Archives de catégorie : Musiques, Poésies et Chansons médiévales

Vous trouverez ici une large sélection de textes du Moyen âge : poésies, fabliaux, contes, chansons d’auteurs, de trouvères ou de troubadours. Toutes les œuvres médiévales sont fournis avec leurs traductions du vieux français ou d’autres langues anciennes (ou plus modernes) vers le français moderne : Galaïco-portugais, Occitan, Anglais, Espagnol, …

Du point du vue des thématiques, vous trouverez regroupés des Chansons d’Amour courtois, des Chants de Croisade, des Chants plus liturgiques comme les Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X de Castille, mais aussi d’autres formes versifiées du moyen-âge qui n’étaient pas forcément destinées à être chantées : Ballades médiévales, Poésies satiriques et morales,… Nous présentons aussi des éléments de biographie sur leurs auteurs quand ils nous sont connus ainsi que des informations sur les sources historiques et manuscrites d’époque.

En prenant un peu le temps d’explorer, vous pourrez croiser quelques beaux textes issus de rares manuscrits anciens que nos recherches nous permettent de débusquer. Il y a actuellement dans cette catégorie prés de 450 articles exclusifs sur des chansons, poésies et musiques médiévales.

« Pauvre Ruteboeuf », la complainte du trouvère et poéte médiéval Ruteboeuf, par Léo Ferré

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Sujet: troubadours & trouvères du  moyen-âge, musique,  chanson, poésie médiévale, infortune.
Titre : la complainte de Rutebeuf, Pauvre Rutebeuf.
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central.
Auteur : Rutebeuf, Leo ferré

L’hommage de Léo Férré au Trouvère Rutebeuf

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoilà encore un article qui pourrait avoir sa place à la fois dans la catégorie musique médiévale et dans la catégories écritures, poésies, auteurs, etc… A proprement parler,  il s’agit ici plus d’une mise en musique moderne, inspirée de textes médiévaux anciens, que de musique véritablement médiévale, mais, comme nous l’avons déjà souligné, le monde médiéval nous intéresse aussi dans sa « modernité » ou dans sa contemporanéité. Par ailleurs, ce très beau titre nous fournit l’occasion  de parler un peu de Rutebeuf, ce grand  poète médiéval du XIIIe siècle.

pauvre_rutebeuf_troubadour_moyen_age_leo_ferreLe « Pauvre Rutebeuf » chanté par Léo Ferré, poète, anarchiste, écorché, emporté  lui aussi, est un hommage rendu à ce trouvère satirique du XIIIe siècle qui aura a permis au grand public de le découvrir. Cette chanson a été reprise maintes et maintes fois et, si d’aventure, vous entrez son titre dans youtube, vous allez en découvrir une avalanche de versions, reprises et autres, toutes issues de l’originale de Léo Ferré. Me concernant, je retiens en plus de la version ci-dessous du poète anarchiste des temps moderne, celle de Philippe Léotard pour la parenté de coeur entre les deux hommes, et aussi celle de  Joan Baez pour la curiosité.

Qui était Rutebeuf?

P_lettrine_moyen_age_passion copiaoète, écrivain et trouvère  de la fin du moyen-âge central, Rutebeuf a vécu sa vie, comme la plupart des artistes de cette époque, misérable. C’est aussi un écrivain de la rupture et ses oeuvres s’orientent plus sur la description de sa propre condition sociale ou des misères et de la pauvreté de son temps, que sur l’amour courtois chanté alors par les trouvères et troubadours. Nul doute que Rutebeuf se situe dans la prise de risque. et l’on dit aussi de lui qu’il est l’ancêtre moyen_age_trouvere_rutebeuf_troubadour_medievalspirituel de François Villon De fait, Rutebeuf puise dans la satire et dans un regard sans concession sur son temps, comme le fera François Villon lui-même, près de deux siècles plus tard. Son répertoire contient aussi de nombreux jeux de mots et traits d’humour dans le texte même s’il est difficile aujourd’hui d’en percevoir toutes les nuances.

O_lettrine_moyen_age_passionn ne sait pas grand chose de précis sur  la naissance de Rutebeuf. Il serait né en Champagne mais l’ensemble de sa carrière d’auteur semble s’être faite à Paris. On ne le connait que sous ce surnom comique de « Rutebeuf » qui fait allusion à sa nature rustre ou rude, et qui semble déjà servir d’excuses à d’éventuelles libertés ou audaces qu’il s’autoriserait dans ses textes, comme pour se les faire pardonner par avance.  Par contraste aussi, cette rudesse sur laquelle il insiste, appelle l’attention d’un auditoire sur des troubadour_trouvere_moyen-age_auteur_medieval_rutebeufpropos qui sont finalement bien plus fins et « ambitieux » qu’ils ne veulent s’avouer. Peut-être faut-il encore voir dans ce surnom la distanciation que l’homme veut mettre avec « l’auteur »,  pour se réserver plus de champ ?   Dans les pirouettes de ce trouvère qui ne se prive pas de rire de tout et à tout propos, ce « Rustre Boeuf » est, sans doute aussi, une tentative d’esquiver les possibles conséquences de ses dires satiriques à l’encontre des gens de pouvoir (religieux, universitaires, haute noblesse) ?

« Rutebeuf oeuvre rudement, souvent, dans sa rudesse, il ment. » Citation de Rutebeuf.

rutebeuf_satyre_moyen_age_auteur_trouvere_medievalDe fait, l’oeuvre de Rutebeuf se signe par une grande liberté de ton : « n’attendez pas de moi de la justesse, de la finesse », nous disait-il, réfugié derrière ce pseudonyme et son personnage, un peu lourd. Pourtant, ses textes ont traversé les siècles et l’on découvre, au prisme de son regard acerbe,  tout  un monde médiéval.

Sainte Marie l'Egyptienne (bibilothèque nationale de france)
Sainte Marie l’Egyptienne (bibliothèque nat de france)

Pour le reste, était-il le plus grand de son temps ? Sauf à se fier aux manuscrits anciens pour établir la popularité des auteurs médiévaux (voir conférence de Richard Trachsler sur la codicologie), la  subjectivité règne  toujours en maître dans cette matière. Reste que Ruteboeuf a laissé derrière lui une oeuvre abondante et prés de quatorze mille pieds de vers à redécouvrir. On pourra y trouver des poésies, des pièces de théâtres, des fabliaux, des poèmes satiriques, de miracles et encore des hagiographies* (*écriture et textes sur la vie et l’oeuvre de saints, Sainte Marie l’égyptienne, Sainte Elysabel de Hongrie).

« Pauvre Rutebeuf », la complainte de Rutebeuf, 

Ce texte de Léo Ferré est donc une chanson librement inspirée  de la poésie de Rutebeuf. Remaniée et traduite en français moderne, elle empreinte à divers textes de l’auteur médiéval.  Sur le fond et pour la référence au titre notamment, je vous conseille de voir ces deux articles complémentaires sur ce trouvère et poète médiéval : « la pauvreté Rutebeuf » et « Lecture audio de Rutebeuf en français moderne et en vieux français« 

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta.

Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Oh vent d’hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière.

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte.
Le mal ne sait pas seul venir,
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu.

Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le Roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul (1) quand bise vente
Le vent me vient
Le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Les emporta…

Voilà quelques mots sur un artiste médiéval et sa poésie, mise en musique et en texte de manière moderne par un troubadour de notre temps, une belle complainte qui nous vient du moyen-âge et qui se trouve être finalement intemporelle.

Une très belle journée à vous!

Fred
moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

(1)  Pour répondre aux commentaires sur cette question.  Ce « Droit au cul » provient du texte original de Rutebeuf modifié  par Léo Ferré  (l’original médiéval est « Et froit au cul quant byze vente »). Il  appartient donc bel et bien à la version du poète anarchiste du XXe et vient de sa plume. 800 ans après Rutebeuf, le texte de Léo a, dit-on,  choqué quelques oreilles ce qui  lui a même valu, dans un premier temps, une censure de la chanson et, en tout cas, de rares diffusions.

Joan Baez, dans sa reprise, n’a pas reculé et a gardé l’esprit et la lettre original de Léo mais quelques interprètes français ont cru bon de le remplacer, de leur propre chef par « Droit au Coeur ». Cela a même valu à l’une d’elle d’essuyer les foudres de Léo, qui aurait appelé la maison de disque pour faire interdire cette version édulcorée qui, en plus de trahir sa lettre, trahissait celle de Rutebeuf. L’anecdote raconte que Léo Ferré aurait même envoyé un télégramme à la chanteuse en question en lui disant :   « Madame, de mon temps, on ne confondait pas encore le cul avec le coeur ! Bien à vous de derrière le monde… Rutebeuf. 

Pour ceux qui auraient encore quelques doutes, je les invite à réécouter la version originale de Léo ici :

Citation médiévale, poésie médiévale, Rutebeuf

L’ETAT DU MONDE, Rutebeuf

« Parce que le monde change
Plus souvent qu’un denier au Change,
Je veux rimer sur ce monde changeant.
L’été est passé, maintenant c’est l’hiver ;
Le monde était bon, maintenant c’est différent,
Car personne ne sait plus
Travailler au bien d’autrui,
S’il ne pense pas y trouver son profit. »

Citation et poésie médiévales pour moyenagepassion.com

Je vous partage ci dessus, la première strophe d’un poème célèbre de Rutebeuf, écrivain, trouvère satyrique du XIIIe siècle. Après sept cent ans, le texte reste d’actualité et l’on est même surpris en songeant que le  XIIIe, siècle encore profondément chrétien, voyait se répandre de plus en plus les ordres mendiants.

La complainte du roi Renaud

Sujet : musique du moyen-âge, chanson médiévale, complainte, poésie, trouvères  troubadours, musique ancienne.
Datation : XVIe siècle Origine à rechercher du côté breton
Titre : La complainte du Roi Renaud (ou chanson du Roi Renaud)

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionvec cette pièce musicale, nous nous situons dans l’interprétation moderne d’un titre dont l’origine semble remonter au XIIIe siècle.  Elle conte la triste histoire d’un roi et chevalier blessé mortellement sur le champ de bataille.

Dans sa version française moderne, cette chanson a été interprétée, entre quelques noms célèbres par Edith Piaf et les compagnons de la chanson, par Yves montant, Cora Vocaire, Pierre Bensusan et encore par le groupe Malicorne (à qui l’ont doit d’ailleurs de véritables perles dans le registre du folk médiéval).

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« Scène d’enterrement médiéval », Eugène CARRIERE, 19e siècle, usée d’Orsay ( Paris )

Plus Folk et traditionnelle que Médiévale

Du point de vue tant de la datation que de l’exécution, on ne trouvera rien ici qui puisse intéresser les puristes de musiques et de chansons issues du répertoire médiéval, ni même les amateurs de vieux français, d’Oc ou d’oïl, aux accents roulants. Les paroles sont en effet rédigées en français tout à fait moderne et nous sommes du point de vue de l’interprétation, dans le registre du Folk et de la chanson traditionnelle, évocatrice du moyen-âge.

Concernant les interprètes  de la version proposée ici de cette pièce, à ce jour, nous n’avons toujours pas pu, hélas, les identifier mais elle est si réussie que nous n’avons pas résister à la partager.  De notre côté, nous ne désespérons pas de leur faire tribut ici aussi  n’hésitez pas à nous contacter si vous aviez quelques pistes à nous fournir sur le sujet.  Précisons que c’est, à ce jour, l’une des très rares pièces que vous pourrez trouver présente sur l’ensemble du site pour laquelle nous ne possédons pas l’information.

En vous souhaitant une Bonne écoute!

Les Paroles de
La complainte du Roi Renaud

Le roi Renaud de guerre revint
tenant ses tripes dans ses mains.
Sa mère était sur le créneau
qui vit venir son fils Renaud.

– Renaud, Renaud, réjouis-toi!
Ta femme est accouché d’un roi!
– Ni de ma femme ni de mon fils
je ne saurais me réjouir.

Allez ma mère, partez devant,
faites-moi faire un beau lit blanc.
Guère de temps n’y resterai:
à la minuit trépasserai.

Mais faites-le moi faire ici-bas
que l’accouchée n’entende pas.
Et quand ce vint sur la minuit,
le roi Renaud rendit l’esprit..

Il ne fut pas le matin jour
que les valets pleuraient tous.
Il ne fut temps de déjeuner
que les servantes ont pleuré.

– Mais dites-moi, mère, m’amie,
que pleurent nos valets ici ?
– Ma fille, en baignant nos chevaux
ont laissé noyer le plus beau.

– Mais pourquoi, mère m’amie,
pour un cheval pleurer ainsi ?
Quand Renaud reviendra,
plus beau cheval ramènera.

Et dites-moi, mère m’amie,
que pleurent nos servantes ici ?
– Ma fille , en lavant nos linceuls
ont laissé aller le plus neuf.

Mais pourquoi, mère m’amie,
pour un linceul pleurer ainsi ?
Quand Renaud reviendra,
plus beau linceul on brodera.

Mais, dites-moi, mère m’amie,
que chantent les prêtres ici ?
– Ma fille c’est la procession
qui fait le tour de la maison.

Or, quand ce fut pour relever,
à la messe elle voulut aller,
et quand arriva le midi,
elle voulut mettre ses habits.

– Mais dites-moi, mère m’amie,
quel habit prendrai-je aujourd’hui ?
– Prenez le vert, prenez le gris,
prenez le noir pour mieux choisir.

– Mais dites-moi, mère m’amie,
qu’est-ce que ce noir-là signifie
– Femme qui relève d’enfant,
le noir lui est bien plus séant.

Quand elle fut dans l’église entrée,
un cierge on lui a présenté.
Aperçut en s’agenouillant
la terre fraîche sous son banc.

– Mais dites-moi, mère m’amie,
pourquoi la terre est rafraîchie?
– Ma fille, ne puis plus vous le cacher,
Renaud est mort et enterré.

– Renaud, Renaud, mon réconfort,
te voilà donc au rang des morts!
Divin Renaud , mon réconfort,
te voilà donc au rang des morts!

Puisque le roi Renaud est mort,
voici les clefs de mon trésor.
Prenez mes bagues et mes joyaux,
prenez bien soin du fils Renaud.

Terre, ouvre-toi, terre fends-toi,
que j’aille avec Renaud, mon roi!
Terre s’ouvrit, terre fendit,
et ci fut la belle englouti

Pour plus de détails sur l’Histoire de cette chanson, nous vous invitons à consulter le lien suivant  : aux origines de la Complainte du Roi Renaud avec Georges Doncieux 

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » 
Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C