Sujet : enluminure, fable médiévale, manuel scolaire, littérature française, littérature médiévale, Marie de France, renard, langue française. Période : de l’Antiquité à nos jours, Moyen Âge. Titre : Terres des Lettres (Français), programme 2026, classes de 5ème, Éditions Nathan.
Bonjour à tous,
n ce mois de rentrée, nous sommes heureux de vous annoncer notre modeste contribution iconographique à un manuel scolaire à destination des collèges. L’ouvrage est issu de la collection des Éditions Nathan intitulée Terre des Lettres. Il est consacré à l’enseignement du français et de la littérature pour les classes de 5e.
Terres des Lettres Français, édition 2026
Pour qui a usé ses fonds de culotte sur les bancs du collège à la toute fin des années 70, les thèmes abordés dans ce manuel scolaire apparaissent particulièrement variés.
Les « classiques » d’antan sont, certes, au rendez-vous. Homère y côtoie Molière, ou encore Jules Verne, Joseph Kessel, Louisa May Alcott et d’autres.
Plus étonnant peut-être, Le Hobbit de Tolkien et certains héros du Seigneur des anneaux y trouvent aussi leur place. Étonnant mais pas forcément déplacé ! De notre côté, nous ne nierons pas les qualités littéraires de l’œuvre du grand JRR. Bien que l’ayant découverte plus tardivement et hors du cadre scolaire, nous l’avons même largement arpentée et relue.
Littérature médiévale et Moyen Âge
Pour ce qui est de la littérature médiévale et du Moyen Âge plus proche des sources historiques, on les trouve également bien représentés dans l’ouvrage.
Chevalerie et courtoisie, poésies variées ou légendes arthuriennes croisent l’indémodable roman de Renard. Rutebeuf y fait même une apparition avec une version écourtée et modernisée de sa complainte. Les fables de Marie de France viennent aussi compléter le tableau.
Enfin, du côté de l’Orient médiéval, la sagesse persane se voit gratifiée d’un large chapitre sur Les Mille et une Nuits que le sage Saadi n’aurait pas désavoué.
Conception et supports pédagogiques
Pour dire un mot de la conception et de la mise en page de ce manuel, elle se signe par un bon nombre d’illustrations et une signalétique soignée sur les objectifs de chaque texte ou exercice.
Des séquences « Art et culture » permettent aussi de varier les supports d’apprentissage, en s’appuyant notamment sur le cinéma. Dans cette même rubrique, on trouvera même un support sur les super héros et Captain America que ne désavouerait sans doute pas un William Blanc (voir sa conférence sur les héros arthuriens et les super héros)
Marvel aurait-il supplanté Steinbeck et ses Raisins de la colère au panthéon des classiques américains ? Heureusement non et l’ouvrage ne s’y limite pas, mais quand je vous dis que nous sommes loin de nos manuels scolaires de la fin des 70’s, en voilà un exemple. Pour plus d’informations sur ce manuel scolaire, nous vous invitons à consulter le lien suivant.
Nous avons réalisé cette illustration à partir de différents manuscrits médiévaux.
Le manuscrit Français 113 (Lancelot en Prose de Robert Boron) et le Français 112.3 (compilation arthurienne de Micheau Gonnot) ont fourni une partie du décor et du paysage. Tous deux sont datés du 15e siècle.
Le renard, à l’arrière-plan, provient du manuscrit médiéval Français 616 ( Le Livre de Chasse de Gaston Phébus et Déduits de la chasse de G de La Buigne). Il est daté du 14e siècle. Le renard au premier plan est l’élément le plus moderne de toute cette illustration. Il provient du Ms 3401 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Ce codex contient un superbe bestiaire médiéval daté du 16e siècle. Pour la lune et son reflet, elle est également médiévale, mais nous en gardons le secret. Il faut bien préserver un peu de mystère.
En vous souhaitant une belle journée.
Fred Pour Moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : fable médiévale, enluminure, ysopet, retouche, restauration, feuille d’or, bestiaire médiéval. Période : XIIe siècle, Moyen Âge central. Titre : Dou lion, dou Bugle et d’un Leu. Auteur : Marie de France (1160-1210) Ouvrage : Fables de Marie de France, ms Français 24428, BnF (XIIIe siècle).
Bonjour à tous,
our faire suite à notre article sur la fable du Lion, du Boeuf et du Loup de Marie de France, nous vous proposons un aperçu d’une retouche, restauration d’enluminure effectuée à cette occasion.
Ce travail digital vise simplement à mettre en valeur les sujets de l’illustration et l’aspect général de l’ensemble. L’idée est de se rapprocher de ce qu’a pu être cette enluminure à la feuille d’or au moment de sa création, en évitant de surajouter trop de réinterprétation, saturation de couleurs, etc.
Le manuscrit d’origine est toujours le ms Français 24428 de la BnF. Ce codex du XIIIe siècle, consultable sur Gallica.fr contient L’image du monde de Gautier de Metz, les fables de Marie de France et divers autres textes, bestiaires et poésies animalières, en relation avec cette période. Il a quelque peu souffert des assauts du temps, en particulier sur la partie qui touche les fables de la poétesse anglo-normande.
Ajoutons que ce manuscrit enluminé est loin d’être le seul à présenter les fables de Marie de France. Le site Arlima en mentionne une très longue liste dont une bonne partie est conservée au département des manuscrits de la BnF.
L’enluminure du lion, du bœuf et du loup rajeunie
Cette restauration a pris un certain nombre d’heures et nous vous la présentons ici en quelques étapes rapides et en musique.
Ajoutons que le travail en question est beaucoup moins fastidieux et ambitieux qu’une restauration effectuée dans les règles de l’art, sur une manuscrit d’origine, par un conservateur spécialisé.
En espérant que ce petit exercice de restauration vous ait plu.
Sujet : fable médiévale, vieux français, anglo-normand, poésie politique, langue d’oïl, injustice, tyran, bestiaire médiéval, loup, lion, cerf, bœuf. Période : XIIe siècle, Moyen Âge central. Titre : Dou lion, dou Bugle et d’un Leu. Auteur : Marie de France (1160-1210) Ouvrage : Poésies de Marie de France, Bonaventure de Roquefort (1820).
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nos pas nous conduisent vers le Moyen Âge central et plus précisément le 13e siècle à la découverte d’une nouvelle fable médiévale. Signé de la plume de Marie de France, ce récit animalier nous entraînera, une fois de plus, sur le champ moral et politique.
Quand le loup et le bœuf se lient au lion, l’association finit par tourner en leur claire défaveur. Dans le jeu des alliances entre les puissants et leurs sujets, fussent-ils de prestigieux vassaux, la part du lion n’en laisse guère aux serviteurs. L’avidité et les abus de pouvoir sont au cœur de cette fable.
Une alliance inattendue
Cette fable de Marie de France met en scène une alliance plutôt inattendue. Lion, loup et bœuf (ou buffle) vont, en effet, ensemble chasser le cerf. Dans ce contexte de prédation, on se demande un peu ce que le bœuf, digne herbivore, vient faire dans cet équipage.
Ici, ce qu’il faut surtout retenir, c’est le symbole. Indépendamment de la force du bovin et du loup, leur puissance ne pèse guère face au seigneur et roi du domaine. Ils connaîtront tous deux l’injustice du tyran.
La part du tyran
D’Esope à Phèdre et avant Marie de France, cette fable avait déjà connu des variantes. Chez Esope, l’équipée des trois chasseurs était tout aussi étonnante. Le cerf se trouvait déjà au menu mais c’est le lion, le renard et l’âne qui devaient gérer son partage.
Dans le récit du fabuliste grec, le dernier des trois, l’équidé, allait même payer cher le fruit de son outrecuidance. Pour avoir divisé le butin en trois parts égales, il serait mis en pièce sans sommation par le roi des animaux.
Plus de 500 ans après Esope, on retrouve la fable chez Phèdre. Cette fois, les alliés du lion, une génisse, une chèvre et une brebis, seront plus encore du côté des faibles. Elles non plus, ne feront pas le poids face au puissant fauve.
Bien des siècles après Phèdre, Jean de La Fontaine puisera directement son inspiration chez le fabuliste latin, en reprenant le même équipage et la même morale.
Pour l’essentiel, Marie de France a marché sur les traces des classiques. Elle a donné un dimension un peu plus économique à sa moralité, en ajoutant la notion de riche et de pauvre, à l’injustice du puissant.
Aux sources manuscrites de cette fable
Pour les sources manuscrites, nous avons repris ici le manuscrit médiéval ms Français 24428 de la BnF. Ce dernier contient « L’Image du monde » de Gautier de Metz, ainsi que les fables de Marie de France. On y trouve encore des textes divers de cette période tel que Li Volucraires ou poème moral sur les oiseaux, attribué à Omons et Li Bestiaires divin de Guillaume Le Clerc.
Ce manuscrit daté du XIIIe siècle est dans un état de conservation assez problématique.
Ses enluminures des fables de Marie de France à la feuille d’or sont notamment assez altérées, comme on le peut le voir sur la capture ci-contre. On y trouve également de nombreuses tâches et salissures sans doute héritées d’antiques consultations.
Un manuscrit médiéval ne traverse pas toujours aisément sept siècles d’histoire, a fortiori quand ses contenus sont appréciés.
Sur l’illustration d’en-tête, nous vous présentons une retouche digitale de l’enluminure de la fable du jour. Nous la partagerons bientôt au format animé (étape par étape) comme nous l’avions déjà fait pour un travail précédent (voir retouche enluminure, fable du loup et de la grue).
Dou lion, dou Bugle et d’un Leu, dans la langue de Marie de France
Jadis esteit custume e lois, Ke li Léunz dut estre Rois Seur tutes les Bestes qui sunt, E ki cunversent en ces munt. Dou Bugle ot fait sun Séneschal Car preu le tint et à loial ; Au Leuz bailla sa Provosté.
Tuit trois en sunt el bos alé, Un Cerf truvèrent è chacièrent, Qant pris l’orent, si l’escurchièrent; Le Lox au Bugle demanda Coment le Cers départira ? C’est bien, fet-il, à mon Sengnur Cui nus devons porter henur.
Li Léons a dit è jurei, Ke tuit sevent per véritéi Ke le première part aureit Pur ce que Reiz è Sires esteit; Ke l’autre part pur le gaaing, Il ot esté li tiers compaing, La tierce part ce dit aureit Car il l’ocist, raisuns esteit ; E se nus d’eauz deux la preneit Ses anemis mortex sereit. Dunc ni osa nus atuchier Tut lur estut le Cers laissier.
Moralité
Autresi est n’en dutez mie ; Se Povres hum pren cumpaignie A plus Fort humme k’il ne seti, Jà dou gaaing n’aura espleit ; Li Riches volt aveir l’ounur U li Povres perdra s’amur. Se lur gaaig deivent partir Li Riches velt tut retenir.
Du lion, du bœuf et d’un loup, traduction/adaptation en français actuel
NB : pour être un ancêtre de l’oïl, l’anglo-normand de Marie de France peut s’avérer ardu. Aussi nous vous proposons une adaptation de cette fable en français actuel.
Jadis était coutume et lois Que les lions dussent être rois De toutes les bêtes qui sont Et qui demeurent en ces monts. Du bœuf, il fit son sénéchal Car il est preux et fort loyal ; Et du loup, il fit son prévôt.
Un jour tous trois s’en furent au bois Voyant un cerf, ils le chassèrent, Et, une fois pris, l’écorchèrent. Le loup au bœuf s’enquit alors Du partage de ce trésor. « C’est bien, dit l’autre, à mon Seigneur Qu’il faudra laisser cet honneur. »
Le lion a alors déclamé Que tous savaient, en vérité, Que la première part était sienne Comme roi et seigneur du domaine. La seconde lui échoyait Pour être l’un des trois chasseurs. La troisième aussi, à bon droit, Car il avait occis la proie. Qu’on ne s’avise d’y toucher Sauf se dresser contre lui, au péril de sa propre vie. Loup et bœuf ne s’y risquèrent point Et tout le cerf lui revint.
Moralité
N’en doutez pas, car il en va toujours ainsi, Si un pauvre prend compagnie D’un homme bien plus fort que lui. Jamais il n’en tire profit. Les riches voudront tous les honneurs Les pauvres y laisseront leur cœur1. Dès qu’il est question de partage, Le riche prend tout et d’avantage.
Une superbe enluminure de lion et lionceaux dans le Bestiaire de Rochester ( Royal MS 12 F XIII) de la British Library (XIIIe siècle)
La fable et ses variantes d’Esope à La Fontaine
Il ne fait jamais bon s’associer à plus puissant que soi et encore moins s’asseoir à sa table. Au fil des variantes, le fond de cette fable antique est resté le même. Les raisons invoquées pour rafler le produit de la chasse diffèrent, mais le partage de la venaison tourne toujours à l’avantage du roi lion.
Du Lion allant à la chasse avec d’autres bêtes, Esope (564 av. J.-C)
Un Lion, un Âne et un Renard étant allés de compagnie à la chasse, prirent un Cerf et plusieurs autres bêtes. Le Lion ordonna à l’Âne de partager le butin ; il fit les parts entièrement égales, et laissa aux autres la liberté de choisir.
Le Lion indigné de cette égalité, se jeta sur l’Âne et le mit en pièces. Ensuite il s’adressa au Renard, et lui dit de faire un autre partage ; mais le Renard mit tout d’un côté, ne se réservant qu’une très petite portion. ”
Qui vous a appris, lui demanda le Lion, à faire un partage avec tant de sagesse ? − C’est la funeste aventure de l’Âne, lui répondit le Renard. “
La Vache, la chèvre, la brebis et le Lion, Phèdre (-14, 50 après JC)
La société d’un puissant n’est jamais sûre; cette fable va prouver ce que j’avance. La Génisse, la Chèvre et la patiente Brebis firent dans les bois société avec le Lion. Ils prirent un cerf d’une grosseur prodigieuse. Les parts faites, le Lion parla ainsi : « Je prends la première, parce que je m’appelle Lion; la seconde, vous me la céderez, parce que je suis vaillant ; la troisième m’appartient, parce que je suis le plus fort : quant à la quatrième, malheur à qui oserait la toucher!» C’est ainsi que, par son injustice, il s’empara, lui seul, de la proie tout entière.
Version latine : Vacca et Capella, Ovis et Leo
Numquam est fidelis cum potente societas ; testatur haec fabella propositum meum. Vacca et capella et patiens ovis injuriae socii fuere cum leone in saltibus. Hi cum cepissent cervum vasti corporis, sic est locutus, partibus factis, leo: «Ego primam tollo, nominor quia leo ; secundam, quia sum fortis, tribuetis mihi ; tum, quia plus valeo, me sequetur tertia ; malo adficietur si quis quartam tetigerit.» Sic totam praedam sola improbitas abstulii.
Fables de Phèdre traduction nouvelle, C. L.F. Panckoucke. (1834), Bibliothèque latine française.
La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion, Jean de La Fontaine (1621-1695)
La Génisse, la Chèvre et leur sœur la Brebis, Avec un fier Lion, Seigneur du voisinage, Firent société, dit-on, au temps jadis, Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la Chèvre un Cerf se trouva pris ; Vers ses associés aussitôt elle envoie : Eux venus, le Lion par ses ongles compta, Et dit : Nous sommes quatre à partager la proie ; Puis en autant de parts le Cerf il dépeça ; Prit pour lui la première en qualité de Sire : Elle doit être à moi, dit-il, et la raison, C’est que je m’appelle Lion : À cela l’on n’a rien à dire. La seconde par droit me doit échoir encore : Ce droit, vous le savez, c’est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant je prétends la troisième. Si quelqu’une de vous touche à la quatrième, Je l’étranglerai tout d’abord.
Moralité : « fuyez l’alliance d’un plus puissant que vous ». Véhiculé par quatre auteurs de renom, ce message a traversé 2500 ans d’Histoire.
Merci encore de votre lecture.
Frédéric Effe. Pour Moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Notes :
La fable de Marie de France parle de « perdre s’amour ». Ici, l’interprétation va du côté de l’injustice de l’alliance qui est aussi une déception et une trahison affective. ↩︎
Sujet : enluminure, manuscrit médiéval, retouche numérique, feuille d’or, ms 5226, poésie médiévale, littérature médiévale, vieux français. Période : Moyen-âge central, XIIIe siècle. Titre : Le Roman de la Rose Auteur : Guillaume De Lorris (1200-1238) et Jean De Meung (1240-1305).
Bonjour à tous,
ous vous proposons, aujourd’hui, une nouvelle retouche d’enluminure. L’illustration originale représente la célèbre carole du Roman de la Rose. Elle est tirée d’un manuscrit médiéval daté du XIVe siècle.
Nous avions fait cette retouche ou plutôt ce « rafraîchissement » à l’occasion de notre dernière carte de vœux de fin d’année et nous vous la présentons ici sous forme d’animation en plusieurs étapes.
Des centaines de manuscrits pour un best seller médiéval
De nombreux manuscrits médiévaux du Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung nous sont parvenus. En jetant un œil sur le site arlima.net, vous en trouverez près de 300 référencés. Un nombre important sont des éditions complètes de l’ouvrage. D’autres codex n’en présentent que certaines parties ou extraits.
En matière de codicologie (cf l’excellente conférence de Richard Trachsler sur le roman arthurien), la quantité d’exemplaires ayant traversé les siècles renseigne, à elle seule, sur la grande popularité médiévale du Roman de la Rose. L’ouvrage se classe, indéniablement, dans le top des Best Sellers du Moyen Âge.
Dans l’ensemble de ce corpus, disséminé à travers les plus prestigieuses bibliothèques d’Europe et même d’outre-Atlantique, on retrouve, bien sûr, un nombre important de manuscrits enluminés.
Le ms 5226 de la Bibliothèque de l’Arsenal
Le manuscrit médiéval qui nous occupe aujourd’hui est le ms 5226 de la la Bibliothèque de l’Arsenal.
Daté du XIVe siècle, l’ouvrage présente sur 154 feuillets une édition complète du Roman de la Rose. Il a été copié et enluminé parJeanne et Richard de Montbaston, un couple de libraire et enlumineur qui avait leur atelier à Paris, vers le milieu de ce même siècle. On peut le consulter sur Gallica.
Ce manuscrit est agrémenté de vingt-quatre miniatures qui ont plutôt bien résisté au temps. Les fonds diaprés sont particulièrement bien conservés (damiers ou losanges or et couleur).
Sur certains fonds unis (feuille d’or), le matériel s’est un peu défraîchi et a perdu de sa brillance mais sans que cela altère nullement la lisibilité des scènes. Après plus de six siècles, quelques détails se sont aussi altérés sur certaines enluminures : visages ou traits effacés ou brouillés partiellement.
L’enluminure retouchée
Dans l’ensemble, on se trouve face à un manuscrit enluminé dans une bel état de conservation. L’exercice du jour est donc plus un léger rafraîchissement sur quelques tracés et sur le fond de feuille d’or. Il n’a rien d’une retouche ou d’une reprise en profondeur. Nous l’avons restitué ici en quelques passes.
cliquez sur l’enluminure pour charger l’animation
La carole du Roman de la Rose
La scène est bien connue. L’auteur, dans sa quête d’amour et de courtoisie, est attiré dans un verger où des gens dansent ensemble une charmante carole. Le poète verra s’y succéder les composantes de la courtoisie : liesse, plaisir, beauté, amour, etc…
En voici un extrait en vieux-français original et sa traduction en vers dans l’édition de Pierre Marteau daté de 1878 : Le Roman de la Rose par Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Édition accompagnée d’une traduction en vers.
Lors m’en alai tout droit à destre, Par une petitete sente Plaine de fenoil et de mente; Mès auques près trové Déduit, Car maintenant en ung réduit M’en entré où Déduit estoit. Déduit ilueques s’esbatoit; S’avoit si bele gent o soi, Que quant je les vi, je ne soi Dont si très beles gens pooient Estre venu; car il sembloient Tout por voir anges empennés, Si beles gens ne vit homs nés.
Ceste gent dont je vous parole, S’estoient pris à la carole, Et une dame lor chantoit, Qui Léesce apelée estoit: Bien sot chanter et plesamment, Ne nule plus avenaument, Ne plus bel ses refrains ne fist, A chanter merveilles li sist;
Qu’ele avoit la vois clere et saine, Et si n’estoit mie vilaine; Ains se savoit bien desbrisier, Ferir du pié et renvoisier. Ele estoit adès coustumiere De chanter en tous leus premiere: Car chanter estoit li mestiers Qu’ele faisoit plus volentiers. Lors véissiés carole aller, Et gens mignotement baler, Lors véissiés carole aller, Et faire mainte bele tresche, Et maint biau tor sor l’erbe fresche.
Traduction en français actuel de Pierre Marteau
Lors donc, à droite je m’engage Dans un sentier tout parfumé, De menthe et de fenouil semé. Tout près de là, suivant mon guide, J’entrai dans un réduit splendide Où le beau Déduit se trouvait. En ce lieu Déduit s’ébattait; Si belle était sa compagnie, Que soudain ma vue éblouie Crut voir des anges empennés, Comme onc n’en virent hommes nés, Et ne savais d’où pouvaient être Venus gens si beaux, si beau maître.
Cette troupe que je devise A la karole s’était prise; Une gente dame chantait Que Liesse l’on appelait. A chanter elle était savante, Car d’une façon ravissante Elle modulait ses refrains Gracieux, entraînants, divins.
Elle avoit la voix claire et saine, Et n’était pas non plus vilaine, Mais sa taille souple ondulait Et lestement son pied frappait. Elle était toujours coutumière De chanter partout la première, Car chanter pour elle c’était Ce que plus volontiers faisait. Vous eussiez vu gens en cadence Mener karole et fine danse, Et mainte tresce et maint beau tour Sur l’herbe fraîche d’alentour.
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