Archives par mot-clé : folk médiéval

« L’épouse dérobée » : un chant breton pour le Folk médiéval d’Angelo Branduardi

Sujet : chanson, poésie d’inspiration médiévale, musique, folk, poésie, médiévalisme, Bretagne, chant traditionnel.
Période :  XXe siècle, XIXe siècle
Auteur  : Luisa ZappaAngelo BranduardiEtienne Roda-Gil (VF)
Titre : La sposa rubata, l’épouse dérobée
Album : La pulce d’acqua (la demoiselle), 1977.

Bonjour à tous,

oursuivant notre quête du Moyen Âge sous toutes ses formes, nous partons, aujourd’hui, à la découverte d’une belle chanson d’Angelo Branduardi peut-être un peu oubliée hélas. Elle a pour titre « La sposa rubata« , en français « l’épouse dérobée » et elle est extraite de l’album La pulce d’acqua qui fut un des grands succès français et italien du troubadour italien moderne à la fin des années soixante-dix.

Le folk a connu une période particulièrement privilégiée durant les années 70 en Angleterre et aux Etats-Unis, et même, jusqu’au début des années 80 en France et dans d’autres pays d’Europe.

Au delà d’une mise en valeur de chansons anciennes et traditionnelles, les formations musicales d’alors ont souvent puisé leurs inspirations dans le Moyen Âge. Les histoires, les tournures et le contenu des chansons, mais aussi les instruments anciens et les sonorités, venaient renforcer les références à cette période même s’il n’était pas toujours question d’origine médiévale stricto sensu.

Autrement dit, le folk médiéval d’alors jusqu’à aujourd’hui peut évoquer une certaine idée du Moyen Âge ou s’en inspirer, sans pour autant se rattacher systématiquement au répertoire de cette période. « Ça fait médiéval » mais ça n’en provient pas forcément. La chanson qui nous occupe aujourd’hui en est une illustration.

Pour remonter aux sources de cette « épouse dérobée » d’Angelo Branduardi, nous aurons à faire un détour par un chant populaire et fantastique breton connu sous le titre « la fiancée de Satan » (et d’autres noms encore). Avant cela, disons un mot de cette pièce d’orfèvrerie qu’est l’album concocté, à la fin des années 70, par le troubadour Branduardi : La pulce d’acqua dans sa langue originale ou La demoiselle en français.

« La demoiselle », album folk poétique aux accents médiévaux

"La demoiselle", pochette et vinyle de l'album français d'Angelo Branduardi paru en 1979.

C’est en 1979 que le maître de musique italien fait paraître « La demoiselle« , adaptation française de l’album original italien « La pulce d’acqua » paru en 1977.

Dans le courant de cette même année, la radio française commence à diffuser le titre phare de l’album « La demoiselle » qui va devenir un véritable tube, propulsant le jeune musicien dans les hits de l’époque. Il s’agit, en réalité, du quatrième album de l’artiste. Le précédent « Alla fiera dell’est » (« A la foire de l’est« ) sorti en 1978, lui avait déjà valu un grand succès pour son titre phare du même nom.

Rock progressif, folk médiéval poétique

Difficile alors de situer cette musique teintée de sonorités anciennes, avec une touche de modernité et de rythme. Dans le contexte de l’époque, on est tenté de la rattacher à certaines influences de rock-folk progressif, mais, en réalité, l’œuvre d’Angelo Branduardi ne ressemble à rien d’autre. Une chose est certaine, la recette plait.

Sur scène, ses talents de multi-instrumentiste deviennent une autre de ses signatures. Même s’il reste attaché au violon, il virevolte et passe d’un instrument à l’autre. Son style hors du temps et sa coiffe abondante déroutent. Son énergie autant que son implication sur scène saisissent. Bref, Angelo est unique. Il est d’un autre temps. Il le reste et le demeurera tout au long d’une carrière qui dure encore en 2025 pour le plus grand plaisir de son audience.

L’épouse dérobée d’Angelo Branduardi adaptée par Roda-Gill.

Contes du monde et références médiévales

Pour ce qui est des titres de l’album la pulce d’acqua, la proposition du cantautore italien s’affirme, là encore, comme totalement originale. Ses choix vont à des contes et des histoires anciennes empruntés à différentes époques et traditions. La poésie en sourd par tous les pores et le troubadour y affirme un genre tout à fait à part avec des inspirations aussi solides que variées.

L’importance de Luisa Zappa Branduardi

Avant d’aller plus loin précisons que s’il compose la musique, son épouse Luisa Zappa Branduardi tient un rôle essentiel dans l’élaboration des textes. On peut vraiment parler d’une véritable alchimie entre eux, plus encore que de collaboration.

Sur le terrain français, la rencontre du monde de Branduardi avec la plume d’ Etienne Roda-Gil sera décisive. Là encore, on peut parler de véritable prouesse dans les adaptations.

Pour des raisons d’itinéraire personnel, la version originale italienne nous a toujours plus touché mais le talent du parolier français a visé juste. Le succès de Branduardi dans l’hexagone s’explique certainement par la qualité de ses adaptations.



Neuf pièces d’exception pour un album unique

Si les inspirations ne sont pas toutes médiévales, l’auteur-compositeur italien approche son travail comme un véritable conteur et troubadour. C’est aussi cela qui fait que sa musique autant que ses textes restent totalement originaux dans le champ qui est le sien. Folk médiéval, peut-être mais surtout « Branduardesque ».

La pulce d'acqua, l'album révélation d'Angelo Branduardi, pochette et vinyle.

Jugez plutôt en égrainant les titres de cet album : « Nascita di un lago » (naissance d’un lac) est inspiré de l’amour de Merlin pour Viviane. « Il cilegio » (le cerisier) est une reprise du célèbre « Cherry-Tree Carol » ballade gaélique du XVe siècle inspirée, elle-même, de l’évangile médiéval du Pseudo-Matthieu.

« La pulce d’acqua » (la puce d’eau ou demoiselle) qui donne son titre à l’album est tirée d’un conte amérindien et se réfère au chamanisme. « La lepre nella luna » (le lièvre dans la lune) et sa terrible trahison provient d’un conte bouddhiste à propos de la silhouette du lapin qu’on peut voir apparaître, quelquefois, en regardant la lune. Le tonitruant « Ballo in fa diesis minore » avec ses allures de danse macabre est inspiré de chants et mélodies italiennes d’origine médiévale, les scjaraciule maraciule. Ces derniers auraient accompagné les rites d’exorcistes ou fait office de chants populaires rituels d’invocation.

Il y a encore l’incontournable « Il poeta di corte » (le poète de cour) sur une inspiration musicale de Gaspar Sanz. Là encore, le Moyen Âge est omniprésent. C’est l’histoire d’un poète libre et défiant qu’on pourchasse mais qui se relève à chaque fois.

« Il Marinaio » (le marin) évoque l’histoire d’Ulysse et Pénelope et l’attente amoureuse du marin et sa promesse de retour. Sur le fond, on pourrait aussi penser à certaines cantigas de amigo ou chansons de toile). « La Bella dama senza pieta » est une belle dame sans merci inspirée directement de la poésie d’Alain Chartier. Le Moyen Âge, encore lui.

Viennent encore s’ajouter les superbes « Confessioni di un malandrino » (Confessions d’un malandrin) inspirées par la poésie romantique de Sergueï Aleksandrovitch Essenine. Là encore, le thème du poète incompris n’est pas sans évoquer l’image du troubadour errant.

Enfin, vient « la sposa rubata« , cette épouse dérobée tirée directement du chant celtique et breton et qui nous occupe aujourd’hui.


L’épouse dérobée ou la fiancée de Satan

Enluminure d'une vipère, bestiaire médiéval, manuscrit Latin 2843E
Une enluminure de vipère tirée du ms Latin 2843E de la BnF (Fin XIIIe  siècle)

C’est la chanson folklorique bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , « la fille mariée avec le diable » qui a inspiré à Angelo Branduardi son « épouse dérobée« . On connait cette chanson bretonne sous de nombreuses variantes « la fiancée de Satan« , « la fiancée en enfer« , « la chanson de Jeanne Le Guern« , « Je me suis fiancée deux ou trois fois« .

Elle est encore connue comme « La chanson de la vipère » 1. Pourquoi ce dernier titre ? Parce que la vipère chante ou plutôt siffle que celui ou celle qui s’est fiancé trois fois sans se marier finira brûler en Enfer. On ne badine pas avec l’amour, dit le dicton, encore moins quand le diable s’en mêle.

Sauf erreur de notre part, en ce qui concerne la mélodie, celle proposée par Branduardi ne semble pas être inspirée d’une version connue du chant breton.

Une chanson fantastique et gothique

Le récit de « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » est teinté de fantastique et d’horreur. La chant conte l’histoire d’une jeune femme se mariant dans de merveilleuses parures.

Le Mariage, enluminure du XIVe siècle, Niccolò di Giacomo da Bologna National Gallery of Art (Washington), tiré d'un exemplaire de  "Novella in Decretales" de Johannes Andreae.
Le Mariage, enluminure du XIVe siècle, Niccolò di Giacomo da Bologna (NGoA,Washington)

Au sortir de l’église l’attend un inquiétant cavalier monté, vêtu d’une lourde armure. Il propose de la ravir un instant à la cérémonie pour la montrer à « ses gens ». Naïvement, elle le suit mais ne reviendra pas.

A la nuit tombée, les joueurs de musique rentrant de la cérémonie croisent à nouveau le mystérieux cavalier. Ce dernier s’enquiert auprès d’eux de la réussite de la cérémonie. Les musiciens lui confient que la mariée à disparu et se voient proposer par l’inconnu de les conduire jusqu’à elle. Bien qu’effrayés, ils se laisseront guider sur une barque à travers « le lac de l’Angoisse et des ossements » jusqu’à un endroit où la fiancée se tient paisible et résignée. Elle dit s’apprêter à donner de « l’Hydromel aux damnés ».

Sous l’injonction du cavalier à faire un présent à ses visiteurs, elle leur proposera ses rubans de noces et son anneau d’or pour le rendre à son mari. Et comme les ménestriers acceptent ses présents, elle scellera sans le vouloir le pacte et se noiera en hurlant dans le puits des Enfers. On apprendra finalement la raison de sa funeste mésaventure : elle avait été fiancée trois fois, avant de contracter ce mariage.

Moyen Âge romantique ou chanson médiévale

La chanson est présente dans le Barzaz-Breiz, ouvrage de chants populaires bretons publié au début du XIXe siècle (1839) et réédité tout au long de ce même siècle. On la trouve sous le titre « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » dans l’édition de 1883, et l’auteur, le vicomte Hersart de la Villemarqué, émet l’hypothèse d’un chant pouvant remonter au XIIIe siècle2.

Il est vrai que le texte recueilli vibre d’imagerie médiévale : « un chevalier vêtu de fer et d’un casque d’or » montant « une haquenée saxonne aussi noire que la nuit« . Ajoutez à cela un bel habit ornée fait par « dix-huit tailleurs » pour confectionner la robe de mariée, la présence des ménestriers à la cérémonie et qui jouent un rôle central pour témoigner de toute l’histoire ou encore « l’hydromel » distribué aux damnés.

S’ajoute encore une référence à une certain « Pierre qui est à Izel-vet » et dans lequel l’auteur voit un possible contemporain du XIIIe siècle. Enfin, dans la chanson, le poète dit être un vieux barde voyageur. Tout cela nous place dans un univers de référence ancien et médiéval.

Voir la version française de ce chant dans le Barzaz-Breiz (pdf)

Les sources documentaires

En terme de folklore, il n’est pas rare que les découvreurs tendent à projeter l’origine de leurs trouvailles aux points les plus reculés dans le temps. Cela semble un trait assez prononcé au XIXe siècle.

Dans des écrits plus tardifs datés du XXe siècle, le linguiste et écrivain breton Francis Gourvil rejeta l’hypothèse d’une origine médiévale de cette chanson, en la rapprochant d’une imagerie gothique et romantique plus récente ( XVIIIe, XIXe s) 3. Cela se tient pour la version très marquée du Barzaz-Breiz et il s’appuie également ses conclusions en comparant d’autres versions de la chanson dont les références médiévales sont absentes.

D’un point de vue documentaire, la majorité des versions de la chanson a été collectée entre le XIXe et les débuts du XXe siècle. Aurait elle pu passer du bouche à oreille et traverser quatre ou cinq siècles par le truchement de la culture orale ? C’est toujours possible mais rien ne permet de l’établir factuellement. A date, on n’en trouve aucune trace dans d’anciens manuscrits médiévaux ou même antérieurs au XIXe siècle.

Jeanne Le Guern : autre variation sur le thème

En reprenant la version de la chanson « ‘Jeanne Le Guern » du Gwerziou Breiz-Izel 4, autre compilation de chants bretons datée du XIXe siècle, on note avec Francis Gourvil, que les éléments gothiques introduits dans la version du Barzaz-Breiz en sont notablement absents.

Tout en étant similaire sur le fond, la version « Jeanne Le Guern » varie également sur son déroulement. Elle met beaucoup plus l’emphase sur la légèreté de mœurs de la damoiselle et son caractère fantasque. Quoi qu’il en soit sa charge dramatique et fantastique reste entière et cette image de la belle engloutie dans les flammes de l’enfer après avoir rendu son chapelet de noces reste digne d’un conte d’horreur.


« The Deamon lover » ou the « House Carpenter »

Sur le thème fantastique de l’épouse enlevée par le diable, on trouve une ballade assez semblable du côté des îles irlandaises et écossaises. Disons que sans être identique, cette chanson présente tout de même certaines parentés sur le fond avec le chant breton.

Cette pièce d’outre-manche est connue sous de nombreux titres « The Deamon lover » (la fiancée du démon), « The House Carpenter« , « A Warning for Married Women« , « The Distressed Ship Carpenter« , « James Harris » … Elle est d’autant plus intéressante qu’elle est datée du milieu du XVIIe siècle (1657)5 . Ce n’est toujours pas le Moyen Âge mais c’est tout de même plus ancien que le courant du XIXe siècle.

La fiancée du démon outre-manche

Cette autre « Fiancée du Démon » conte l’histoire d’une femme promise à un marin. L’homme n’étant pas revenu d’une sortie en mer, elle se mariera finalement à un charpentier. Un jour pourtant, le navigateur revient (ou ce qui lui semble), il promet à la dame de l’emmener avec lui sur les mers pour vivre enfin leur idylle. Elle refuse tout d’abord, alléguant de son union actuelle et de l’enfant que celle-ci vient de lui donner. Toutefois, devant l’étalage des possessions du marin et son bagout, elle finira par céder.

Elle se trouvera bientôt en train de naviguer en sa compagnie, hélas bien loin des promesses de l’usurpateur. Damnée et piégée pour sa trahison, son voyage aura pour horizon les mers et les collines de l’enfer, en compagnie du démon lui-même.

Dans d’autres versions, le bateau coule simplement à quelques embardées de là mais la destination reste la même pour l’infortunée épouse. Est elle punie pour avoir « trahi » trois fois ? une fois le marin et l’autre fois le charpentier et peut être une troisième fois en abandonnant son nouveau-né ? L’histoire ne le dit pas mais on voit bien la parenté de thème avec le chant de la vipère.

Une pièce mise à l’honneur par Dylan et Joan Baez

Chantée par Bob Dylan en 1961 et par Joan Baez en 1962, cette ballade du milieu du XVIIe siècle a traversé les mers pour être également adoptée outre-Atlantique. Elle partage avec la chanson bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul » ce thème de la fiancée ou de la femme enlevée par le diable et damnée pour sa légèreté finalement.

Etonnamment, il semble qu’il y ait une certaine parenté mélodique entre la version chantée par Joan Baez et certaines versions de la chanson bretonne qui nous occupent ici (voir la version de Marianne Le Gloanec sur tob.kan.bzh, opus cité note 1)


La sposa rubata, version originale italienne


Da tre notti non riposo
resto ad ascoltare:
è la vipera che soffia,
soffia presso l’acqua.

Ho composto un canto nuovo,
vieni ad ascoltare
della sposa che al banchetto
mai più ritorno fece.

C’era un invitato in più
che la rimirava:
« Alla mia gente vorrei mostrare
il tuo abito da sposa ».

Lei ingenua lo segui`
cerca di tornare,
fino a notte attesa,
lei non ritornò.

Se ne andava in piena notte
da solo un suonatore,
ma davanti gli si parò
il signore sconosciuto:

« Forse tu cerchi la sposa
che andò perduta,
se hai cuore di seguirmi
da lei ti condurrò ».

E una barca lo portò
lungo un’acqua scura,
ritrovò la sposa
e aveva vesti d’oro.

« Il mio anello ti darò,
portale al mio uomo,
qui non soffro più
nè male nè desiderio ».

Il suonatore si girò,
fece un solo passo
poi gridare la senti`
nell ‘acqua che la soffocava.

Come luce lei brillava
quando sposa andò,
dove mai l’avrà portata
il signore che la rubò.

Da tre notti non riposo
resto ad ascoltare:
è la vipera che soffia,
soffia presso l’acqua.


Traduction littérale en Français

NB : nous l’avons traduite pour coller au texte et pour l’intérêt que présentent les rapprochements avec la version bretonne (voir le pdf). La version française et poétique de Roda-Gil suit plus bas dans l’article.

Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos.
Je reste à l’écoute :
c’est (à cause de) la vipère qui siffle,
qui siffle près de l’eau.
J’ai composé une chanson nouvelle,
venez l’écouter,
(elle parle de) la fiancée qui n’est jamais revenue au banquet.

Il y avait un autre invité,
qui la contemplait :
« Je voudrais montrer à mes gens
votre robe de mariée. »

Elle le suivit naïvement,
tentant de revenir,
jusqu’à la tombée de la nuit,
mais elle ne revint pas.

Un musicien allait seul en pleine nuit,
quand devant lui,
l’inconnu apparut :
« Peut-être cherchez-vous la fiancée qui a disparu.
Si vous avez le courage de me suivre,
je vous conduirai à elle. »

Une barque le transporta
sur les eaux sombres,
et il retrouva sa fiancée, vêtue d’or.
« Je te donnerai mon anneau,
porte-le à mon homme,
ici, je ne souffre plus ni douleur ni désir. »

Le musicien se retourna,
fit un pas, et il l’entendit crier
dans l’eau qui l’étouffait.

Quand la mariée disparut
elle brillait comme une lumière
où l’a emmenée le seigneur qui l’a enlevée ?

Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos,
je reste à l’écoute :
c’est la vipère qui siffle,
qui siffle près de l’eau.


L’épouse dérobée, la version française de Roda-Gil

Ces trois notes qui se répètent
Chantent une vieille histoire
C’est la vipère rapace
Qui nous chante sa gloire
.

J’ai pour vous une chanson neuve
Vous allez l’entendre :
Pauvre épouse et pauvres noces
Perdues sans une trace
.

Un invité malvenu
Contemplait la belle
« Montre-nous tous les rubans
De ton habit de lumière »
.

Et l’ingénue le suivit
Jusqu’à la nuit noire
Où la pauvre se perdit
Comme au fond des vagues
.

Il marchait dans la nuit, seul
Le joueur de flûte
Quand lui apparut
L’invité malvenu
.

Bien sûr, tu cherches l’épouse
Qui s’est perdue toute
Si tu as le cœur à me suivre
Vers elle, marchons bientôt
.

C’était comme un grand bateau
Sur l’eau noire et pure
Reposait l’épouse
Couverte d’or la peau
.

Je te donne mon anneau
Porte-le à mon homme
Ici, je ne souffre plus
Du malheur, du désir
.

Le musicien s’en alla
Tournant les épaules
Puis il l’entendit crier
Emportée dans l’eau noire
.

La lumière des étoiles
Nous tourne le dos
Comme l’épouse dérobée
Par l’inconnu qui passe
.


Voilà pour cette belle chanson de Branduardi teintée de fantastique et ses origines bretonnes. Désormais vous savez tout ou presque. L’album peut être difficile à trouver mais en cherchant dans les best of de l’artiste vous devriez pouvoir vous la procurer. Sans cela, voir aussi la chaîne Youtube Officiel du troubadour italien. Il y partage de nombreuses pièces de manière très généreuse. 😉

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.


Sources & références

  1. Voir Chansons de tradition orale en langue bretonne, à propos de « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , la fille mariée avec le diable. ↩︎
  2. Barza Breiz, chants populaires de la Bretagne, recueillis, traduits et annotés par le vicomte Hersart de la Villemarqué, 8eme dition, Paris, 1883. ↩︎
  3. Francis Gourvil. Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué (1815- 1895) et le Barzaz-Breiz (1839-1845-1867). Origines, Editions, Sources, Critique, Influences, Imprimerie Oberthur, Rennes (1959). ↩︎
  4. Guerziou Breiz-Izel, Chants populaires de Basse-Bretagne, recueillis et traduits par F.M Luzel, Loroent (1868) p 26, Jeanne le Guern. ↩︎
  5. Street Ballads in Nineteenth-Century Britain, Ireland, and North America, The Interface between Print and Oral Traditions, By David Atkinson, Steve Roud (2014). ↩︎

Folk médiéval : « Mort a mors », l’hommage de Tri Yann à Anne de Bretagne

Portrait d'Anne de Bretagne, détail de la toile de Luigi

Sujet : folk médiéval, chanson, rondeau, poésie, Anne de Bretagne,  manuscrit français 23936.
Période : Moyen Âge tardif, XXe siècle.
Titre : « Si mort a mors »  
Auteur : 
Rondeau anonyme, chanson du XXe siècle.
Ensemble : Tri Yann
Album :
An heol a zo glaz / Le soleil est vert (1981)

Bonjour à tous,

ous vous invitons, aujourd’hui, pour un voyage qui va nous entraîner de la Bretagne médiévale de la fin du XVe siècle jusqu’au folk celtique du célèbre groupe Tri Yann.

Au cœur de cette aventure, nous découvrirons un rondeau ancien en hommage à Anne de Bretagne celle qui fut reine de France sous deux rois et une chanson plus récente inspirée de ce rondeau.

Anne de Bretagne,
Grande dame de France et de Bretagne

Enluminure d'Anne de Bretagne, Grandes Heures d'Anne de Bretagne, ms latin 9474, BnF (début XVIe)
Anne de Bretagne , ms latin 9474, BnF.

La guerre fait rage dans la Bretagne médiévale du XVe siècle et le duché est sujet à bien des convoitises par la couronne de France. Anne devient duchesse de Bretagne à 11 ans.

Au cœur de ces tensions et de ces conflits, la jeune noble devra manœuvrer et accepter des alliances qui scelleront le rattachement de la France à la Bretagne. Entre-temps, elle aura épousé deux rois de France en achetant une paix durable et se sera imposée comme une grande régente de France sous Louis XII.

Protectrice des intérêts de la Bretagne auxquels elle reste attachée ( bien que n’étant pas toujours en position de force pour s’imposer face à la couronne ) Anne de Bretagne a aussi eu l’occasion de se montrer comme une grande mécène, amoureuses des lettres et des arts. De fait, on la trouve entourée de nombreux artistes, poètes et musiciens. Meschinot a été à la fin de sa vie son maître d’hôtel mais des noms comme Jean Marot (père de Clément Marot), Fauste Andrelin de Forlì ou encore le compositeur Johannes Ockeghem pour ne citer qu’eux gravitent encore autour d’elle et de sa cour.

Le ms Français 23936 , Un Récit de funérailles

A la disparition d’Anne de Bretagne, de grandes funérailles furent données à la Cathédrale Notre-Dame de Paris. La reine de France et duchesse de Bretagne fut ensuite inhumée en la basilique cathédrale de Saint Denis.

Enluminure, Anne de Bretagne reçoit un livre des mains de son auteur. <br>"Les Louenges du roy Louis" de Claude de Seyssel, ms Velins-2780, département Réserve des livres rares,<br>BnF (vers 1508).<br>

Anne de Bretagne , ms Velins 2780, BnF.

De nos jours, ceux qui visitent ce beau monument classé peuvent encore y admirer l’incroyable mausolée qu’édifièrent les plus fins artistes italiens en l’honneur d’Anne de Bretagne et son époux Louis XII.

En 1514, à la disparition de la noble reine, l’événement fut d’une si grande importance que le héraut d’Armes d’Anne de Bretagne en consigna tous les détails dans un manuscrit. L’ouvrage illuminé donna ensuite lieu à des copies sur instruction de Louis XII.

Certaines de ces copies ont traversé le temps dont le ms Français 23936 de la BnF. On y retrouve tous les textes dits à cette occasion et même aussi les enluminures décrivant toutes les étapes de la cérémonie. Sur cet article nous leur avons préféré des enluminures représentant la noble dame de son vivant.

Le rondeau "Mort a mort" dans le récit des funérailles d'Anne de Bretagne, manuscrit Français 23936 de la BnF
Le ms Français 23936 de la BnF à consulter sur biblissima.fr

Rondeau pour Anne de Bretagne (1514)

Parmi les nombreux textes et hommages versifiées à la dame, dont notamment le beau rondeau suivant :

Meurtris en cueurs, tristes en corps et ames,
Amassons pleurs, parfondons nous en larmes,
Regrectz gectons et cris en habondance,
Jamais n’ayons à plaisir acointance,
Mais plourons tant que soyons soubz les lames.
Perdu avons l’honneur de toutes dames,
La libérable à tous hommes et femmes,
Et ce secours qui nous laisse en souffrance:
Deul à jamais.

Ah! faulse mort, par tes cruelz alarmes
Osté nous as l’estandard et les armes,
Des nobles cueurs et de tous l’espérance:
Duchesse fuz et deux fois royne en France,
Or sommes nous par toy en piteulx termes:
Deul à jamais.


Si mort a mors par son aspre pointure
Le noble espoir de maincte créature.
Si mort a mors si haulte mageste,
Le lys en fleur de toute crestienté.
Si mort a mors le confort de noblesse;
Maincts haulx voulloirs sont atainctz de foiblesse.
Si mort a mors des pauvres la sustance,
Le bon conseil, des vices résistance.

Si mort a mors des vertueulx le mémoyre,
L’honneur de paix, l’unyon débonnayre.
Si mort a mors des tristes le confort
Et joye, l’accord, l’ayde du foible au fort.
Si mort a mors de gloire le mérite;
La doctrine des dames deshérite.
Si mort a mors de l’église la mère:
Plusieurs en ont affliction amère.

Si mort a mors le guydon de jeunesse,
Et l’estandart de tout féminin sexе.
Si mors a mors le zelle de justice:
Je tiens vaccant de mainct homme l’office.
Si mort a mors des Bretons la princesse,
Et des Français leur regrect n’a prins cesse.
Si,mort a mors des filles l’abitacle :
Las! griefs, soupirs en sont sous mainct pinacle.

Si mort a mors le cueur de si grant dame.
Prions à Dieu qu’il en veuille avoir l’âme.


« Si Mort a mors », L’hommage à Anne de Bretagne par Tri Yann


C’est donc ce texte poignant qui inspira, plus de 250 ans plus tard, à Jean Antoine Michel Chocun et Bernard Baudriller la belle chanson « mort a mors ».

Le travail proposé par les talentueux musiciens de Tri Yann ira bien au delà de la paraphrase et de l’adaptation en français moderne. Les paroliers se sont livrés là à une réécriture complète très loin du texte d’origine mais qui sait encore parler à nos imaginaires médiévaux.

La poésie reste au rendez-vous de ce très beau texte dont la mélodie et la musique proviennent d’une chanson traditionnelle irlandaise.

Le Folk Irlandais aux origines de l’inspiration

Aux origines de la reprise, une chanson traditionnelle irlandaise « An cailín Rua » qui conte l’amour d’un homme pour sa belle, une fille aux cheveux rouges. Cette chanson gaélique a été popularisée aux débuts des années 70 par le groupe de folk irlandais Skara Brae.

Il semble que la mélodie soit antérieure mais de nombreux titres identiques compliquent un peu les recherches. On trouve une chanson semblablement nommée abondamment citée dans les ouvrages de folklore locaux des débuts du 20e siècle mais les paroles en sont différentes. La mélodie traditionnelle remonterait au moins aux débuts du 19e siècle (1805) mais n’est pas celle utilisée par Skara Brae1. Affaire à suivre donc.


« Si mors à mors »
la chanson de Tri Yann

Si les matins de grisaille se teintent
S’ils ont couleur en la nuit qui s’éteint
Viendront d’opales lendemains
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si mort à mors duchesse, noble Dame
S’il n’en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d’or
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si moribonds sont les rois en ripaille
Si leurs prisons sont des cages sans fond
Viennent l’heure des évasions
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si mort à mors duchesse, noble Dame
S’il n’en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d’or
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si 1 000 soleils de métal prennent voile
10 000 soleils de cristal font merveille
Viennent des lueurs de vermeil
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si mort à mors duchesse, noble Dame
S’il n’en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d’or
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si 1 000 brigands à l’encan font partage
10 000 enfants des torrents font argent
Viennent des fleurs de safran
Reviennent des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.

Si mort à mors duchesse, noble Dame
S’il n’en sera plus que poudre de corps
Dorme son cœur bordé d’or
Reviendront des siècles d’or 100 fois 1 000 et 1 000 aurores encore.


L’album : « An heol a zo glaz – Le soleil est vert« 

La chanson de Tri Yann, en hommage à Anne de Bretagne, apparait la première fois dans l’album « An heol a zo glaz, Le soleil est vert » daté de 1981. Depuis, elle est devenue un des titres phares du groupe, entre de nombreux autres, et on la retrouve dans plusieurs albums dont tous les Best of de Tri Yann.

Du Folk écologique et militant

Sixième album de la formation nantaise trempée de folk breton, An heol a zo glaz, le Soleil vert se signe par son positionnement militant et écologique notamment contre la création de la centrale nucléaire de Plogoff. La guerre, l’agriculture intensive, le nucléaire et ses déchets, la révolte des habitants de Plogoff vont encore partie des thèmes abordés dans cet opus. Le titre « Guerre Guerre, vente vent » deviendra même un autre titre très remarqué de Tri Yann.

Le Groupe Tri Yann au moment de l'album le Soleil Vert (1981)

Pour le reste et d’un point de vue musical, la promesse est comme toujours tenue. Sur un peu plus de 42 minutes d’écoute, Tri Yann déroule son riche folk aux accents traditionnels et celtiques. Du côté des pièces proposées, suite écossaise, sonorités irlandaises, danses et musiques traditionnelles sont au programme.

Aux côtés de la chanson Mort a Mors évocatrice du Moyen Âge et d’Anne de Bretagne, on trouve encore d’autres références médiévales comme ce grand bal de Kermania-an-isquit, une ballade inspirée des danses macabres du Moyen Âge et notamment la fresque peinte sur la chapelle du même nom.

Les musiciens présents sur cet album

Jean-Louis Jossic (chant, bombarde, chalemie, flûtes, psaltérion), Jean-Paul Corbineau (chant, guitare), Jean Chocun (chant, guitare, mandoline), Bernard Baudriller (chant, basse, violoncelle, flûtes, dulcimer), Gérard Goron (chant, basse, percussions), et Christian Vignoles (guitares, basse chant) pour Tri Yann entourés de quelques autres collaborations : Jean-Louis Labro (chant), Joël Cartigny (chant), Pierre-Yves Calais (chant), Jean Luc Chevalier (guitare), Jacques Migaud (claviers).

Où se procurer l’album ?

Sauf à vouloir chiner chez les disquaires d’occasion, Le Soleil est Vert peut être assez difficile à trouver en vinyle. A défaut, voici un lien vers un Best Of de la formation nantaise dans laquelle la chanson apparait. Cette production est disponible au format CD ou MP3; Tri Yann, Le Meilleur.


British folk, folk médiéval et Moyen Âge réinventé des 70’s

Pour en dire un mot, différents facteurs peuvent expliquer la résurgence du Moyen Âge dans des périodes ultérieures à sa disparition. S’agit-il simplement de « mode » comme nous le disait Jacques le Goff ou de mouvements plus profonds ? Cela dépend sans doute des périodes et des événements de référence.

Peut-on comparer l’engouement pour les fêtes d’inspiration médiévale de fins de semaine avec les élans des romantiques du XIXe siècle et leur soif de Moyen Âge après les Lumières ? Cela mériterait des développements que cet article ne saurait couvrir. Une chose est sûre, quand il s’agit de conjuguer nos rêves au passé, princesses, châteaux et chevaliers n’en finissent pas d’hanter nos imaginaires.

Chez les musiciens et la génération qui avaient 20 ans dans les années 70, le monde médiéval semble s’être invité sur le terrain d’un rejet plus que pour des raisons simplement hasardeuses ou expérimentales. Et si les romantiques des XVIIIe et XIXe siècles avaient pu invoquer l’imaginaire médiéval au secours de leurs envies de changement, on connait la soif de nouveaux horizons de la génération de 68 et on a même pu parler, à son propos, de « romantisme révolutionnaire ».

Le folk anglo-saxon ouvre la voie

Pour faire un peu d’histoire, c’est vers la fin des années 60 que le folk britannique et américain se mettent à réinvestir la musique ancienne et le terrain de l’imaginaire médiéval. Dès lors, le Moyen Âge commence à refaire son apparition au milieu des claviers et des guitares électriques de certains groupes de rock progressifs ou de folk.

Les instruments d’époque viennent, quelquefois, se joindre aux instruments électriques et dans ces joyeuses expérimentations, la flute, les sonorités anciennes, et même les textes et référence brouillent un peu les lignes de démarcation. En bref, le monde médiéval y gagne en élasticité.

Les chansons traditionnelles et anciennes du folk irlandais ou anglais des XVIIIe et XIXe siècle viennent jouer sur un terrain perçu comme médiéval sans que les textes ou les mélodies en soient forcément directement inspirés. Le folk médiéval fusionne la modernité avec les références imaginaires.

Le goût des 70’s pour le Moyen-Âge

Plus généralement, ce Moyen Âge des années 70’s semble s’épanouir sur le terreau d’une contestation sociale ambiante. A la fin des années 60, le mouvement rock s’accompagne de l’idée de l’émancipation d’une certaine jeunesse vis à vis de la société post-industrielle et d’un rejet des traditions qu’avaient pu couver les générations précédentes.

Envie d’un retour aux sources, d’une émancipation des dogmes religieux et moraux, recherches peut-être aussi d’un ailleurs préindustriel plus écologique, moins rationaliste, plus onirique, moins matérialiste ? La communauté devient le nouvel horizon. Sur le plan spirituel, l’heure est aussi aux expérimentations individuelles et psychédéliques.

Le Moyen Âge évoqué a pu ainsi se voir investi de valeurs païennes, mystiques ou de cultes proches de la nature. C’est assez étonnant quand on considère la réalité chrétienne du Moyen Âge occidental mais il s’agit bien là d’une reconstruction (romantique ?) au service de la modernité.

A la la fin des années 60’s et des 70’s, on va aussi redécouvrir outre-Atlantique Le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Loin de toute réalité historique, l’univers médiévalisant du génial universitaire britannique entre légendes nordiques et fantaisie trouvera de nombreuses résonnances chez les étudiants californiens à l’origine du mouvement des fleurs. Elle alimentera aussi cette idée d’un Moyen Âge onirique peuplée de magie, de créatures, de vertes communautés et de héros désintéressés. Musique, littérature, univers ludique, le Moyen Âge trouve là un terrain nouveau où s’épanouir.

Le Folk médiéval français

La France ne restera, bien sûr, pas insensible à ce mouvement musical, social et culturel, né dans les pays anglo-saxons. Les 70’s et même l’aube des 80’s seront propices à l’épanouissement du folk médiéval. Le mouvement verra se former des groupes comme Malicorne ou Mélusine et d’autres encore.

Les formations orientées sur la musique celtique et les chansons traditionnelles bretonnes inviteront, à leur tour, le monde médiéval et ses inspirations dans certains de leurs titres. Alan Stivell, Tri Yann comptent aux noms des grands groupes émergés durant cette période.

En Italie et même en France, il faut citer également Angelo Branduardi qui émerge sur la scène folk comme un troubadour poète sorti tout droit des temps médiévaux. Ses inspirations restent largement traditionnelles, folk ou même renaissantes mais il fait aussi largement place au Moyen Âge dans certains de ses titres.

A quelques formation près qui ont résisté au temps comme Tri Yann ou Branduardi, la tendance folk médiéval des années soixante-dix s’est un peu tassée avec le temps. Il faudra attendre les années 90 tardives à 2000 pour en voir de nouvelles résurgences, notamment au départ de l’Allemagne avec des groupes comme Corvus Corax ou Faun. En France, certaines formations vont même privilégier une approche plus métal et rock métal médiéval comme Sangdragon.

Il est possible que ce nouveau mouvement se soit aussi inscrit, en partie, dans un regain d’intérêt populaire pour le Moyen âge festif. La popularité croissante des fêtes ou festivals célébrant la période médiévale étant au rendez-vous, l’offre musicale s’est diversifiée.

En vous remerciant de votre lecture.

Frédéric EFFE
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

NB : sur la photo d’entête, le portrait d’Anne de Bretagne en premier plan du manuscrit français 23936 est celui du peintre Luigi Rubio (1836)

  1. The Doegen Records Web Project, Irish Dialect Sound Recordings ↩︎

Scène et Musique médiévales : des instruments anciens aux synthétiseurs

musique-medievale-definition-influence-musique-electroniques-synthetiseur-musique-moderneSujet : musique médiévale, musiques anciennes, musique électronique, synthétiseur, folk médiéval, néo-folk, pagan médiéval, pagan rock, metal médiéval
Période : du Moyen Âge à nos jours

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passione Moyen Âge est à la mode. C’est encore vrai en 2020, longtemps après que Jacques le Goff ait prononcé cette phrase, en se félicitant de l’engouement de ses contemporains pour cette période de l’histoire. De la même façon, que le monde médiéval nous fait rêver, sa musique continue d’inspirer de nombreux groupes et formations. Du reste, avec déjà des centaines d’articles sur ce sujet, nous ne nous sommes pas privés ici de leur rendre hommage .

 À l’image de notre définition de “Moyen Âge”, force est de constater que cette  scène musicale  est pourtant relativement éclectique puisque ce que l’on s’accorde à nommer « musique médiévale » déborde, souvent, très largement, du champ des compositions  deco_medievale_enluminures_musique-vielle-a-roued’époque. Elle a, ainsi, fini par désigner, improprement, des musiques qui sonnent “médiévales” à l’oreille profane, sans pour autant venir du Moyen Âge et les tendances que l’on peut y trouver sont extrêmement variées : elles vont de l’Ethnomusicologie à des inspirations bien plus libres et plus modernes. Elles utilisent les instruments anciens, mais l’usage des instruments les plus à la pointe de la musique électronique comme les synthétiseurs s’y est, par endroits, largement introduit. Alors, pour faire un peu le tri, nous vous proposons un tour d’horizon de cette large définition que recouvre quelquefois la notion de « musique médiévale ». Au passage, nous en profiterons pour dire un mot de l’histoire de la musique électronique et de l’impact majeur du synthétiseur sur la musique moderne.

La  scène des   « musiques médiévales »

Sur la scène qui s’intéresse aux musiques médiévales, on peut donc trouver de tout. Sur les rivages les plus classiques, certaines formations se rangent directement sous la bannière de l’ethno-musicologie. Elles tentent alors de se situer au plus près des manuscrits anciens, de leurs notes, mais aussi de leurs instruments ; à ce sujet, on pourra réécouter avec plaisir, l’autobiographie intellectuelle de Jordi Savall dans laquelle le directeur d’orchestre  catalan nous contait la naissance de sa passion pour la musique ancienne et sa longue quête de ses sources historiques.

Sur cette même scène que l’on rattache très largement, au Moyen Âge, d’autres formations voguent, plus librement, sur les rivages de la musique électro-acoustique ou même électronique. Elles font alors appel aux instruments les plus modernes comme les synthétiseurs. Il faut dire que depuis sa démocratisation, la palette incroyable de sonorités et les qualités acoustiques offertes par ce type d’instrument a séduit plus d’un  musicien, y compris de formation classique. Pour les interprètes, comme pour ceux qui veulent s’essayer à la composition, le synthétiseur a également l’avantage d’ouvrir tout un champ de possibles. Retour sur l’histoire d’un instrument qui a révolutionné le monde de la musique.

L’arrivée du synthétiseur dans la musique synthetiseur-musique-medievale

Les premiers synthétiseurs furent mis sur le marché grand public, il y a une quarantaine d’années, ouvrant de nouveaux horizons musicaux. Depuis, l’instrument a pris largement sa place dans l’univers de la musique mondiale et pour ceux qui l’apprécient, la magie et les possibilités créatrices restent intactes. Du point de vue du marché,  l’offre ne cesse également de s’étoffer et les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour enrichir leurs claviers de nouveaux sons et de nouvelles fonctionnalités. Aujourd’hui, on trouve sur internet, de nombreuses des boutiques d’instruments de musique, entre lesquels il faut savoir choisir. En plus, de permettre aux amateurs, comme aux musiciens confirmés, d’acheter un synthétiseur, les plus sérieuses d’entre elles savent, en effet, les guider vers l’instrument le plus adapté à leurs besoins.


Qu’est-ce qu’un synthétiseur ?

Pour en donner une définition simple, voici celle que nous en donne l’encyclopédie Universalis :

« Les synthétiseurs sont des instruments de musique électroniques, capables de produire et de modifier électroniquement des sons, et fréquemment associés à un traitement informatique. Le synthétiseur engendre des signaux électriques ondulatoires, qu’il soumet ensuite à une série de transformations sélectionnées par l’interprète ou par le compositeur : transformations d’intensité, de durée, de fréquence, de timbre…. »    Encyclopédie Universalis – Voir article


Un peu d’histoire

Un long chemin a été parcouru, depuis l’invention des premiers claviers et de l’orgue hydraulique du grec Ctésibios, au III siècle avant Jésus-Christ. Si le Moyen Âge a particulièrement aimé les instruments à cordes, à vent et à archet, il a aussi vu se généraliser l’usage de l’orgue dans les églises. Il avait, depuis Ctésibios, fait de larges progrès. Pour les musiciens plus itinérants, le monde médiéval a également su mettre des claviers dans les instruments les plus originaux et les plus inattendus : on pense à l’Organistrum qui a sans doute donné naissance à l’incontournable Vielle à roue.

Pour arriver aux premiers musique-medievale-synthetiseur-invention-musique-moderne-electronique-ssynthétiseurs, il faut faire un véritable bond dans le temps. Ce n’est, en effet, que vers la fin du XIXe siècle en 1896 que l’inventeur américain Thaddeus Cahill (1867-1934) créa l’un des ancêtres les plus étonnants des synthétiseurs. Il le baptisa  Telharmonium. Son idée de base : générer de la musique à l’aide de l’électricité et pouvoir la diffuser au moyen des lignes téléphoniques dans certains établissements (restaurants, hôtels, etc…). Une sorte de pianiste d’ambiance à distance. À l’époque, le projet sembla un peu fou. Le résultat le fut aussi : un instrument de plus de 200 tonnes qui fonctionnait avec des rouages et des aimants et sur lequel chaque note de la gamme possédait sa propre roue. Chacune d’entre elle tournait à une certaine vitesse pour générer la bonne fréquence. On était loin de la technologie et de la qualité utilisée dans les synthétiseurs les plus récents, mais les principes ouvrirent la voie à de recherches futures pour donner lieu aux instruments que nous connaissons.

Les synthétiseurs  à l’ère de la musique moderne

Si le choix d’instruments electro-acoustiques est, aujourd’hui, très vaste, l’avènement des synthétiseurs dans les années 60-70 a offert aux compositeurs qui ont su se les approprier d’infinies perspectives. De fait, introduit par  Les Beatles en 1966, cet instrument d’un genre nouveau, n’allait cesser de s’imposer dans l’univers musical moderne. Au milieu des 70’s, le rock progressif et symphonique lui donnerait de belles lettres de noblesse avec des groupes comme Genesis, Supertramp, et tant d’autres.  Lunaire, astral, psychédélique, il entraîne alors ses audiences dans de longues mélopées  aux sons presque extra-terrestres et  fait la joie du public.

Entre la fin des 70’s et le début des 80’s, plus qu’un instrument d’accompagnement, le synthétiseur allait donné lieu à un genre à part entière : la musique électronique. Une forme que des artistes comme Marc marc-cerrone-synthetiseur-musique-electroniqueCerrone ou   Jean-Michel Jarre, en France, ou encore des groupes comme ResidentsKreftwork, Mike Oldfied, du côté anglo-saxons allaient porter haut. Encore une fois la liste est si longue qu’on aurait grand peine à la faire, mais avec ces formations, le synthétiseur et ses possibilités ont  fait le tour du monde.

Dans ces mêmes années 80, la commercialisation des premiers Yamahas allaient encore venir soutenir cet usage croissant du synthétiseur sur la scène musicale. Après cela, en dehors des musiques ou compositions entièrement basées sur son utilisation, on le retrouve partout. Il est de tous les styles : disco, funk, rap, RnB, jazz, folk. Il se taillera également de belles parts dans des groupes comme les Talking Heads, Weather Report et bien d’autres d’encore. La musique est, dès lors, entrée dans une nouvelle ère et même une bonne  partie de ceux qui  étaient montés au créneau à l’arrivée de l’instrument  ont  même fini par l’accepter    avec le temps.

Fusion moderne    et    musiques médiévales

Pour revenir  aux  ensembles qui s’inspirent de la musique médiévale sans se priver d’y introduire des instruments électroniques et synthétiques, on y retrouve, diverses familles et finalement des genres assez variés : certains de ces groupes sont assez proches des partitions d’époque. On citera, par exemple, la formation suédoise Vox Vulgaris et son superbe album The shape of medieval music to come daté 2003. En 1997, mettant la main à la patte, les Dead can Dance avaient aussi revisité, avec énergie, quelques danses et musiques médiévales dans leur album Songs And Dances of Gothic and Renaissance Period. Leur version du Saltarello du Manuscrit de Londres Add 29987 est ainsi resté dans les mémoires.

vox-vulgaris-jazz-musique-medieval-musique-moderneÀ ces formations qui collent aux mélodies et aux compositions du Moyen Âge, tout en leur apportant une touche de sonorité modernes, s’ajoutent celles qui mêlent librement, dans leur répertoire, musiques folk & traditionnelles (celtiques, nordiques, irlandaises, etc…) et mélodies médiévales. On peut même trouver, quelquefois, chez elles, des compositions maison à des lieues de  toutes mélodies historiques. D’un point de vue puriste, si on range quelquefois ces formations dans le champ des musiques médiévales, c’est un peu par glissement. Pour être juste et dans l’esprit, il est, en effet, plus question d’inspiration, de souffle lointain, et la fusion opérée puise, souvent, du côté des mondes imaginaires, pour évoquer un certain moyen-âge idéalisé : épique, celtique ou fantastique.  Nous y sommes souvent plus dans la musique moderne.

Aux origines du folk, rock, pop médiéval

On peut trouver la racine historique de nombre de ces inspirations, dans un certain mouvement du revival Folk, daté justement des années 70, période de grande effervescence créatrice musicale. Avec la volonté d’opérer un certain retour à la nature et à l’authenticité, les jeunes artistes d’alors explorent de nouveaux territoires. Ils repartent ainsi à la conquête de musiques plus traditionnelles et cherchent dans la culture populaire et folklorique  des racines et  peut-être même un sens que la société moderne faute à leur donner. C’est une génération de musiciens et d’artistes influencés aussi par la vague rock progressive anglo-saxonne et « le mouvement des fleurs » américain. Peut-être peut-on encore y ajouter pour une partie d’entre eux,  la redécouverte de Tolkien et d’un certain Moyen Âge idéalisé, dont s’étaient aussi emparés une partie de ces mêmes étudiants des 70’s, aux Etats-Unis.  Quoiqu’il en folk-medieval-neo-folk-rock-progressif-musique-medievale-definition-synthetiseursoit, sous ces différentes influences, la créativité se libérera pour donner lieu à de nouvelles fusions musicales. Avec sa capacité à produire les sons les plus étonnants et les plus divers, le synthétiseur se prêtera tout particulièrement à l’atmosphère de ce type de compositions. Dans les années 90, 2000, ces tendances musicales autour d’un « Moyen Âge » revisité et élargi se confirmeront, peut être impulsées par ceux ayant grandi, dans les années 70/80, bercé par ce folk nouveau : des enfants de Malicorne et d’autres groupes de cette génération.

On parle désormais de Folk médiéval, de néo-folk médiéval. On pourrait presque parler de pop ou de World Music médiéval. Sont venus s’y ajouter des styles   de musique plus rock : le pagan rock, le rock métal médiéval, etc. Il existe encore, de nos jours, une scène importante dans ce domaine. On connait des groupes au large succès comme Faun, Corvus Corax, mais cette tendance ne ne se limite pas à l’Allemagne, ni  au nord de l’Europe. Elle a aussi gagné la France avec de nombreux festivals. Aussi ne vous étonnez pas. Vous pourrez y croiser une vielle à roue faisant de l’œil à une basse, ou une belle harpe  complice d’un synthétiseur. Ici, sur le terrain de l’art et de la fusion, la modernité rejoint   le Moyen Âge  historique, musical ou quelquefois imaginaire. Cela peut-être très plaisant, même si d’un point de vue factuel, nous ne sommes  techniquement plus tout à fait dans  une définition historique de ce qu’est la musique médiévale.

En vous souhaitant une belle journée.

 Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Rod Pagan Fest : le nouveau festival rock folk médiéval de Rodemack

festival-pagan-folk-medieval-Rodemack-2019Sujet : festival, musique, neo folk, folk médiéval, pagan folk, festival musique, inspirations médiévales
Lieu : Rodemack, Lorraine, Moselle, Grand Est
Evénement:  Le Rod Pagan Fest 2019
Dates : le 21 septembre 2019

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionécidément, l’Association des Amis des Vieilles Pierres de Rodemack a plus d’une corde à son arc quand il s’agit de célébrer le monde médiéval sous ses formes les plus diverses. D’ici quelques semaines, et le 21 septembre de ce mois, ils s’apprêtent, en effet, à inaugurer leur premier festival pagan rock baptisé le Rod Pagan Fest.

Cinq concerts jusqu’au bout de la nuit

festival-folk-pagan-medieval-2019-old-pagan-fest-rodemack-Grand-EstIdéalement placé, à deux pas des frontières belges, allemandes et luxembourgeoises, l’événement a la vocation d’attirer à lui tous les amoureux de musiques débridées et festives qui puisent la source de leur inspiration dans le Moyen Âge musical.

Au programme de l’événement, rock, folk médiéval, néo-médiéval, et surtout bonne humeur, avec 5 groupes de prestige invités pour l’occasion. A partir de 17h00, cinq grands concerts embarqueront les festivaliers jusqu’au bout de la nuit. En plus de quatre célèbres groupes d’origine française, les Corvus Corax feront même le déplacement d’Allemagne pour être de la fête.

Groupes invités :   Graoulish Barden – Rhesus –  Les Compagnons du Gras Jambon –   Prima Nocta –  Corvus Corax

Informations et réservations sur le site du Rod Pagan Fest

festival-musique-neo-folk-medieval-pagan-rock-rodemack-agenda-2019

En vous souhaitant une belle journée.
Fred

Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes