Sujet : légendes arthuriennes, revue, mystères de l’Histoire, numéro trimestriel, roman arthurien. Période : Haut moyen-âge pour la période de référence, Moyen-âge central pour l’écriture. Média : Revue Trimestrielle Les Mystères de l’Histoire (Juillet/Août/Septembre 2018)
Bonjour à tous,
ertaines mauvaises langues éprises d’Esope, de Phèdre, de La Fontaine ou même encore de fables médiévales à la façon de Marie de France ou d’Eustache Deschamps, diront peut-être que tout cela ressemble à une histoire de ramage, de plumage et de fromage, mais je peux vous assurer qu’aucun renard n’est venu chanter sous nos fenêtres. Aussi, nous ne bouderons pas notre plaisir et nous sommes très heureux d’avoir été cités, à plusieurs reprises, dans le dernier numéro de la revue Les Mystères de l’Histoire, consacré aux Légendes arthuriennes.
Particulièrement bien sourcé et puisant abondamment aux sources médiévales de la légende et de ses premiers grands auteurs ( les Boron, les Monmouth et autre Chrétien de Troyes). ce septième numéro trimestriel de la revue se fixe l’ambition, en quelques 150 pages de confronter mythe, faits et état actuel des connaissances sur les héros de la quête du Graal, en nous offrant ainsi un beau tour d’horizon du sujet.
Disponible en Kiosque, cette édition est également accessible en ligne, au format numérique. Aussi, si tout comme nous, vous êtes amateurs du roman arthurien et de ses mystères, vous pourrez l’acquérir directement sur le site de son éditeur Phoenix-publications.
Sujet : fêtes médiévales, festivités, animations, compagnies médiévales, agenda, bastide médiévale Lieu : Cordes-sur-Ciel, Tarn, Occitanie Evénement: Les 46emes Fêtes médiévales du Grand Fauconnier Dates : du 14 au 15 juillet 2018
Bonjour à tous,
n suivant le fil des célébrations autour de l’histoire et du Moyen Âge, c’est, encore une fois, du côté de l’Occitanie que l’agenda médiéval nous entraîne ce week-end.
Organisée par le Comité du Grand Fauconnier, la municipalité de Cordes-Sur-Ciel & la Société de production l’Oriflamme, la 46e édition des médiévales de cette bastide de charme se propose de vous convier à un voyage dans le temps, en direction du milieu du XIVe siècle, à l’évocation de la guerre de cent ans.
En plus de ses camps médiévaux permanents, de ses ateliers autour de l’artisanat de la période ciblée, ou de son marché artisanal, ces festivités ne devraient connaître aucun temps mort, tout au long du week-end, puisque du samedi, début d’après-midi, jusque tard dans la soirée du dimanche, un spectacle (concert, théâtre, contes, scénettes, danse, fauconnerie, etc…) y est prévu toutes les trente minutes. On ajoutera à tout cela, un scénario historique, concocté par la Société Oriflamme, déjà citée plus-haut, qui viendra encore animer la fête de ses personnages, ses péripéties et ses rebondissements.
A noter que ces médiévales qui affichent clairement leur ambition de se situer dans « la promotion du patrimoine historique, culturel, humain et bâti du pays cordais » ont été également labellisées, pour l’année 2017-2018 par la FFFSH (Fédération Française des Fêtes et Spectacles Historiques).
Les Ailes de l’Urga – Les Trimarrants – Cornalusa – Les Pies – Celestiaes – Dragons du Cormyr – La Ferme Equestre de la Grésigne – Les Bâtisseurs Médiévaux – Les Lions de Guerre – Les Mortes Payes et La Herpaille –
Sise à quelques kilomètres au nord d’Albi, sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, cette belle bastide fut fondée au début du XIIIe siècle, par le comte Raymond de Toulouse, septième du nom, soucieux de protéger son territoire et suite aux destructions que la croisade contre les albigeois avait laissé à sa traîne.
Pour favoriser de nouvelles installations sur le site, par ailleurs déjà peuplé, la cité nouvelle et ses habitants se virent accorder par le seigneur toulousain, une charte, et on y bâtit, bientôt, une enceinte et des murailles, tant et si bien que sept ans plus tard, en 1229, Cordes était déjà devenue une place forte stratégique, au nord du grand comté de Toulouse. Entre le milieu du XIIIe et le XIVe siècle, elle saura tirer partie de ses avantages et de sa situation pour fleurir économiquement et se développer, à la faveur, notamment, des négoces du cuir, de la toile et de la draperie.
De sa création jusqu’au début du XIVe siècle, l’histoire de la bastide demeure indissociable de la lutte de l’église catholique et des seigneurs du nord contre les albigeois et les seigneurs du sud puisque la présence de cathares y est encore attestée autour de 1321, à quoi les croisés viendront bientôt mettre fin. Au XVe, à l’égale de nombreuses cités d’Europe elle ne sera pas épargnée par la grande épidémie de peste noire qui emportera dans son sillage près du quart de ses habitants, freinant quelque peu ses développements.
Visité dans le courant du XXe par des personnages aussi célèbres que Prosper Mérimée ou Albert Camus, c’est durant ce même siècle que la bastide changera de nom pour devenir Cordes-sur-Ciel.
Teaser de l’édition 2018
En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : auteur médiéval, biographie, portrait, Espagne Médiévale, Europe médiévale, Alphonse XI, conflits nobiliaires, princesse captive, donjon Période : Moyen-âge central (XIIIe & XIVe siècle) Personnage : Constance de Castille (1316-1345) Ouvrage : « Le conte de Lucanor » par Adolphe-Louis de Puibusque (1854)
Bonjour à tous,
nfermée dans le donjon de quelque forteresse ou forcée à la retraite, au fond d’un austère couvent, l’image de la princesse captive au moyen-âge trouve, sans nul doute, son fondement dans une certaine réalité historique. Sans même y ajouter l’archétype littéraire du chevalier courtois venu la délivrer, on peut ainsi compter un certain nombre de nobles dames ou damoiselles de bonne lignée, promises aux plus prestigieuses épousailles et qui, une fois les noces célébrées, connurent de tragiques destinées, en se retrouvant éloignées du pouvoir et même répudiées ou retenues prisonnières ou cloîtrées,
Les raisons derrière les remises en cause de ces alliances sont diverses, quelquefois mystérieuses et le résultat de quelque mésentente ou même de quelque susceptibilité royale (on se souvient de l’étrange et douloureux destin de la princesse Ingerburge du Danemark sous Philippe-Auguste), quelquefois bousculées à la faveur de nouvelles stratégies géo-politiques des puissants, et d’autres fois encore, un peu des deux. Il faut peut être encore y ajouter que certains mariages arrangés, très jeunes, entre les grandes familles nobiliaires et sans l’accord des intéressés, ont quelquefois contribué à faire virer ces unions en eau de boudin, quand, passant au dessus des devoir de la fonction, quelques puissants décidèrent de ne pas s’y conformer ou même quand leur âge n’a pas permis de consommer l’union.
Si tous ces cas ne semblent pas, non plus, être légions, on en connaît tout de même quelques exemples documentés. Eloignées de la cour et de ses enjeux, mises à l’écart dans quelques palais ou châteaux plus ou moins dorées ou dans quelque établissement religieux, ces princesses ou reines, déchues avant que d’avoir régné (ou si peu) et souvent même, avant d’avoir conçu des héritiers, ont pu rester ainsi, de longues années, sous la main des rois et de leur bon vouloir, recouvrant ou non, plus tard, des rôles secondaires.
Depuis le début du XIIIe siècle, Rome entend bien promouvoir la nature sacrée du mariage et avoir son mot à dire sur les unions et les désunions entre chrétiens. Aussi, il faut le dire, ces revirements d’alliance et ces répudiations après mariage n’ont pas toujours été du goût de l’Eglise qui les a souvent réprouvées, sanctionnant les souverains avec plus ou moins de succès, et plus ou moins de véhémence aussi, en fonction des exigences de son propre échiquier.
Quoiqu’il en soit, pour que la légende de la princesse captive retrouve un peu de sa réalité historique, nous voulons aujourd’hui aborder la destinée de Constance de Castille, fille de Don Juan Manuel et de Constance d’Aragon, qui fut princesse et même reine consort de Castille dans l’Espagne du moyen-âge central. C’est aussi l’occasion de produire un document intéressant puisqu’il s’agit d’une lettre qu’elle est supposée avoir écrite au roi Alphonse XI, à l’âge de sa maturité et alors qu’elle était encore captive de ce dernier.
Otage de conflits nobiliaires dans
l’Espagne médiévale agitée d’Alphonse XI
Nous avons déjà abordé largement ici la biographie de l’auteur, grand seigneur et chevalier espagnol Don Juan Manuel, aussi nous n’y reviendrons pas dans le détail. A cette occasion, nous avions aussi parlé de sa fille Constance qui fait l’objet de cet article et qui fut, pense-t-on, instrumentalisée par Alphonse XI pour tenter de faire plier le genou au grand et puissant vassal. L’histoire est peu claire, mais les faits le demeurent et il nous faut ici les rappeler brièvement.
Peu après s’être promis à la fille de notre chevalier, sans doute pour contrecarrer un mariage prévu et annoncé de cette dernière avec Juan de Haro dit Jean le Borgne, autre puissant vassal d’Espagne, nouvellement allié de Don Juan Manuel, le roi Alphonse XI, alors âgé de 16 ans (et, dit-on, sous la pression de quelques conseillers perfides), fit une autre promesse au même Jean le borgne. En contrepartie de l’union qui venait de passer sous le nez de ce dernier, le roi promit, en effet, au noble de lui accorder la main de sa propre soeur. Las !, on découvrit bientôt que l’affaire était un vil stratagème puisqu’elle servit au monarque à attirer Jean le Borgne dans un piège et à le faire occire froidement. Devant l’assassinat de son allié et voyant que le roi avait usé d’une fausse promesse de mariage pour le défaire mortellement, Don Juan Manuel en déduisit sans doute, de son côté, que l’engagement du roi envers sa propre fille pouvait être de même nature et cacher quelque tortueux complot. Il quitta donc l’armée royale, aux côtés de laquelle il s’était mis à guerroyer de nouveau suite à la célébration de l’alliance du roi avec sa fille, et il rentra en ses terres pour se mettre à l’abri.
On ne peut affirmer que le roi avait ourdi les deux plans, en même temps, pour se débarrasser des deux nobles gênants; il n’avait pas, alors, encore tenté de tuer Don Juan Manuel, comme il le fera par la suite. Si ses intentions n’étaient pas telles, il s’est montré, en tout cas, bien maladroit dans la gestion de sa relation avec le très puissant vassal, pour éveiller, de la sorte, sa méfiance. Suite aux événements, Alphonse XI usa de l’attitude méfiante du vassal et de son départ pour répudier la princesse, avec laquelle il n’avait encore pu consommer l’union pour des raisons de différence d’âge, et la fit enfermer ; au moment du mariage, en 1325, le roi venait tout juste d’être couronné et n’avait que 16 ans. Constanza en avait 9. L’union avait duré à peine deux ans et quelque temps après avoir fait cloîtrer sa jeune épouse, il prenait pour épouse Marie-Contance du Portugal.
La liberté recouvrée
Autant que le conflit dura entre le monarque et son vassal dura, la princesse fut tenue ainsi, soit de l’âge de 10-11 ans (1326-1327) à celui de 20-25 ans (1335-1340). Quand les deux hommes finirent à nouveau par s’entendre, le roi ne la libéra pourtant pas. Quand ils guerroyèrent à nouveau, côte à côte, pour lutter contre les sarrasins, il ne le fit toujours pas. Avait-il conçu pour elle un étrange sentiment dont il ne pouvait se défaire tout en ne pouvant le consommer ? Il est bien difficile, là encore, de l’affirmer.
Il fallut, en tout cas, le besoin logistique qu’il avait du Portugal dans sa lutte contre l’invasion sarrasine pour qu’il consente à la libérer. L’histoire dit que le souverain du Portugal qui entendait bien voir Pierre 1er, l’héritier du royaume épouser Constance dut en effet s’y prendre à deux fois avant que le monarque espagnol accepte de s’exécuter. Sans les exigences stratégiques on peut d’ailleurs se demander s’il l’aurait fait.
Triste sort, après sa longue réclusion et ayant conquis le droit de commencer une nouvelle vie au Portugal, Constance connut encore quelques déboires. Après lui avoir donné quelques héritiers, Pierre 1er se tourna, en effet, bien vite vers une autre maîtresse, Inés de Castro, dame de compagnie de la même Constance. Il alla même jusqu’à l’épouser en secret, semble-t-il. Un peu plus tard, la favorite en question se fera assassinée ce qui n’empêchera pas le souverain portugais de déclarer publiquement vouloir la faire reconnaître officiellement reine du Portugal, créant ainsi rien moins qu’un scandale public et jetant quelque peu, au passage, une nouvelle salve d’opprobre sur la pauvre Constance, achevant de sceller son étrange et malheureux destin. D’entre les trois enfants conçus de ce second mariage, elle aura, tout de même, pour consolation, d’avoir donné naissance au futur roi Ferdinand 1er du Portugal.
Sur la Lettre de Constance
de Castille au roi Alphonse XI
La lettre qu’écrivit Contance à Alphonse XI se situe au moment ou le Portugal demande sa libération en vue du mariage. Empressons-nous d’ajouter, avant d’aller plus loin que les événements narrés ici, ainsi que le document, nous sont connus par une chronique datant du milieu du XVIIe siècle : Chronica de el Rey dom Alfonso o quarto do nome e settimo dos Reys de Portugal, assi com a deixou escrita, Ruy de Pina (1653).
Si le récit est admis comme authentique dans ses grandes lignes, deux siècles après cet ouvrage, dans le courant du XIXe siècle, l’historien Ferdinand Denis souleva quelques doutes sur l’authenticité de la lettre (Chroniques chevaleresques de l’Espagne et du Portugal, 1839). Elle pouvait, selon lui, être « sujette à caution » et il affirma même que si ce n’était le cas, elle avait été, de toute façon, remaniée ou retouchée ici ou là, par quelques historiens de ce même XVIIe siècle. Pour information toujours, il semble que les documents originaux ayant servi de base au chroniqueur Ruy de Pina et auxquels il avait véritablement accès, avaient, disparu entre temps. L’histoire emportera donc avec elle ce secret, autant que les doutes de l’historien.
Ces réserves étant émises, d’après les Chroniques de Ruy de Pina, le roi Alphonse XI avait adressé, par voie épistolaire, un premier refus formel en direction de la cour portugaise en s’opposant au remariage de Constance et en y exposant comme motif principal, les anciens conflits qui l’avaient opposés avec Don Juan Manuel. Bien que l’eau avait coulé sous les ponts et que le conflit avec le Prince de Villena semblait être résolu depuis, le monarque déclarait, peu ou prou, qu’il lui était impossible, au vue de ce passé, de libérer la dame. Dans le même temps, il faisait adresser (« secrètement ») à Constance une autre lettre, dans laquelle il lui affirmait que seuls ses conseillers avaient été la cause de leur désunion passée et qu’il comptait bien plus tard faire annuler son mariage actuel pour pouvoir réparer ses erreurs. Autrement dit, restituer son ancienne épouse dans son statut, dans ses fonctions et à ses côtés. En conséquence, il demandait aussi à la jeune fille de lui demeurer fidèle et de ne pas se donner à un autre. Tout cela donc 10 ans après l’avoir, « mis au placard ». Il faut quand même, pour utiliser une autre expression et pour plaisanter toujours, « en avoir sous le pied ».
Etait-il sincère ? Qui pourrait le dire ? Son jeu apparaît si trouble qu’on se prend à en douter. On sait, par ailleurs, qu’à la même période, il accordait largement ses faveurs à sa maîtresse Eleonora de Guzman contre la reine Marie-Contance du Portugal dont il s’était détourné (la lettre en fera état). Après une attente de plus d’une décennie, la noble fille de Don Juan Manuel, étant quelque peu vaccinée des manipulations du roi, de sa nature tortueuse et de ses fantaisies, lui adressa donc une lettre en réponse dont voici la teneur, encore une fois réserves prises sur les doutes mentionnés plus haut (au passage, et pour faire un appel du pied à d’éventuels historiens spécialistes des ces questions, après les objections et doutes soulevés par Ferdinand Denis sur ce document et sur son sérieux, on aimerait vraiment pouvoir retrouver la trace d’un original afin de le comparer avec la version ci-dessous, et si possible rétablir un peu de vérité historique… ).
La lettre dépeint, en tout cas, Constance à son avantage et on peut y lire la relation complexe entre position obligée d’allégeance et obligations, mais aussi le courage et la force de la jeune femme qui « claque le bec » à son roi (ça fera trois).
rès-puissant et excellent prince, que Dieu a pourvu si honorablement de grandes vertus, et que la fortune a doté si largement de ses faveurs et de ses bienfaits, don Alphonse, roi de Castille et de Léon, la personne qui vous écrit est Constanza Manuel , celle que vos manques de foi ont si souvent rendue triste, tandis que vos offenses non méritées en ont mis d’autres en un périlleux désespoir. Quoique j’aie raison et désir de souhaiter vengeance, je n’oublie pas l’obéissance naturelle que je vous dois, et je me recommande à votre courtoisie. Très-haut et très-puissant seigneur, sachez une chose : Bien qu’il soit malheureux, le véritable amour garde en soi un tel attachement, que la nature avec tout son pouvoir ne le saurait effacer.
Vous ne l’ignorez pas, seigneur, je ne connaissais pas vos anciennes tendresses, quand, avec des paroles pleines de tromperie et mille raisons feintes, la vérité qui m’était due fut par vous mise à dédain. Vous m’avez trompée en mon très jeune âge, me laissant vous aimer de cette pure affection que m’enseignait l’honnêteté; et parce que les choses qui arrivent en la première jeunesse durent toujours au fond de la mémoire, pour se faire sentir dans les autres temps de la vie, je garde et garderai jusqu’à ma dernière heure le souvenir de vos fausses paroles ; et toutefois, je ne saurais le dire autrement, elles ont été dommageables à votre gloire, réprouvées par Dieu, condamnées par la sainteté de l’Église ces paroles-là ; car vous avez épousé une autre femme ; vous avez demandé et révoqué les dispenses, et le malheur en est retombé sur moi, qui vous portais cet amour fidèle que je croyais un devoir.
La haine est arrivée, l’amertume l’a suivie, et la vérité de tout ce que je dis ici s’est vue en vos œuvres. La source du mal était dans votre cœur, et pourtant vous me parlez d’amour. Non, la même âme ne saurait contenir ce qui est et ce que vous dites. Renoncez, la courtoisie le commande, à tenir un langage inutile à vos fins, qui fait tort à votre sincérité, et qui peut nuire à votre honneur royal, ce qu’en aucune circonstance vous ne devez souffrir. Votre lettre n’a eu pour effet que de me donner un soupçon que j’ai encore, c’est qu’il vous était désagréable de voir quelque chose d’heureux m’ arriver; car vous ne vouliez pas sans doute qu’on pût dire que, malgré votre abandon, j’avais trouvé, pour s’unir à ma destinée, un prince de race royale et digne de porter la couronne.
Il y en a qui m’assurent que ce n’est pas à moi que s’adressent vos rigueurs, mais à don Juan Manuel, et sur cela voilà ce que je réponds : c’est que mon père et seigneur est un ami plus loyal et un meilleur serviteur que tous ces gens qui sont riches de vos deniers et qui possèdent sans foi vos forteresses. Tels que je les connais et qu’ils sont, ils ne méritent pas de vivre avec les moindres de son lignage, et cependant, vous avez suivi leurs conseils, vous avez parlé et agi comme il leur a convenu. Ce n’est pas en une seule occasion que vous avez été contre nous; vous l’avez été en mainte circonstance, et surtout en m’écrivant des choses que vous n’aviez pas l’intention de remplir. Donc, ne me blâmez pas si je refuse de vous croire, ma raison me le défend ; je ne puis tenir pour vraies que les choses dont mes yeux sont témoins, car je sais les mauvais traitements qu’a reçus de vous la bonne princesse qui est votre femme; oui, je sais comment vous agissez avec la reine dona Maria.
Et qui est cause de ces indignités? n’est-ce pas Éléonora Nuñez de Guzman, qui, sept ans avant que vous fussiez né, faisait déjà parler de ses charmes? Vous l’avez prise aux fêtes de Léon, à une époque où, dit-on, sa mère se plaignait amèrement de sa conduite ; il n’était bruit que de Martin de Lara, le bâtard; encore n’était-ce pas, sans doute, le premier qui lui eût donné de l’amour. Personne n’avait oublié Fernand Gonzalez de Ayala. Quand je vins à connaître toutes ces choses, je ne ressentis aucune jalousie, mais je gardai une loyale confiance que vous n’avez jamais méritée; puis, je me sentis plus forte. peut-être parce qu’il s’agissait des peines d’une autre, quand je sus que de plus grands serments et des promesses plus solennelles avaient été faites à la reine et que vous les aviez rompues.
Je ne suis pas seule à souffrir nous allons deux de compagnie, nous sommes deux que vos paroles ont trompées. Dieu soit loué, néanmoins, puisqu’il n’a pas fait tomber sur moi le dur esclavage qui pèse sur l’innocence de la reine ! justice du Ciel, à laquelle rien n’échappe, sévira tôt ou tard; c’est elle qui nous donnera protection et vengeance. Qu’il ne soit donc plus mot de rien entre nous, et lors même, qu’au mépris de tout droit, vous prétendriez exercer quelque violence sur ma personne, sachez bien que mon âme restera toujours libre de votre sujétion.
Doña Constanza Manual
En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.
Sujet : langue médiévale, langue ancienne, norrois, islandais, vieux danois, viking, culture vikings, histoire médiévale, Europe médiévale, études, actualité médiévale, Période : haut moyen-âge, moyen-âge. Titre : suppression de l’enseignement du vieux norrois et de l’Islandais à L’Université de Copenhague, Danemark. Source : Uniavisen.dk
Bonjour à tous,
riste nouvelle, l’Université de Copenhague a récemment annoncé qu’en 2019, elle devrait cesser de proposer des cours dans certaines matières et notamment dans certaines langues rares ou historiques comme le vieux danois, le vieux norrois et l’Islandais moderne.
La nouvelle s’inscrit dans le cadre de nouvelles mesures d’économie et de « re-priorisation » demandées par le gouvernement du Danemark à ses Universités, mesures qui auraient conduit le doyen de la faculté de Sciences Humaines de Copenhague, à établir un minimum exigible de 30 étudiants par classe, afin de pouvoir les maintenir.
Au coeur des recherches sur le Nord médiéval et les vikings
Etroitement associées aux études historiques, ces langues nordiques anciennes sont au coeur de la compréhension du Nord médiéval et bien sûr des cultures vikings du moyen-âge.
Depuis plus de deux siècles, l’Université de Copenhague s’est affirmée mondialement comme un des centres pilote de recherche dans ces domaines, autant que de maintien des patrimoines symboliques et culturels qui leur sont attachés. La chose est d’autant plus ennuyeuse que la collection Arnamagnæan, la plus importante collection d’ouvrages en Islandais ancien (hors de l’Islande), s’y trouve conservée.
La collection Arnamagnæan de Copenhague, plus grosse collection de manuscrits anciens islandais hors l’islande
Même si quelques Universités prestigieuses, de par le monde, proposent l’enseignement de certaines de ces langues (notamment l’Islandais), en cessant de former ses propres étudiants et futurs chercheurs à leur apprentissage, le Danemark se priverait, sur site, d’outils et de compétences précieuses dans ces domaines ; à terme, leur compréhension globale s’en trouverait, nécessairement, affectée.
Bras de fer ou Impasse ?
e doyen de la faculté concernée, Jens Erik Mogensen, affirme qu’au vue des économies qui lui sont demandées, il n’a d’autres choix que de définir ce nouveau « plancher » de 30 étudiants pour pouvoir maintenir le cursus, tout en précisant qu’en cas d’aide gouvernementale, les cours seraient, bien sûr, maintenus en 2019. Il faut savoir que ce seuil n’est jamais atteint dans des matières aussi pointues puisque le taux de remplissage n’en accède que rarement le 1/3 (voire moins). Par le passé, une aide gouvernementale avait d’ailleurs été accordée pour favoriser l’étude de ces langues historiques mais elle avait été supprimée en 2010.
L’universitaire se montre, quoiqu’il en soit, bien déterminé à arracher les subsides suffisantes pour maintenir l’enseignement de ces matières.
« C’est vraiment dommage qu’il n’y ait pas de financement pour, disons, le vieux norrois, pour lequel l’UCPH est reconnue dans le monde entier. Il est question ici d’une compétence dans le domaine des Sciences Humaines que nous perdons en tant que société (…) Je me battrai pour obtenir une subvention sur ces langues qui ont du sens pour le Danemark puisque ces sujets ne sont pas financièrement viables sans cela. La plupart d’entre eux sont liés à des sujets de recherches pour lesquels on ne peut parler d’un marché du travail grand ouvert, ni attendre un grand nombre d’admissions » Jens Erik Mogensen –Source : uniavisen.dk(trad. moyenagepassion)
Dans le contexte des mesures récentes prises par l’Etat danois pour économiser près de 160 millions de couronnes, en grignotant sur les crédits alloués aux Universités, il demeure difficile de préjuger de l’issue de ce bras de fer mais il ne semble pas, en tout cas, se résumer à un effet d’annonce.. Dans un monde du tout économique, l’éternel débat entre culture, éducation, « humanités » ou sciences humaines, d’un côté, et sacro-sainte loi du marché, de l’adaptabilité et de la performance de l’autre, n’en finit, décidément, jamais de se poser.
En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes.