Archives de catégorie : Romans et livres

Romans récents ou livres anciens, le moyen-âge s’édite et se réédite : fiches de lecture, extraits, impressions, une balade dans l’univers du livre autour du monde médiéval,

Deux Nouveaux ouvrages historiques aux éditions La Ravinière

enluminure médiéval scripte

Sujet : auteur, romans historiques, édition, essai, guerre de cent ans, aventure, saga historique, fiction médiévale.
Période : XVe siècle, Moyen Âge tardif
Titres : Quentin Durward, Sir Walter Scott (1823-2022), les grandes dames de la guerre de cent ans, Xavier Leloup, Editions La Ravinière (2022)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous avons le plaisir de partager avec vous un nouvel entretien avec l’auteur et éditeur Xavier Leloup. On y parlera de l’actualité de sa maison d’édition, lancée depuis peu, et de deux ouvrages historiques sur le Moyen Âge tardif qui sortent aujourd’hui même.

En vous souhaitant une bonne lecture

Nouveautés : deux livres sur le Moyen Âge,
un entretien avec Xavier Leloup

Propos recueillis par Frédéric EFFE le 8 juin 2022


— Bonjour Xavier ! Très heureux de vous retrouver pour un nouvel entretien et pour prendre des nouvelles de cette grande aventure de l’édition dans laquelle vous vous êtes lancé depuis maintenant près de 10 mois. Entre temps, le troisième tome 3 des Trois Pouvoirs est sorti et, après quelques salons du livre très fréquentés, nous nous retrouvons pour un billet d’actualité sur votre activité d’éditeur de romans historiques sur la période médiévale. Vous allez bien ? Toujours très occupé entre vos activités d’écriture et d’édition ? La tension s’étant libérée sur la Covid, vous avez pu reprendre normalement le chemin des salons et des séances de signature ?

Bonjour Frédéric. Je suis également très heureux de vous retrouver. Je me porte d’autant mieux qu’en effet, depuis quelques mois, auteurs et éditeurs ont pu reprendre le chemin des dédicaces « à visage découvert ». Pour faire la connaissance de ses lecteurs, c’est tout de même plus agréable ! Les signatures des Trois Pouvoirs m’ont ainsi permis de faire de superbes rencontres avec des passionnés de toutes générations. Nombreux d’entre eux m’ont dit combien ils aimaient l’histoire et le Moyen Âge. Cette période les fait rêver. Cela avait toujours été mon intuition, mais c’est toujours un grand bonheur de se l’entendre dire.

Quentin Durward, réédition du roman historique
de Sir Walter Scott

Quentin Durward, roman historique de Sir Walter Scott

Cela fait plaisir à entendre. Nous renverrons les lecteurs désireux de vous rencontrer et de se faire dédicacer vos livres à la rubrique actualité du site web des éditions La Ravinière. Mais revenons à l’actualité immédiate de votre maison d’édition justement. Nous avons eu, le plaisir de découvrir la sortie prochaine de deux ouvrages dont nous allons pouvoir parler dans l’ordre, en commençant par le premier : il s’agit du « Quentin Durward » du grand écrivain et historien écossais des XVIIIe, XIXe siècles Sir Walter Scott. Il était initialement avocat, d’ailleurs. Je ne sais pas si c’est une coïncidence totale, vu que vous étiez vous-même avocat dans une vie passée qui n’est pas si loin, du reste ?

Disons que du prétoire aux récits romanesques il n’y a qu’un pas que certains avocats n’hésitent pas à franchir. Mais pour honnête, je crois que Walter Scott et moi avons surtout en commun de ne pas avoir beaucoup pratiqué la profession !… Cet illustre personnage s’est d’abord fait connaître comme traducteur et poète avant de devenir le père fondateur du roman historique. Et son œuvre est pour moi une inépuisable source d’inspiration. Non seulement parce que c’est à lui qu’on doit d’avoir inventé le genre du roman historique mais surtout parce que, mieux que personne, il a su rendre compte des mentalités qui régnaient au temps de la chevalerie. Avec un art consommé du dialogue, il en fait magistralement revivre les personnages, leur donne du souffle, leur donne du corps. C’est comme si le sang des grandes figures du passé coulait dans ses veines, telles Richard Cœur de Lion ou le maître de l’ordre des Templiers.

D’Alexandre Dumas à Eugene Sue, nombreux ont d’ailleurs été nos auteurs français à revendiquer son héritage. Son influence demeure si grande qu’aujourd’hui encore, certains scénaristes continuent à s’en inspirer. Je pense par exemple au film Kingdom of Heaven, de Ridley Scott, qui emprunte certaines de ses scènes au Talisman, un captivant récit de chevalerie se déroulant au temps des croisades sous le soleil de Palestine. Il était donc naturel pour moi de vouloir de rééditer le plus français de ses romans historiques, et qui plus est se déroule pour partie en Touraine, ma région natale : Quentin Durward.

Alors, avec ce roman historique, Walter Scott nous transporte au cœur du Moyen Âge tardif, du temps des intrigues entre Louis XI et le duc de Bourgogne. On y suit le destin d’un jeune archer anglais, noble et désargenté, qui va se retrouver pris dans tout cela. C’est un livre qui a connu de nombreuses adaptations au cinéma et même à la télévision française et qui a été longtemps reconnu comme un grand classique de cette période.

Ce livre a en effet fait l’objet de célèbres adaptations : d’abord dans les années 50, par le célèbre réalisateur américain Richard Thorpe avec Robert Taylor dans le rôle-titre. Puis dans les années 70, avec une série télévisée franco-allemande qui fit la joie des spectateurs de l’ORTF en même temps que des admirateurs de Jacqueline Boyer, l’interprète de son célèbre générique. Mais depuis, plus rien. En l’espace de quelques années, ce formidable récit d’aventures sur fond de rivalité entre le royaume de France et le duché de Bourgogne semblait être tombé dans l’oubli. Et pourtant, quel roman ! Walter Scott ne nous y retrace pas seulement l’épopée de Quentin Durward, ce jeune archer écossais débarqué en France qui devra surmonter les pires dangers pour conquérir la dame de son cœur, la comtesse Isabelle de Croye. Il nous brosse également le portrait d’un Louis XI tour à tour généreux, cynique, superstitieux et surtout, terriblement manipulateur.

Or, en dépit de son absence de scrupules et de son indifférence à toute forme de pitié, de son machiavélisme, il est difficile pour le lecteur de ne pas s’y attacher. C’est même la figure politique de Louis XI qui m’a donné envie de republier ce classique, et qui justifie d’ailleurs toute la place que son portrait occupe sur la couverture du livre. Car ce souverain était aussi un homme d’esprit. Amateur de bons mots et doté d’un humour ravageur, voir scabreux, il se révèle par moment extraordinairement drôle.

Dans un Moyen Âge finissant, son mépris du protocole et des valeurs chevaleresques semble préfigurer notre époque moderne. En ce sens, c’est un personnage très contemporain. C’est pourquoi il était devenu urgent d’offrir une nouvelle jeunesse à un roman qui plonge le lecteur dans une époque médiévale, certes, fort éloignée de la nôtre, mais dont les intrigues politiques et les coups bas ne sont pas sans rappeler les fameux « coups de billard à trois bandes » si prisés par nos dirigeants d’aujourd’hui. Au vu des soubresauts politiques actuels, ce récit ne devrait pas manquer d’intéresser les nouvelles générations.

En somme, un ouvrage à relire et à redécouvrir pour tous les passionnés de Moyen Âge qui nous lisent et en particulier de son automne, le XVe siècle. On vous souhaite beaucoup de succès pour cette réédition.

Les grandes dames de la guerre de cent ans,
de Xavier Leloup

Les grandes dames de la guerre de Cent Ans ; le pouvoir médiéval au féminin.

Mais parlons, maintenant, de l’autre ouvrage sur lequel nous serions tenté de nous étendre plus encore et ce, à plusieurs titre. Tout d’abord, cette fois, c’est vous qui le signez. Ensuite, son thème nous est familier puisque c’est, ici-même, sur le site moyenagepassion qu’il a vu le jour pour la première fois. Je veux parler, bien sûr, du cycle sur les grandes dames de la guerre de cent ans. Cette série d’articles qui revisite le pouvoir médiéval au féminin sous ses formes variées dans le courant du XVe siècle, a beaucoup plu à nos lecteurs. Alors, dans cet ouvrage, le concept s’est étoffé pour donner naissance à un vrai beau livre qui, nous en sommes convaincu, devrait trouver, rapidement, son public. On y présente plus encore de portraits de dames du Moyen Âge tardif et de manière plus détaillée. Vous pouvez un peu mettre l’eau à la bouche de nos lecteurs ?

C’est par le biais des femmes que j’ai commencé à m’intéresser à la guerre de Cent Ans, ou plus exactement l’une d’entre elles, une certaine Yolande d’Aragon. Comme beaucoup, j’avais entendu parler de Jeanne d’Arc. Jeanne la Sainte, Jeanne la guerrière, Jeanne la fille du peuple qui, suivant le conseil de ses voix, avait fait sacrer le roi Charles VII à Reims et délivré Orléans. Comme pour beaucoup, la libératrice d’Orléans constituait pour moi la référence incontournable. Mais celle qui m’intriguait le plus, c’était Yolande d’Aragon : une femme de pouvoir demeurée dans l’ombre, mais dont la volonté inébranlable avait permis à son gendre, de roi Charles VII, de gagner la guerre de Cent Ans. Cette duchesse d’Anjou me semblait d’autant plus fascinante qu’elle avait secrètement soutenu la Pucelle dès les premières semaines de son épopée et que, selon toute vraisemblance, c’était grâce à cette aide que cette héroïne avait pu mener à bien sa mission… du moins jusqu’à un certain point, comme vous le découvrirez dans le livre.

Deux femmes donc, l’une politique, l’autre guerrière, agissant de concert pour sauver le royaume de France. Le tout durant une période tragique et sanglante : la guerre de Cent Ans. Il y avait là de quoi bâtir un bon roman, voir même une saga. C’est ainsi que je m’attelai à la rédaction des Trois Pouvoirs, dont l’intrigue démarre sous le règne du roi fou Charles VI, en 1407, c’est-à-dire 22 ans avant la libération d’Orléans. Mes recherches me conduisirent naturellement à m’intéresser à d’autres personnages féminins. Car comment évoquer le destin tragique du roi fou Charles VI, le père du « gentil Dauphin » de Jeanne d’Arc, sans y mêler celui de son épouse Isabelle de Bavière ? Comment retracer le funeste destin du frère du roi, le duc Louis d’Orléans, prince brillant assassiné en pleine gloire, sans évoquer celle qui aura cherché à le venger, à savoir son épouse Valentine Visconti ? Comment, enfin, ne pas faire entrer en scène la fameuse Christine de Pizan, l’un des esprits les plus brillants de ce début de XVe siècle ? Je prenais ainsi conscience qu’à cette époque, les femmes ne constituaient pas un simple élément du décorum mais qu’elles prenaient une part active à la vie publique et que, dans bien des cas, leur histoire s’avérait tout aussi passionnante que celle des hommes.

Puis c’est grâce à vous, Frédéric, et à moyenagepassion.com, que j’ai pu me lancer dans cette série de portraits dédiés aux grandes figures féminines du Moyen Âge. Avec le succès de cette chronique, m’est venue l’idée d’y consacrer un livre qui permettrait de mettre en avant ces nombreuses femmes qui ont fait l’histoire de France.

— Nous en sommes très heureux. Mais alors, au sortir, de tous ces portraits de dames du XVe siècle voyez-vous un canevas, une constance, dans toutes ces formes de pouvoir féminin ou avez-vous plutôt découvert leurs formes variées ?

Leur point commun est bien sûr d’avoir vécu durant cette période fort mouvementée que fut la guerre de Cent Ans. Mais ce qui les relie plus étroitement entre elles, c’est leur caractère de battante. Qu’elles aient été saintes (sainte Jeanne d’Arc, sainte Colette de Corbie), politiques (Yolande d’Aragon, Isabelle de Portugal), guerrières (Jeanne de Belleville, Jeanne des Armoises) ou intellectuelles (Christine de Pizan), elles ont toujours fait preuve de résolution, elles ont toujours surmonté les épreuves. Elles ne parvinrent pas toujours à leurs fins, certes. Mais au fond, peu importe. Ce qui est remarquable chez elles est d’avoir su se montrer à la hauteur des événements et de leur idéal, qu’il s’agisse de l’honneur de leur famille, leur foi ou leur patrie. Notons d’ailleurs que la plupart d’entre elles étaient très attachées à la France. C’étaient donc des patriotes.

Nouveautés parution : deux livres sur la période médiévale

Autrement dit, je me suis intéressé à ces « grandes dames » pour elles-mêmes et pas seulement en raison de leurs liens avec leurs époux ou de leurs amants. Certains historiens peuvent avoir eu tendance à évoquer les femmes historiques pour la seule raison qu’elles avaient partagé le lit des puissants. Pensez ainsi à Diane de Poitiers ou à Gabrielle d’Estrées, à madame de Pompadour, à la Montespan. Dans ce livre, c’est l’inverse : les hommes passent au second plan. Et si j’y ai inclus Agnès Sorel, la première favorite officielle de l’histoire de France, c’est pour mettre en valeur son rôle politique. D’où le titre du chapitre qui lui est consacré : « Agnès Sorel, une femme d’influence ».

Si le terme de « féminisme » est sans doute anachronique (à l’exception peut-être de Christine de Pizan, qui a beaucoup écrit sur la condition des femmes), votre expression de « pouvoir médiéval au féminin » me semble en revanche très adaptée. Ces femmes ont exercé le pouvoir sous toutes ses formes, parfois de manière ostensible, parfois plus cachée, mais toujours pleinement. Notons enfin que ces « grandes dames » furent sans doute plus nombreuses qu’on pourrait le croire. Il s’agissait donc pour moi de retrouver leur trace et de les mettre en valeur quand par le passé, avouons-le, justice ne leur avait pas toujours été rendu.

En tout cas, l’ouvrage devrait faire merveilleusement écho avec l’anniversaire des 500 ans d’Anne de France et aux différents colloques et expositions données cette année sur le pouvoir féminin au Moyen Âge. Encore une fois, nous sommes certains qu’on le verra sans doute sur bien des plages ou des lieux de vacances cette été !

Absolument ! Le lecteur y trouvera 12 portraits de dames ayant joué un grand rôle dans l’histoire médiévale et l’ouvrage est conçu pour s’adresser au grand nombre, qu’on soit passionné d’histoire ou simplement curieux d’esprit. Je me suis efforcé de scénariser le propos et de faire ressortir la psychologie de mes héroïnes. A plus de quatre siècles de nous, ces dernières devraient encore parler à de nombreuses femmes d’aujourd’hui.

Nous en sommes certain aussi. Avant de nous séparer, profitons-en pour rappeler que ces deux livres historiques viennent tout juste de paraître. Et une autre bonne nouvelle pour nos lecteurs, je crois que désormais vos ouvrages sont disponibles dans certains points de grande distribution, c’est bien cela ? Il devrait donc être encore plus simple de les obtenir.

Vous pourrez non seulement retrouver ces livres en librairies ou sur le site de la Ravinière mais aussi sur Amazon ou dans les boutiques de grands monuments historiques tel que le château de Vincennes, où la saga des Trois Pouvoirs figure déjà en bonne place. Les éditions La Ravinière viennent par ailleurs d’intégrer le catalogue d’ELECTRE, la base de référence et l’outil de recherche de toutes les librairies, bibliothèques et autres médiathèques françaises. J’en profite enfin pour annoncer trois dates de dédicaces : le 25 juin à la librairie La Boîte à Livres de Tours, le 2 juillet à la librairies Les Petits Mots à Chatou (Yvelines) et enfin le 5 août, chez Lu et Approuvé à Amboise.

Très bien. Nous nous assurerons de les transmettre à nos lecteurs. En vous remerciant encore de votre temps et en vous souhaitant un très bel été littéraire.


Retrouvez nos autres entretiens avec Xavier Leloup
Février 2021Décembre 2021

Découvrir ses articles sur Les grandes dames de la guerre de cent ans : 


En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Contre le Moyen Âge, l’éternel retour du moyenâgeux

Sujet  :   citations, Moyen Âge,  historien, médiéviste , livres, préjugés, idées reçues, pouvoir politique
Auteur : Régine Pernoud (1909-1998)
Ouvrage : Pour en finir avec le Moyen Age, Seuil (1977)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous sommes heureux de partager un extrait de « Pour en Finir avec le Moyen Âge« , un des plus célèbres ouvrages de Régine Pernoud. Elle le rédigea plus de 30 ans après son premier ouvrage « Lumière du Moyen Âge » daté de 1946. De l’un à l’autre, le combat restait pourtant le même : lever le voile sur le Moyen Âge historique et le remettre à sa place, au milieu d’un océan de préjugés et de vents contraires.


« C’est assez dire que le Français moyen, aujourd’hui, n’accepte plus qu’on qualifie de « gauches et maladroites » les sculptures d’un portail roman, ou de « criardes » les couleurs des vitraux de Chartres. Son sens artistique est suffisamment éveillé pour que des jugements qu’on n’aurait même pas discutés il y a trente ans, lui paraissent, à lui, définitivement périmés. Cependant il reste un certain décalage, qui, peut-être, vient surtout d’habitudes d’esprit ou de vocabulaire, entre le Moyen Age qu’il admire toutes les fois qu’il en a l’occasion, et ce que recouvre pour lui ce terme de Moyen Age. (…) Moyen Age signifie toujours : époque d’ignorance, d’abrutissement, de sous-développement généralisé, même si ce fut la seule époque de sous-développement pendant laquelle on ait bâti des cathédrales ! Cela parce que les recherches d’érudition faites depuis cent cinquante ans et davantage n’ont pas encore, dans l’ensemble, atteint le grand public. »

Régine PERNOUD – Pour en Finir avec le Moyen Âge (1977)

Une citation de Régine Pernoud sur le Moyen Âge en Image

L’actualité du combat de Régine Pernoud
pour le Moyen Âge

Dans la citation du jour, la médiéviste faisait remonter à 150 ans avant elle, et au début du XIXe siècle, les premières déconstructions sérieuses du Moyen Âge à l’égard des visions caricaturales qui les avaient précédées. Et pourtant… Aujourd’hui, de nombreux spécialistes de cette période historique continueraient sans doute de s’accorder avec elle quand elle écrivait, dans ce même livre de 1977 : « …Or le médiéviste, s’il s’est mis en tête de composer un sottisier sur le sujet, se trouve comblé par la vie quotidienne. Pas de jour où il n’entende quelque réflexion dans le genre : « Nous ne sommes plus au Moyen Age », ou « C’est un retour au Moyen Age », ou « C’est une mentalité médiévale ».

Pour en finir avec le Moyen Âge, essai de Régine Pernoud

Force est de constater, en effet, que l’actualité des petites phrases ou d’articles vus ici ou là, comme certaines énormités issues de productions cinématographiques récentes, ne cessent de lui donner raison. A presque 200 ans de son point de référence, certains préjugés perdurent à l’encontre des temps médiévaux et c’est au point qu’on a du mal à croire qu’il puisse s’agir d’un simple phénomène passif ou d’ignorance communément partagée. Même si le chemin peut, quelquefois, être long du savoir académique et des laboratoires au grand public, le fait que les relais se soient aussi peu effectués en deux siècles semble aller un peu au-delà d’un simple défaut circonstanciel du système éducatif ou d’une « négligence » des programmes. Il faut bien qu’il y ait, tout de même, quelques volontés à l’œuvre pour expliquer tout cela (voir Moyen Âge, idées reçues et Révolution des machines). Et si, on peut, tout de même, espérer que les choses se soient un peu améliorées grâce à l’œuvre de la médiéviste du XXème siècle et de quelques autres vulgarisateurs après elle, un phénomène complexe de cristallisation semble être à l’œuvre ici qui condamne le public à ne jamais pouvoir entrer, tout à fait, en contact avec le Moyen Âge historique, comme certaines de ses valeurs et richesses. Pour en dire un mot, ce phénomène nous semble à la fois historique, langagier et idéologique. Si vous voulez vous frottez à quelques réflexions le concernant, nous vous invitons à télécharger cet article « Contre le Moyen Âge, l’éternel retour du Moyenâgeux« .

Hors de l’historiquement correct

Si Régine Pernoud a été souvent décriée par certains de ses confrères — en partie pour ses convictions et sa marginalité académique, mais peut-être aussi pour ses efforts de vulgarisation couronnés de succès auprès du public — on peut constater que ses détracteurs n’ont pas toujours réussi à remettre à l’heure les pendules du Moyen Âge, pas d’avantage qu’à soulever les mêmes montagnes qu’elle (1). De fait, en 1977, l’historienne constatait déjà les prémices d’un regain d’intérêt pour la période médiévale et ses monuments, soutenus entre autre par la télévision et ses programmes éducatifs (où sont-ils ? ). Pourtant, elle n’a pas fait qu’observer ce mouvement. Par son œuvre impressionnante — pas moins de 60 ouvrages d’une grande accessibilité — elle y aura aussi contribué. En touchant un très large public, les ouvrages de Régine Pernoud ont participé de cet engouement pour le Moyen Âge que n’ont pu que constater (comme elle ou après elle) des Jacques le Goff (qui parlait de « mode du Moyen Âge ») et d’autres médiévistes. Cet intérêt pour le monde médiéval perdure encore, même s’il a pris entre-temps d’autres formes et que sont venues s’y greffer d’autres influences exogènes et d’autres représentations.

Quoi qu’il en soit, même si elle ne s’est guère préoccupée de verser dans « l’historiquement correct » et n’en déplaise à ces opposants, on lit encore Régine Pernoud aujourd’hui, et on l’apprécie toujours plus de 20 ans après sa disparition. Jugez-en simplement par les commentaires élogieux sur ses ouvrages qui constellent le web. Et si on peut admettre que les années ont un peu passé sur certains d’entre eux, leurs vérités ont loin d’avoir été emportées par le flot du temps. Les sujets traités sont riches, son œuvre exhaustive. Durant sa longue carrière, Régine Pernoud n’a pas fait que réconcilier le Moyen Âge avec les femmes et le pouvoir féminin même si elle y a grandement contribué. Elle a éclairé toute cette période de sa sagacité, avec une volonté sincère de la faire partager au plus grand nombre et de transmettre. Avec un sens véritable de la pédagogie, nul ne pourrait dire, aujourd’hui, qu’elle n’y est pas parvenu.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous  toutes ses formes

(1) Au sujet des détracteurs de Régine Pernoud, tout autant que de son legs, lire le riche article « Défendre le Moyen Âge, les combats de Régine Pernoud » de Jean-Louis Benoît, issu de l’ouvrage collectif Le Savant dans les lettres, paru en 2014, aux Presses universitaires de Rennes.

NB : sur l’image d’en-tête, en arrière plan de la photo de Régine Pernoud, l’enluminure et ses bâtisseurs de cathédrales sont tirés du manuscrit de la BnF Latin 4915 : le Mare historiarum ou la Chronique universelle de la Création à 1250 du Frère dominicain et chroniqueur italien Giovanni Colonna.

prodige de l’asservissement et de la manipulation des âmes, Roger Bacon

Statut du savant médiéval Roger Bacon

Sujet : science médiévale, savant, psychologie, citations médiévales, miroir des princes, exercice politique, manipulation, asservissement.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle
Auteur : Roger Bacon (1214-1292)
Ouvrage Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art et la nullité de la magie, A. Poisson, (1893)

Bonjour à tous,

ans le courant du Moyen Âge central, le savant, médecin et alchimiste Roger Bacon liste, dans un petit ouvrage de moins de 100 pages, les prodiges de la nature et de l’art contre ceux de la magie. Au XIXe siècle, l’écrivain et alchimiste Albert Poisson traduira en français actuel cette Epistola de secretis operibus naturae et artis et de nullitate magiae du Doctor Mirabilis dont on n’avait déjà connu certaines traductions en français vernaculaire dans le courant du Moyen Âge.

Dans cette Lettre sur les prodiges de la Nature et de l’Art, le savant médiéval listera un certain nombre de choses dont certaines pourraient paraître assez surprenantes au profane, au regard du XIIIe siècle dont Roger Bacon est contemporain. Nous en avons déjà cité quelques extraits et citations dans de précédents articles et nous nous récidivons aujourd’hui.

L’asservissement des individus par le prince

Citation illustrée de Roger Bacon tirée de la lettre des Prodiges

Dans son chapitre consacré aux « expériences merveilleuses », Roger Bacon conclut en s’éloignant des arts mécaniques pour basculer sur un propos plus proche de la manipulation politique des individus.

« Il y a un prodige qui l’emporte sur tous les précédents. L’âme raisonnable, qui ne peut être asservie, puisqu’elle possède la liberté, peut cependant être efficacement circonvenue, dominée et disposée de telle sorte qu’elle changera volontiers ses habitudes, ses affections, ses volitions, selon la volonté d’un autre (1), et non seulement on peut ainsi dominer une personne, mais encore une armée, une cité, tout un peuple. Aristote dans le livre des Secrets enseigne la manière de faire cette expérience aussi bien sur un peuple ou une armée que sur les individus. L’on peut dire que c’est là l’extrême limite de la nature et de la science. »

Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art,
Roger Bacon (1220-1292), Traduction de Albert Poisson

(1) note d’ Albert Poisson : Roger Bacon exposant clairement le dogme de la suggestion mentale ou du magnétisme animal, comme on voudra, quel enseignement pour les adorateurs fanatiques de la science actuelle ! Et encore l’alchimiste anglais reporte cette expérience à Aristote, ce qui nous ramène à quelques siècles avant l’ère chrétienne, ou tout au moins si le livre des Secrets est supposé, à un écrivain arabe. Le fait est trop clairement exposé pour être discuté, Bacon parle bien de la substitution d’une volonté à une autre volonté !

Le Secret des Secrets, un succès médiéval

La référence de Bacon est donc empruntée au Secretum Secretorum, ouvrage très populaire du Moyen Âge que l’on a longtemps attribué à Aristote, devenu avec le temps « Pseudo-Aristote » et dont l’auteur est resté anonyme.

Ce « Secret des secrets » a émergé dans la littérature proche-orientale du Xe siècle sous la forme d’un ouvrage ayant pour nom « Kitāb-al-siyāsaẗ fī tadbīr al-riyāsaẗ ». Ce dernier se présente comme un échange épistolaire supposé du philosophe Aristote vers son prestigieux disciple Alexandre le Grand. Ses origines sont, peu ou prou, inconnues. La version arabe s’annonce comme une traduction du grec vers le syriaque, puis de cette langue vers l’arabe par Abu Yahya ibn al-Batriq, un érudit du IXe siècle. Depuis, cette assertion a été remise en cause par certains érudits et certaines hypothèses font remonter Le Secret des Secrets à un autre miroir des princes islamique dont il aurait été inspiré : le as-Siyâsat al-‘âmmiyyahn du VIIIe siècle.

Popularité de cet ouvrage au Moyen Âge

Livre de conseils de gouvernance (ou miroir des princes, comme on les nomme alors), le Secretum Secretorum apparaîtra, en Europe, dans des centaines de manuscrits du Moyen Âge central : d’abord en latin, puis en français vernaculaire à partir du Moyen Âge tardif et des XIVe/XVe siècles. Il existe en deux versions une courte et synthétique, une autre plus longue de plusieurs volumes. Les thématiques abordés par ce « digest » de la bonne tenue et de la bonne gouvernance à l’attention des puissants demeurent assez larges : stratégies à tenir en matière d’administration et de gestion du pouvoir, usage des conseillers, vertus nécessaires et vices à écarter mais encore santé, régime, vêtements et apparence, … Et pour finir, cette énigmatique « physiognomonie », une discipline qui permettrait de connaître l’âme des hommes d’après leur physique/physionomie, leurs traits particuliers et leurs attitudes, à des fin, bien sûr, de manipulations ou, pour le dire plus positivement, de meilleur gouvernement.

Le Livre "Le Secret des Secrets par Denis Lorée

En plus des manuscrits qui attestent de la grande popularité médiévale de l’ouvrage, des références à son contenu apparaissent aussi clairement entre les lignes de nombreuses autres auteurs médiévaux dont Albert le Grand ou Gilles de Rome. Roger Bacon en proposera même une version remaniée et annotée. Plus près de nous, on doit au Docteur ès Lettres et professeur Denis Lorée, une édition commentée du Secrets des Secrets qui vous pourrez trouvez facilement en ligne (voir également ce lien).

Vieux comme le monde et toujours d’actualité

« Plusieurs types de secrets se côtoient dans le traité du Pseudo-Aristote. Les secrets humains sont ceux que chacun utilise pour tromper l’autre. Ils ne sont acceptables que lorsqu’ils permettent de maintenir le prince dans ses fonctions et le royaume en équilibre. »

Edition commentée du Secret des Secrets, Denis Lorée, CELAM, 2012.

A ces secrets, viendront s’ajouter, notamment, les secrets divins, confiés à Dieu à un nombre choisi d’élus et de princes avec grande responsabilité de ne pas les révéler. Marketing médiéval et teasing avant l’heure ? En suivant la plume de Denis Lorée, une partie des secrets éventés par l’ouvrage pourrait avoir fait l’effet d’être un peu remâchés ou survendus même pour certains érudits et savants du XVe siècle.

Quant à la manipulation des individus et des masses par les pouvoirs politiques, si les moyens sont différents au XXIe siècle, le fond n’a guère changé. A l’ère du tout médiatique et numérique, la rapidité de traitement de l’information et son inflation est loin d’être un gage de qualité, et encore moins de vérité. Comme toujours, pour demeurer libre et échapper à la désinformation autant qu’à la manipulation, le devoir nous échoit de croiser très sérieusement les sources pour exercer à plein notre intelligence. C’est, à ce jour, la seule chose qui permette de se faire une idée plus claire de la réalité de l’action politique derrière le visage affable de sa communication. Ce devoir de sens critique est particulièrement essentiel à l’heure où l’on traverse, en France assurément, sinon dans d’autres pays d’Occident, une crise de confiance de plus en plus grande vis à vis de la réalité de l’exercice démocratique, le tout en relation avec des connivences de « caste » aux idéologies autant qu’aux intérêts politico-économico-médiatiques convergents.

En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes

NB : l’image d’en tête est tirée, pour le premier plan, d’une gravure de l’édition de 1893 de la Lettre sur les prodiges de la nature et de l’art de Roger Bacon, traduite par A poisson. Son arrière plan provient du manuscrit Ms- 2872 de la Bibliothèque de l’Arsenal. Daté de la première moitié du XVe siècle, cette ouvrage contient diverses œuvres du Moyen Âge en provenance d’auteurs divers, dont le Secrets des Secrets (à consulter en ligne ici).

Idées reçues : des sorcières au Moyen Âge avec Martin Blais

Martin Blais, médiéviste et philosophe

Sujet : citations, Moyen Âge, idées reçues, barbarie, modernité, révolution, technologie, Moyen Âge, préjugés, sorcellerie, sorcières, livres.
Période : renaissance, XVIIe siècle, XVIIIe
Auteur : Martin Blais
Ouvrage : Sacré Moyen Âge (1997)

Bonjour à tous,

omme nous l’avons mentionné à l’occasion de l’actuelle exposition sur les sorcières du KBR Museum, s’il existe un préjugé qui a la vie dure au sujet du Moyen Âge, c’est bien cette vision de centaines, quand ce n’est de milliers, de femmes exécutées par l’Eglise, sous l’accusation abusive de sorcellerie. Bûchers à perte de vue et leurs feux meurtriers, justice ecclésiastique arbitraire, en réalité, tous ceux qui s’intéressent de plus près au monde médiéval savent que tout est faux dans ce type d’affirmation. La période n’est pas la bonne, l’exécuteur non plus, comme nous allons le voir dans l’extrait du jour.

Sorcières, bûchers et bras séculier

Une fois de plus, c’est à Martin Blais (1924-2018) et son ouvrage Sacré Moyen Âge que nous emprunterons ce passage. Cet écrivain, philosophe et enseignant canadien très prolifique, est loin d’être le seul à avoir écrit sur les idées reçues à l’encontre du Moyen Âge. De nombreux médiévistes s’y sont attelés, mais son ouvrage a l’avantage d’être digeste et accessible. Si ces questions vous interpellent mais que vous n’avez pas envie de lire une encyclopédie, ce petit bouquin pourrait donc être un bon point de départ.

Avant de partager cet extrait et pour ceux qui penseraient que si le Moyen Âge n’a pas brûlé de sorcières, il a, tout de même, connu une inquisition massivement meurtrière, à l’encontre des hérétiques ou contradicteurs de toutes sortes. Ajoutons qu’il s’agit, là encore, d’une affirmation à nuancer. Contre toute attente, le film Le Nom de la Rose n’est pas vraiment représentatif des temps médiévaux et, jusqu’à très récemment, des historiens très sérieux se sont même évertués à déconstruire l’inquisition médiévale et sa légende noire.

Citation illustrée de Martin Blais sur les préjugés sur le Moyen Âge

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est de 1580 à 1640 que la chasse aux sorcières connut sa plus forte intensité : 1580, c’est le XVI e siècle, c’est la Renaissance ; 1640, c’est le XVII e siècle. On reste songeur. Eût-il été plus juste que mon encyclopédie note : « À la Renaissance et au XVII e siècle, on brûlait les sorcières » ? Quel choc ! Toutes les horreurs du passé ne doivent-elles pas s’entasser dans la grande poubelle de l’histoire, le Moyen Âge ? Stupéfiant, mais le prestigieux XVII e siècle appartient à l’époque qui s’est le plus tristement signalée par sa lutte barbare contre les sorciers et les sorcières. Même le XVIII e en a été entaché.

Enluminure sorcière manuscrit médiéval
 » Des Vaudoises » enluminure du XVe (1)

Une autre surprise nous attend. Les pays qui se livrèrent avec le plus de sévérité à la chasse aux sorcières furent tout d’abord l’Allemagne, puis la Suisse et l’Écosse. Pour une population de quatre millions d’habitants, l’Angleterre a allumé mille bûchers ; la France n’en a pas allumé davantage pour une population cinq fois supérieure. Pour une population comparable à celle de l’Angleterre, la Scandinavie a allumé deux mille bûchers. La persécution a été à peu près inexistante en Italie, en Espagne et au Portugal.

À partir de la Renaissance, c’est le « bras séculier » qui poursuit les sorciers et les sorcières. Le « bras séculier », c’est-à-dire l’autorité civile et non pas l’Église et son Inquisition, tristement célèbre. Quelques exemples. En Lorraine sévit un redoutable chasseur de sorcières, Nicolas Rémy, grand juge et procureur général de 1576 à 1591. Cet homme abominable a envoyé au bûcher environ trois mille sorciers et sorcières. En 15 ans, trois fois plus de victimes, à lui seul, que pendant tout le millénaire du Moyen Âge. »

Martin BlaisSacré Moyen Âge (1997)

(1) Cette enluminure est tirée de l’ouvrage, « Le Champion des dames », de Martin Le Franc, Prévost de l’église de Lausanne. Ce manuscrit médiéval, daté du milieu du XVe siècle, est conservé à la BnF sous la référence MS Français 12476 . En marge du Feuillet 105v, cette femme volant sur son balais a pour légende « Des Vaudoises », autrement dit « des sorcières », « des adoratrice de Satan ». On utilisait cette appellation en référence à l’hérésie vaudoise. Sur le feuillet, cette illustration est accompagnée d’un autre du même type.


Voilà donc une idée reçue de plus sur le Moyen Âge à évacuer ! Pour compléter voici quelques articles utiles :

couverture livre Fréderic Effe - Roman d'aventure médiévale

Si la sorcellerie et le monde médiéval vous intéressent, vous pouvez aussi découvrir notre roman d’aventure. Il a pour cadre le XIIIe siècle et raconte l’histoire d’un médecin alchimiste en prise à d’étranges phénomènes. Pour les fêtes de fin d’année, le format ebook reste encore en promotion à moins de 2.99€ . Si vous appréciez notre site et nos contenus, c’est un excellent moyen de nous montrer votre soutien, tout en plongeant dans une histoire inédite.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

NB : l’impressionnante enluminure utilisée pour l’image d’en-tête est tirée du manuscrit médiéval Les Grandes Chroniques de France. Cet ouvrage, daté du milieu du XIVe siècle, est actuellement conservé à la bibliothèque du British Museum sous la référence Royal MS 16 G V (voir en ligne). L’illustration raconte l’histoire de la reine mérovingienne Frédégonde (545-597) et quelques-unes de ses « frasques ». Cette souveraine ambitieuse et impitoyable du haut Moyen Âge n’eut guère de chance avec ses héritiers mais elle réussit tout de même à mettre Clotaire II sur le trône après bien des stratagèmes et des assassinats.

D’après les grandes Chroniques de France, Frédégonde fit condamner le préfet Mummol (Mammolus) en utilisant un stratagème assez semblable à celui qu’elle aurait utilisé pour faire condamner Clovis : l’accusation de magie ou de sorcellerie. Pour Mummol, elle aurait même choisi un groupe de femmes vraisemblablement innocentes, qu’elle força à avouer leur méfait. Les malheureuses furent brûlées, torturées et décapitées. Mammolus fut exécuté lui aussi. L’enluminure représente ces infortunées victimes et sorcières de circonstance » ainsi que la pendaison de Mammolus sous le regard de la reine. Dans sa troisième partie, on voit Frédégonde faire fondre tout l’or et tout l’argent de son défunt fils Théodoric afin qu’il ne resta nulle trace de ses possessions qui put attiser l’immense douleur de sa perte. L’histoire conte qu’elle avait fait de même pour la garde-robe de ce dernier et pour les mêmes raisons.