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Humour, épigrammes, dizain et poésie de cour renaissante avec Melin Saint-Gelais

melin_saint_gelais_poesie_cour_XVIe_siecle_epigrammes_dizain_renaissance_moyen-age_tardifSujet : dizain, poésies courtes,  ouvrage ancien. poésie satirique, humour médiéval, épigrammes, grivoiseries, poésie de cour.
Période : moyen-âge tardif, renaissance, XVIe
Auteurs : Mellin Sainct-Gelays  ou Melin Saint- Gelais (1491-1558)
Titre : Oeuvres poétique de Mellin S. Gelais, 1719 sur l’édition de  1574

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partons à nouveau à la découverte de la poésie de cour du XVIe, qui est en France et sans conteste le siècle de la transition vers la renaissance. A cette occasion, nous revenons sur le poète Melin Saint-Gelais en vous donnant sur lui des éléments de biographie mais en partageant aussi quelques unes de ses pièces entre humour et poésie courtes.

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Un charlatan disait en plein marché
Qu’il montrerait le diable à tout le monde ;
Si n’y eût nul, tant fût-il empêché,
Qui ne courût pour voir l’esprit immonde.
Lors une bourse assez large et profonde
Il leur déploie, et leur dit : Gens de bien,
Ouvrez vos yeux ! Voyez ! Y a-t-il rien ?
– Non, dit quelqu’un des plus près regardants.
– Et c’est, dit-il, le diable, oyez-vous bien ?
Ouvrir sa bourse et ne voir rien dedans.

Folie, Melin Saint-Gelais (1574)

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N_lettrine_moyen_age_passionatif d’Angoulème, issu de famille noble, fils peut-être ou même neveu, pense-t-on, sans en avoir la certitude du rhétoriqueur Octavien de Saint-Gelais, évêque d’Angoulême, Melin Saint-Gelais a bénéficié dans sa jeunesse, d’une solide éducation littéraire acquise, semble-t-il, à Potiers mais aussi à Bologne et à Padoue, au coeur de l’Italie renaissante. C’est d’ailleurs là où il put acquérir la maîtrise de la langue italienne. Plus tard, aumônier du dauphin, puis bibliothécaire du roi François Ier, il fut un des favoris à la cour. Encore plus loin dans le temps et suivant sa carrière religieuse, il se fit abbé et fut aussi clerc du diocèse d’Angoulême. A sa mort, en 1558, à Paris, il était encore dans les ordres.

Joueur de Luth, chanteur et poète de cour, contemporain et peut-être même un peu rival tout en étant ami de Clément Marot, l’histoire littéraire n’a pourtant pas retenu Melin Saint-Gelais autant qu’elle le fit de son illustre homologue, même si on s’entend bien, en général, sur le fait que sa renommée auprès de ses contemporains, n’avait rien à envier à celle de Marot, au moins de son vivant.

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Tu te plains, ami, grandement ,
Qu’en mes vers j’ay loüé Clement,
Et que je n’ay rien dit de toy.
Comment veux tu que je m’amuse
A louer ny toy, ny ta muse ?
Tu le fais cent fois mieux que moy.

A un importum, Melin Saint-Gelais (1574)

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Q_lettrine_moyen_age_passionuelques furent les détours pris par l’Histoire ou la postérité, pour juger de sa poésie, Melin Saint-Gelais fut, s’il faut le comparer à Clément Marot, pratiquement oublié et il ne resta bientôt plus, pour se souvenir de lui que la querelle qui l’opposa à Ronsard et à la Pléiade.

A une période où la poésie était perçue comme un enjeu de survie à la cour puisque les places s’y trouvaient comptées, les rivalités ne se voilaient qu’à peine. Les auteurs de la pléiade naissante ne cachaient alors pas leur ambition de faire table rase du passé médiéval, mais aussi du plus immédiat et, avec lui, d’une certaine poésie de cour légère, telle que la pratiquait justement Clément Marot ou Saint-Gelais. Il était question de renouer avec l’Antiquité et de porter le français plus haut dans des envolées qui, dans l’ensemble, semblaient peu souffrir l’usage que certains faisaient alors de l’humour, de la légèreté et même de la satire; en bref, la poésie et son usage devaient être une affaire hautement sérieuse.

Dans ce contexte, pas totalement exempt de rivalités et d’enjeux, Saint-Gelais s’était gaussé à la cour des écrits de Ronsard, en lisant des passages de ce dernier à voix haute et sur un ton pompeux, faisant même rire le roi avec ses facéties. Bien que le conflit fut atermoyé avec l’intéressé, plus tard, les auteurs de la Pléiade poursuivirent Saint-Gelais encore de leur diatribe, et cet épisode aura finalement plus survécu au temps que l’oeuvre poétique du poète d’Angoulême.

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O Luth, plus estimé present
Que chose que j’aye à present,
Luth de l’honneste lieu venu
Où mon coeur est pris & tenu :
Luth qui respons à mes pensées
Si tost qu’elles sont commencées :
Luth que j’ay faićt assez de nuits
Juge & tesmoin de mes ennuis,
Ne pouvant voir au près de moy
Celle qui t’eust au près de soy.
Je te suppli’ fay moy entendre
Comme touchant à la main tendre
Ton bois s’est garenti du feu* ,
Qui si bien esprendre ma seu :
Et s’il se pourroit bien esteindre
Par souvent chanter, & me plaindre:
Que pleust à dieu, Luth, que ta voix
Peust aller où de-coeur je vois,
Tant que mon torment bien oui
En peust rapporter un ouy :
Lors tu me serois plus de grace ,
Qu’onc n’en fist la harpe de Thraces
Qui faisoit les montaignes suyvre :
Car tu ferois un mort revivre.

D’un Luth, Melin Saint-Gelais

* Ton bois qui s’est préservé du feu

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our le reste, Melin de Saint-Gelais se situe bien souvent dans cette poésie légère de cour qui, dans les débuts de la renaissance et dans le courant de ce XVIe siècle,  pratique, dans sa recherche du bon mot et de la bonne chute, une satire et un humour qui s’épanchent quelquefois sans complexe du côté des grivoiseries.

Et s’il ne serait sans doute pas justice de ne retenir du poète renaissant que l’humour incisif et les épigrammes ou dizains « badins » ou grivois, il faut avouer que ce sont des pièces dans lesquelles il excelle. On en retrouvera certaines dans la Fleur de Poésie Françoyse mais pour mieux découvrir l’ensemble de son legs, on pourra encore valablement consulter la réédition de ses oeuvres poétiques datant de 1719 sur une édition originale datant de 1574. Tout n’y est pas parfaitement lisible et la digitalisation souffre de quelques imperfections mais c’est, en tout cas, l’ouvrage dont nous avons extrait les poésies présentes au fil de cet article.

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Un jour que Madame dormoit
Monsieur bransloit sa chambriere
Et elle qui la danse aymoit
Remuoit bien fort le derriere :
Enfin la garce toute fierre,
Luy dist Monsieur par votre foy
Qui le fait mieux, Madame, ou moy ?
C’est toy ( dist-il) sans contredit.
– Sainct Jean (dit-elle), je le croy,
Car tout le monde me le dit.

Dixain, Melin Saint-Gelais (1574)

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Ajoutons avant d’en conclure sur Melin Saint-Gelais, qu’au titre de son héritage plus sérieux, on lui prête encore d’avoir importé à la cour française l’art du sonnet italien dont François Pétrarque s’était fait quelques siècles auparavant, un illustre représentant.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C.

Une « invitation » au voyage en forme de Ballade par Eustache Deschamps

poesie_ballade_medievale_guerre_de_cent_ans_eustache_deschamps_moyen-age_tardif_XIVSujet : poésie médiévale, poésie morale, réaliste, littérature médiévale, ballade, français ancien, invitation au voyage
Période : moyen-âge tardif
Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406)
Titre : «Il ne scet rien qui ne va hors»
Ouvrage :  Oeuvres complètes d’Eustache Deschamps, Gaston Raynaud, Tome VII (1891)

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passion‘orléans à la Lombardie en passant par la Flandre, la Hongrie, ou l’Allemagne, au cours de sa longue vie, mais surtout durant sa jeunesse, Eustache Deschamps dit Morel, eut l’occasion de voyager et de voir du pays.

S’il faut se fier à certains de ses biographes, il serait même encore allé au delà des mers parcourant la Syrie, l’Egypte, visitant Jérusalem et le Caire. Dans ses pérégrinations, il aurait aussi été, quelque temps, esclave des Sarrasins (voir introduction Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, Georges Adrien Crapelet).

Concernant ces destinations lointaines et si on la prend au pied de la lettre, la ballade « Quand j’ai la terre et mer avironnée » que nous avons déjà présenté ici, semble aussi l’attester :

« Quant j’ay la terre et mer avironnée,
Et visité en chascune partie
Jherusalem, Egipte et Galilée,
Alixandre, Damas et la Surie,
Babiloine, le Caire et Tartarie,
Et touz les pors qui y sont,… »

Comme Eustache Deschamps est un poète « réaliste » attaché aux éléments factuels, on peut supposer, sans en avoir pour autant la moindre confirmation documentaire, qu’il ne fait pas là qu’une simple licence poétique et, au bénéfice du doute, décider de mettre ces voyages à son crédit. C’est en tout cas et semble-t-il une position de principe que nombre de ces biographes ont adoptée.

eustache_deschamps_morel_poesie_ballade_medievale_voyage_moyen-age_tardif_XVe

Il ne scet rien qui ne va hors

C_lettrine_moyen_age_passion‘est donc une ballade en forme d’invitation au voyage à laquelle nous convie aujourd’hui le poète médiéval. Bien entendu, il le fait avec le tranchant habituel de sa plume et les absences de nuances dans lesquelles son caractère bien trempé l’ont si souvent conduit. Comme c’est aussi ce qui fait son charme, nous ne pouvons totalement l’en blâmer mas de fait, plus qu’une simple « invitation » au voyage, voilà bien plutôt une injonction dans le pur style qui le caractérise.

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Ceuls qui ne partent de l’ostel
Sanz aler en divers pais,
Ne scevent la dolour mortel
Dont gens qui vont sont envahis,
Les maulx, les doubtes, les perilz
Des mers, des fleuves et de pas,
Les langaiges qu’om n’entent pas,
La paine et le traveil des corps;
Mais combien qu’om soit de ce las,
Il ne scet rien qui ne va hors.

Car par le monde universel
Qui est des nobles poursuis,
Sont choses a chascun costel* (de tous côtés)
Dont maint seroient esbahis,
De la creance, des habis*, (moeurs)
Des vivres, des divers estas,
Des bestes, des merveilleux cas,
Des poissons, oiseaulx, serpens fors,
Des roches, des plains, des lieux bas:
Il ne scet rien qui ne va hors.

De vir les montaingnes de sel,
Les baings chaux dont maint sont garis,
Le cours desquelz est naturel
Par vaines de soufre tramis,
Les divers fruis, ermines, gris;
Minieres d’or, d’argent a tas,
De fer, d’acier, d’estain verras,
De plomb, cuivre, arain, et alors
A toutes gens dire pourras:
Il ne scet rien qui ne va hors.

L’envoy

Princes, nulz ne sera sutils,
Saiges, courtois ne bien apris,
Tant soit riches, puissans ou fors,
S’en divers voyages n’est mis
En jeunesce pour avoir pris;
Il ne scet rien qui ne va hors.

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Une belle journée à tous!

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Août 2017 : revivre une grande bataille de la guerre de cent ans à Castillon, en Aquitaine

spectacle_reconstitution_historique_fetes_animations_medieval_castillon_la_bataille_1453_guerre_de_cent_ansSujet : festivités médiévales, grand spectacle, reconstitution historique, guerre de cent ans, bataille médiévale
Evénement : Spectacle historique, La Bataille de Castillon
Période : moyen-âge tardif, 1453,
Lieu : Castillon la Bataille (Aquitaine)
Dates: les 3, 4, 5, 10, 11, 12, 17, 18, 19 août 2017

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous lui avions déjà dédié un article complet l’année dernière, le grand spectacle de la bataille de Castillon, ouvrira à nouveau ses portes à partir du 3 août et toutes les fins de semaine de ce mois jusqu’au 19 inclus, pour une heure trente de grand divertissement et de spectacle_historique_festivites_fetes_agenda_medieval_castillon_la_bataille_1453_guerre_de_cent_ans_reconstitution_moyen-age_tardifreconstitution historique, au coeur de la guerre de cent ans.

Le village d’Aliénor 2017 : un avant-spectacle enrichi de nouvelles animations

Comme l’année dernière, en avant spectacle et dès la fin d’après-midi, les organisateurs vous proposent jeux, animations, duels et combats de chevaliers, scénettes humoristiques et ripailles dans un espace médiéval recrée pour l’occasion : le Village d’Alienor. Cette année, une attention toute particulière a été portée pour offrir encore plus  de divertissement dans le cadre de cet espace; une façon de transporter totalement les nombreux visiteurs dans le moyen-âge  et de mieux les immerger en vue de la bataille.

spectacle_historique_festivites_fetes_medievale_castillon_la_bataille_2017_guerre_de_cent_ans_reconstitution_1453_moyen-age_tardif

Une édition 2017 remaniée
pour plus d’humour et de divertissement

L_lettrine_moyen_age_passione grand spectacle s’ouvrira, quant à lui, autour de 22 heures et en nocturne. Même si l’issue de la bataille de Castillon demeure inchangée, la scénographie se renouvelle chaque année et, pour cette édition, les organisateurs nous promettent de nombreuses surprises et nouveautés. Il y aura notamment « plus de légèreté et de fantaisie » et avec le choix artistique 2107 l’intention est clairement  « de rééquilibrer par l’humour et la farce la rigueur de l’histoire ».

spectacle_historique_festivites_fetes_agenda_medieval_castillon_la_bataille_guerre_de_cent_ans_reconstitution_1453_moyen-age_tardifCe divertissement historique  mis en scène et réalisé par Eric le Collen, fête cette année ces 40 ans et reste, à ce jour, l’un des plus importants d’Aquitaine. Pour vous en donner la mesure,  plus de 40000 visiteurs sont attendus pour cette saison 2017, sur les sept hectares de scène couverts par la bataille, au pied du château de Castegens.

Au delà du spectacle, il est aussi question d’une grand aventure humaine et de passion.  Chaque fin de semaine de juillet et d’août, ce sont en effet plus de 700 bénévoles dont 600 acteurs qui s’emploient à faire revivre cette bataille historique de la fin de la guerre de cent ans.

Pour le programme détaillé, la billetterie et plus d’information, visitez le site officiel de la Bataille de Castillon.

Pour tout savoir sur la bataille historique et Castillon et la défaite de TALBOT, cliquez ici.

En vous souhaitant une très belle journée et une très belle Bataille de Castillon 2017, si vous avez l’opportunité d’y assister.

Frédéric EFFE.
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Villon, fragments poétiques et prière du grand testament

poesie_medievale_epitaphe_villon_ballade_pendu_erik_satie_lecture_audioSujet : poésie médiévale, poésie réaliste, auteur médiéval. mort, extrait, prière, poèmes mystiques.
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle.
Ouvrage : extrait du grand Testament.

Bonjour à tous,

B_lettrine_moyen_age_passionien qu’il serait sans doute plus simple de publier, d’un coup d’un seul, toute l’oeuvre poétique de François Villon ou même tout le Grand testament puisque c’est ce dont il s’agit ici, sa publication par fragments ou extraits offre l’avantage de prendre toute la mesure de la force et la beauté du verbe de ce poète médiéval à nul autre pareil.

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« Si prie au benoît Fils de Dieu,
Qu’à tous mes besoins je réclame,
Que ma pauvre prière ait lieu
Vers lui, de qui tiens corps et âme,
Qui m’a préservé de maint blâme
Et franchi de vile puissance.
Loué soit-il, et Notre Dame,
Et Louis, le bon roi de France ! »

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Bien sûr, le drame qui sous-tend de nombreux passages du grand testament et tout le désespoir qu’ils portent viennent encore lui donner ce regain de puissance qui font de ce texte un pièce unique et si particulière dans l’histoire de la poésie médiévale  française.

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Du fond de cette prison froide et hostile, soumis à la torture, Villon le mauvais garçon repenti, l’homme, le poète et le croyant sont tous à la fois réunis dans un cri et presque déjà morts. Contre toute attente et par la grâce d’un roi, l’auteur médiéval ne rencontrera pourtant pas son destin dans cette geôle et elle ne lui sera pas fatale, mais il en résultera son plus grand legs poétique, un héritage empreint à jamais de peur, de repentir, de souffrance et de mysticisme profond.

Lectures poétiques, fragments: extrait du Grand testament par Gilbert Robin

E_lettrine_moyen_age_passionn 1962, la Bibliothèque Nationale de France, en collaboration avec le label Believe digital, proposaient à la distribution un disque  dans lequel on pouvait retrouver des lecture_poetique_gilbert_robin_villon_grand_testament_poesie_medievalepoèmes mystiques choisis de François Villon, lus par divers comédiens, sur une mise en musique de l’Ensemble Guillaume-Dufay. L’extrait ci-dessus, lu par le comédien Gilbert Robin (portrait ci-contre) est tiré de ce disque.

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 En vous souhaitant une très belle journée.
Fred

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Comment qu’à moy lonteinne, un virelai d’amour courtois de Guillaume de Machaut

Guillaume-de-Machaut_trouvere_poete_medieval_moyen-age_passionSujet : musique, chanson ancienne, médiévale, virelai, amour courtois.
Titre : « Comment qu’à moy lonteinne »
AuteurGuillaume de Machaut (1300-1377)
Période : XIVe siècle, moyen-âge tardif
Album : Mon Chant Vous Envoy (2013)
Interprétes : Marc Mauillon  Direction : Pierre Hamon. Label : Eloquentia

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous vous proposons un retour vers le moyen-âge tardif et le XIVe siècle avec le grand maître de musique Guillaume de Machaut. La pièce est un virelai profane, tout entier dédié à l’amour courtois puisqu’il y est question d’un éloignement qui n’ôte pas pour autant de l’esprit ni du coeur du compositeur sa dame, auquel il dédie ses vers.

Manuscrit Français 1584

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On peut retrouver cette pièce musicale notamment dans le Manuscrit ancien référencé  MS fr. 1584 de la BnF ou Français 1584 et ayant pour titre:  Guillaume de Machaut, Poésies. C’est un des rares manuscrits du XIVe siècle autour du compositeur médiéval qui n’ait pas été entièrement réalisé dans un atelier parisien, mais vraisemblablement autour de Reims, ville où Machaut a fini ses jours. 

Dans l’ouvrage, la chanson Comment qu’à moy lonteinne fait suite à la chanson bien connue : « Douce Dame Jolie »  dont nous avons parlé ici (photo  du feuillet en question ci dessus).

Interprètes et album

C_lettrine_moyen_age_passionette chanson est tirée de l’album  Mon Chant Vous Envoy sorti en 2013 sous le label Eloquentia.  Sous la direction de Pierre Hamon, les compositions y sont interprétées vocalement par Marc Mauillon. Comme nous l’avions déjà mentionné par ailleurs, le chanteur lyrique a une prédilection toute particulière pour le répertoire médiéval de Guillaume de Machaut. Il est accompagné ici, entre autres artistes, par sa soeur Angélique Mauillon,

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Tout entier dédié à des virelais, ballades et rondeaux de Guillaume de Machaut, cet album est disponible à la vente en ligne sous le lien suivant : Mon chant vous envoy.

Les paroles de la chanson
de Guillaume de Machaut

C_lettrine_moyen_age_passionomme mentionné plus haut, il est question, dans ce virelai courtois, d’éloignement et le compositeur médiéval conte à sa dame que, bien qu’elle soit distante de lui physiquement (Comment qu’à moy lonteinne), elle reste bien présente dans ses pensées.

Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

Car Souvenir me meinne,
Si qu’adès sans sejour
Vo biauté souvereinne,
Vo gracieus atour,
Vo maniere certainne
Et vo fresche coulour
Qui n’est pale ne veinne,
Vou toudis sans sejour.
Comment qu’à moy.

Dame, de grace pleinne,
Mais vo haute valour,
Vo bonté souvereinne
Et vo fine douçour
En vostre dous demeinne
M’ont si mis que m’amour,
Sans pensée vilainne,
Meint en vous que j’aour,
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour.

Mais Desirs qui se peinne
D’acroistre mon labour
Tenra mon cuer en peinne
Et de mort en paour,
Se Diex l’eure m’ameinne
Qu’à vous, qui estes flour
De toute flour mondeinne,
Face tost mon retour.
Comment qu’à moy lonteinne
Soiez, dame d’onnour,
Si m’estes vous procheinne
Par penser nuit et jour.

En vous souhaitant une  excellente journée.

Fred
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« Mort saisit (tous) sans exception », Villon et le grand Testament.

poesie_medievale_epitaphe_villon_ballade_pendu_erik_satie_lecture_audioSujet : poésie médiévale, poésie réaliste, auteur médiéval. mort, extrait
Auteur : François Villon (1431-?1463)
Période : moyen-âge tardif, XVe
Ouvrage : extrait du grand Testament. Oeuvres complètes et commentés de François Villon par P.L Jacob (1854)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons un court extrait et une strophe du Grand Testament de François Villon sur la Mort. Le poète médiéval nous rappelle la vacuité du statut social ou des richesses face à l’inéluctable faucheuse, comme on le retrouvera rappelé dans certains ballades d’Eustache Deschamps, entre autres auteurs. Le thème n’est d’ailleurs pas propre à l’Europe médiévale, même s’il est empreint ici de valeurs chrétiennes.

Ajoutons que cette mort plane de manière tout à fait particulière sur cette partie de l’oeuvre de Villon qui la pense alors proche et ne sait pas encore, au moment où il écrit ses vers, qu’il va être gracié.

« Je congnoys que pauvres et riches,
Sages et folz, prebstres et laiz (1)
Nobles, vilains, larges et chiches,
Petitz et grans, et beaulx et laidz,
Dames à rebrassez colletz, (2) 
De quelconque condicion,
Portant attours et bourreletz, (3)
Mort saisit sans exception. »
François VILLON (1431-?1463)
Le Grand Testament – Extrait

(1) Laïcs
(2) vêtements bordés de fourrures
(3) bourreletz Coiffe d’époque luxueuse

villon_poesie_medievale_grand_testament_mort_moyen-age_tardif

Q_lettrine_moyen_age_passionuelques strophes plus loin, on retrouvera encore cette plume et ce verbe réaliste dont François Villon a le secret et il nous y décrira  la mort dans le détail, un peu comme il l’avait fait pour les pendus de son épitaphe.

« La mort le fait frémir, pâlir,
Le nez courber, les veines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Jointes et nerfs croître et étendre.
Corps fémenin, qui tant es tendre.
Poly, souef, si précieux,
Te faudra il ces maux attendre ?

Oui, ou tout vif aller ès cieux. »

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Journée médiévale : un voyage au coeur du XVe siècle avec le Centre Historique Médiéval d’Azincourt

azincourt_bataille_guerre_de_cent_ans_histoire_medieval_centre_historiqueSujet :  centre historique, histoire médiévale, histoire vivante, joutes équestres, combats à l’arme ancienne, événement, célébration médiévale.
Période : moyen-âge tardif, XVe, octobre 1415
Lieu : Centre Historique Médiéval d’Azincourt
Evénement : journée médiévale au coeur du XVe siècle
Intervenants : combattants, artisans et compagnies médiévales historiques.
Date : Dimanche 23 juillet 2017 (journée)

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passioni vous vous tenez proches du Pas-de-Calais cette fin de semaine, le très actif Centre Historique Médiéval d’Azincourt vous convie à un grand événement autour du moyen-âge tardif.  Entre histoire vivante et reconstitution historique, c’est, en effet, un voyage au coeur du XVe siècle et de la guerre de cent ans qui vous sera proposé, durant toute la journée du dimanche, à partir du milieu de matinée et jusqu’à la fin d’après-midi.

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Chevalerie, archerie, armes de siège et vie militaire : revivre la guerre de cent ans

O_lettrine_moyen_age_passionn ne peut décemment célébrer le XVe siècle à Azincourt et aborder la guerre de cent ans, sans parler de chevalerie. Pour l’occasion, la compagnie Chevalerie Initiatique viendra faire de nombreuses démonstrations de joutes à cheval mais encore de combats à pied et en armures, armes d’époque à la main.

agenda_fetes_evenement_medieval_azincourt_centre_historique_guerre_cent_ans_archerie_reconstitution_histoire_vivante_moyen-age_tardifL’archerie, élément stratégique clef des batailles médiévales, qui signera la cuisante défaite de la chevalerie française et la destruction d’une grande partie de sa noblesse, en 1415, à Azincourt, sera également représentée. C’est la compagnie The Free Company of Aquitaine  qui viendra, pour l’occasion, vous dévoiler tous les secrets de cette discipline, autant que vous en démontrer la puissance.

De son côté,  la compagnie médiévale Machina Silente  sera en charge des démonstrations d’armes de jet. Projectiles et boulets variés au programme, Pied Gras et Coquillard, les deux acteurs/reconstituteurs qui sont au coeur de cette troupe et de cette animation, conserveront, comme à l’habitude, leur ton humoristique et facétieux  sans pour autant se départir de la dimension pédagogique et historique de leurs démonstrations.

agenda_fetes_evenement_medieval_azincourt_centre_historique_guerre_cent_ans_reconstitution_histoire_vivante_moyen-age_tardifToujours dans le but d’explorer les aspects de la vie militaire au moyen-âge tardif, il y aura encore sur place un traditionnel campement médiéval, à la découverte du quotidien des guerriers et soldats autour des batailles: tentes et mobiliers, armement offensif et défensif, techniques de combats  et même de cuisine y seront détaillées.

Enfin, pour clore le voyage sur les aspects militaires, point d’orgue important de la journée, les fiers combattants, chevaliers et mesnies venus sur place,  tenteront de faire revivre  devant vous la bataille d’Azincourt lors d’une grande reconstitution historique spécialement créée pour l’occasion.

evenement_animation_-fete_medievale_joutes_tournoi_histoire_medievale_azincourt_XV_moyen-age_tardif

Marché médiéval, démonstration d’artisanat d’époque, farces théâtrales et fabliaux

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le reste des animations,, un marché médiéval et des démonstrations d’artisanat d’époque sont également prévues, ainsi que des scénettes humoristiques agenda_fetes_evenement_medieval_azincourt_centre_historique_guerre_cent_ans_fabliaux_humour_medieval_moyen-age_tardifet même des fabliaux avec la troupe  théâtrale Eutrapelia.

Dernier détail, du côté des ripailles, une restauration champêtre avec sandwiches et boissons sera présente sur place.

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter directement le centre d’Azincourt  au numéro de téléphone suivant : 03 21 47 27 53 ou par courriel  :
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En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
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Eustache « Brûlé » Deschamps : une ballade sur les ravages de la guerre de cent ans

poesie_ballade_medievale_guerre_de_cent_ans_eustache_deschamps_moyen-age_tardif_XIVSujet : poésie médiévale,  satirique, morale, réaliste, littérature médiévale, ballade, français ancien, Vertus, guerre de cent ans.
Période : moyen-âge tardif
Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406)
Titre : «J’aray desor a nom  brûlé des champs »
Ouvrage :  Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, Georges Adrien Crapelet (1832)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionélèbre ballade d’Eustache Deschamps, la poésie que nous publions aujourd’hui nous conte par la bouche de l’auteur médiéval des ravages de la guerre de cent ans dans la plaine de Champagne. Les batailles ont laissé derrière elles tant de misère et de ruine qu’il faudrait désormais appeler le poète « brûlé Des Champs ».

Nous y apprenons des choses sur les origines du poète et sur sa ville de coeur et de naissance: Vertus, dont il nous conte les douceurs d’avant-guerre. Mal en point financièrement pour avoir dû restaurer son domaine, il en appelle aussi aux soutiens des plus grands, princes et seigneurs, pour l’aider à rétablir sa « maison ».

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« Ballade  du domaine d’Eustache brûlé
par les anglais »

C_lettrine_moyen_age_passione titre est celui donné par G.A. Crapelet dans son ouvrage de 1832. Dans son édition des oeuvres d’Eustache Deschamps,  le Marquis de Queux de Saint-Hilaire donnera quant à lui comme « titre » à cette ballade :  « Il ne doit plus s’appeler Eustache, mais Brûlé des Champs ». De notre côté, il nous semble toujours plus logique de reprendre comme titre le vers qui scande la ballade, plutôt que d’en inventer un, en l’occurrence : J’aray desor a nom Brûlé des Champs,  j’aurai désormais pour nom Brûlé des Champs.

Je fu jadiz de terre vertueuse,
Nez de Vertus, le paiz renommé
Ou il avoit ville tresgracieuse
Dont li bon vin sont en maint lieux nommé;
Jusques a cy avoit mon nom nommé,
Eustace fu appelle dès enfans;
Or sui tous ars, s’est mon nom remué: (1)
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

Dehors Vertus ay maison gracieuse
Ou j’avoye par long temps demouré,
Ou pluseurs ont mené vie joyeuse,
Maison des champs l’ont pluseurs appelle ;
Mais, Dieu merci (2), toute plaine de blé,
Ont les Angles le feu bouté dedens ;
Deux mille frans m’a leur gerre cousté:
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

Las ! ma terre est destruitte et ruyneuse,’
Je suis désert, destruit et désolé;
Fuir m’en fault, ma demeure est doubteuse,
Se je ne sui d’aucun reconforté; ,
Ainsi seray de mon lieu rebouté,
Comme essilliez, dolereux et meschans,(3)
Se mes seigneurs n’ont de mon fait pitié :
J’aray desor a nom Brûlé des Champs.

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NOTES

(1)« Or sui tous ars, s’est mon nom remué » : il ne me reste plus rien ou je suis à nu et j’ai perdu jusqu’à mon nom.
(2) « Dieu merci » : Dieu ait pitié de moi.
(3) Comme essilliez, dolereux et meschans : comme exilé, ruiné, triste et malheureux.

Vertus en Champagne, la ville de Eustache Deschamps, gravure du XVIIe par Claude Chastillon
Vertus en Champagne, la ville de Eustache Deschamps, gravure du XVIIe par Claude Chastillon

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred

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Danse médiévale du XIVe siècle et hommage à Boccaccio : La rotta della Manfredina

micrologus_musique_ancienne_medievale_ethno_musicologie_saterelle_moyen-age_tardifSujet : musiques médiévales et anciennes, danse médiévale, manuscrit ancien, ballades, madrigaux, estampies.
Période : moyen-âge central, XIVe siècle,
Titre :   La rotta della Manfredina
Tirées de:  manuscrit add 29987,  manuscrit de Londres, British Museum.
Interprètes: Micrologus
Album : Alla Festa Leggiadra  (2005)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons une nouvelle pièce  tirée du Manuscrit Ancien de Londres ou le MS ADD 29987. C’est encore une danse médiévale comme cet ouvrage en contient de nombreuses, connue sous le titre de  La rotta della Manfredina ou La Manfredina et demeurée anonyme à ce jour. 

De nombreuses formations musicales de qualité l’ont reprise mais puisqu’il fallait en choisir une pour vous en présenter une première version, nous avons choisi de le faire en compagnie de l’excellent ensemble médiéval italien Micrologus (voir articles précédents).

C_lettrine_moyen_age_passionboccace_boccacio_renaissance_italienne_decameron_auteur_medieval_italien_Castagno_1450_moyen-ageette pièce est tirée de l’album  Alla Festa Leggiadra daté de 2005 et sous-titré : Ballate, madrigali e danze all’epoca di Boccaccio, XIV sec.

C’est donc un album tout entier dédié aux danses, ballades et madrigaux du XIVe siècle contemporains de Giovanni Boccaccio (1313-1375) mieux connu en français sous le nom de Jean Boccace. On doit à ce célèbre auteur médiéval florentin, entre autres ouvrages le Décaméron et on a fait de lui, avec Dante et Petrarque, l’un des inspirateurs du renouveau de la littérature italienne ainsi que de la renaissance européenne. (ci dessus, portrait de Boccaccio, détail d’une fresque de Andrea del Castagno, 1450, Galleria degli Uffizi, Florence)

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En vous souhaitant une  bonne écoute et une très belle journée.

Fred
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Qui pendra la sonnette au chat ?, une fable médiévale d’Eustache Deschamps

poesie_fable_litterature_monde_medieval_moyen-ageSujet : poésie médiévale,  satirique, morale, fables, valeurs humaines, métaphores animalières, Isopets, Ysopet, , littérature médiévale, ballade, français ancien,
Période : moyen-âge tardif
Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406)
Titre : « Le chat et les souris »
Ouvrage :  Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, Georges Adrien Crapelet (1832)

Bonjour à tous,

F_lettrine_moyen_age_passion-copiailles d’Esope, écrivain grec des VIIe et VIe siècles avant Jésus-Christ, dont on a fait l’illustre père bien avant La Fontaine, les fables se sont perpétuées avec succès dans la France du moyen-âge central.

Les fables au moyen-âge

Recopiées  tout d’abord en latin à partir des écrits de Phèdre, fabuliste du Ier siècle de notre ère, adaptateur d’Esope, mais aussi à partir des oeuvres du  fabuliste romain de langue grecque Babrius (IIe siècle) ou encore  du poète romain Avianus des IVe et Ve siècles, les fables gagneront leurs lettres de noblesse en anglo-normand et en français sous la plume de la célèbre poétesse Marie de France.  Un Marie_de_France_enluminures_fables_isopets_poesie_medievale_moyen-age_central_XIIepeu avant la fin du XIIe, cette dernière en écrira, en effet, plus de 100.

Enluminure, Marie de France, Ms. 3142, BnF (retouche feuille d’or)

Sur l’ensemble, elle ne se contentera pas de retranscrire et de paraphraser l’héritage des auteurs latins et grecs des origines, elle créera aussi un bon nombre de fables inédites, consacrant là un véritable genre littéraire. Ses écrits seront,  par la suite,  largement repris contribuant à la diffusion du genre dans les siècles suivants. On les connaîtra alors sous le nom d’Isopets ou Ysopets, dérivés du nom de l’illustre Esope évoqué plus haut.  C’est indéniable, la satire de la comédie humaine derrière l’écran de l’image animalière séduit et ce n’est pas le Roman de Renart et son succès, dès la fin du XIIe et les débuts du XIIIe siècle qui viendront le démentir.

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Ballade & Fable : Le chat et les souris d’Eustache Deschamps

C_lettrine_moyen_age_passionomme nous l’avions déjà évoqué dans un portrait précédent, au XIVe siècle et un peu plus près déjà du moyen-âge tardif, Eustache Deschamps s’essayera lui aussi au genre de la fable et même à quelques autres dérivés autour de la métaphore animalière. La fable du jour est devenue, sans nul doute, la plus célèbre d’entre elles qui se trouve être aussi une ballade. Elle doit, entre autre, son succès à son refrain : « Qui pendra la sonnette au chat?« .

Autrement dit : Qui viendra pendre le grelot au cou du chat ? Au moment de conseiller ou d’argumenter, tout le monde est bien d’accord, mais au moment d’agir et d’en avoir le courage, il en reste peu pour prendre le risque d’entreprendre une affaire périlleuse pour le bien de tous ? La question reste posée et ouverte dans cette fable qui inspirera d’ailleurs, à son tour, Jean de La fontaine dans son Conseil tenu par les Rats, et lui tirera cette morale :

« Ne faut-il que délibérer,
La cour en conseillers foisonne ;
Est-il besoin d’exécuter,
L’on ne rencontre plus personne. »

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Je treuve qu’entre les souris
Ot un merveilleux parlement
Contre les chas leurs ennemis,
A veoir manière comment
Elles vesquissent* seurement (* vécurent)
Sanz demourer en tel débat;
L’une dist lors en arguant :
Qui pendra la sonnette au chat?

Cilz consaulz fut conclus et prins ;
Lors se partent communément.
Une souris du plat pais
Les encontre et va demandant
Qu’om a fait: lors vont respondant
Que leur ennemi seront mat :
Sonnette aront ou coul pendant.
Qui pendra la sonnette au chat?

« Cest le plus fort », dist un rat gris
Elle demande saigement
Par qui sera cilz fais fournis.
Lors s’en va chascune excusant ; 
Il n’y ot point d’exécutant,
S’en va leur besongne de plat;
Bien fut dit, mais, au demeurant,
Qui pandra la sonnette au chat?

L’envoy

Prince, on conseille bien souvent,

Mais on puet dire, com le rat.
Du conseil qui sa fin ne prant :
Qui pendra la sonnette au chat?

Eustache Deschamps  (1346-1406)

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En vous souhaitant une belle journée.

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