Archives de catégorie : Moyen âge passion

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« L’épouse dérobée » : un chant breton pour le Folk médiéval d’Angelo Branduardi

Sujet : chanson, poésie d’inspiration médiévale, musique, folk, poésie, médiévalisme, Bretagne, chant traditionnel.
Période :  XXe siècle, XIXe siècle
Auteur  : Luisa ZappaAngelo BranduardiEtienne Roda-Gil (VF)
Titre : La sposa rubata, l’épouse dérobée
Album : La pulce d’acqua (la demoiselle), 1977.

Bonjour à tous,

oursuivant notre quête du Moyen Âge sous toutes ses formes, nous partons, aujourd’hui, à la découverte d’une belle chanson d’Angelo Branduardi peut-être un peu oubliée hélas. Elle a pour titre « La sposa rubata« , en français « l’épouse dérobée » et elle est extraite de l’album La pulce d’acqua qui fut un des grands succès français et italien du troubadour italien moderne à la fin des années soixante-dix.

Le folk a connu une période particulièrement privilégiée durant les années 70 en Angleterre et aux Etats-Unis, et même, jusqu’au début des années 80 en France et dans d’autres pays d’Europe.

Au delà d’une mise en valeur de chansons anciennes et traditionnelles, les formations musicales d’alors ont souvent puisé leurs inspirations dans le Moyen Âge. Les histoires, les tournures et le contenu des chansons, mais aussi les instruments anciens et les sonorités, venaient renforcer les références à cette période même s’il n’était pas toujours question d’origine médiévale stricto sensu.

Autrement dit, le folk médiéval d’alors jusqu’à aujourd’hui peut évoquer une certaine idée du Moyen Âge ou s’en inspirer, sans pour autant se rattacher systématiquement au répertoire de cette période. « Ça fait médiéval » mais ça n’en provient pas forcément. La chanson qui nous occupe aujourd’hui en est une illustration.

Pour remonter aux sources de cette « épouse dérobée » d’Angelo Branduardi, nous aurons à faire un détour par un chant populaire et fantastique breton connu sous le titre « la fiancée de Satan » (et d’autres noms encore). Avant cela, disons un mot de cette pièce d’orfèvrerie qu’est l’album concocté, à la fin des années 70, par le troubadour Branduardi : La pulce d’acqua dans sa langue originale ou La demoiselle en français.

« La demoiselle », album folk poétique aux accents médiévaux

"La demoiselle", pochette et vinyle de l'album français d'Angelo Branduardi paru en 1979.

C’est en 1979 que le maître de musique italien fait paraître « La demoiselle« , adaptation française de l’album original italien « La pulce d’acqua » paru en 1977.

Dans le courant de cette même année, la radio française commence à diffuser le titre phare de l’album « La demoiselle » qui va devenir un véritable tube, propulsant le jeune musicien dans les hits de l’époque. Il s’agit, en réalité, du quatrième album de l’artiste. Le précédent « Alla fiera dell’est » (« A la foire de l’est« ) sorti en 1978, lui avait déjà valu un grand succès pour son titre phare du même nom.

Rock progressif, folk médiéval poétique

Difficile alors de situer cette musique teintée de sonorités anciennes, avec une touche de modernité et de rythme. Dans le contexte de l’époque, on est tenté de la rattacher à certaines influences de rock-folk progressif, mais, en réalité, l’œuvre d’Angelo Branduardi ne ressemble à rien d’autre. Une chose est certaine, la recette plait.

Sur scène, ses talents de multi-instrumentiste deviennent une autre de ses signatures. Même s’il reste attaché au violon, il virevolte et passe d’un instrument à l’autre. Son style hors du temps et sa coiffe abondante déroutent. Son énergie autant que son implication sur scène saisissent. Bref, Angelo est unique. Il est d’un autre temps. Il le reste et le demeurera tout au long d’une carrière qui dure encore en 2025 pour le plus grand plaisir de son audience.

L’épouse dérobée d’Angelo Branduardi adaptée par Roda-Gill.

Contes du monde et références médiévales

Pour ce qui est des titres de l’album la pulce d’acqua, la proposition du cantautore italien s’affirme, là encore, comme totalement originale. Ses choix vont à des contes et des histoires anciennes empruntés à différentes époques et traditions. La poésie en sourd par tous les pores et le troubadour y affirme un genre tout à fait à part avec des inspirations aussi solides que variées.

L’importance de Luisa Zappa Branduardi

Avant d’aller plus loin précisons que s’il compose la musique, son épouse Luisa Zappa Branduardi tient un rôle essentiel dans l’élaboration des textes. On peut vraiment parler d’une véritable alchimie entre eux, plus encore que de collaboration.

Sur le terrain français, la rencontre du monde de Branduardi avec la plume d’ Etienne Roda-Gil sera décisive. Là encore, on peut parler de véritable prouesse dans les adaptations.

Pour des raisons d’itinéraire personnel, la version originale italienne nous a toujours plus touché mais le talent du parolier français a visé juste. Le succès de Branduardi dans l’hexagone s’explique certainement par la qualité de ses adaptations.



Neuf pièces d’exception pour un album unique

Si les inspirations ne sont pas toutes médiévales, l’auteur-compositeur italien approche son travail comme un véritable conteur et troubadour. C’est aussi cela qui fait que sa musique autant que ses textes restent totalement originaux dans le champ qui est le sien. Folk médiéval, peut-être mais surtout « Branduardesque ».

La pulce d'acqua, l'album révélation d'Angelo Branduardi, pochette et vinyle.

Jugez plutôt en égrainant les titres de cet album : « Nascita di un lago » (naissance d’un lac) est inspiré de l’amour de Merlin pour Viviane. « Il cilegio » (le cerisier) est une reprise du célèbre « Cherry-Tree Carol » ballade gaélique du XVe siècle inspirée, elle-même, de l’évangile médiéval du Pseudo-Matthieu.

« La pulce d’acqua » (la puce d’eau ou demoiselle) qui donne son titre à l’album est tirée d’un conte amérindien et se réfère au chamanisme. « La lepre nella luna » (le lièvre dans la lune) et sa terrible trahison provient d’un conte bouddhiste à propos de la silhouette du lapin qu’on peut voir apparaître, quelquefois, en regardant la lune. Le tonitruant « Ballo in fa diesis minore » avec ses allures de danse macabre est inspiré de chants et mélodies italiennes d’origine médiévale, les scjaraciule maraciule. Ces derniers auraient accompagné les rites d’exorcistes ou fait office de chants populaires rituels d’invocation.

Il y a encore l’incontournable « Il poeta di corte » (le poète de cour) sur une inspiration musicale de Gaspar Sanz. Là encore, le Moyen Âge est omniprésent. C’est l’histoire d’un poète libre et défiant qu’on pourchasse mais qui se relève à chaque fois.

« Il Marinaio » (le marin) évoque l’histoire d’Ulysse et Pénelope et l’attente amoureuse du marin et sa promesse de retour. Sur le fond, on pourrait aussi penser à certaines cantigas de amigo ou chansons de toile). « La Bella dama senza pieta » est une belle dame sans merci inspirée directement de la poésie d’Alain Chartier. Le Moyen Âge, encore lui.

Viennent encore s’ajouter les superbes « Confessioni di un malandrino » (Confessions d’un malandrin) inspirées par la poésie romantique de Sergueï Aleksandrovitch Essenine. Là encore, le thème du poète incompris n’est pas sans évoquer l’image du troubadour errant.

Enfin, vient « la sposa rubata« , cette épouse dérobée tirée directement du chant celtique et breton et qui nous occupe aujourd’hui.


L’épouse dérobée ou la fiancée de Satan

Enluminure d'une vipère, bestiaire médiéval, manuscrit Latin 2843E
Une enluminure de vipère tirée du ms Latin 2843E de la BnF (Fin XIIIe  siècle)

C’est la chanson folklorique bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , « la fille mariée avec le diable » qui a inspiré à Angelo Branduardi son « épouse dérobée« . On connait cette chanson bretonne sous de nombreuses variantes « la fiancée de Satan« , « la fiancée en enfer« , « la chanson de Jeanne Le Guern« , « Je me suis fiancée deux ou trois fois« .

Elle est encore connue comme « La chanson de la vipère » 1. Pourquoi ce dernier titre ? Parce que la vipère chante ou plutôt siffle que celui ou celle qui s’est fiancé trois fois sans se marier finira brûler en Enfer. On ne badine pas avec l’amour, dit le dicton, encore moins quand le diable s’en mêle.

Sauf erreur de notre part, en ce qui concerne la mélodie, celle proposée par Branduardi ne semble pas être inspirée d’une version connue du chant breton.

Une chanson fantastique et gothique

Le récit de « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » est teinté de fantastique et d’horreur. La chant conte l’histoire d’une jeune femme se mariant dans de merveilleuses parures.

Le Mariage, enluminure du XIVe siècle, Niccolò di Giacomo da Bologna National Gallery of Art (Washington), tiré d'un exemplaire de  "Novella in Decretales" de Johannes Andreae.
Le Mariage, enluminure du XIVe siècle, Niccolò di Giacomo da Bologna (NGoA,Washington)

Au sortir de l’église l’attend un inquiétant cavalier monté, vêtu d’une lourde armure. Il propose de la ravir un instant à la cérémonie pour la montrer à « ses gens ». Naïvement, elle le suit mais ne reviendra pas.

A la nuit tombée, les joueurs de musique rentrant de la cérémonie croisent à nouveau le mystérieux cavalier. Ce dernier s’enquiert auprès d’eux de la réussite de la cérémonie. Les musiciens lui confient que la mariée à disparu et se voient proposer par l’inconnu de les conduire jusqu’à elle. Bien qu’effrayés, ils se laisseront guider sur une barque à travers « le lac de l’Angoisse et des ossements » jusqu’à un endroit où la fiancée se tient paisible et résignée. Elle dit s’apprêter à donner de « l’Hydromel aux damnés ».

Sous l’injonction du cavalier à faire un présent à ses visiteurs, elle leur proposera ses rubans de noces et son anneau d’or pour le rendre à son mari. Et comme les ménestriers acceptent ses présents, elle scellera sans le vouloir le pacte et se noiera en hurlant dans le puits des Enfers. On apprendra finalement la raison de sa funeste mésaventure : elle avait été fiancée trois fois, avant de contracter ce mariage.

Moyen Âge romantique ou chanson médiévale

La chanson est présente dans le Barzaz-Breiz, ouvrage de chants populaires bretons publié au début du XIXe siècle (1839) et réédité tout au long de ce même siècle. On la trouve sous le titre « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » dans l’édition de 1883, et l’auteur, le vicomte Hersart de la Villemarqué, émet l’hypothèse d’un chant pouvant remonter au XIIIe siècle2.

Il est vrai que le texte recueilli vibre d’imagerie médiévale : « un chevalier vêtu de fer et d’un casque d’or » montant « une haquenée saxonne aussi noire que la nuit« . Ajoutez à cela un bel habit ornée fait par « dix-huit tailleurs » pour confectionner la robe de mariée, la présence des ménestriers à la cérémonie et qui jouent un rôle central pour témoigner de toute l’histoire ou encore « l’hydromel » distribué aux damnés.

S’ajoute encore une référence à une certain « Pierre qui est à Izel-vet » et dans lequel l’auteur voit un possible contemporain du XIIIe siècle. Enfin, dans la chanson, le poète dit être un vieux barde voyageur. Tout cela nous place dans un univers de référence ancien et médiéval.

Voir la version française de ce chant dans le Barzaz-Breiz (pdf)

Les sources documentaires

En terme de folklore, il n’est pas rare que les découvreurs tendent à projeter l’origine de leurs trouvailles aux points les plus reculés dans le temps. Cela semble un trait assez prononcé au XIXe siècle.

Dans des écrits plus tardifs datés du XXe siècle, le linguiste et écrivain breton Francis Gourvil rejeta l’hypothèse d’une origine médiévale de cette chanson, en la rapprochant d’une imagerie gothique et romantique plus récente ( XVIIIe, XIXe s) 3. Cela se tient pour la version très marquée du Barzaz-Breiz et il s’appuie également ses conclusions en comparant d’autres versions de la chanson dont les références médiévales sont absentes.

D’un point de vue documentaire, la majorité des versions de la chanson a été collectée entre le XIXe et les débuts du XXe siècle. Aurait elle pu passer du bouche à oreille et traverser quatre ou cinq siècles par le truchement de la culture orale ? C’est toujours possible mais rien ne permet de l’établir factuellement. A date, on n’en trouve aucune trace dans d’anciens manuscrits médiévaux ou même antérieurs au XIXe siècle.

Jeanne Le Guern : autre variation sur le thème

En reprenant la version de la chanson « ‘Jeanne Le Guern » du Gwerziou Breiz-Izel 4, autre compilation de chants bretons datée du XIXe siècle, on note avec Francis Gourvil, que les éléments gothiques introduits dans la version du Barzaz-Breiz en sont notablement absents.

Tout en étant similaire sur le fond, la version « Jeanne Le Guern » varie également sur son déroulement. Elle met beaucoup plus l’emphase sur la légèreté de mœurs de la damoiselle et son caractère fantasque. Quoi qu’il en soit sa charge dramatique et fantastique reste entière et cette image de la belle engloutie dans les flammes de l’enfer après avoir rendu son chapelet de noces reste digne d’un conte d’horreur.


« The Deamon lover » ou the « House Carpenter »

Sur le thème fantastique de l’épouse enlevée par le diable, on trouve une ballade assez semblable du côté des îles irlandaises et écossaises. Disons que sans être identique, cette chanson présente tout de même certaines parentés sur le fond avec le chant breton.

Cette pièce d’outre-manche est connue sous de nombreux titres « The Deamon lover » (la fiancée du démon), « The House Carpenter« , « A Warning for Married Women« , « The Distressed Ship Carpenter« , « James Harris » … Elle est d’autant plus intéressante qu’elle est datée du milieu du XVIIe siècle (1657)5 . Ce n’est toujours pas le Moyen Âge mais c’est tout de même plus ancien que le courant du XIXe siècle.

La fiancée du démon outre-manche

Cette autre « Fiancée du Démon » conte l’histoire d’une femme promise à un marin. L’homme n’étant pas revenu d’une sortie en mer, elle se mariera finalement à un charpentier. Un jour pourtant, le navigateur revient (ou ce qui lui semble), il promet à la dame de l’emmener avec lui sur les mers pour vivre enfin leur idylle. Elle refuse tout d’abord, alléguant de son union actuelle et de l’enfant que celle-ci vient de lui donner. Toutefois, devant l’étalage des possessions du marin et son bagout, elle finira par céder.

Elle se trouvera bientôt en train de naviguer en sa compagnie, hélas bien loin des promesses de l’usurpateur. Damnée et piégée pour sa trahison, son voyage aura pour horizon les mers et les collines de l’enfer, en compagnie du démon lui-même.

Dans d’autres versions, le bateau coule simplement à quelques embardées de là mais la destination reste la même pour l’infortunée épouse. Est elle punie pour avoir « trahi » trois fois ? une fois le marin et l’autre fois le charpentier et peut être une troisième fois en abandonnant son nouveau-né ? L’histoire ne le dit pas mais on voit bien la parenté de thème avec le chant de la vipère.

Une pièce mise à l’honneur par Dylan et Joan Baez

Chantée par Bob Dylan en 1961 et par Joan Baez en 1962, cette ballade du milieu du XVIIe siècle a traversé les mers pour être également adoptée outre-Atlantique. Elle partage avec la chanson bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul » ce thème de la fiancée ou de la femme enlevée par le diable et damnée pour sa légèreté finalement.

Etonnamment, il semble qu’il y ait une certaine parenté mélodique entre la version chantée par Joan Baez et certaines versions de la chanson bretonne qui nous occupent ici (voir la version de Marianne Le Gloanec sur tob.kan.bzh, opus cité note 1)


La sposa rubata, version originale italienne


Da tre notti non riposo
resto ad ascoltare:
è la vipera che soffia,
soffia presso l’acqua.

Ho composto un canto nuovo,
vieni ad ascoltare
della sposa che al banchetto
mai più ritorno fece.

C’era un invitato in più
che la rimirava:
« Alla mia gente vorrei mostrare
il tuo abito da sposa ».

Lei ingenua lo segui`
cerca di tornare,
fino a notte attesa,
lei non ritornò.

Se ne andava in piena notte
da solo un suonatore,
ma davanti gli si parò
il signore sconosciuto:

« Forse tu cerchi la sposa
che andò perduta,
se hai cuore di seguirmi
da lei ti condurrò ».

E una barca lo portò
lungo un’acqua scura,
ritrovò la sposa
e aveva vesti d’oro.

« Il mio anello ti darò,
portale al mio uomo,
qui non soffro più
nè male nè desiderio ».

Il suonatore si girò,
fece un solo passo
poi gridare la senti`
nell ‘acqua che la soffocava.

Come luce lei brillava
quando sposa andò,
dove mai l’avrà portata
il signore che la rubò.

Da tre notti non riposo
resto ad ascoltare:
è la vipera che soffia,
soffia presso l’acqua.


Traduction littérale en Français

NB : nous l’avons traduite pour coller au texte et pour l’intérêt que présentent les rapprochements avec la version bretonne (voir le pdf). La version française et poétique de Roda-Gil suit plus bas dans l’article.

Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos.
Je reste à l’écoute :
c’est (à cause de) la vipère qui siffle,
qui siffle près de l’eau.
J’ai composé une chanson nouvelle,
venez l’écouter,
(elle parle de) la fiancée qui n’est jamais revenue au banquet.

Il y avait un autre invité,
qui la contemplait :
« Je voudrais montrer à mes gens
votre robe de mariée. »

Elle le suivit naïvement,
tentant de revenir,
jusqu’à la tombée de la nuit,
mais elle ne revint pas.

Un musicien allait seul en pleine nuit,
quand devant lui,
l’inconnu apparut :
« Peut-être cherchez-vous la fiancée qui a disparu.
Si vous avez le courage de me suivre,
je vous conduirai à elle. »

Une barque le transporta
sur les eaux sombres,
et il retrouva sa fiancée, vêtue d’or.
« Je te donnerai mon anneau,
porte-le à mon homme,
ici, je ne souffre plus ni douleur ni désir. »

Le musicien se retourna,
fit un pas, et il l’entendit crier
dans l’eau qui l’étouffait.

Quand la mariée disparut
elle brillait comme une lumière
où l’a emmenée le seigneur qui l’a enlevée ?

Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos,
je reste à l’écoute :
c’est la vipère qui siffle,
qui siffle près de l’eau.


L’épouse dérobée, la version française de Roda-Gil

Ces trois notes qui se répètent
Chantent une vieille histoire
C’est la vipère rapace
Qui nous chante sa gloire
.

J’ai pour vous une chanson neuve
Vous allez l’entendre :
Pauvre épouse et pauvres noces
Perdues sans une trace
.

Un invité malvenu
Contemplait la belle
« Montre-nous tous les rubans
De ton habit de lumière »
.

Et l’ingénue le suivit
Jusqu’à la nuit noire
Où la pauvre se perdit
Comme au fond des vagues
.

Il marchait dans la nuit, seul
Le joueur de flûte
Quand lui apparut
L’invité malvenu
.

Bien sûr, tu cherches l’épouse
Qui s’est perdue toute
Si tu as le cœur à me suivre
Vers elle, marchons bientôt
.

C’était comme un grand bateau
Sur l’eau noire et pure
Reposait l’épouse
Couverte d’or la peau
.

Je te donne mon anneau
Porte-le à mon homme
Ici, je ne souffre plus
Du malheur, du désir
.

Le musicien s’en alla
Tournant les épaules
Puis il l’entendit crier
Emportée dans l’eau noire
.

La lumière des étoiles
Nous tourne le dos
Comme l’épouse dérobée
Par l’inconnu qui passe
.


Voilà pour cette belle chanson de Branduardi teintée de fantastique et ses origines bretonnes. Désormais vous savez tout ou presque. L’album peut être difficile à trouver mais en cherchant dans les best of de l’artiste vous devriez pouvoir vous la procurer. Sans cela, voir aussi la chaîne Youtube Officiel du troubadour italien. Il y partage de nombreuses pièces de manière très généreuse. 😉

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.


Sources & références

  1. Voir Chansons de tradition orale en langue bretonne, à propos de « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , la fille mariée avec le diable. ↩︎
  2. Barza Breiz, chants populaires de la Bretagne, recueillis, traduits et annotés par le vicomte Hersart de la Villemarqué, 8eme dition, Paris, 1883. ↩︎
  3. Francis Gourvil. Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué (1815- 1895) et le Barzaz-Breiz (1839-1845-1867). Origines, Editions, Sources, Critique, Influences, Imprimerie Oberthur, Rennes (1959). ↩︎
  4. Guerziou Breiz-Izel, Chants populaires de Basse-Bretagne, recueillis et traduits par F.M Luzel, Loroent (1868) p 26, Jeanne le Guern. ↩︎
  5. Street Ballads in Nineteenth-Century Britain, Ireland, and North America, The Interface between Print and Oral Traditions, By David Atkinson, Steve Roud (2014). ↩︎

Une Bonne Année 2026 à Tous

Bonjour à tous,

En ce début d’année nous vous adressons tous nos vœux de réussite et de bonheur pour les temps qui viennent. Nous en profitons pour former le souhait que 2026 soit également une année de paix retrouvée aux quatre coins de ce monde.

Danse médiévale et carole du Roman de la Rose

Pour notre carte de vœux, nous avons choisi une enluminure du célèbre Roman de la Rose. Elle est tirée du manuscrit médiéval ms 5226 de la Bibliothèque de l’Arsenal (à découvrir sur Gallica). Ce codex, très soigneusement illuminé, date du XIVe siècle.

A ce point du récit, l’acteur est attiré dans un charmant verger où s’épanouit « déduyt » (le divertissement, le plaisir) entouré de belles personnes qui semblent à des anges et dansent une carole.

« Cest gent dont je vous parolle
S’estoient prins à la carrolle ;
Et une dame leur chantoi
Qui Lyesse appellée estoit.
Bien sceut chanter et plaisamment
Plus que nulle et mignotement »

NB : sur l’image d’en-tête, nous vous restituons l’enluminure sur sa page manuscrite d’origine. Comme vous pourrez le constater, nous avons effectué un peu de restauration sur notre carte, en rafraîchissant notamment la feuille d’or originelle et les danseurs.


En vous présentant à nouveau nos meilleurs vœux et en vous souhaitant une bonne année 2026.

Frédéric F.

Pour Moyenagepassion.com
A la Découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

De Joyeuses Fêtes 2025 à tous !

Bonjour à tous,

A l’approche de Noël et des fêtes de fin d’année, nous formons le vœu que vous les passiez agréablement, dans la paix et dans la joie.

Carte de fêtes 2025 Moyenagepassion sur fond doré avec une enluminure médiévale représentant la nativité et datée du XIVe siècle.

NB : l’enluminure que nous avons choisie pour cette carte de fêtes est tirée du ms14 de Bruges. Elle est détaillée dans notre article précédent sur les enluminures de la nativité.

En vous souhaitons de belles fêtes à vous et vos proches de la part de Moyenagepassion.com et en vous remerciant encore de votre fidélité.

Frédéric Effe.
Pour Moyenagepassion.com.
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

A l’approche de Noël, une sélection de riches enluminures médiévales

Bonjour à tous,

l’approche des fêtes de Noël qui verront encore de nombreux chrétiens dans le monde célébrés la nativité, nous vous proposons une sélection de quelques belles enluminures médiévales sur ce thème. Cela nous donnera aussi l’occasion de découvrir quelques précieux manuscrits et codex d’époque.

Les représentations de la nativité aux temps médiévaux

Au Moyen Âge, les bibles, les livres d’heures et les psautiers sont nombreux. Si certains sont assez modestes et de peu d’ornements, on en trouve d’autres commandités par de riches et puissants seigneurs et enluminés par les plus grands artistes de leur temps.

Difficile, dans ces circonstances, de faire un choix parmi la pléthore d’enluminures qui ne demandent qu’à sortir de leurs manuscrits. C’est d’autant plus vrai que, pour notre plus grand plaisir, les bibliothèques les plus prestigieuses comme la BnF, le KBR muséum, la British Library et d’autres encore proposent, désormais, une bonne partie de leurs manuscrits anciens à la libre consultation en ligne.

De notre côté nous avons fait notre sélection d’enluminures, sur différentes périodes et, après d’agréables recherches, voici quatre de nos coups de cœur.

La Nativité dans le prestigieux manuscrit médiéval Français 2810 de la BnF

Une enluminure de la nativité et de Bethléem dans le ms 2810 de la BnF
La nativité dans le Livre des Merveilles de Marco Polo ou Ms Français 2810 (à voir sur Gallica)
Le feuillet complet du ms Français 2810 et la scène de la Nativité tirée du "Liber peregrinationis" de Riccold de Monte di Croce.

La première enluminure de notre sélection provient d’un manuscrit qui diffère des habituels bibles ou psautiers communs au Moyen Âge. Le ms Français 2810 contient, en effet, un certain nombre de textes médiévaux dont le principal reste « Le Livre des Merveilles » du célèbre Marco Polo.

Ce codex, richement enluminé et daté du XVe siècle, est passé dans des mains prestigieuses. Un de ses premier possesseur et contributeur fut même rien moins que le duc de Bourgogne Jean sans peur.

Ici, l’enluminure de la vierge et du christ illustre un passage du « Liber peregrinationis » du moine Riccold de Monte di Croce, récit que l’on trouve également transcrit et traduit dans ce codex. En 1300, le dominicain italien avait fait un long voyage en Orient en passant notamment par les lieux sacrés du christianisme. Le passage de son récit concerne ici Bethléem et l’enluminure traite à la fois de la nativité, de l’annonciation aux bergers et de l’arrivée des rois mages.


Une incroyable enluminure du XVe siècle dans le Breviarium secundum ordinem Cisterciencium

Une enluminure de la nativité dans le Bréviaire de Martin d'Aragon ou manuscrit Rothschild 2529 de la BnF
La nativité, enluminure du Moyen Âge tardif dans le Rothschild 2529 (consulter sur Gallica)
La feuillet entier du manuscrit Rothschild 2529 de la BnF et sa riche enluminure sur la nativité.

Autrement connu sous le nom de Bréviaire de Martin d’Aragon, le manuscrit Rothschild 2529 est un autre manuscrit médiéval superbement enluminé.

Daté de la fin du XIVe et des débuts du XVe siècle, il est également conservé au département des manuscrits de la BnF.

Ici, la scène de la nativité est richement détaillée dans un style qui est déjà plus renaissant que médiéval. On y trouve tous les détails caractéristiques de la naissance du Christ, ainsi qu’un berger non loin. Son intégration à un riche réseau de décorations et de frises qui courent sur l’ensemble du feuillet la rend encore plus exceptionnelle.


La nativité dans le manuscrit Arundel Ms 157, dit Psautier à Marie de la British Library

Une enluminure de la Nativité tirée du Psautier de Marie ou Arundel Ms 157 de la British Library
Une belle enluminure de la Nativité daté du XIIIe siècle dans le Arundel ms157 de la British library
Le feuillet complet du psautier Arundel Ms 157 avec l'enluminure de la nativité et en dessous l'annonciation aux bergers.

La troisième enluminure de notre sélection provient d’un livre religieux en Anglo-Normand qui contient le livre des psaumes, le psaume de la vierge Marie et le Petit office de la Sainte Vierge.

Conservé à la British Library (et remis dernièrement en ligne sous forme digitale), ce manuscrit est daté du premier quart du XIIIe siècle.

Beaux drapés et style vivant sont au rendez-vous de cette nativité qui partage son feuillet parcheminé avec une annonciation aux bergers sur fond doré.


La nativité dans le ms 14 ou psautier de Bruges

Enluminure de la Nativité tirée du ms 14 ou psautier de Bruges.
Enluminure de la Nativité dans le psautier de Bruges (ms 14) Paul Getty Museum
Le feuillet complet du ms 14 et son Enluminure de la Nativité.

Notre dernière enluminure de la nativité provient d’un autre livre de psaumes daté du XIVe siècle et de la fin du Moyen Âge central.

Sous la référence ms 14, ce psautier qui avait longtemps appartenu à l’abbaye Notre-Dame de l’Étoile de Montebourg a été acquis, depuis le milieu des années 80, par le J. Paul Getty Museum de Los Angeles.

Concernant l’enluminure de la nativité qui occupe une pleine page de ce manuscrit, il s’en dégage une une joie et une émotion toute particulières qui contrastent, de manière assez plaisante, avec la fréquente dévotion réservée à cette scène, ce qui prouve que les deux sont loin d’être incompatibles.


En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour Moyenagepassion.com.
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