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littérature et poésie médiévales : un voyage autour de la notion de nouveauté au moyen-âge avec Michel Zink

video_conference_histoire_medievale_ecole_nationale_des_chartesSujet : philologie, littérature, poésie médiévale, « renouvel », nouveauté médiévale, analyse littéraire et sémantique.
Période : moyen-âge central
Média  : vidéo-conférence, livres.
Titre : La nouveauté au Moyen Âge comme expérience religieuse et poétique
Conférencier :  Michel Zink médiéviste, philologue et écrivain. professeur de Littératures de la France médiévale au Collège de France
Lieu : Ecole nationale des chartes (2016)

Bonjour à tous !

N_lettrine_moyen_age_passionous avons le plaisir aujourd’hui de vous faire partager une conférence donnée en 2016 à l’Ecole Nationale des Chartes par Michel Zink, médiéviste, philologue, académicien des Arts et Lettres et éminent professeur de Littératures de la France médiévale au Collège de France.

citation_moyen-age_litterature_poesie_monde_medieval_Michel_Zink_medieviste_philologue

Niveaux de lecture

C_lettrine_moyen_age_passiones conférences peuvent quelquefois s’avérer un peu ardues, mais nous les postons toujours avec un double objectif. Le premier, bien sûr, tient au contenu même de la conférence et à son objet. Sa finalité est ici toujours de tenter de mieux approcher et, si possible, de mieux comprendre le moyen-âge.

conference_moyen_age_litterature_poesie_medievale_philologie_Michel-zinkLe deuxième objectif (ou niveau de lecture) est ce que l’on pourrait appeler un « méta » niveau*. A travers ces conférences, l’Histoire et ses disciplines connexes se livrent, en effet, à nous dans leurs méthodes, leurs modes opératoires, leurs angles d’approche, etc. Au delà des contenus historiques présentés, l’Histoire, en tant que science, nous en apprend ainsi sur sa manière de « faire de l’Histoire » et c’est donc l’occasion de mieux découvrir la variété de ses méthodes d’investigation, autant que les disciplines qui lui sont indirectement ou directement attachées.

Nous voilà donc, en quelque sorte, servis deux fois. De fait, nous le sommes même une troisième parce que cela nous donne toujours l’occasion de découvrir un grand esprit ou un grand chercheur de notre temps.

Nous devons ajouter encore ici, par parenthèse, qu’il y a encore à peine 15 ans, il aurait été à peine envisageable que certaines universités ou Ecoles supérieures nous ouvrent ainsi gracieusement leurs portes, directement et sur le web. La Cité des Sciences et de l’Industrie fut sans doute précurseur dans ce domaine, en proposant déjà, il y a quelques années, ses cycles de conférences au format Real Media. Elle le fait d’ailleurs toujours et nous ne pouvons que vous conseiller de faire un tour sur leur site web, si vous êtes curieux de Sciences de l’Homme  au sens large.  Il faut savoir trier le grain de l’ivraie, dans la masse de médias postés chaque jour sur le web, il y a de l’excellence et de belles occasions d’apprendre; pour en revenir à notre objet du jour, les conférences de l’Ecole Nationale des Chartes visent systématiquement haut et fournissent toujours de belles occasions de le faire. Nous les en remercions encore ici.

Un mot peut en cacher un autre

« Rien de ce que le Moyen Âge exprime, rien de ce que nous croyons en comprendre, rien de ce qui nous touche ou nous rebute en lui, qui ne doive être mis en doute, vérifié, éprouvé. Sa littérature ne veut pas dire ce que nous pensions, elle ne veut pas toucher là où à la première lecture elle nous touche, elle fourmille d’allusions qui nous échappent. »
Michel Zink – Bienvenue au Moyen Âge

O_lettrine_moyen_age_passionn trouve dans cette conférence de Michel Zink sur la notion de nouveauté au moyen-âge, l’illustration même d’une vérité que les historiens médiévistes , et avec eux philologues, ne cessent de ressasser: « Gardons nous de juger trop vite les hommes du moyen-âge à l’aulne de nos valeurs présentes », et corollaire de cette « mise en garde » de principe : « prenons avec réserve les réalités supposées qui peuvent se nicher derrière les mots de la poésie et de la littérature médiévale, même quand ces derniers nous enluminure_litterature_poesie_medievale_nouveaute_poetique_religieuse_litteraire_michel_zink_moyen-agesemblent si familiers et si proches que l’on pourrait être tenté de faire l’économie d’en interroger le sens.

Fort heureusement, si nous avions encore la tentation naturelle de tomber dans ce travers, tout cela ne saurait survenir plus avant, grâce à la brillante démonstration que nous livre ici Michel Zink. En plus de nous introduire à un jeu de piste littéraire et sémantique fort plaisant, à la poursuite d’une « nouveauté » médiévale, loin, bien loin de nos notions modernes de neuf et de nouveau, il nous enseigne que la quête du sens des mots et vocables passe nécessairement par l’étude patiente et comparée, au coeur des sources littéraires et des textes. Finalement, ce n’est qu’au bout de ce travail de reconstruction minutieux que nous pouvons espérer obtenir comme récompense la possibilité de percevoir l’essence même du monde médiéval.

Nouveauté médiévale et essence du moyen-âge : un mot peut nous cacher un monde

A_lettrine_moyen_age_passionlors, plongeons avec ce grand spécialiste de littérature ancienne, au coeur du moyen-âge central deco_frise_medevial_eustache_deschampset de ses mentalités, pour suivre avec lui le fil d’une l’aventure passionnante, celle de la « nouveauté » au sens médiéval et littéraire du terme. Et à la question posée par lui, en clin d’oei au dicton :  « qu’y a-t-il de nouveau sous le soleil du moyen-âge? » nous pourrons alors répondre, « qu’il n’y a de nouveau pour le monde médiéval que l’acuité de la conscience de ce qui est éternel ».

On le verra (et cette remarque est à notre compte plus qu’au sien), avec ce « renouvel » et cet éternel recommencement médiéval nous sommes à large distance de nos « nouveautés » modernes qui, en osant un néologisme un peu laid, sont peut-être le fruit d’une sorte de « nouveautisme », idéologie héritée d’un(e) cult(ure) techniciste et post-industrielle de l’innovation à tout prix, et qui voudrait, par instants, voir du « nouveau » partout ou à tout le moins nous en vendre l’idée, et ce y compris là où il n’y en a pas. En bref, nouveauté médiévale et nouveauté moderne, la question reste à jamais posée de ce que nous inventons vraiment.

La nouveauté au Moyen Âge comme expérience religieuse et poétique

Michel Zink, parcours et parutions

M_lettrine_moyen_age_passionême s’il évolue, la plupart du temps, dans les couloirs de nos universités, écoles et académies les plus prestigieuses, pour qui s’intéresse à la littérature et la poésie médiévale il est difficile de ne pas avoir entendu parler de Michel Zink et si c’est le cas, il faut bien vite rattraper ce retard.

Parcours

Né en 1945 en région parisienne, à Issy-les-Moulineaux, Michel Zink est normalien de formation et agrégé de lettres classiques. Après avoir enseigné dans diverses universités (Sorbonne, Toulouse, Paris IV), il a été de 1995 à 2016 en charge de la chaire de Littératures de la France médiévale au Collège de France.

Académicien et attaché sous divers titres à de nombreuses Académies en France et à l’étranger, directeur de collections thématiques dans le monde de l’édition, co-directeur de la revue Romania, la liste est longue des titres honorifiques qui lui sont attachés et des fonctions qu’il occupe ou a pu occuper tout au long de sa carrière. Il a également reçu de nombreux prix au niveau français et européen pour ses travaux. Pour en prendre connaissance dans le détail, nous vous invitons à consulter sa biographie sur les pages du Collège de France.

Conférences, publications, émission de radios

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue publication et ouvrages,  on le retrouve aux commentaires, à l’adaptation et à la publication de textes de grands auteurs du moyen-âge : Rutebeuf, le Roman de Rose, Froissart, les troubadours, etc et on lui doit encore de nombreux livres d’ordre plus général sur la littérature et la poésie médiévale, chrétienne ou profane (c’est une distinction que nous faisons ici mais qu’il ne fait pas lui-même). Nous vous proposons ici une sélection de quelques unes de ses parutions.

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Rutebeuf Oeuvres complètes
2 Tomes – Bordas
Les troubadours
Pour l’Histoire
Editions Perrin
Bienvenue au Moyen Age,
Livre de Poche

Outre ses publications, vous pourrez encore trouver de nombreux programmes de radios, notamment sur France Inter, dans lesquels il est intervenu ou intervient encore. Il animait notamment, en 2014 un programme court sur France inter  dans lequel il présentait quelques réflexions et textes courts de poésie et de littérature du moyen-âge. Ces chroniques ont donné lieu à un publication sous le même titre que l’émission : Bienvenue au moyen âge. (photo et lien à droite dans le tableau ci-dessus). On trouve encore sur le web quelques autres conférences données ici ou là ou quelques programmes radio. Voici deux liens utiles sur ces aspects :

Podcasts – Conférences – Emissions de radio  :
France Inter –  France Culture

Michel_Zink_medieviste_historien_litterature_poesie_medievale_livres_humiliation_moyen-age Michel_Zink_medieviste_historien_litterature_poesie_nature_medievale_livres_moyen-age Michel_Zink_medieviste_historien_litterature_france_poesie_medievale_moyen-age
L’humiliation, le Moyen Age et nous,
A Michel
Nature et poésie au Moyen Age
Fayard
Introduction a la litterature française
du moyen-age
 Poche

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric F.

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

* »Méta niveau » : en référence à l’anthropologue Gregory Bateson et sa « méta-communication », soit l’art de communiquer sur la communication.

Chanson de rencontre, du trouvère Moniot de Paris, XIIIe siècle

toubadour_trouvere_musique_poesie_monde_medievale_moyen-ageSujet : musique, poésie médiévale, trouvère, chanson ancienne,
Titre : «Je chevauchoie l’autrier », chanson de rencontre » ou de « mal mariée »
Auteur: Jehan Moniot de Paris ( ? 1200 ?)
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central
Interpréte : Marc Mauillon ,
Festival   Muzyka w Raju, Pologne, 2015

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partons aujourd’hui au XIIIe siècle avec une chanson du trouvère Moniot de Paris. Elle nous conte les déboires d’une mal-mariée flirtée en chemin par l’auteur qui  « chevauchoait » sur les bords de Seine avant de la rencontrer. Le texte emprunte en partie au genre de la Pastourelle et ce « l’autre jour alors que j’allais chevauchant » est aussi un départ « classique » que l’on retrouve dans plusieurs chansons du moyen-âge. En revanche, en fait de pastourelle, il n’y a ici chanson_poesie_medievale_trouvere_XIIIe_moyen-age_central_oil_vieux_francaispoint de bergère ici, sinon un dame ( bourgeoise? ) mal mariée à un vilain et qui s’en plaint, ce qui n’est pas d’ailleurs pour déplaire au galant qui semble plutôt en prendre son partie et y voir l’occasion d’inviter la belle à convoler avec lui.

Il existait vraisemblablement au XIIIe siècle, au moins trois trouvères contemporains les uns des autres, et connus sous le nom de Moniot : Moniot d’Arras, Moniot de Paris et Moniot.  La question de l’attribution de leurs oeuvres respectives s’est donc posée, entre les spécialistes de littérature et de poésie médiévale  pour un certain nombre de pièces pour finir par être à peu près tranchée. Le Moniot qui nous intéresse aujourd’hui, Jehan Moniot de Paris à légué neuf poésies/chansons et on lui prête généralement la paternité du Dit de Fortune (écrit autour de 1278 par un Monniot avec double n), même si cela reste sujet à débat.

De la même façon, on a avancé que Moniot avait pu être un surnom pour désigner un « petit moine ». Dans cette hypothèse, l’auteur aurait donc été frère avant de se faire trouvère, mais, en réalité, il est difficile d’en être tout à fait sûr puisque, hormis les quelques chansons qu’on peut lui attribuer, on ne sait  pratiquement rien de sa vie.

L’interprète du jour Marc Mauillon

C_lettrine_moyen_age_passion‘est le baryton Marc Mauillon et son grand talent qui nous accompagnent dans ce voyage à la découverte du trouvère Moniot de Paris  et de cette poésie du marc_mauillon_repertoire_trouvere_poesie_chanson_medievale_moyen-agemoyen-âge central.

Seul en scène, a cappella et devant une salle comble au Festival polonais de musiques anciennes  Muzyka w Raju dont nous vous avons déjà touché un mot ici, l’artiste lyrique nous donnait à entendre, avec virtuosité, cette chanson du XIIIe siècle dans le verbe de son vieux-français original.

Son choix d’interprétation minimaliste est aussi heureux qu’audacieux. Loin des grandes orchestrations, il  nous permet d’approcher  cette poésie et sa langue de manière directe et entière, autant que de nous tenir au plus près de l’Art de ces « trouveurs » qui allaient souvent solitaires, de cour en cour et de lieu en lieu pour y chanter leur poésie et  trouver ainsi leur pitance.

moniot_de_paris_poesie_chanson_medievale_ancienne_trouvere_moyen-age_central_XIIIe_mal_marié_rencontre

Chanson de rencontre
ou chanson de Mal-marié

Je chevauchoie l’autrier
Sur la rive de Saine :
Dale de joste un vergier
Vi plus blanche que laine
Chançon prist a commencier
Souef a douce alaine.
Mult doucement li oi dire et noter :
« Honis soit qui a vilain me fist doner!
J’aim mult meus un poi de joie a demener
Que mil mars d’argent avoir et puis plorer. »

Hautement la saluai
De Deu le fil Marie
El respondi sans delai :
« Jhésus vous benïe! »
Mult doucement li priai
Qu’el devenist m’amie.
Tot errant me commençoit a raconter
Comment ses maris la bat por bien amer.
J’aim mult meus un poi de joie a demener
Que mil mars d’argent avoir et puis plorer.

« Dame, estes vos de Paris?
– Oil, certes, biau sire :
Seur Grand Pont maint mes maris,
De mauvès tout li pire.
Or puet il estre marris,
Jamès de moi n’iert sire.
Trop est fel et rioteux, trop puet parler;
Car je m’en vueil avec vos aller joer.
J’aim mult meus un poi de joie a demener
Que mil mars d’argent avoir et puis plorer.

Mal ait qui me maria,
Tant en ait or li prestre;
A uin vilain me dona
Felon et de put estre.
Je croi bien que poir n’a
De ci jusqu’à Vincestre.
Je ne pris tout son avoir pas mon soller
Quand il m bat et laidange por amer.
J’aim mult meus un poi de joie a demener
Que mil mars d’argent avoir et puis plorer.

En non Deu je aimerai
Et si serai amée
Et mon mari maudirai
Et soir et matinee,
Et si me renvoiserai
El bois sos la ramée.
Dames de Paris, amée, lessiés ester
Vos maris et si venés o moi joer
J’aim mult meus un poi de joie a demener
Que mil mars d’argent avoir et puis plorer.

En vous souhaitant une  merveilleuse journée et une bon début de semaine dans la joie.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Récréation et passe-temps des tristes: gauloiseries, grivoiseries et poésies marotiques du XVIe

humour_poesie_ancienne_moyen-age_tardif_renaissance_ecole_marotique_recreation_passetemps_triste_ouvrage_ancien_clement_marotSujet : poésies courtes, épigrammes, école marotique, ouvrage ancien, humour, grivoiseries, gauloiserie, Clément MAROT.
Période : hiver du moyen-âge, renaissance
Auteurs : collectif (1575, puis 1595)
Titre : La récréation et passetemps des tristes, recueil d’épigrammes et de petits contes en vers (1862)

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« Gardez bien de toucher ce livre
(Mesdames) il parle d’amour :
C’est aux hommes que je le livre
Que l’on tient plus constants toujours
Laissez-le aller vers eux son cours
A eux et non à vous est dû
Mais vous le lirez nuit et jour
Puisque je vous l’ai défendu »
La récréation et passetemps des tristes

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Bonjour à tous (et à toutes!),

S_lettrine_moyen_age_passioni vous nous suivez régulièrement, vous savez combien nous apprécions ici la poésie de Clément MAROT et plus particulièrement ses pièces courtes, pleines d’esprit, d’humour et de causticité.poesie_fin_moyen-age_renaissance_clement_marot_ecole_marotique_humour_grivoiserie_gauloiseries

Dans la lignée de l’école marotique qui faisait des adeptes dans le courant du XVIe siècle, nous vous parlions, dans un article précédent, d’un petit ouvrage « collectif » de 1542 : la fleur de poésie françoyse. Souvent compulsés à l’initiative des imprimeurs, ces carnets de poésie rassemblaient, pour l’essentiel, des formes courtes et des épigrammes et se souciaient peu des auteurs (qu’ils ne citaient, souvent, pas). Il y était d’abord question de « récréation » et, finalement, d’une poésie « légère » dont l’unique ambition était d’être un « remède » à l’ennui autant qu’une invitation au divertissement et à l’humour.

Aujourd’hui, nous vous présentons un autre ouvrage de la même veine. Son titre est éloquent et en résume tout entier l’objectif : « LA RECREATION ET PASSETEMPS DES TRISTES, Traictant de choses plaisantes et récréatives touchant l’amour et les dames, pour resjouir toutes personnes mélancholiques ». Nous émaillons aussi cet article de quelques extraits choisis pour vous permettre de vous en faire une idée. 

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Autre d’un amoureux voulant mener jouer s’amie

« Allons aux champs sur la verdure,
Passer le temps joyeusement
Cependant que le beau temps dure,
Il n’est que vivre plaisamment
Allons y donc hastivement
Allons chanter, gaudir et rire,
Mieux faut s’esbatre gayement
Q’employer sa langue à mesdire »
La récréation et passetemps des tristes

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poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_grivoiserie

Dans une première réédition du XVIIIe, ces « récréations » avaient été attribuées au poète Guillaume des Autels, mais l’éditeur de 1862 sur laquelle nous nous basons ici venait contredire ce fait. L’ouvrage se situe, en effet, dans la filiation de l’école marotique et certaines de ses pièces ne peuvent même appartenir qu’à Clément MAROT, Mellin SAINT-GELAIS et encore d’autres auteurs qui s’inscrivaient sous l’influence du poète originaire de Cahors pour exercer leur verve et leur esprit.

Il y a, dans ce petit manuel qui a traversé presque cinq siècles, quelques pièces sérieuses qui flirtent avec l’amour courtois, mais il contient surtout d’autres épigrammes largement plus grivois et osés. Au bout du compte, on y trouve bien plus de gauloiseries que dans la fleur de poésie françoyse, même si l’ouvrage reprend quelques pièces qui s’y trouvaient présentes, ainsi que d’autres poésies en provenance d’autres « carnets » de poésie du même type et qui datent tous du XVIe siècle.

Comme sa courte préface en vers l’indique, cette récréation et passetemps des tristes a pour thème de prédilection les choses de l’amour. Les « dames » y sont visées par endroits avec un humour souvent plus potache que satirique, mais elles ne sont  pas les seules dans la ligne de mire. Maris et amants, bon ou mauvais, y passent aussi et d’autres sujets y sont abordés. On trouve encore quelques jolies perles poétiques « inclassables ».

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Du loquet de l’huis de s’amie

« N’a pas longtemps fut faite une dispute
Sur instrumens, et faict de la musique.
Les uns loüoyent le hautbois ou la fluste,
D’autres le luth, comme chose angéliques :
Lors un d’entr’eux, le moins mélancolique
Leur dit : Messieurs, voulez-vous que je die,
Quel instrument a plus de mélodie,
C’est à mon gré, le loquet d’une porte :
Car quand il faut que la mignonne sorte
De bon matin, ferme l’huis doucement :
L’oyant sortir, le mignon se conforte
Est-il au monde un plus doux instrument ? »
La récréation et passetemps des tristes

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S_lettrine_moyen_age_passioni l’on devait y mettre un peu de subjectivité, (pour ce que cela vaut, c’est à dire pas grand chose), nous pourrions avancer que toutes les poésies que l’on trouve dans cette Récréation et Passetemps des Tristes n’ont pas l’élégance, ni la grâce de la poésie d’un MAROT, même si elles tentent d’en emprunter les formes. A n’en pas douter, il y a ici, certains émules moins talentueux que lui, qui s’essayent à son genre ce qui, cela s’entend, ne diminue pas pour autant l’intérêt de l’ouvrage pour qui s’interroge sur l’Histoire de la langue française et de sa poésie, mais encore de son humour.litterature_poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiserie

Ajoutons encore que la deuxième édition de 1595, qui sert de base au livre présenté ici, a  été censurée de certaines pièces dont les moines et l’Eglise faisaient les frais et dont l’imprimeur de 1862 nous indique dans sa préface, de manière toute directe,  « qu’elles sentaient l’hérésie ». La satire s’y trouve donc quelque peu patinée. De fait les grivoiseries, même si on ne peut résumer uniquement l’ouvrage à cela non plus, y prennent largement le pas.

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A une glorieuse tenant sa gravité par trop grande

« Vous estes belle en bonne foy
Ceux qui dient que non, sont bestes,
Vous estes riche, je le voy,
Qu’est-il besoin d’en faire enquestes?
Vous estes bien des plus honnestes,
Et qui le nie est bien rebelle :
Mais quand vous vous loüez, vous n’estes,
Honneste, ne riche, ne belle. »
La récréation et passetemps des tristes

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Du point de vue du contexte historique, au moment de l’impression de cet ouvrage, les temps sont déjà ceux de la pléiade et de ses poètes qui, dans une ambition tout académique, chercheront à élever la langue française tout autant qu’à l’enrichir. Soucieux de trancher d’avec la poésie médiévale, leurs recherches et leur ambition déclarée se tiendront alors bien loin des formes de cette poésie marotique légère et de sa frivolité. Avec la réédition 1595 de l’original de 1575, Nous sommes déjà près d’un demi-siècle après la mort de MAROT. Son oeuvre sera bientôt reléguée aux archives et il faudra pratiquement attendre le XVIIIe siècle pour qu’il soit redécouvert.

Epigrammes et école marotique: une poésie et des formes qui plaisent à la cour

A_lettrine_moyen_age_passionu XVIe, cette poésie marotique est applaudie et appréciée à la cour pour son esprit. Badine, elle s’épanche en rimes vives et incisives qui semblent tout vouloir sacrifier à la grâce du bon mot et à son élégance, et qui peuvent aller, comme ici, jusqu’à la grivoiserie ou même la gauloiserie.

Et litterature_poesie_ancienne_ecole_marotique_fin_moyen_age_debut_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiseriequand d’impertinente et caustique, elle devient nominative et plus directe-ment assassine, on pourrait presque être tenté déjà, à quelques formes près, d’y voir préfigurer les jeux de cour cruels d’un Versailles décadent comme ceux dont Patrice LECONTE nous faisait le tableau dans son film « Ridicule ». Quelques siècles avant sa cour de Louis XVI, on entrevoit alors déjà dans cet « esprit » et ses « bons mots » quelquefois tranchants de MAROT, la verve du perfide abbé VILECOURT (l’excellent et regretté Bernard GIRAUDEAU) et sa bouche en O, pour être tombé  en disgrâce pour un vers de trop.

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D’un Vieil Amoureux

« Je suis amant en l’extresme saison,
Pres de ma mort, je chante comme un cigne,
En attendant d’icelle guarison
Que mon blanc chef prendra pour mauvais signe
La rose, et lis, neige, la lune insigne
Et le jour ont telle couleur eslite.
Doncques, Amour, mes armes je ne quitte
Ains bon espoir j’ay en ma dame seulle,
Vieillard je suis mais grand flamme m’incite
Car le bois sec plus que tout autre brusle. »
La récréation et passetemps des tristes

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Favori un jour, exilé ou miséreux le suivant. Dans les méandres des jeux d’influences nobiliaires et les couloirs froids des châteaux, comme ailleurs, on sait que le verbe peut tuer. Sous ces nouveaux dehors légers et moqueurs que MAROT, comme Mellin SAINT-GELAIS pratiquaient si bien, sont-ils, ces jeux de cour, les mêmes que ce dont Eustache DESCHAMPS nous contait déjà les travers? L’ombre poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_grivois_humourde RUTEBEUF et de sa paix planent encore ici sur le poète de cour, médiéval ou renaissant, dépendant de son « protecteur », de ses grâces comme de ses largesses. Le drôle doit être transgressif par nature mais la ligne est fine de la moquerie, à l’impertinence, de la satire à « l’hérésie », et l’on s’y brûle quelquefois. On se souvient des combats meurtriers de plume du temps du poète de Cahors, et, plus tard encore de ses successeurs à la cour : Mellin SAINT-GELAIS moquant la pédanterie de RONSARD et ce dernier préférant, semble-t-il, « marcher » sur la tête d’un MAROT plutôt que se jucher sur ses épaules. Pour la postérité du français renaissant, il bâtira, en partie sur le terreau de son dédain, d’autres projets pour la poésie et pour la langue. 

Comme  FLAUBERT nous le rappellera quelques siècles plus tard « Le mauvais goût du temps de RONSARD, c’était MAROT« . Si le public du XVIe siècle goûte suffisamment ces formes poétiques qui se complaisent dans la frivolité ou la « récréation », pour qu’on imprime des manuels à son usage, elles ne rallieront pas, loin de là, tous ceux qui s’exercent à l’art de la rime durant ce même siècle, RONSARD en tête.

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Un amant est toujours honteux

« Amour un jour desbanda les deux yeux,
Pour contempler ses serviteurs fidèles,
Si m’aperceut pensif et soucieux
Sans dire mot entre deux damoiselles.
Lors promptement il esbranla les aisles,
Et vint vers moy, en me disant ainsi : 
O pauvre amant que fais-tu tan icy.
Que ta chaleurs n’est point encore esteinte ?
Je lui responds en lui criant mercy
Qu’un vray amant n’est point sans honte ou crainte. »
La récréation et passetemps des tristes

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Les formes courtes de l’école Marotique et
Les « agréables riens » de la poésie du XVIe

A_lettrine_moyen_age_passionu cours de cet hiver du moyen-âge, dans cette longue aventure humaine de l’art poétique français et au delà de ses apports stylistiques, on sent bien que la forme marotique des XVe, XVIe siècles porte en elle les germes d’une nouveauté. Les racines encore plantées dans le monde médiéval et la tête déjà renaissante, ces thèmes ne sont pourtant pas si nouveaux : l’amour peut y litterature_poesie_ancienne_medievale_ecole_marotique_fin_moyen_age_debut_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiserieêtre courtois, la belle Margot et avec elle la pastourelle et ses attraits rupestres y sont encensés (ou moqués), mais on y trouve encore les jeux adultérins, grivois ou transgressifs dont se régalait déjà un certain moyen-âge ou ces odes au buveur qui pourraient être goliardiques si elles étaient encore latines. Bien sûr, les religieux de peu de morale et autres frères « Frappart » que l’on moque y ont aussi leur place. Dans cet héritage thématique « moyenâgeux », cette poésie goûte encore l’usage de quelques vieux mots et quelques archaïsmes que MAROT affectionnait, qu’il remit au goût du jour et qui donne un tour si particulier à ses vers.

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D’un Avocat et de sa Femme

« Un avocat dict à sa femme
Sus mamie, que jouerons-nous?
Si je gaigne ( ce dict la Dame)
Vous me le ferez quatre coups :
Quatre coups ? c’est couché trop gros,
Comment seroit jeu sans pitié.
Non, non maistre, tenez-les tous,
(Dict le clerc) J’en suis de moitié. »
La récréation et passetemps des tristes

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A l’évidence, sur sa « modernité » renaissante, les codes de son humour, de ses « badineries » ou de sa satire sont déjà plus directement « saisissables » par nous que ne le sont ceux des poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_humourfabliaux des XIIe et XIIIe siècles. Et tout cela n’est pas qu’affaire de meilleure compréhension entre le vocabulaire du « français moyen » renaissant et celui d’un Oil balbutiant. Cette poésie marotique n’a plus la Rudesse ou la lourdeur du Boeuf, pas d’avantage que la nature souvent absconse des proverbes aux vilains.  La langue a changé mais les codes de l’humour aussi.

Pour le reste, si cette poésie, avec son goût pour l’épigramme, renoue avec les formes classiques des grecs du IVe siècle avant notre ère ou encore celles d’un MARTIAL, le tour qu’elle lui donne est plus résolument satirique ou « spirituel ». Il y souffle un esprit léger et frais et elle cherche, dans le cadre étroit et contraint des formes courtes, à affûter la pointe de sa plume. De fait, c’est aussi une école de précision (les rhétoriciens et leurs jeux de mot comme les pratiquaient le père de MAROT ont peut-être été de quelque influence sur ce fils prodigue). Et même si elle cède par instants aux gauloiseries (on la dira même immorale), quand de grivoise, elle deviendrait presque graveleuse, sa recherche d’élégance et de justesse dans le verbe vient à la rescousse de ses rimes comme un dernier rempart dressé : on peut bien être impertinent, pourvu que l’on est de l’esprit.

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D’un bon biberon

« Blanc et clairet sont les couleurs
De ce bon vin que j’ayme fort,
Dont souffriray maintes douleurs
Si de luy n’ay souvent confort.
D’en user, bien fay mon effort,
Pour en avoir meilleure grace,
Si je n’en boy, me voila mort,
Car de boire eau, je me pourchasse. »
La récréation et passetemps des tristes

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poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIeAlors, élégance stylistique « renaissante », émergence d’un « esprit » nouveau, d’une définition nouvelle du « bon mot » ? Sommes-nous ici face aux signes d’un rapport à la langue en mutation ou simplement face à un esprit brillant et unique dont certains feront, bien plus tard, l’annonciateur d’un VOLTAIRE, d’un Jean de LA FONTAINE et même, dans une certaine mesure, d’un Musset? (voir Pierre JOURDA – MAROT – Universalis). Quoiqu’il en soit, après MAROT l’épigramme restera une arme de choix au service de leurs règlements de comptes, dans la besace des poètes et des auteurs.

Ayant dit tout cela, il faut encore ajouter que MAROT ne saurait se résumer à ses épigrammes pas d’avantage qu’à son impertinence ou ses traits assassins. Il a aussi contribué par ses poésies à la littérature religieuse, a légué de beaux vers sur des thèmes plus profonds et fut encore traducteur de nombreuses oeuvres classiques.

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D’une Dame aisée à courroucer

« M’amie et moy apres joyeux esbats,
Nous courrouçons si tressoudainement
Et reprenons apres noise et debats,
Soudaine paix, et doux esbatement,
Que je crains plus ses beaux yeux doucement
Tournez vers moy, et ses ris gracieux,
Que ses sourcils et regards furieux :
Car j’ay espoir de joye et paix nouvelle
Apres courroux, apres esbats joyeux
Je crains toujours une guerre mortelle. »
La récréation et passetemps des tristes

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En vous souhaitant une très belle journée
Fred

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Quan vei la lauzeta mover: Bernart de Ventadorn, grand troubadour du XIIe siècle

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet : musique, poésie, chanson médiévale, troubadours, occitan, langue occitane, amour courtois, fin’amor, langue d’oc.
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Auteur : Bernart de Ventadorn, Bernard de Ventadour. (1125-1195)
Interprète : Gérard Zuchetto
Titre : Quan vei la lauzeta mover (quand je vois l’alouette)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous nous rendons aujourd’hui en terres d’Oc, pour découvrir ou redécouvrir la poésie chantée d’un des plus  grands représentants de l’Art des troubadours occitans du moyen-âge central et  du XIIe: Bernart de Ventadorn (francisé Bernard de Ventadour).

Sa vie nous est connue principalement au travers de ses propres oeuvres et notamment de manière posthume par les « vidas », ces biographies de troubadours attribuées (au moins pour celle de Bernard de Bernard de Ventadour, enluminure, Manuscrit 12473 , BnF (XIIIe siècle)Ventadorn) au troubadour et poéte Uc de Saint-Circ (1213 -1257).

Bernard de Ventadour,
Manuscrit 12473 , BnF (XIIIe)

Ces vidas  apparaissent au XIIIe et près d’un demi-siècle après la mort du célèbre poète. Elles se destinaient à  témoigner de l’art des trouveurs occitans et à introduire leurs oeuvres poétiques et leurs chansons.

La vida de Bernart de Ventadorn

L_lettrine_moyen_age_passiona vida de Bernart de Ventadorn nous conte ainsi que le poète était d’origine limousine. On le dit d’humble lignage. Il aurait fréquenté la cour d’Alienor d’Aquitaine dont il serait tombé amoureux et qu’il alienor_aquitaine_bernard_ventadour_ventadorn_lauzeta_poesie_musique_medievale_troubadoursaurait suivi après que cette dernière se fut mariée au duc de Normandie et roi d’Angleterre Henri II Plantagenet.  Plus tard, notre poète et « trouveur » aurait servi à la cour de Raymond V de Toulouse, pour, plus tard, renoncer à son art poétique en se faisant moine à l’Abbaye de Dalon, en Dordogne où il finira sa vie.

Les « vidas »  sont aujourd’hui étudiées plus, ou au moins autant, pour leur valeur littéraire que pour l’authenticité historique de leurs affirmations. Il est donc difficile de savoir si Bernart de Ventadorn fut vraiment amoureux d’Alienor d’Aquitaine comme l’affirme Uc de Saint Circ  ou s’il s’agit là d’une façon romancée de présenter la vie du grand troubadour occitan.

troubadour_occitan_chansonnier_provencal_bernart_de_ventadorn_bernard_vendatour_manuscrit_ancien

« Et el s’en parti e si s’en anet a la duchessa de Normandia, qu’era joves e de gran valor e s’entendia en pretz et en honor et en bendig de lausor. E plasion li fort las chansos e·l vers d’En Bernart, et ella lo receup e l’acuilli mout fort. Lonc temps estet en sa cort, et enamoret se d’ella et ella de lui, e fetz mantas bonas chansos d’ella. Et estan ab ella, lo reis Enrics d’Engleterra si la tolc per moiller e si la trais de Normandia e si la menet en Angleterra. En Bernart si remas de sai tristz e dolentz, e venc s’en al deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocbon comte Raimon de Tolosa, et ab el estet tro que·l coms mori. Et En Bernart, per aquella dolor, si s’en rendet a l’ordre de Dalon, e lai el definet. »

« (…) Et il s’en sépara (l’épouse du vicomte de Ventadour) et s’en alla à la duchesse de Normandie qui était jeune et de grande valeur et qui comprenait le prix et l’honneur et les belles paroles de louange et elle le reçut et l’accueillit très bien. Longtemps il fut en sa cour et fut amoureux d’elle et elle de lui et fit beaucoup de bonnes chansons d’elle.Et étant près d’elle le roi Henri d’Angleterre la prit pour femme et l’emmena de Normandie et l’emmena en Angleterre. En Bernart resta de ce côté triste et douloureux et s’en alla au bon comte de Toulouse et fut près de lui jusqu’à ce que le comte mourût. »

Vida de Bernart De Ventadorn – Extrait

L’auteur médiéval légua quarante-cinq chansons considérées comme de véritables fleurons de la langue occitane dans sa forme la plus aboutie. Il y chante le fin’amor, cet amour courtois que les troubadours porteront haut et fort durant le XIIe siècle et qui influencera les formes littéraires du sentiment amoureux durant de nombreux siècles après eux.

Gérard Zuchetto, un troubadour moderne
à la recherche des trésors occitans

M_lettrine_moyen_age_passionusicien, interprète  et chercheur, Gérard Zuchetto a consacré son temps, ses recherches et son talent à l’art  des troubadours des XIIe et XIIIe siècles. Nous sommes avec cet artiste passionné de son sujet au point d’en être devenu expert, autant dans la performance artistique que dans l’ethnomusicologie, musique_poesie_chanson_medievale_ancienne_troubadours_bernard_de_vendatour_ventadorn_gerard_zuchetto_moyen-age_centralc’est à dire dans le parti-pris de restitution au plus près de l’esprit médiéval de l’art des trobadors. Créatif, il propose également des compositions plus libres d’inspiration autour de ce même thème.

Ses recherches se déclinent en productions musicales, mais aussi en films et encore en ouvrages sur la question. Au fil du temps, une troupe s’est d’ailleurs formée autour de Gérard Zuchetto qui produit spectacles, concerts et autres événements en relation avec l’art des troubadours et la culture occitane, sous les labels et appellations Trob’Art production et Troubadours Art Ensemble. Vous trouverez le détail  de leurs activités et productions, ainsi que leur agenda sur leur site web:  art-troubadours.com.

La primavera d’amore, Trovatori XII-XIIIe

Dans cet album enregistré en 1997 et sorti l’année suivante chez Foné, Gérard Zuchetto était accompagné des musiciens et instrumentistes  Patrice Brient et Jacques Khoudir pour mettre à l’honneur son sujet de prédilection et nous proposer entre autre, cette très belle version de la célèbre Lauzeta de Bernart de Ventadorn.

troubadours_bernard_ventadorn_ventadour_gerard_zuchetto_musique_poesie_chanson_medievale_amour_courtois_lauzeta

Quan vei la lauzeta mover : les paroles en occitan & adaptation en français moderne

Can vei la lauzeta mover
De joi sas alas contra’l rai,
Que s’oblid’ e’s laissa chazer
Per la doussor c’al cor li vai,
Ai! Tan grans enveya m’en ve
De cui qu’eu veya jauzion!
Meravilhas ai, car desse
Lo cor de dezirer no’m fon

Quand je vois l’alouette
agiter de joie ses ailes
face aux rayons [du soleil],
s’oublier et se laisser choir
dans la douceur qui au cœur lui vient,
hélas ! une si grande envie me pénètre
de ce bonheur que je vois,
que je tiens à miracle
si mon coeur ne se consume pas de désir.

Ailas! Tan cuidava saber
D’amor, e tan petit en sai,
Car eu d’amar no’m posc tener
Celeis don ja pro non aurai.
Tout m’a mon cor, e tout m’a me,
E se mezeis e tot lo mon;
E can se’m tolc, no’m laisset re
Mas dezirer e cor volon.

Hélas ! Je croyais tant savoir
sur l’amour et j’en sais si peu !
Car je ne peux me retenir d’aimer
celle que je ne peux atteindre.
Elle a tout mon coeur, elle m’a tout entier,
elle-même et tout l’univers.
Elle ne m’a rien laissé,
sauf le désir et un coeur fou.

Anc non agui de me poder
Ni no fui meus de l’or’ en sai
Que’m laisset en sos olhs vezer
En un miralh que mout me plai.
Miralhs, pus me mirei en te,
M’an mort li sospir de preon,
C’aissi’m perdei com perdet se
Lo bels Narcisus en la fon.

Je n’eus sur moi plus de pouvoir
et je ne m’appartins plus,
du jour où elle me laissa mirer en ses yeux,
miroir qui beaucoup me plaît.
Miroir, depuis que je me suis miré en toi,
les soupirs profonds m’ont fait mourir.
Je suis perdu comme se perdit
en la fontaine le beau Narcisse.

De las domnas me dezesper;
Ja mais en lor no’m fiarai;
C’aissi com las solh chaptener,
Enaissi las deschaptenrai.
Pois vei c’una pro no m’en te
Vas leis que’m destrui e’m cofon,
Totas las dopt’ e las mescre,
Car be sai c’atretals se son.

Je désespère des femmes ,
jamais je ne me fierai à leurs paroles;
de même que j’avais coutume de les louer,
de même je les déprécierai.
Pas une pour me défendre
auprès de celle qui me détruit et me confond !
Je les hais toutes et les renie,
car je sais bien qu’elles sont toutes ainsi.

D’aisso’s fa be femna parer
Ma domna, per qu’eu’lh’ o retrai,
Car no vol so c’om voler,
E so c’om li deveda, fai.
Chazutz sui en mala merce,
Et ai be faih co’l fols en pon;
E no sai per que m’esdeve,
Mas car trop puyei contra mon.

Bien femme aussi apparaît ma dame,
et c’est pourquoi j’enrage,
car elle ne veut pas ce qu’on doit vouloir,
elle fait ce qu’on lui défend.
Je suis tombé en pitoyable fortune.
J’ai bien fait le fou sur le pont,
et je ne sais pourquoi je m’égare,
voulant monter contre mont.

Merces es perduda, per ver,
Et eu non o saubi anc mai,
Car cilh qui plus en degr’aver,
Non a ges, et on la querrai ?
A ! Can mal sembla, qui la ve,
Qued aquest chaitiu deziron
Que ja ses leis non aura be,
Laisse morrir, que no l’aon.

Perdue la pitié vraiment
(et de cela je ne me doutai jamais),
car celle qui devait en avoir le plus
n’en a pas; et où la chercherai-je ?
Ah ! Quelle apparence trompeuse ! En la voyant,
l’imaginerait-on capable de laisser mourir
un passion malheureuse
qui jamais ne s’épanouira sous ses lois ?

Pus ab midons no’m pot valer
Precs ni merces ni’l dreihz qu’eu ai,
Ni a leis no ven a plazer
Qu’eu l’am, ja mais no’lh o dirai.
Aissi’m part de leis e’m recre;
Mort m’a, e per mort li respon,
E vau m’en, pus ilh no’m rete,
Chaitius, en issilh, no sai on.

Puisque plus rien ne peut valoir,
ni prière, ni pitié, ni un droit qui fut le mien,
puisque nullement ne lui plaît
le fait que je l’aime, jamais plus je ne lui parlerai,
je me sépare d’elle et je renonce.
Elle me tue, et c’est un mort qui parle.
Et je m’en vais, puisqu’elle ne me retient,
malheureux, en exil, je ne sais où.

Tristans, ges non auretz de me,
Qu’eu m’en vau, chaitius, no sai on.
De chantar me gic e’m recre,
E de joi e d’amor m’escon.

Tristan, vous n’aurez rien de moi,
car je m’en vais, malheureux, je ne sais où.
Je mets un terme à mes chants et y renonce.
Loin de la joie et de l’amour je me cache.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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François Villon du temps de sa jeunesse folle et un extrait commenté du grand Testament

françois_villon_poesie_francais_moyen_ageSujet : poésie, littérature médiévale, réaliste, satirique, ballade, auteur médiéval, , chanson
Période : moyen-âge tardif
Titre :  « Le Grand Testament » Extrait
Auteur :  François Villon (1431- ?1463)
Interprétes ; Alain Souchon
Chanson : je plains le temps de ma jeunesse

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous faisons, aujourd’hui, un nouveau détour du côté de la poésie réaliste de François Villon avec un bel extrait de son célèbre Grand Testament. C’est un passage bien connu dont on ne cite souvent que les derniers vers et nous voulions ici les mettre un peu mieux en perspective dans leur contexte, en les accompagnant de françois_villon_grand_testament_poesie_medievale_realiste_moyen-age_tardifquelques éclairages sur les parties pouvant demeurer obscures.

Voici donc notre Villon regardant en arrière vers le temps de sa jeunesse folle, si lointaine et déjà envolée. Joyeuse insouciance de l’adolescence, changée bientôt en regrets. Misère et galères, de déboires en déboires, la faim au ventre et la panse vide. Mais le temps s’est enfui ne laissant derrière lui que le goût de nostalgie et le constat des erreurs et  l’heure est au bilan, dans cette prison froide. Souvenir d’une vie d’inconfort, d’amours laissées en chemin, et pourtant leur survit tout de même la dignité d’avoir su ne pas abuser de ses amitiés ou si peu.

Ironie de l’histoire ou exemplarité de la rédemption?, celui dont on n’a tant voulu faire le premier « poète maudit » ou le « mauvais garçon » du moyen-âge tardif s’est fait pour des générations d’écoliers quelque peu « moraliste », puisque ses vers ont longtemps été repris par l’école républicaine  pour rappeler aux têtes blondes qui auraient pu le perdre de vue, l’intérêt d’y user leurs fonds de culottes.

francois_villon_grand_testament_extrait_poesie_medievale_moyen-age_tardif_jeunesse_temps

Le grand testament de Villon – extrait

XXIII

Je plaings le temps de ma jeunesse,
Auquel j’ay, plus qu’autre, gallé * (mené joyeuse vie)
Jusque à rentrée de vieillesse,
Car son partement m’a celé*. (ce temps est parti en cachette)
Il ne s’en est à pied allé,
N’a cheval; las! et comment donc?
Soudainement s’en est voilé,
Et ne m’a laissé quelque don.

XXIII.

Allé s’en est, et je demeure
Pauvre de sens et de sçavoir,
Triste, failly* (abattu), plus noir que meure*(mûre)
Je n’ay ne cens, rente , n’avoir ;
Des miens le moindre, je dy voir* (vrai)
De me desadvouer s’avance,
Oublyans naturel devoir,
Par faulte d’ung peu de chevance*. (provisions,possession)

XXIV.
Si ne crains-je avoir despendu* (dépensé),
Par friander, ne par lescher*, (friandise et gourmandise)
Ne par trop aymer riens vendu,
Qu’amys me sceussent reprocher.
Au moins qui leur couste trop cher.
Je le dys, et ne crains mesdire.
De ce ne me puis revencher*: (m’excuser)
Qui n’a meffait, ne le doit dire. 

XXV

Bien est-il vray que j’ay aymé
Et que aymeroye voulentiers ;
Mais triste cueur, ventre affamé
Qui n’est rassasié au tiers,
Me oste des amoureux sentiers.
Au fort, quelqu’un s’en recompense,
Qui est remply sur les chantiers*, (qui est bien rassasié)
Car de la panse* vient la danse. (du ventre plein)

XXVI

Hé Dieu ! se j’eusse estudié
Au temps de ma jeunesse folle,
Et à bonnes meurs dédié,
J’eusse maison et couche molle .
Mais quoy ? je fuyoye l’escolle ,
Comme faict le mauvays enfant…
En escrivant ceste parolle,
A peu que le cueur ne me fend.

Les oeuvres complètes de François Villon annotées et commentées par P.L. JACOB

U_lettrine_moyen_age_passionne fois n’est pas coutume, nous avons quelque peu levé le nez de nos dictionnaires anciens et autres recherches comparatives cette fois-ci. De fait, les notes que nous vous fournissons avec cet extrait sont, pour la plupart, tirées de la version des Oeuvres Complètes De Villon de Paul Lacroix, alias P.L. JACOB, grand érudit, écrivain et historien français du XIXe siècle. L’ouvrage date de 1854 mais est encore édité de nos jours. Il faut dire que cette version poesie_litterature_medievale_oeuvre_completes_annotees_documentees_francois_villon_Paul_Lacroix_PL_Jacob_moyen-age_tardifprésente l’avantage d’être extrêmement bien annotée et documentée, ce qui permet d’avancer rapidement sur les points d’achoppement que peut tout de même présenter, par endroits, le beau français moyen du XVe de Maître François Villon.

Pour le cas où l’acquisition de cet ouvrage vous intéresse, en voici les liens  :  Oeuvres Completes de Francois Villon

Alain Souchon chante Villon
et le temps de sa jeunesse folle

E_lettrine_moyen_age_passionn 2011, le chanteur Alain Souchon nous gratifiait d’un album intitulé « A cause d’Elles » dans lequel il reprenait dans une chanson la dernière strophe alain_souchon_chante_villon_poesie_medievale_jeunesse_testament_chansonde Villon que nous citons ici.

Treizième album studio de l’artiste poète, Souchon y reprenait des titres, poésies ou comptines  ayant bercé son enfance et ces vers de Villon s’y trouvaient.

Quelques cinquante ans avant lui, en 1959, le poète chanteur et troubadour québécois Felix Leclerc avait lui aussi repris cette même strophe en la mêlant à d’autres vers de François Villon dans une chanson ayant pour titre le testament, et dédiée à l’auteur médiéval.

Un  excellente journée à tous !

Frédéric EFFE.
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Tous vêtus de la même peau, une ballade sur l’égalité des hommes par Eustache Deschamps

poesie_litterature_ballade_medievale_egalite_homme_eustache_deschamps_morel_moyen-age_tardif_chrétienSujet : poésie satirique, politique, morale, littérature médiévale, ballade, français ancien, égalité, moyen-âge chrétien.
Période : moyen-âge tardif
Auteur : Eustache Deschamps (1346-1406)
Titre : « tous d’une pel revestus » « ballade sur l’égalité des hommes »
Ouvrage : Oeuvres inédites d’Eustache Deschamps, Prosper de Tarbes (1849)

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici une ballade poétique et morale comme Eustache Deschamps en a le secret. Partant de la référence biblique à Adam et Eve, l’auteur médiéval réaffirme ici l’égalité des hommes entre eux. Sous couvert d’adresser cette poésie à tous, il medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passionfaut bien sûr lire, entre ses lignes, l’insistance qu’il met à rappeler cette vérité morale et politique aux rois, aux seigneurs et aux nobles, afin qu’ils se gardent de la condescendance comme du mépris.

On sait que le thème lui est cher et qu’il ne se prive jamais, au risque de déplaire, de rappeler aux puissants autant que leurs obligations, la vacuité de la vanité devant les richesses, les possessions ou les ambitions de conquêtes, devant les hommes, devant la mort, et encore et par dessus tout devant Dieu. Vilains ou nobles, tous vêtus de la même peau, nous dit ainsi, avec sagesse, Eustache le moraliste. Cette affirmation de l’égalité des hommes au delà de leur condition sociale, sera reprise dans des termes plus séculiers et consignée en lettres d’or, bien longtemps après lui, dans une célèbre déclaration, mais on le voit ici, un certain moyen-âge chrétien pouvait aboutir, par d’autres voies, aux mêmes conclusions.

ballade_poesie_morale_medieval_eustache_deschamps_morel_egalite_hommes_moyen-age_tardif_chrétien

Ballade de l’égalité des hommes (1382)
D’Eustache DESCHAMPS

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue langagier, le français ancien d’Eustache Deschamps appartient au français moyen ou moyen français. C’est une langue qui s’affirme au moyen-âge tardif comme la langue officielle en se différenciant des autres formes de la langue d’oil ou des autres idiomes parlés sur les terres de France.

Même s’il lui reste, au XIVe siècle, encore un peu de chemin à faire pour conquérir l’ensemble du territoire, autant que pour se formaliser et donner naissance au français classique, cette langue demeure toutefois bien plus compréhensible pour nous que le vieux français des XIIe et XIIIe siècles. De fait, pour vous permettre de comprendre cette ballade d’Eustache Deschamps nous ne vous donnons ici  que quelques indications et quelques clés.

Traduttore, Traditore, Traduire c’est trahir

medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passionPour dire un mot de méthode, nous croisons, en général, le sens des vocables présentant des difficultés à l’aide de plusieurs dictionnaires anciens, avant de vous donner nos indications. Même ainsi, il reste parfois difficile de percevoir toutes les nuances et les subtilités de certains termes usités mais tout de même cela permet de s’en faire une idée relativement correcte.

Concernant les dictionnaires de vieux français ou de français ancien, il en existe de très nombreux et de toutes tailles qui couvrent des périodes variables (sans forcément être très précis ou spécifiques sur ces dernières).

dictionnaire_français_moyen_ancien_hilaire_van_daele_poesie_litterature_medieval_etymologie_definition_recherchesPour l’instant et concernant les difficultés que peuvent présenter certains vocables en usage chez Eustache Morel Deschamps, je dois avouer qu’un petit dictionnaire particulièrement bien fait s’est avéré extrêmement utile dans bien des cas. Je vous en donne la référence à toutes fins utiles. Il s’agit du Petit Dictionnaire de l’Ancien Francais de Hilaire VAN DAELE (1901). On en trouve des versions digitalisées en ligne. Si vous préférez acquérir le format papier souvent plus pratique et plus rapide à manipuler lors de recherches intensives, vous pouvez cliquer sur la photo ci-dessus ou sur le lien suivant: PETIT DICTIONNAIRE DE L ANCIEN FRANCAIS 

Enfans, enfans, de moy Adam venuz,
Qui après Dieu suis père primerain
Crée de lui, tous estes descenduz
Naturellement de ma coste et d’Evain :
Vo mère fut. Comment est l’un villain
Et l’autre prant le nom de gentelesce* ? , (noblesse)
De vous frères, dont vient tele noblesceî
Je ne le sçay ; si ce n’est des vertus,
Et les villains de tout vice qui blesce :
Vous estes tous d’une pel* revestus. (peau)

Quant Dieu me fist de la boe où je fus,  (boue)
Homme, mortel, foible, pesant et vain,
Eve de moy, il nous créa tous nuz:
Mais l’espérit nous inspira à plain
Perpétuel; puis eusmes soif et faim,
Labeur, dolour, et enfans. en tristesce
Pour noz péchiez enfantent à destresce
Toutes femmes: vilment* estez conçus ; (grossièrement)
Dont vient ce nom villain, qui les cuers blesce.
Vous estes tous d’une pel revestuz.

Les roys puissans, les contes et les dus,
Le gouverneur du peuple et souverain,
Quant ils n’àissent de quoy, sont ils vestus?
D’une orde* pel.— sont ils d’autres plus sain? (impure)
Certes nennil* : mais souffrent soir et main* (non point) (matin)
Froidure et chault, mort, maladie, aspresce* (rudesse, âpreté)
Et naissent tous par une seule adresce,
Sans excepter grans, pelis ne menus.
Se bien pensez à vo povre fortresce :
Vous estes tous d’une pel revestus.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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Douzain d’un curé, l’humour satirique des débuts du XVIe siècle avec Melin Sainct-Gelays

poesie_medievaleSujet : douzain, poésies courtes,  ouvrage ancien. poésie satirique, humour médiéval, épigrammes
Période : moyen-âge tardif, renaissance
Auteurs : Melin Sainct-Gelays ou Mellin Saint- Gelais (1491-1558)
Titre : La fleur de poésie Françoyse, annoté par A Van BEVER, 1909

N_lettrine_moyen_age_passionous revenons ici sur la fleur de poésie françoyse dont nous vous parlions, il y a quelques jours, pour vous faire partager, cette fois, un douzain largement plus drôle et satirique.

poesie_satirique_cour_humour_renaissance_XVI_moyen-age_tardi_saint_gelaisOn le doit à Melin Sainct-Gelays, poète de cour qui fut contemporain de Marot et qui connut lui aussi les faveurs de François 1er, puis d’Henri II. Même si avec le temps, Clément Marot lui a quelque peu damé le pion, ce poète était très prisé et reconnu de ses contemporains. L’esprit de Sainct-Gelays était en tout cas largement aussi aiguisé quand il s’agit d’humour et de satire. Il nous en donne aujourd’hui la preuve avec ce Douzain d’un curé

Au passage, son humour et ses railleries lui vaudront d’ailleurs quelques sérieuses inimitiés. Il fut notamment l’instigateur d’une querelle contre Ronsard, qu’il tourna en ridicule auprès de la cour en son absence ce qui donna lieu, une fois Ronsard informé du fait,  à une guerre ouverte par textes interposés qui dura plusieurs années.

poesie_satirique_ancienne_XVIe_Melin_Sainct_Gelays_renaissance_humour_douzain

« Nostre vicaire, ung jour de feste,
Chantoit ung agnus gringotté,
Tant qu’il povoit à pleine teste,
Pensant d’Annette estre escouté ;
Anette, de l’aultre costé,
Ploroit comme prise à son chant,
Dont le vicaire en s’approchant
Luy deist : Pourquoy plorez vous belle ?
Ha! messire Jan, ce deist elle,
Je plore ung asne qui m’est mort,
Qui avoit la voix toute telle
Que vous quant vous criez si fort. »
Melin Sainct-Gelays –
Epigramme douzain d’un curé

Une belle journée  à tous.
Fred
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Un huitain anonyme du début du XVIe siècle avec la fleur de poésie françoyse

poesie_medievaleSujet : poésie ancienne, huitains, poésies courtes, épigrammes, ouvrage ancien.
Période : moyen-âge tardif, début renaissance
Auteurs : collectif (édition originale de 1542)
Titre : La fleur de poésie Françoyse, annoté par A Van BEVER, 1909

« Ung doulx baiser je prins subtillement
De celle à qui mon cueur s’est adonné,
Pensant par là trouver allégement
Au dur travail qu’en amours m’a donné,
Mais tout soubdain me trouvay estonné
Quant je congneuz (cuidant mon feu estaindre)
Que luy avoit nourriture donné
Et que mon mal n’en estoit de rien moindre. »
Anonyme – XVe, XVIe siècle – la fleur de poésie françoyse

Bonjour,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici pour aujourd’hui un huitain léger, tiré d’un ouvrage édité pour la première fois en 1542 et 1543 et réédité au début du XXe siècle par Adolphe VAN BEVER, (1871-1927) biographe et érudit français, féru de poésie. Ce petit livre d’un peu plus de cent pages a pour titre : La fleur de poésie Françoyse:, Recueil joyeux contenant plusieurs Huictains, dixains, quatrains, chansons et autres dictez de divers matières.

C’est un carnet de poésie légère qui, on l’a compris, ne vise rien d’autre que l’amusement et le divertissement. Il s’ouvre d’ailleurs sur ces quelques vers au lecteur qui marquent bien l’ambition générale de l’ouvrage  :

« Lecteur, si tu as fantaisie
D’éviter dueil et desplaisir,
Vois cy la fleur de Poésie
Pleine de soûlas et plaisir,
Tu ne pourrois esbat choysir
Pour mieulx chasser oysiveté,
( Voire si tu en as désir)
Qu’à lire, et veoir nouvelletè. »

Les auteurs de ce collectif sont pour la plupart restés anonymes mais on y retrouve tout de même identifiés Clément MAROT (1496-1544) ou Melin de SAINCT-GELAYS (1491-1558) dont on sent bien d’ailleurs que leur poésie de cour légère et quelquefois primesautière a inspiré d’autres auteurs de ce carnet. Pour le dire autrement, ils donnent ici le La. Edité une première fois en 1542, l’ouvrage sera réédité un an plus tard avec quelques ajouts en 1543, soit un an avant la mort de Clément MAROT.

fleur_poesie_francaise_litterature_poesie_ancienne_medieval_renaissance

Il semble bien que cette fleur de la poésie françoyse soit l’un des plus anciens livrets d’épigrammes et poésies facétieuses de ce genre. D’autres lui succéderont et ces petits ouvrages se multiplieront durant les débuts du XVIe siècle. La poésie s’y fera légère et spontanée, (Adolphe VAN BEVER la qualifiera même de souriante et puérile) et les auteurs en profiteront quelquefois, sous couvert d’anonymat, pour faire passer quelques poésies audacieuses, satiriques ou polissonnes. L’auteur du huitain du jour (plutôt sage), est resté, quant à lui, anonyme.

fleur_de_poesie_francoyse_poesie_debut_renaissance_moyen-age_tardifOn trouve ce petit livre qui a plus de 500 ans encore à la vente chez Wentworth Press. En voici le lien à toutes fins utiles:

La Fleur de Poesie Francoyse; Recueil Joyeulx Contenant Plusiers Huictains, Dixains, Quatrains, Chansons Et Aultres Dictez de Diverses Matieres

En vous souhaitant une très belle journée
Fred

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Littérature médiévale : notes sur la ballade des povres housseurs « attribuée » (un peu vite?) à François Villon

françois_villon_poesie_francais_moyen_ageSujet : poésie, littérature médiévale, réaliste, satirique, ballade, auteur médiéval, analyse littéraire, corpus.
Période : moyen-âge tardif
Titre :  « Ballade des povres housseurs »
Auteur :  « Corpus » François Villon
(1431- ?1463)

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionxtraite de Jardin de plaisance et fleur de rhétorique, anthologie de poésie parue pour le medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passionpremière fois en 1502, la ballade que nous vous présentons aujourd’hui s’est vue bientôt attribuée à François Villon  par M. Prompsault, en 1832, qui lui donna d’ailleurs aussi son titre et l’intégrera à son édition des oeuvres du poète médiéval. Il faut dire que la poésie en question côtoie de près d’autres balades de Villon dans cet ouvrage.

Rien n’établit pourtant, de manière certaine, la paternité de ce texte à Villon et il y a eu, pour cet auteur comme tant d’autres un effet de corpus et d’assimilation assez commun au moyen-âge et qui, à l’évidence persiste encore en ces débuts de renaissance où la notion « d’auteur » était en cours de formation ou de définition. Du reste, l’anthologie sus-mentionnée ne signe aucun des textes qu’elle mentionne du nom de leurs auteurs.

Le jardin des plaisances, gravure, reproduction fac similé de l'édition de 1501
Le jardin des plaisances, gravure, reproduction fac similé de l’édition de 1501

La Ballade des povres housseurs

On parle des champs labourer,
De porter chaulme contre vent,
Et aussi de se marier
A femme qui tance souvent;
De moyne de povre couvent,
De gens qui vont souvent sur mer;
De ceulx qui vont les bleds semer,
Et de celluy qui l’asne maine;
Mais, à trestout considérer,
Povres housseurs ont assez peine.

A petis enfans gouverner,
Dieu sçait se c’est esbatement !
De gens d’armes doit-on parler?
De faire leur commandement?
De servir Malchus chauldement?
De servir dames et aymer?
De guerrier et bouhourder (1)
Et de jouster à la quintaine (2)?
Mais, à trestout considérer,
Povres housseurs ont assez peine.

Ce n’est que jeu de bled soyer,
Et de prez iaukher, vrayement;
Ne d’orge battre, ne vanner,
Ne de plaider en Parlement;
A danger emprunter argent;
A maignans leurs poisles mener;
Et à charretiers desjeuner,
Et de jeusner la quarantaine;
Mais, à trestout considérer,
Povres housseurs ont assez peine.

1. Bouhourder : guerroyer & jouter. On retrouve  ici l’origine du mot Béhourd.
2. Quintaine : mannequin d’entraînement pour les chevaliers.

Qui sont ou que sont ces pauvres housseurs?

A_lettrine_moyen_age_passionla première lecture, le texte semble plutôt compassionnel. Il s’adresse à des « housseurs » que l’on devine pauvres et miséreux. Qui sont-ils vraiment ?  L’interprétation a varié relativement d’un éditeur de Villon  dans le courant du XIXe siècle.

jardin_plaisance_fleur_rethorique_ballade_litterature_medieval_Villon_pauvres_housseur_analyseSi l’on fait appel aux dictionnaires anciens sur le terme de housse, housseau, houseau autant que de housser ou holcier, il faut dire qu’il y a de quoi s’y perdre; les définitions sont à tiroirs. Alors, en suivant le fil des éditeurs des oeuvres de Villon, ces housseurs sont-ils comme le pensait J.-H.-R. Prompsault en 1835, des porteurs de bottes ou de housseaux, ces jambières protectrices, dont le bas s’adapte sur la chaussure ? On ne voit pas bien en quoi cela pourrait les rendre si misérables. Sont-ils alors plutôt comme Antoine Campeaux le soutiendra en 1873, des écoliers portant des housses (manteaux à capuchons) ou encore, bien loin de cette hypothèse, des batteurs de tapis « qui avoient assez de peine ou qui travaillent beaucoup, à une époque où tous les appartements étoient tendus de tapis de haute lice« , comme l’avancera encore Paul L Jacob, dans une édition des oeuvres de Villon datée de 1854 ?

Randle Cotgrave, un anglophone du XVIIe
au secours du français Classique

E_lettrine_moyen_age_passionn réalité, il semble qu’aucun de ces éditeurs ou auteurs n’aient vu juste. Celui qui emportera l’adhésion du plus grand nombre, en tout cas, sera un lexicologue anglais du nom de Randle Cotgrave,  dans son medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passiondictionnaire français anglais du tout début du XVIIe siècle : A Dictionarie of the French and English Tongues Londres, 1611. Il faut dire que l’ouvrage réalisé avec beaucoup de soin et d’application, fait encore référence tant pour les anglophones ou les personnes désireuses d’apprendre l’anglais que pour les amateurs avides de percer les mystères des textes classiques.

Ainsi, Cotgrave traduira housseur par balayeur ou ramoneur. Certains  dictionnaires plus récents d’ancien français suivront d’ailleurs son exemple (c’est le cas notamment du Dictionnaire Godefroy version courte de 1901 ) et « housser » s’y verra encore rapproché, entre autre définition, à l’action de « frotter, nettoyer, balayer ». On trouvera encore houssoir défini comme un balai ou encore un balai de plume pour épousseter.

Ramoneur, gravure d'Abraham Bosse (1602-1676)Ramoneur, gravure d’Abraham Bosse (1602-1676)

Dans certains dictionnaires, quand il s’agit de ramoner on parlera plus spécifiquement de « housseurs de cheminée » dans d’autres cas, le housseur tout court pourra désigner l’un ou l’autre indifféremment. Une farce du début du XVIe, nommée  la farce du ramoneur utilisera d’ailleurs le terme de « housseur » à plusieurs reprises pour désigner le ramoneur et sur la foi de cet farce, la  revue critique d’histoire et de littérature du XIXe tranchera d’ailleurs en faveur des ramoneurs plutôt que  des balayeurs, pour ce qui est de cette ballade.

Balayeur ou Ramoneur ?
Un peu plus qu’une légère nuance.

D_lettrine_moyen_age_passione balayer à ramoner, la nuance est légère me direz-vous ? Elle ne l’est, en réalité, qu’en apparence pour plusieurs raisons. La première est évidente, il ne s’agit pas tout à fait du même métier.

La corporation ou le « métier » de balayeur nous est décrit relativement précisément dans le Tableau de Paris, ouvrage de la fin du XVIIIe, publié par Louis-Sébastien Mercier. La « profession » y est dépeinte de manière tout à fait poignante. A l’évidence les pauvres miséreux qui se chargent de nettoyer les rues au petit matin en retirent à peine de quoi survivre. et sont en plus brimés dans leur tâche par ceux qui les encadrent. En voici un extrait pour vous permettre d’en juger :

mercier_tableau_de_paris_XVIII« S‘il vous arrive jamais de passer en hiver dans les rues de Paris, deux heures avant le lever du jour, vous entendrez de toutes parts le bruit monotone et régulier des balais sur le pavé, et vous rencontrerez à chaque pas, par groupe de cinq ou six, de pauvres hères, silencieusement occupés à nettoyer les ruisseaux et à curer les égouts. Vêtus de guenilles qui tombent en lambeaux, presque toujours mouillés jusqu’aux os par le brouillard ou la pluie, ils ont pourtant la tête recouverte d’un orgueilleux chapeau de toile cirée, orné d’une grande plaque de cuivre, insigne dérisoire que l’administration semble leur imposer, comme la marque de leur esclavage, et l’emblème d’une misère qui gagne tout juste assez pour avoir longtemps encore à souffrir de l’épuisement et de la faim. »
Le Tableau de Paris –  Louis-Sébastien Mercier

ballade_pauvres_housseurs_litterature_medievale_poesie_moyen-age_tardifOn peut supposer qu’au siècle contemporain de cette ballade des pauvres housseurs, la condition sociale des balayeurs n’était guère meilleure qu’un siècle et demi plus tard et ce texte pourrait donc tout à fait leur convenir. Cela dit, me direz-vous, même si les deux métiers diffèrent, on ne peut non plus préjuger que le sort des ramoneurs ait été de son côté beaucoup plus enviable aux mêmes périodes. L’image du « petit ramoneur » et de ses misères, jusque encore le milieu du XXe siècle, a elle-même alimenté de nombreux contes et nourri les imaginaires.

En réalité,une autre nuance de taille se niche encore entre les deux professions, au niveau de l’analyse littéraire et textuelle. Elle réside dans le double sens du vocabulaire autour du ramonage, que notre époque a d’ailleurs conservé mais dont le métier du balayeur n’a pas hérité: l’action de « ramoner » au sens figuré, soit de trousser une dame ou de la contenter était déjà source de beaucoup d’amusement au XVe et XVIe siècles.

Ballade compassionnelle
ou ballade triviale et polissonne?

D_lettrine_moyen_age_passione fait, si le sens de housseur était bien ici ramoneur et non pas balayeur, au vue de la popularité de cette analogie déjà dans le courant du XVe siècle, dont la farce sus-mentionnée use abondamment, la ballade du jour prendrait d’emblée des dehors bien plus grivois. Arthur Piaget archiviste et historien suisse de la fin du XIXe n’en doutait pas, quant à lui, un seul instant, puisque il écrivit même dans la Revue Romania de 1892 de cette ballade « qu’elle roulait sur une medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passionéquivoque obscène » (Remarques sur Villon, à propos de l’édition de M. A. Longnon, Persée).

Même si cela ne pouvait suffire à établir que François Villon en avait été l’auteur, ceci explique d’autant plus, sans doute, qu’on ait pu la lui prêter, lui dont l’humour « grivois » et à double-sens n’était jamais en reste.

Alors comment trancher ? Au siècle de la farce du ramoneur, il se pourrait bien que cette ballade aux dehors joliment compassionnels qui tirerait presque une larme au premier regard si l’on n’allait chercher plus loin, soit un prétexte voilé à la farce et la grivoiserie. Le doute reste encore permis et chacun se fera son idée avec tous les éléments en sa possession. Bien que ne cachant pas, ici, nos penchants pour une certaine littérature médiévale satirique,  il faut bien avouer que la peinture sociale d’un petit peuple oublié de Paris nous paraissait  largement plus séduisante par sa profondeur.

En vous souhaitant une excellente journée !
Fred
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Lecture audio : la paix de Rutebeuf, trouvère du XIIIe siècle

pauvre_rutebeuf_poesie_medievale_occitan_joan_pau_verdierSujet : poésie médiévale, réaliste, satirique, trouvère, vieux français, langue d’oil, adaptation, traduction.
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle
Auteur ; Rutebeuf (1230-1285?)
Média ; lecture audio
Titre : La paix Rutebeuf, la paiz de Rutebuès

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial semble que nos pas  nous conduisent du côté du trouvère Rutebeuf depuis quelques jours. Nous allons donc en faire un de plus dans sa direction, aujourd’hui, en vous proposant la lecture audio de la poésie  « la paix de Rutebeuf ».

rutebeuf_lecture_audio_paix_poesie_litterature_medievaleNous avions publié, il  y a quelque temps, un article assez long sur le ce texte avec sa version en vieux-français, son adaptation en français moderne et encore  quelques réflexions  d’ordre plus général sur l’auteur médiéval, aussi nous vous invitons à vous y reporter. Tout est là :  La « paix » de Rutebeuf et quelques reflexions sur le « je » et le « jeu » du poète médiéval.

Comme dans la plupart des lectures audio que nous avons proposées jusque là, les deux versions du texte  ancienne et moderne sont mises en miroir pour vous permettre de mieux suivre et comprendre.

 Pour information et si cela vous intéresse, il existe aussi une  playlist youtube de toutes nos lectures de poésie médiévale ici.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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