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Une danse médiévale à la rencontre de Tristan et Yseut et du manuscrit ancien ms 2542

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_tournoi_medieval_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveSujet : musique, danse médiévale, poésie, amour courtois, lyrique courtoise, roman arthurien.
Période : moyen-âge central
Auteur : Anonyme
Titre : Nota danse médiévale
Manuscrit : MS 2542, Manuscrit de Vienne.
Interprètes : Alla Francesca, Brigitte Lesne & Pierre Hamon.
Album : Tristan et Yseut (2004)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour débuter cette journée, voici un peu de musique du moyen-âge avec une Nota, danse médiévale de cour à tempo modéré, voisine de la Ductia. Cette pièce est issue d’un album tout entier dédié aux célèbres aventures amoureuses de Tristan et Yseult que nous devons à l’ensemble Alla Francesca. Pour la réalisation de cette production, les artistes de cette excellente formation furent directement inspirés, à leur habitude, par un codex ancien et cet article nous donne l’occasion de vous en parler: il s’agit du Manuscrit de Vienne.

Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300
Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300

Le roman de Tristan en prose et
Manuscrit de Vienne ms 2542

I_lettrine_moyen_age_passion copiasemble que les experts en codicologie aient eu quelques difficultés à se mettre d’accord sur la datation du ms 2542, conservé à la Bibliothèque National de Vienne en Autriche, encore connu sous le nom de Manuscrit de Vienne. Les avis ont oscillé entre les débuts du XIVe siècle (1300) et le milieu du XVe (1456), la confusion venant du fait qu’un feuillet unique de l’ouvrage provient du XVe. Aujourd’hui, on peut, sans grand risque se enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneverésoudre à trancher que le ms 2542 date bien de 1300.

Tristan en prose roman arthurien, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

Quoiqu’il en soit et du point de vue de son contenu, il reste qu’il appartient au corpus des légendes arthuriennes puisqu’il est un des nombreux roman en prose en provenance du moyen-âge central contant  les aventures de Tristan et Yseut, après leur « réincorporation » dans le corpus arthurien. Les versions originales de ce texte sont en général datées de 1230 et bien qu’en prose, le roman contient 17 lais et poésies musicales annotées qui s’inscrivent dans la continuité de  la lyrique courtoise et interviennent au fil du récit. Ce sont ces lais qui ont inspiré l’album de la formation Alla Francesca dont la pièce du jour est extraite.

Sauf erreur de notre part, il ne semble pas pour l’instant que ce manuscrit ait été digitalisé et si c’est le cas, il n’est, en tout cas, pas encore disponible à la consultation en ligne, ce qui vous explique, au passage, que certaines des enluminures utilisées ici n’en soient pas issues mais proviennent d’un autre manuscrit, conservé lui à Genève: le Ms Fr 189.

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_desespoir_amour_courtois_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveTristan en prose Yseut se languit de Tristan, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

A noter qu’à partir de 1987, c’est ce ms 2542 ou Manuscrit de Vienne qui a servi de base et de référence à une édition en neuf tomes du roman de Tristan en Prose sous la direction de l’historien et essayiste Philippe Ménard, aux éditions Droz de Genève. C’est d’ailleurs de ce dernier que nous tenons pour vrai que ce manuscrit est bien daté de 1300 et non du XVe siècle. Tout cela étant dit, place à la danse !

Une nota médiévale par Alla Francesca

Alla Francesca et les lais lyriques
courtois de  Tristan & Yseut

C_lettrine_moyen_age_passionette nota  fait l’ouverture de l’album Tristan et Yseut de la formation Alla Francesca, sorti en 2004. En plus des lais de Tristan tiré du manuscrit de Vienne, dont ils nous régalent dans cette production, sur laquelle nous aurons assurément l’occasion de revenir, ils y ont ajouté quelques danses et estampies médiévales qui viennent ponctuer l’album.

musique_danse_medievale_nota_alla_Francesca_album_Tristan_Yseut_moyen-age_central

musique_poesie_medievale_formation_alla_francesca_ethnomusicologie_moyen-age_centralDans cet album comme dans les autres, la formation Alla Francesca se situons ici autant dans l’Art musical que celui de la restitution savante. Il y a dans la démarche un véritable parti-pris « ethno-musicologique » et l’ambition de retraduire et de resituer au mieux la musique médiévale dans son contexte historique. Au delà de la « simple » interprétation des partitions et de la pratique des instruments, tout cela se fait au moyen de l’étude des codex, textes, documents en manuscrits d’époque, des enluminures mais encore des pratiques actuelles d’instruments anciens de par le monde.

Retrouvez plus de pièces interprétées par  Alla Francesca et plus d’information sur cet excellent ensemble spécialisé tout particulièrement sur le répertoire médiéval.

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Comment qu’à moy lonteinne, un virelai d’amour courtois de Guillaume de Machaut

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique, chanson ancienne, médiévale, virelai, amour courtois.
Titre : « Comment qu’à moy lonteinne »
AuteurGuillaume de Machaut (1300-1377)
Période : XIVe siècle, moyen-âge tardif
Album : Mon Chant Vous Envoy (2013)
Interprétes : Marc Mauillon  Direction : Pierre Hamon. Label : Eloquentia

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons un retour vers le moyen-âge tardif et le XIVe siècle avec le grand maître de musique Guillaume de Machaut. La pièce est un virelai profane, tout entier dédié à l’amour courtois puisqu’il y est question d’un éloignement qui n’ôte pas pour autant de l’esprit ni du coeur du compositeur sa dame, auquel il dédie ses vers.

Manuscrit Français 1584

manuscrit_ancien_ms_fr_1584_francais_musiques_poesies_chansons_medievales_guillaume_de_machaut_moyen-age_tardif

On peut retrouver cette pièce musicale notamment dans le Manuscrit ancien référencé  MS fr. 1584 de la BnF ou Français 1584 et ayant pour titre:  Guillaume de Machaut, Poésies. C’est un des rares manuscrits du XIVe siècle autour du compositeur médiéval qui n’ait pas été entièrement réalisé dans un atelier parisien, mais vraisemblablement autour de Reims, ville où Machaut a fini ses jours. 

Dans l’ouvrage, la chanson Comment qu’à moy lonteinne fait suite à la chanson bien connue : « Douce Dame Jolie »  dont nous avons parlé ici (photo  du feuillet en question ci dessus).

Interprètes et album

C_lettrine_moyen_age_passionette chanson est tirée de l’album  Mon Chant Vous Envoy sorti en 2013 sous le label Eloquentia.  Sous la direction de Pierre Hamon, les compositions y sont interprétées vocalement par Marc Mauillon. Comme nous l’avions déjà mentionné par ailleurs, le chanteur lyrique a une prédilection toute particulière pour le répertoire médiéval de Guillaume de Machaut. Il est accompagné ici, entre autres artistes, par sa soeur Angélique Mauillon,

musique_medievale_guillaume_machaut_marc_mauillon_moyen-age_central_XIVe

Tout entier dédié à des virelais, ballades et rondeaux de Guillaume de Machaut, cet album est disponible à la vente en ligne sous le lien suivant : Mon chant vous envoy.

Les paroles de la chanson
de Guillaume de Machaut

C_lettrine_moyen_age_passionomme mentionné plus haut, il est question, dans ce virelai courtois, d’éloignement et le compositeur médiéval conte à sa dame que, bien qu’elle soit distante de lui physiquement (Comment qu’à moy lonteinne), elle reste bien présente dans ses pensées.

Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

Car Souvenir me meinne,
Si qu’adès sans sejour
Vo biauté souvereinne,
Vo gracieus atour,
Vo maniere certainne
Et vo fresche coulour
Qui n’est pale ne veinne,
Vou toudis sans sejour.
Comment qu’à moy.

Dame, de grace pleinne,
Mais vo haute valour,
Vo bonté souvereinne
Et vo fine douçour
En vostre dous demeinne
M’ont si mis que m’amour,
Sans pensée vilainne,
Meint en vous que j’aour,
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour.

Mais Desirs qui se peinne
D’acroistre mon labour
Tenra mon cuer en peinne
Et de mort en paour,
Se Diex l’eure m’ameinne
Qu’à vous, qui estes flour
De toute flour mondeinne,
Face tost mon retour.
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

En vous souhaitant une  excellente journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Tres doux compains par l’ensemble Unicorn, Musique médiévale du XIVe siècle

musique_danse_medievale_enluminures_moyen-age_central_et_tardif_XIVeSujet : musique médiévale, Ars Nova,  Ars subtilior, manuscrit Ancien, Codex Ivrae, chace, musique  et chants polyphoniques, Canon.
Période : moyen-âge tardif, XIVe siècle
Titre:  « Trés doux compains »
 Auteur : anonyme. 
Interprètes : Ensemble Unicorn

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partons aujourd’hui à la découverte de la musique du moyen-âge tardif avec une pièce du XIVe Siècle demeurée anonyme et ayant pour titre : « Très doux compains ».

Le Codex d’Ivrea

Bien que l’interprétation que nous en partageons ici soit instrumentale, cette pièce  est, au départ, un chant polyphonique à rattacher à l‘Ars Nova. On peut le retrouver dans le Codex Ivrea.

musique_medievale_moyen-age_tardif_XIVe_ensemble_unicorn_ars_novaRecopié vraisemblablement dans la deuxième moitié du XIVe siècle, peut-être à la cour des papes d’Avignon, ce manuscrit ancien est conservé de nos jours en Italie à la bibliothèque d’Ivrea, Il contient plus de 80 pièces, essentiellement des motets, la plupart étant religieux et quelques autres profanes, mais on y retrouve également quelques virelais,  chaces et ballades.

Concernant son origine, les avis sont partagés et on a soulevé l’hypothèse que ce Codex Ivrea ait pu avoir pour origine la cour de Gaston Fébus ou même celle de Savoie. Quoiqu’il en soit, à ce jour, il est considéré comme une des anthologies les plus importantes de la musique polyphonique de la première moitié du XIVe siècle.

A l’origine, le chant Trés dous Compains est une chasse ou chace. Les voix s’y répètent, en effet, en canon, donnant l’impression de se poursuivre l’une l’autre. La version instrumentale que nous vous proposons d’écouter ici est interprétée par l’Ensemble Unicorn auquel nous avons déjà dédié plusieurs articles que nous vous invitons à consulter pour plus d’informations.

Tres doux compains, version instrumentale par l’ensemble Unicorn

Les paroles de tres dous compains

Tres dous compains, levés sus! 
Car ie ne puis dormir plus 
Et ne fas qu’imaginer 
Pour quoi pri qu’alons soner 
Maintenant une estampie 
Pour devant l’ostel m’amie. 
Encor vos pri, pour amours, 
Que aioms tous les compagnons: 
Nacaris et cournemuses, 
Leux et grouses fleutes 
Alons maintenant tout deus 
Pour querre les trompeeurs 
Hativement levés 
Et tous fors dons essemblés 
En mis etrange contrée 
Pour faire la matinée 
Or avant bonne compaignie 
Sans faire nulle vilainie 
Biaux compains, primiers dansés 
Et noz toutz yroms aprés 
Belement vos asseinblés 
Or sus trompaours, trompés!

Po po po po po po 
Alegremant! 
Po po po po po po 
Po po po po po po 
Po po po po po po 
Dies, Tant douce destinée 
Ba ba ba A a a 
A a a a a a 
A a a a a 
Les nachares sont venus: Or sus! 
Ton tititon tititon 
Ton tititon ton tititon 
Tititon Tititon (etc…) 
Or avant, la cournamuse! 
Ture lure Tarelure 
Ture lure Ture lure 
(etc..) 
Li estruments atemprés 
Or firés firés frapés! 
Lirili lirilido 
Dirili lido lirilido 
(etc…) 
Pour vous est la matinée 
Dame, sachés: si vous agrée 
Li tens est de retourner 
Car venu est le jour cler 
Maintenant sans désener 
Aloms nous toutz rigoilier.

En vous souhaitant une bonne écoute et une excellente journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus  Ier s. av. J.-C

PS : à base de Po po po po! Comme quoi Joey Starr n’a rien inventé. Bon ça va, désolé, on est un peu fin juillet aussi.  Les vacances approchent…

Danse médiévale du XIVe siècle et hommage à Boccaccio : La rotta della Manfredina

micrologus_musique_ancienne_medievale_ethno_musicologie_saterelle_moyen-age_tardifSujet : musiques médiévales et anciennes, danse médiévale, manuscrit ancien, ballades, madrigaux, estampies.
Période : moyen-âge central, XIVe siècle,
Titre :   La rotta della Manfredina
Tirées de:  manuscrit add 29987,  manuscrit de Londres, British Museum.
Interprètes: Micrologus
Album : Alla Festa Leggiadra  (2005)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons une nouvelle pièce  tirée du Manuscrit Ancien de Londres ou le MS ADD 29987. C’est encore une danse médiévale comme cet ouvrage en contient de nombreuses, connue sous le titre de  La rotta della Manfredina ou La Manfredina et demeurée anonyme à ce jour. 

De nombreuses formations musicales de qualité l’ont reprise mais puisqu’il fallait en choisir une pour vous en présenter une première version, nous avons choisi de le faire en compagnie de l’excellent ensemble médiéval italien Micrologus (voir articles précédents).

C_lettrine_moyen_age_passionboccace_boccacio_renaissance_italienne_decameron_auteur_medieval_italien_Castagno_1450_moyen-ageette pièce est tirée de l’album  Alla Festa Leggiadra daté de 2005 et sous-titré : Ballate, madrigali e danze all’epoca di Boccaccio, XIV sec.

C’est donc un album tout entier dédié aux danses, ballades et madrigaux du XIVe siècle contemporains de Giovanni Boccaccio (1313-1375) mieux connu en français sous le nom de Jean Boccace. On doit à ce célèbre auteur médiéval florentin, entre autres ouvrages le Décaméron et on a fait de lui, avec Dante et Petrarque, l’un des inspirateurs du renouveau de la littérature italienne ainsi que de la renaissance européenne. (ci dessus, portrait de Boccaccio, détail d’une fresque de Andrea del Castagno, 1450, Galleria degli Uffizi, Florence)

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En vous souhaitant une  bonne écoute et une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Carmina Burana: « Bache, Bene Venies » chanson à boire & poésie goliardique du moyen-âge central

carmina_burana_goliards_poesie_humour_medievale_moyenagepassionSujet : poésie et chanson médiévales, humour médiéval, Goliards,  poésie goliardique, chanson à boire, latin,  chants de Benediktbeuern
Période : moyen-âge central, XI au XIIIe siècle
Titre: « Bache, Bene Venies », Carmina Burana,
 Auteur : anonyme. Compositeur :  Carl Orff
Interprètes : Oni Wytars & Ensemble Unicorn

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passion la faveur de la fin de semaine, revenons un peu  à la bonne humeur et à la fête avec la poésie goliardique de la Cantate Carmina Burana de Carl Orff, tirée elle- même du manuscrit ancien du moyen-âge central appelé le Codex Buranus 179 et connu encore sous le nom des Chants de  Benediktbeuern.

Codex Buranus, détail miniature, poésie goliardique, chanson à boire, moyen-âge central
Codex Buranus, détail miniature, poésie goliardique, chanson à boire, moyen-âge central

Comme pour les plus de trois-cents autres textes et poésies du manuscrit, l’auteur du chant du jour est resté anonyme.  A la manière des goliards, ces joyeux clercs itinérants, quelque peu portés sur la boisson et les plaisirs de la chair, on célèbre le Dieu Bacchus dans cette chanson à boire  et, avec lui,  les plaisirs du vin.

Chanson à boire latine du moyen-âge central

Oni Wytars & Ensemble Unicorn

N_lettrine_moyen_age_passionous avons déjà mentionné ici, à plusieurs reprises, les deux formations Oni Wytars et Unicorn toutes entières dédiées au répertoire musical médiéval et qui ont alliées leurs talents et leurs artistes à la faveur de plusieurs productions.

poesie_medievale_goliardique_goliards_carmina_burana_chanson_a_boire_latin_Ensemble_Unicorn_Oni_Wytars_moyen-age_central

En 1997, dans l’album intitulé « Carmina Burana, Medieval Poems and songs »  dont est extraite la pièce du jour et donc nous avons également déjà parlé ici, les deux ensembles (allemand pur Oni Wytars et autrichien pour Unicorn) rendaient hommage à la cantate de Carl Orff et à la poésie goliardique. « Bache, bene venies », cette véritable ode à Bacchus et au vin ouvrait d’ailleurs l’album et lui donnait le ton.

Bache, bene venies, les paroles latines et leur adaptation/traduction  libre en français

Bache, bene venies
gratus et optatus,
per quem noster animus
fit letificatus

Bacchus, soit le bienvenu,
Toi le plaisant et  désiré,
Par qui notre esprit
Se remplit de joie.

Istud vinum, bonum vinum,
vinum generosum
reddit virum curialem,
probum, animosum

Ce vin, ce bon vin,
Le vin généreux,
Rend l’homme noble,
Probe et courageux.

Bachus forte superans
pectora virorum
in amorem concitat
animos eorum

Bacchus en dominant
Le cœur des hommes
Attise l’amour
Dans leur âme

Bachus sepe visitans
mulierum genus
facit eas subditas
tibi, o tu venus

Bacchus, qui visite souvent
Les femmes,
Les subjugue et les soumet,
Ô Vénus.

Bachus venas penetrans
calido liquore
facit eas igneas
veneris ardore

Bacchus, en pénétrant les veines
De sa chaude liqueur
Les enflamme toutes à la fois
Du feu de Vénus.

Bachus lenis leniens
curas et dolores
confert jocum, gaudia,
risus et amores

Bacchus adoucit et allège
Les soucis et les peines,
Et prodigue jeux, joies,
Rires et amours.

Bachus mentem femme
solet hic lenire,
cogit eam citius
viro consentire.

Bacchus apaise toujours
L’esprit des femmes,
Et les pousse plus facilement
A consentir leurs amants.

A qua prorsus coitum
nequit impetrare,
bachus illam facile
solet expugnare.

A celle dont on ne pouvait
Obtenir la jouissance,
Bacchus en facilite
La conquête.

Bachus numen faciens
hominem jocundum,
reddit eum pariter
doctum et facundum.

Bacchus rend puissant
L’homme heureux,
Et le fait également
Aussi savant qu’ éloquent.

Bache, deus inclite,
omnes hic astantes
leti sumus munera
tua prelibantes.

Bacchus, illustre dieu,
Chacun de nous ici
est heureux
De célébrer tes bienfaits.

Omnes tibi canimus
maxima preconia,
te laudantes merito
tempora per omnia.

Tous nous chantons
Tes plus grandes louanges
et tes grands mérites
Pour les siècles des siècles.

 En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Quan vei la lauzeta mover: Bernart de Ventadorn, grand troubadour du XIIe siècle

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet : musique, poésie, chanson médiévale, troubadours, occitan, langue occitane, amour courtois, fin’amor, langue d’oc.
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Auteur : Bernart de Ventadorn, Bernard de Ventadour. (1125-1195)
Interprète : Gérard Zuchetto
Titre : Quan vei la lauzeta mover (quand je vois l’alouette)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous nous rendons aujourd’hui en terres d’Oc, pour découvrir ou redécouvrir la poésie chantée d’un des plus  grands représentants de l’Art des troubadours occitans du moyen-âge central et  du XIIe: Bernart de Ventadorn (francisé Bernard de Ventadour).

Sa vie nous est connue principalement au travers de ses propres oeuvres et notamment de manière posthume par les « vidas », ces biographies de troubadours attribuées (au moins pour celle de Bernard de Bernard de Ventadour, enluminure, Manuscrit 12473 , BnF (XIIIe siècle)Ventadorn) au troubadour et poéte Uc de Saint-Circ (1213 -1257).

Bernard de Ventadour,
Manuscrit 12473 , BnF (XIIIe)

Ces vidas  apparaissent au XIIIe et près d’un demi-siècle après la mort du célèbre poète. Elles se destinaient à  témoigner de l’art des trouveurs occitans et à introduire leurs oeuvres poétiques et leurs chansons.

La vida de Bernart de Ventadorn

L_lettrine_moyen_age_passiona vida de Bernart de Ventadorn nous conte ainsi que le poète était d’origine limousine. On le dit d’humble lignage. Il aurait fréquenté la cour d’Alienor d’Aquitaine dont il serait tombé amoureux et qu’il alienor_aquitaine_bernard_ventadour_ventadorn_lauzeta_poesie_musique_medievale_troubadoursaurait suivi après que cette dernière se fut mariée au duc de Normandie et roi d’Angleterre Henri II Plantagenet.  Plus tard, notre poète et « trouveur » aurait servi à la cour de Raymond V de Toulouse, pour, plus tard, renoncer à son art poétique en se faisant moine à l’Abbaye de Dalon, en Dordogne où il finira sa vie.

Les « vidas »  sont aujourd’hui étudiées plus, ou au moins autant, pour leur valeur littéraire que pour l’authenticité historique de leurs affirmations. Il est donc difficile de savoir si Bernart de Ventadorn fut vraiment amoureux d’Alienor d’Aquitaine comme l’affirme Uc de Saint Circ  ou s’il s’agit là d’une façon romancée de présenter la vie du grand troubadour occitan.

troubadour_occitan_chansonnier_provencal_bernart_de_ventadorn_bernard_vendatour_manuscrit_ancien

« Et el s’en parti e si s’en anet a la duchessa de Normandia, qu’era joves e de gran valor e s’entendia en pretz et en honor et en bendig de lausor. E plasion li fort las chansos e·l vers d’En Bernart, et ella lo receup e l’acuilli mout fort. Lonc temps estet en sa cort, et enamoret se d’ella et ella de lui, e fetz mantas bonas chansos d’ella. Et estan ab ella, lo reis Enrics d’Engleterra si la tolc per moiller e si la trais de Normandia e si la menet en Angleterra. En Bernart si remas de sai tristz e dolentz, e venc s’en al deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocbon comte Raimon de Tolosa, et ab el estet tro que·l coms mori. Et En Bernart, per aquella dolor, si s’en rendet a l’ordre de Dalon, e lai el definet. »

« (…) Et il s’en sépara (l’épouse du vicomte de Ventadour) et s’en alla à la duchesse de Normandie qui était jeune et de grande valeur et qui comprenait le prix et l’honneur et les belles paroles de louange et elle le reçut et l’accueillit très bien. Longtemps il fut en sa cour et fut amoureux d’elle et elle de lui et fit beaucoup de bonnes chansons d’elle.Et étant près d’elle le roi Henri d’Angleterre la prit pour femme et l’emmena de Normandie et l’emmena en Angleterre. En Bernart resta de ce côté triste et douloureux et s’en alla au bon comte de Toulouse et fut près de lui jusqu’à ce que le comte mourût. »

Vida de Bernart De Ventadorn – Extrait

L’auteur médiéval légua quarante-cinq chansons considérées comme de véritables fleurons de la langue occitane dans sa forme la plus aboutie. Il y chante le fin’amor, cet amour courtois que les troubadours porteront haut et fort durant le XIIe siècle et qui influencera les formes littéraires du sentiment amoureux durant de nombreux siècles après eux.

Gérard Zuchetto, un troubadour moderne
à la recherche des trésors occitans

M_lettrine_moyen_age_passionusicien, interprète  et chercheur, Gérard Zuchetto a consacré son temps, ses recherches et son talent à l’art  des troubadours des XIIe et XIIIe siècles. Nous sommes avec cet artiste passionné de son sujet au point d’en être devenu expert, autant dans la performance artistique que dans l’ethnomusicologie, musique_poesie_chanson_medievale_ancienne_troubadours_bernard_de_vendatour_ventadorn_gerard_zuchetto_moyen-age_centralc’est à dire dans le parti-pris de restitution au plus près de l’esprit médiéval de l’art des trobadors. Créatif, il propose également des compositions plus libres d’inspiration autour de ce même thème.

Ses recherches se déclinent en productions musicales, mais aussi en films et encore en ouvrages sur la question. Au fil du temps, une troupe s’est d’ailleurs formée autour de Gérard Zuchetto qui produit spectacles, concerts et autres événements en relation avec l’art des troubadours et la culture occitane, sous les labels et appellations Trob’Art production et Troubadours Art Ensemble. Vous trouverez le détail  de leurs activités et productions, ainsi que leur agenda sur leur site web:  art-troubadours.com.

La primavera d’amore, Trovatori XII-XIIIe

Dans cet album enregistré en 1997 et sorti l’année suivante chez Foné, Gérard Zuchetto était accompagné des musiciens et instrumentistes  Patrice Brient et Jacques Khoudir pour mettre à l’honneur son sujet de prédilection et nous proposer entre autre, cette très belle version de la célèbre Lauzeta de Bernart de Ventadorn.

troubadours_bernard_ventadorn_ventadour_gerard_zuchetto_musique_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_lauzeta

Quan vei la lauzeta mover : les paroles en occitan & adaptation en français moderne

Can vei la lauzeta mover
De joi sas alas contra’l rai,
Que s’oblid’ e’s laissa chazer
Per la doussor c’al cor li vai,
Ai! Tan grans enveya m’en ve
De cui qu’eu veya jauzion!
Meravilhas ai, car desse
Lo cor de dezirer no’m fon

Quand je vois l’alouette
agiter de joie ses ailes
face aux rayons [du soleil],
s’oublier et se laisser choir
dans la douceur qui au cœur lui vient,
hélas ! une si grande envie me pénètre
de ce bonheur que je vois,
que je tiens à miracle
si mon coeur ne se consume pas de désir.

Ailas! Tan cuidava saber
D’amor, e tan petit en sai,
Car eu d’amar no’m posc tener
Celeis don ja pro non aurai.
Tout m’a mon cor, e tout m’a me,
E se mezeis e tot lo mon;
E can se’m tolc, no’m laisset re
Mas dezirer e cor volon.

Hélas ! Je croyais tant savoir
sur l’amour et j’en sais si peu !
Car je ne peux me retenir d’aimer
celle que je ne peux atteindre.
Elle a tout mon coeur, elle m’a tout entier,
elle-même et tout l’univers.
Elle ne m’a rien laissé,
sauf le désir et un coeur fou.

Anc non agui de me poder
Ni no fui meus de l’or’ en sai
Que’m laisset en sos olhs vezer
En un miralh que mout me plai.
Miralhs, pus me mirei en te,
M’an mort li sospir de preon,
C’aissi’m perdei com perdet se
Lo bels Narcisus en la fon.

Je n’eus sur moi plus de pouvoir
et je ne m’appartins plus,
du jour où elle me laissa mirer en ses yeux,
miroir qui beaucoup me plaît.
Miroir, depuis que je me suis miré en toi,
les soupirs profonds m’ont fait mourir.
Je suis perdu comme se perdit
en la fontaine le beau Narcisse.

De las domnas me dezesper;
Ja mais en lor no’m fiarai;
C’aissi com las solh chaptener,
Enaissi las deschaptenrai.
Pois vei c’una pro no m’en te
Vas leis que’m destrui e’m cofon,
Totas las dopt’ e las mescre,
Car be sai c’atretals se son.

Je désespère des femmes ,
jamais je ne me fierai à leurs paroles;
de même que j’avais coutume de les louer,
de même je les déprécierai.
Pas une pour me défendre
auprès de celle qui me détruit et me confond !
Je les hais toutes et les renie,
car je sais bien qu’elles sont toutes ainsi.

D’aisso’s fa be femna parer
Ma domna, per qu’eu’lh’ o retrai,
Car no vol so c’om voler,
E so c’om li deveda, fai.
Chazutz sui en mala merce,
Et ai be faih co’l fols en pon;
E no sai per que m’esdeve,
Mas car trop puyei contra mon.

Bien femme aussi apparaît ma dame,
et c’est pourquoi j’enrage,
car elle ne veut pas ce qu’on doit vouloir,
elle fait ce qu’on lui défend.
Je suis tombé en pitoyable fortune.
J’ai bien fait le fou sur le pont,
et je ne sais pourquoi je m’égare,
voulant monter contre mont.

Merces es perduda, per ver,
Et eu non o saubi anc mai,
Car cilh qui plus en degr’aver,
Non a ges, et on la querrai ?
A ! Can mal sembla, qui la ve,
Qued aquest chaitiu deziron
Que ja ses leis non aura be,
Laisse morrir, que no l’aon.

Perdue la pitié vraiment
(et de cela je ne me doutai jamais),
car celle qui devait en avoir le plus
n’en a pas; et où la chercherai-je ?
Ah ! Quelle apparence trompeuse ! En la voyant,
l’imaginerait-on capable de laisser mourir
un passion malheureuse
qui jamais ne s’épanouira sous ses lois ?

Pus ab midons no’m pot valer
Precs ni merces ni’l dreihz qu’eu ai,
Ni a leis no ven a plazer
Qu’eu l’am, ja mais no’lh o dirai.
Aissi’m part de leis e’m recre;
Mort m’a, e per mort li respon,
E vau m’en, pus ilh no’m rete,
Chaitius, en issilh, no sai on.

Puisque plus rien ne peut valoir,
ni prière, ni pitié, ni un droit qui fut le mien,
puisque nullement ne lui plaît
le fait que je l’aime, jamais plus je ne lui parlerai,
je me sépare d’elle et je renonce.
Elle me tue, et c’est un mort qui parle.
Et je m’en vais, puisqu’elle ne me retient,
malheureux, en exil, je ne sais où.

Tristans, ges non auretz de me,
Qu’eu m’en vau, chaitius, no sai on.
De chantar me gic e’m recre,
E de joi e d’amor m’escon.

Tristan, vous n’aurez rien de moi,
car je m’en vais, malheureux, je ne sais où.
Je mets un terme à mes chants et y renonce.
Loin de la joie et de l’amour je me cache.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Hé compaignons resvelons-nous ! un chant polyphonique festif du XVe, de Guillaume Dufay

musique_medievale_ancienne_guillaume_dufay_XV_moyen-age_tardifSujet: chant polyphonique, chanson, musique médiévale, ancienne, chant profane, chanson festive, à boire.
Période : moyen-âge tardif (XVe)
Auteur : Guillaume Dufay (1400-1474)
InterprèteDiabolus in Musica
Titre : « Hé compaignons, resvelons nous »
Album : Mille Bonjours (2007 – ALPHA Productions)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons un rondeau joyeux de Guillaume Dufay (Du Fay) composé autour de 1427. C’est un chant polyphonique festif issu du répertoire profane du maître de musique du XVe siècle auquel nous avions déjà dédié plusieurs articles dont un portrait et des éléments de biographie ici. On retrouve également ce chant dans le codex référencé MS Canonici 213 de la Bodleian library (Oxford) dont nous vous parlions dans ce même article, aussi nous vous y renvoyons, si vous souhaitez plus de détails sur ce manuscrit ancien.

Diabolus in Musica, musiques médiévales,
recherches historiques et sens du partage

P_lettrine_moyen_age_passion copialus l’on se penche sur la musique médiévale et sur les artistes qui tentent par leur travail de recherche et d’interprétation de la faire revivre, et plus on découvre des formations de grande qualité. C’est le cas de celle d’aujourd’hui.

musique_repertoire_medieval_francais_ethno-musicologie_guillaume_dufay_ensemble_diabolus_in_musica_moyen-age_central_tardif

Formé en 1992 par Dominique et Pierre Touron et dirigé par Antoine Guerber, – qui, en plus d’être un talentueux directeur, est aussi ténor, harpiste, joueur de Guiterne (voir photo) et de divers tambours – l’ensemble Diabolus In Musica se dédie tout entier au répertoire musique_medievale_manuscrit_ancien_codex_213_canonici_guillaume_dufaymédiéval, avec une prédilection pour les compositeurs français et pour le moyen-âge central. Ils ont déjà consacré vingt albums à ce vaste sujet, recevant au passage la reconnaissance des milieux de la musique ancienne ou classique, à travers des prix et Awards variés.

Nous sommes avec cette formation sur un territoire que nous affectionnons tout particulièrement, puisqu’elle se situe entre ethnomusicologie et art vivant, c’est à dire entre l’humble ambition de restituer les compositions médiévales au plus près de leurs sonorités et de leur esprit, et celle d’émouvoir et d’initier le public moderne à la force et la beauté de la musique en provenance du moyen-âge.

Agenda, concerts et actualité

A_lettrine_moyen_age_passionu niveau des concerts et des performances scéniques, on a pu retrouver l’ensemble  Diabolus in Musica tour à tour sur des pièces de musiques sacrées ou profanes et même à l’occasion de représentations à la fusion de la musique et du théâtre. Ce fut notamment le cas d’un spectacle complet autour du Perceval et du Conte du Graal de Chrétien de Troyes.

Du ami_francois_assise_antoirne_guerber_musique_medievale_anceinne_XII_sieclecôte de leur agenda, ils sont actuellement en tournée au Pays-bas et nous vous conseillons si vous voulez les suivre efficacement de le faire via leur page Facebook.

Enfin dernières mentions du côte de l’actualité de leur directeur. A la fin 2016, Antoine Guerber était appelé à collaborer au niveau musical, sur la bande son du film  » L’Ami François d’Assise et ses frères » de Renaud Fély et Arnaud Louvet (consacré comme son titre l’indique à Saint-François d’Assise). Il est également régulièrement l’invité de programmes de Radio France autour des musiques anciennes, classiques ou médiévales.

Mille bonjours, l’album.
chansons de Guillaume Du Fay

L_lettrine_moyen_age_passion‘album Mille Bonjours qui date de 2007 était dédié tout entier à des chansons de Guillaume Dufay. Il a été primé et a reçu le prix « Supersonic » du Magazine Luxembourgeois  consacré à la Musique Classique Pizzicato.

Tristesse et deuils,  louanges royales et princières, amour courtois et amant transi, mais encore joies et fêtes, l’ensemble Diabolus in Musica nous y invite à plus d’une heure quinze en compagnie du compositeur médiéval. Dix-neuf pièces y sont présentées, qui explorent le répertoire profane de Dufay et suivent les contours de ses émotions et de son art, au fil de rondeaux, de ballades ou encore de bergerettes (ces poésies pastorales typiques du XVe) variés.

musique_chanson_medievale_Guillaume_Dufay_Du_Fay_moyen-age_tardif_diabolus_in_musica_antoine_guerber_mille_bonjours

L’album est disponible à la vente en ligne sur Amazon. En voici le lien si vous souhaitez plus d’informations: Guillaume Du Fay: Mille Bonjours!  Vous pouvez également cliquer sur l’image ci-dessus.

He Compaignons, les paroles de la chanson de Guillaume Du Fay en français moyen

He, compaignons, resvelons nous (1)
Et ne soions plus en soussy :
Tantost vendra le temps joly,
Que nous aurons du bien trestous (2).

Laissons dire ces jauls jalous
Ce qu’ils veulent je vous en pry.

He, compaignons …

Quant est de moy, je boy a vous,
Huchon, Ernoul, Humblot, Henry,
Jehan, Francois, Hugues, Thierry,
Et Godefrin dira a tous:

He, compaignons …

(1) réveillons nous
(2) qui sera bon pour nous tous

En vous souhaitant une merveilleuse journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Design du site : un petit ravalement de façade, façon XIIIe siècle

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionomme vous l’avez sans doute noté,  nous avons opéré un petit rafraîchissement dans le design du site et notamment du côté du « header » (la zone graphique tout en haut de page). Les mêmes changements ont également été appliqués sur la page Facebook officielle du site, avec une nouvelle cover que voici :

facebook_monde_medieval_passion_moyen-age

Pour le cas où vous n’auriez pas reconnu les enluminures que nous avons utilisées et  retravaillées graphiquement pour l’occasion, il s’agit de détails tirés de la fameuse Bible de Maciejowsky, Morgan Bible ou Bible des croiséssomptueux manuscrit ancien datant du XIIIe siècle.

profil_fb_passion_moyen-ageDans les autres changements effectués, vous noterez également quelques remaniements dans les menus latéraux. Sur la droite, des sous-menus ont été créés et la liste des auteurs médiévaux choisis est passée à gauche, sous le champ de recherche. Avec près de 500 articles déjà publiés, la question de faciliter vos recherches et de vous permettre d’accéder rapidement à l’information reste pour nous une priorité et ces modifications sont toujours faites dans cette optique. Des changements supplémentaires sur ces aspects devraient d’ailleurs encore intervenir dans les jours qui viennent.

passion_moyen-age_histoire_litterature_musique_chanson_medievale_moyenageux

Après plus de vingt mois de bons et loyaux services, il était largement temps que l’ancienne charte graphique soit remisée. C’est chose faite ! Nous espérons que ce nouvel environnement graphique d’inspiration clairement médiévale, puisqu’en provenance directe du moyen-âge central sera de votre goût.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Quand la médecine médiévale se mêlait d’amour et de qualité de vie au sens large

medecine_medievale_enluminures_saignee_ecole_salerne_flos_medicinae_moyen-age_centralSujet :  médecine, citations médiévales, école de Salerne, Europe médiévale, science,  manuscrit ancien, hygiène, nature,  santé
Période: moyen-âge central (XIe, XIIe siècles)
Titre:  l’Ecole de Salerne (traduction de 1880)
Traducteur : Charles Meaux Saint-Marc

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous parlons d’Amour, mais pas d’amour courtois et bien plutôt d’amour et de Santé puisque c’est de la bouche des médecins de l’Ecole médiévale de Salerne que viennent ces mots que nous allons vous faire partager.

De l’influence de l’amour sur la santé

Y-a-t-il une saison propice à l’Amour ? Fait-il partie de l’équilibre, de l’hygiène de vie et contribue-t-il à la santé ? A cette question, la médecine médiévale du Regimen Sanitatis répond définitivement oui. Elle le conjugue même, comme toute chose, au rythme des saisons, et nous y apprenons encore que l’Amour impur est « fatal et détruit la santé ».

ecole_salerne_citation_medecine_medievale_amour_poesie_moyen-age_central

« Le printemps de l’Amour est la saison propice;
L’hiver permet encore un si doux sacrifice;
L’automne, en l’exigeant, assure la santé.
Mais au printemps languit l’appétit rebuté;
L’hiver refroidit vite un amour éphémère;
L’automne trop souvent nous ravit la lumière.
L’amour est salutaire avec sobriété;
Impur, il est fatal et détruit la santé. »
L’Ecole de Salerne, “Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum”  Traduction par Charles Meaux Saint-Marc (1880)

Les conditions d’une vie agréable

O_lettrine_moyen_age_passionn le comprend de plus en plus au fil de la lecture de ce manuscrit ancien du moyen-âge central, la médecine de Salerne est holistique. Hygiène  et conditions de vie s’y mêlent étroitement et tout influe sur l’état de santé : l’alimentation, l’exercice, les états émotionnels, les fréquentations, l’amour, l’ennui, le loisir, les vents, les planètes et tout amour_medecine_medievale_holistique_hygiene_ecole_salerne_regimen_sanitatis_science_moyen-age_centralce qui entre aussi par nos sens (odorat, vue, ouie, etc,…).

Ici, non contents de nous parler d’Amour, nos doctes savants et médecins médiévaux nous prodiguent encore des conseils d’ordre général pour créer les conditions d’une vie agréable, propices au maintien de la santé et au prolongement de l’existence : entre la façon de se vêtir (colorée), de festoyer entre amis (avec mesure), de se laisser aller au « charme adoucissant » de belles rimes et des belles poésies, et même de s’assurer l’amour et les attentions d’une belle femme aux attraits caressants, qu’à l’aulne de certaines de nos valeurs modernes, d’aucun(e)s jugeront peut-être quelque peu « chosifiée » dans l’opération (et où l’on comprend que l’ouvrage s’adresse plutôt sur ces quelques pieds de vers au moins à une clientèle masculine).

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« Recherche des beaux vers le charme adoucissant,
L’enjoûment de la femme, et l’attrait caressant,
Tout ce qui rend la vie et plus douce et plus belle;
Fuis des procès bavards la lenteur immortelle.
Revêts d’habits nouveaux les riantes couleurs,
D’une aimable maîtresse implore les faveurs.
Sieds-toi, non sans amis, à table savoureuse,
Bois du vin qui te plaît la coupe généreuse.
Veux-tu de tes plaisirs prolonger le succès?
Du vice et de la table évite les excès. »
“Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum”
Traduction par Charles Meaux Saint-Marc (1880)

P_lettrine_moyen_age_passion copiaSi nul ne désavouerait aujourd’hui l’influence de l’équilibre psychologique autant que l’importance de chaque chose sur l’état de santé et même pourquoi pas sur la tenue du système immunitaire, il reste toujours plaisant d’imaginer, pour le décalage, un médecin généraliste moderne déclamer, au sortir d’une consultation, ces quelques vers sur l’amour et sur les conditions générales de vie dans une grande envolée hygiéniste et holistique. La plupart d’entre nous s’en trouverait, à n’en pas douter, surpris.

Comment ne pas céder, amour_medecine_medievale_hygiene_ecole_salerne_regimen_sanitatis_science_moyen-age_centralpourtant, au charme incomparable de ces rimes et ces vers qui s’invitent jusque dans la science et la médecine médiévale ? Le Regimen Sanitatis est loin d’en être l’unique exemple et on retrouvera cela avant lui dans la médecine d’un Avicenne.

Nous avons, semble-t-il, perdu en route cet usage du vers et de la rime depuis le moyen-âge, au bénéfice graduel de la prose. Cette tendance s’est confirmée et la poésie est indéniablement en recul dans notre monde moderne bien plus encore au XXIe siècle, qu’elle ne le fut au XXe siècle. Pourtant, durant des millénaires et courant tout au long du monde médiéval, on trouvait de l’élégance au vers, jusqu’à  leur prêter même, comme on le voit ici, des vertus salutaires.

En vous souhaitant une excellente journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com
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la danse de Clèves & MS 9085: une basse danse et un manuscrit médiéval du XVe

musique_danses_medievales_manuscrit_ancien_moyen-age_tardif_renaissanceSujet : danse, musique médiévale, basse dance, Bourgogne
Période : moyen-âge tardif,  début renaissance XVe siècle.
Auteur : anonyme
Source : Manuscrit MS 9085, Manuscrit de Bruxelles, Manuscrit des basses danses de Marguerite d’Autriche
Titre : Danse de Clèves
Interprètes : Arte Factum
Album: « Saltos, brincos y reverencias » (2007)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn suivant le fil de l’excellent album Saltos, brincos y reverencias de la formation espagnole ArteFactum,  nous arrivons sur les rives du XVe siècle et au début de la renaissance avec une danse d’époque, appelée la danse de Clèves. C’est une basse danse qui s’exécute en cortège ou en couple et elle se différencie donc des Saltarello(s) ou autres ductia(s) dont les pas sont plus sautés, plus rapides  et les mouvements plus « envolés ».

MS 9085, le Manuscrit des basses danses de Marguerite d’Autriche

C_lettrine_moyen_age_passiononservé à la Bibliothèque Royale Albert Ier de Belgique, le manuscrit ancien MS 9085, connu encore sous le nom de Manuscrit de Bruxelles  ou Manuscrit des Basses Danses de Marguerite d’Autriche nous provient du milieu du XVe siècle. L’ouvrage date donc des débuts de la renaissance ou de la toute fin du moyen-âge si l’on préfère. Il est constitué de vingt-cinq feuillets délicatement enluminés de lettres d’argent et d’or et contient, comme son nom l’indique des basses danses, dont certaines semblent provenir de Bourgogne ou dont les titres, à tout le moins font référence à cette aire géographique.

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Au dos de l’ouvrage, on trouve une mention d’époque qui fait état de son appartenance « à la princesse d’Espaigne » Marguerite d’Autriche, fille de Marie de Bourgogne. Mariée à Jean d’Aragon, héritier de la couronne de Castille et d’Aragon de 1495 à 1501, elle fut, pendant ces années, princesse d’Espagne. L’idylle ne dura pas puisque le jeune prince, de petite santé, mourut, en effet, très vite et la laissa veuve, mais cela nous renseigne, en tout cas, assez précisément sur  la datation de ce manuscrit ancien.

(Portrait de Marguerite d’Autriche, par Bernard Van Orley, vers 1518).

Du point de vue de son contenu, il est scindé en deux parties. Les six premiers folios sont un traité de danse théorique expliquant la structure des basses danses, ainsi que leurs pas. Les dix-sept folios restant sont les partitions de musiques ainsi que les chorégraphies de cinquante-huit basses danses.

manuscrit_ancien_medieval_danse_musique_MS_9085_martguerite_bourgogne_moyen-age_tardif

Concernant la pièce que nous vous proposons aujourd’hui, la Danse de Clèves, on suppose que son nom provient de Adolphe de Clèves qui était alors gouverneur général des états de Bourgogne. Pour ce qui est de sa composition, l’auteur est demeuré, à ce jour, anonyme.

ArteFactum, l’Andalousie
à la conquête des musiques médiévales

musique_medieval_artefactum_danse_ductia_album

N_lettrine_moyen_age_passionous avons déjà dédié plusieurs articles à cette excellente formation médiévale ainsi d’ailleurs qu’à son album « Danse, sauts et révérences » datant de 2007. Vous trouverez l’ensemble de ces articles ici : Artefactum, musiques médiévales et anciennes. L’album est toujours disponible à la vente en ligne (lien sur l’image ci-dessus).

En vous souhaitant une très belle journée et une bonne écoute.

Fred
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