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Humour, épigrammes, dizain et poésie de cour renaissante avec Melin Saint-Gelais

melin_saint_gelais_poesie_cour_XVIe_siecle_epigrammes_dizain_renaissance_moyen-age_tardifSujet : dizain, poésies courtes,  ouvrage ancien. poésie satirique, humour médiéval, épigrammes, grivoiseries, poésie de cour.
Période : moyen-âge tardif, renaissance, XVIe
Auteurs : Mellin Sainct-Gelays  ou Melin Saint- Gelais (1491-1558)
Titre : Oeuvres poétique de Mellin S. Gelais, 1719 sur l’édition de  1574

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partons à nouveau à la découverte de la poésie de cour du XVIe, qui est en France et sans conteste le siècle de la transition vers la renaissance. A cette occasion, nous revenons sur le poète Melin Saint-Gelais en vous donnant sur lui des éléments de biographie mais en partageant aussi quelques unes de ses pièces entre humour et poésie courtes.

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Un charlatan disait en plein marché
Qu’il montrerait le diable à tout le monde ;
Si n’y eût nul, tant fût-il empêché,
Qui ne courût pour voir l’esprit immonde.
Lors une bourse assez large et profonde
Il leur déploie, et leur dit : Gens de bien,
Ouvrez vos yeux ! Voyez ! Y a-t-il rien ?
– Non, dit quelqu’un des plus près regardants.
– Et c’est, dit-il, le diable, oyez-vous bien ?
Ouvrir sa bourse et ne voir rien dedans.

Folie, Melin Saint-Gelais (1574)

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N_lettrine_moyen_age_passionatif d’Angoulème, issu de famille noble, fils peut-être ou même neveu, pense-t-on, sans en avoir la certitude du rhétoriqueur Octavien de Saint-Gelais, évêque d’Angoulême, Melin Saint-Gelais a bénéficié dans sa jeunesse, d’une solide éducation littéraire acquise, semble-t-il, à Potiers mais aussi à Bologne et à Padoue, au coeur de l’Italie renaissante. C’est d’ailleurs là où il put acquérir la maîtrise de la langue italienne. Plus tard, aumônier du dauphin, puis bibliothécaire du roi François Ier, il fut un des favoris à la cour. Encore plus loin dans le temps et suivant sa carrière religieuse, il se fit abbé et fut aussi clerc du diocèse d’Angoulême. A sa mort, en 1558, à Paris, il était encore dans les ordres.

Joueur de Luth, chanteur et poète de cour, contemporain et peut-être même un peu rival tout en étant ami de Clément Marot, l’histoire littéraire n’a pourtant pas retenu Melin Saint-Gelais autant qu’elle le fit de son illustre homologue, même si on s’entend bien, en général, sur le fait que sa renommée auprès de ses contemporains, n’avait rien à envier à celle de Marot, au moins de son vivant.

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Tu te plains, ami, grandement ,
Qu’en mes vers j’ay loüé Clement,
Et que je n’ay rien dit de toy.
Comment veux tu que je m’amuse
A louer ny toy, ny ta muse ?
Tu le fais cent fois mieux que moy.

A un importum, Melin Saint-Gelais (1574)

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Q_lettrine_moyen_age_passionuelques furent les détours pris par l’Histoire ou la postérité, pour juger de sa poésie, Melin Saint-Gelais fut, s’il faut le comparer à Clément Marot, pratiquement oublié et il ne resta bientôt plus, pour se souvenir de lui que la querelle qui l’opposa à Ronsard et à la Pléiade.

A une période où la poésie était perçue comme un enjeu de survie à la cour puisque les places s’y trouvaient comptées, les rivalités ne se voilaient qu’à peine. Les auteurs de la pléiade naissante ne cachaient alors pas leur ambition de faire table rase du passé médiéval, mais aussi du plus immédiat et, avec lui, d’une certaine poésie de cour légère, telle que la pratiquait justement Clément Marot ou Saint-Gelais. Il était question de renouer avec l’Antiquité et de porter le français plus haut dans des envolées qui, dans l’ensemble, semblaient peu souffrir l’usage que certains faisaient alors de l’humour, de la légèreté et même de la satire; en bref, la poésie et son usage devaient être une affaire hautement sérieuse.

Dans ce contexte, pas totalement exempt de rivalités et d’enjeux, Saint-Gelais s’était gaussé à la cour des écrits de Ronsard, en lisant des passages de ce dernier à voix haute et sur un ton pompeux, faisant même rire le roi avec ses facéties. Bien que le conflit fut atermoyé avec l’intéressé, plus tard, les auteurs de la Pléiade poursuivirent Saint-Gelais encore de leur diatribe, et cet épisode aura finalement plus survécu au temps que l’oeuvre poétique du poète d’Angoulême.

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O Luth, plus estimé present
Que chose que j’aye à present,
Luth de l’honneste lieu venu
Où mon coeur est pris & tenu :
Luth qui respons à mes pensées
Si tost qu’elles sont commencées :
Luth que j’ay faićt assez de nuits
Juge & tesmoin de mes ennuis,
Ne pouvant voir au près de moy
Celle qui t’eust au près de soy.
Je te suppli’ fay moy entendre
Comme touchant à la main tendre
Ton bois s’est garenti du feu* ,
Qui si bien esprendre ma seu :
Et s’il se pourroit bien esteindre
Par souvent chanter, & me plaindre:
Que pleust à dieu, Luth, que ta voix
Peust aller où de-coeur je vois,
Tant que mon torment bien oui
En peust rapporter un ouy :
Lors tu me serois plus de grace ,
Qu’onc n’en fist la harpe de Thraces
Qui faisoit les montaignes suyvre :
Car tu ferois un mort revivre.

D’un Luth, Melin Saint-Gelais

* Ton bois qui s’est préservé du feu

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our le reste, Melin de Saint-Gelais se situe bien souvent dans cette poésie légère de cour qui, dans les débuts de la renaissance et dans le courant de ce XVIe siècle,  pratique, dans sa recherche du bon mot et de la bonne chute, une satire et un humour qui s’épanchent quelquefois sans complexe du côté des grivoiseries.

Et s’il ne serait sans doute pas justice de ne retenir du poète renaissant que l’humour incisif et les épigrammes ou dizains « badins » ou grivois, il faut avouer que ce sont des pièces dans lesquelles il excelle. On en retrouvera certaines dans la Fleur de Poésie Françoyse mais pour mieux découvrir l’ensemble de son legs, on pourra encore valablement consulter la réédition de ses oeuvres poétiques datant de 1719 sur une édition originale datant de 1574. Tout n’y est pas parfaitement lisible et la digitalisation souffre de quelques imperfections mais c’est, en tout cas, l’ouvrage dont nous avons extrait les poésies présentes au fil de cet article.

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Un jour que Madame dormoit
Monsieur bransloit sa chambriere
Et elle qui la danse aymoit
Remuoit bien fort le derriere :
Enfin la garce toute fierre,
Luy dist Monsieur par votre foy
Qui le fait mieux, Madame, ou moy ?
C’est toy ( dist-il) sans contredit.
– Sainct Jean (dit-elle), je le croy,
Car tout le monde me le dit.

Dixain, Melin Saint-Gelais (1574)

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Ajoutons avant d’en conclure sur Melin Saint-Gelais, qu’au titre de son héritage plus sérieux, on lui prête encore d’avoir importé à la cour française l’art du sonnet italien dont François Pétrarque s’était fait quelques siècles auparavant, un illustre représentant.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C.

Danse médiévale du XIVe siècle et hommage à Boccaccio : La rotta della Manfredina

micrologus_musique_ancienne_medievale_ethno_musicologie_saterelle_moyen-age_tardifSujet : musiques médiévales et anciennes, danse médiévale, manuscrit ancien, ballades, madrigaux, estampies.
Période : moyen-âge central, XIVe siècle,
Titre :   La rotta della Manfredina
Tirées de:  manuscrit add 29987,  manuscrit de Londres, British Museum.
Interprètes: Micrologus
Album : Alla Festa Leggiadra  (2005)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous partageons une nouvelle pièce  tirée du Manuscrit Ancien de Londres ou le MS ADD 29987. C’est encore une danse médiévale comme cet ouvrage en contient de nombreuses, connue sous le titre de  La rotta della Manfredina ou La Manfredina et demeurée anonyme à ce jour. 

De nombreuses formations musicales de qualité l’ont reprise mais puisqu’il fallait en choisir une pour vous en présenter une première version, nous avons choisi de le faire en compagnie de l’excellent ensemble médiéval italien Micrologus (voir articles précédents).

C_lettrine_moyen_age_passionboccace_boccacio_renaissance_italienne_decameron_auteur_medieval_italien_Castagno_1450_moyen-ageette pièce est tirée de l’album  Alla Festa Leggiadra daté de 2005 et sous-titré : Ballate, madrigali e danze all’epoca di Boccaccio, XIV sec.

C’est donc un album tout entier dédié aux danses, ballades et madrigaux du XIVe siècle contemporains de Giovanni Boccaccio (1313-1375) mieux connu en français sous le nom de Jean Boccace. On doit à ce célèbre auteur médiéval florentin, entre autres ouvrages le Décaméron et on a fait de lui, avec Dante et Petrarque, l’un des inspirateurs du renouveau de la littérature italienne ainsi que de la renaissance européenne. (ci dessus, portrait de Boccaccio, détail d’une fresque de Andrea del Castagno, 1450, Galleria degli Uffizi, Florence)

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En vous souhaitant une  bonne écoute et une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Fleur de poésie françoyse: un quatrain de la fin du moyen-âge et des débuts de la renaissance

poesie_medievaleSujet : poésie ancienne, huitains, poésies courtes, épigrammes, ouvrage ancien.
Période : moyen-âge tardif, début renaissance
Auteurs : collectif (édition originale de 1542)
Titre : La fleur de poésie Françoyse, annoté par A Van BEVER, 1909

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous postons un quatrain issu de l’ouvrage la fleur de poésie françoyse.  Nous sommes à la toute fin du moyen-âge dans un siècle de transition qui est aussi celui de l’aube de la renaissance et comme toutes les épigrammes et poésies courtes de ce petit recueil du fleur_de_poesie_francoyse_poesie_debut_renaissance_moyen-age_tardifmilieu du XVIe siècle, ces vers ne sont pas signés et sont demeurés anonymes. Sont-ils de Melin de Sainct Gelays, de Clément Marot ?  Difficile de l’affirmer. Peut-être sont-ils plutôt d’un de leurs « disciples » ?

Nous l’avons dit dans nos articles précédents sur le sujet, dans le courant du XVIe siècle, cette poésie de cour légère qui se tourne vers le mot d’esprit et le divertissement plait et trouve ses émules.

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« Je suis à moy et à moy me tiendray,
Aultre que moy n’aura sur moy puissance,
Tout à part moy joyeulx me maintiendray,
Sans que de moy aulcun ayt jouissance. »

Quatrain.  Anonyme – XVe, XVIe siècle 
La Fleur de poésie françoyse (1542)

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R_lettrine_moyen_age_passionesitué dans le contexte général de l’ouvrage, qui, plus que tout autre thème, chante les peines, les joies et les déboires d’amour sous toutes leurs formes, y compris les plus grivoises, ce quatrain qui nous conte la liberté d’une indépendance retrouvée, se réfère sans doute plus à la fin d’une histoire de coeur qu’à l’affranchissement de toute forme de pouvoir, au sens large.

Dommage ! Ainsi isolés, ces quatre vers pourraient presque prendre ce sens plus profond et philosophique d’une liberté que rien, ni personne ne saurait contraindre ou soumettre. Cela serait étonnant pour l’époque et même presque jusqu’à aujourd’hui, et, il faut bien l’avouer, ne serait pas tout à fait pour nous déplaire, mais il semble qu’ils faillent plutôt les restreindre au registre amoureux. Même ainsi cela dit, ils conservent une puissance indéniable et une belle force libératoire.

poesie_ancienne_quatrain_XV_moyen-age_tardif_debut_renaissance_fleur_de_poesie_francoise

Voir d’autres articles sur la fleur de poésie françoyse et les recueils de poésies courtes du moyen-âge tardif ou des débuts de la renaissance.

En vous souhaitant une très belle journée
Fred

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Sur les traces des goliards, poésie « à boire » du XVe siècle et du moyen-âge finissant

humour_poesie_ancienne_moyen-age_tardif_renaissance_ecole_marotique_recreation_passetemps_triste_ouvrage_ancien_clement_marotSujet : poésies courtes, épigrammes, ouvrage ancien, humour, gauloiserie, goliards, poésie « goliardique »
Période : hiver du moyen-âge, renaissance
Auteurs : collectif (1575, puis 1595)
Titre : La récréation et passetemps des tristes, recueil d’épigrammes et de petits contes en vers (1862)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partageons aujourd’hui un nouvel épigramme issu de l’ouvrage récréation et passe-temps des tristes . S’ils n’étaient déjà en bonne langue françoise du XVe siècle, ces quelques vers dédiés au vin pourraient presque prendre des allures tardives de poésie goliardique, mais le XIIe siècle des goliards est déjà loin, et on continuera de chanter longtemps après eux et sans eux, comme on le fait d’ailleurs encore, les joies de l’ivresse (avec modération, mais pas toujours).

Bien sûr, il faut aussi lire de l’humour dans cette courte poésie « à boire ». Comme nous l’avions dit précédemment, celui-ci traverse de part et en part ce petit recueil d’épigrammes du moyen-âge finissant.

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De ceux qui par trop boire
ont les yeux bordés d’escarlate

Le vin qui m’est si cher vendu,
M’a la force des yeux ravie,
Pour autant il m’est deffendu,
Dont tous les jours m’en croist l’enuie:
Mais puisqu’en luy seul est ma vie,
Malgré les fortunes senestres
Les yeux ne seront point les maistres,
Sur tout le corps, car par raison,
J’aime mieux perdre le fenestres,
Que perdre toute la maison.
La récréation et Passetemps des tristes,
(ré-édition de 1862 sur la base de l’édition de 1595)

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Les yeux bordés d’écarlate

L_lettrine_moyen_age_passion‘expression « les yeux bordés d’escarlate« , autrement dit, « les yeux rouges sur les bords » suivant le Littré, ce que l’on avait à peu près compris, mais aussi dans d’autres dictionnaires anciens « les yeux aux paupières rougis » ou même encore « les yeux fort rouges » est ici employée pour désigner les marques que laissent sur leur sillage d’innombrables ivresses. Cette expression a pu aussi désigner les marques de la vieillesse. On la retrouve usitée de cette manière dans le Candide de Voltaire : « la vieille leur parla en ces termes : je n’ai pas toujours eu les yeux éraillés et bordés d’écarlate ». Elle peut encore comme ici au XVIIIe siècle, désigné un trait de laideur :

« – Qui ne seroit pas idolâtre
De ces beautés, de ces trésors ;
Dont la nature orna ton corps
De ton nez de corail , de tes lèvres d’albâtre ,
De ces cheveux dorés, de ces os que ta peau
Laisse aisément compter, tant elle est délicate;
De tes yeux bordés d’écarlate ?
Enfin , qui ne seroit charmé , belle Isabeau ,
De ce teint à la mosaïque,
Et qui de l’arc-en-ciel imite les couleurs
De cette bouche grande , oblique ,
Et de cette dent, fille unique,
Qui porte le deuil de ses sœurs ? » 
Portrait d’une Laide, Le Brun. Dictionnaire de pensées ingénieuses,
tant en vers qu’en prose, des meilleurs écrivains françois
 (1773)

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Conférence atelier : L’écriture au XVe siècle, ce samedi au Centre Historique Médiéval d’Azincourt

azincourt_bataille_guerre_de_cent_ans_histoire_medieval_centre_historiqueSujet :  centre historique, rencontre, écritures, conférence, atelier, histoire médiévale, paléographie, sigillographie, événement
Période : moyen-âge tardif.
Lieu : Centre Historique Médiéval d’Azincourt
22, rue Charles VI. 62310 Azincourt
Evénement : l‘écriture au XVe siècle
Intervenant : Dominique Delgrange
Date : Samedi 24 juin 2017 (après-midi)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ceux qui souhaiteraient se plonger dans le moyen-âge festif ce week end, nous vous avons déjà indiqué quelques pistes intéressantes: la Fête des Bâtisseurs à Guédelon, les Médiévales de Provins et encore la cité lorraine de Rodemack aux couleurs de moyen-âge. Mais nous voulons ajouter ici un autre événement qui prend cette fois,  la forme d’un atelier conférence ludique et néanmoins très sérieux autour d’un aspect particulier de l’Histoire médiévale.

Les rencontres thématiques
du centre médiéval d’Azincourt

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S_lettrine_moyen_age_passioni vous vous tenez dans le Pas-de-Calais, le Centre Historique médiéval d’Azincourt vous propose en effet, ce samedi après-midi  un atelier-rencontre thématique d’une demi-journée, sur le thème de l’Ecriture au XVe siècle.

dominique_delgrange_conference_atelier_histoire_medievale_sigillographie_heraldiqueDominique Delgrange, secrétaire général de la Société française d’héraldique et de sigillographie, sera en charge de cette présentation et partira avec vous à la découverte de l’écriture, à l’aube de l’imprimerie et de la renaissance.

Qui écrit au XVe siècle ? Actes officiels, juridiques ou administratifs, relations épistolaires, messages, mais encore manuscrits, chroniques, ouvrages de sciences et techniques ? Dans medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passionce moyen-âge déjà bien tardif, l’écriture n’est plus, depuis longtemps déjà, seulement l’apanage des clercs ou des moines, et son public s’est élargi. Et puis comment écrit-on? Avec quel style et comment le gothique a-t-il évolué au fil du temps? Enfin, de quels outils se sert-on ? Plumes, roseaux, sceaux, l’usage du papier s’est aussi généralisé, les techniques et les instruments ne sont plus les mêmes et l’atelier fournira l’occasion d’approcher ces derniers de près.

Sigillographie, paléographie, codicologie, la rencontre sera aussi le prétexte d’aborder les sciences ou disciplines connexes qui viennent au secours de l’Histoire pour lui permettre de reconstruire avec justesse et au plus près les périodes passées.

Pour plus d’information, vous pouvez contacter directement le centre d’Azincourt  au numéro de téléphone suivant : 03 21 47 27 53 ou par courriel  : courriel_centre_historique_medieval_azincourt_1415_guerre_de_cent_ans

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
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A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Récréation et passe-temps des tristes: gauloiseries, grivoiseries et poésies marotiques du XVIe

humour_poesie_ancienne_moyen-age_tardif_renaissance_ecole_marotique_recreation_passetemps_triste_ouvrage_ancien_clement_marotSujet : poésies courtes, épigrammes, école marotique, ouvrage ancien, humour, grivoiseries, gauloiserie, Clément MAROT.
Période : hiver du moyen-âge, renaissance
Auteurs : collectif (1575, puis 1595)
Titre : La récréation et passetemps des tristes, recueil d’épigrammes et de petits contes en vers (1862)

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« Gardez bien de toucher ce livre
(Mesdames) il parle d’amour :
C’est aux hommes que je le livre
Que l’on tient plus constants toujours
Laissez-le aller vers eux son cours
A eux et non à vous est dû
Mais vous le lirez nuit et jour
Puisque je vous l’ai défendu »
La récréation et passetemps des tristes

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Bonjour à tous (et à toutes!),

S_lettrine_moyen_age_passioni vous nous suivez régulièrement, vous savez combien nous apprécions ici la poésie de Clément MAROT et plus particulièrement ses pièces courtes, pleines d’esprit, d’humour et de causticité.poesie_fin_moyen-age_renaissance_clement_marot_ecole_marotique_humour_grivoiserie_gauloiseries

Dans la lignée de l’école marotique qui faisait des adeptes dans le courant du XVIe siècle, nous vous parlions, dans un article précédent, d’un petit ouvrage « collectif » de 1542 : la fleur de poésie françoyse. Souvent compulsés à l’initiative des imprimeurs, ces carnets de poésie rassemblaient, pour l’essentiel, des formes courtes et des épigrammes et se souciaient peu des auteurs (qu’ils ne citaient, souvent, pas). Il y était d’abord question de « récréation » et, finalement, d’une poésie « légère » dont l’unique ambition était d’être un « remède » à l’ennui autant qu’une invitation au divertissement et à l’humour.

Aujourd’hui, nous vous présentons un autre ouvrage de la même veine. Son titre est éloquent et en résume tout entier l’objectif : « LA RECREATION ET PASSETEMPS DES TRISTES, Traictant de choses plaisantes et récréatives touchant l’amour et les dames, pour resjouir toutes personnes mélancholiques ». Nous émaillons aussi cet article de quelques extraits choisis pour vous permettre de vous en faire une idée. 

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Autre d’un amoureux voulant mener jouer s’amie

« Allons aux champs sur la verdure,
Passer le temps joyeusement
Cependant que le beau temps dure,
Il n’est que vivre plaisamment
Allons y donc hastivement
Allons chanter, gaudir et rire,
Mieux faut s’esbatre gayement
Q’employer sa langue à mesdire »
La récréation et passetemps des tristes

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Dans une première réédition du XVIIIe, ces « récréations » avaient été attribuées au poète Guillaume des Autels, mais l’éditeur de 1862 sur laquelle nous nous basons ici venait contredire ce fait. L’ouvrage se situe, en effet, dans la filiation de l’école marotique et certaines de ses pièces ne peuvent même appartenir qu’à Clément MAROT, Mellin SAINT-GELAIS et encore d’autres auteurs qui s’inscrivaient sous l’influence du poète originaire de Cahors pour exercer leur verve et leur esprit.

Il y a, dans ce petit manuel qui a traversé presque cinq siècles, quelques pièces sérieuses qui flirtent avec l’amour courtois, mais il contient surtout d’autres épigrammes largement plus grivois et osés. Au bout du compte, on y trouve bien plus de gauloiseries que dans la fleur de poésie françoyse, même si l’ouvrage reprend quelques pièces qui s’y trouvaient présentes, ainsi que d’autres poésies en provenance d’autres « carnets » de poésie du même type et qui datent tous du XVIe siècle.

Comme sa courte préface en vers l’indique, cette récréation et passetemps des tristes a pour thème de prédilection les choses de l’amour. Les « dames » y sont visées par endroits avec un humour souvent plus potache que satirique, mais elles ne sont  pas les seules dans la ligne de mire. Maris et amants, bon ou mauvais, y passent aussi et d’autres sujets y sont abordés. On trouve encore quelques jolies perles poétiques « inclassables ».

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Du loquet de l’huis de s’amie

« N’a pas longtemps fut faite une dispute
Sur instrumens, et faict de la musique.
Les uns loüoyent le hautbois ou la fluste,
D’autres le luth, comme chose angéliques :
Lors un d’entr’eux, le moins mélancolique
Leur dit : Messieurs, voulez-vous que je die,
Quel instrument a plus de mélodie,
C’est à mon gré, le loquet d’une porte :
Car quand il faut que la mignonne sorte
De bon matin, ferme l’huis doucement :
L’oyant sortir, le mignon se conforte
Est-il au monde un plus doux instrument ? »
La récréation et passetemps des tristes

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S_lettrine_moyen_age_passioni l’on devait y mettre un peu de subjectivité, (pour ce que cela vaut, c’est à dire pas grand chose), nous pourrions avancer que toutes les poésies que l’on trouve dans cette Récréation et Passetemps des Tristes n’ont pas l’élégance, ni la grâce de la poésie d’un MAROT, même si elles tentent d’en emprunter les formes. A n’en pas douter, il y a ici, certains émules moins talentueux que lui, qui s’essayent à son genre ce qui, cela s’entend, ne diminue pas pour autant l’intérêt de l’ouvrage pour qui s’interroge sur l’Histoire de la langue française et de sa poésie, mais encore de son humour.litterature_poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiserie

Ajoutons encore que la deuxième édition de 1595, qui sert de base au livre présenté ici, a  été censurée de certaines pièces dont les moines et l’Eglise faisaient les frais et dont l’imprimeur de 1862 nous indique dans sa préface, de manière toute directe,  « qu’elles sentaient l’hérésie ». La satire s’y trouve donc quelque peu patinée. De fait les grivoiseries, même si on ne peut résumer uniquement l’ouvrage à cela non plus, y prennent largement le pas.

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A une glorieuse tenant sa gravité par trop grande

« Vous estes belle en bonne foy
Ceux qui dient que non, sont bestes,
Vous estes riche, je le voy,
Qu’est-il besoin d’en faire enquestes?
Vous estes bien des plus honnestes,
Et qui le nie est bien rebelle :
Mais quand vous vous loüez, vous n’estes,
Honneste, ne riche, ne belle. »
La récréation et passetemps des tristes

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Du point de vue du contexte historique, au moment de l’impression de cet ouvrage, les temps sont déjà ceux de la pléiade et de ses poètes qui, dans une ambition tout académique, chercheront à élever la langue française tout autant qu’à l’enrichir. Soucieux de trancher d’avec la poésie médiévale, leurs recherches et leur ambition déclarée se tiendront alors bien loin des formes de cette poésie marotique légère et de sa frivolité. Avec la réédition 1595 de l’original de 1575, Nous sommes déjà près d’un demi-siècle après la mort de MAROT. Son oeuvre sera bientôt reléguée aux archives et il faudra pratiquement attendre le XVIIIe siècle pour qu’il soit redécouvert.

Epigrammes et école marotique: une poésie et des formes qui plaisent à la cour

A_lettrine_moyen_age_passionu XVIe, cette poésie marotique est applaudie et appréciée à la cour pour son esprit. Badine, elle s’épanche en rimes vives et incisives qui semblent tout vouloir sacrifier à la grâce du bon mot et à son élégance, et qui peuvent aller, comme ici, jusqu’à la grivoiserie ou même la gauloiserie.

Et litterature_poesie_ancienne_ecole_marotique_fin_moyen_age_debut_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiseriequand d’impertinente et caustique, elle devient nominative et plus directe-ment assassine, on pourrait presque être tenté déjà, à quelques formes près, d’y voir préfigurer les jeux de cour cruels d’un Versailles décadent comme ceux dont Patrice LECONTE nous faisait le tableau dans son film « Ridicule ». Quelques siècles avant sa cour de Louis XVI, on entrevoit alors déjà dans cet « esprit » et ses « bons mots » quelquefois tranchants de MAROT, la verve du perfide abbé VILECOURT (l’excellent et regretté Bernard GIRAUDEAU) et sa bouche en O, pour être tombé  en disgrâce pour un vers de trop.

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D’un Vieil Amoureux

« Je suis amant en l’extresme saison,
Pres de ma mort, je chante comme un cigne,
En attendant d’icelle guarison
Que mon blanc chef prendra pour mauvais signe
La rose, et lis, neige, la lune insigne
Et le jour ont telle couleur eslite.
Doncques, Amour, mes armes je ne quitte
Ains bon espoir j’ay en ma dame seulle,
Vieillard je suis mais grand flamme m’incite
Car le bois sec plus que tout autre brusle. »
La récréation et passetemps des tristes

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Favori un jour, exilé ou miséreux le suivant. Dans les méandres des jeux d’influences nobiliaires et les couloirs froids des châteaux, comme ailleurs, on sait que le verbe peut tuer. Sous ces nouveaux dehors légers et moqueurs que MAROT, comme Mellin SAINT-GELAIS pratiquaient si bien, sont-ils, ces jeux de cour, les mêmes que ce dont Eustache DESCHAMPS nous contait déjà les travers? L’ombre poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_grivois_humourde RUTEBEUF et de sa paix planent encore ici sur le poète de cour, médiéval ou renaissant, dépendant de son « protecteur », de ses grâces comme de ses largesses. Le drôle doit être transgressif par nature mais la ligne est fine de la moquerie, à l’impertinence, de la satire à « l’hérésie », et l’on s’y brûle quelquefois. On se souvient des combats meurtriers de plume du temps du poète de Cahors, et, plus tard encore de ses successeurs à la cour : Mellin SAINT-GELAIS moquant la pédanterie de RONSARD et ce dernier préférant, semble-t-il, « marcher » sur la tête d’un MAROT plutôt que se jucher sur ses épaules. Pour la postérité du français renaissant, il bâtira, en partie sur le terreau de son dédain, d’autres projets pour la poésie et pour la langue. 

Comme  FLAUBERT nous le rappellera quelques siècles plus tard « Le mauvais goût du temps de RONSARD, c’était MAROT« . Si le public du XVIe siècle goûte suffisamment ces formes poétiques qui se complaisent dans la frivolité ou la « récréation », pour qu’on imprime des manuels à son usage, elles ne rallieront pas, loin de là, tous ceux qui s’exercent à l’art de la rime durant ce même siècle, RONSARD en tête.

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Un amant est toujours honteux

« Amour un jour desbanda les deux yeux,
Pour contempler ses serviteurs fidèles,
Si m’aperceut pensif et soucieux
Sans dire mot entre deux damoiselles.
Lors promptement il esbranla les aisles,
Et vint vers moy, en me disant ainsi : 
O pauvre amant que fais-tu tan icy.
Que ta chaleurs n’est point encore esteinte ?
Je lui responds en lui criant mercy
Qu’un vray amant n’est point sans honte ou crainte. »
La récréation et passetemps des tristes

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Les formes courtes de l’école Marotique et
Les « agréables riens » de la poésie du XVIe

A_lettrine_moyen_age_passionu cours de cet hiver du moyen-âge, dans cette longue aventure humaine de l’art poétique français et au delà de ses apports stylistiques, on sent bien que la forme marotique des XVe, XVIe siècles porte en elle les germes d’une nouveauté. Les racines encore plantées dans le monde médiéval et la tête déjà renaissante, ces thèmes ne sont pourtant pas si nouveaux : l’amour peut y litterature_poesie_ancienne_medievale_ecole_marotique_fin_moyen_age_debut_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_grivoiserieêtre courtois, la belle Margot et avec elle la pastourelle et ses attraits rupestres y sont encensés (ou moqués), mais on y trouve encore les jeux adultérins, grivois ou transgressifs dont se régalait déjà un certain moyen-âge ou ces odes au buveur qui pourraient être goliardiques si elles étaient encore latines. Bien sûr, les religieux de peu de morale et autres frères « Frappart » que l’on moque y ont aussi leur place. Dans cet héritage thématique « moyenâgeux », cette poésie goûte encore l’usage de quelques vieux mots et quelques archaïsmes que MAROT affectionnait, qu’il remit au goût du jour et qui donne un tour si particulier à ses vers.

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D’un Avocat et de sa Femme

« Un avocat dict à sa femme
Sus mamie, que jouerons-nous?
Si je gaigne ( ce dict la Dame)
Vous me le ferez quatre coups :
Quatre coups ? c’est couché trop gros,
Comment seroit jeu sans pitié.
Non, non maistre, tenez-les tous,
(Dict le clerc) J’en suis de moitié. »
La récréation et passetemps des tristes

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A l’évidence, sur sa « modernité » renaissante, les codes de son humour, de ses « badineries » ou de sa satire sont déjà plus directement « saisissables » par nous que ne le sont ceux des poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIe_gauloiserie_humourfabliaux des XIIe et XIIIe siècles. Et tout cela n’est pas qu’affaire de meilleure compréhension entre le vocabulaire du « français moyen » renaissant et celui d’un Oil balbutiant. Cette poésie marotique n’a plus la Rudesse ou la lourdeur du Boeuf, pas d’avantage que la nature souvent absconse des proverbes aux vilains.  La langue a changé mais les codes de l’humour aussi.

Pour le reste, si cette poésie, avec son goût pour l’épigramme, renoue avec les formes classiques des grecs du IVe siècle avant notre ère ou encore celles d’un MARTIAL, le tour qu’elle lui donne est plus résolument satirique ou « spirituel ». Il y souffle un esprit léger et frais et elle cherche, dans le cadre étroit et contraint des formes courtes, à affûter la pointe de sa plume. De fait, c’est aussi une école de précision (les rhétoriciens et leurs jeux de mot comme les pratiquaient le père de MAROT ont peut-être été de quelque influence sur ce fils prodigue). Et même si elle cède par instants aux gauloiseries (on la dira même immorale), quand de grivoise, elle deviendrait presque graveleuse, sa recherche d’élégance et de justesse dans le verbe vient à la rescousse de ses rimes comme un dernier rempart dressé : on peut bien être impertinent, pourvu que l’on est de l’esprit.

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D’un bon biberon

« Blanc et clairet sont les couleurs
De ce bon vin que j’ayme fort,
Dont souffriray maintes douleurs
Si de luy n’ay souvent confort.
D’en user, bien fay mon effort,
Pour en avoir meilleure grace,
Si je n’en boy, me voila mort,
Car de boire eau, je me pourchasse. »
La récréation et passetemps des tristes

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poesie_ancienne_clement_marot_fin_moyen_age_renaissance_passetemps_recreation_triste_ouvrage_ancien_XVIeAlors, élégance stylistique « renaissante », émergence d’un « esprit » nouveau, d’une définition nouvelle du « bon mot » ? Sommes-nous ici face aux signes d’un rapport à la langue en mutation ou simplement face à un esprit brillant et unique dont certains feront, bien plus tard, l’annonciateur d’un VOLTAIRE, d’un Jean de LA FONTAINE et même, dans une certaine mesure, d’un Musset? (voir Pierre JOURDA – MAROT – Universalis). Quoiqu’il en soit, après MAROT l’épigramme restera une arme de choix au service de leurs règlements de comptes, dans la besace des poètes et des auteurs.

Ayant dit tout cela, il faut encore ajouter que MAROT ne saurait se résumer à ses épigrammes pas d’avantage qu’à son impertinence ou ses traits assassins. Il a aussi contribué par ses poésies à la littérature religieuse, a légué de beaux vers sur des thèmes plus profonds et fut encore traducteur de nombreuses oeuvres classiques.

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D’une Dame aisée à courroucer

« M’amie et moy apres joyeux esbats,
Nous courrouçons si tressoudainement
Et reprenons apres noise et debats,
Soudaine paix, et doux esbatement,
Que je crains plus ses beaux yeux doucement
Tournez vers moy, et ses ris gracieux,
Que ses sourcils et regards furieux :
Car j’ay espoir de joye et paix nouvelle
Apres courroux, apres esbats joyeux
Je crains toujours une guerre mortelle. »
La récréation et passetemps des tristes

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En vous souhaitant une très belle journée
Fred

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Douzain d’un curé, l’humour satirique des débuts du XVIe siècle avec Melin Sainct-Gelays

poesie_medievaleSujet : douzain, poésies courtes,  ouvrage ancien. poésie satirique, humour médiéval, épigrammes
Période : moyen-âge tardif, renaissance
Auteurs : Melin Sainct-Gelays ou Mellin Saint- Gelais (1491-1558)
Titre : La fleur de poésie Françoyse, annoté par A Van BEVER, 1909

N_lettrine_moyen_age_passionous revenons ici sur la fleur de poésie françoyse dont nous vous parlions, il y a quelques jours, pour vous faire partager, cette fois, un douzain largement plus drôle et satirique.

poesie_satirique_cour_humour_renaissance_XVI_moyen-age_tardi_saint_gelaisOn le doit à Melin Sainct-Gelays, poète de cour qui fut contemporain de Marot et qui connut lui aussi les faveurs de François 1er, puis d’Henri II. Même si avec le temps, Clément Marot lui a quelque peu damé le pion, ce poète était très prisé et reconnu de ses contemporains. L’esprit de Sainct-Gelays était en tout cas largement aussi aiguisé quand il s’agit d’humour et de satire. Il nous en donne aujourd’hui la preuve avec ce Douzain d’un curé

Au passage, son humour et ses railleries lui vaudront d’ailleurs quelques sérieuses inimitiés. Il fut notamment l’instigateur d’une querelle contre Ronsard, qu’il tourna en ridicule auprès de la cour en son absence ce qui donna lieu, une fois Ronsard informé du fait,  à une guerre ouverte par textes interposés qui dura plusieurs années.

poesie_satirique_ancienne_XVIe_Melin_Sainct_Gelays_renaissance_humour_douzain

« Nostre vicaire, ung jour de feste,
Chantoit ung agnus gringotté,
Tant qu’il povoit à pleine teste,
Pensant d’Annette estre escouté ;
Anette, de l’aultre costé,
Ploroit comme prise à son chant,
Dont le vicaire en s’approchant
Luy deist : Pourquoy plorez vous belle ?
Ha! messire Jan, ce deist elle,
Je plore ung asne qui m’est mort,
Qui avoit la voix toute telle
Que vous quant vous criez si fort. »
Melin Sainct-Gelays –
Epigramme douzain d’un curé

Une belle journée  à tous.
Fred
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Un huitain anonyme du début du XVIe siècle avec la fleur de poésie françoyse

poesie_medievaleSujet : poésie ancienne, huitains, poésies courtes, épigrammes, ouvrage ancien.
Période : moyen-âge tardif, début renaissance
Auteurs : collectif (édition originale de 1542)
Titre : La fleur de poésie Françoyse, annoté par A Van BEVER, 1909

« Ung doulx baiser je prins subtillement
De celle à qui mon cueur s’est adonné,
Pensant par là trouver allégement
Au dur travail qu’en amours m’a donné,
Mais tout soubdain me trouvay estonné
Quant je congneuz (cuidant mon feu estaindre)
Que luy avoit nourriture donné
Et que mon mal n’en estoit de rien moindre. »
Anonyme – XVe, XVIe siècle – la fleur de poésie françoyse

Bonjour,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici pour aujourd’hui un huitain léger, tiré d’un ouvrage édité pour la première fois en 1542 et 1543 et réédité au début du XXe siècle par Adolphe VAN BEVER, (1871-1927) biographe et érudit français, féru de poésie. Ce petit livre d’un peu plus de cent pages a pour titre : La fleur de poésie Françoyse:, Recueil joyeux contenant plusieurs Huictains, dixains, quatrains, chansons et autres dictez de divers matières.

C’est un carnet de poésie légère qui, on l’a compris, ne vise rien d’autre que l’amusement et le divertissement. Il s’ouvre d’ailleurs sur ces quelques vers au lecteur qui marquent bien l’ambition générale de l’ouvrage  :

« Lecteur, si tu as fantaisie
D’éviter dueil et desplaisir,
Vois cy la fleur de Poésie
Pleine de soûlas et plaisir,
Tu ne pourrois esbat choysir
Pour mieulx chasser oysiveté,
( Voire si tu en as désir)
Qu’à lire, et veoir nouvelletè. »

Les auteurs de ce collectif sont pour la plupart restés anonymes mais on y retrouve tout de même identifiés Clément MAROT (1496-1544) ou Melin de SAINCT-GELAYS (1491-1558) dont on sent bien d’ailleurs que leur poésie de cour légère et quelquefois primesautière a inspiré d’autres auteurs de ce carnet. Pour le dire autrement, ils donnent ici le La. Edité une première fois en 1542, l’ouvrage sera réédité un an plus tard avec quelques ajouts en 1543, soit un an avant la mort de Clément MAROT.

fleur_poesie_francaise_litterature_poesie_ancienne_medieval_renaissance

Il semble bien que cette fleur de la poésie françoyse soit l’un des plus anciens livrets d’épigrammes et poésies facétieuses de ce genre. D’autres lui succéderont et ces petits ouvrages se multiplieront durant les débuts du XVIe siècle. La poésie s’y fera légère et spontanée, (Adolphe VAN BEVER la qualifiera même de souriante et puérile) et les auteurs en profiteront quelquefois, sous couvert d’anonymat, pour faire passer quelques poésies audacieuses, satiriques ou polissonnes. L’auteur du huitain du jour (plutôt sage), est resté, quant à lui, anonyme.

fleur_de_poesie_francoyse_poesie_debut_renaissance_moyen-age_tardifOn trouve ce petit livre qui a plus de 500 ans encore à la vente chez Wentworth Press. En voici le lien à toutes fins utiles:

La Fleur de Poesie Francoyse; Recueil Joyeulx Contenant Plusiers Huictains, Dixains, Quatrains, Chansons Et Aultres Dictez de Diverses Matieres

En vous souhaitant une très belle journée
Fred

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L’autrier quand je chevauchoys, une chanson et pastourelle anonyme du XVe siècle

musique_poesie_chanson_profane_medievale_pastourelle_adam_de_la_halle_trouvere_arrasSujet :  musique, poésie, chanson, médiévale,  ancienne, pastourelle
Période : moyen-âge tardif
Auteur :  Anonyme (XVe siècle)
Titre : l’autrier quand je chevauchoys
Interprète :  Newberry Consort
Album : 
« De Villon à Rabelais, XVIe siècle, musiques de rue, de théâtre et de cour (1999  Harmonia Mundi)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partageons aujourd’hui un peu de musique du XVe siècle avec une chanson médiévale, dans le plus pur style de la pastourelle, genre dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ici et qui demeure répandu  durant tout le moyen-âge.

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On ne connait pas l’auteur de la pièce du jour et elle est demeurée anonyme. On la retrouve classée comme provenant du XVe siècle dans un ouvrage du célèbre historien médiéviste et philologue du XIXe siècle Gaston PARIS. Il est possible qu’elle soit légèrement antérieure à cette période dans la tradition orale mais elle témoigne en tout cas encore de la popularité de ce genre rupestre et champêtre, jusque dans le courant du moyen-âge tardif. Cette fois-ci, ce qui n’est pas très fréquent pour une pastourelle, c’est le personnage du chevalier lui-même qui nous conte l’histoire, ce qui ne l’empêchera aucunement de se retrouver « le bec dans l’eau » à la fin, comme le veut la tradition et ce malgré, cette fois, l’engagement de l’innocente et pure bergère à céder à qui sauvera sa brebis.

L’ensemble Newberry Consort

N_lettrine_moyen_age_passionous ne finissons pas de découvrir à quel point l’engouement pour la musique médiévale dépasse de loin les frontières de l’Europe. De fait, les interprètes du jour nous entraînent, cette fois, du côté du continent américain et des Etats-Unis.

Formé en 1986, originaire de Chicago, le Newberry Consort se dédie à un répertoire assez large qui va du XIIIe  au XVIIIe siècle avec même quelques incursions, à l’occasion, sur des pièces plus récentes.

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Du point de vue des concerts, l’ensemble se produit essentiellement aux Etats-Unis et comme de nombreuses formations dans le domaine des « Early Music », ses artistes s’attachent également à la sensibilisation et la pédagogie autour de leur passion. Dans ce cadre, ils sont étroitement associés à l’Université de Chicago mais aussi à la bibliothèque et au centre d’études de la Renaissance de Newberry.

De Villon à Rabelais : du moyen-âge tardif aux début de la renaissance.

E_lettrine_moyen_age_passionn 1999, ils nous gratifiaient d’un album ciblé sur le moyen-âge tardif et les débuts de la renaissance, du XVe au XVIe: Villon to Rabelais, 16th century, Music of the Streets, Theatres, and Courts (De Villon à Rabelais, 16e siècle, musiques des rues, des théâtres et des cours). Cette production et la formation y est dirigée par Mary Springfels qui est également musicienne et vielliste (au premier plan et en bas sur la photo ci-dessus).

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Le site web (en anglais) du Newberry Consort ne propose pas, pour l’instant, semble-t-il, ses productions musicales à la vente en ligne, mais on peut tout de même trouver cet album à la vente sur Amazon. En voici le lien, si cela vous intéresse :  De Villon A Rabelais Vous pouvez également cliquer sur l’image de l’album pour y accéder.

L’autrier quant je chevauchoys
les paroles 

L’autrier quant je chevauchoys,
A l’orée d’ung vert boys
Trouvay gaye bergére :
De tant loin qu’ouy sa voix
Je l’ay araisonnée,

Tanderelo !*

« Dieu vous adjust, bergére!*
Dieu vous adjust, bergére ! »


Tandis que l’araisonnoys,

Ung grant lou saillit du boys
O la goulle baée :
La plus belle des brebiz
Il en a emportée,

Tanderelo !
Dieu vous adjust, bergére!
Dieu vous adjust, bergére !

Quant la bergère si vit
Que le lou tint sa brebiz,
A haulte voiz s’escrye :
« Qui m’y rendra ma brebiz,
Et je seray s’amye ? »

Tanderelo !
Dieu vous adjust, bergére !
Dieu vous adjust, bergére!

Quant le chevalier oyt
Ce que la bergére a dit,
Mist la main à l’espée :
Au devant du lou s’en va.
La brebiz a laissée.

Tanderelo !
Dieu vous adjust, bergére !
Dieu vous adjust, bergére I

« Tenez, belle, tenez cy :
Je vous rends vostre brebiz
Saine comme les aultres ;
Or me faictes mon plaisir
Comme j’ay fait le vostre. »

Tanderelo!
Dieu vous adjust, bergére!
Dieu vous adjust, bergére !

« Chevalier, cinc cens mercyz :
Pour ceste heure n’ay loisir,
Aussi je n’oseroye ;
Et m’en eussiés sauvé dix.
Pour rien ne le feroye. »

Tanderelo !
Dieu vous adjust, bergére !
Dieu vous adjust, bergére !

Dieu vous adjust : Dieu soit avec vous, auprès de vous
*Tanderelo: terme d’usage commun dans les refrains de pastourelle.
En vous souhaitant une belle écoute, une très belle journée et un joyeux lundi !
Fred
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« Belle qui tiens ma vie », quand une chanson de la renaissance s’invite dans les légendes arthuriennes

musique_danses_medievales_manuscrit_ancien_moyen-age_tardif_renaissanceSujet : danse ancienne, pavane, basse danse, danse royale, chant polyphonique, chanson ancienne, kaamelott, chanson, musique ancienne, amour courtois.
Période : renaissance, XVIe siècle (1588)
Auteur : Thoinot Arbeau, (1520-1595) Jehan Tabourot.
Titre : « Belle qui tiens ma vie »
Ouvrage : Orchésographie
Interprète : Ensemble DEUM,  Chorale Thomas Tallis de Arduino Pertile.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour tout ceux qui aiment et ont aimé la série culte Kaamelott, la chanson « Belle qui tiens ma vie » est entrée définitivement dans le corpus des légendes arthuriennes. Ce chant est, en effet, repris de la bouche même du roi Arthur (Alexandre Astier à l’écran) dans quelques épisodes.

Alors provient-il du moyen-âge, le haut ou le « Dark age » comme l’appellent les anglais, cette période supposée contemporaine des légendes arthuriennes ou nous vient-il plutôt du moyen-âge central et des siècles qui ont vu naître la littérature et le roman arthurien ? Et bien, en réalité, la chanson ne se rattache à aucun de ces deux moyen-âge(s) et leur est postérieure de plusieurs siècles.

(désolé pour la qualité vidéo, l’audio est très bon  en revanche)

Une pavane du XVIe siècle
qui s’invite dans les légendes arthuriennes

C_lettrine_moyen_age_passionomposée et créée par  Thoinot Arbeau, pseudonyme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres, ce beau chant polyphonique à quatre voix date en réalité du XVIe siècle et est une pavane, soit une basse danse royale et seigneuriale de la Renaissance.

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_serie_kaamelott_legendes_arthuriennesComme nous l’avons vu ici à plusieurs reprises, ce n’est pas la première fois qu’un air ou une chanson de la renaissance ou même des siècles ultérieurs au moyen-âge s’y invite. Paradoxe ou message voilé, dans Kaamelott, le roi Arthur entonne même cette jolie pièce d’Amour courtois avec la reine Guenièvre (la très drôle Anne Girouard) qui, dans la série, est loin d’incarner celle qui tient véritablement son coeur, loin s’en faut. Dans les libertés que l’auteur prend avec son oeuvre, en voici donc une de plus, mais, encore une fois, nous l’avons mentionné ici, les légendes arthuriennes revues et corrigées par Alexandre Astier, n’ont pas l’ambition du réalisme historique. Elles se situent dans un espace imaginaire totalement assumé entre moyen-âge et modernité.

Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n'est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre
Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n’est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre

Du reste, peut-être même est-ce là le propre des légendes de savoir ménager, en leur sein, des espaces de liberté « contemporains » qui permettent à chacun de pouvoir mieux s’identifier.  Au fond, lors de leurs premières écritures déjà, les aventures du bon roi de Bretagne et de ses chevaliers étaient en décalage de 600 ans avec leur propos et ne se privaient pas d’y inviter des valeurs, mais aussi de beaux châteaux de pierre et des chevaliers qui étaient bien plus de leur temps que du VIe siècle auquel elles se référaient.

chanson_renaissance_kaamelott_belle_qui_tient_ma_vie_jehan_tabourot_Thoinot_Arbeau

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_kaameloot« Le gentil-homme la peult dancer ayant la cappe & l’efpée: Et vous aultres, veftuz de voz longues robes, marchant honneftement avec une gravité posée. Et les damoifelles avec une contenance humble, les yeulx baiffez, regardant quelquefois les affiftans avec une pudeur virginale. Et quand à la Pavane, elle fert aux Roys, Princes et Seigneurs graues, pour fe monftrer en quelque jour de feftin folemnel avec leurs grands manteaux & robes de parades. »
Thoinot Arbeau – Orchésographie (basse danses et pavanes)

Comme la citation ci-dessus, la chanson « belle qui tiens ma vie » fait donc partie d’un ouvrage paru en 1588 et intitulé Orchésographie. On en trouve encore quelques exemplaires originaux, même s’il a été réédité depuis. C’est un traité de danse qui fournit des éléments de méthode, autant que des illustrations et des compositions musicales pour en faciliter l’apprentissage.

Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver ce petit précis de danse ancienne sur le site de la Bnf et en version numérisée ici : Orchésographie en ligne.

Ensemble DEUM et la Chorale Thomas Tallis

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble D.E.U.M. auquel nous devons la belle interprétation de cette chanson que nous vous proposons aujourd’hui est un quartet vocal italien, issu de la chorale  Thomas Tallis de Arduino Pertile. Vous pouvez retrouver de nombreuses interprétations de cette formation sur leur chaîne youtube. Elle existe en réalité depuis 1975 et a changé de nom entre temps, mais elle continue de se produire régulièrement en concert, en Italie.

chorale_musique_ancienne_pavanne_danse_musique_renaissance_medieval_belle_qui_tiens_ma_vie

chorale_formation_musique_ancienne_chaine_youtubeAu passage même si le site web de la formation vocale dont sont issus ces quatre artistes est totalement en italien et même si vous n’êtes pas italophone, je vous conseille vivement de consulter la page où ils présentent leurs membres et les portraits tordants dont ils se sont fendus (nous vous en donnons un avant-goût ci-dessus). Classicisme et sérieux dans l’interprétation ou dans le choix de répertoire ne sont, à l’évidence, pas incompatibles avec humour et bonne humeur et c’est très agréable de se le voir rappeler.

Les paroles originales de la chanson
« belle qui tiens ma vie »

« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m’as l’âme ravie
D’un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)

Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D’une amoureuse ardeur.(bis)

Mon âme voulait être
Libre de passions,
Mais Amour s’est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)

Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)

Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d’amour épris.(bis)

Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler,
Que l’amour qui m’époint
Décroisse d’un seul point.(bis) « 

Thoinot Arbeau (1520-1595)

En vous souhaitant une excellent journée et une belle fin de semaine!

Fred
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