à rallonge et leur cohorte de spectres grimaçants, ou encore ces nouveaux-nés qui partent en nombre, sont-ce là les seules raisons qui rendent cette mort si familière au moyen-âge comme on se plait si souvent à le souligner ? Au fond, comme on y était « plus confronté » au quotidien, cette proximité factuelle des cadavres et des morts aurait rendu certainement « inévitable » le fait d’y penser. Il y aurait là comme une évidence, une « absence de choix » en quelque sorte. En plus d’être légère, cette idée est aussi doublement fausse puisque par extension et par jeux de miroir elle sous-entend encore que ce choix nous est, aujourd’hui, totalement laissé (nous y reviendrons).

deco_medievale_mort_moyen-age_enluminuresPour que l’on comprenne bien de quoi nous parlons mais encore à quel point nous sommes, d’un point de vue sociétal, à des lieues de ce monde médiéval en terme de représentations, il faut encore bien différencier le fait de penser à quelque chose parce qu’on s’y trouve confronté du fait de l’évoquer volontairement et avec insistance, en l’absence de confrontation. Quand on parle « d’évoquer » la mort au moyen-âge, l’affaire va, en effet, bien au delà de  s’inscrire dans la continuité d’une certaine « réalité » (supposée) des faits qui s’imposerait en quelque sorte, d’elle-même.

A partir du XIIe siècle, on va littéralement chercher à travers les enseignements religieux, et même jusque dans l’éducation infantile, le moyen concret d’y confronter les laïques, et on est très très loin d’attendre qu’elle se présente à la porte pour le faire. La « nécessité » de cette évocation, hors de tout contexte, est alors largement prônée, promulguée et enseignée par les clercs et le personnel ecclésiastique. Rien d’étonnant donc à la trouver reprise chez nombre d’auteurs avec les mêmes visées morales. Que l’homme du moyen-âge la voyait passer ou non chaque jour derrière son huis quand elle n’y frappait pas directement pour lui, pour sa famille ou sa progéniture, n’est ici même pas en question.

Les exemplas et les prèches

A_lettrine_moyen_age_passionu XIIe et XIIIe siècles, se généralisent les prédications et la prêche des Exemplas, ces historiettes, fables ou paraboles religieuses faites d’anecdotes, de miracles rapportés que l’on inclus souvent dans les sermons. Dans ce mouvement, il semble qu’un certain nombre d’enseignements sans doute plus réservé auparavant au monde monastique se soit étendu en direction de la société au sens large. On sait l’influence certaine que les moines exercent alors cette dernière. Elle n’est pas qu’économique ou politique avec les ordres blancs, elle est aussi spirituelle et il n’est pas rare qu’on leur prête une véritable exemplarité. Si l’on excepte les images satiriques qui leur sont attachés, les moines demeurent au fond pour nombre de chrétiens, ceux dont la vie semble la plus proche du celle du Christ des origines. D’ailleurs l’ampleur des donations qu’on leur fait, en lignage et en ressources humaines, comme en terres ou en biens, en sont des signes forts.

deco_medievale_enluminures_moine_moyen-agePour y revenir, destinés à frapper l’imagination et à ancrer les enseignements, ces exemplas  sont prêchés en direction des laïques. et peuvent emprunter à l’Histoire et aux personnages célèbres mais aussi conter des aventures survenues à des gens de toute condition. Certaines sont un peu à l’image des Cantigas Santa Maria que nous avons déjà commencé à traduire ici, d’autres sont plus banales, d’autres encore puisent dans un registre totalement étrange et surnaturel (apparition de fantôme, etc). Nombre de ces Exemplas gravitent autour de la mort. On y développe toutes les bonnes raisons qu’il y a à évoquer cette dernières : humilité, détachement du monde matériel, éloignement des tentations et du désir de chair, amour de Dieu et du prochain, etc.  Au final, cette nécessité impérieuse d’évoquer la camarde et d’y penser autant que de la craindre en ressort clairement.

Au passage, dans toutes les formes que peut prendre la fin ultime, celle que l’on craint par dessus tout, reste la mort subite, celle qui vous fondrait dessus sans vous laisser le temps de vous absoudre, ou qui, pire, vous cueillerait brutalement en plein péché ! Purgatoire, sinon enfer assuré, à moins d’invoquer dans ces cas extrêmes la Sainte-Vierge, spécialiste des sauvetages in extremis car seule capable d’intercéder efficacement auprès de son fils (là encore le culte marial et les Cantigas Santa Maria ne sont jamais très loin). On trouvera de très nombreux exemples ainsi qu’un panorama exhaustif sur ces questions, par les historiens Jacques Berlioz et Colette Ribaucourt dans leur article : Mors est timenda, Mort morts et mourants dans la prédication médiévale : l’exemple de l’alphabet des récits d’Arnold de Liège (début du XIVe), issu de l’ouvrage À réveiller les morts : la mort au quotidien dans l’Occident médiéval 

L’éducation des enfants :
enseignement, jeux et pédagogie autour de la mort

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ce qui est de l’éducation des enfants, là encore, pas question d’attendre qu’ils y soient confrontés pour évoquer la mort. On encourage les jeux qui y ont trait, on retrouve dès les abécédaires des idées visant à les familiariser avec elle et l’éducation religieuse se charge, dès le plus jeune âge, de faire entrer l’idée de la mort et sa réalité, dans l’esprit de tous.

Les premières prières que l’on enseigne sont des prières pour les morts. Les écoliers qui courent par les rues chantent encore souvent des chants autour des morts. Les amateurs de « Métal », les « Bikers », autant que les aficionados des cérémonies et célébrations mexicaines autour de la mort, en seront sûrement ravi, on a même deco_medievale_enluminures_moine_moyen-ageretrouvé  de petits objets à l’effigie de crâne ou de squelettes que l’on conseillait de porter avec soi et d’utiliser pour rester en contact avec l’idée de la mort.

« En matière de pédagogie religieuse, Savoranole préconisait de garder sur soi un squelette miniature ou une petite tête de mort et de la regarder souvent »

Danièle Alexandre Bidon « Apprendre a vivre ; l’enseignement de la mort aux enfants ». À réveiller les morts : la mort au quotidien dans l’Occident médiéval,

Selon l’historienne Danièle Alexandre Bidon qui nous sert de guide sur ces aspects, il n’est pas exclus qu’on en faisait également cadeau aux enfants.

On trouvera encore nombre d’exemples à vocation pédagogique pour sensibiliser l’enfant à l’enfer. La crainte de ce dernier est  un pilier de l’enseignement et passe même souvent avant les images plus positives de paradis, de Salut et de rédemption. « J’ai une mauvaise nouvelle et une bonne, je commence par laquelle ? » –  « Allons-y pour la mauvaise ! » L’âtre familial, le feu, la broche, ou même le four à pain sont préconisés comme d’excellents moyens d’expliciter à l’enfant ce qui se trame pour le pécheur dans les profondeurs infernales. Certains auteurs vont même conseiller aux parents, en fonction de leur propre métier, d’adapter les images à utiliser pour faire comprendre à leur progéniture l’immensité de l’enfer et l’infinité de supplices qu’on peut y endurer.

Participation active aux rituels entourant la mort

Dans le concret des rituels entourant la mort, à partir de l’âge de huit ans, les enfants, encore eux, orphelins, déshérités, mais aussi écoliers, sont souvent désignés pour accompagner les morts aux veillées funèbres, et pour prier pour eux. Ils ont encore un rôle actif durant les funérailles puisqu’ils accompagnent les cortèges deco_medievale_mort_moyen-age_enluminuresfunéraires et l’on pense même, dans certains cas, que leur présence peut repousser le diable, s’il venait à s’aventurer trop près.

Mesures préventives dans le cadre d’un monde qui connait une grande mortalité infantile ? Là encore, l’idée serait réductrice et simpliste. Cette insistance à évoquer la mort fait partie intégrante d’une monde profondément christianisé où tous, religieux comme laïques, sont concernés. Et si la mort se trouve étroitement intriquée dans une pédagogie appliquée, au service de l’enseignement des valeurs spirituelles chrétiennes, on ferait une erreur grossière de croire qu’il s’agit là d’une forme d’endoctrinement à sens unique. L’ensemble du mouvement participe, en effet, d’un système de représentations partagées qui emporte l’adhésion de tous et qui touche l’équilibre entier du monde matériel et spirituel : les morts comme les vivants.

Inter-relations des morts et des vivants :
un système de représentations  complexes

O_lettrine_moyen_age_passionn notera encore avec Danièle Alexandre Bidon (opus cité) le rapprochement troublant de ces morts qui partent emmaillotés tel des nourrissons vers leur dernière demeure avec cette omniprésence des enfants dans les rituels entourant la mort. On croit profondément alors en les vertus de la prière pour les morts et l’innocence des enfants, figures angéliques, âmes encore pures, eux-même venus récemment au monde et chargés de si peu de péchés, ne peuvent qu’être les plus indiqués pour assurer le Salut de ceux qui en partent. On retrouve encore dans les Exemplas des histoires où les âmes de certains morts pour être libérée apparaissent au vivants et leur demande des faveurs. Du matériel au spirituel, la ligne de démarcation est claire, la mort se trouve à la porte de sortie, mais les cloisons ne sont pas étanches.

deco_medievale_mort_moyen-age_enluminuresAvec l’émergence du purgatoire dans le courant du XIIe siècle, l’interrelation entre les deux mondes, celui des morts et celui des vivants, devient presque palpable. Même si les frontières dogmatiques entre les quatre mondes (matériel, purgatoire, enfer, paradis) sont bien établies, il y a là peut-être là une forme de « décloisonnement » et on voit bien comment tout cela participe d’un système spirituel complexe de représentations du monde.

Dans ce contexte et encore une fois, il faut sans doute faire le deuil d’une vision simpliste qui ne verrait dans tous ces aspects entourant la mort qu’une instrumentalisation au service d’une pédagogie d’endoctrinement à sens unique. Pour l’ensemble des acteurs médiévaux impliqués, les enjeux sont bien plus complexes. Faire de la mort un enjeu d’éducation, l’évoquer même quand elle ne s’invite pas, faire encore des enfants des acteurs actifs des rituels qui l’entourent et de l’accompagnement des morts ?  C’est en réalité le salut des vivants, comme celui des morts, qui se trouve en question, autant que l’équilibre du monde chrétien et de ses valeurs.

Notre cadre de réflexion sur la mort au moyen-âge étant un peu mieux posé et avec lui quelques idées reçues déconstruites, nous aborderons, dans un deuxième article à paraître, le statut de la mort moderne. Dans l’attente, nous comprenons déjà un peu mieux comment la citation de Christine de Pizan autant que les vers mort_histoire_litterature_medievale_mort_quotidien_occident_livre_moyen-age_central_tardifd’autres auteurs médiévaux viennent s’inscrire dans un contexte social et spirituel global.

Encore une fois, nous ne pouvons que vous recommander,  pour creuser ces aspects, de consulter le très accessible ouvrage collectif paru en 1993 et disponible sous ce lien :  À réveiller les morts : La Mort au quotidien dans l’Occident médiéval. 

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric F
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Beau livre et légendes arthuriennes, la magie de Brocéliande sous l’oeil de Philippe Manguin

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : beau livre, photographies, livre d’Art, légendes arthuriennes, forêt de Brocéliande,  littérature médiévale, roman arthurien,
Période : Haut moyen-âge, moyen-âge central.
Lieu  : Forêt de Brocéliande
Ouvrage : « Brocéliande entre rêve et réalité »
Auteurs : Philippe Manguin
et Vivian Fedieu Daniel

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passion‘article d’aujourd’hui nous emmène au coeur des légendes arthuriennes, mais cette fois, du côté de la Bretagne continentale, dans la forêt mythique et profonde de Brocéliande. Nous y suivons les pas de deux amoureux de l’endroit qui n’ont de cesse, depuis des années, d’en traquer la magie et les lumières et viennent tout juste d’éditer un très beau livre d’art et de photographies sur le sujet. Et comme on ne se refait pas, tout en émaillant cet article de quelques belles photos empruntées, avec leur aimable autorisation, à leur ouvrage et pour vous en donner le goût, nous en profitons également, dans un second temps, pour remonter le fil de Brocéliande et de son apparition dans le roman arthurien.

broceliande_beau_livre_photographie_foret_mythique_legendes_arthuriennes_roi_arthur_moyen-age_central

Brocéliande , entre rêve et réalité
Un beau livre d’Art sur la forêt mythique

I_lettrine_moyen_age_passion copianstallés au coeur de Brocéliande, Philippe Manguin et Viviane Fedieu Daniel, tous deux fascinés par la mythique forêt bretonne, ont donc eu l’excellente idée d’éditer un beau livre pour nous en faire partager les beautés et les mystères. Il a pour titre Brocéliande, entre rêve et réalité, les photographies sont réalisées par Philippe Manguin et servies par les textes de Viviane Fedieu Daniel. Le propos n’est pas, ici de retracer l’histoire de Brocéliande mais plutôt d’y suivre le fil d’une balade émerveillée au coeur de ses lieux et à travers ses saisons.

broceliande_beau_livre_foret_mythique_legendes_arthuriennes_roi_arthur_moyen-age_central

Issu d’une opération de financement participatif réussie, l’ouvrage vient tout juste de paraître. Les textes sont disponibles en français et en anglais et le tirage est, pour l’instant, limité. Pour plus d’informations (format, tarif, commande,etc…) suivez le lien suivant

Au delà des amateurs de beaux livres et de photographies, il ne pourra que ravir les férus de légendes arthuriennes et bretonnes, et les amoureux de ce beau lieu magique qu’est la forêt de Brocéliande.  Et pour ce qui est de la nature légendaire de cette dernière, sans même parler de son histoire néolithique, de ses impressionnants menhirs, ou de certains autres de ses vestiges celtiques, nous voulons revenir ici, à son entrée et sa présence, devenue presque incontournable, dans les célèbres légendes du cycle arthurien.

deco_frise

Et toi Brocéliande,
Sous ton lourd manteau d’hiver,
Rêves-tu d’Arthur?

deco_frise

Brocéliande et le roman arthurien :
huit siècles de légende

broceliande_beau_livre_photographie_foret_mythique_legendes_arthuriennes_graal_roi_arthur_moyen-age_central

Le poéte normand Wace et le roman de Rou

C_lettrine_moyen_age_passion‘est au trouvère anglo-normand Wace  (1100-1175) que l’on doit d’avoir mentionné pour la première fois la forêt de Brocéliande (Bréchéliant) et même la célèbre fontaine de Barendon, dans son roman de Rou.  Contrairement à son roman de Brut, l’ouvrage ne s’intéresse pas tant à la matière de la Bretagne outre-manche qu’à l’histoire du duché de Normandie depuis Rollon (Rou ou Rol), mais Wace nous y apprend tout de même qu’avant même d’être investie par les légendes arthuriennes, la forêt de Brocéliande semblait déjà considérée comme un haut lieu de contes et de mystères, loué par les bretons, autant que ses chevaliers étaient renommés :

« … e cil devers Brecheliant
donc Breton vont sovent fablant,
une forest mult longue e lee
qui en Bretaigne est mult loee.

La fontaine de Berenton
sort d’une part lez le perron ;
aler i solent veneor
a Berenton par grant chalor,

e a lor cors l’eve espuiser
e le perron desus moillier ;
por ço soleient pluie aveir. »
Wace – Le roman de Rou

broceliande_foret_mythique_bretagne_legendes_roman_arthurien_roi_arthur_chretien_de_troyes_moyen-age_central

Comme l’indique le même extrait, Wace est donc aussi un des premiers à  mentionner les prodiges de la fontaine de Barendon. Plus loin, il nous dit même s’être rendu en personne à Brocéliande, pour y débusquer ses « merveilles », et peut-être aussi pour avérer les croyances qui voulaient qu’en répandant quelques gouttes de la fontaine miraculeuse sur le sol, on pouvait déclencher la pluie et les orages, en période de grande sécheresse. N’était-il pas assez savant, méritant ou versé dans le druidisme pour la trouver ou pour y parvenir, l’histoire ne le dit pas, mais en tout cas et de son propre aveu (joliment tourné), il échoua totalement dans son entreprise :

« La allai je merveilles querre* (chercher)
Vis la forêt, et vis la terre,
Merveilles quis*, mais ne trovai, (*je cherchai)
Fol m’en revins, fol y allai,
Foll y allai, fol m’en revins,
Folie quis, por fol me tins »
Wace – Le roman de Rou

broceliande_foret_mythique_bretagne_legendes_arthuriennes_roi_arthur_chretien_de_troyes_moyen-age_central

Brocéliande et Chrétien de Troyes :
Yvain et le chevalier au Lion,

A_lettrine_moyen_age_passionprès cette première entrée écrite et connue de Brocéliande dans la littérature des contes et légendes de la Bretagne continentale, Chrétien de Troyes mentionnera, à son tour, la forêt (devenue cette fois Brocheliande) dans son roman arthurien Yvain et le chevalier au lion, même s’il ne la situera pas tout à fait au même endroit que Wace, mais plutôt outre-mancheC’est donc Yvain le narrateur ici :

Et trouvai un chemin a destre,
Parmi une forest espesse.
Mout y ot voie felenesse,
De ronses et d’espines plaine.
A quel ahan et a quel paine
Tout* chele voie et chel sentier!
A bien pres tout le jour entier
M’en alai chevauchant ainsi
Tant que de la forest issi,
Et che fu en Brocheliande.
De la forest en une lande
Entrai et vi une breteche
A demie lieue galesche;
Yvain ou le chevalier au lion, Chrétien de Troyes

broceliande_beau_livre_foret_mythique_bretagne_legendes_arthuriennes_graal_roi_arthur_moyen-age_central

Et pour ce qui est de la fontaine de Barendon, Chrétien de Troyes lui fera également une belle place, sans en donner le nom.  C’est à l’évidence la même que celle décrite par Wace. Elle en a, en tout cas, les propriétés merveilleuses et légendaires, et sous la plume de son auteur, Yvain aura même largement plus de réussite que Wace a en faire surgir les merveilles :

Puis erra dusque a la fontaine,
Si vit quanques il vaut veoir.
Sans arrester et sans seoir,
Versa seur le perron de plain
De l’yaue le bachin tout plain.
De maintenant venta et plut
Et fist tel temps que faire dut.
Et quant Dix redonna le bel,
Sor le pin vinrent li oysel
Et firent joie merveillouse
Seur la fontaine perillouse.
Yvain ou le chevalier au lion, Chrétien de Troyes

Dans le courant des XIIe et XIIIe siècles, d’autres auteurs ou trouvères mentionneront encore Brocéliande. Pour n’en citer que deux de plus, Robert de Boron lui attachera le personnage de Merlin et elle gagnera même l’Occitanie dans le roman de Jaufré qui en fera aussi un lieu à part entière des légendes arthuriennes. Elle sera, dès lors et pour longtemps, définitivement entrée dans le roman arthurien.

Au XVe siècle, quelques maisons de seigneurs bretons de son voisinage revendiqueront même leur appartenance directe à la lignée d’Arthur. Le légendaire roi breton sera alors devenu à l’image de Charlemagne, ce héros qui inspire et dont on se réclame du côté de la Bretagne armoricaine et continentale et la forêt de Brocéliance, partie intégrante de cet héritage. Le pouvoir de fascination de cette dernière ne s’arrêtera d’ailleurs pas au moyen-âge, ni aux légendes du roi Arthur, puisqu’elle inspirera de nombreux autres romans contemporains qui la prendront encore pour cadre.


broceliande_foret_bretagne_legendes_roman_arthurien_roi_arthur_moyen-age_central

broceliance_livre_photographie_foret_legendes_arthuriennes_bretonnesPour revenir au livre du jour et ses belles photographies dont cet article a pu vous donner une idée – même si l’objet livre est quelque chose que l’on touche, que l’on sent et que l’on manipule, a fortiori quand c’est un livre d’Art – puisque Noel approche et avec lui, le temps des petites attentions et des beaux livres, peut-être céderez-vous à la tentation de suivre  les pas inspirés de ses deux auteurs Philippe Manguin et de Viviane Fedieu à la découverte des lumières de cette belle forêt de légendes et de leur bel ouvrage: Brocéliande, entre rêve et réalité.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Agenda : un beau festival du livre médiéval et de l’imaginaire à Châteaugiron

blason_armoirie_heraldique_chateaugiron_bretagne_festival_livre_medieval_et_imaginaireSujet ;  agenda médiéval, salon, livre médiéval, heroïc fantasy, médiéval fantaisie, médiéval fantastique
Nom:  Les enchanteurs, festival du livre médiéval et de l’imaginaire
Lieu : Châteaugiron, Ille-et-Vilaine, Bretagne
Dates : les 25 et 26 novembre 2017

Bonjour à tous,

U_lettrine_moyen_age_passionn très bel événement est à retenir, cette fin de semaine, sur l’agenda médiéval pour tous ceux d’entre vous qui se trouvent en Bretagne : le 6e Festival du livre médiéval et de l’imaginaire, à Châteaugiron.

Organisé par la communauté de communes du pays de Châteaugiron entourée de nombreux partenaires, ce festival recevra durant tout le week end en les murs de son château mais aussi autour, de nombreux auteurs et créateurs. Au delà de cet aspect salon, il promet encore de très belles animations thématiques autour  du monde médiéval et de l’imaginaire.

Avant de poursuivre et au titre de ces partenaires privilégiés, mentionnons ici que l’événement compte le Centre de l’Imaginaire agenda_festival_medieval_livre_moyen-age_imaginaire_fantastique_legendes_bretonnes_chateaugiron_bretagneArthurienInstallé au coeur de la forêt de Brocéliande, ce dernier propose à l’année de nombreuses animations de qualité autour de la célèbre légende du Graal et des chevaliers de la table ronde et il sera présent, tout au long de ce week end sur le site, aux côtés d’autres artistes et compagnies médiévales.

Moyen-âge historique ou plus fictionnel et rêvé, il sera donc question durant ces  deux jours à Châteaugiron, d’approcher ces deux univers mais, vous le savez, tous les moyen-âge(s) nous interpellent ici a fortiori quand la rencontre s’annonce de qualité.

Le programme des réjouissances

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour cette 6eme édition, la Nature sera à l’honneur. Nature nourricière et domestiquée, sans laquelle même le plus urbanisé des hommes ne saurait survivre, c’est ici plus favorablement la Nature rêvée qui sera invitée,  celle qui sait se parer des plus profonds mystères pour inspirer les contes les plus merveilleux et la littérature. (Ah ! Quel lecteur de Tolkien n’a marché, au moins une fois à sa suite et avec délice, sur le sol moussu d’une forêt profonde,  à la rencontre des Elfes ? )

Auteurs, illustrateurs, photographes 

festival_salon_livre_medieval_animations_fetes_moyen-age_historique_fantastique_chateaugiron_bretagneDu roman ou de la BD historique, aux genres les plus fictionnels et fantastiques, en passant même par l’archéologie médiévale, ils seront plus de vingt-huit auteurs et créatifs à Châteaugiron, ce week end pour répondre aux questions des visiteurs et dédicacer leurs oeuvres.

Amour et célébration du livre obligent, le festival sera aussi l’occasion de riches rencontres littéraires autour de l’Histoire, de la nature, ou du thème du héros dans la littérature fantaisie ou fantastique.  Du côté des créations graphiques et visuelles, On notera  encore trois belles expositions dont une du photographe Philippe Manguin sur la forêt de Brocéliande.

Animations médiévales, théâtre, contes, danses, musiques & farces

En dehors des livres, le grand divertissement ne sera pas en reste puisque le festival lui ménage une large place : spectacles équestres, musiques médiévales et danses anciennes, parades déambulatoires et festives, défilé de costumes sur le thème « Natures extravagantes », contes en continu autour de Brocéliande, scénettes et théâtre humoristiques ( il y aura même des farces du XVIe en français ancien ), visite guidée et animée des rues de la ville sur les pas d’un « veilleur de nuit » qui vous ménagera bien des surprises, et ce ne sont là que quelques unes  des réjouissances et festival_salon_livre_medieval_animations_moyen-age_historique_fantastique_chateaugiron_bretagnedes animations prévues!

Pour les plus actifs et prompts à l’exercice, il y aura aussi du tir à l’arc, de l’accrotour et un tournoi de « TrollBall », mélange de jeu de rôle grandeur nature et de sport.

Marché médiéval et Ripailles « tavernicoles »

Côté emplettes, l’événement propose un marché médiéval et du côté gastronomique, les affamés trouveront largement de quoi ripailler auprès des maîtres queux, crêpiers, rôtisseurs ou vendeurs de bière et d’hypocras, venus pour l’occasion.

Télécharger le programme complet du Festival du livre médiéval et imaginaire 2017.

Consulter le site officiel  –  Rejoindre la page FB de l’événement

En vous souhaitant une belle journée et un excellent festival à Châteaugiron, si vous avez l’opportunité de vous y rendre.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Lucien Febvre, l’Ecole des Annales et la passion de l’histoire

histoire_historiographie_ecole_annales_lucien_febvre_epistemologie_methodologieSujet : histoire, approche, méthodes, méthodologie historique,  épistémologie, écoles des annales. citations, sources et articles, historiographie. école des Annales
Auteur, Historien : Lucien Febvre (1878-1956)
Ouvrage :
Combats pour l’Histoire, Press Pocket (1952)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn 1952, l’historien  Lucien Febvre publiait un recueil d’articles et de compte-rendus regroupés sous le titre très explicite de « Combats pour l’Histoire » et qui pouvait prendre, par endroits, des allures de véritable manifeste.

Il s’agissait là d’Histoire au sens large, mais l’oeuvre de cet homme et celle d’un certain nombre d’autres intellectuels pionniers, entre lesquels on comptera, le médiéviste March Bloch et, plus tard, Fernand Braudel eurent dans le courant du XXe siècle, d’importantes conséquences sur la manière d’approcher la discipline historique et, par extension, le moyen-âge et l’histoire médiévale. Leur place ici est donc rien moins que justifiée.

Une histoire totale et problématique

citation_histoire_lucien_febvre

“Faire de l’histoire, oui. Dans toute la mesure où l’histoire est capable, et seule capable, de nous permettre, dans un monde en état d’instabilité définitive, de vivre avec d’autres réflexes que ceux de la peur, des descentes éperdues dans les caves — et tout l’effort humain réduit à soutenir pour quelques heures, à étayer au-dessus des têtes branlantes, les toits crevés, les plafonds éventrés.”
                                   Lucien Febvre (1878-1956) Combats pour l’Histoire

Fondateur en 1929, avec Mac Bloch de la revue des Annales d’histoire économique et sociale  qui deviendra par la suite Les Annales, la dynamique intellectuelle, les travaux et les réflexions des deux historiens et de quelques autres avec eux, donneront naissance à de nombreuses vocations, à ce que l’on a même souvent convenu de nommer une « école » et, sans aucun doute, à une nouvelle manière de lucien_febvre_combats_pour_histoire_ecole_annales_historienfaire de l’Histoire.

Pour en revenir au contenu de l’ouvrage Combats pour l’Histoire, qui, comme on l’a compris, est le résultat d’un  travail engagé plus de vingt ans auparavant, Lucien Febvre effectuait alors une véritable mise à plat de la discipline, y traçait de grandes lignes et tendait aussi des perches interdisciplinaires vers les autres sciences humaines montantes, entre autre la psychologie, la sociologie de Durkheim,  l’anthropologie de Frazer ou les écrits de Marcel Mauss.  Concernant les bases de sa réflexion épistémologique, il se situait encore dans la remise en question des préceptes d’une réalité mécanique et matérialiste que les sciences de la nature opéraient alors : la physique quantique,  mais aussi la microbiologie, ouvraient  déjà, devant elles, de nouveaux territoires inconnus et la compréhension de l’univers qui avait semblé si proche pour les jeunes sciences de la nature devenait soudainement glissante. Face à cela et sans attendre, chaque scientifique se devait de remettre cette complexité en perspective et l’historien ne pouvait pas non plus, selon l’auteur, en faire l’économie. Sans d’ailleurs qu’il y soit pour grand chose, ce questionnement épistémologique a également touché, dans le courant du XXe siècle, l’anthropologie et l’ethnologie, en leur posant de la même façon le problème de leur véritable objectivité scientifique et celui de la neutralité réelle de l’observateur face à son objet de recherche.

Quoiqu’il en soit, pour Lucien Febvre, il était alors question de conduire une Histoire « totale » et « problématique » et de promouvoir une discipline qui entendait se détourner d’une discipline résumée à une succession chronologique, jugée par trop simpliste, d’événements politiques « marquants »  (grands faits, grands hommes, grandes dates et grandes batailles). Il fallait s’attacher à tous les aspects de l’humain dans le temps et repenser, du même coup, la place de l’individu dans l’Histoire, à la lumière des autres sciences humaines, en étirant aussi le cadre des méthodes pour échapper à la seule « tyrannie » du document. On commença alors à se pencher sur une véritable histoire des mentalités dans une tentative de remise en situation de l’homme dans son milieu historique, politique, économique, social et psychologique. De larges champs s’ouvraient devant les historiens des Annales. Le projet était tracé dans ses grandes lignes, quelques ouvrages et travaux venaient déjà l’illustrer; tout restait à explorer et à construire.

citation_histoire_historiographie_lucien_febvre_annales_histoire_globale

“Quand aucune fin majeure ne sollicite les hommes à la limite de leur horizon, c’est alors que les moyens deviennent des fins pour eux et d’hommes libres, en font des esclaves.”
Lucien Febvre – Combats pour l’Histoire

Un nouveau souffle : « faire de l’Histoire dans un monde en ruine »

P_lettrine_moyen_age_passion copialus d’un bon demi-siècle plus tard, on peut bien sûr se demander, avec Nicolas Righi, (2) si les  Annales donnèrent véritablement lieu à une « école » (terme pourtant consacré) stricto-sensu. Dans un article de 2003, paru dans la revue le Philosophoire, il fait lui-même le constat d’un certain « éclectisme » (ou d’une élasticité) méthodologique et conceptuel qui impose quelques réserves au moment d’y répondre par l’affirmative.  On peut encore vouloir un peu nuancer l’impact de Lucien Febvre sur l’ensemble de la discipline, en faisant le constat (foucaldien?) que des mouvements d’ouverture s’amorçaient déjà, par ailleurs, du côté de l’Histoire économique par exemple, ou ajouter comme constat, que l’histoire politique et événementielle n’est pas morte avec les Annales, loin s’en faut, mais il reste que ces historiens qui s’enflammèrent pour la prise de risque et voulurent embrasser l’inconfort d’une épistémologie vacillante, à la lumière des dernières découvertes scientifiques du XXe siècle, contribuèrent grandement à donner à l’Histoire un nouveau souffle et à la transfigurer pour longtemps.

citation_histoire_ecole_des_annales_lucien_febvre

“Satisfaite de ses progrès, fière de ses conquêtes, vaniteuse de ses succès matériels, l’Histoire s’endormait dans ses certitudes. Elle s’arrêtait dans sa marche. Elle redisait, répétait, reprenait ; elle ne recréait plus. Et chaque année qui passait donnait à sa voix, un peu plus, le son caverneux d’une voix d’outre-tombe. ”
Lucien Febvre  Combats pour l’Histoire

Plus ouverte, plus vibrante, moins sûre d’elle aussi, sans doute,  elle y gagna en flexibilité et en ouverture et il faut relire les pages de ce Combats pour l’Histoire pour sentir l’enthousiasme qui menait alors Lucien Febvre. Dans un monde dévasté par les guerres où tout était à reconstruire, quel courage fallait-il pour continuer d’opter pour l’Histoire et pour la recherche ? Comment lui trouver du sens ? De quelle force fallait-il encore investir ce « combat » pour qu’il fasse le poids et fasse sens quand tout le reste ou presque semblait avoir été perdu ? L’historien nous en parle aussi avec fougue et on s’imagine sans peine, dans ces amphithéâtres où il faisait lecture de certains de ses compte-rendus, être gagné, à notre tour, par sa flamme. Car ne nous y trompons pas,  il est bien question ici d’une véritable passion pour l’Histoire, doublée d’une volonté farouche de la faire sortir de ses ornières, pour la faire embrasser le monde dans sa complexité  dans un projet qui visait encore à la mettre au service des hommes et de leur propre compréhension d’eux-mêmes. Et, chaque étudiant d’alors pouvait, sans doute, mesurer la justesse de son choix et s’il en doutait encore basculer définitivement, avec Lucien Febvre du côté de l’Histoire, car sous la verve de cet intellectuel à la plume affûtée et cinglante, plus qu’un simple métier ronronnant, être historien devenait une aventure conquérante et épique.

citation_histoire_lucien_febvre_historiographie_ecole_annales_revue

« Pour faire de l’histoire tournez le dos résolument au passé et vivez d’abord. Mêlez-vous à la vie. A la vie intellectuelle, sans doute, dans toute sa variété. Historiens, soyez géographes. Soyez juristes aussi, et sociologues, et psychologues ; ne fermez pas les yeux au grand mouvement qui, devant vous, transforme, à une allure vertigineuse, les sciences de l’univers physique. Mais vivez aussi, d’une vie pratique. Ne vous contentez pas de regarder du rivage,  paresseusement, ce qui se passe sur la mer en furie.

(…) Entre l’action et la pensée, il n’est pas de cloison. Il n’est pas de barrière. Il faut que l’histoire cesse de vous apparaître comme une nécropole endormie, où passent seules des ombres dépouillées de substance. Il faut que, dans le vieux palais silencieux où elle sommeille, vous pénétriez, tout animés de la lutte, tout couverts de la poussière du combat, du sang coagulé du monstre vaincu — et qu’ouvrant les fenêtres toutes grandes, ranimant les lumières et rappelant le bruit, vous réveilliez de votre vie à vous, de votre vie chaude et jeune, la vie glacée de la Princesse endormie… « 
Lucien Febvre. Combats pour l’Histoire

Polémiques  et querelles
sur fond d’historiographie

A_lettrine_moyen_age_passionh, qui n’aurait rêvé d’avoir un tel professeur d’Histoire au lycée!  Combien de nouvelles vocations auraient pu être ainsi suscitées devant tant de passion et une telle qualité d’érudition  ?  Du reste, la verve de ce combattant implacable et passionné pour une nouvelle histoire le conduisit même quelquefois sur des terrains diplomatiques minés sans pour autant lui faire baisser la garde. Entre autres auteurs d’alors Henri Jassemin (chartiste et conservateur aux Archives nationales) en fit quelque peu les frais et, à sa suite, quelques autres collègues qu’il avait pris à témoin déprécièrent, à leur tour, le trop de « verdeur » de Lucien Febvre dans ses propos. Dans un critique d’un ouvrage de Jassemin, « La Chambre des comptes de Paris au XVe siècle », l’historien des Annales terminait en effet ainsi, cristallisant et théâtralisant presque même, le conflit entre histoire érudite et histoire problématique (pour reprendre les termes de Étienne Anheim (3)) :

« (…)Je ne dis pas : cela n’est pas de l’histoire. Ou alors, si l’histoire c’est cela, que la collectivité cesse immédiatement d’encourager, et de soutenir, une activité aussi totalement inutile ! »
L. Febvre,  Comptabilité et chambre des comptes , Annales HES, 26, 1934

Et pour lui faire écho, voici une ligne de la réponse, non moins caustique, publiée par Jassemin :

« (…)Je veux simplement marquer la différence de l’historien dont la vocation essentielle est d’établir des faits et de l’historien dont la vocation essentielle est de vulgariser des idées.  »
H. Jassemin, Rubrique « Correspondance », Annales HES, 26, 1934

On relira, non sans déplaisir, l’article de Etienne Anheim sur la question de cette polémique article dans lequel, au passage, il nous offre, bien au delà de l’anecdote, une belle analyse d’historiographie, mais si l’on peut, aujourd’hui, sourire du tour et du ton  que le conflit avait pris entre les deux auteurs venus d’horizons méthodologiques divers, il demeure bien symptomatique du climat qui pouvait régner alors dans le milieu des historiens et aussi de l’importance que pouvait prendre dans l’esprit de Lucien Febvre ce combat pour une nouvelle histoire.

Pour conclure, et pour rebondir sur la citation d’en-tête de cet article, l’Histoire n’est sans doute pas la seule capable de nous permettre de vivre avec d’autres réflexes que ceux de la descente à la cave et peut-être que les sciences de l’homme au sens large, peuvent également y parvenir, mais on pourra en tout cas lire ou relire valablement ce classique qu’est devenu les combats pour l’Histoire de  Lucien Febvre dans l’histoire de la discipline, autant pour son fond, que pour son style.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.


Sources :

Combats pour l’Histoire, Lucien Febvre, chez Press Pocket.
– FEBVRE LUCIEN(1878-1956),  par Paul LEUILLIOT (encyclopédie Universalis)
(2) « L’héritage du fondateur ? L’histoire des mentalités dans l’École des  « Annales » «  , par  Nicolas Righi (Cairn.info)
(3) « L’historiographie est-elle une forme d’histoire intellectuelle ? La controverse de 1934 entre Lucien Febvre et Henri Jassemin »,  par Étienne Anheim  (Cairn.info)
– Autres liens utiles : les annales aujourd’hui  et archives des annales sur Persée

Sauveur ou destructeur ? Figure « archétypale » de l’adversité et du recommencement ? « L’invention » du Barbare par Bruno Dumézil

histoire_invasions_identites_barbares_bruno_dumezilSujet : invasions barbares, empire romain, histoire, identités barbares, figure archétypale, figure mythologique, livre, histoire.
Période : fin de l’antiquité, haut moyen-âge,
Média  : émission de Radio, France Culture
Programme : Concordance des temps, déc 2016
Titre : Les barbares, vraiment différents ?
Conférencier : Bruno Dumézil, maître de conférences à Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passion l’aube du moyen-âge, y-a-t’il eu véritablement des mouvements et des afflux massifs de « tribus », de populations ou d’armées venues pénétrer les frontières de l’empire romain pour le détruire? N’est-ce là qu’une « invention » dramatisée des historiens et des hommes du passé, une « construction »  pour mettre un visage sur la décadence et la fin d’une civilisation ? Le « barbare », coupable idéal et désigné. Comme s’il n’était pas concevable que Rome se soit effondrée sur elle-même, sous la pression de ses propres fêlures et de ses faiblesses endémiques?

invasion_invention_barbares_chute_rome_identites_barbares_figure_historique_bruno_dumezil_histoirePour faire suite à une première conférence de  Bruno Dumézil que nous avions postée, il y a quelques semaines, au sujet de la chute de l’empire romain et la réalité historique des invasions barbares, nous retrouvons ici l’historien dans une émission radiophonique proposée en décembre 2016 par France Culture et produite par Jean-Noël Jeanneney (lien vers le podcast ici).

Bruno Dumézil y interroge, à nouveau, son sujet de prédilection, la réalité d’invasions ayant précipité la chute de Rome, mais plus précisément encore, il se pose ici la question de l’existence factuelle d’une « identité » barbare. Plus qu’une réalité, il s’y dessine un assemblage conceptuel, une construction ou peut-être pourrait-on dire un barbare « archétypal » : figure terrifiante de l’altérité, le sauvage, le non civilisé hirsute, guerrier sans pitié annonciateur de la fin des temps et paradoxalement aussi d’un possible renouveau.

Brunon Dumézil, à la poursuite des  identités « barbares »

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaigure punitive, dramatique et dramatisée, venue mettre en péril les civilisations, était-il déjà aux origines du monde ? Se tenait-il déjà, depuis l’aube des temps, à la source même des éternels recommencements ?

Brandi comme l’étendard de la peur par l’homme « civilisé » « sophistiqué », afin d’unir ses propres contraires ou de protéger ses frontières et son monde, le barbare est encore celui qui ne parle pas et qui n’use pas des mêmes mots. De fait, il reste même le muet de l’Histoire, cet « autre » qui ne parle que le langage du feu et du sang et que l’on ne peut ni raisonner, ni convaincre, sauf à s’unir pour y mettre toutes ses forces et ses armes. Figure primale ? Visage d’un ancêtre commun, d’un premier homme dormant dans nos inconscients collectifs et qui se livre_histoire_barbares_invasion_identite_historien_bruno_dumeziltiendrait à l’embuscade des fêlures de nos civilisations et de leurs fragilités ? Existe-t’il vraiment ou n’est-il qu’une ombre ? Laissons Bruno Dumézil nous parler de ce barbare « construit » ou pour le dire autrement, de cette « invention » du barbare.

Pour creuser le sujet, nous vous mettons à nouveau ici le lien Les barbares, édité chez P.U.F.

En vous souhaitant une excellente journée et une bonne écoute.

Frédéric F.

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

A la découverte des moines bâtisseurs du moyen-âge central avec « les pierres sauvages » de Fernand Pouillon

magie_de_la_lecture_roman_medievalSujet : livre, roman, fiction historique réaliste, abbaye cicestercienne
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Titre : les pierres sauvages
Auteur : Fernand Pouillon (1912-1986)
Editeur : Seuil  (1964)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passion‘est avec grand plaisir que nous ajoutons, aujourd’hui, un article de plus à cette rubrique « livres et romans ». Elle n’est pas encore aussi étoffée que nous le souhaiterions et elle souffre un peu de notre emploi du temps chargé, mais, avec le temps, tout y trouvera assurément fernand_pouillon_roman_moyen_age_abbaye_cistercien_architecturesa place. Quoiqu’il en soit, le parti pris étant plutôt la qualité, le roman que nous présentons ici lui fait largement honneur. Pour n’être pas spécialement récent, cet ouvrage est devenu, en effet, un classique dans le domaine des romans sur la période médiévale et en particulier, sur le sujet de la construction des abbayes cisterciennes et sur le quotidien de ces moines bâtisseurs.

La double passion d’un moine bâtisseur

« la difficulté est l’un des plus sûrs éléments de la beauté »
Extrait de Fernand Pouillon, les pierres sauvages (Guillaume Balz, moine bâtisseur)

D_lettrine_moyen_age_passion‘une grande qualité documentaire, écrit de la main même d’un architecte, l’ouvrage est une fiction historique basée sur le champ des possibles. L’auteur nous  conte, en effet, l’histoire de Guillaume Balz, moine cistercien, architecte et chef de chantier, mandaté par Bernard de Clairvaux pour superviser la construction d’une abbaye dans le courant du XIIe siècle, celle du Thoronet, abbaye cistercienne située dans le Var, construite durant  ce même siècle.

Le roman est donc le roman_monde_medieval_abbaye_cisterciennes_moine_batisseur_fernand_pouillon_les_pierres_sauvagesjournal de bord fictionnel de Guillaume Balz, au jour le jour et sur une période de près d’un an. A l’arrivée du moine, le lieu est à peine défriché et  des solutions doivent être trouvées à tous les problèmes qui se posent déjà pour ériger là, un lieu digne du créateur auquel les moines vouent leur pratique et leur vie. Dans un récit laconique et profond, Fernand Pouillon, nous invite à nous glisser dans la peau de ce moine bâtisseur tenu à se frayer un chemin entre les problèmes matériels rencontrés, la gestion de la communauté qui participe à la vie du chantier (les frères comme les laïques), et la nature hautement spirituelle de l’ouvrage d’architecture auquel il se dédie. Il y sera question de la relation entre l’art de bâtir, la communauté et la foi, de la rencontre du spirituel et du matériel dans une recherche sans fin  de perfection pour tenter humblement d’élever l’oeuvre humaine à la hauteur du divin. Ordre humain, ordre naturel, et ordre divin tout devra trouver sa place pour être sublimé dans l’oeuvre architecturale achevée et le roman vibrera tout entier de cette double passion du moine pour ces pierres sauvages et fragiles qui prendront vie sous sa plume, autant que pour le but ultime et transcendant de son ouvrage.

« La plupart des pierres seront traitées rudement, grossièrement : nous gagnerons du temps. Le soleil accrochera les facettes, les éclats, et fera précieuse la matière scintillante. Les anges, les joints dressés, ciselés, deviendront les pures arêtes, définiront le filet de la maille élémentaire, par la discrète diversité des fins appareillages que nul mortier apparent n’insensibilisera. Voilà pourquoi je ne veux pas la bâtir, l’engluer de chaux; je veux lui laisser un peu de liberté, sinon elle ne vivrait pas. »
Extrait de Fernand Pouillon, les pierres sauvages
(Guillaume Balz, moine bâtisseur)

Des pierres sauvages encore vivantes

L'Abbaye cistercienne Thoronet, dans son écrin de verdure
L’abbaye cistercienne du Thoronet, dans son écrin de verdure

B_lettrine_moyen_age_passionien qu’écrit il y a plus d’un demi-siècle, le roman de Fernand Pouillon est encore bien vivant et, en 2011, l’abbaye du Thoronet a même crée un spectacle en hommage à ses Pierres sauvages,  autour de la lecture d’extraits choisis par la comédienne Mady Mantelin.  L’ouvrage a aussi été traduit depuis sa parution dans de nombreuses langues et a dépassé de loin les frontières de France. Peut-être a-t’il ainsi rejoint la volonté de son auteur qui plus que d’en faire le témoignage d’une architecture passée voulait, au contraire, par son biais, remettre en question et en perspective les enjeux modernes de sa discipline.

« …Les plus nombreux considèrent ce livre comme une histoire se rattachant davantage à l’archéologie, à une architecture périmée, à une époque à jamais révolue qui n’a aucun rapport même lointain avec notre temps. Est-il utile de dire que mon intention fut de décrire à travers une aventure exemplaire ce qu’était le métier d’un architecte hier aujourd’hui et demain. »  Fernand Pouillon

Pour dire encore quelques mots de Fernand Pouillon, on lui doit une longue carrière d’architecte, ainsi que de nombreuses réalisations dans ce domaine. Plus que de lui avoir inspiré un simple roman, les longues heures passées à l’abbaye du Thoronet semblent aussi avoir influencé son travail architectural. A n’en pas douter, en effet, au moins l’une des passions roman_monde_medieval_fernand_pouillon_pierres_sauvagesqu’il met dans ce moine bâtisseur est sienne et le romancier architecte était un véritable amoureux de la pierre; il y a, sans nul doute, dans ce Guillaume Balz plus d’un trait de l’auteur lui-même.

Ecrivain, architecte, entrepreneur, la vie de Fernand Pouillon pourrait encore faire l’objet, à elle seule, d’un roman d’aventure puisqu’il connaîtra également quelques déboires judiciaires et la prison pour une affaire d’abus de biens sociaux. Il s’en évadera même pour se présenter plus tard à son procès. et finira, sa courte peine expurgée et voulant exercer à nouveau, par subir des menaces qui le contraindront à s’exiler en Algérie où il finira sa carrière d’architecte et sa vie. Pour la petite histoire, il a d’ailleurs écrit son roman les pierres sauvages pendant ces années d’incarcération et reçut un prix à cette occasion.

Pour en conclure et pour revenir à ce livre, quand il s’agit de parler du moyen-âge central, on peut difficilement faire l’impasse sur le rôle joué par les ordres monastiques et notamment les abbayes cisterciennes qu’il s’agisse d’influence économique, éthique ou politique, comme de grands travaux d’architecture (voir l’article sur l’abbaye de Clairvaux).  Cet excellent roman vous fera voyager à la découverte de ces grands travaux, depuis l’intérieur, avec tous les questionnements profonds que cela ne devait pas manquer de soulever.

Une excellent journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Idée sortie : le festival medieval des troubadours et saltimbanques de Souvigny

souvigny_medievales_festivites_evenements_moyen-ageSujet : fêtes, festival, époque médiévale, festivités, troubadours, saltimbanques
Evénement : le 23e festival de troubadours et saltimbanques
Lieu :
 Souvigny (Allier)
Dates : du 30 juillet au 7 août 2016

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici un autre festival médiéval qui a lieu également cette semaine et que vous propose cette fois, la ville de Souvigny : le 23e festival des troubadours et des saltimbanques.

festival_marche_fetes_medieval_souvigny

Avec un programme d’animations ambitieux et fourni, ce grand festival qui mêle, tout à la fois, marché et foire de produits, animations de rues et concerts de troubadours, cracheurs de feux, jongleurs en folie, gastronomie et ville en fête, mais aussi spectacles son et lumière, le tout, bien sûr, festival_fete_medievales_evenements_festivites_monde_medieval_idee_sortie_souvignyà la mode médiévale, vous propose encore un salon du livre autour du médiéval fantastique. En plus de toutes les animations vous pourrez également redécouvrir les métiers anciens dans les nombreux ateliers qui y sont dédiés (poterie, céramique, forge, etc).

Pour vous immerger encore plus dans l’esprit de la fête et de ce  joli voyage dans le temps, l’ensemble de l’événement fonctionne avec une monnaie médiévale en forme de clin d’oeil: le sou-vigny que vous pourrez changer facilement une fois sur place. Pour quelques sous, vous pourrez, si vous en avez l’envie, également louer un costume médiéval; c’est ce genre de petit détail qui montre que les organisateurs de l’événement ont pensé à tout pour vous permettre de partager avec eux l’aventure de cette semaine médiévale à Souvigny, en décidant de votre degré d’implication.

Un petit avant-goût des réjouissances
et du programme du festival 2016

Un programme ambitieux et fourni pour les 23e médiévales de Souvigny
Un programme ambitieux et fourni pour les 23e médiévales de Souvigny

Cliquez sur l’image pour l’agrandir ou rendez-vous directement sur
le site de l’Association Souvigny Grand site pour l’imprimer

Pour en dire un mot, l’association Souvigny Grand site qui oeuvre à valoriser le patrimoine historique de cette jolie cité auvergnate est totalement associée à l’événement et y contribue, bien sûr, activement.

Souvigny, un peu d’Histoire médiévale

A_lettrine_moyen_age_passionu coeur de l’Auvergne et du pays bourbonnais, Souvigny n’en est pas à son premier galop d’essai au rendez-vous des festivités et autres réjouissances médiévales, puisqu’on y célèbre le moyen-âge depuis plus de vingt ans déjà.

festival_festivites_monde_medieval_moyen-age_agenda_sorties_week_end

Il faut dire que côté histoire médiévale, ce village auvergnat n’a rien à envier à d’autres de nos cités. Dès l’an mil, le lieu reçut, en effet, en don par l’intermédiaire de l’abbé Bernon et de la main même de Aymar, le premier des Bourbons, l’église de Souvigny, faisant bientôt,
d’elle une protégée  de la grande et très puissante abbaye de Cluny.  A cette suite, le abbaye_souvigny_festival_monde_medievalbourg connaîtra des années prospères et deviendra même une des premières villes franches du pays. Elle sera encore, pour longtemps, la capitale spirituelle des Bourbons qui viendront y enterrer leurs morts, et deviendra aussi un lieu prisé de nombreux pèlerins du monde médiéval.

Durant la guerre de cent ans, le roi Louis II permettra aussi aux petits seigneurs d’y élever des installations défensives et des tours. De sa longue histoire et de cet héritage du passé médiéval, le pays de Souvigny garde encore aujourd’hui les vestiges de plus de deux cent châteaux, manoirs et maisons fortes.

Une petite vidéo de France 3 sur l’édition 2015 pour vous en faire une idée

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoilà pour aujourd’hui, mes amis. Au programme de cette semaine pour ceux qui en ont la possibilité et qui sont autour de la région Rhône-Alpes Auvergne ou qui peuvent s’y déplacer, un retour au moyen-âge du XIIIe siècle dans une ville de charme qui a à coeur de se souvenir de son histoire et de vous la faire partager. Et comme des dizaines de milliers de personnes y sont attendues chaque année, puissiez-vous avoir le plaisir, le bonheur et la joie d’en faire partie!

Une très belle journée à tous.
Fred
Pour moyenagepassion.com
« A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes »

Umberto Eco et le nom de la rose

roman_aventure_medieval_le_nom_de_la_rose_umberto_eco« Les livres ne sont pas faits pour être crus, mais pour être soumis à l’examen. Devant un livre nous ne devons pas nous demander ce qu’il dit mais ce qu’il veut dire, idée fort claire pour les vieux commentateurs des livres saints. »

Le Nom de la rose. Extrait roman d’aventure médiéval.  Umberto Eco (1932-2016 rip).

salvatore_heretique_bernard_gui_nom_de_la_rose_monde_medieval