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Variations graphiques autour du « régime » suivant les mois, par l’Ecole de Salerne

medecine_medievale_ecole_salerne_science_savant_Regimen_SanitatisSujet :  médecine, citations médiévales, école de Salerne, Europe médiévale, moyen-âge,  manuscrit ancien,  saignée.  calendrier
Période: moyen-âge central (XIe, XIIe siècles)
Titre:  l’Ecole de Salerne (traduction de 1880)
Auteur :  collectif d’auteurs anonymes
Traducteur : Charles Meaux Saint-Marc

A_lettrine_moyen_age_passion la faveur du nouvel extrait du Flos Medicinae sur le régime au mois le mois de l’Ecole médicinale de Salerne que nous vous présentions dans l’article précédent, nous vous proposons un peu de variations graphiques autour de ce « calendrier ».

Même si les documents que l’on utilise au moyen-âge sont loin d’être tous de beaux manuscrits reliés ou même des codex, ornés de somptueuses lettrines et d’enluminures, cet art y demeure omniprésent et le monde médiéval nous a légué en témoignage de nombreuses et précieuses illustrations. Pour ceux qui auront noté les efforts que nous développons sur la partie graphique du site pour agrémenter nos articles, c’est, bien sûr, un peu de cette idée et de cette ambiance visuelle que nous tentons de recréer, pour rendre la lecture plus agréable et plus immersive de la période aussi.

Ce « calendrier » visuel du régime au mois le mois nous donne encore l’occasion de célébrer la rubrique « Médecine médiévale » que, vous l’aurez peut-être remarqué, nous venons d’ajouter comme une rubrique à part entière dans le menu catégoriel de gauche. Au fil du temps, nous y ajouterons tous les articles concernant ce sujet et  sans doute même (nous y travaillons) un « herbier » médiéval.

science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_regime_couverture_calendrier_moyen-age_central

science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_janvier_calendrier_moyen-age_central science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_fevrier_calendrier_moyen-age_central
 science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_mars_calendrier_moyen-age_central  science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_avril_calendrier_moyen-age_central
 science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_mai_calendrier_moyen-age_central  science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_juin_calendrier_moyen-age_central
 science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_juillet_calendrier_moyen-age_central  science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_aout_calendrier_moyen-age_central
 science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_septembre_calendrier_moyen-age_central  science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_octobre_calendrier_moyen-age_central
 science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_novembre_calendrier_moyen-age_central  science_hygiene_medecine_medievale_salerne_mois_decembre_calendrier_moyen-age_central

En vous souhaitant une très belle journée !

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Edito : plus de quatre-cents articles sur le moyen-âge & toujours les mêmes questions

Sujet : édito  mars 2017, plus de 400 articles sur le monde médiéval, divertissement, moyen-âge historique, moyen-âge imaginaire.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ceux qui arrivent sur le site à la faveur d’une recherche sur les moteurs de recherches ou par hasard, sachez que vous y trouverez plus de 400 articles sur le sujet du moyen-âge. Pour les autres, nous vous remercions chaleureusement de nous être fidèles et de nous suivre dans notre exploration du monde médiéval sous toutes ses formes.

monde_medieval_moyen-age_poesies_musique_litterature_evenement_festival_decouverte_histoire_medievale_editoMoyenagepassion est né d’un intérêt et d’une passion, autant que d’un questionnement.  Qu’est-ce que le monde médiéval  et pourquoi interpelle-t-il autant certains d’entre nous? Cette question en recouvre en réalité deux autres : qu’est-ce que le moyen-âge historique et qu’est-ce que le moyen-âge « reconstruit », soit celui que nous percevons ou que nous nous représentons encore aujourd’hui ? Quelle est la frontière entre les deux? Y-a-t’il des dénominateurs communs? Pour répondre à ces questions, nous avons décidé d’avancer  avec un parti-pris, celui de vous  divertir tout en vous informant. Vous trouverez donc ici de quoi vous amuser, de quoi explorer et, nous l’espérons, de quoi réfléchir.

Du moyen-âge « moyenâgeux » au monde médiéval: les enseignements de l’Histoire

D_lettrine_moyen_age_passionepuis sa création, Moyenagepassion  couvre donc des sujets qui touchent à l’Histoire du monde médiéval : sa musique, sa littérature, sa poésie, sa chevalerie, ses batailles  et ses personnages, sa science, sa médecine, son vieux français aussi. A travers tout cela, il est question d’approcher la vie au moyen-âge dans sa réalité autant  que de déconstruire les idées reçues qui, souvent, l’ont accompagnées. Pour compliqué et exigent que cela puisse être, c’est l’esprit véritable de cette période et sa restitution fidèle que nous recherchons .

histoire_moyen-age_passion_medievale_articles_portail_divertissement_information_moyenagepassion

Même si les historiens médiévistes continuent d’effectuer un grand travail depuis le XXe siècle pour faire le deuil des préjugés  qui,  du  siècle  des lumières au XIXe, ont projeté sur ce long moyen-âge, des caricatures « commodes », nos usages langagiers  trahissent encore sur ces mille ans d’Histoire nombre de fausses idées.

histoire_medievale_manuscrit_ancien_enluminure_litterature_portail_passion_moyen-age_bible_morgan « C’est le moyen-âge », dit-on  d’un air entendu pour se référer, tout à la fois  à un monde archaïque, violent », « barbare », « sale »,  mâtiné d’obscurantisme et d’ignorance. « chaque siècle a son propre moyen-âge » peut-on encore entendre citer dans le même esprit.  Au listing des phrases creuses, ont-ils encore nos siècles  leur  propre antiquité, leur propre renaissance ou leur propre préhistoire ? Tant d’idées reçues se sont cristallisées dans nos imaginaires que nous en sommes même venus à confondre « médiéval » l’adjectif correct qui se rapporte à cette période et « moyenâgeux » l’adjectif péjoratif qui se rapporte à ce moyen-âge  « obscur », ces « temps sombres », comme si notre monde moderne se tenait, lui, dans la grande lumière du savoir et de la paix retrouvée.

Alors oui, une des ambitions premières de moyenagepassion reste bien d’aller rechercher dans l’Histoire sérieuse, celle des laboratoires d’universités, des thèses, et des sources fiables, ce que pouvait être véritablement le moyen-âge et même quelquefois, à travers nos monde_medieval_articles_moyen-age_passion_poesies_musique_litterature_evenement_festival_decouverte_histoire_medievalerecherches et nos articles, de montrer que les influences du monde médiéval qui perdurent jusqu’à nos jours ne sont pas toujours celles que l’on croit. Cela demande des recherches, des lectures, le passage obligé par l’histoire comparative mais également, autant que faire se peut, le recours à l’historiographie, cette discipline qui consiste à mettre en comparaison les différentes versions que l’Histoire nous propose d’un  même fait, à travers les âges  et les idéologies dont elle est si difficilement exempte parce que les historiens sont aussi des hommes produits d’un contexte, d’un terroir, d’une culture.

Funambule en équilibre sur le fil  :
restituer sans encenser, éviter les écueils

Q_lettrine_moyen_age_passionuand le monde  moderne tout imbu de ses propres lumières, de ses idéologies, et quelquefois souvent de son auto-satisfaction,  pointe le « barbarisme » du passé et de ce moyen-âge « obscur et ignorant » comme pour mieux chercher à briller, il n’est donc pas question pour nous, on l’aura compris, de se laisser duper. D’une certaine façon, peut-être avons-nous perdu quelques leçons de ce monde médiéval qu’il pourrait nous être utile de nous souvenir pour mieux nous comprendre nous-mêmes. Peut-être même encore est-ce cela que nous cherchons pour partie, en nous retournant quelquefois edito_histoire_medievale_manuscrit_ancien_enluminure_litterature_portail_passion_moyen-age_noe_bible_morganvers lui, avec des envies festives et une pointe de nostalgie ?

Pour autant, s’il s’agit  de rétablir la justesse des vues, il serait tout aussi absurde d’encenser de manière aveugle ce moyen- âge retrouvé, en tombant dans un excès inverse de « passéisme ». Si l’on n’en reste pas moins homme, le  travers du jugement moral  est un premier écueil de principe que les Sciences Humaines se doivent d’éviter mais, au delà même, les historiens nous enseignent avec défiance, à ne pas  céder à la tentation de la transposition à l’emporte-pièce. Le moyen-âge reste un ailleurs, un monde complexe de signes et de symboles dont les parentés de langage avec le nôtre pourraient quelquefois nous induire à des rapprochements faciles si nous n’y prenions garde et c’est encore un autre écueil auquel il ne faut pas céder. Doit-on pour autant s’interdire  de jeter entre  cette longue période de l’histoire et notre modernité des ponts ? Sans doute pas.

Miroir  Miroir, le moyen-âge aujourd’hui

E_lettrine_moyen_age_passiont comme si tout cela n’était pas suffisant, dans ce jeu de miroirs où notre monde moderne se mire, avec plus ou moins de justesse, dans l’eau de son passé, suivant qu’il le fasse par l’oeil d’historiens soucieux de méthode ou de contemporains plus éloignés de ces préoccupations d’exactitude et de rigueur, nous voulons encore, ici, aller plus loin. Et c’est, en effet, une autre des ambitions qui nous guident que de rechercher, au sens le plus large possible, les marques  du moyen-âge  et les signes de notre engouement actuel pour cette période jusque dans notre présent,  car ils existent de toute part. Alors, ce moyen-âge qui a la « cote », quel  est-il ?

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Avec la belle saison qui approche, pas une semaine ne passera sans qu’on le fête, ici ou là. Dans la France entière, mais encore dans de nombreux lieux d’Europe, les festivals et les festivités sont chaque année, innombrables; on se costume, on parade, on festoie, on joue et  on danse à l’ombre des remparts de nos moindres châteaux et chaque ville fait chanter ses vieilles pierres. Histoire vivante, archéologie, archéo-sites, de nombreuses associations célèbrent aussi le monde médiéval, à leur manière, en tentant de le recréer le plus fidèlement possible et même parfois de le revivre au quotidien dans des lieux protégés et qui se tiennent enluminure_moyen-age_noe_histoire_passion_medievale_articles_portail_divertissement_information_moyenagepassioncomme hors du temps. Vous y trouverez des passionnés intarissables sur leur sujet qui y occupent leur week-end et leurs heures libres.

Dans la musique, qu’ils s’agissent de formations classiques s’abreuvant à la source des manuscrits anciens et médiévaux, ou même de groupes plus folkloriques mettant en scène un moyen-âge imaginaire qui puise dans le répertoire profane, festif ou même encore dans des légendes celtiques réinventées, la référence à la période médiévale a, là encore, la vie belle  et trouve largement son public.  Dans nos médias, un certain moyen-âge a aussi bien trouvé sa place. Les succès  télévisuels de séries comme le Trône de fer ou comme Kaamelott l’ont démontré, mais encore celui des films de Peter Jackson sur l’oeuvre de JRR Tolkien. De ce point de vue là, sans doute cette période du passé a-t-elle supplanté l’engouement pour les péplums sur la mythologie ou sur l’antiquité qui fleurissaient de toute part au XXe siècle et dans les années-soixante. Dans notre littérature enfin, nos rayons de librairie regorgent de sagas palpitantes ayant souvent pour théâtre un moyen-âge fantastique et imaginaire et  même quand les ouvrages sont historiques et quelquefois plus âpres  à la lecture, les succès sont au rendez-vous, des ouvrages comme la « cathédrale de la mer » ou le « nom de la rose » l’ont largement démontré.

Embrasser tous les moyen-âges: découvrir, expérimenter, s’informer, rire et se divertir

histoire_moyen-age_passion_musique_manuscrit_medievale_articles_portail__divertissement_information_moyenagepassion

N_lettrine_moyen_age_passionotre monde a faim de moyen-âge et ce qui, aujourd’hui,s’y donne à lire et y résonne  encore   nous intéresse donc tout autant, qu’il s’agisse de très sérieuse histoire vivante ou d’archéologie, ou même d’événements  et de représentations plus fantaisistes ou fantastiques. Car même si ces dernières évocations n’ont souvent plus grand chose à voir  avec la réalité de ces mille ans d’Histoire, elles nous disent beaucoup de notre monde actuel, des espaces qu’il remplit autant de ceux qu’il laisse vides.  Alors bien sûr, sans doute voudra t’on faire la différence entre un moyen-âge des puristes, animés de l’ambition de sa restitution exacte et un autre plus fantasmagorique histoire_enluminure_architecture_medievale_portail_passion_moyen-age_bible_morganet rêvé, moins criant de vérité historique ? De notre côté, nous ne voulons pas faire l’impasse justement parce que comprendre ou même tracer des lignes claires, imposent que l’on puisse s’aventurer sur tous les territoires, y compris ceux de l’imaginaire. C’est vraiment avec un grand angle observons tout ces « moyen-âges » et de cette façon aussi, chacun peut y trouver sa place.

Au sortir de tout cela, l’ambition est vaste et l’objet  est large. Pour le cerner, nous privilégions, pour l’instant, l’approche focalisée, un peu à la manière de la peinture impressionniste.  Par petits points, par petites touches, en nous défiant des grandes généralités ou pire des généralisations, l’idée est de faire un travail patient de compulsion, de recherche et d’information précis sur les sujets que nous traitons, avec l’exigence de l’objectivité et celle des sources sérieuses. Avec le temps, dans cette confrontation du moyen-âge  « reconstruit » par les historiens et les sources qui nous en sont parvenus, et le moyen-âge représenté ou  remis en scène  par notre monde moderne, nous espérons que nous saurons un peu mieux tracer les lignes  de démarcation, entrevoir les ponts aussi  pour, finalement, avoir une vision plus claire du moyen-âge historique, autant que de notre monde moderne, de ses racines médiévales et de ses aspirations.

enluminure_moyen-age_bible_de_morgan_david_goliath_histoire_passion_medievale_portail_divertissement_information_moyenagepassion Comme un alchimiste derrière un athanor en  forme de plume, avec ses encres pour ingrédients, cet espace web reste aussi un laboratoire d’expérimentation. Et encore une fois, comme il s’agit aussi de divertissement, nous ne nous privons pas, par instants, d’être facétieux ou de nous adonner au goût de la farce. Pour autant que les sujets que nous y abordons puissent être sérieux, nous ne voulons, pour rien au monde, laisser l’ombre d’un personnage qui serait tout droit sorti d’un roman de Umberto Eco, nous ravir  le plaisir de rire et de vous divertir !

Merci encore à tous d’être là et de nous accompagner dans ce voyage. En vous souhaitant une très belle  semaine!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

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NB : les illustrations et enluminures de cet article sont tirées du manuscrit ancien du XIIIe siècle connu sous le nome de la bible de Morgan ou de  Maciejowsky.

Manuscrits et codex anciens du moyen-âge central au moyen-âge tardif: au fil de l’exploration

manuscrits_codex_anciens_exploration_poesie_litterature_musique_medecine_monde_medieval_moyen_ageSujet : manuscrits anciens, codex, ouvrages anciens,  découverte. médecine, littérature, poésie, musique, chansons médiévales.  découverte, exploration du monde médiéval
Période : bas moyen-âge
Médias : sources et articles.

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial demeure difficile de s’intéresser  sérieusement au moyen-âge sans effectuer des recherches à la source des documents, codex et autres manuscrits anciens qu’il nous a légués. Après plus d’une année d’exploration de la médecine, la poésie, la littérature, les enluminures, les chansons et la musique en provenance du monde médiéval, nous en avons identifié pour vous un certain nombre.

Comme ils touchent des catégories variées du site, Ils sont  un peu disséminés dans ses contenus et ne se trouvent pas regroupés sous un item de menu séparé, aussi pour faciliter vos recherches sur la question,  et si vous êtes intéressés par le sujet, il peut vous être utile d’utiliser ce  lien :

Explorez les manuscrits anciens sur moyenagepassion.com

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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La résonance du moyen-âge chrétien et de ses valeurs, selon le grand Carl Jung

Sujet : citation moyen-âge, Carl G. Jung,   psychologie, histoire, monde médiéval, moyen-âge chrétien.

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Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le cas où nous doutions encore de l’ancrage et de la résonance du moyen-âge chrétien jusque  dans notre monde moderne et jusque dans les couches les plus profondes  de notre  psyché, cette citation du grand  Carl Jung (1875-1961)   vient aujourd’hui nous le rappeler.  Et si certains aspects de cette réalité sont même quelquefois descendus sous le seuil de notre visibilité,  les faits demeurent, on ne peut  simplement effacer  d’un simple coup de gomme  plus de  mille cinq cents ans d’histoire.

« Notre mentalité tout entière, nos conceptions des choses sont nées du moyen âge chrétien, qu’on le veuille ou non. Le « siècle des lumières » n’a rien effacé; l’empreinte du christianisme se retrouve jusque dans la façon dont l’homme voulut rationaliser le monde. La vision chrétienne du monde est, par suite, une donnée psychologique qui échappe aux explications intellectuelles. C’est un passé qui, dans ses traces et ses conséquences, sera, comme tout passé, un éternel présent. Nous sommes, une fois pour toutes marqués, au coin du christianisme. Mais il n’en est pas moins vrai que nous portons également le signe de ce qui l’a précédé. »
C.G. Jung, (1875-1961), L’Homme à la découverte de son âme.

En vous souhantant une merveilleuse journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses  formes.

Montségur et la croisade albigeoise : le contexte social et féodal du Languedoc médiéval (2)

croisade_cathare_albigeois_languedoc_inquisition_montsegur_moyen-age_centralSujet :  cathares, catharisme, faydits, languedoc médiéval,  Montségur, siège, Albigeois, croisade. monde  féodal,  monde médiéval,culture, langue  d’Oc, Occitan, faits culturels , faits sociaux
Lieu : Languedoc
Période : moyen-âge central,  XIIe, XIIIe siècle.

Voir article précédent :
La croisade albigeoise : Montsegur, haut lieu du Catharisme  (1)

« L’enfer est vide. Tous les diables sont ici-bas. »
William Shakespeare
(« Hell is empty All the devils are here »)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous poursuivons aujourd’hui notre article au sujet de la croisade albigeoise et du siège de Montségur. La dernière fois, nous en étions restés à la population qui occupe le château à partir des années 1230, moment où le seigneur des lieux Raymond de Péreille en fait le haut lieu du catharisme sur la demande de l’évêque cathare  Guilhabert de Castres,  ce même religieux qui, avant que la croisade ne soit déclarée en l’an 1207, avait débattu avec deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocl’homme qui allait devenir bientôt Saint-Dominique, sans que ce dernier parvienne à le persuader de reculer sur ses croyances. Au moment où cette demande est faite au Seigneur Raymond de Péreille, une communauté cathare se tient déjà à Montségur depuis plus de vingt ans (1210). Il est probable qu’elle vivait jusque là, hors de son enceinte ou au pied du Pog et il est alors question de pouvoir l’abriter au sein la deuxième ligne de remparts du château, tout autant que de permettre à plus de cathares de s’y abriter.

Comme nous l’avions vu, à partir de la fin officielle de la croisade militaire et des accords de Meaux, la forteresse de Montségur, située à trente kilomètres au sud est de Foix et prise dans les contreforts des Pyrénées, reste alors relativement éloignée des grands foyers de tension. A l’abri de son piton de calcaire de plus de 1200 mètres de haut, elle deviendra un refuge pour un certain nombre de cathares, autant que pour une partie des chevaliers faydits languedociens, menée par .

croisade_cathare_albigeois_languedoc_inquisition_chateau_montsegur_monde_feodal_medieval_carte

deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocDans l’article précédent, nous avions terminé sur le faidiment et sur ces seigneurs du sud de la France qui, au sortir de l’année 1229, se retrouvaient privés de leurs fiefs et de leurs titres sur ordonnance royale. Une partie d’entre eux en avait même été dépossédée dès les premières opérations  militaires menées par Simon de Montfort, et même s’ils avaient, entre temps, pu reprendre leur château, le pouvoir royal, associé à l’église, les en avait privé à nouveau au sortir de la croisade militaire, achevant de les frustrer et signant aussi clairement sa volonté de garder la main sur la province du Languedoc.  Pierre-Roger de Mirepoix était dans ce cas, et le seigneur de Montségur, lui offrit donc l’asile et même, plus tard, sa fille en mariage, tout en lui confiant l’organisation militaire de la place forte. Le faidiment n’étant pas une mesure définitive, on pouvait se poser la question de savoir pourquoi les seigneurs du Languedoc ne s’étaient tout simplement pas désolidarisés des cathares, avant ou même pendant la croisade, acceptant de marcher contre eux. Au fond, la grand majorité de ces nobles était restée chrétienne et ne s’était pas convertie. Pourquoi ne s’étaient-ils pas ralliés au vue de Rome?

Plusieurs raisons peuvent l’expliquer mais avant d’aborder ces questions qui touchent à la classe des nobles languedociens, nous allons, dans cette article, faire un  détour pour tenter d’approcher le contexte politique et historique du pays d’Oc au moment des faits.

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A gauche le pape Innocent III excommunie des cathares tandis qu’à droite la croisade est lancée avec à sa tête Simon de Montfort. Chronique de Saint Denis, British Library, Manuscrit Royal 16 G VI, (entre 1332 & )1350

Catharisme aujourd’hui: du symbole culturel multi-facette au revival « évangélisateur »

O_lettrine_moyen_age_passionn ne peut s’avancer sur l’étude de l’épisode Cathare et la croisade contre les albigeois sans ignorer que ces sujets cristallisent encore aujourd’hui sur les terres du Languedoc et même au delà, un ensemble de représentations complexes. Plus qu’un triste épisode de l’Histoire politico-religieuse du moyen-âge, le catharisme – où plutôt les courants et les différentes réalités qu’il regroupait – est devenu, en effet, un véritable symbole multiples deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocfacettes.

Après qu’il ait été instrumentalisé par l’église et le pouvoir royal pour prendre possession des terres du Languedoc au niveau politique, économique, autant qu’en assurer la domination confessionnelle, le catharisme s’est retrouvé souvent lié, huit cents ans plus tard, à d’autres problématiques « identitaires » régionales qu’il est parfois difficile de démêler: symbole d’une période qui consacra la perte de l’indépendance des terres du Sud contre celles du Nord, d’une lutte pour la liberté de culture et de conscience, d’une certaine forme de résistance et/ou encore du martyre collectif de pratiquants d’une religion  dans laquelle on lit tous les possibles. En bref, cette pratique religieuse médiévale en marge s’est retrouve intriquée dans une problématique culturelle provinciale identitaire dont il est devenu, quelquefois un  symbole élevé au rang d’un véritable mythe.

On alléguera peut-être, avec Michel Roquebert, (voir article) que ces problématiques sont quelque peu dépassées et que le Languedoc a
fait, depuis les écrits des premiers « provincialistes », son deuil de certaines confusions de genre. Il ne fait pas de doute que cela soit le cas chez les historiens régionalistes et il serait outrecuidant de deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocmettre en question leur objectivité simplement parce qu’ils proviennent de leur propre champ d’observation, même si l’on peut concevoir que cette proximité de leur objet d’étude ait pu quelquefois les conduire à prendre certaines positions affectives sur le sujet du catharisme. Pour l’anecdote, je me souviens d’un ami sénégalais sur les bancs de la faculté d’anthropologie qui voulait s’en aller étudier des pratiques culturelles et ethniques en Casamance et auquel l’anthropologue Jean Métral avait répondu qu’il ferait mieux de profiter de sa venue en France pour aller se confronter à l’altérité des campagnes françaises, plutôt que de céder à la facilité et au biais possible d’une étude sur son propre terrain de naissance. Ce clin d’oeil amical étant fait à l’observateur participatif et la déformation possible de son champ d’observation qui est une donnée épistémologique avec laquelle tout chercheur en sciences humaines doit composer, qu’il suffise de lire un peu à la ronde pour se rendre compte que du côté des credo populaires, les choses n’ont pas tellement changé. Et comme il y a toujours un temps de retard entre l’Histoire telle qu’on l’a pratique dans les laboratoires et les représentations du grand public, de nombreux sites web se font encore aujourd’hui l’écho de certaines idées devenues quelque peu obsolètes quand elles ne sont pas simplement biaisées où se mêlent tout à la fois, régionalisme, défense de la langue et « pro-catharisme » (nommons le ainsi pour bien le distinguer). Je pourrais citer ici une liste de sites web, ou même de petits jugements placés ici ou là de la part même encore de certains historiens du cru, longue comme le bras sur ces questions, la frontière étant toujours ténue de l’interprétation historique au jugement de valeur ou à la petite note affective.

Pour donner la mesure de cette actualité, au hasard de mes recherches, je suis même tombé sur un  petit groupe de  « chrétiens » (peut-être faudrait-il dire « croyants ») dissidents qui, apparemment, ont la ferme intention de recréer une église cathare, au sein même de la ville de Carcassonne. Dans un autre registre, j’ai pu encore croisé l’interview d’un philosophe passionné ayant fait une thèse très sérieuse sur le sujet et fin connaisseur de l’évangile de Saint-Paul et pour lequel un peu de catharisme, pris comme une distanciation avec le matérialisme, serait rendu deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocpresque nécessaire  dans notre monde moderne.  A l’heure où les monastères catholiques continuent de se vider autant que les églises, il y aurait un donc « modernisme » du catharisme et on passe même parfois allègrement le cap de l’intérêt historique et même celui de « l’idéalisation » pour aller jusqu’à la volonté « d’évangélisation », en voulant faire renaître véritablement le catharisme de ses cendres et plus seulement sur des dépliants touristiques. Du symbole culturel provincialiste au revival, il y a donc aujourd’hui une idéologie « pro-cathare » ou « pro-cathariste ». Mon propos n’est pas ici de polémiquer sur la liberté de culte, mais simplement de mentionner ces faits pour qu’on comprenne à quel point le thème est d’actualité dans certains esprits, même si ces derniers  qui veulent faire de l’hérésie albigeoise, près de huit cents ans après les faits, un idéal religieux pour nos temps, restent, il faut le dire, extrêmement marginaux  par rapport à l’Histoire officielle tel qu’elle s’écrit dans les académies et les laboratoires de recherche.

De fait et pour toutes ces raisons, le catharisme et ses représentations actuelles pourraient bien être devenus pour l’ethnologue ou pour le sociologue un sujet d’étude tout aussi passionnant que le catharisme d’hier ne l’est ou ne l’a été pour l’historien.

Innocent III, excommuniant des Albigeois. (manuscrit cité plus haut)
Innocent III, excommuniant des Albigeois. (manuscrit cité plus haut)

Du spécifique au générique:
un sujet polémique

S_lettrine_moyen_age_passioni on pourrait admettre, à la rigueur, que l’événement de la croisade albigeoise et la violence auquel il a donné lieu, aient pu être pour un certain « inconscient collectif » le vecteur d’un traumatisme qui perdure,  il semble tout de même, du point de vue de certains historiens qu’il fut quelque peu ré-attiser au prisme déformant des représentations modernes: adeco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocux idéaux identitaires d’un certain provincialisme ou régionalisme « militant », comme nous le disions plus haut, et encore d’une certaine littérature ou poésie qui ont souvent revisité le sujet du catharisme avec une bonne dose de « romantisme » ou « d’idéalisation », viennent encore s’ajouter aujourd’hui les enjeux d’une industrie touristique qui nourrit et c’est bien légitime sa propre mythologie, ce qui rend l’objet d’autant plus sensible à approcher.

Et même s’il faut dire que l’Histoire des cathares contient tous les ingrédients du drame, puisqu’au fond, au delà des guerres de chiffres, victimes il y a eu, le vent qui souffle dans le dos du catharisme est encore certainement favorisé par un anticléricalisme de principe, partiellement hérité du siècle des lumières mais que le XXe siècle a largement repris à son compte : autrement dit, la figure des bonshommes et des bonnes femmes, sans armes et sans dents, hors de tous enjeux sociaux, économiques et politiques de leur temps, opposée à la force coercitive, rapace et sans pitié  d’une l’église catholique médiévale représentée  comme une corporation aveugle et ambitieuse, confisquée de toute spiritualité avec un monstre calculateur et sanguinaire à sa tête, j’ai nommé Innocent III, est un archétype qui continue de séduire. N’étant rattaché moi-même à aucune église, je ne le dis pas d’ailleurs pour dédouaner qui que ce soit, mais comme tout archétype, pour ce qu’il est, a tendance à me rendre intellectuellement méfiant quand il s’agit d’approcher une réalité sociale complexe, je le souligne simplement. Quand l’histoire devient un peu trop les bons contre les méchants et se rapproche d’un western  hollywoodien,  il faut en général prendre deux pas de recul.

Historiographie, quand tu nous tiens…

A_lettrine_moyen_age_passionu delà des frontières du Languedoc, l’affaire est donc encore mise en exergue, pour ne pas dire instrumentalisée de bien des façons pour mettre en opposition: régionalisme et nationalisme, monarchisme et république, spiritualité et anticléricalisme, athéisme et religion, etc. N’étant pas non plus immunisés contre les idéologies de leur temps, les historiens eux-même (régionalistes ou non) n’y ont pas toujours échappé et les ont même souvent alimentés. Il y a d’ailleurs, jusqu’à récemment encore, une deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocvéritable guerre ouverte qui a pu prendre même parfois des contours totalement navrants, quand, à la faveur d’hypothèses mettant en doute l’authenticité de certains documents fondateurs de l’hérésie par l’église catholique, une partie des historiens du catharisme sont venus à en prendre fortement le contre-pied en dérangeant le vocabulaire de la seconde guerre mondiale pour venir traiter leurs confrères rien moins que  de négationnistes ou de révisionnistes! Entre encenser le catharisme ou le dissoudre totalement, il y a sans doute  un juste milieu, et gageons qu’avec le temps la vérité se fasse jour. Certains historiens sérieux ont d’ailleurs déjà mis quelques guillemets à leur certitudes au vue des nouvelles théories sur l’hérésie dont Jean-Louis Biget s’est fait en grande partie, la tête de file. Après ses travaux, la notion de pratique dissidente chrétienne n’est aujourd’hui plus tout à fait un gros mot et l’on admet que la dose d’exotisme du catharisme n’est peut-être pas à rechercher si loin que cela.

Pour conclure rapidement sur ces aspects, dont on ne peut faire l’économie en abordant la question du catharisme, l’historiographie doit encore ici venir au secours de l’Histoire pour nous permettre d’avoir une vision « claire » non de la sacro-sainte « vérité historique » sinon de l’histoire reconstruite par les interprétations des historiens. Il y aura décidément toujours de l’humain dans les sciences humaines. Fort heureusement, malgré les quelques emportements  entre experts auxquels nous faisions llusion plus haut, deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocnous sommes tout de même en présence de fins intellectuels et théoriciens qui ont à l’appui de leurs arguments des faits autant que leur bonne foi. Pour faire bonne mesure, je conseillerai donc  la lecture à la fois d’un Jean-louis Biget comme d’un Michel Roquebert sur ses problématiques pour s’en faire une idée.

Quoiqu’il en soit, vous l’aurez compris, la croisade contre les albigeois est un sujet épineux qui divise et sur lequel se tenir à une certaine distance, hors des analyses lapidaires, archétypales ou partisanes, peut même encore aujourd’hui se présenter comme un exercice délicat, au milieu des échauffourées. N’ayant rien à y gagner et rien à y perdre, nous nous situons quant à nous sur une ligne dépassionnée avec l’unique préoccupation d’approcher le contexte social, culturel et historique du Languedoc médiéval autour de ces événements, ainsi que les forces en présence. en évitant, autant que faire se peut, de nous chausser de la loupe déformante des idéologies ou des vues de tous bords, qu’elles soient de coeur, de foi ou d’intention.

Lecture culturelle et lecture sociale
du Languedoc médiéval

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A_lettrine_moyen_age_passionu XIe siècle, c’est un fait acquis, le pays d’Oc est une province à part, avec sa propre langue, ses us et sa culture. De nombreux historiens se sont pourtant souvent sentis obligés de pondérer quelque peu l’importance de ce que l’on peut nommer aujourd’hui « un sentiment identitaire ou culturel provincial fort » pour mieux replacer cette notion dans son contexte médiéval et pour mieux comprendre la réalité des forces et des enjeux en présence autour de la croisade deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocdes albigeois. Ils l’ont fait, principalement, en réaction à certaines formes modernes de représentations ou de régionalisme qui, se tournant vers le Languedoc médiéval pouvaient être tentées, parfois, d’y projeter des valeurs qu’elles portaient ou auxquelles elles aspiraient et nous rejoignons là inévitablement les éléments approchés dans notre introduction. C’est, cela dit, une tendance fréquente contre laquelle les historiens nous mettent toujours en garde, et croyez-moi, j’ai beau ne pas être normand, je sais de quoi je parle.

Il s’agit donc ici de re-contextualiser pour mieux les délimiter les frontières entre un Languedoc historique quelquefois idéalisé au vue des représentations modernes, et un Languedoc historique dans sa réalité médiévale. L’analyse a le mérite de permettre de mieux replacer le catharisme dans son contexte social et culturel, autant que dans sa réalité historique.

Romantisme culturel contre réalités féodales:
vers une analyse sociologique de classes

S’il ne faut pas préjuger de l’absence de barbarie de notre monde moderne, le monde médiéval et la féodalité n’offrent pas non plus  l’image d’une société harmonieuse et idyllique où toutes les couches de la société se seraient retrouvées unies autour de valeurs culturelles partagées au coin du feu, dans une douce indolence et un deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocbonheur sans faille, le tableau fusse-t-il complété par les doux chants d’amour courtois des troubadours d’alors. Pour le dire autrement, s’il y a indéniablement un socle culturel commun, des particularismes et des typicités sur les terres du sud de la France médiévale et dans le Languedoc des XIIe et XIIIe siècles, ces éléments ne suffisent pas à assurer une cohésion susceptible de transcender ou de gommer la force des réalités sociales et féodales.

Au niveau sociologique et même s’il existe certains particularismes d’une province à l’autre, l’organisation de la société féodale nous met, en effet, face à l’image d’une fracture entre les différentes classes. La classe militaire et noble qui tient le pouvoir y règne et domine celle des paysans: vilains comme serfs (ces derniers étant les plus nombreux en Languedoc). Cette classe de travailleurs de la terre forme la grande majorité du reste et se trouve fortement exploitée dans le cadre du système féodal. Dans les villes, qui sont en expansion à la faveur de l’essor commercial – et c’est le cas de Toulouse qui se développe fortement dans les courants des XI et XIIe siècle, au point de devenir l’une des plus grandes cités d’Europe – on trouve encore de petits artisans et des petites gens, aux côtés d’une classe intermédiaire plus fortunée qui tire son épingle du jeu et qui est représentée par la classe des marchands, des usuriers, et encore par certaines corporations d’artisans puissants tels que les tisserands. Cette classe intermédiaire forme une classe bourgeoise qui prend de l’importance et deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedoctrouve des alliances auprès des nobles. Hors de son succès économique qui l’a déjà distanciée des classes populaires, elle cherche pourtant encore sa place et les moyens de son élévation entre les classes aristocratiques au pouvoir et les classes religieuses qui ne lui ouvrent pas encore leurs portes.

De son côté, la classe religieuse catholique d’alors recrute principalement ses chanoines et le personnel de son épiscopat dans les classes aristocratiques. Ce XIIe siècle est aussi le siècle d’or des cisterciens. L’ordre des moines blancs y forme une élite issue de l’aristocratie qui, par son origine, son organisation, son ingéniosité, et sans nul doute encore par le charisme de son fondateur, pèse fortement sur l’économie, sur le pouvoir politique et même sur l’église. En 1145, Bernard de Clairvaux tentera d’ailleurs, sans rencontrer de vif succès, de prêcher pour le retour des cathares dans le giron de l’église et on prêtera, par la suite, un grand rôle aux cisterciens auprès de Rome, dans toute l’affaire albigeoise et sa répression par la croisade.

Les croisés avec à leur tête Simon de Montfort (manuscrit cité plus haut)
Les croisés avec à leur tête Simon de Montfort (manuscrit cité plus haut)

Du côté des particularismes, dans ce contexte féodal du XIIe siècle, il
faut souligner que Toulouse se dote d’une organisation originale puisque les comtes y ménagent un espace afin que la ville puisse deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocélire ses propres représentants: les Capitouls. Issus pour la plupart des milieux aristocratiques locaux, ils défendront dans l’exercice de leurs décisions leurs propres intérêts de classe, mais il semble que l’intérêt général sera également pris en considération dans certains cas, ce qui représente un progrès, mais ne remet pas fondamentalement en cause le schéma social féodal global.  Au quotidien de la vie médiévale, les classes sociales restent relativement cloisonnées et les réalités quotidiennes se passent sous le signe de cette appartenance. Cette dernière coexiste avec la réalité du rattachement au champ du social et du culturel par le fief, la ville ou le seigneur qui forme assurément au quotidien, un cercle d’identification bien moins abstrait que l’ensemble de la province et ce même si les grandes routes commerciales qui s’ouvrent alors et la multiplication des échanges, viennent raccourcir quelque peu les distances.

D_lettrine_moyen_age_passione son côté, la dissidence chrétienne albigeoise pénétrera plutôt les milieux urbains, riches et cultivés et l’élite de la province, autrement dit ses milieux bourgeois et une partie de sa noblesse. On ne trouvera pratiquement pas de paysans, ni même de petits artisans cathares, même si on trouvera une forme marginale de catharisme montagnard, (Emmanuel Leroy Ladurie; « Montaillou, village occitan de 1294 à 1324 » et « Clergés communautés et familles des montagnes d’Europe », Serge Brunet.)

deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocAvant comme après la croisade, il ne semble donc pas que le catharisme échappe à ces enjeux de classe et c’est dans cette lecture sociale qu’il faut l’inscrire. Au moment où s’organisera la résistance, et si l’on se fie à l’historien médiéviste Jacques Le Goff, la position de chacun sur l’échiquier social et confessionnel sera confirmer dans les faits. Dans ce schéma, le catharisme ne sera alors pas considéré comme partie-prenante d’une identité culturelle forte occitane:

« La participation à la résistance des couches inférieures de la société urbaine et rurale paraît avoir été faible. Petits artisans, manœuvres, paysans endettés à l’égard de la bourgeoisie souvent hérétique ou opprimés par des seigneurs alliés à ces hérétiques ont même, semble-t-il, assez bien accueilli les croisés, puis l’administration royale. »
Jacques le Goff – Universalis – Croisade contre les albigeois.

 Encore une fois, il ne s’agit pas de nier l’importance du liant que peut représenter l’identité culturelle, mais simplement de le remettre en perspective dans son contexte politique et social médiéval, autant deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocque de remettre le catharisme à sa juste place dans ce même contexte. Tout ceci relève, cela dit, de l’évidence. Dans le bras de fer entre forces sociales et culturelles, les premières ont tout de même tendance, la plupart du temps, à supplanter les dernières et il n’y a guère de raisons que le Languedoc médiéval échappe à cette règle. De fait, il ne semble pas qu’il y ait alors  sur le terrain,  des forces culturelles transcendantes si puissantes qu’elles aient pu gommer les différences sociales et la réalité du monde médiéval, pas d’avantage qu’elles n’ont pu entraîner un consensus culturel ou social massif autour  de la question du catharisme. Ce dernier reste alors un phénomène religieux de classe qui a rencontré un succès relatif dans le  milieu  intellectuel, élitiste et nanti ciblé. Tout cela n’exclut pas, bien sûr, qu’il y a ait pu y avoir des formes de solidarités occasionnelles aux points culminants de l’oppression des cathares, comprenons bien que les analyses sociologiques sont toujours tendancielles. Dans le même registre et à d’autres occasions, certaines villes se soulèveront d’ailleurs contre les croisés, ce sera notamment le cas de Toulouse lors de son occupation par Simon de Montfort.

La Languedoc médiéval politique : luttes intra-provinciales, alliances et mésalliances

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A_lettrine_moyen_age_passionu niveau du contexte politique, à l’intérieur du pays d’Oc,  les tensions d’une seigneurie à l’autre ne sont pas rares. Le XIIe siècle, qui est celui du développement du catharisme (et sans d’ailleurs, qu’il y ait corrélation), est, en effet, une période émaillée de conflits entre Toulouse et les comtés voisins, mais aussi avec ses propres vassaux et vicomtes. Les alliances s’y font et croisade_cathare_albigeois_languedoc_inquisition_comte_toulouse_monde_feodal_medievals’y défont dans un  midi, qui est loin d’offrir l’image d’une région pacifiée et unie. Dans ce contexte, le comté de Toulouse peine même à se constituer comme une entité forte sous l’ambition des luttes intestines entre les provinces qui le composent, autant que sous la convoitise de celles qui l’entourent: revendications de titres  diverses et variées, alliances et mésalliances, trêves et trahisons, le tout ponctué d’habituels tentatives de mariages stratégiques pour unir les lignées et tenter de consolider la paix. Les alliances des Trencavel avec les Aragonais compliquent grandement la situation et  il faut lire l’article de Gérard Pradalié: les comtes de Toulouse et l’Aquitaine du IXe-XIIe siècles,  pour mieux approcher les problématiques de la fragilité politique de ce Languedoc médiéval.

deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocLa situation n’ira pas sans créer des tensions entre les habitants et le pouvoir comtal et, à quelques reprises, dans le courant du XIe siècle, le comte de Toulouse se verra même contester sa légitimité par les habitants de la ville, et pire, au profit de la couronne royale de France. Nous sommes alors en 1188:

« Comme en 1164, les toulousains menacent de lâcher le comte non au profit de l’Aquitain, mais en faveur d’un pouvoir lointain et efficace et au prestige grandissant, celui des Capétiens. Depuis 1141 et 1159-64, les Aquitains sont en effet perçus comme une menace d’autant plus grande qu’elle s’accompagne désormais d’une accusation infamante et dangereuse d’Hérésie, d’où leur rejet. »
Gérard Pradalié: les comtes de Toulouse et l’Aquitaine du IXe-XIIe siècles, sur Persée.

Pour revenir à « l’hérésie » dans ce contexte, on n’aura noté au passage dans cette citation, qu’elle se trouvait déjà instrumentalisée dans un conflit de titres et une guerre de conquête, plus d’un demi-siècle avant le déclenchement de la deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedoccroisade, montrant bien comment, dans le monde médiéval, les sphères du politique et du religieux demeurent indissociables et n’ont de cesse de s’instrumentaliser mutuellement pour servir leurs propres fins.

Ajoutons que pour autant qu’ils aient leur originalité, ces états de tension n’ont, au fond, pas grand chose d’exceptionnel. Ils sont alors, peu ou prou, le lot de nombreuses provinces ou de seigneuries voisines sur une grande partie des terres de l’Europe médiévale, dans un contexte où les couronnes entendent bien, elles-aussi, se renforcer et sont de plus en plus partie-prenantes des conflits. Et d’ailleurs même si le roi de France, Philippe-Auguste, occupé à fouetter d’autres chats,  ne s’investira pas alors lui-même dans la croisade des albigeois, ses descendants ne tarderont pas à intervenir directement en Languedoc pour se l’approprier.

L’instrumentalisation politique de l’Héresie de Toulouse à Trencavel

S_lettrine_moyen_age_passionur le thème du catharisme dans le cadre de ces conflits politiques, on trouve encore une utilisation par le comte de Toulouse lui-même de « l’hérésie » pour justifier sa lutte territoriale et politique contre les Trencavel, comme nous l’apprennent les travaux d’Hélène Debax, historienne qui s’est notamment signalée en montrant, à partir d’un patient travail d’étude sur les documents d’époque, que le Languedoc était, au moyen-âge, à l’image des autres provinces de France, profondément régi par la féodalité, contre certaines idées qui avaient longtemps fait l’unanimité:

deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedoc« Les Trencavel se trouvent pris pour un siècle dans les revirements de cette histoire conflictuelle. Les événements prennent, cependant, une tournure périlleuse à la fin du XIIe siècle lorsque le comte de Toulouse, Raymond V, cherchant à s’assurer, par l’arme spirituelle, le contrôle de territoire que la faiblesse structurelle de son pouvoir lui avait aliéné, dénonce l’hérésie, focalisant ses attaques – l’adjectif impropre « d’albigeois » en témoigne encore – contre les terres de Trencavel. »
Hélène Débax. La féodalité languedocienne, XI-XIIe siècles.  Chastang Pierre – Persée

Pour conclure sur ces luttes provinciales internes, dans le puissant comté de Toulouse où les comtes avaient longtemps régné sans être soumis à l’autorité royale, des  faiblesses endémiques n’ont pas permis de constituer l’embryon d’un royaume fort qui aurait pu faire échec aux convoitises extérieures et les freiner, ni de contrer les événements qui allaient survenir et dont le catharisme fournirait, d’une certaine manière, le prétexte.  Les efforts pour arriver à un équilibre qui atteint son point culminant en 1208 ne pourront  pas se concrétiser plus avant. Un an après, la croisade s’abattra sur le sud.  Le revirement soudain du comte de Toulouse et ses « manoeuvres » face au danger, restera vain et ne fera que retarder quelque temps les avancées de Simon de Monfort sur Toulouse. Un peu plus avant, les tentatives des Trencavel comme de Raymond VI pour s’assujettir finiront elles aussi par rester lettres mortes; l’église ayant dès lors perdu toute confiance en la capacité du comte et ses vicomtes, autant qu’en leur réelle volonté de lutter contre l’hérésie cathare.  

L’instrumentalisation du catharisme à des fins politiques de tous bords avait pourtant commencé bien avant, même si l’ambition des nobles ou des rois sur le midi et leurs pressions sur leurs évêchés locaux ou sur l’église de Rome, n’auraient pu suffire à eux-seuls à faire déclencher la croisade par  Innocent III. Il fallut bien qu’il y ait d’autres raisons profondes fussent-elles confessionnelles, doctrinales ou politiques, ou peut-être les trois à la fois, pour que Rome décide de s’en aller en guerre contre les albigeois. 

Faits culturels, faits langagiers et place du catharisme dans le berceau occitan.

répartition du phénomène cathare dans le pays d'Oc médiéval

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour revenir au catharisme comme « fait culturel » languedocien, au delà des faits culturels que le pays d’Oc produit alors, et on ne peut dire cela, sans penser au  phénomène des troubadours et à la marque que leur art unique imprimera au delà des frontières de la province et sur les siècles à venir, il y a eu, de tout temps, une réalité à la formation des sentiments d’appartenance ou d’attachement à une « culture »: la langue commune. C’est une condition nécessaire et préalable, même si elle a toujours été insuffisante, la carte des conflits humains ayant, en effet, depuis longtemps démontré qu’elle ne pouvait  être calquée sur les langages deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocpartagés. Mais il est vrai qu’alors le nord parle la langue d’Oil et les terres de Toulouse, d’Albi et du midi disent Oc pour oui. Au delà des variations  dialectales qui définissent sans doute aussi le proche et le distant, le familier et l’étranger, à l’intérieur du berceau de l’Occitan parlé, une ligne de démarcation linguistique et culturelle existe donc et elle est bien réelle mais elle ne suffira pas, là non plus, à assurer une forte pénétration du catharisme puisque la zone couverte par la langue d’oc n’accueillera pas, tout entière, loin s’en faut, cette pratique religieuse. 

Concernant l’expansion de cette dernière, il semble d’ailleurs que l’Histoire ait encore des difficultés à expliquer pourquoi, sans parler de ses possibles formes extérieures aux frontières de la France actuelle, elle se soit retrouvée circonscrite à une petite partie du midi sans conquérir l’ensemble du berceau de la langue d’Oc qui la débordait alors largement. Du côté de la province seigneuriale, elle ne se répandra pas d’avantage à l’ensemble des territoires alors sous obédience directe ou indirecte comtale et il suffit de mettre en apposition les deux cartes produites ci-dessous pour s’en rendre compte. Relativement cantonnée au comté de Toulouse et ses environs, elle ne passera pas certaines frontières toutes proches où elle se serait pourtant retrouver en terrain allié et, dans le même temps, elle prospérera entre une terre comtale et les terres d’un de ses vicomtes qui sont pourtant en conflit ouvert (Albi et Toulouse).

Limites ou lenteurs de propagation

O_lettrine_moyen_age_passionn alléguera peut-être que les « évangélisateurs » cathares n’en eurent pas le temps, ce qui se tient dans l’absolu, mais n’est qu’à demi-satisfaisant, si l’on songe que le catharisme était déjà relativement bien installé dans la région depuis plus de cinquante ans quand la croisade intervint. C’est un délai qui pourrait sembler suffisant pour essaimer hors du rayon qu’il occupe alors en remontant le jeu des alliances nobiliaires. Au titre des hypothèses, il est possible que sa propagation ait suivi le fil de certaines lignées familiales ou cousinages pour se propager. Il est encore possible que les nobles s’ils en étaient sympathisants pour des raisons qui restent à élucider (puissance économique des classes bourgeoises cathares? conversion de certains membres de la lignée?), n’étaient pas eux-même convertis dans leur grande majorité, ce qui semble avéré.   D’après Jean-Louis Biget, il semble hélas que des études précises sur ces questions généalogiques à grande échelle n’aient deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedoctoujours pas été conduites à ce jour, ce qui pourrait sans doute nous éclairer un peu sur ces questions. Concernant ces  classes supérieures et nobiliaires toujours, il faut se souvenir, comme nous le disions plus haut, que les aristocrates forment alors la base du pouvoir politique comme du pouvoir religieux: un fils militaire préparé à exercer le pouvoir politique et un autre religieux, c’est presque une règle systématisée au  sein des mêmes lignées et des mêmes familles. La connexion du pouvoir politique au religieux passe aussi par cette proximité.

D’autres hypothèses plus contextuelles pourraient encore expliquer la relativement lente propagation du catharisme sur un espace culturel et linguistique, et même provincial au fond bien plus large que celui qu’il a fini par occuper. Compte tenu du fait que sa pratique s’adressait, tout de même, à une frange de l’élite intellectuelle et économique, et pas aux couches populaires, compte tenu encore du fait que cette élite était déjà acquise à la religion catholique depuis plusieurs centaines d’années, et ne se trouvait pas nécessairement en but avec l’église romaine, on peut imaginer que la conversion ait pu, sans doute, échopper sur quelques obstacles. Le refus des sacrements, la défiance (et le mot est faible) envers l’église établie et certains aspects doctrinaux ont du encore représenter de fortes contraintes pour procéder aux conversions des familles déjà constituées. Comme nous l’avons vu, cette classe bourgeoise est aussi une classe résolument urbaine qui n’émerge pas encore dans les campagnes; ces dernières n’offrant que peu de prise intellectuelle autant qu’économique au catharisme.

Bien entendu, la présence de précédents et la menace que faisait clairement peser l’hérésie sur les convertis a dû aussi jouer. En dehors de premiers bûchers isolés dans les débuts du XIIe siècle en Languedoc, on a bien vu comment les pouvoirs politiques ont utilisé très tôt l’hérésie, comme fer de lance, dans le courant de ce même siècle pour appeler les soutiens des pouvoirs religieux ou des pouvoirs royaux dans leurs diverses guerres de conquête. On peut donc supposer qu’une certaine stigmatisation s’était installée dans ces mêmes classes et que certaines résistances ou réserves prudentes à se laisser « évangéliser » aient pu encore se faire jour.

La réalité chiffrée du Catharisme

D_lettrine_moyen_age_passione la même façon, qu’il ne n’étend pas géographiquement à l’ensemble du midi et aux endroits où l’on parle la langue d’Oc, loin s’en faut, le catharisme ne se propagera pas, nous l’avons dit, de manière transversale, à toutes les classes sociales du Languedoc médiéval. C’est une question sur laquelle les historiens modernes semblent s’entendre. Les conclusions de Jean-Louis Biget avancent que la dissidence cathare touchait alors 5 à 6% de la population globale.

deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedoc«L’examen attentif des sources révèle qu’elle ne touche pas plus de 5 % de la population de la région et peut-être moins. On ne saurait donc voir en elle un fait populaire et majoritaire, pas plus qu’un « fait national occitan ». »
Jean-Louis Biget, Le poids du contexte, Editions Picard « Hérésie et inquisition dans le Midi de la France », 2007.

Michel Roquebert parlera, quant à lui, d’un maximum de 50% dans les classes concernées. A vue d’oeil, les deux données représentent tout de même des distorsions même si elles sont présentées différemment. Reste à savoir si elles se recoupent et pour le savoir il faudrait connaître le pourcentage représenté par les classes bourgeoises dans l’ensemble de la société d’alors compte tenu du fait, que c’est de ces classes dont il est question et non pas de la classe nobiliaire qui ne semble pas s’être massivement convertie.

Quoiqu’il en soit, dans les faits, une fraction de l’élite de nobles et des bourgeois des villes, cultivés et nantis, s’est laissée séduire par cette doctrine. Sans même parler de l’assassinat du légat du pape Pierre de Castelnau en 1208, par un écuyer de Raymond VI de Toulouse, par la tiédeur et le peu d’efficacité que ce dernier, comme son prédécesseur avaient montré dans les démarches pour ramener les cathares dans le giron confessionnel de l’église romaine avant même que cette dernière ne déclenche la guerre au  catharisme, c’est bien en premier lieu le comte de Toulouse et ses vassaux, et non pas l’ensemble des populations qui se deco_cathare_monde_medieval_moyen-age_croisade_albigeois_inquisition_histoire_feodal_languedocretrouvaient en porte à faux entre Rome et les croisés d’un côté, et les cathares de l’autre. Les attitudes et les revirements restent pourtant complexes et certaines positions peu claires. A la fin du XIIe siècle et avant même la croisade, on a même un peu de mal à comprendre pourquoi, si Raymond V se plaint de la propagation de l’hérésie d’Albi sur ses terres, il finit par montrer si peu d’ardeur à la combattre dans les faits. Il est alors question de prêche plus que d’expédition punitive. Joue-t-il simplement avec le feu dans sa lutte contre les Trencavel? Dans les années qui suivront l’après croisade, l’empathie seulement peut-elle expliquer d’accepter de tout perdre? Sans tomber dans le cynisme, c’est une vision idyllique qui ne convainc qu’à moitié.

Quoiqu’il en soit, au sortir de tout cela, le catharisme comme fait culturel et historique languedocien semble sans doute moins fort culturellement et symboliquement que ce qu’en ont fait certaines représentations modernes et, en tout cas, nous le cernons un peu mieux dans son contexte. Ce long détour étant fait nous pourrons prochainement avancer sur le siège de Montségur!

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la  découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.