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Sources d’inspiration, réflexions générales, articles d’actualité sur le moyen-âge, la catégories des inclassables.

Agenda 2019 : le Réel et le virtuel à la lumière du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques

conferences_congres_histoire_sciences_reel_virtuel_comite-travaux-historiques_scientifiques_marseilleSujet : conférences, congrès, histoire, sciences sociales et humaines, virtuel,  techno-sciences.
Evénement : Le 114 congrès du CTHS
Thème : le Réel et le Virtuel
Organisateur : Comité des travaux historiques et scientifiques
Lieu : Mucem, Marseille, PACA
Dates : du 9 au 11 mai 2019

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passioneux qui connaissent moyenagepassion savent déjà combien nous affectionnons, en plus des sciences historiques, humaines et sociales, les technologies numériques (internet, mais aussi plus largement les mondes virtuels et l’infographie 3D). Ces dernières et plus généralement les techno-sciences peuvent s’avérer précieuses au moment de voyager dans l’histoire et le moyen-âge, et, disons-le aussi, sans leur présence, nombre d’articles et de recherches que nous effectuons dans le cadre de ce site n’auraient pas été matériellement possibles et, en tout cas, pas aussi « aisément ».

Voilà donc un événement qui sort du cadre médiéval mais que nous relayons avec grand plaisir parce qu’il intéresse les manières de conduire les sciences autant que l’apport du numérique dans notre monde moderne et les nombreuses questions soulevées par son utilisation.

Le 114 congrès du CTHS
Marseille du 9 au 11 mai 2019

Ouvert aux jeunes chercheurs, aux universitaires, mais aussi aux auditeurs libres, le 144e Congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques se tiendra à Marseille, en mai prochain. Il proposera trois journées de réflexions sur le thème du Réel et du Virtuel en compagnie d’érudits, d’universitaires et de représentants de Sociétés Savantes d’origine pluridisciplinaire.

comite-travaux-historiques-scientifiques_congres_conferences_histoire_sciences_reel_virtuel_MarseilleAu programme, conférences, réflexions et échanges sur « la virtualisation du monde, sur l’histoire et le statut contemporain du virtuel, sur ses conséquences directes sur le fonctionnement et l’organisation de nos sociétés, ainsi que sur les réceptions sociales de ces représentations ».

Sous la présidence scientifique de l’anthropologue et ethnologue, Sophie Chevalier, également co-directrice de la revue numérique  Ethnographiques.org, cinq-cent participants sont déjà attendus, issus, comme nous le disions plus haut, des disciplines les plus variées; histoire, géographie, sciences, ethnologie, anthropologie, préhistoire et protohistoire, archéologie, philologie, environnement, histoire de l’art. De fait, ce congrès promet d’être un événement d’exception pour qui s’intéresse à toutes ces problématiques.

Pour plus d’informations sur les sujets abordés et les inscriptions, voir le site officiel du CTHS et du 114e Congrès

Le Comité des Travaux Historiques et Scientifiques : quelques mots d’Histoire

F_lettrine_moyen_age_passion-copiaondé par décret dans la première moitié du XIXe siècle (1834), par l’historien et homme politique François Guizot, le Comité avait pour vocation de publier des documents et recherches inédites, avec l’appui des fonds publics. Au cours des trois décennies suivantes, il allait faire l’objet de nombreux aménagements de statut, pour devenir un organisme représentant à la fois le champ de la recherche mais également les sociétés savantes. Du même coup, les questions de l’articulation de l’Histoire avec les autres sciences et « humanités » y trouverait une place de choix et les thèmes allaient même bientôt s’élargir du champ national vers  d’autres terres.

Les deux guerres successives du XXe siècle ayant ralenti son activité et décimé aussi un nombre important de ses membres, il fut question, autour de 1942,  de procéder à sa liquidation, mais il tint bon sous l’égide de Julien Cain, alors fraîchement nommé administrateur de la Bibliothèque Nationale. La décision fut la bonne et dès l’après-guerre, le comité se vit attribuer de nouveaux crédits de recherche.

A dix ans de là, en 1956, il modernisa ses statuts en s’ouvrant sur la province et renforça encore ses liens avec les Sociétés savantes et les universités. En 1981, séparé de la Bibliothèque Nationale alors rattachée au Ministère de la Culture, il augmenta ses domaines d’investigation, en confirmant, une nouvelle fois, son ouverture vers les Sociétés savantes et leur représentation. Il accrut également le nombre de ses membres et, dans le courant des années suivantes, put ainsi publier un nombre grandissant d’ouvrages dans ses différents domaines de prédilection : philologie et histoire (jusqu’aux débuts du XVIIIe), archéologie, sciences, géographie, sciences économiques et sciences sociales, histoire contemporaine. histoire des sciences & des techniques, protohistoire et préhistoire, anthropologie et ethnologie française.

Rattaché depuis 2007 à l’Ecole Nationale des Chartes sous le nom de Comité des travaux historiques et scientifiques, il se compose aujourd’hui de 255 membres titulaires élus, tous adhérents de sociétés savantes nationales et locales. Ses missions et travaux ouvrent la participation  de près de 700 000 intervenants. En plus des ouvrages et publications qu’il fait paraître chaque année, il édite également un Bulletin gratuit sur ses activités et colloques: le bulletin de liaison des sociétés savantes.

Plus intéressant encore, en visitant le site  du Comité vous pourrez encore trouver nombre d’articles et de publications d’intérêt en accès gratuit mais aussi un conséquent dictionnaire topographique de la France  (sous divers formats numériques).

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

800 Manuscrits anciens de la France et de l’Angleterre médiévales nouvellement mis en ligne

manuscrits_anciens_bnf_british-library-haut_moyen-age_monde_medieval_bibliotheque_numeriqueSujet : manuscrits anciens, monde médiéval, Europe médiévale, France médiévale, Angleterre médiévale, mécénat, digitalisation, bibliothèque numérique, préservation, patrimoine culturel.
Période : du haut moyen-âge au moyen-âge central (700-1200)
Porteur de projet : Fondation Polonsky
Partenaires : BnF, British Library (2016-2018)

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion-copiaoilà une excellente nouvelle qui devraient combler les amateurs de culture médiévale et de beaux manuscrits anciens. Avec le soutien de la fondation Polonsky, la Bibliothèque Nationale de France et la British library ont, en effet, depuis 2016, conjugué leurs savoir-faire et leurs efforts pour digitaliser et mettre à la disposition du public et des chercheurs plus de 800 manuscrits anciens, en provenance du monde médiéval.

Les relations franco-anglaises du haut moyen-âge au moyen-âge central

La sélection, qui porte sur les plus beaux ouvrages témoignant des relations franco-anglaises du haut-moyen-âge au moyen-âge central, a fait l’objet de toutes les attentions. On y trouvera ainsi de véritables chef-œuvres d’enluminures couvrant de vastes champs thématiques : psautiers, bibles, hagiographies, mais aussi ouvrages bede_chronique_historique_fondation_polonsky_british-library_Bnf_manuscrits-anciens_enluminures_moyen-age  de sciences, musique, histoire, médecin, philosophie ou encore de littérature médiévale.

Du point de vue linguistique et au vue de la période une grande partie de ces ouvrages  est  en langue latine, mais on en trouve aussi en anglo-saxon, en anglais moyen, en français ancien, en gallois et encore en anglo-normand.

Pour qui ne maîtrise pas nécessairement ces idiomes ou qui n’est pas versé en paléographie, on pourra largement se contenter de feuilleter ces merveilleux manuscrits pour y découvrir de véritables trésors de miniatures et d’enluminures. Rappelons qu’il s’agit d’une collection qui n’a pas son pareille au niveau mondial.


La Fondation Polonsky

A l’initiative du projet et de son financement, on retrouve la Fondation Polonsky. Cette institution, dédiée au mécénat et basée en Angleterre, se consacre toute entière au financement de projets en relation avec les « Humanities », soit d’une manière large le champ des Sciences Humaines et sociales, avec des visées claires de préservation de l’héritage culturel et historique de l’humanité.

Préservation & démocratisation du patrimoine historique et culturel de l’Humanité

fondation_Leonard_Polonsky_mecenat_monde_medieval_manuscrits_anciens_moyen-ageDepuis sa création par Leonard Polonsky, la fondation a apporté son soutien à de nombreux projets à travers le monde, sans se limiter aux manuscrits anciens. Entre autres actions, on relèvera une collaboration semblable à celle qui fait l’objet de cet article et qui a permis de 2012 à 2017 de réunir la prestigieuse Bodleian Library d’Oxford et la Bibliothèque apostolique du Vatican.  Le fruit de ce financement avait alors rendu possible la numérisation et la mise à disposition des chercheurs, mais aussi du grand public, du fleuron de ces deux collections. La période ciblée était, cette fois, le moyen-âge tardif et le XVe siècle. Un nombre impressionnant de manuscrits grecs, latins et hébreux du XVe siècle ont été ainsi digitalisés à cette occasion, pour un total de plus de 1,5 million de pages. Si vous en avez la curiosité, vous pouvez consulter le site de ce programme ici.


France Angleterre, 700-1200 : manuscrits médiévaux de la BnF et de la British Library,

Pour revenir au projet faisant intervenir la Bibliothèque Nationale de France et de la British library, après deux ans de travail soutenu, cette superbe collection est enfin consultable en ligne et un site spécial lui a même été dédié. A lire et découvrir les publications enthousiastes des conservateurs, copistes et de l’ensemble des acteurs impliqués des deux côtés de la Manche, on ne peut que mesurer la passion qui les a portée tout au long de ce projet et on ne peut que se réjouir avec eux de voir, aujourd’hui, le fruit de leurs efforts récompensés. Des trésors de patience et de précautions ont, en effet, été nécessaires pour mener à bien cette opération dans le respect des manuscrits anciens et de leur fragilité.

Le site web des 800 manuscrits

Sous le nom de France et Angleterre : manuscrits médiévaux entre 700 et 1200, il est en place depuis la semaine dernière à l’adresse suivante : manuscrits-france-angleterre.org  ( notons que le site  a également un homologue du côté anglais sur le site de la british library et au lien suivant).

evangile_bible_Echternach_Enluminures_miniatures_fondation_polonsky_british-library_Bnf_manuscrits-anciens_moyen-ageCeux d’entre vous qui sont familiarisés avec le site Gallica.fr de la BnF (que nous ne finissons jamais assez ici de remercier pour ses précieuses ressources), ne devraient pas être déroutés par l’interface de recherche de ce nouveau « bébé » de la BnF. C’est en effet le moteur marque blanche de Gallica qui a servi de base à son interface, à son indexation et à sa navigation.

En plus de fonctionnalités avancées pour les recherches les plus pointues, vous y trouverez également des entrées multiples par thème, par auteur, par lieu ou par siècle.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Légendes arthuriennes & quête du Graal : un petit chef-d’oeuvre de sculpture et de monétique

roman_arthurien_graal_monetique_art_sculpture_perceval_dandraneSujet : légendes arthuriennes, quête du Graal, monétique, art, sculpture, roman arthurien, Perceval, Dandrane, Perlesvaus, Livre du Graal
Période : Haut moyen-âge et modernité.
Auteur : Roman Booteen
Pays :
Russie, Octobre 2018.

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passione Moyen-Age ne s’est jamais autant invité dans notre monde moderne et c’est, cette fois, dans le domaine de l’Art et à travers la référence au roman arthurien qu’il pointe son visage de manière aussi inattendue que fabuleuse.

La découverte du Graal
par l’artiste russe Roman Booten

legendes_arthuriennes_monetique_quete_graal_art_moyen-ageVéritable orfèvre spécialisé dans le domaine de la micro-sculpture, l’artiste russe Roman Booteen a présenté sur son Instagram le 19 octobre dernier, une oeuvre artistique d’inspiration arthurienne. Basée sur un Dollar de 1921, cette pièce de monnaie, unique en son genre, met en scène rien moins que la découverte du Graal à l’aide d’un mécanisme caché d’une superbe ingéniosité.

Le tableau nous montre Perceval et sa soeur Dandrane, Souvent éclipsée dans les légendes arthuriennes modernes, cette dernière a pris dans certains romans arthuriens médiévaux, une part active dans la quête du Graal. On la retrouve notamment dans le Perlesvaus ou Haut Livre du Graal du XIIIe siècle, ainsi que dans La Queste del saint Graal dite Quête du saint Graal, écrite autour de 1225-1230.

Symbole antithétique ou clin d’oeil de l’artiste ?

Dollar américain des débuts du XXe siècle d’un côté, légendes arthuriennes de l’autre, l’histoire ne dit pas si le talentueux ‘artiste russe a volontairement souhaité donner un sens symbolique à cette opposition entre pile et face, mais on ne pouvait trouver de meilleur exemple du contraste entre monde médiéval et modernité. De fait, contre l’aigle conquérant américain et son arme monétique, le roi Arthur ne fait pas vraiment figure d’impérialiste. S’il demeure un fédérateur, il reconstruit plutôt Logres sur les cendres d’un empire romain (et son aigle ) en recul et face à des velléités de conquêtes et d’invasions diverses qui le pressent aux frontières. Pour lier les deux côtés opposés de cette oeuvre, il ne reste donc, à première vue, comme dénominateur commun que le Tout-Puissant (cf  le « In God we Trust ») et deux quêtes, bien différentes, faites en son nom..

Plus d’informations sur l’artiste et ses oeuvres

quete_graal_legendes_arthuriennes_art_sculpture_moyen-age_modernite

Du point de vue de ses réalisations, Roman Booteen ne se cantonne pas au champ de la monétique et vous pourrez trouver sur sa page Instagram bien d’autres échantillons de son art original. Concernant ses sources d’inspiration, elles débordent largement le thème médiéval mais vous pourrez y retrouver quelques oeuvres superbes inspirées de cette période.

Pour la petite histoire, aux dernières nouvelles, l’artiste a connu quelques déboires au moment d’exporter l’oeuvre arthurienne dont il est question dans cet article. Il se l’est vue, en effet, retourner par les services postaux russes. La circulation de monnaies anciennes étant sujette à quelques réglementations locales, il est occupé actuellement à se mettre à jour avec elles pour s’assurer que cela ne surviendra plus. C’est tant mieux parce qu’au vue de son succès grandissant, les demandes ne cessent de lui affluer de tout côté du monde et il ne lui reste d’ailleurs, pour l’instant, devant lui, aucune oeuvre  qu’il n’ait déjà vendu.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Le chevalier d’Aimé-Martin, imitation en français moderne du XIXe d’une poésie médiévale du XIIIe

poesie_medievale_fabliaux_chevalerie_chevalier_heros_valeurs_guerrieres_moyen-age_XIIIeSujet : poésie médiévale, littérature médiévale, chevalerie, héros, guerrier, fabliau, vieux français, imitation, adaptation moderne.
Période : Moyen-âge central, XIIIe siècle, XIXe.
Auteur : Aimé-Martin (1782,1847)
Titre : une branche d’Armes
Ouvrage : Jongleurs & Trouvères, d’après les manuscrits de la Bibliothèque du RoiAchille Jubinal, 1835.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour faire suite à l’article d’hier sur le texte une branche d’armes, « fabliau » atypique du XIIIe siècle,  nous publions aujourd’hui l’imitation qu’en fit un auteur contemporain de la fin du XVIIIe et des débuts du XIXe : Louis-Aimé Martin, alias Aimé-Martin, auteur et éminent professeur de belles lettres, de morale et d’histoire à l’école polytechnique, ami proche d’Alphonse de Lamartine.

 Le chevalier, par Aimé-Martin

Honneur au chevalier qui s’arme pour la France !
Dans les champs de l’honneur il reçut la naissance;
Bercé dans un écu, dans un casque allaité,
Déchirant des lions le flanc ensanglanté,
Il marche sans repos où la gloire l’appelle.
A l’aspect du combat son visage étincelle.
L’amour arme son bras, et l’honneur le conduit.
Il paraît : tout frissonne ; il combat, tout s’enfuit.
Au sein de la tempête étendu sur la terre,
Il dort paisiblement au fracas du tonnerre;
Et lorsque la poussière, en épais tourbillons,
Cache des ennemis les sanglants bataillons,
Lui seul les voit encore et s’élance avec joie,
Semblable à l’aigle altier qui découvre sa proie,
Et qui, dans sa fureur, plongeant du haut des cieux,
La frappe, la saisit, la déchire à nos yeux.
Les montagnes, les bois et les mers orageuses,
Des Sarrasins vaincus les rives malheureuses,
Ont retenti souvent du bruit de ses exploits.
Il venge la faiblesse, il protège les rois.
Vingt troupes de guerriers devant lui dispersées,
Les coursiers effrayés, les armes fracassées
Comblent tous les désirs de son cœur belliqueux;
Et voilà ses plaisirs, ses fêtes et ses jeux.

Vieux-Français, Français moderne
Le difficile exercice de l’adaptation

Après avoir décrypté le texte médiéval dans notre article précédent, vous en reconnaîtrez sans peine la marque. Bien sûr, comme le veut l’exercice, l’imitation ne colle pas tout à fait à l’original. Outre le passage du vieux-français au français moderne, Aimé-Martin a décidé de donner un visage aux ennemis de notre chevalier qui n’en avaient pas dans la branche d’armes. Il en a fait également le protecteur des rois et des faibles, devoir dont la poésie du XIIIe avait aussi exempté notre guerrier. Et pour finir et au passage, il a ajouté une petite couche sur la défense de la nation qui n’était pas non plus au rang des préoccupations de notre poète médiéval, mais qui, on le sait, occupait bien plus les esprits des historiens et des auteurs du XIXe.

Pour le reste, autant le dire, l’exercice d’adapter véritablement le vieux-français des fabliaux en français moderne (entendons dans une vraie poésie remaniée, ambitieuse, etc…), est à peu près du niveau de la course à pied au milieu d’un champ de peaux de bananes. Les auteurs qui s’y sont essayés, l’ont fait souvent à leur frais et, ils ont, en général, trouvé en face d’eux, au moins un médiéviste, un romaniste ou un amateur de vieux-français et de poésie ancienne, pour leur signifier qu’ils auraient mieux fait de se passer du dérangement. De fait et sauf rares exceptions, en matière médiévale, la création ex nihilo semble bien mieux payante que l’imitation ou l’adaptation.

auteur_XIXe_louis_aime_martin_le_chevalier_poesie_inspiration_medievaleAimé-Martin (portrait ci-contre Collection Bibliothèque Municipale   de Lyon) eut donc, comme le veut la règle, au moins un détracteur et on relèvera, pour la note d’humour et sans rien enlever à la qualité de ses vers, la petite phrase exquise dont il s’est trouvé gratifiée par son critique, dans l’ouvrage La littérature français depuis la formation jusqu’à nos jours. lectures choisies par le Lieutenant-Colonel Staaff, (Volume 2, 1874). 

Après avoir cité la poésie de notre auteur « moderne », le texte médiéval était donc repris, dans son entier, par le Lieutenant-Colonel, dans une note qu’il concluait de la façon suivante : « Malgré la barbarie du langage, l’original est bien supérieur, comme feu et comme énergie, à la pâle imitation d’Aimé-Martin. » (sic) Avec le recul, la remarque  est d’autant plus drôle que le docte critique parlait alors de « barbarie du langage » à propos de la poésie du XIIIe et de son vieux français, ce qui dénote tout de même d’une dépréciation certaine. Pour autant, il n’appréciait guère non plus les effets de style de l’imitateur, exécuté en règle, pour l’occasion, dans la pénombre d’un pied de page.

« La poésie du passé »

A la décharge de Louis Aimé-Martin, le texte original possède, il est vrai, une force brute et évocatrice que nous avions déjà souligné, mais à laquelle il faut sans doute ajouter une sorte d’aura de mystère qui entoure presque de facto la langue du moyen-âge central. Pour être aux origines de notre langage et pour nombre de ceux qui en sont curieux ou friands, le vieux-français emporte indéniablement une sorte de charge émotionnelle intrinsèque qu’une adaptation perd presque fatalement en route. Pour éclairer tout cela, on pourra encore se reporter à quelques belles analyses  de Michel Zink.  Dans un article de 2008, l’académicien médiéviste nous parlait, en effet, d’un autre phénomène qui vient s’ajouter à cette fascination. Sans doute un peu narcissique, c’est celui qui nous fait quelquefois aimer la poésie médiévale autant pour son mystère que pour le sentiment (souvent bien présomptueux) que nous retirons en prétendant la  décrypter, d’en être un peu les co-créateurs ou les révélateurs : une forme de jubilation (illusoire par endroits) digne d’un Champollion, l’impression d’un secret partagé qu’une adaptation moderne serait condamnée à  trahir et à éventer. (voir « Pourquoi lire la poésie du Passé ? » Michel Zink, le genre humain 2008, n47, au seuil, consultable en ligne ici).

Dans la veine des romantiques

Quoiqu’il en soit et pour faire justice tout de même à cette version d’Aimé-Martin qui n’a finalement que le malheur d’être une version deux, elle connut tout de même ses heures de gloire dans le courant du XIXe siècle et on la trouvait reprise dans des éditions variées dont notamment une anthologie (fleur de poésie française des 17e, 18e, et 19e siècle, G Engelberts Gerrits).

Dans la mouvance des romantiques, ce proche de Lamartine a-t-il, avec ce texte, participé de l’élan qui se tournait alors vers les rives lointaines du moyen-âge et entraînait les auteurs français des XVIIIe et XIXe, à y puiser leur inspiration, en le réinventant sous un jour nouveau, à la griffe de leurs plumes ? Sans doute. A quelques pas de là, l’encre des plus belles pages ou poésie de d’Hugo sur le monde médiéval n’étaient pas encore sèches (à ce sujet, voir Histoire de la Ballade médiévale du moyen-âge central au XIXe siècle).

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Actuel Moyen-âge : le blog qui approche l’actualité à la lumière de l’Histoire médiévale

monde_medieval_histoire_actualite_moyen-ageSujet : blog, site d’intérêt, actualité, histoire médiévale, médiévistes, historiens, articles.
Période : actualité à la lumière du moyen-âge
Auteurs : historiens, doctorants & docteurs en histoire médiévale
Site webactuelmoyenage.wordpress.com

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici un article que nous voulions faire, depuis quelque temps déjà, pour mentionner un site d’intérêt dans le domaine qui nous préoccupe : le monde médiéval sous toutes ses formes, y compris les plus actuelles.

On trouve, chez certains historiens médiévistes de la nouvelle génération, une volonté résolue d’ancrer leur discipline dans la modernité et, par là, de l’ouvrir et s’ouvrir sur le monde. Fruit de la collaboration de jeunes doctorants et docteurs de la discipline, le blog Actuelmoyenâge se situe totalement dans cet esprit. Il se propose, en effet, d’examiner les événements sociaux, politiques et économiques actuels à la lumière de l’histoire médiévale.

Débusquer le moyen-âge derrière les faits de notre modernité, mettre en valeur sa marque encore présente ou sa possible influence, pour les sept auteurs-blogueurs intervenant sur ce site, il s’agit également de faire découvrir l’Histoire médiévale au plus grand nombre, tout en démontrant la capacité de cette actuel_moyen-age_actualite_histoire_medievale_blog_historiensdiscipline à nous fournir des clés de lecture pertinentes pour mieux comprendre les soubassements historiques de notre quotidien.

Corollaire de ce questionnement qui interroge la modernité du moyen-âge, on retrouve  par ailleurs chez ces mêmes auteurs, des préoccupations qui font, en quelque sorte, le chemin inverse. Nous voulons parler du souci de comprendre et d’analyser le moyen-âge refabriqué ou reconstruit à travers les œuvres actuelles ou modernes qui y font référence : cinéma, littérature, séries télévisées, etc… Bref, il est ici question de médiévalisme et du moyen-âge de la modernité (ou vu par elle, si l’on préfère). Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si l’on retrouve à l’initiative de la co-création d’ActuelmoyenâgeFlorian Besson, universitaire, chercheur et auteur dont nous avions déjà parlé à d’autres occasions. On se souvient que dans un ouvrage collectif et pluridisciplinaire, sorti il y a quelques mois, sous sa direction conjointe et celle de Justine Breton (voir article  Kaamelott un livre d’Histoire), il se penchait avec des chercheurs venus d’horizons divers, sur la série culte d’Alexandre Astier pour faire le tri entre ses références médiévales ou celles plus modernes et  « fantaisistes ». A travers cela, finalement, il s’agissait bien encore d’interroger l’articulation complexe et passionnante entre moyen-âge et modernité.

A quoi servirait l’Histoire si elle ne permettait aussi de s’orienter dans le présent ? Pour y revenir, vous trouverez donc, tout à la fois, sur Actuelmoyenâge, nombre d’articles d’intérêt sur l’actualité, vue à travers le prisme du moyen-âge. Comme nous le disions plus haut, au delà de l’à-propos manifeste de l’Histoire médiévale pour approcher la réalité de notre monde, vous lirez encore, entre les lignes de cet excellent blog, la mise en exergue d’un sens de l’Histoire que n’auraient pas dévoué les pairs de nos nouveaux historiens, une Régine Pernoud ou un Jacques le Goff pour ne citer que ces deux-là.

Pour visiter le site Actuelmoyenâge, suivez le lien ici

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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