Archives pour la catégorie Châteaux, forteresses et architecture médiévale

Cette catégorie est dédiée aux châteaux forts du Moyen-âge et plus généralement à l’architecture médiévale. Vous y trouverez des éléments historiques ou archéologiques sur ces questions mais aussi des reconstitutions 3D de forteresses ou de constructions d’époque.

Architecture médiévale, une reconstitution 3D du Pont Saint-Bénézet d’Avignon

Sujet : pont,avignon_ecu_blason_armoirie_heraldique_provence_ville_historique reconstitution 3D, vidéo, architecture médiévale, Provence médiévale,  monument historique, Saint Bénézet.
Période : Moyen-âge central, XIVe siècle
Lieu : Pont Bénézet, Avignon, PACA

Bonjour à tous,

E_lettrine_moyen_age_passionn 2015, après quatre ans de recherches et de travail assidus, une équipe pluridisciplinaire du CNRS, composée d’historiens médiévistes, d’archéologues, d’ingénieurs, d’architectes, ainsi que d’infographistes 3D redonnait vie au Pont Saint-Bénézet d’Avignon, en présentant au public une reconstitution 3D exceptionnelle de l’ouvrage médiéval.

En plus de la vidéo dévoilée à l’issue du projet que vous retrouverez ci-dessous, une application de réalité augmentée voyait également le jour. Elle permet, encore aujourd’hui, aux visiteurs du monument dotés d’une Iphone et d’un Ipad, d’observer l’ouvrage à deux moments clés de son histoire : le moyen-âge tardif et le XIVe siècle (1350) et la fin du XVIIe (1675).

La reconstitution 3D du pont d’Avignon par le CNRS

Saint Bénézet et le Pont d’Avignon

R_lettrine_moyen_age_passionendu populaire par une chanson du XVe siècle, le célèbre pont d’Avignon fut construit, dans le courant du XIIe siècle, sur les restes d’un ouvrage romain. Son édification fit l’objet d’une légende bien connue qui possède, sans doute, un fond de vérité puisqu’il semble que le personnage qui en est à l’origine ait véritablement existé. C’est celle d’un modeste pâtre ardéchois du nom de Bénézet (Petit Benoit) qui, sur la foi d’une vision divine et dans le courant de l’année 1177, en aurait posé la première pierre,  alors qu’il était tout juste âgé de 12 ans. Au vue du poids exceptionnel de cette dernière, l’histoire conte que les habitants furent bientôt convaincus de la dimension miraculeuse et divine de l’injonction et se mirent à l’aider à édifier l’ouvrage. Dans la même veine, la construction du pont fut encore à la source de nombreux autres miracles parmi lesquels on compte près d’une vingtaine de guérisons miraculeuses opérées par celui qui devint bientôt Saint-Bénézet (1165 -1184), un Saint Provençal non canonisé par Rome. Las!, ce dernier ne vit pas la fin de son entreprise puisqu’il décéda prématurément, à l’âge de 19 ans, un avant que l’ouvrage ne soit achevé.

Un ouvrage médiéval d’exception

D’une longueur de plus de 900 mètres, le pont enjambait alors les deux bras du Rhône pour rallier la cité royale de Villeneuve-lès- Avignon, sur l’autre rive. Au sortir de sa première construction, il possédait encore un tablier de bois et ce n’est que dans le courant du XIIIe qu’il sera édifié en pierre dans sa totalité. Il fut, depuis lors, l’objet de nombreuses reconstructions et ce, jusqu’au XVIIe siècle qui, pour autant, ne architecture_medievale_pont_avignon_benezet_infographie-3D_moyen-age_spermirent pas son maintien.

A la faveur notamment d’un changement climatique et de la glaciation qui à touché l’occident du XIIIe au XVe siècle, l’oeuvre du puissant fleuve et de ses crues ont fini par avoir raison de la presque totalité de l’ouvrage médiéval. Aujourd’hui, il n’en subsiste plus que quatre arches qui s’arrêtent net au dessus du fleuve et lui confèrent une étrange aura de mystère. Du point de vue patrimonial, il fut classé monument historique en 1840.

Pour revenir à l’histoire de Bénézet et d’une manière plus factuelle, il semble que sa volonté s’était aussi accompagnée de grandes collectes et d’aumône pour réunir les moyens nécessaires à la construction de l’ouvrage. Il fonda même une confrérie laïque dont Jean Mesqui (voir article ic) nous apprend qu’elle était « sous l’autorité d’un prieur et qu’elle disposait d’une chapelle et d’un chapelain ». La confrérie demeurait alors dans une maison proche du pont pour veiller sur l’ouvrage et moins d’un demi-siècle plus tard, un hôpital dédié aux pauvres y fut également ouvert.

Oeuvres de pont et frères Pontifes

Concernant l’édification du Pont d’Avignon et de quelques autres ouvrage du couloir rhodanien de la même époque, à la légende du pâtre Bénézet, quelques auteurs des XVIIIe et XIXe allaient bientôt soulevé l’hypothèse d’un ordre monacal puissant, celui des frères pontifes (les fratres pontifices) qui, dans le courant du XIIIe siècle auraient construit certains ponts le long des fleuves et en aurait même garder l’accès contre d’éventuels brigandages, protégeant ainsi Pèlerins et voyageurs. Depuis lors et au vue de la disparité des sources, les historiens médiévistes ont pourtant réfuté ces hypothèses. S’il existait bien des fraternités de pont qui assumaient l’entretien des ouvrages et leur protection, il ne semble pas qu’un ordre de bienfaiteurs religieux unique ait été en charge de cette mission. Comme l’affirme Jean Mesqui dans l’exemple d’Avignon, dans un certain nombre de cas, c’étaient bien plutôt des laïques locaux, qui, ayant eux-même participé à la construction des ponts, prolongeaient tout naturellement leurs œuvres sur la gestion de ces mêmes ouvrages. On trouve encore la confirmation de ce fait dans l’ouvrage de Daniel Le Blévec La part du pauvre. L’assistance dans les pays du Bas-Rhône, du XIIe siècle au milieu du XVe siècle. (Rome, Ecole Française, 2000).

En vous souhaitant une excellente  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Mottes castrales et châteaux à motte : des nouvelles de la Tour Roland de Lassigny

motte_castrale_feodale_archeosite_archeologie_medievale_experimentale_lassigny_tour_roland_armoiriesSujet : mottes castrales, motte féodale, archéologie expérimentale, architecture médiévale, château à motte,  archéosite
Période : moyen-âge central, XIIe siècle
Lieu : Tour Roland, Lassigny,
Oise, Hauts de France
Porteur du projet : Bruno De Saedeleer Association Sauvegarde du Patrimoine,

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous avions parlé, il y a quelque temps, d’un beau projet autour du monde médiéval, mis en place sur la commune de Lassigny, dans l’Oise. Depuis près de 8 ans, un homme y a, en effet, initié le projet ambitieux  de faire surgir de terre, sur le site même d’une butte castrale d’époque, un village médiéval avec sa grande tour maîtresse et tous les ingrédients qui présidaient alors dans ce type de construction fortifiée. La passion pour l’histoire peut s’avérer contagieuse quand elle est sincère et, aujourd’hui, plus de quarante bénévoles sont impliqués aux côtés de Bruno De Saedeleer, le porteur de ce projet, pour faire revivre aux visiteurs du site un peu de la saveur du moyen-âge central, du temps des châteaux à motte.

Cette année, les travaux effectués sur site, sous les regards étonnés et curieux des nombreux visiteurs, ont franchi une étape notable puisque la grande tour et le logis du seigneur médiéval des lieux n’a jamais été aussi près d’y être achevée. Perchée fièrement sur sa butte, cette belle tour maîtresse possède désormais ses fondations et sa charpente (voir photo ci-dessous). Pas moins de 25 tonnes de bois et de poutres maîtresses ont été nécessaires pour réaliser cette dernière et le site n’a jamais été aussi près de mériter son nom de Tour Roland.

Les châteaux à motte au moyen-âge central :
petit rappel historique

tour_maitresse_logis_donjon_seigneurial_moyen-age_central_tour_roland_archeosite_LassignyConcernant les grandes tour ou tour maîtresse, on retrouve ce type de structures sur nombre de sites de mottes castrales au Moyen-âge central. Bras armé de la défense passive du pouvoir féodal, l’édifice permettait de voir loin et de protéger plus efficacement, depuis ses hauteurs, ses habitants, sa basse-cour mais aussi son seigneur, en cas d’attaque. Les fonctions défensives de ce type d’édifice fortifié étaient  aussi indissociables de la marque symbolique qu’il imposait au paysage. Du haut de sa butte, il envoyait en effet, à la vue de tous, un message clair (de pouvoir, de prestige, de main mise sur les terres) aux habitants, aux étrangers de passage, comme aux seigneurs voisins.

Dans un certain nombre de cas de figure, la tour a hébergé le logis du seigneur, encore fallait-il pour cela que le diamètre en haut de la butte le permette, sans quoi la tour qui s’y trouvait pouvait être simplement défensive. On trouvait alors le logis du seigneur, en un autre endroit du périmètre.

Propagation et disparition
des mottes castrales

Marque défensive, marque de pouvoir et de prestige, la France féodale des Xe au XIIe siècles verra littéralement essaimer les châteaux à motte. Si l’on sait aujourd’hui qu’ils ont coexisté, du Xe au XIIe siècle et au delà, avec d’autres types de logis défensifs seigneuriaux (enceintes seigneuriales, maisons fortes, donjons de pierre ou même châteaux de pierre), la rapidité avec laquelle ils pouvaient être érigés autant que l’accessibilité des matériaux nécessaires à leur réalisation (bois et terre principalement) expliquent, indéniablement, leur propagation.

Même si l’on retrouve des mottes castrales établies jusque très tardivement dans le courant du moyen-âge, dans certains lieux de France (revoir, à ce sujet Histoire de châteaux-forts & techniques de siège médiévales), cette relative simplicité dans leur construction autant que la fragilité de leurs matériaux (inflammables) ont aussi signé leur disparition puisque la pierre a fini par les supplanter. Quand elles n’ont pas été simplement désertées à la faveur d’autres sites, leur butte ont vu s’établir, dans un nombre non négligeable de cas, des constructions plus solides. On devait attendre pour cela que la terre de remblais (issue principalement des fossés qui les bordaient), soit suffisamment tassée pour supporter un édifice de pierre.

La grand tour de la Tour Roland :
édifice défensif et logis seigneurial

Comme le veut la règle d’architecture médiévale la plus répandue pour ces bâtiments défensifs et seigneuriaux, le premier niveau de la grande tour du site de Lassigny ne sera pas accessible de l’extérieur. Il sera ici réservé au sellier et aux réserves de nourriture et boissons toujours appréciées en toute saison et hautement stratégiques en cas de siège. A l’étage supérieur, une grande salle permettra au Sire Roland de Lacheni d’y recevoir dignement ses convives et au dessus, encore, le maître des lieux trouvera de quoi se loger avec ses proches, ainsi qu’une chapelle pour se recueillir très chrétiennement,  en remerciant le Tout-Puissant de lui avoir donné la main sur un si beau fief.

On retrouvera bien sûr, dans cette construction et sa répartition un peu de l’esprit du donjon que nous avait décrit Lambert, curé d’Ardre dans ses Chroniques de Guines et d’Ardre, au début du XIIIe siècle. A ce sujet, nous avons réalisé une vidéo explicative que nous vous convions à redécouvrir au lien suivant : à la découverte des mottes castrales, le donjon et logis du seigneur.

aventure_medievale_humaine_historique_archeosite_mottes_castrales_feodales_tour_roland

Une aventure historique et humaine

Pour Bruno de Saedeleer (à cheval dans la photo ci-dessus), cette étape dans l’avancée du site est la récompense de longues années de travail et de persévérance à porter le projet auprès des institutions et avoir fait de la Tour Roland, un lieu de découverte et de sensibilisation pour tout public, y compris les scolaires. Au delà du symbole médiéval que cette construction représente, elle est aussi, pour ce passionné volontaire et opiniâtre et toute son équipe, la marque d’une belle aventure humaine. De fait, nous voulons ici en profiter pour souhaiter une nouvelle fois à son projet tout le succès qu’il mérite, ainsi qu’une longue vie.

Un calendrier 2019 prometteur

Pour anticiper un peu sur le calendrier 2019, la tour seigneuriale se verra inaugurer au printemps et dans les travaux d’importance prévus à la saison prochaine on comptera, en plus d’une maison paysanne, la construction d’une palissade pour border le site et protéger efficacement sa basse-cour. De nouveaux événements festifs et de belles animations devraient encore s’ajouter à cette programmation pour ravir les visiteurs venus de loin pour visiter le site de la Tour Roland, aussi restez bien à l’écoute.

D’autres articles d’intérêt sur le sujet

Découvrir le projet expérimental de la Tour Roland
Teaser : la Tour Roland en vidéo
Retrouvez tout nos articles sur les mottes castrales et féodales ici.

En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com.
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Reconstitution 3D : le château de Flint et son premier village médiéval au XIVe siècle, par Dextra Visual

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : château-fort, reconstitution 3D, vidéo, architecture médiévale, angleterre médiévale, Pays de Galles, monument historique, patrimoine anglais. forteresse.
Période : Moyen-âge central, XIVe siècle
Lieu : Château de Flint ( Flintshire, pays de Galles, frontières anglaises)
Chaîne Youtube : Dextra Visual

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a quelque temps de cela, nous vous avions parlé  de l’histoire médiévale du château fort de Flint et avec elle, de la conquête du Pays de Galles par le roi Edouard 1er d’Angleterre, entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle.

A cette occasion, nous vous avions présenté l’extraordinaire travail de reconstitution 3D de l’édifice juste après sa création (autour de 1304). par la chaine Youtube Dextra Visual. Il n’y avait alors que le château et son site et c’était déjà beaucoup, mais comme dans la continuité de cette réalisation, les infographistes anglais de Dextra Visual viennent tout juste d’ajouter le premier village qui ne tarda pas à jouxter le bâtiment, nous ne résistons pas à partager avec vous cette nouvelle vidéo. Elle rend bien compte des phénomènes fréquents d’urbanisation (ou de pré-urbanisation) autour des forteresses médiévales.

Le château de Flint et son village médiéval à la fin du XIIIe siècle.

Encore une fois, il faut rendre grâce ici à la grande qualité de la réalisation infographique qui nous permet de nous transporter véritablement au coeur du moyen-âge central, pour revenir aux plus belles heures de ce château-fort d’inspiration philippienne.

Un projet éducatif et touristique

Ajoutons que les artistes de Dextra Visual ne sont pas arrêtés là puisqu’ils ont encore modélisé la ville de Flint et son château plus tard dans le temps : dans le courant du XVIIIe et également aux débuts du XXe. Pour information, toutes ces réalisations s’inscrivent, en réalité, dans le cadre d’un projet très sérieux, commissionné par le Conseil du Comté de Flintshire en vue de promouvoir l’histoire et le patrimoine de la région, dans un but à la fois éducatif et touristique.

L’ensemble du projet déborde un peu le cadre médiéval qui nous occupe ici mais si vous en avez la curiosité et pour poursuivre ce voyage dans le temps jusqu’à nos jours, nous vous encourageons  à visiter la chaîne youtube officielle de Dextra Visual  pour y retrouver toutes ces vidéos.

En vous souhaitant une excellente  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Le château de Ewloe, bastion de la resistance galloise dans l’Angleterre médiévale des XIIe et XIIIe siècles

mondes_3D_virtuels_rue_médiévale_unity_3D_jeux_videosSujet : château-fort, reconstitution 3D, vidéo, architecture médiévale, angleterre médiévale, Pays de Galles monument historique, patrimoine anglais.
Période : Moyen-âge central, XIIIIe siècle
Lieu : Château de Ewloe ( Flintshire, pays de Galles, frontières anglaises)

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a quelque temps de cela nous avions partagé ici une belle reconstitution 3D du château de Flint au pays de Galles et nous avions touché, à cette occasion, un mot de l’histoire de l’Angleterre médiévale.  Aujourd’hui c’est un autre château que nous vous présentons. Il a lui aussi joué son rôle dans le cadre du même conflit qui opposait la couronne anglaise aux natifs gallois.

ewloe_chateau_fort_gallois_angleterre_europe_medievale_moyen-age_central

Situé lui aussi au nord du pays de Galles et dans le comté du Flintshire,  à quelques lieues du site du château de Flint et à deux pas de la frontière anglaise, le site d’Ewloe connut plusieurs épisodes houleux de Henri II d’Angleterre, à son fils Henri III et finalement ,jusqu’au fils de ce dernier, Edouard 1er. Nous en avions parlé dans notre article précédent, c’est ce dernier souverain, qui, d’une main de fer et notamment au moyen d’un grand maillage de forteresses, mit un terme à la résistance galloise qui s’efforçait de regagner le terrain qui lui avait été confisqué depuis les campagnes de Guillaume le conquérant, autour de 1066 et contre les seigneurs de la Marche que le normand avait mis en place derrière lui.

Henri II d’Angleterre, Owain Gwynedd et
La bataille d’Ewloe ou de Coleshill

P_lettrine_moyen_age_passion copiaeu après son accession au trône, Henri II d’Angleterre décida de lancer une campagne en galles pour y rétablir l’ordre et y restaurer la couronne. En 1157, parti de Chester, avec dit-on près de 30 000 hommes, il entendait remonter vers le nord du pays de galles pour le reconquérir mais l’affaire ne fut pas si simple. Il croisa, en effet, bientôt l’opposition galloise sur sa route. Dans le but de la prendre à revers, le souverain anglais envoya son avant-garde dans la forêt d’Ewloe. Erreur fatale. Ses hommes s’y feront piégés et le site sera le théâtre d’une grande victoire des gallois. Les gallois menés par les fils de Owain Gwynedd  y mettront ainsi en déroute les armées d’Henri II.  L’histoire raconte même que le roi anglais manqua d’être tué durant cette bataille qui entra Owain_Gwynedd_armoirie_supposee_angleterre_pays_de_galles_europe_medievale_moyen-age_centraldans la légende du côté gallois, d’autant plus  que ces derniers se trouvaient, à ce que l’on conte, en large sous nombre par rapport aux anglais.

(ci-contre armoiries « supposées » de Owain Gwynedd, non vérifiée historiquement)

Même si Henri II put tout de même, suite à cette bataille, poursuivre ses avancées et contraindre Owain à une trêve, en entreprenant une nouvelle campagne près de 10 ans plus tard et en 1165, il prendra cette fois, une autre route. Il est possible que le souvenir douloureux de l’affront reçu à Ewloe l’y ait poussé. L’histoire ne le dit pas, mais les gallois aiment à le supposer.

Reconstitution de Ewloe par DEXTRAVISUAL

Ewloe sous le règne de
Llywelyn ap Gruffudd, dernier prince gallois

I_lettrine_moyen_age_passion copial est difficile de savoir si le site bénéficiait déjà au XIIe siècle et au moment de la bataille d’Ewloe, d’une construction fortifiée. Si c’est le cas, elle ne semble pas avoir joué de rôle dans les échauffourées qui se passèrent principalement en forêt.  Il faut donc faire un bond, un siècle plus tard, sous Llywelyn ap Gruffudd (ou Gruffyddpour retrouver la trace d’une partie de la construction dont on peut observer de nos jours les vestiges.

Le château-fort d’Ewloe compte d’ailleurs parmi les derniers, sinon le dernier, à avoir été édifié de la main d’un seigneur gallois natif.  Nous sommes au milieu du XIIIe siècle, sous le règne d’Henri III, et le grand seigneur et stratège gallois, encore connu sous le nom de Llywelyn le Dernier (voir article précédent) allait commencer à Ewloe_chateau_fort_architecture_medievale_reconstitution_3D_angleterre_moyen-ageregagner à nouveau du terrain sur la couronne anglaise.

Après avoir repris le site d’Ewloe en 1257, il y engagera  la construction d’une forteresse de pierre. En 1265 et depuis cette position fortifiée, le gallois fera même tomber le château de Hawarden, à quelques kilomètres de là.

A l’occasion du traité de  Montgomery de 1267, les terres furent reconnues à la main du Prince de Galles, mais dix ans plus tard, face aux alliances de ce dernier avec Simon de Montfort, le fils d’Henri III désormais couronné Edouard 1er ne l’entendra pas de cette oreille. Il lancera une campagne qui durera de 1277 à 1283 et aura définitivement raison de la résistance galloise.

Le pays de Galles à la main de Edouard 1er
et la fin du château d’Ewloe

A_lettrine_moyen_age_passionprès avoir assis son autorité dans le Flintshire, le roi d’Angleterre boudera le site d’Ewloe et lui préférera, de loin, le château de Flint, nouvellement édifié, plus vaste et bien plus stratégique du point de vue militaire (structure défensive plus efficace, ravitaillement en troupes et en logistique facilité par voie maritime).

Eléments d’architecture défensive

De son côté, sis sur un monticule rocheux, le château d’Ewloe était noyé au milieu d’une dense végétation forestière qu’il surplombait de ses hauteurs. A l’époque de son occupation, il faut supposer que ses abords étaient clarifiés afin de détecter l’approche d’assaillants potentiels et pouvoir les accueillir, le cas échéant, avec quelques jets nourris de flèches ou de carreaux d’arbalète.

Du point de vue architectural, il était bordé d’un fossé et possédait une structure commune à d’autres châteaux gallois de la même période. A l’image de certaines mottes castrales, il était doté d’une double enceinte : une autour de la basse-cour, l’autre protégeant la haute cour et son donjon. A l’opposé de ce dernier, une autre tour flanquée venait encore protéger l’autre pointe de l’édifice. L’accès à la basse cour s’effectuait par une simple porte, ménagée dans le mur d’enceinte. L’entrée la plus large se trouvait, quant à elle, du côté de la haute cour et était accessible au moyen d’un pont enjambant le fossé. (voir photo plus haut dans l’article)

Ewloe_chateau_fort_architecture_europe_medievale_angleterre_moyen-ageA la fin du XIIIe siècle, le site étant tombé à l’abandon, les belles pierres de Ewloe seront, comme pour beaucoup d’autres  édifices de cette période, pillées ou réutilisées à la faveur d’autres projets. De la gloire passée de Llywelyn le Dernier, il ne reste aujourd’hui à Ewloe plus que quelques murs debout pour encore en témoigner. Comme Flint, le château de Ewloe et la préservation de ses restes ont été confiés au CADW, organisme gallois pour la sauvegarde et la protection du patrimoine.  Encore une fois, il faut rendre grâce ici au travail d’infographie 3D de la chaîne DextraVisual qui nous fournit l’occasion d’approcher de plus près l’histoire mouvementée de l’Angleterre médiévale, tout en nous donnant les moyens de visualiser l’édifice après sa construction.

Malgré la longue résistance du pays de Galles, ce dernier n’échappera toutefois pas à son destin. Le XIIIe siècle est un siècle d’expansion pour les souverains de l’Europe médiévale et ces derniers s’évertuent à regagner du terrain sur des provinces perdues ou même à en conquérir de nouvelles. Contre les pouvoirs et les « identités » régionales, contre les seigneuries, les baronnies ou les duchés, l’Europe des nations est en marche, ou à tout le moins en gestation, et c’est d’abord et avant tout une Europe qui se construit contre les dérives de la féodalité, autour des monarques et des couronnes et de leur volonté de centralisation.

En vous souhaitant une excellente  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Sources :  

The Medieval Castles of Wales Par John R. Kenyon,
University of Wales Press, 2010.

Le site web Castlefortbattles de l’historien James Lancaster

Black’s picturesque guide to North Wales (1874)

Travailler sur les chantiers du moyen-âge, une conférence de Cécile Sabathier, au musée de Cluny

conferences_audio_video_moyen-age_monde_medieval_agriculture_paysan_serfs_vilain_moyen-ageSujet: chantier médiéval, métiers médiévaux, construction médiévale, artisans, corps de métiers, architecture médiévale, histoire médiévale, médiéviste
Période : moyen-âge tardif, XIVe au XVe
Média: conférence vidéo, chaîne youtube
Lieu: Musée de Cluny, mars 2018
Titre: Travailler sur les chantiers au Moyen Âge
Conférencière:  Cécile Sabathier

Bonjour à tous,

M_lettrine_moyen_age_passionieux comprendre l’organisation des chantiers médiévaux mais aussi mieux approcher les conditions générales entourant les travailleurs qui s’affairaient et fourmillaient sur les sites de construction du moyen-âge, voilà un objectif louable et passionnant. Le 16 mars 2018 et dans le cadre d’une conférence, le Musée de Cluny recevait la jeune doctorante de l’Université Paris-Sorbonne Cécile Sabathier qui s’est fait une spécialité de la question, sur une période qui couvre le XIVe et le XVe siècles et qui correspond donc au moyen-âge tardif.

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Enluminure du « Titus Livius, Ab Urbe condita », Français  263, BnF département des manuscrits, début XVe siècle

A l’aide de nombreux exemples pris notamment dans le midi médiéval qui fait plus particulièrement l’objet de ses recherches, la médiéviste nous propose ici un large panorama du sujet : organisation, hiérarchie, mixité et âge de travailleurs en présence, systèmes de rémunération, corvées (le cas échéant), échelle des salaires, durée journalière, saisonnalité, sécurité et prise en compte de la pénibilité, logement sur site, etc…, elle abordera encore la question de la mobilité de la main d’oeuvre médiévale et de la structure familiale autour des chantiers.

Cette conférence ne manquera pas d’intéresser les médiévistes et les amateurs de moyen-âge mais encore les nombreux reconstituteurs et gestionnaires de parcs et chantiers historiques, comme on en trouve de plus en plus sur les terres de France (château Guédelon, Tour Roland, Montcornelles, etc…). Tous trouveront indéniablement, auprès de cette spécialiste de la question, une véritable mine d’information.

Travailler sur les chantiers au moyen-âge par Cécile Sabathier

Nous devons encore insister ici sur la qualité des interventions proposées par le musée de Cluny et le plus important, remercier ses organisateurs pour le généreux partage qu’ils font de ces conférences avec le grand public.

En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée.

Fred
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