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Explorez un donjon dans ce jeu de Rôle Médiéval Fantastique Gratuit

Sujet : jeux vidéo, exploration, jeux de rôle, donjon, RPG, médiéval fantastique, médiéval fantasy, dungeon crawling, jeu gratuit, chatbot.
Titre : Dungeons&Monsters
Auteur : botnation.ai

Bonjour à tous, 

oilà longtemps que nous n’avons rédigé d’articles dans cette rubrique sur les jeux vidéo inspirés du monde médiéval mais, pris entre divers autres projets, le temps nous a encore manqué. Quoi qu’il en soit, amis du médiéval fantastique, des jeux de rôle et de l’exploration de donjon en solo, voici un petit jeu à l’ancienne qui pourrait vous occuper quelques heures.

Un RPG récent mais à l’ancienne

Pour revenir sur cette rubrique, pas de grand titre ronflant à la Skyrim ou à la Crusader Kings, sorti d’un studio géant spécialisé. Le jeu gratuit que nous vous présentons est le fruit d’un développeur indépendant et il pourrait pratiquement avoir une valeur historique s’il n’était pas récent.

Créé en forme de clin d’œil aux premiers jeux de rôle vidéo par Botnation.ai, une société spécialisée dans les chat bots et l’intelligence artificielle, Dungeons & Monsters est un RPG médiéval fantasy minimaliste qui pourrait sembler tout droit sorti du temps où Donkey Kong était un must des jeux de plateformes et où Super Mario faisait ses premières apparitions.

Nous sommes donc au début des 80’s, ces mêmes années où les utilisateurs Mac vous regardaient (déjà) de haut, avec une petite moue pincée et vous lâchaient : « Non mais t’es sérieux, là ? Tu n’as vraiment JAMAIS joué à Ultima ? » . En ce temps là, les pixels étaient à peu près gros comme des balles de Ping-Pong et la résolution 640×480 pixels, le nec plus ultra pas toujours à portée (en fonction de votre station informatique et de votre RAM) : c’est tout dire ! Mais, assez bavassé et avançons sur notre sujet du jour, sans plus perdre de temps.

Grand père roliste ou archéologue amateur ?

A ce stade, il y a deux possibilités. La première, amateur de Jeux de Rôle précoce, vous les avez aimés, assis à une table aux cotés d’un maître de jeux inspiré. A la même période, vous les avez peut-être même pratiqués, en solo, un « livre dont vous êtes le héros » à la main ou même, un peu plus tard, sur votre tout premier ordinateur ou console.

Les premier Jeux de Rôle (RPG, Role play game) informatiques se présentaient alors sous forme de messages textuels, entre narration et choix à effectuer (actions, déplacements, interactions) agrémentés d’images basiques. toutes plates et sans 3D mais quand même, le tout restait impressionnant pour l’époque ! Au sujet de l’Intelligence artificielle dans les mondes ludiques et pour recontextualiser, il faut se souvenir qu’un peu avant ces années là, dans les 70’s tardives, vous aviez le choix entre une bataille navale électronique de table avec tirage aléatoire et tout plein de bruits bizarres, et un jeu d’échec, lui aussi électronique, si vous aviez les moyens. Bon, certains avaient déjà des consoles TV de 12 kg avec le jeu Pong en noir et blanc mais en terme d’IA évoluée, on en était là.

Dans l’autre cas de figure et c’est donc la deuxième possibilité (vous suivez ?), vous êtes nés bien plus tard que tous ces vieux trucs (restez polis quand même). Vous n’avez donc pas connu les jeux de rôle médiéval fantastique de cette époque qui commence, il faut bien l’avouer, à dater, mais : 1/l’archéologie et les technologies anciennes vous fascinent. 2/votre grand père vous a tellement saoulé avec le « truc de dingue » qu’il a ressenti quand il a dézingué son premier troll dans un donjon virtuel (alors qu’il ne lui restait plus que 2 points de vie !!!! C’est pas foufou ça ?), que tout ça a fini par vous intriguer. (au passage, ça fait bizarre de se dire qu’il existe des grands-pères comme ça, maintenant, mais il faut s’y résoudre).

Dans tous les cas susnommés, vous avez frappé à la bonne porte, celle du Donjon de Wargrumfah, un lieu obscur et tortueux plus facile à explorer qu’à prononcer (quoique).

Un vieux donjon plein de monstres chelous

L’entrée de ces souterrains peuplés de monstres retors, se tient, au nord du village (lequel ? Le vôtre, ne compliquez pas les choses). Vous la trouverez perdue au milieu de ces vieilles ruines, noyées de ronces, où jamais personne n’ose plus s’aventurer. Une fois devant la vieille porte, vous vous souviendrez de ce type louche à la taverne qui vous avait affirmé, à demi-mot, que l’endroit était hanté par de drôles de créatures mais qu’un trésor incommensurable y était enfoui. Et, en cet instant précis, pris entre votre désir d’aventure et la peur légitime de l’inconnu, vous le maudirez un petit peu quand même.

Pourtant, il en faudra bien plus pour vous arrêter même si, au moment de pousser la lourde porte du donjon, celle-ci s’ouvrira d’elle-même, dans un affreux grincement, pour vous inviter à entrer. Vous passerez, alors, la main sur votre besace pour y vérifier la présence des trois potions, de vie, de vitalité et de magie et sentant, avec soulagement, qu’elles s’y trouvent bien rangées, vous pénétrerez dans l’endroit.

Pour se lancer dans l’aventure

Pour le matériel, c’est à l’ancienne, comme on a dit. Munissez-vous simplement d’une feuille de papier et d’un crayon pour faire le plan du labyrinthe et ne point vous y perdre. Ensuite, trouvez-vous un super nom de personnage médiéval, de guerrier, de magicien, ou de paladin, le genre de nom qui pourrait faire trembler une horde de gobelins rien qu’à l’entendre : Athanator, Miriandhrir, Barafhlks, Mozagrul le Fièr, Ulithror le sans-peur, etc… et embarquez pour l’aventure.

Comme dans tout bon RPG, au moment de la création du personnage, on vous demandera de répartir vos points entre magie, talents au combat, …, et même de choisir votre armure (armure de métal, robe de mage, etc…). Trois types de magie sont disponibles dans le jeu : eau, feu et pierre. Pour le reste, laissez-vous guider par les messages une fois le jeu lancé.

Encore une fois, c’est basique mais c’est gratuit et si ça ne vous rappelle pas des souvenirs, vous aurez au moins une pensée pour les pionniers des premiers âges de l’informatique qui devaient se tirer sur les méninges et faire travailler leur imagination pour mettre à bas leurs premiers donjons et en retirer quelques points d’expérience. Bon, certains diront que c’est encore de la glandouille, et qu’il faudrait mieux lire un bon bouquin, mais à l’approche des fêtes, tout le monde se trouve des excuses.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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Vengut lo jorn de Originem, collectif de rock médiéval pur jus

Sujet : musique, rock médiéval, inspiration médiévale, occitan, musique rock, Occitanie, occitan, modernité, jacquerie, révolte, ingénierie sociale.
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle, époque actuelle.
Titre : Vengut lo jorn (le jour venu)
Interprète : Originem

Bonjour à tous,

oin de l’ethnomusicologie et des manuscrits anciens, nous vous avons souvent parlé, ici, de formations musicales modernes qui puisaient leur inspiration dans le Moyen Âge, en s’affranchissant des sources originales à des degrés divers : néo pop médiéval, folk médiéval, néo folk, métal symphonique médiéval, …

On pourrait encore citer, dans la famille des styles plus « easy listening », les musiques médiéval-fantasy, souvent plus inspirées du folklore celtique irlandais que du monde médiéval, qu’on trouve au kilomètre sur youtube, ou encore ce genre à rebours assez drôle mais totalement vidé de substance que les mois de confinement ont vu naître en 2020 : le « bardcore ». Un style qui reprend des titres Pop plus ou moins récents (Bioncé, Eminem, etc…) pour les réinterpréter à la sauce « médiévalisante », à grands renforts de MAO et de rythmes électroniques.

Aujourd’hui, nous nous tiendrons loin de tout cela. Et si le Moyen Âge continue d’éveiller diversement les muses des compositeurs modernes, nous oublierons, pour un temps, les revisites gentillettes des musiques médiévales à la façon world music électronique. Aussi, âmes sensibles s’abstenir ! préparez-vous à une plongée dans le rock, le vrai, celui des racines et de la révolte qui couve. Bienvenue dans le monde d’Originem.

Originem, rock & racines médiévales

Si le collectif rock médiéval Originem trouve son inspiration au Moyen Âge et au XIVe siècle, c’est que son intention est de situer la lutte dans une continuité historique qui puise bien au delà de 60’s, avec leur rock à papa. Loin, bien loin, du plan Marshall et des sirènes américaines du Capitalisme de la Séduction (dénoncé en 1981 par Michel Clouscard), le rock d’Originem s’ancre dans les racines profondes et anciennes de nos terres françaises et occitanes. Il y résonne comme la révolte du petit peuple exsangue du Moyen Âge dans les campagnes ravagées par la guerre de cent ans, par les pillages et les épidémies. Il s’élève comme une réponse nécessaire face à des temps de prédation et d’incertitude.

En latin et en Occitan, la langue de nos lointains aïeux et ancêtres, la musique et les textes d’Originem grondent comme grondaient les jacqueries du temps des disettes et des privilèges. Toutes griffes dehors, derrière l’évocation d’un monde médiéval qui se cabre sous le coup de ses insurrections, elle met en abîme les questionnements sur le temps qui est là et sur le temps qui vient.

Originem – Vengut lo Jorn – Rock Médiéval

De l’antisocial de Trust à la conscience collective

Ce n’est sans doute pas, par hasard, qu’on retrouve David Jacob, le bassiste de Trust dans cette formation aux musiques envoutantes et qui scande ses paroles comme des mantras libérateurs ou des appels à l’éveil des consciences et des âmes.

L’antisocial de Bernie Bonvoisin perdait son sang froid dans la France des 80’s. En dénonçant la marque du système dans les chairs aliénées et robotisées par les néons de la modernité, il invitait chacun à y reconnaître la marque de son propre esclavage. Face à la gangrène conformiste, le groupe Trust et son chanteur Bernie avaient rêvé de faire sauter tous les carcans pour éveiller, dans la jeunesse trop sage des 80’s, une quête de sens existentielle. A 40 ans de là, Originem reprend le flambeau de la révolte mais, cette fois-ci, d’une manière plus profonde et peut-être aussi plus collective dans sa forme. Le chanteur est bien là mais il s’efface presque devant la tribu. La forme est au service du fond. Et comme le chant revient de manière entêtante, presque processionnaire, comme un manifeste, la dimension individuelle cède le pas sur la dimension collective.

Le message est clair. L’heure est à l’éveil. Les partisans, les gens du simple et les gueux du XXIe siècle sont affamés. Ils sortiront bientôt du bois comme des loups et les corbeaux se joindront à leurs cris pour faire tomber les masques et réclamer leur dû. La libération approche pour ceux qui n’ont déjà plus rien à perdre. Sous ce rock aux accents anciens et d’un autre temps, chaque auditeur sera libre de juger à quel point le passé se reflète dans le présent et comment d’anciennes problématiques viennent se réinviter sur fond d’actualité brûlante.

Enluminure médiévale jacquerie du XIVe  siècle - Marché de Meaux
Juin 1358, des paysans révoltés envahissent le marché de Meaux et finissent exterminés, Chroniques de sire Jean Froissart, MS Français 2643 (Bnf Gallica)

Du rock contre l’ingénierie sociale

« …Les textes sont toujours des textes courts, dans le style de ce qui pouvait se scander dans des tavernes ou sur les routes à l’époque, et mettent souvent en scène des personnages perdus et fous de rage, choisissant de prendre la route de la sédition, de l’insurrection, bref, de la révolte comme dernier acte pour un avenir digne de ce nom. » Jean-Michel Wizenne

Tombé de longue date dans la marmite du Rock, Jean Michel Wizenne, le chanteur, guitariste, fondateur et compositeur de Originem, pose le cadre sans faux-fuyants. Par ailleurs auteur, conférencier et sociologue, il jette sur nos sociétés actuelles et la française en particulier un œil particulièrement critique.

Sans masquer son dégoût du néolibéralisme sauvage et ses déviances, il interroge les concepts patinés, remâchés, survendus qui mènent à la « docilité convenue ». Au service de qui ou de quoi ces injonctions de douceur, de docilité, de passivité roulent-elles pour qu’on veuille, à ce point, nous les faire ingérer ? Entre la recherche de paix sociale et la volonté d’endormissement -asservissement des masses, le fil est quelquefois bien plus ténu qu’on le pense. Les gilets jaunes s’en souviennent encore. Il a suffi de voir le peuple s’éveiller un peu et sortir dans les rues pour comprendre de quel côté se trouvait la violence véritable. Quoi qu’il en soit, dans l’esprit du parolier d’Originem, le questionnement sur l’ingénierie sociale et ses nouveaux outils de régulation et de coercition est en filigrane.

Pourtant, la domestication a ses limites et comme les jacqueries du XIVe siècle ou d’autres soulèvements l’ont montré, le point de rupture n’est jamais aussi loin qu’on le croit. Alors, l’espoir, JMW en a, celui du changement qui vient. En attendant, il cite Chomsky : « dans les périodes chaotiques, il y a toujours des failles ». Quand on vous dit que le Rock d’Originem est posé sur un socle sérieux.

Les membres d’Originem

Jean-Michel Wizenne (guitare, chant et composition) – David Jacob (guitare basse) – Thomas Calegari (batterie & percussions) – Géraldine Thébault (flûte piccolo).


Vengut lo Jorn de Originem,
les paroles en occitan & leur traduction

Devèm faire lo camèu
En esperant lo sinhau
Lo sinhau de la venjança
Lo sinhau de la Sedicion.

Devèm faire lo camèu
En esperant lo sinhau
Lo sinhau de la revòuta
E dau chaple, chaple que vèn.

Siguem pacient mai despacient
Siguem calme mai siguem furiòs
Siguem pacient mai despacient
Siguem calme mai siguem furiòs.

Aguem lo codonh
Aguem lo còr pelut
Botem lei en bandiera
Vengut lo jorn…

Nous devons faire le dos rond
En attendant le signal
Le signal de la vengeance
Le signal de la Sédition.

Nous devons faire le dos rond
En attendant le signal
Le signal de la révolte
Et du massacre, massacre qui vient.

Soyons patients, mais impatients
Soyons calmes, mais soyons furieux
Soyons patients, mais impatients

Soyons calmes, mais soyons furieux.


Ayons de la rancune !
Ayons du courage !
Mettons-les en pièces,
Le jour venu.


Pour conclure, disons un mot de l’actualité du groupe et de ses productions. Trois morceaux sont déjà publiés sur les réseaux dont celui que nous partageons dans cet article. Vous pourrez tous les retrouver en ligne sur la chaîne youtube d’Originem et sur son site officiel, en attendant de croiser le groupe sur de vraies scènes et de vrais festivals en France.

En bonus sur leur chaîne Youtube, vous trouverez aussi des vidéos qui expliquent la démarche du groupe et détaille les textes de certains morceaux. Je vous les recommande vivement pour aller un peu plus loin. Enfin sur les réseaux, de nouveaux morceaux sont prévus pour les mois à venir. Affaire à suivre donc !

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Petite annonce urgente : recherche d’accessoires pour le tournage d’un film médiéval

Bonjour à tous,

ans le cadre d’un film sur Jeanne de Belleville, noble bretonne devenue première femme pirate de l’Histoire, un équipe de tournage et son réalisateur recherchent des accessoires et des costumes inspirés du XIVe siècle. La liste va d’armes, de pièces d’armures et d’éléments de tenues civiles ou militaires à des accessoires divers pour des scènes en intérieur et en extérieur. Les objets seront utilisés uniquement le temps du tournage.

Si vous êtes une compagnie médiévale ou une institution spécialisée dans cette période médiévale et disposée à jouer le jeu*, n’hésitez pas à nous contacter sur nos réseaux (Facebook, Twitter) ou par courriel sur contact(@)moyenagepassion.com. Nous vous mettrons en contact direct avec la production. Merci de noter que le besoin est assez urgent. La sortie officielle du film est prévue d’ici quelques mois mais le tournage devrait démarrer instamment.

Pour le reste, l’équipe de réalisation nous fait savoir que les partenaires associés seront largement remerciés sur les réseaux, dans les crédits du film et sur les médias concernés. Des invitations sur le tournage pourront également être prévues. Tout cela sans compter le fait d’avoir posé votre petite pierre dans l’histoire aussi tragique que passionnante de Jeanne de Belleville (de Clisson).

En vous souhaitant une belle journée
Fred F

* peut-être préférablement situées en Bretagne ou en région voisine

Humour anglais et Moyen Âge : Bon Anniversaire Mister John Cleese !

Affiche du film Sacré Graal des Monty Python

Sujet : humour, légendes arthuriennes,  roi Arthur, extraits, citations, cinéma,  médiéval  fantaisie, idées reçues, roman arthurien, non sens, sorcières.
Titre : Sacré Graal (the Holy Grail)
Période haut Moyen Âge, Moyen Âge central
Réalisation : 
Les Monty Python  ( 1975)

Bon Anniversaire Mister John Cleese,

e plus grand des Monty Python par la taille (1m96) vient de souffler ses 83 bougies. Les réseaux le célèbrent déjà largement et nous avons décidé d’en saisir, nous aussi, l’occasion. Moyen-Âge oblige, c’est avec le film Sacré Graal qu’il nous est apparu le plus logique de le faire mais la carrière du géant anglais est bien loin de se limiter à ce titre et nous ne pouvons éviter d’en dire un mot.

Le génie comique à l’état pur

On a connu John Cleese impayable dans de nombreux sketches des Monty Python : ses géniales « démarches stupides » (Silly Walks) datés du Flying Circus sont restées légendaires, de même que son habilité au « Fish Slap » ou ses recrutements totalement absurdes. Et dans les long métrages de la joyeuse bande de comiques anglais, il n’est pas une seule scène où l’acteur anglais n’apparaisse sans que sa force comique crève l’écran.

Dans les années 70, les inconditionnels de la série Fawlty Towers (l’hôtel en Folie) n’auront pas oublié, non plus, Basil Fawlty, ce propriétaire furieusement drôle d’un petit hôtel anglais, avec ses terribles gaffes et son impayable maître d’hôtel espagnol Manuel qu’il moleste au delà de toutes règles de décence. John Cleese créa la série avec son épouse d’alors Connie Booth qui y incarne Polly Sherman, la jeune et jolie serveuse et femme de chambre de l’hôtel. De 1975 a 79 fit un tabac et est même entré » depuis au Panthéon des meilleurs programmes télévisés anglais de tous les temps.

On l’avait déjà détecté quand il se trouvait chez les Monty Python mais, si l’on osait une comparaison, avec Fawlty Towers, John Cleese est devenu à l’humour anglais ce que Louis de Funès avait pu être au comique français : un génie comique, explosif, énergique, physique et remuant qui est d’autant plus drôle qu’il est colérique et impitoyable.

Ecriture, acting, l’après Monty Python

John Cleese en Lancelot du Lac, dans Sacré Graal des Monty Python (1975)
John Cleese en Lancelot du Lac dans sacré Graal des Monty Python (1975)

Pour avancer sur la carrière de l’acteur-auteur anglais et citer encore quelques références dans sa filmographie, comment oublier ce Poisson nommé Wanda réalisé par Charles Crichton et dont John Cleese avait coécrit le scénario ? Ce dernier en sortira d’ailleurs avec un British Academy Film Awards. En terme d’écriture, ce n’est pas le seul scénario qu’il aura épinglé à sa boutonnière puisque il en a co-écrit un certain nombre avec les Monty dont Sacré Graal, bien sûr, mais bien encore d’autres en solo. Non content d’être bon, John Cleese est aussi une valeur qui dure.

Depuis les années 90, on l’a encore vu dans un grand nombre de films (La panthère rose 2, Harry Potter à l’école des sorciers, Fierce Creatures dont il signe le scénario, …) et il aura encore prêté sa voix off à des films d’animation et même à des jeux vidéos (Jasper dans Fable III ou Sir Cadwell dans The Elder Scrolls Online en autres titres). Plus récemment, dans les années 2015, on l’a vu sur scène et sur écran avec ses complices des débuts, les Monty Python (Monty Python Live (Mostly): One Down, Five to Go – le one down étant Graham Chapman décédé en 1989). Quant à son actualité plus récente, il continue de faire des apparitions dans des films plus récents et il est assez actif sur les réseaux.

Drôle dans la vie comme à l’écran

Pour finir sur une ou deux anecdotes qui montrent que John Cleese est toujours aussi drôle dans la vie qu’au cinéma, on pourra citer son statut Facebook : « John Cleese est une personne de grande taille qui aime les lémuriens, le café et le vin. Il est aussi connu pour écrire. » ou même encore se souvenir que, dans les années 70’s, il a même volontairement caviardé sa filmographie avec des titres de longs métrages aussi nonsensiques que « Confessions d’un planificateur » (Confessions of a Programme Planner). Il n’a confessé ce dernier gag que, bien plus tard dans les années 80 et, pendant tout ce temps, en a ri sous cape.

Quoi qu’il en soit, entre une si belle carrière et sa capacité à rire de tout (y compris de lui-même), il semble que John Cleese ait trouvé là son véritable graal. Nous lui souhaitons, à nouveau, un bel anniversaire et nous vous laissons avec une scène culte du film Sacré Graal pour lui rendre hommage.

La scène culte de la sorcière dans Sacré Graal

Pour ceux qui l’ont vu, Sacré Graal des Monty Python est un empilement de scènes cultes. Avec ce film, comme avec la Vie de Brian on est à l’apogée de l’art comique et du non sens anglais des Monty Python. Chose que l’on perçoit mal de nos jours, s’attaquer aux légendes arthuriennes avec cet humour totalement décalée n’alla pas sans provoquer, en son temps, quelques remous dans la bien-pensance britannique. Il aura sans doute fallu ce Sacré Graal pour que, deux décennies plus tard, Alexandre Astier décide de se pencher sur l’écriture et la réalisation de la série Télé Kaamelott en s’inspirant, à son tour, du roman arthurien. Lui-même n’a d’ailleurs jamais renié une partie de son héritage comique du côté des Monty.

Les villageois : Nous tenons une sorcière. Brûlons-là ! Brûlons-là !
Ils la présentent au chevalier Bédivère.
Villageois 1 (Eric Idle) : Nous avons trouvé une sorcière et, maintenant, on doit la brûler !
Les villageois : Brûlons-là ! Brûlons-là !
Bédivère : Comment savez-vous que c’est une sorcière ?
Les villageois : Elle ressemble à une sorcière !
Bédivère : Amenez-la moi.
La suspecte : Je ne suis pas une sorcière !
Bédivère : Mais vous paraissez bien en être une…
La sorcière : Ce sont eux qui m’ont habillée comme ça.
Les villageois protestent.
La sorcière : Et ceci n’est pas mon nez ! C’est un faux !
Bédivère (à la foule) : Alors ?
Villageois 1 (Eric Idle) : Bon, pour le nez, d’accord, on l’a fait.
Bédivère : Le nez ?
Villageois 1 (Eric Idle) : Et le chapeau… Mais c’est une sorcière !
Les villageois : Brûlez-là ! Brûlez-là ! Brûlez-là !
Bédivère : Et c’est vous qui l’avez déguisée comme ça ?
Les villageois : Non, non, Non ! … Oui, un peu… Mais elle a une verrue.
Bédivère : Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle est une sorcière ?
Villageois 2 (John Cleese) : Oh ! Elle m’a transformé en salamandre.
Bédivère : En salamandre ???!!!!!
Villageois 2 (John Cleese) : … Je vais mieux depuis.

Les villageois : Brûlez-là ! Brûlez-là ! Brûlez-là !
Bédivère : Du calme ! Du calme. Il y existe des moyens qui permettent de savoir si c’est vraiment une sorcière.
Les villageois : C’est vrai ? Dites-nous comment !
Bédivère : Dites moi, que faites-vous avec les sorcières ?
Les villageois : On les brûle ! On les brûle !
Bédivère : Et que brûlez-vous en dehors des sorcières ?
Villageois 1 (Eric Idle) : Toutes les sorcières !
Villageois 3 (Michael Palin) : Le bois !
Bédivère : Bien. En ce cas, pourquoi les sorcières brûlent-elles ?
Les villageois cherchent et réfléchissent
Villageois 2 (John Cleese) : Parce qu’elles sont en bois !
Bédivère : Très bien ! Alors, comment savoir si elle est en bois ou non ?
Villageois 1 (Eric Idle) : En s’en servant pour fabriquer un pont !
Bédivère : Mais ne peut-on construire des ponts à partir de la pierre ?
Les villageois : Ah… Oui…
Bédivère : Est-ce que le bois coule dans l’eau ?
Villageois 1 (Eric Idle) : Non, il flotte ! Jetons-la dans la mare !
Les villageois clament leur approbation
Bédivère : Attendez ! Qu’est-ce qui flotte aussi dans l’eau ?
Villageois 3 (Michael Palin) : Le pain !… Les pommes !.…
Villageois 2 (John Cleese) : Des toutes petites pierres ?
Villageois 3 (Michael Palin) : La porcelaine ! Une bonne sauce !
Bédivère : Non…
Villageois 2 (John Cleese) : … Une église ? Le plomb ! le plomb !
Le Roi Arthur (Graham Chapman) qui, jusque là, observait la scène) : Un canard !
Bédivère : Exactement ! Un canard ! Donc logiquement. Si elle… ( il encourage les villageois à réfléchir)
Villageois 1 (Eric Idle) : … pèse le même poids qu’un canard… Elle…. Elle est fait en bois !
Bédivère : Et donc ?
Les villageois : une sorcière ! C’est une sorcière !
Bédivère : allons-y ! Utilisons la grande balance pour vérifier !
Clameur des villageois. La sorcière est mise dans la balance avec un canard de l’autre côté. Contre toute attente, la démonstration fonctionne. Elle et le canard font le même poids.
Les villageois l’emporte pour la brûler : Brûlons-la ! Brûlons-la !
La sorcière : ils m’ont bien eue.

Bédivère reconnait la sagesse du Roi Arthur basée sur son intervention (double dose de non-sens). 😀


Idées reçues sur le Moyen Âge

En reprenant nos articles sur la légende de l’inquisition médiévale et l’imagerie des bûchers de sorcières au Moyen-âge, les idées qu’on s’en fait habituellement se reportent à des faits bien plus sûrement renaissants que médiévaux. Toutefois, comme il s’agit des Monty Python et que la scène reste super drôle, on les pardonne bien volontiers d’enfoncer le clou d’une idée reçue. On le fait d’autant mieux que le raisonnement par analogie utilisé ici pour créer l’effet comique résonne de manière assez pertinente. En médecine médiévale, il n’est pas rare, en effet, qu’on l’utilise des déductions pour opérer à la prescription : formes ou couleurs d’un produit en relation aux humeurs qui permettraient d’obtenir des guérisons ou des améliorations d’état, analogie de la mandragore et du corps humain, etc…

On pourra encore ajouter que certaines formes d’ordalies pratiquées durant le Moyen-âge central (ordalie par le feu ou l’eau, … voir article) pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un prévenu n’ont quelquefois pas grand chose à envier au procédé mis en avant ici par les Monty Python.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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