Archives pour l'étiquette roman arthurien

Historia Brittonum : aux sources de la légende arthurienne, Nennius et les 12 batailles du roi Arthur

manuscrit_ancien_enluminures_rochefoucauld_grail_legendes_arthurienne_sources_historiques_moyen-ageSujet : Roi Arthur, légendes arthuriennes, roman arthurien, sources historiques, Citation médiévales, Nennius, Arthur historique, Angleterre médiévale, littérature médiévale.
Période : haut moyen-âge (VIIIe siècle
Ouvrage : Historia Brittonum
Auteur : Nennius 

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans la continuité de l’article d’hier, nous vous livrons ici la traduction (depuis l’anglais) de la célèbre mention faite par Nennius, dans son Historia Brittonum, au sujet des 12 batailles du Roi Arthur et de ses victoires. Le point culminant en est la grande bataille du Mont Badon et, ici, Nennius (auteur supposé de cette compilation), retombe ici sur une donnée un peu plus sourcée historiquement. De manière documentée et écrite, on se souvient, en effet, qu’on trouve la mention d’un chef de guerre nommé Arthur, à la bataille de Badon, dans les Annales Cambriae. (voir Arthur, les premières sources historiques).

En réalité, le propos, ici, n’est pas tant de discuter de la véracité historique des affirmations de Nennius, ni d’entrer dans le détail des lieux possibles et probables de ces fameuses batailles; de nombreux historiens s’y sont essayés et nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir.  Avant les derniers siècles et la période moderne, avant que l’Histoire ne se forge quelques méthodes et prenne son indépendance scientifique, le genre des chroniques historiques n’était pas avare d’approximations ou même d’inventions et il y a indéniablement, dans cet extrait de Historia Brittonum, de nombreuses digressions de la part de son auteur. Pourtant, et c’est justement ce qui nous intéresse ici, à sa lecture, on ne peut s’empêcher de mesurer la distance franchie depuis les Annales Cambriae. Au fond, ce qui se joue dans cet extrait, avant Chrétien de Troyes et bien d’autres auteurs du roman arthurien, c’est rien moins que la naissance littéraire du Arthur de la légende. A ce titre, ce texte est sans nul doute une des premières pierres (écrite, sourcée, formelle presque)  sur lequel se bâtira un peu plus tard, auteur après auteur, l’édifice du roman arthurien.

La miniature utilisée sur cette planche est tirée du Rochefoucauld Grail « Arthur combattant les Saxons », Baron de Rochefoucauld, manuscrit ancien du XIVe siècle

“Ce fut alors que Arthur, le magnanime, avec tous les rois et la force militaire de Grande-Bretagne, lutta contre les Saxons. Et bien qu’il y ait eu beaucoup plus de nobles que lui seul, il fut pourtant choisi douze fois comme leur commandant et fut tout aussi souvent vainqueur. La première bataille dans laquelle il fut engagé se trouvait à l’embouchure de la rivière Gleni. Les deuxième, troisième, quatrième et cinquième étaient sur une autre rivière, appelée Duglas par les Britanniques, dans la région de Linuis. La sixième, sur la rivière Bassas. La septième dans le bois Celidon, que les Britanniques appellent Cat Coit Celidon. La huitième se trouvait près du château de Gurnion, où Arthur portait l’image de la Sainte Vierge, mère de Dieu, sur ses épaules et par le pouvoir de notre Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Marie, il a mis les Saxons en fuite et les a poursuivi, durant tout le jour, jusqu’à leur grande défaite. La neuvième était à la ville de la Légion, appelée Cair Lion. La dixième était sur les rives de la rivière Trat Treuroit. La onzième était sur la montagne Breguoin, que nous appelons Cat Bregion. La douzième fut le combat le plus dur quand Arthur pénétra sur la colline de Badon. Dans cette bataille, neuf cent quarante sont tombés par sa seule main, personne excepté le Seigneur ne lui prêtant assistance. Dans tous ces combats, les Britanniques réussirent. Car aucune force ne peut prévaloir contre la volonté du Tout-Puissant. »

Historia BrittonumNennius

Une belle journée à tous.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

La revue trimestrielle « Les Mystères de l’Histoire », à la poursuite des Légendes Arthuriennes

legendes_arthuriennes_lectures_revues_roman_arthurien_moyen-age_centralSujet : légendes arthuriennes, revue, mystères de l’Histoire, numéro trimestriel, roman arthurien.
Période : Haut moyen-âge pour la période de référence, Moyen-âge central pour l’écriture.
Média : Revue Trimestrielle Les Mystères de l’Histoire  (Juillet/Août/Septembre 2018)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionertaines mauvaises langues éprises d’Esope, de Phèdre, de La Fontaine ou même encore de fables médiévales à la façon de Marie de France ou d’Eustache Deschamps, diront peut-être que tout cela ressemble à une histoire de ramage, de plumage et de fromage, mais je peux vous assurer qu’aucun renard n’est venu chanter sous nos fenêtres. Aussi, nous ne bouderons pas notre plaisir et nous sommes très heureux d’avoir été cités, à plusieurs reprises, dans le dernier numéro de la revue Les Mystères de l’Histoire, consacré aux Légendes arthuriennes.

Particulièrement bien sourcé et puisant abondamment aux sources médiévales de la légende et de ses premiers grands auteurs ( les Boron, les Monmouth et autre Chrétien de Troyes). ce septième numéro trimestriel de la revue se fixe revue_legendes_arthuriennes_moyen-age_central_roman_arthurien_lectures_livresl’ambition, en quelques 150 pages de confronter mythe, faits et état actuel des connaissances sur les héros de la quête du Graal, en nous offrant ainsi un beau tour d’horizon du sujet.

Disponible en Kiosque, cette édition est également accessible en ligne, au format numérique. Aussi, si tout comme nous, vous êtes amateurs du roman arthurien et de ses mystères, vous pourrez l’acquérir directement sur le site de son éditeur Phoenix-publications.

En voici le lien  : Les Mystères de l’Histoire spéciale La Légende du Roi Arthur au format PDF

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Monde médiéval sous toutes ses formes.

Voir aussi tous nos articles sur les Légendes Arthuriennes

Le mythe du Graal, entre quête initiatique et existentielle et aventure épique, une citation de Michel Zink

michel_zink_litterature_medievale_academicien_philologie_citation_moyen-age_medievalismeSujet : citation sur le moyen-âge,littérature médiévale, Chrétien de Troyes, quête du Graal, légendes arthuriennes, roman arthurien, médiéviste, Michel Zink, mythe du Graal, aventures médiévales.

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà publié cette citation de Michel Zink dans notre article sur la conférence « La quête du Graal » qu’il donnait, en 2009, à l’Académie royale de Belgique, mais ses qualités valaient bien un visuel et une mention à part. Ce sera donc chose faite.

citation_litterature_medievale_quete_du_graal_legendes_arthuriennes_medieviste_Michel_Zink_chretien_de_troyes_moyen-age_central

« Le mythe littéraire du Graal combine en lui deux éléments. D’une part, une quête spirituelle promettant la révélation d’une vérité sur le monde et sur soi-même. flattant l’illusion que nous pourrions, une bonne fois, trouver la clef de notre destin. (… ) Et d’autre part, le monnayage de cette quête en une aventure concrète palpitante, faite de voyages, de rencontres, de combats. »
Michel Zink – Citation extraite de la conférence « La quête du Graal »,  Académie Royale de Belgique (2009)

Tout est dit. Promesse de belles aventures épiques, la quête du Graal vient encore ajouter, à travers sa dimension initiatique, l’espoir de réponses claires sur le sens de l’existence. En dehors ou au delà même de sa dimension chrétienne, près de 900 ans après Chrétien de Troyes l’histoire n’a pas pris une ride. C’est le propre des mythes, De fait, cette grande épopée médiévale et les questions qu’elle soulève continuent de fasciner et il n’est nul besoin d’être chevalier pour se l’approprier.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Une conférence de Michel Zink sur la quête du Graal, de Chrétien de Troyes à ses premiers successeurs

moyen-age_quete_graal_legendes_arthuriennes_conference_matiere_de_bretagne_auteurs_medievaux_roman_arthurien« Sujet : Roman Arthurien, Graal, légendes Arthuriennes, quête du Graal, table ronde, châteaux et chevaliers, Conférence, Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Wolfram Von Eschenbach
Période ; moyen-âge central, XIIe, XIIIe siècle
Titre : La quête du Graal
Auteur: Michel Zink
Lieu : Académie Royale de Belgique (2009)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous revenons à la Matière de Bretagne, au roman arthurien et aux aventures médiévales des chevaliers  du Graal avec le médiéviste et philologue français Michel Zink, dans le cadre d’une conférence qu’il donnait, en 2009, au collège de l’Académie royale des Sciences et des lettres de Belgique.

quete_graal_legendes_arthuriennes_roi_arthur_roman_arthurien_MS_FR_112_bnf
Eluminure du Manuscrit Ancien MS Fr 112 « Messire lancelot du Lac » de Gauthier Map, 1470, BNF, Départements des manuscrits

L’académicien français et grand spécialiste de littérature médiévale nous invitait ici à une réflexion qui, partant de Chrétien de Troyes, « inventeur du modèle du roman chevaleresque d’aventure et d’amour » et allant jusqu’à ses premiers successeurs, tentait de décrypter le sens et les messages nichés derrière l’allégorie du Graal. Il y faisait aussi le constat que les premiers ouvrages du cycle arthurien, à partir de Chrétien de Troyes, étaient loin de faire une éloge manichéenne ou « simpliste » de la chevalerie et de ses valeurs et ne pouvait, en tout cas, pas se résumer à cela.

La Quête du Graal, par Michel ZINK, Académie royale de Belgique, 2009

Loin d’une promotion manichéenne des valeurs chevaleresques, les leçons du Graal

E_lettrine_moyen_age_passionn se penchant d’abord sur l’époque moderne pour montrer combien le récit arthurien semble y avoir supplanté les autres histoires, mythes ou récits en provenance du Moyen-âge (Roland, Tristan & Yseult, Jeanne d’Arc,…), le médiéviste fera un crochet par les usages actuels du terme Graal. Au passage, il notera que cette mention du Graal (encore bien présente dans les jeux de rôle, les jeux vidéo, l’Heroïc Fantasy, le langage et finalement l’imaginaire médiéval contemporain) constitue « le seul cas » de référence positive au Moyen-Age. Nul doute que la quête du Graal nous fascine et nous parle encore pour deux raisons principales  qu’il nous exposera  :

michel_zink_litterature_medievale_academicien_philologie_citation_moyen-age_medievalisme« Le mythe littéraire du Graal combine en lui deux éléments. D’une part, une quête spirituelle promettant la révélation d’une vérité sur le monde et sur soi-même. flattant l’illusion que nous pourrions, une bonne fois, trouver la clef de notre destin. (on arrive dans un château, on dit ce qu’il faut et, bon sang mais bien sûr !, c’est  ça la clef de la vie). Et d’autre part, le monnayage de cette quête en une aventure concrète palpitante, faite de voyages, de rencontres, de combats. »
Michel Zink – La quête du Graal – Citation –
Conférence à l’Académie Royale de Belgique (2009)

Ayant souligné les relations entre la Sainte relique et  les mythologies liées à la fertilité, il passera encore en revue ici les différentes formes prises par le Graal dans le roman arthurien, avant de nous gratifier d’un résumé, par le menu, de la première partie de Perceval, le roman de Graal inachevé de Chrétien de Troyes, non sans avoir au préalable resituer l’auteur médiéval dans son innovation :

cycle_roman_legendes_arthuriennes_litterature_medievale_moyen-age_central« Chrétien est l’inventeur du chevalier errant, un pur type littéraire à concevoir dans la réalité du temps, mais qui incarne en lui cette idée d’un cheminement qui conduit à la fois à l’aventure extérieure et à la révélation de soi-même, image dont l’aventure extérieure est l’image et que l’aventure extérieure provoque, donc ce parallélisme de l’aventure extérieure de l’aventure intérieure. »  
Michel Zink – La quête du Graal – Citation Citation (Conférence citée)

Ayant suivi à la trace les premiers pas de Perceval, l’exercice lui permettra de mieux s’interroger, dans un second temps, sur le sens véritable de cette quête chevaleresque, devenue avec Chrétien et les premiers auteurs médiévaux du roman arthurien  (Robert de Boron,  Wolfram  Von Eschenbach), pétrie de valeurs chrétiennes et même cisterciennes.  Et comme nous le disions plus haut, loin d’y voir à l’oeuvre une mise en valeur sans condition de la chevalerie, Michel Zink s’évertuera à nous démontrer qu’en réalité, l’éloge qui lui est faite « n’est pas sans restriction », les aspects les plus critiques s’étant peut-être dilués avec le temps et les auteurs suivants :

« Il me semble que, tout au contraire, les tout premiers de ces romans  (ceux du cycle arthurien) montrent les tensions de l’être au monde à travers les contradictions entre la fin et les moyens, entre cette voie chevaleresque qui, seule, conduit à la révélation des mystères du Graal, et le sens profond mais aussi tout proche de ces mystères qui renvoient à leur néant l’aventure et la gloire chevaleresque. »
Michel Zink – La quête du Graal – Citation (Conférence citée)

simone_weil_philosopheAu delà des valeurs chevaleresques, le médiéviste nous expliquera finalement que, du point de vue du cheminement intérieur, cette quête du Graal qui ne regarde en rien l’habileté au combat du chevalier, pas plus que sa volonté ou sa force, nous parle aussi et peut-être même surtout de l’oubli de soi-même. S’oublier pourquoi ? Peut-être pour retrouver « l’attention » (à ce qui est tout proche, à l’autre) dans la définition qu’en donnait la philosophe Simone Weil et prise comme « la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » (Correspondance,  Simone Weil, Joe Bousquet).

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.

Beau livre et légendes arthuriennes, la magie de Brocéliande sous l’oeil de Philippe Manguin

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : beau livre, photographies, livre d’Art, légendes arthuriennes, forêt de Brocéliande,  littérature médiévale, roman arthurien,
Période : Haut moyen-âge, moyen-âge central.
Lieu  : Forêt de Brocéliande
Ouvrage : « Brocéliande entre rêve et réalité »
Auteurs : Philippe Manguin
et Vivian Fedieu Daniel

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passion‘article d’aujourd’hui nous emmène au coeur des légendes arthuriennes, mais cette fois, du côté de la Bretagne continentale, dans la forêt mythique et profonde de Brocéliande. Nous y suivons les pas de deux amoureux de l’endroit qui n’ont de cesse, depuis des années, d’en traquer la magie et les lumières et viennent tout juste d’éditer un très beau livre d’art et de photographies sur le sujet. Et comme on ne se refait pas, tout en émaillant cet article de quelques belles photos empruntées, avec leur aimable autorisation, à leur ouvrage et pour vous en donner le goût, nous en profitons également, dans un second temps, pour remonter le fil de Brocéliande et de son apparition dans le roman arthurien.

broceliande_beau_livre_photographie_foret_mythique_legendes_arthuriennes_roi_arthur_moyen-age_central

Brocéliande , entre rêve et réalité
Un beau livre d’Art sur la forêt mythique

Installés au coeur de Brocéliande, Philippe Manguin et Viviane Fedieu Daniel, tous deux fascinés par la mythique forêt bretonne, ont donc eu l’excellente idée d’éditer un beau livre pour nous en faire partager les beautés et les mystères. Il a pour titre Brocéliande, entre rêve et réalité, les photographies sont réalisées par Philippe Manguin et servies par les textes de Viviane Fedieu Daniel. Le propos n’est pas, ici de retracer l’histoire de Brocéliande mais plutôt d’y suivre le fil d’une balade émerveillée au coeur de ses lieux et à travers ses saisons.

broceliande_beau_livre_foret_mythique_legendes_arthuriennes_roi_arthur_moyen-age_central

Issu d’une opération de financement participatif réussie, l’ouvrage vient tout juste de paraître. Les textes sont disponibles en français et en anglais et le tirage est, pour l’instant, limité. Pour plus d’informations (format, tarif, commande,etc…) suivez le lien suivant

Au delà des amateurs de beaux livres et de photographies, il ne pourra que ravir les férus de légendes arthuriennes et bretonnes, et les amoureux de ce beau lieu magique qu’est la forêt de Brocéliande.  Et pour ce qui est de la nature légendaire de cette dernière, sans même parler de son histoire néolithique, de ses impressionnants menhirs, ou de certains autres de ses vestiges celtiques, nous voulons revenir ici, à son entrée et sa présence, devenue presque incontournable, dans les célèbres légendes du cycle arthurien.

Et toi Brocéliande,
Sous ton lourd manteau d’hiver,
Rêves-tu d’Arthur?

Brocéliande et le roman arthurien :
huit siècles de légende

broceliande_beau_livre_photographie_foret_mythique_legendes_arthuriennes_graal_roi_arthur_moyen-age_central

Le poéte normand Wace et le roman de Rou

C’est au trouvère anglo-normand Wace  (1100-1175) que l’on doit d’avoir mentionné pour la première fois la forêt de Brocéliande (Bréchéliant) et même la célèbre fontaine de Barendon, dans son roman de Rou.  Contrairement à son roman de Brut, l’ouvrage ne s’intéresse pas tant à la matière de la Bretagne outre-manche qu’à l’histoire du duché de Normandie depuis Rollon (Rou ou Rol), mais Wace nous y apprend tout de même qu’avant même d’être investie par les légendes arthuriennes, la forêt de Brocéliande semblait déjà considérée comme un haut lieu de contes et de mystères, loué par les bretons, autant que ses chevaliers étaient renommés :

« … e cil devers Brecheliant
donc Breton vont sovent fablant,
une forest mult longue e lee
qui en Bretaigne est mult loee.

La fontaine de Berenton
sort d’une part lez le perron ;
aler i solent veneor
a Berenton par grant chalor,

e a lor cors l’eve espuiser
e le perron desus moillier ;
por ço soleient pluie aveir. »
Wace – Le roman de Rou

broceliande_foret_mythique_bretagne_legendes_roman_arthurien_roi_arthur_chretien_de_troyes_moyen-age_central

Comme l’indique le même extrait, Wace est donc aussi un des premiers à  mentionner les prodiges de la fontaine de Barendon. Plus loin, il nous dit même s’être rendu en personne à Brocéliande, pour y débusquer ses « merveilles », et peut-être aussi pour avérer les croyances qui voulaient qu’en répandant quelques gouttes de la fontaine miraculeuse sur le sol, on pouvait déclencher la pluie et les orages, en période de grande sécheresse. N’était-il pas assez savant, méritant ou versé dans le druidisme pour la trouver ou pour y parvenir, l’histoire ne le dit pas, mais en tout cas et de son propre aveu (joliment tourné), il échoua totalement dans son entreprise :

« La allai je merveilles querre* (chercher)
Vis la forêt, et vis la terre,
Merveilles quis*, mais ne trovai, (*je cherchai)
Fol m’en revins, fol y allai,
Foll y allai, fol m’en revins,
Folie quis, por fol me tins »
Wace – Le roman de Rou

broceliande_foret_mythique_bretagne_legendes_arthuriennes_roi_arthur_chretien_de_troyes_moyen-age_central

Brocéliande et Chrétien de Troyes :
Yvain et le chevalier au Lion,

A_lettrine_moyen_age_passionprès cette première entrée écrite et connue de Brocéliande dans la littérature des contes et légendes de la Bretagne continentale, Chrétien de Troyes mentionnera, à son tour, la forêt (devenue cette fois Brocheliande) dans son roman arthurien Yvain et le chevalier au lion, même s’il ne la situera pas tout à fait au même endroit que Wace, mais plutôt outre-mancheC’est donc Yvain le narrateur ici :

Et trouvai un chemin a destre,
Parmi une forest espesse.
Mout y ot voie felenesse,
De ronses et d’espines plaine.
A quel ahan et a quel paine
Tout* chele voie et chel sentier!
A bien pres tout le jour entier
M’en alai chevauchant ainsi
Tant que de la forest issi,
Et che fu en Brocheliande.
De la forest en une lande
Entrai et vi une breteche
A demie lieue galesche;
Yvain ou le chevalier au lion, Chrétien de Troyes

broceliande_beau_livre_foret_mythique_bretagne_legendes_arthuriennes_graal_roi_arthur_moyen-age_central

Et pour ce qui est de la fontaine de Barendon, Chrétien de Troyes lui fera également une belle place, sans en donner le nom.  C’est à l’évidence la même que celle décrite par Wace. Elle en a, en tout cas, les propriétés merveilleuses et légendaires, et sous la plume de son auteur, Yvain aura même largement plus de réussite que Wace a en faire surgir les merveilles :

Puis erra dusque a la fontaine,
Si vit quanques il vaut veoir.
Sans arrester et sans seoir,
Versa seur le perron de plain
De l’yaue le bachin tout plain.
De maintenant venta et plut
Et fist tel temps que faire dut.
Et quant Dix redonna le bel,
Sor le pin vinrent li oysel
Et firent joie merveillouse
Seur la fontaine perillouse.
Yvain ou le chevalier au lion, Chrétien de Troyes

Dans le courant des XIIe et XIIIe siècles, d’autres auteurs ou trouvères mentionneront encore Brocéliande. Pour n’en citer que deux de plus, Robert de Boron lui attachera le personnage de Merlin et elle gagnera même l’Occitanie dans le roman de Jaufré qui en fera aussi un lieu à part entière des légendes arthuriennes. Elle sera, dès lors et pour longtemps, définitivement entrée dans le roman arthurien.

broceliande_foret_bretagne_legendes_roman_arthurien_roi_arthur_moyen-age_centralAu XVe siècle, quelques maisons de seigneurs bretons de son voisinage revendiqueront même leur appartenance directe à la lignée d’Arthur. Le légendaire roi breton sera alors devenu à l’image de Charlemagne, ce héros qui inspire et dont on se réclame du côté de la Bretagne armoricaine et continentale et la forêt de Brocéliance, partie intégrante de cet héritage. Le pouvoir de fascination de cette dernière ne s’arrêtera d’ailleurs pas au moyen-âge, ni aux légendes du roi Arthur, puisqu’elle inspirera de nombreux autres romans contemporains qui la prendront encore pour cadre.


broceliance_livre_photographie_foret_legendes_arthuriennes_bretonnesPour revenir au livre du jour et ses belles photographies dont cet article a pu vous donner une idée – même si l’objet livre est quelque chose que l’on touche, que l’on sent et que l’on manipule, a fortiori quand c’est un livre d’Art – puisque Noel approche et avec lui, le temps des petites attentions et des beaux livres, peut-être céderez-vous à la tentation de suivre  les pas inspirés de ses deux auteurs Philippe Manguin et de Viviane Fedieu à la découverte des lumières de cette belle forêt de légendes et de leur bel ouvrage: Brocéliande, entre rêve et réalité.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

De Caradog de Liancarfan à Kaamelott, Méléagant, sombre héros des légendes arthuriennes

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : légendes arthuriennes, Méléagant, héros arthuriens, roi Arthur, table ronde, chevaliers, littérature médiévale, roman arthurien, Lancelot.
Période : moyen-âge central, haut moyen-âge
Auteurs : Chrétiens de troyes et divers auteurs du XIIe à nos jours.
Sources: Britannia, Universalis, Le Chevalier de la Charrette, Kaamelott.

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionombre héros du roman Arthurien, Méléagant y est présenté tantôt comme un roi ou un prince, tantôt comme un chevalier arrogant et perfide. Mystérieux héritier d’un « royaume de l’été » (aestiva regione) est-il humain ? Dans le roman arthurien, il l’est, en général, même si certains auteurs ont avancé que son personnage avait pu être originellement inspiré par un personnage surnaturel et même une divinité obscure du monde celtique et des légendes Galloises. De là, vient sans doute le fait que son « royaume de l’été » est quelquefois interprété comme le pays des morts ou encore une lande mystérieuse dont nul ne revient. De son côté, l’historien anglais David Nash Ford,  spécialiste  des légendes arthuriennes, nous apprend plus prosaïquement qu’il s’agit sans doute  d’une référence au Royaume celtique de Glastening, situé au Sud de Domnonée et devenu le  « Somerset » anglo-saxon.

kaamelott_meleagant_Carlo_Brandt_legendes_arthuriennes_roman_arthurien_moyen-age

Première apparition : la vie de St Gildas et l’enlèvement de la reine Guenièvre

Dans les faits, la première apparition de Méléagant (ou Melwas originellement) dans le roman arthurien date de la première partie du XIIe siècle et c’est encore  David Nash Ford qui nous le confirme ici.

« … On peut trouver dans la vie de St Gildas, de Caradog de Liancarfan, écrit autour de 1130, une histoire qui conte l’intervention de St Gildas entre le roi arthur et un chevalier Melwas du pays de l’été (royaume, contrée). Melwas a enlevé Guenièvre et la retient dans sa forteresse de Glastonbury qu’Arthur viendra bientôt assiéger. Toutefois, Gildas, en éternel promoteur de la paix, persuadera Melwas de libérer Guenièvre et deco_medievale_epeeles deux monarques auront tôt fait de régler leur différent. On peut également retrouver cette histoire dans un poème gallois connu comme « The Dialogue of Melwas and Gwenhwyfar » (le dialogue de Melwas et de Genièvre) dont les manuscrits préservés, de nos jours, datent du XVIe siècle. Chrétien (de Troyes) reste l’auteur le plus connu pour son utilisation de cet épisode dans son histoire de Lancelot, mais il nous y conte que le chevalier avait tué Melwas (alias Melegaunce, Méléagant), ce que l’histoire St Gildas n’a jamais mentionné. »

David Nash Ford,
Brittania GLASTONBURY TOR Queen Guinevere’s Prison?
(la tour de Glastonbury, prison de la reine Guenièvre)

Comme beaucoup de personnages du roman arthurien au fil des siècles, Méléagant restera un personnage changeant qui tiendra des rôles plus ou moins importants en fonction des auteurs, même s’il conservera toujours son côté sombre. Dans des récits plus tardifs, c’est Mordred qui enlèvera la reine, dans d’autres encore, ce dernier fera appel aux services de Méléagant pour le faire. Au passage, enfanté d’un pernicieux sortilège (miroir de celui qui enfanta Arthur), le fils incestueux d’Arthur et de sa demi-soeur Morgane deviendra sans conteste, le personnage le plus sombre de la matière bretonne, bien loin devant l’arrogant chevalier du « royaume de l’été ».

Le Méléagant de Chrétien de Troyes

E_lettrine_moyen_age_passionn souscrivant à la version de Caradog de Liancarfan et sa Vie de St Gildas, Chrétien de Troyes baptisera pour la première fois le personnage du nom de Méléagant et continuera d’en faire le ravisseur de Guenièvre. Le personnage retiendra la reine prisonnière jusqu’à ce qu’elle se fasse délivrer par Gauvain et Lancelot. Ce dernier, dans le récit de l’auteur médiéval, finira  par occire Méléagant et se verra même féliciter par Arthur pour cela. Décrit comme le fils du roi Baudemagus du pays de Gorre, Méléagant intervient dès le tout début du Chevalier de la Charrette et se présente d’emblée comme un ennemi d’Arthur.  Dès sa première apparition, Il vient, en effet, lui signifier qu’il retient emprisonné un certain nombre de ses sujets et le défie avec arrogance et assurance.

« Rois Artus, j’ai en ma prison,
De ta terre et de ta meison,
Chevaliers, dames et puceles.
Mes ne t’an di pas les noveles
Por ce que jes te vuelle randre ;
Ençois te voel dire et aprandre
Que tu n’as force ne avoir
Par quoi tu les puisses avoir ;
Et saches bien qu’ainsi morras
Que ja aidier ne lor porras. »
Lancelot ou le chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes.

Mélégant dans la série télévisée Kaamelott

kaamelott_chretien_de_troyes_legendes_arthuriennes_graal_lancelot_meleagant_roman_arthurien_moyen-ageSous la plume d’Alexandre Astier, Méléagant (incarné  avec talent à l’écran par l’acteur Carlo Brandt) campera le personnage le plus inquiétant de la série ( à ce jour en tout cas, puisque Mordred n’y est pas encore apparu et que Morgane, même si elle reste « prometteuse », est pour l’instant demeurée, à demi, dans l’ombre).

Maléfique et manipulateur, les mobiles véritables de Méléagant ne sont pas très clairs. A l’évidence, il voue une haine farouche au roi Arthur et ambitionne de détruire le royaume  de Logres ou, en tout cas, la table ronde, en se servant de Lancelot (Thomas Cousseau à l’écran) comme son bras armé,  mais il reste difficile de connaître les méandres véritables de son plan. Personnage tortueux et nimbé de mystères, il semble aussi, par moments, omniscient et on renoue ici sans doute avec l’hypothèse d’un Melwas surhumain, ou « ange de la mort », venu tout droit de la mythologie celtique. Dans la série le personnage fait d’ailleurs écho à une terrible prophétie, découverte un peu avant, par Arthur dans un livre ancien :

« Siècle des larmes, hurlements…
Au jour, Dieu Roi de Logres…
Fait affront du Lac combattant frère à l’épée
Femme de Vannes épousée commet faute
Panique, ruines, fin d’un monde
Sur Terre sans démons ni sorcières
Viens, dieu des morts solitaire des frayeurs
Du ciel à l’insulte la Réponse »
Kaamelott – Alexandre Astier

Méléagant s’annoncera lui-même explicitement comme cette réponse des Dieux insultés par les écarts de conduite du roi Arthur et notamment son aventure et ses épousailles avec la dame d’un de ses proches chevaliers. Sur la dimension mystique du personnage, on trouvera encore cette tirade d’anthologie née sous la plume inspirée d’Alexandre Astier et qui donne, tout entière, le ton.

« Moi, quand j’ai plus rien à faire ici, je me retire… Plus une goutte d’eau. Plus un rayon de soleil. Je me dessèche, de la tête aux pieds, en un petit cadavre sous un tas de feuilles… Les saisons me survolent sans me soupçonner… Et puis, un jour, la corneille raconte qu’elle a entendu au loin quelqu’un qui recommence à pleurer. Guenièvre ! Guenièvre ! Alors là, j’ouvre un œil, je rampe, mangeant la neige, léchant l’eau croupie… et mes ennemis tressaillent, car à me voir boire, ils comprennent que je suis de retour.
Kaamelott – Alexandre Astier

kaamelott_lancelot_thomas_cousseau_meleagant_melwas_legendes_arthuriennes_roman_arthurien_moyen-agePour parvenir à ses fins, Méléagant approchera un Lancelot fragilisé par la perte de Guenièvre et rongé par le désespoir, La manipulation échouera en partie, mettant quelques bémols à sa nature divine et à son omnipotence (sauf à invoquer la toute puissance du libre arbitre humain), et quelques restes peut-être d’amitié ou de conscience, doublés d’un concours de circonstances, arrêteront Lancelot au moment fatidique.

Plus loin dans le temps et dans l’oeuvre, le sombre personnage va-t-il enlever Guenièvre,  comme il le fait dans le roman de Chrétien de Troyes ? Même s’il n’est pas vraiment possible de le savoir tant que la suite de Kaamelott n’est pas encore connue, il demeure plus probable qu’Alexandre Astier ait décidé de réécrire totalement la partition jouée par Méléagant dans la légende du célèbre auteur médiéval, en laissant l’épisode de l’enlèvement loin derrière. Dans son approche des légendes arthuriennes, c’est d’ailleurs plutôt Lancelot qui hérite de cet aspect classique de Méléagant, puisqu’il finit, durant quelques épisodes, par lier Guenièvre pour s’assurer qu’elle ne retourne au château, durant son absence. Pour le reste, le Chevalier du Lac finira-t-il encore comme chez Chrétien de Troyes par occire l’odieux manipulateur ? Pourquoi pas ?  Quoiqu’il en soit, pour le savoir, il faudra encore attendre.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Une danse médiévale à la rencontre de Tristan et Yseut et du manuscrit ancien ms 2542

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_tournoi_medieval_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveSujet : musique, danse médiévale, poésie, amour courtois, lyrique courtoise, roman arthurien.
Période : moyen-âge central
Auteur : Anonyme
Titre : Nota danse médiévale
Manuscrit : MS 2542, Manuscrit de Vienne.
Interprètes : Alla Francesca, Brigitte Lesne & Pierre Hamon.
Album : Tristan et Yseut (2004)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour débuter cette journée, voici un peu de musique du moyen-âge avec une Nota, danse médiévale de cour à tempo modéré, voisine de la Ductia. Cette pièce est issue d’un album tout entier dédié aux célèbres aventures amoureuses de Tristan et Yseult que nous devons à l’ensemble Alla Francesca. Pour la réalisation de cette production, les artistes de cette excellente formation furent directement inspirés, à leur habitude, par un codex ancien et cet article nous donne l’occasion de vous en parler: il s’agit du Manuscrit de Vienne.

Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300
Enluminure tiré du roman de Tristan en prose, manuscrit de Vienne, MS 2542, v. 1300

Le roman de Tristan en prose et
Manuscrit de Vienne ms 2542

I_lettrine_moyen_age_passion copiasemble que les experts en codicologie aient eu quelques difficultés à se mettre d’accord sur la datation du ms 2542, conservé à la Bibliothèque National de Vienne en Autriche, encore connu sous le nom de Manuscrit de Vienne. Les avis ont oscillé entre les débuts du XIVe siècle (1300) et le milieu du XVe (1456), la confusion venant du fait qu’un feuillet unique de l’ouvrage provient du XVe. Aujourd’hui, on peut, sans grand risque se enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_combat_chevalier_Ms_fr_189_bibliotheque_geneverésoudre à trancher que le ms 2542 date bien de 1300.

Tristan en prose roman arthurien, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

Quoiqu’il en soit et du point de vue de son contenu, il reste qu’il appartient au corpus des légendes arthuriennes puisqu’il est un des nombreux roman en prose en provenance du moyen-âge central contant  les aventures de Tristan et Yseut, après leur « réincorporation » dans le corpus arthurien. Les versions originales de ce texte sont en général datées de 1230 et bien qu’en prose, le roman contient 17 lais et poésies musicales annotées qui s’inscrivent dans la continuité de  la lyrique courtoise et interviennent au fil du récit. Ce sont ces lais qui ont inspiré l’album de la formation Alla Francesca dont la pièce du jour est extraite.

Sauf erreur de notre part, il ne semble pas pour l’instant que ce manuscrit ait été digitalisé et si c’est le cas, il n’est, en tout cas, pas encore disponible à la consultation en ligne, ce qui vous explique, au passage, que certaines des enluminures utilisées ici n’en soient pas issues mais proviennent d’un autre manuscrit, conservé lui à Genève: le Ms Fr 189.

enluminure_legendes_arthuriennes_tristan_yseult_desespoir_amour_courtois_Ms_fr_189_bibliotheque_geneveTristan en prose Yseut se languit de Tristan, enluminure du Ms fr 189, Bibliothèque de Genève (XVe siècle)

A noter qu’à partir de 1987, c’est ce ms 2542 ou Manuscrit de Vienne qui a servi de base et de référence à une édition en neuf tomes du roman de Tristan en Prose sous la direction de l’historien et essayiste Philippe Ménard, aux éditions Droz de Genève. C’est d’ailleurs de ce dernier que nous tenons pour vrai que ce manuscrit est bien daté de 1300 et non du XVe siècle. Tout cela étant dit, place à la danse !

Une nota médiévale par Alla Francesca

Alla Francesca et les lais lyriques
courtois de  Tristan & Yseut

C_lettrine_moyen_age_passionette nota  fait l’ouverture de l’album Tristan et Yseut de la formation Alla Francesca, sorti en 2004. En plus des lais de Tristan tiré du manuscrit de Vienne, dont ils nous régalent dans cette production, sur laquelle nous aurons assurément l’occasion de revenir, ils y ont ajouté quelques danses et estampies médiévales qui viennent ponctuer l’album.

musique_danse_medievale_nota_alla_Francesca_album_Tristan_Yseut_moyen-age_central

musique_poesie_medievale_formation_alla_francesca_ethnomusicologie_moyen-age_centralDans cet album comme dans les autres, la formation Alla Francesca se situons ici autant dans l’Art musical que celui de la restitution savante. Il y a dans la démarche un véritable parti-pris « ethno-musicologique » et l’ambition de retraduire et de resituer au mieux la musique médiévale dans son contexte historique. Au delà de la « simple » interprétation des partitions et de la pratique des instruments, tout cela se fait au moyen de l’étude des codex, textes, documents en manuscrits d’époque, des enluminures mais encore des pratiques actuelles d’instruments anciens de par le monde.

Retrouvez plus de pièces interprétées par  Alla Francesca et plus d’information sur cet excellent ensemble spécialisé tout particulièrement sur le répertoire médiéval.

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Perceval le Gallois, Eric Rohmer et les films du Losange : un regard sur le moyen-âge et sur le cinéma

litterature_poesie_medieval_legendes_arthuriennes_chretien_de_troyes_perceval_gallois_conte_graal_eric_rohmer_documentaire_moyen-ageSujet : Cinéma, Perceval le Gallois, 7eme Art, littérature, poésie médiévale, reconstruire le moyen-âge, légendes arthuriennes, roman arthurien, conte du Graal.
Période : moyen-âge central
Auteur : Eric Rohmer, Chrétien de Troyes
Société de distribution : les films du Losange

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionuite à notre article sur Eric Rohmer et son Perceval le Gallois, nous tenions à faire aujourd’hui une mention spéciale à la société que le cinéaste créa en 1962 avec Barbet Schroeder : les films du Losange.

films_du_losange_perceval_le_gallois_eric_rohmer_7eme_artLa société produisit, bien sûr, ce Perceval qui demeure, à travers le temps, un chef d’oeuvre pour qui sait s’ouvrir à l’étonnement et se libérer des codes attendus. Nous l’avions déjà évoqué, ce film est un voyage au plus près du Conte du Graal de Chrétien de Troyes, autant qu’une plongée artistique dans un moyen-âge visuel et allégorique et sa qualité vaut que nous en disions  ici un mot de plus.

« Il n’y a pas un plan de Perceval qui ne soit le fruit d’une mûre réflexion, d’un parti pris esthétique, d’une connaissance profonde de l’œuvre originale. Joignant l’érudition de l’historien au raffinement du miniaturiste, Rohmer nous propose le plus merveilleux des voyages dans le temps. »
Jean de Baroncelli, Le Monde, 13 octobre 1978

perceval_le_gallois_eric_rohmer_7eme_art_film_du_losange_moyen-age_allegorique

Reconstruire le moyen-âge des légendes

« Je voulais du naturel. Je n’aime pas indiquer de gestes aux acteurs. Je leur ai, en revanche, montré des miniatures. »
Eric Rohmer – 2007 –  Table ronde sur « la quête du Graal »
Musée national du Moyen Age, Paris
 – Le Monde 

C_lettrine_moyen_age_passionomment reconstruire le moyen-âge des légendes et approcher l’oeuvre littéraire de Chrétien de Troyes au moyen du cinéma ? Avec Perceval le Gallois, Eric Rohmer efaisait une démonstration magistrale en donnant, plus qu’une simple réponse, une vision profonde qui interrogeait autant la restitution de l’oeuvre du célèbre auteur médiéval que la manière de faire du cinéma : le 7eme Art au service de la littérature médiévale, donc mais au delà, l’art cinématographique comme medium de reconstruction et Perceval_fabrice_luchini_eric_rohmer_litterature_poesie_medievale_chretien_de_troyes_moyen-age_legendes_arthuriennessupport de l’évocation d’un monde dans lequel il va puiser les codes et les clefs, en réinventant au passage les siens.

De fait, il faut se tenir devant cette oeuvre d’Eric Rohmer sans a priori, comme l’on se tient face à un tableau de maître, pour le recevoir dans sa totalité et rechercher, à travers le pinceau de l’artiste et la fresque qu’il nous propose, les arcanes de l’allégorie: celles d’un moyen-âge reconstruit à travers l’approche compréhensive  de ses codes intrinsèques.

Et ce n’est pas par hasard si près de quarante ans après sa sortie dans les salles, on redécouvre aujourd’hui encore ce Perceval dans toute sa profondeur.  Plus que de fournir des arguments intellectuels à la glose, à laquelle nous nous prêtons ici de bonne grâce, il est encore et peut-être d’abord une émotion que l’on démêle patiemment après l’avoir reçue.

Les films du Losange

A_lettrine_moyen_age_passionlors, oser le 7eme Art comme une recherche artistique insatiable capable de remettre en jeu ses propres codes pour les réinventer ? C’est un défi que les films du Losange continuent à travers le temps de vouloir relever, en explorant cette question dans toutes ses dimensions et en donnant leur chance à des réalisateurs qui interrogent aussi le cinéma en tant qu’Art, c’est à dire, comme une « discipline » qui échappe aux ornières et ne cède jamais aux recettes faciles, une aventure buissonnière à la recherche de sens et de nouvelles formes d’expression.

perceval_gallois_conte_du_graal_Chretien_de_troyes_litterature_poesie_medievale_cinema_eric_rohmer

Pour conclure et puisqu’il est question ici de mention spéciale, il faut découvrir ou revoir le Perceval d’Eric Rohmer mais il faut aussi à travers ce film, saluer la société qui a rendu cela possible. Depuis plus d’un demi-siècle, avec plus de 80 films à son actif, les films du Losange poursuivent sans relâche leur quête d’un cinéma différent. Voici l’adresse de  leur site web à visiter sans modération.

En vous souhaitant une merveilleuse journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.