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Saint Augustin : vaine gloire, monde médiéval et modernité

moyen-age_chretien_saint_augustin_philosophie_monde_medievalSujet :  philosophie, raison, citations, théologie, mystique chrétien médiévale, moyen-âge chrétien, Saint Chrétien, gloire, vaine gloire.
Auteur : Saint-Augustin d’Hippone (354-430)
Période :  aube du moyen-âge, fin de l’antiquité
Ouvrage : les confessions,

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“Les paroles de notre bouche, nos actions qui se produisent à la connaissance des hommes, amènent la plus dangereuse tentation, cet amour de la louange, qui recrute, au profit de certaine qualité personnelle, des suffrages mendiés, et trouve encore à me séduire par les reproches mêmes que je me fais. Souvent l’homme tire une vanité nouvelle du mépris même de la vaine gloire; et la vaine gloire rentre en lui par ce mépris dont il se glorifie.”

Saint Augustin (354-430)  – Les confessions, Vaine gloire, poison subtil.

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Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour se situer un peu avant l’aube du moyen-âge, les écrits autant que l’approche théologique et philosophique de Saint-Augustin habiteront longtemps le monde médiéval et l’esprit de ses hommes. Sur certains aspects au moins, l’influence du philosophe et mystique chrétien d’Afrique perdurera même au delà de cette période,  en connaissant encore quelques temps forts au XVIIe siècle et en se frayant même un chemin jusqu’à notre modernité.

A classer parmi les premiers écrits auto-biographiques célèbres, ses confessions sont bien plus que la simple histoire d’une conversion. deco_medieval_moyen-age_chretienIntrospectif et vibrant de sincérité, Saint-Augustin y projette son propre itinéraire pour le transcender et toucher l’homme universel. Plus qu’une simple confession, ce livre du grand questionnement : des passions, de la raison, de la foi, entre autres grands thèmes, a traversé le temps. On en trouve, d’ailleurs, tout récemment une traduction en français moderne qui a été largement saluée, la version de Frédéric Boyer, appelée les aveux et datée de 2008.

Aujourd’hui, nous publions simplement un court extrait des confessions du Saint d’Hippone, en forme de citation sur la poursuite de la « vaine gloire », poison  dont il nous souligne bien ici la subtilité puisque, dans ses méandres insidieuses et si l’on y prend garde, ce dernier peut venir se glisser jusque dans son propre rejet et on se glorifie alors, en quelque sorte, de ne pas rechercher la gloire.

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Le portrait de Saint Augustin utilisé dans ce visuel est attribué au peintre italien Caravaggio (autour de 1600)

Pour les mettre en miroir, sur le même propos de Saint-Augustin, que nous livrons ici (traduction de 1864 par M Moreau), Frédéric Boyer traduira de son côté :

« Mais chacun de nos discours et chacune de nos actions publiques représentent un test très dangereux : notre amour-propre, qui nous fait aimer l’admiration des autres, nous pousse à collectionner et à mendier leurs suffrages. »
Saint Augustin, Les Aveux, Frédéric Boyer.

Gloire et désir de vaine gloire chez les auteurs du moyen-âge central

D_lettrine_moyen_age_passione Saint-Augustin à Thomas d’Aquin, et jusqu’à la fin du moyen-âge, on retrouvera cette notion de vaine gloire montrée du doigt par les auteurs médiévaux chrétiens. Même si l’on admet qu’il peut exister une « vraie gloire », Saint-Augustin lui-même en admet la possibilité, même si on ne retrouve déjà plus tout à fait chez lui, la marque de l’amour de la gloire loué par les auteurs classiques.

Après lui et chez les théologiens chrétiens du moyen-âge central, la gloire sera bordée et on s’en défiera même; au delà de la flagornerie, l’amour ou la recherche de son propre reflet (flatteur) dans le regard de l’autre, quand ce monde n’est qu’un passage vers un autre et qu’il convient si peu de s’y attacher ne peut aller de soi dans une perspective chrétienne. Au delà des différentes nuances qu’on pourra lui prêter, la gloire restera donc définie de manière relativement étroite et sa poursuite, pour elle-même, la vaine gloire, sera quoiqu’il en soit condamnée. Thomas d’Aquin en fera d’ailleurs un vice capital.

deco_medieval_moyen-age_chretienLa « gloire » véritable, est, en général, le résultat de l’exercice de vertus ou d’actions nobles et véritables, autrement dit, la conséquence désintéressée de conduites vertueuses et pas la poursuite d’une fin en soi. Du reste, obtenue ou reconnue sans que l’intéressé l’ait recherché par des valeurs ou des mérites éprouvés par l’action, elle ne saurait être héritée de possessions, de biens matériels ou même encore d’une lignée prestigieuse.

« Mais ès mondaines cours souvent, 
Promesses y volent au vent,
Vaine gloire y est grant maistresse
Et couvoitise y est princesse… »
Jean Froissart, Poésies

Hors des théologiens, pour nombre d’auteurs du XIIIe siècle, s’ils admettent une gloire chevaleresque, fondée sur l’exercice des vertus chrétiennes, la recherche de la gloire sera, presque  par nature vaine et même trompeuse, puisque indissociable de Fortune, qui tourne et change et peut la détruire à tout moment.  Totalement illusoire et présomptueux, le désir de vaine gloire met donc, tout le monde d’accord. Entre autres auteurs (Froissart, Gervais du Bus et son roman de Fauvel, Eustache Deschamps, Guillaume de Machaut, etc… ), Jean de Meung, dont on connait par ailleurs la plume acerbe n’hésitera pas  à s’y attaquer dans le Roman de la Rose. Là encore, l’ombre et le pouvoir de fortune serviront de cadre général et de repoussoir aux désirs ou aux illusions attachés à la vaine gloire.

« Si font devins qui vont par terre
Quant ils preschent pour loz aquerre,
Honneurs, ou graces ou richesses:
Ils ont les cueurs en grans détresses,
Ceulx ne vivent pas loyaulment,
Mais sur tous especiaument,
Ceux qui pour vaine gloire tracent
La mort de leurs ames pourchassent. »
Le roman de la rose – Jean de Meung.

Plus tard, dans le courant du XIVe siècle, les conflits et luttes des pouvoirs politiques, autant que les tensions à l’intérieur de l’église et les luttes d’ambition qui y tiendront place, ne manqueront pas de susciter invariablement le rappel de cette notion et de cet écueil, aidant même encore à repréciser les définitions (1).  Enfin, jusqu’à la fin du moyen-âge et dans les siècles suivants, la recherche de la vaine gloire continuera de rallier le consensus général, elle le fait toujours du reste.

Pour en avoir une vision juste,  concernant les notions de gloire et de désir de gloire (invariablement vain par nature) autant que deco_medieval_moyen-age_chretienleur ligne de démarcation, il faut aussi bien se souvenir que, de la définition idéale à la pratique, la position de nombre d’auteurs médiévaux ne peut que demeurer ambiguë puisque, finalement, ils sont souvent, par leur situation personnelle et leur dépendance à des protecteurs ou commanditaires, autant que par leurs écrits, ceux qui glorifient et qui louent, ou même encore ceux qui font les légendes et qui consignent les hauts faits et les mérites de leur temps. En dehors même des « commandes » ou des « louanges au kilomètres », la gloire demeure une valeur sûre et assez « vendeuse » à tout le moins difficilement contournable dans le champ littéraire, et on imagine peu de vrais héros sans elle. A cela il faut encore ajouter que les auteurs eux-même  peuvent certainement  nourrir, au moins quelquefois, et même si le statut d’auteur est alors, sans aucune commune mesure, avec ce qu’il deviendra par la suite, certaines ambitions de reconnaissance.

(1) Pour creuser tous ces aspects, je ne peux que vous conseiller l’article suivant sur Persée :  La notion de « vaine gloire » de Simund de Freine à Martin le FrancFrançoise Joukovsky-Micha.

Modernité de Saint-Augustin :
de la vaine gloire à la gloriole.

Q_lettrine_moyen_age_passionuant à la question de savoir si ces quelques lignes de Saint-Augustin peuvent encore nous être de quelque utilité ou même nous servir de guide au sein de notre modernité, à l’ère médiatique et télévisuelle, qui est aussi celle du tous « people », quand les rayons de librairie n’ont jamais autant croulé sous les autobiographies de « machin bidule, vu à la télé » ou pire « ex ou fils de machin bidule, vu à la télé », quand la télé réalité, encore, a fait de « passer à la télé » une fin en soi, quelque qu’en soit le prix, et quand , enfin, sur les réseaux sociaux et dans les mondes virtuels, l’individu ne s’est jamais autant rendu public auprès de presque parfaits inconnus, dans une frénésie qui va du simple besoin de se sentir exister, à une quête de reconnaissance ou de gloriole qui pourrait parfois donner le vertige, il faut bien s’efforcer de répondre que oui. L’écueil que le philosophe d’Hippone pointait du doigt, il y a 1600 ans, est sans doute plus d’actualité que jamais.

deco_medieval_moyen-age_chretienEt que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas là de morale chrétienne, ni même de morale tout court, pas d’avantage que le propos ne se résume à la mise en exergue d’une humilité, toute chrétienne aussi et bien que cette valeur puisse avoir son intérêt. Au delà même de la profession de foi, il s’agit aussi d’un guide pour l’action et d’un rappel utile sur la vacuité et l’illusion du paraître contre la vérité de l’être. Sans aller chercher bien loin, si nous sommes bien souvent séduits par des phrases du type « Faire de sa vie un art » ou « Vivre est un art », l’artiste, comme le mystique, cherche toujours et d’abord sa voie dans l’introspection et dans sa propre vérité intérieure ou si l’on préfère son propre « matériel » ontologique. Ce que les autres en feront, une fois le résultat produit ou rendu public, si tenté qu’il le rende public ce qui n’est pas toujours le cas, ne lui appartient plus et, sauf à prendre le risque de se dévoyer, la recherche de reconnaissance ou de vaine gloire n’est jamais son propos. Dès l’instant où il y cède, en ne créant que pour plaire, il entre en effet dans le clientélisme et dans la séduction. Or, sur le chemin de la connaissance de soi comme de la créativité, pour s’oublier et se perdre soi-même, l’amour des louanges est sans doute un des pires leurres, autant que l’un des le plus communs. Les modes passent, quelques chiens aboient, le véritable artiste est déjà loin, mais peut-être n’est-il d’ailleurs jamais passé par là.

En vous souhaitant une belle journée !
Fred
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Le moyen-âge des religions, une « anti-conférence » de Remi Brague

conferences_audio_video_moyen-age_monde_medievalSujet: philosophie médiévale, réflexions, définition, notion de moyen-âge.
Média: conférence
Lieu: HEC (1999)
Titre:  le moyen-âge des religions
Conférencier: Remi Brague

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial est toujours utile de revenir sur les notions que l’on emploie, a fortiori celles dont on use le plus souvent, pour les passer au crible et, éventuellement, mieux en percevoir les limites, les travers ou les biais. Aujourd’hui, c’est celle qui  est au coeur même de ce site et qui en fait l’objet – le « moyen-âge » – que nous propose d’examiner le romaniste, philosophe et essayiste Remi Brague, dans une perspective qui n’est justement pas celle d’un historien médiéviste, mais plutôt celle d’un spécialiste d’histoire de la philosophie et de philosophie médiévale.

deco_medieval_moyen-age_chretienAlors, qu’est-ce que le moyen-âge ? Et au delà  qu’est-ce que le moyen-âge des religions ?  Voilà deux questions posées en une seule et un bel exercice de réflexion auxquels nous sommes invités dans cette conférence ou plutôt devrait-on dire, avec lui, cette « anti-conférence » puisqu’il s’y emploie à déconstruire les notions de « moyen-âge » et de « moyen-âge des religions », pour nous démontrer à partir de leur émergence terminologique, historique et culturelle, ce qu’elles recouvrent de flou, mais aussi, d’européocentrisme.

Et si, pour des raisons  de durée, l’on resterait presque  un peu sur notre faim sur la partie qui concerne les chausse-trappes cachées derrière ce moyen-âge défini comme « l’ère  des religions », on retiendra avec Rémi Brague l’opposition qui en découle et qui s’y trouve sous-entendue, à une modernité qui ne le serait presque plus (religieuse) ou qui en serait déjà sortie. Ajoutons que sur le sujet des religions comparées, on pourra trouver en ligne nombre de conférences de ce brillant intervenant qui s’en est fait une grande spécialité.

Conférence le moyen-âge des religions

Remi Brague, essayiste et philosophe

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaormé à l’école normale supérieure, agrégé de philosophie, docteur ès-Lettres, en plus d’être versé dans l’histoire des civilisations et des idées, Remi Brague est aussi un expert des trois religions chrétienne, juive et musulmane et de leur étude comparée.

Il ajoute à son bagage conceptuel et analytique de philosophe, des sérieuses connaissances en langues avec un champ qui s’étend au grec ancien, au latin, à l’arabe médiéval et l’hébreu et pour ce qui est moyen-age_religions_conference_philosophie_medievale_remi_braguedes langues modernes au français, à l’allemand, l’anglais et l’espagnol. Mettez par dessus tout cela, une sérieuse érudition, un sens critique aiguisé et une bonne  dose d’humour caustique et vous aurez une idée des qualités de ce grand intellectuel, autant que du plaisir qu’il y a à le suivre dans ses réflexions.

Du point de vue institutionnel ou universitaire, ses travaux lui ont valu d’être primé de nombreuses fois; il a notamment reçu en 2009, le grand prix de philosophie de l’Académie française et en 2012, le Prix Ratzinger pour la théologie. Du côté de ses publications, on lui doit de nombreux essais critiques et philosophiques sur des sujets qui touchent autant la philosophie antique, les religions comparées que l’Europe ou le questionnement sur l’homme et sur la modernité. Pour retrouver son parcours détaillé, ses titres honorifiques ou encore le détail de ses parutions, vous pouvez valablement consulter ce lien : parcours Remi Brague

En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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La puissance de l’esprit humain selon Paracelse

citations_alchimie_medecine_medievale_moyen_age_paracelseSujet : citations, libre-arbitre, esprit humain, philosophie, pouvoir de l’esprit.
Période : début renaissance, moyen-âge tardif
Auteur Paracelse, Paracelsus (1493-1541) 

« Si nous, les hommes, connaissions bien notre esprit, rien ne nous serait impossible sur terre.»
Theophrastus Bombastus Von Hohenheim, Paracelse (1493-1541)  Médecin, alchimiste & astrologue du moyen-âge tardif.

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionue cache cette citation de Paracelse que vous avez peut-être déjà croisée ici ou là ? Prise hors de son contexte, elle pourrait presque nous rappeler les assertions modernes de la Science sur les mystères et le pouvoir infinis du cerveau humain au niveau bio-chimique.  En réalité, nous sommes au début du XVIe siècle et même si le moyen-âge est déjà en train de céder la place à la Renaissance, il ne s’agit pas encore  de cela.

Pour Paracelsele médecin, philosophe et savant du moyen-âge tardif, l’essence de l’esprit humain est divine :  « C’est une grande chose que l’esprit de l’homme, une chose telle que personne ne saurait l’exprimer. Comme Dieu lui-même est éternel et impérissable, ainsi en est-il de l’esprit de l’homme. ».  Cet esprit humain, émanation directe du divin, est même si puissant qu’il pourrait aller jusqu’à prendre l’ascendant sur les étoiles et sur les Astres eux-même.

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Plus qu’un relation hiérarchisée entre Dieu, l’homme et la nature, à laquelle le moyen-âge nous avait habitué  il y a donc, selon Paracelse, une relation véritablement intime entre l’homme, couronnement de la création et Dieu. De cette philosophie, il résulte pour lui que l’homme devrait être affranchi de toute structure politique ou sociale coercitive ou arbitraire et ne jamais être subordonné au bon vouloir d’un « maître » afin de pouvoir développer directement ses propres dons pour le bien-être de la communauté. Cette  idée forte du libre arbitre et de la liberté individuelle l’ont d’ailleurs fait, quelquefois, rapprocher de Luther (voir l’ouvrage Paracelsus, essential, theoretical writings de  Nicholas Goodrick-Clarke).

Cette conception d’une inspiration divine directe et d’un potentiel infini qui peuvent se manifester sous certaines conditions explique encore, sans doute et en partie, le mépris que Paracelse a souvent affiché auprès des universités, contre l’expérience et l’apprentissage direct, autant que les quolibets qu’il a pu adresser à des personnes s’engageant sur la voie de la médecine, sans en avoir la vocation profonde, ni le don.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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La vérité, le fou et le sage, par le philosophe Erasme

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“Accordez aussi aux fous une qualité qui n’est pas à dédaigner: seuls, ils sont francs et véridiques.”
Erasme de Rotterdam, (1461-1536)- L’Eloge de la folie.
Philosophe, humaniste, écrivain de la toute fin du moyen-âge ou du début de la renaissance.

Bonjour à tous,

J_lettrine_moyen_age_passione fais juste une petite précision pour éclairer cette citation de Erasme qui peut être mal comprise quand on la prend hors contexte. Le fou dont il est question ici est le bouffon, le fou du prince. Plus loin le philosophe ajoutera d’ailleurs :

« On me dira que les oreilles princières ont précisément horreur de
la vérité et que, si elles fuient les sages, c’est par crainte d’ouïr parmi eux une voix plus sincère que complaisante. Je le reconnais, la vérité n’est pas aimée des rois. Et pourtant, mes fous réussissent cette chose étonnante de la leur faire accepter, et même de leur causer du plaisir en les injuriant ouvertement. Le même mot, qui, dans  la bouche d’un sage, lui vaudra la mort, prononcé par un fou réjouira prodigieusement le maître. C’est donc que la vérité a bien quelque pouvoir de plaire, si elle ne contient rien d’offensant, mais folie_citation_medievale_bouffon_roi_erasme_veriteles Dieux l’ont réservée aux fous. »

En ces temps imbéciles où un rien nous offense si souvent et, en accord avec Erasme, ajoutons encore ceci : bienheureux le royaume ou les terres de ce monde où le fou peut encore se rire même des princes et où il n’a crainte que la vérité ne sorte par sa bouche.

Une belle journée à tous.
Fred
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Un principe naturel et médicinal selon Paracelse

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paracelse_citations_medievales_monde_medecine_medieval« C’est la dose qui fait le poison. »
Citation médiévale, sagesse  de Paracelse,
Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim (1493-1541): médecin, alchimiste, philosophe et astrologue du  moyen-âge tardif.

Bonjour,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoilà sans doute une des citations les plus connues de Paracelse, ce médecin et savant controversé  du XVIe siècle qui s’est aussi signalé par ses excès et ses diatribes contre les médecins et savants de son temps et à travers eux contre les universités.

Et en même temps, ça va paraître surement un tantinet hors sujet mais plus je la relis, plus je suis persuadé que cette phrase recèle une contre pétrie sans pourtant arriver à mettre la main dessus. Essayez, vous allez voir c’est super énervant.

Fred
Pour moyenagespassion.com
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L’homme intérieur, selon Maître Eckhart

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moyen-age_chretien_mystique_chrétienne_maitre_eckhart« L’homme intérieur ne se situe ni dans le temps ni dans l’espace, mais purement et simplement dans l’éternité. »

Citation de Maître Eckhart (1260-1328) Théologien, philosophe  et grand mystique chrétien dominicain du moyen-âge.

La passion selon Saint-Augustin d’Hippone

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“Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion.”
Citation de Saint Augustin ou Augustin d’Hippone, (354-430),
Philosophe, théologien, brillant orateur et grand mystique chrétien aux portes du haut moyen-âge et à la fin de l’Antiquité.

Abélard et Héloïse : une histoire passionnelle du moyen-âge devenue mythique

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“Ce n’est pas la quantité de tes paroles que je mesure, mais la fécondité du cœur d’où provient ce que tu dis.”
Pierre Abélard (1079-1142),  philosophe, dialecticien et théologien chrétien du moyen-âge central.

Bonjour à tous,

O_lettrine_moyen_age_passionutre son legs philosophique, Pierre Abélard, clerc et philosophe du moyen-âge central, épris de logique et de didactique, sera aussi rendu célèbre pour son idylle avec la brillante Héloïse d’Argenteuil, aristocrate cultivée qui étonne le tout
pierre_abelard_amour_courtois_moyen-age_centralParis du début de XIIe siècle par son érudition et ses connaissances des langues anciennes, autant que par son esprit libre et émancipé. A la trentaine passée, issu de famille noble et fils de chevalier, Pierre Abélard est alors un enseignant reconnu et sûr de lui, doublé d’un séducteur. Il se fera d’ailleurs le précepteur de la jeune fille, dans le but avoué, dit-on, de la conquérir.

De fait, leur relation épistolaire et platonique se transformera bientôt  au point que  les mots ne seront plus les seuls à se retrouver couchés sur le papier, mais tout le reste avec. Le fruit de l’amour courtois sera alors largement croqué et la passion brûlera d’un feu ardent entre les deux amants. Elle s’égarera même, quelquefois, sur les rivages d’une relation explosive et sulfureuse, à la fois intellectuelle et charnelle, qui n’est pas sans évoquer par certains côtés le marquis de Sade, et dans laquelle, les points ne sembleront pas tous s’écrire avec un T, ni se trouver uniquement sur les I.

Jean Vignaud, "Abélard et Héloïse surpris par Fulbert (1819), Joslyn Art Museum, Nebraska. USA
Jean Vignaud, « Abélard et Héloïse surpris par Fulbert (1819), Joslyn Art Museum, Nebraska. USA

A_lettrine_moyen_age_passionprès qu’il lui ait donné un enfant et se soit marié avec la belle Héloïse pour réparer la faute, non qu’ils y tenaient tous deux particulièrement mais contraints et forcés, l’histoire vaudra tout de même au clerc philosophe d’être émasculé sur une erreur de jugement par l’oncle et tuteur de la jeune femme, le dénommé Fulbert, chanoine de caractère, très en vue à la cour de l’époque qui lui même avait exigé leur mariage.

Instrument du rapprochement d’Abélard avec sa nièce et complice involontaire du fruit défendu de leur passion.  l’homme  avait  hérité du noyau qu’il avait, semble-t’il, mal digéré. Alors qu’Héloïse s’était retiré un temps au pensionnat  pour échapper aux remontrances de ce tuteur furibard, ce dernier, encore à cran et la croyant répudiée par Abélard  dont une épouse pouvait gêner la carrière ( un clerc ne pouvait déjà plus alors faire un bon mari pour l’église) ne fit ni une, ni deux. Il  envoya des hommes de main pour châtier, je devrais dire châtrer Abélard. La langue du chanoine a-t’elle fourché au moment de lancer ses sbires au train du clerc? L’histoire ne le dit pas. Les deux exécutants finiront, en tout amour_passion_moyen-age_abelard_heloisecas, punis par là où ils avaient péché en vertu de la loi du talion. Couic! Fulbert, quant à  lui, sera suspendu, non, pas par l’objet du délit, mais de ses fonctions et verra ses biens confisqués.

Suite au drame, les deux amants finiront religieux: Abélard moine, Héloïse  au convent. L’histoire des deux amants autant que l’infortune d’Abélard, fera grand bruit. Elle entrera, par la suite, dans la postérité par les lettres qu’ils ont échangé mais pas seulement. En littérature, citées ou reprises par Jean de Meung dans le nom de la Rose, Pétrarque, les amours d’Héloïse et Abelard deviendront bientôt mythiques et inspireront encore nombre d’artistes, de peintres et de grands auteurs pour de longs siècles,  (ci-dessus « l’adieu d’Abélard et Héloïse , de  Maria Angelica Kauffmann XIIXe siècle).  Souvenons-nous encore, ici, de l’hommage que fit François Villon, plus de trois cent ans plus tard dans sa ballade des dames du temps jadis à cette écrivain et femme du XIIe siècle, hors du commun, qui fut Héloïse d’Argenteuil.

poesie_medievale_epitaphe_villon_ballade_pendu_erik_satie_lecture_audio« Où est la très sage Hélois,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys.
Pour son amour eut cest essoyne. »
François Villon  – Les neiges d’Antan

Bien au delà du moyen-âge, la dimension tragique et passionnelle de cette histoire du XIIe siècle, en fera le symbole d’une forme d’amour libre, dépassant de loin les formes et le cadre de l’amour courtois, qui trouvera, tour à tour, un écho auprès des libertins, comme des romantiques.

Une belle journée à tous!
Fred
Pour moyenagepassion.com
« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C.