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Tué par un éclair et ressuscité par un miracle ! La Cantiga de Santa Maria 311

Sujet :  musique  ancienne, galaïco-portugais, culte marial, miracle, vierge de Montserrat, résurrection, Moyen Âge chrétien, Catalogne.
Période : XIIIe siècle, Moyen Âge central
Titre :  Cantiga  Santa Maria 311,   O que diz que servir hóme aa Virgen…  
 Auteur : Alphonse X de Castille (1221-1284)
Interprète : Música Antigua
Album : Cantigas de Catalunya  (2007)

Bonjour à tous,

u cœur de l’Espagne médiévale et à la cour d’Alphonse X, on réunit les chants, les miracles et les louanges qui circulent alors sur les routes des pèlerinages des lieux dédiés à la vierge.

Demeurée célèbre, la compilation du XIIIe siècle présente des centaines de chants mariaux notés musicalement, qui ont traversé 700 ans d’histoire pour nous parvenir. Sur Moyenagepassion, nous avons entrepris, leur étude, depuis quelques années déjà, en nous efforçant de vous les présenter de manière commentée, avec leurs sources, des versions en musique par les plus grands ensembles du moment, mais aussi leurs traductions en français actuel. Après une petite pause, nous reprenons, aujourd’hui, le flambeau pour partir à la découverte de la Cantiga Santa Maria 311. Mais avant cela disons un mot du culte marial au Moyen-âge.

A propos des Cantigas et du culte marial

Bien au delà des frontières de la péninsule ibérique, les cantigas de Santa Maria d’Alphonse X ont ceci de précieux qu’elles témoignent d’un culte marial qui fut d’une très grande importance pour le monde chrétien occidental, à partir du Moyen Âge central.

Mère du « Dieu mort en croix« , on prête à la vierge le pouvoir d’intercéder auprès de lui pour le compte des hommes. Grande faiseuse de miracles pour qui la loue et la prie, elle a aussi la douceur et la compréhension d’une mère. De fait, parmi tous les auteurs médiévaux que nous avons pu étudier jusque là : De Rutebeuf à François Villon, en passant par différents trouvères et troubadours mais encore des poètes du Moyen Âge plus tardif, peu sont ceux qui n’aient pas écrit leur propre oraison à la vierge ou quelques louanges à son endroit. En littérature médiévale, l’amour qu’on lui voue empruntera même, aux XIIe et XIIIe siècles, chez certains auteurs religieux ou laïques, les voies de la lyrique courtoisie et de la fine Amor, donnant naissance à une poésie, toute en spiritualité et en retenue.

Le miracle de la Cantiga 311 : le pèlerin foudroyé et son ami mécréant

Enluminure de la Cantiga de Santa Maria 311 dans le chansonnier BNCF BR20 de la Bibliothèque de Florence (XIIIe-XIVe siècle).

A l’image de nombreuses Cantigas de Santa Maria, la CSM 311 conte l’histoire d’un miracle. Celui-ci porte plus particulièrement sur la vierge catalane de Montserrat et nous rapporte les infortunes d’un dévot habitué à la visiter, chaque année, en pèlerinage.

Ce corpus médiéval ne cesse de l’affirmer, la foi placée en la Sainte Marie peut tout et de bien des manières ; le miracle de la Cantiga 311 s’efforcera, une fois de plus, de l’établir. Il prendra même la forme du miracle ultime puisqu’il sera question ici de résurrection. Notons que ce n’est pas le seul de ce type dans le corpus des Cantigas d’Alphonse X ; nous avons eu l’occasion d’en étudier plusieurs de ce type (voir notre index de Cantigas de Santa Maria).

Ici, l’exemplarité de la dévotion sera pour les auditeurs, autant pour l’un des témoins directs de toute l’affaire. Bourgeois nanti, de peu de foi, ce dernier recevra, au passage, une double-leçon sur le mal fondé de ses doutes en les pouvoirs de la Sainte, autant que sur son avarice et son manque de largesse envers elle. A l’occasion de ce retour entre les lignes du chameau et du trou de l’aiguille, la boucle biblique sera donc bouclée (1).

Música Antigua et les cantigas d’Alphonse X

Pour nous accompagner en musique dans la découverte de ce chant marial, nous avons choisi de rester sur les routes d’Espagne, pour y profiter du talent et de l’œuvre majeure d’Eduardo Paniagua (voir son portrait détaillé ici). Avec son ensemble Música Antigua fondé en 94, ce musicien espagnol est, en effet, l’un des seuls à avoir couvert l’ensemble du répertoire des Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X. Il en a tiré de nombreux albums thématiques.

Loin de toute sophistication vocale, la version qu’il nous propose ici reste plutôt « ancrée ». Pour le dire autrement, on n’est plus proche d’une version à la René Zosso que d’une envolée soprano. Mais, finalement, peut-être reste-t-on, de cette façon, plus proche des origines de ces chants (orchestration mise à part) si on les imagine chantés sur des routes de pèlerinages.

Cantigas de Catatunya, Abadía de Montserrat

Sorti dans le courant de l’année 2007, l’album dont est tiré le chant marial du jour est intitulée : Cantigas De Catalunya, Abadía de Montserrat (Chants de Catalogne, abbaye de Montserrat) Sur 1h15 d’écoute, on colle donc dans la logique thématique chère à Edouardo Paniagua, au moment d’aborder ce vaste corpus de plus de 400 pièces.

Cantigas de Catalunya - Album de l'ensemble Musica Antigua sous la direction de Eduardo Paniagua.

Comme son titre l’indique, cette production vous permettra, à travers huit pièces issues du répertoire d’Alphonse X, de découvrir uniquement des Cantigas qui portent sur le nord de l’Espagne et la Catalogne et dans lesquelles la vierge de Montserrat tient une place de choix. Du reste, pour ceux qui ne les connaissent pas, aujourd’hui encore, entourées d’impressionnantes concrétions rocheuses, à quelques encablures de Barcelone, l’abbaye de Montserrat et sa vierge noire continuent d’attirer de nombreux pèlerins et visiteurs, chaque année.

Membres ayant participé à cet album

César Carazo (chant, alto), Luis Antonio Muñoz (chant, fidule), Felipe Sánchez (luth, citole, vièle), Jaime Muñoz (cornemuse, flaviol, tarota, axabeba, tambour), David Mayoral (darbouka, dumbek, tambourin), Eduardo Paniagua (psaltérion, flûte à bec, cloche, darbouka, gong, rochet, hochets, hochet, goudron) et direction.

En chinant un peu, vous pourrez, sans doute, trouver cet album chez votre disquaire préféré. Sinon, sachez qu’il est toujours disponible à la vente en ligne sous forme dématérialisée. Voici un lien utile pour l’obtenir au format MP3.

La Cantiga de Santa Maria 311 et sa partition, Códice de los Músicos, manuscrit médiéval.
La Cantiga de Santa Maria 311 et sa partition dans le codex des musiciens ( Códice de los Músicos, códice J.b.2) de la Bibliothèque de l’Escorial de Madrid

La cantiga de Santa Maria 311
et sa traduction en français actuel


Como Santa María de Monsarrat resuscitou un hóme que ía alá en romaría e morreu na carreira.

O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é,
aquest’ é de mal recado e hóme de maa fé.

Ca se en fazer serviço a un bon hóme pról ten,
quanto mais na Virgen santa ond’ havemos todo ben;
e quen aquesto non cree, sa creença non val ren,
ca descre’ en Déus, séu Fillo, e en ela que Madr’ é.
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Comment Sainte-Marie de Montserrat ressuscita un homme qui se rendait là-bas en pèlerinage et mourut en chemin.

Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine
Celui là est un mauvais messager et un homme de mauvaise foi.

Car si rendre service à un homme bon a de la valeur
Combien plus encore l’est
de servir la vierge sainte dont nous recevons tous les bienfaits.
Et celui qui ne croit pas en cela, sa foi ne vaut rien,
Car il ne croit ni en Dieu, ni en son fils, ni en elle qui est sa mère
Celui qui dit que servir la vierge n’est rien…

E de tal razôn miragre vos quéro óra mostrar,
que d’ entender é mui bõo a quen i mentes parar,
que a Virgen grorïosa de Monssarraz quis mostrar
por un hóme que a sempre servía con mui gran fé.
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Et à ce propos, je veux vous exposer un miracle,
Qui est fort édifiant pour qui y prête attention,
Et que la vierge glorieuse de Montserrat voulut faire
Pour un homme qui la servait toujours avec une grande foi.
Celui qui dit que servir la vierge n’est rien…

El alí en romaría ía dous vezes ou tres
no ano, e amizade havía con un borgês;
e rogou-lli que na fésta qu’ é en meógo do mes
d’ Agosto de sũu fossen, dizendo: “Logar sant’ é.”
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Il allait là-bas (à Montserrat) en pèlerinage deux ou trois fois l’an
Et avait des amitiés avec un bourgeois ;
Et il pria ce dernier de se rendre avec lui à la fête qui s’y donne
En août, en lui disant : « C’est un lieu très saint. »
Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…

Entôn ambos s’ acordaron por en romaría ir
a Monssarraz. Mas primeiro, per quant’ end’ éu puid’ oír,
passaron per Barçalona; e u quiséron saír
da vila, começou lógo mal tempo, per bõa fé.
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Ainsi, ils s’accordèrent tous deux pour aller en pèlerinage
A Montserrat. Mais avant cela, d’après ce que j’ai pu entendre,
Ils passèrent par Barcelone ; et quand ils voulurent sortir
De la ville, le temps commença à se gâter, de bonne foi
(2)
Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…

E fezo ventos mui grandes e começou de chover
e alampos con torvões des i coriscos caer,
assí que feriu un deles aquel hóme, que morrer
o fez lógo mantenente; ca do corisc’ assí é

Et il souffla de très grands vents et il commença à pleuvoir
Avec du tonnerre, de grandes turbulences et des éclairs qui tombaient
De sorte qu’un de ses hommes fut blessé et mourut
Peu de temps après, car il en va ainsi avec les éclairs

Que en quen fér lóg’ afoga ou talla ou queimar faz.
Mais aquel hóm’ afogado foi, que pera Monssarraz
ía sempre, com’ oístes; e séu compannôn assaz
chorou por el e ar disse paravlas contra a fé,

Qui à l’un peuvent frapper, ou blesser ou faire se brûler.
Cet homme qui se rendait toujours à Montserrat,
Fut foudroyé, comme vous l’avez entendu ; et son compagnon
Pleura beaucoup pour lui et prononça des paroles contre la foi,

dizendo: “Par Déus, amigo, muito empregásti mal
quanto a Santa María servist’, e pois te non val
nen te guardou desta mórte, per que o dém’ infernal
levou ja de ti a alma; e, mal pecad’, assí é.”
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

En disant : « Par Dieu, mon ami, tu t’employas bien mal
En servant Sainte-Marie, et cela ne t’a rien valu,
Ni ne t’a protégé de cette mort, car le démon de l’enfer
a déjà emporté ton âme ; c’est bien triste pour toi, mais il en est ainsi.
Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…

E outro día por ele ũa missa dizer fez,
des i que o soterrassen, ca tal éra come pez
tornado daquel corisco; e ar disse dessa vez
paravras contra a Virgen onde naceu nóssa fé,

Le jour suivant, il fit dire un messe pour lui
Et pour qu’on l’enterre, car ce dernier était noir
Comme la poix par la faute de cet éclair, et il dit à nouveau
Des mots contre la vierge en laquelle réside notre foi.

indo con el aa cóva chorand’ e dizend’ assí:
“Mal empregásti téu tempo na Virgen, com’ aprendí,
demais perdísti grand’ algo que lle désti; mais a mi
nunca averrá aquesto, ca o méu na arca é.”
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Et se rendant avec le défunt en son caveau, il pleurait et disait :
« Tu as bien mal employé ton temps dans la vierge, comme j’ai pu le voir,
Et, plus encore, tu as perdu tout ce qui tu lui donnas en offrande ;
Mais jamais cela ne m’arrivera, car ce qui est m’appartient reste bien à l’abri. »

Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…

El aquest’ assí dizendo, resorgiu o mórt’ entôn
e assentou-se no leito e diss’ aquesta razôn:
“Mentes a guisa de mao, ca mia alm’ a perdiçôn
fora, se non foss’ a Virgen, que chav’ é de nóssa fé,

Tandis qu’il parlait ainsi, le défunt ressuscita
Et s’asseyant sur son lit funéraire, il parla de cette manière :
« Tu mens comme un mauvais homme car mon âme aurait
été en perdition, si cela ne fut grâce à la Vierge, qui est la clé de notre foi.

que me livrou de sas mãos u éra en poder séu;
e porend’, enquant’ éu viva, sempre no coraçôn méu
a terrei pera serví-la, e nunca me será gréu
de ren que por ela faça, ca mui ben empregad’ é.”
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

C’est elle qui me libéra des mains du démon quand j’étais en son pouvoir ;
Et pour cela, tant quand je vivrai, je mettrai toujours mon cœur
En quatre pour la servir, et jamais cela ne me sera pesant
En rien, car tout ce que je fais pour elle, est fort bien employé. »
Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…

Quand’ esto viron as gentes, déron todos gran loor
aa Virgen grorïosa, Madre de Nóstro Sennor,
que sempre seja loada enquanto o mundo for,
ca é nóssa avogada, des i padrõa da fé.
O que diz que servir hóme aa Virgen ren non é…

Quand les gens virent cela, ils firent de grandes louanges
A la vierge glorieuse, Mère de notre Seigneur,
Qu’elle soit toujours louée tant que je suis en ce monde
Car elle est notre avocate et la mère patronne de notre foi,
Celui qui dit que servir la vierge ne vaut pas la peine…



En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.


Notes

(1) Matthieu 19.24. « Il est plus facile pour un chameau entre par un trou d’aiguille, que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
(2)…, per bõa fé : petit doute sur cette formule placée à la fin de cette phrase et dont le sens, dans le contexte, serait à revérifier. Le temps se gâta pour la foi de nos pèlerins ? Le troubadour nous dit cela en toute bonne foi ?

NB : sur l’image d’en-tête, en arrière plan de la vierge noire de Montserrat, vous retrouverez la page du BNCF BR 20 et l’illustration de cette cantiga.

l’Histoire « éclairée » de Claire : interview exclusive d’une vraie passionnée de patrimoine et d’histoire vivante

Sujet : patrimoine, histoire vivante, reconstitution historique, visites guidés, interview, conférences, animations médiévales,
Période : Moyen Âge central à tardif
Intervenante : Claire Barbier, conférencière, intervenante, guide professionnelle, doctorante en histoire de l’Art.
Site web : eclairerlhistoire.fr

Bonjour à tous,

oilà longtemps que nous n’avions eu l’occasion de vous proposer un portrait de passionné de Moyen Âge. Nous en sommes d’autant plus heureux que la personne qui fait l’objet de ce portrait, cumule des compétences qu’il est rare de trouver réunies en un même profil.

Jugez plutôt : chercheuse en histoire de l’Art spécialisée dans la période médiévale (actuellement en doctorat et déjà mastérante de la Sorbonne), guide touristique professionnelle pour le compte de lieux patrimoniaux prestigieux (ville de Chartres, centre historique, cathédrale, musée et centre du vitrail, château de Châteaudun, …) mais encore conférencière et intervenante en présentiel ou à distance en Histoire. Et si cela ne suffisait pas elle est encore reconstitutrice passionnée de confection de costumes médiévaux au plus près de leur réalité et elle n’hésite pas à les revêtir pour donner une touche unique à certaines de ses visites ou de ses activités ! Alors, quand le goût du patrimoine se met à rimer avec Histoire vivante et pédagogie, tout en conservant la rigueur de l’approche historique, qui pourrait y résister ? Certainement pas nous et c’est donc avec grand plaisir nous vous proposons de découvrir ci-dessous, une interview exclusive de la pétillante et dynamique Claire Barbier de Eclairer l’histoire.

L’interview de Claire Barbier
de Eclairer L’histoire

Claire Barbier, une passionnée d'Histoire et de Patrimoine

Itinéraire & parcours

Mpassion : Bonjour Claire. Nous sommes ravis de vous recevoir, aujourd’hui, pour parler de vos nombreuses activités dans le domaine du patrimoine, de l’enseignement et même des animations médiévales. Ce n’est pas si souvent que nous avons l’occasion de rencontrer une passionnée d’histoire aussi active et qui soit à l’intersection d’autant de domaines. Pour commencer, peut-être pourriez-vous présenter un peu votre parcours atypique à nos lecteurs ?

Claire B : Bonjour, je suis également ravie de partager avec vous les différents aspects de ma vie qui sont, comme vous l’avez souligné, animés par ma passion de l’Histoire et du Patrimoine. Pour moi, tout a commencé lorsque j’avais 6-7 ans : j’allais chez mes grands-parents et je leur posais des questions sur les objets qu’ils avaient rapportés de leurs différents voyages à l’étranger (notamment les sculptures et papyrus égyptiens). De là est née ma passion et mon admiration pour l’Egypte Antique qui m’ont poussée à faire l’Ecole du Louvre pour devenir archéologue. Par la suite, différents évènements dans ma vie m’ont obligé à changer de voie : j’ai donc engagé un BTS Tourisme que j’ai obtenu en 2010, en travaillant en même temps au Château d’Angers et dans les musées de la ville d’Angers. J’y ai alors appris le métier de guide et médiateur du patrimoine. J’ai ensuite obtenu une Licence Arts, Lettres et Langues à la Sorbonne, en faisant des petits boulots alimentaires pour subvenir à mes besoins.

Visite de lieux patrimoniaux, cathédrales, musées et châteaux

A l’époque, les Masters à distance n’étaient pas encore tellement développés, et j’ai dû abandonner momentanément l’idée d’aller plus loin dans mes études. J’ai travaillé plusieurs années dans un groupe de communication à Paris où j’ai appris plusieurs métiers (assistante commerciale, chargée de développement et de prospection, etc…) mais le sentiment de plaisir, d’échange, et de passion que j’avais lorsque je faisais des visites guidées au château d’Angers me manquaient énormément. J’ai alors quitté mon travail et, ayant déménagé à Chartres, j’ai commencé à travailler en tant que guide avec les visites de la crypte de la cathédrale, puis les visites de la cathédrale et de la ville. Après quelques années, j’ai développé de nouveaux thèmes et on m’a proposé également de travailler, ponctuellement, pour le musée du vitrail, le château de Villebon, le château de Châteaudun, la ville de Bonneval, les tours de la cathédrale de Chartres…

Mpassion : Voilà de belles références patrimoniales. Et pour le côté histoire vivante ?

Claire B : En parallèle, je faisais de la reconstitution historique depuis près de 10 ans. J’ai tellement d’objets et de vêtements de reconstitution que je pourrais vivre complètement avec mes seules affaires médiévales ! Avec la crise Covid, les écoles ne pouvant pas faire de sorties scolaires, j’ai eu l’idée de proposer aux établissements de mon département d’aller en classe pour parler du Moyen Age aux enfants et échanger avec eux. J’ai eu du succès dès la première année ! J’ai fait la même chose avec les centres de loisirs et je participe également à des projets avec des classes de collège. Je propose aussi des visites de lieux patrimoniaux, vêtue comme au Moyen Age, pour les enfants comme pour les adultes (et même en nocturne !). Pour finir, je donne des cours et des conférences pour les adultes sur des thèmes de l’Histoire et d’Histoire de l’Art. Et lorsque j’ai un peu de temps libre, je travaille sur ma thèse. J’ai donc réussi à lier un travail qui me passionne à ma passion pour la reconstitution, ce qui donne cette touche d’originalité à mon travail.

Pourquoi le Moyen Âge ?

Mpassion : A voir votre succès sur les réseaux et les retours de vos audiences, tout le monde y trouve son compte. Partant de cet intérêt général pour l’histoire et le patrimoine, comment en êtes-vous venus au Moyen-Âge ?

Claire B : Mon intérêt pour l’Histoire et le Patrimoine est lié à mon histoire personnelle (intérêt de mes grands-parents) et mes parents m’emmenaient souvent dans des musées et des expositions. Comme je voulais assez tôt être archéologue ou égyptologue, je me suis fortement intéressée à l’Egypte Antique. J’étais même amoureuse d’un pharaon quasi-inconnu lorsque j’étais enfant (Didoufri, fils de Khéops) ! Donc, cette période était ma favorite. Le Moyen Age est arrivé un peu plus tard, il y a 10 ans, lorsque mon compagnon qui faisait partie d’une association de reconstitution médiévale m’a transmis son intérêt pour cette période. Ensuite, travaillant à la cathédrale de Chartres, on ne peut que tomber en amour devant cet édifice, et vouloir en apprendre davantage sur la période qui l’a créée !

Mpassion : On le comprend aisément. La cathédrale de Chartres regorge de trésors. Dans un autre registre qui touche peut-être plus la perception du Moyen Âge par le grand public, quel est votre point de vue sur la vision actuelle de la période médiévale ? Certains préjugés continuent-ils d’être résolument ancrés dans l’esprit des gens ou a-t-on un peu avancé ? Je pense à des poncifs comme le manque d’hygiène ou l’ignorance de l’homme médiéval, ce genre de choses ou même encore la vision d’un Moyen Âge foncièrement obscurantiste, etc…

Claire B : J’ai l’impression que toutes les tranches d’âges ont encore beaucoup de clichés sur le Moyen Age. Mais j’ai tout de même le sentiment que ça va dans le bon sens : avec les vidéos de vulgarisateurs ou certains reportages à la télévision, on commence à avoir des pans de la population qui s’intéressent à cette période, et qui peuvent plus facilement trouver des réponses ou s’informer sur ce qu’ils ont vu dans des séries ou des films qui se veulent «fidèles historiquement ».

Visites animées et histoire vivante

Mpassion : Pour revenir à vos activités sur le terrain patrimonial et touristique, pour l’instant un nombre important d’entre elles se centre sur Chartres : conférences, enseignement au centre du vitrail, visites des grands lieux historiques de la ville, etc… Pourquoi cette ville ? C’est un coup de cœur ? Y a-t-il quelque chose qui vous touche particulièrement dans son patrimoine et son histoire ?

Passion reconstitution historique et costumes du Moyen Âge

Claire B : J’ai vécu plusieurs années près de Chartres (entre 6 ans et 16 ans) en étant au collège et au lycée dans cette ville. J’en suis partie en 2005. La vie a fait que mon conjoint a trouvé du travail à Chartres en 2015. Nous sommes donc venus nous installer ici. C’est donc un hasard mais heureux. J’ai toujours adoré la cathédrale qui est la mieux conservée de France. Elle n’a pas subi de dégâts trop importants pendant la Révolution française ou les 2 guerres mondiales et elle a aussi la plus grande collection de vitraux du Moyen Age du monde entier ! C’est une vraie splendeur qui ne finit pas de m’impressionner. Et même si je pourrais tenir plusieurs dizaines d’heures de visite (littéralement), j’en apprends encore tous les jours !

Mpassion : Du fait de vos nombreuses casquettes, vous pourriez être ce que l’on appelle une « historienne de labo », puisque vous êtes désormais une brillante universitaire, avec un master en poche et un doctorat bien engagé. Pourtant, vous continuez de cultiver ce véritable intérêt pour le tourisme, le patrimoine et l’histoire vivante. Vous semblez même tenir à opérer une fusion unique entre transmission, animation et découverte patrimoniale. Parlez nous un peu de ces formules originales que vous êtes la seule à proposer ? Comment ces idées vous sont-elles venues ? Comment le public a-t-il accueilli le concept ? On imagine que certains ont dû être surpris.

Claire B : Oui ! Alors d’abord, merci pour les compliments. J’ai la chance d’avoir des intérêts divers et variés mais qui me passionnent tous ! Comme j’ai la particularité d’être la seule guide à faire de la reconstitution médiévale et à faire un doctorat, j’ai pu créer des produits touristiques uniques avec un vrai parti pris de qualité ! Et donc me voici, à présent, à proposer des visites guidées en costume (en journée ou la nuit) à partir du résultats de mes recherches sur la vie quotidienne au Moyen Age à Chartres, ou à organiser des visites-enquêtes pour les scolaires comme pour les familles et adultes ! Je suis également la seule à ma connaissance qui sois guide professionnelle mais qui propose aux établissements scolaires de me déplacer en costume médiéval sourcé pour faire découvrir le Moyen Age aux enfants, et sous forme d’échanges et d’interactions.

Comme je le disais, j’ai pensé à proposer ces interventions médiévales en établissements scolaires avec la crise Covid, même si j’avais en tête de faire des visites guidées en costume avant cela (sans l’avoir encore mis en place). Cette idée de visites en tenues médiévales est venue notamment du fait que parfois, lors d’une visite, j’avais envie de montrer concrètement aux gens ce à quoi pouvait ressembler une robe au 15e siècle par exemple (la forme, la matière, le poids ! etc…) et la différence entre le sous-vêtement et la robe… C’est plus parlant lorsqu’on a l’objet sous les yeux ! Idem pour les lanternes, les pièces de monnaie, etc. De nombreux locaux sont habitués maintenant à me voir déambuler en ville, mais je croise encore souvent (en visite ou en dehors de visite), des personnes très interloquées de me voir ainsi vêtue ! (rires)

Fête médiévales et reconstitution

Mpassion : Cela n’est pas surprenant ! (rires) Ce n’est pas quelque chose de très habituel hors des fêtes médiévales. Justement en parlant de cela, dans vos activités vous semblez tout faire vous-même et en solitaire : confection de costumes, personnages, écriture et scénarisation de vos visités animées et même de vos activités ludiques. Avez-vous aussi le goût des fêtes médiévales ? Est-ce un endroit où on peut vous croiser ? Faites vous également partie d’une troupe de reconstituteurs ?

Visites nocturnes ou en journée de monuments patrimoniaux avec Claire Barbier

Claire B : C’est justement parce que j’ai commencé à apprécier le Moyen Age par le biais de la reconstitution historique (et donc temps passé en fêtes médiévales) que j’ai eu l’idée d’intégrer cet aspect dans mes visites. Depuis plusieurs années, je fais partie de l’association La Massenie Saint Michel 1473 et nous allons dans des châteaux et autres abbayes, sites patrimoniaux de Bretagne en Allemagne, de Dordogne en Belgique. Nous sommes reconnus dans le milieu de la reconstitution par les institutions pour refléter une image de qualité de la société médiévale de la fin du 15e siècle ! Pour le reste, effectivement, je réalise tous mes costumes moi-même depuis près de 10 ans, je me suis découvert une passion pour la couture à la main ! — et je crée toutes mes visites moi-même également. Pour les livrets des visites-enquête, je demande à ma meilleure amie qui est infographiste de se charger des visuels et de la mise en page.

Mpassion : Quand nous disions en préambule que vous étiez une passionnée très active et dynamique dans ses champs d’intervention, nos lecteurs doivent, maintenant, bien mesurer à quel point. Dans ce monde des animations dites médiévales justement, une des dernières questions que j’aurais souhaité vous poser est votre sentiment sur ce Moyen Âge un peu fourre-tout qu’on voit prendre forme, de plus en plus, y compris dans des fêtes qui, auparavant, se voulaient plus historiques. On pense à l’ajout de fantasy, de cosplay, de fantastique, etc… A votre avis c’est un phénomène comme le décrivait Georges Duby ? Le Moyen Âge est devenu ce « western » dont il parlait ? Une sorte de territoire imaginaire où toutes les projections sont permises ? Ou c’est plutôt un phénomène d’acculturation permanent sous la pression de la culture anglosaxonne et particulièrement américaine littérature, cinéma, jeux de rôles, jeux vidéo , avec un Moyen Âge fantastique/fantasmagorique encore véhiculé par des œuvres comme celle de Tolkien et d’autres auteurs ? Pour poser la question de manière un peu abrupt, pensez-vous qu’on aura, d’ici quelques années, des Fêtes de Jeanne d’Arc « Steampunk » ou des Fêtes de la Saint Louis avec des nuées virevoltantes de costumes de trolls et d’elfes ? Dit encore autrement : Moyen Âge historique, restitué, rigoureux d’un côté et totalement fantaisie et imaginaire de l’autre, est-ce que tout cela peut coexister ? Ou est-ce qu’il faut œuvrer à préserver un peu de réalisme historique et quelques lignes de démarcation ? Et surtout, est-ce que l’historien a aussi un rôle d’éducation à jouer sur ces terrains-là ?

Claire B : C’est vrai que c’est un sujet un peu compliqué… Comme la barrière entre le Moyen Age et l’univers fantasy/fantastique est très mince, cela peut créer des clichés sur le Moyen Age historique ! Typiquement, on va être persuadé que les vikings avaient des casques à corne ou portaient des manteaux en peaux de bêtes, qu’en France on avait des vêtements en cuir ou des capes à capuches… Tout cela vient de ce qu’on a pu voir en BD, films, séries, etc…, depuis plusieurs dizaines d’années ! Je dois avouer que c’est un peu mon objectif également (en plus de me faire plaisir dans ce que je fais et de faire passer des bons moments aux gens) : casser les clichés qu’on a sur le Moyen Age et expliquer comment trouver les bonnes informations si le sujet nous intéresse ! Donc oui, ce sera à nous, historiens mais surtout guides et médiateurs du patrimoine, de profiter de ces instants privilégiés avec le public pour leur faire entrevoir la réalité historique derrière l’imaginaire collectif.

Où et comment contacter Claire ?

Claire Barbier, entre la passion du patrimoine, de l'histoire et de l'histoire vivante

Mpassion : Voilà une noble mission et une belle direction pour l’avenir ! Pour finir, où est-ce que nos lecteurs peuvent vous contacter pour suivre vos aventures patrimoniales et y participer, voire encore assister à vos conférences ou étudier avec vous la possibilité d’une intervention en milieu scolaire ou autre ? Des nouveaux projets 2022-2023 en vue ?

Claire B : Oui ! J’ai une page Facebook et Instagram professionnelle « Eclairer l’Histoire » (j’ai fait un jeu de mot avec mon prénom) sur laquelle je publie des informations sur l’Histoire, le Moyen Age, la cathédrale de Chartres, la reconstitution historique, mes visites à venir, des photos des lieux que je fais visiter, etc. Depuis peu, j’ai également rajouté une billetterie en ligne sur mon site internet www.eclairerlhistoire.fr qui permet à qui veut de se rajouter à une visite guidée ou de suivre mes cours en visio-conférence, par exemple.

Pour l’année 2022-2023, j’ai mis en place une nouvelle visite de la cathédrale et des cryptes « Légendes et secrets de la cathédrale », et je compte en proposer deux nouvelles sur le thème « Codes et symboles médiévaux dans la cathédrale » et « Anges et Démons à la cathédrale ». Et je vais essayer de prendre quelques jours de vacances à l’occasion, ça ne m’est pas arrivé depuis plusieurs années !

Mpassion : C’est plutôt un indicateur de succès même si, de temps en temps, il faut savoir lever le pied ! Merci beaucoup pour toutes vos réponses, en tout cas, Claire ! De notre côté, on espère vous retrouver bientôt, peut-être à l’occasion d’une visite à Chartres, ou même pourquoi pas, à l’occasion d’un article dans nos colonnes ? Ce sera avec grand plaisir.

Claire B : Merci à vous !


Voilà pour cette interview, mes amis. En espérant qu’elle vous ait autant plu qu’il nous a été plaisant de la conduire. En dehors de ses visites guidées, de ses activités en milieu scolaire, et des aspects de reconstitution historique de son travail sur lequel nous avons particulièrement mis l’accent ici, Claire donne aussi des cours et des conférences. Les thèmes abordés sont aussi variés que le costume civil et militaire du Xe au XVe siècle, l’hygiène au Moyen Âge, l’histoire et les merveilles de la cathédrale de Chartres ou encore la représentation de l’Arche d’Alliance au Moyen Âge. Les sujets sont traités sous forme de cycles ou de conférences uniques. Pour suivre ces interventions, vous pouvez retrouver Claire au Centre international du vitrail de Chartres, mais aussi la joindre directement sur son site pour des sessions à distance sur internet.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge  sous toutes ses formes.

NB : toutes les photos de cet article proviennent de la page Facebook de Claire, à l’adresse : Eclairer l’histoire.

Agenda : Le roi rené fête son retour en Provence

Blason armoirie de Peyrolles-en-Provence, PACA

Sujet : foire médiévale, fêtes médiévales, tournoi, agenda, animations, compagnies médiévales,  Moyen Âge festif, roi René
Evénement : 18e Foire médiévale du Roy René
Lieu : Peyrolles en Provence,  Bouches-du-Rhône, PACA
Dates :  samedi 16  &  dimanche 17 avril 2022

Oyez oyez, bonne gens !

ette fin de semaine sur l’agenda médiéval, le bon roi René sera de retour dans le sud de France, en la jolie cité de Peyrolles-en-Provence. Il s’agira de la 18e édition de cet événement désormais bien installé et qui avait connu des déboires et des annulations, ces deux dernières années, pour les motifs que l’on sait.

Au programme des animations médiévales

Affiche de la foire médiévale du Roi René

Evénement toujours très attendu dans la région d’Aix-en-Provence et le sud de la France, la Foire du Roy René avait accueilli pas moins de 30 000 visiteurs lors de sa dernière édition de 2019. A l’habitude, elle est organisée, cette année encore, par la mairie de Peyrolles en collaboration avec divers partenaires locaux, près d’une centaine de bénévoles et des troupes d’animations venues de loin.

Autant le dire tout de suite pour son retour, cette grande célébration médiévale n’a pas lésiné sur les moyens. Comme nous le verrons, le programme de la Foire du Roy René 2022 se présente comme très chargé et un nombre impressionnant de troupes y est attendu entre artisans, compagnies médiévales, reconstituteurs, comédiens, musiciens et conteurs.

Laboratores, Bellatores, Oratores :
ateliers, tournois, campements, spectacles

Animations de la foire médiévale du Roi René (1)

Cette année, l’organisation a décidé de reprendre, comme canevas des réjouissances, les trois ordres célèbres du Moyen Âge :  les paysans et artisans dit Laboratores (ceux qui travaillent), les chevaliers et nobles ou Bellatores (ceux qui guerroient, combattent ou défendent) et, enfin, les clercs, les prêtres et les moines dit Oratores (ceux qui prient pour le salut de tous). On retrouvera donc, à Peyrolles, de quoi s’immerger dans un Moyen Âge reconstitué, au travers de tous ces ordres.

Pour le premier ordre, celui des paysans et travailleurs, cela prendra la forme d’une ferme reconstituée avec ses animaux, mais aussi d’ateliers d’artisans et de métiers d’antan variés : maître-verrier, tisserand, potier, forgeron, coutelier, souffleur de verre, vannier, enlumineur, etc… La classe des guerriers sera, quant à elle, servie par la présence d’un grand nombre de mesnies et de moultes campements médiévaux. Trois périodes y seront représentées : les IIIe, XIVe et XVe siècles et on pourra découvrir la vie quotidienne des troupes médiévales durant ces différents siècles. Côté combats, de nombreuses passes d’armes sont aussi au programme et une grande mêlée devrait même clore l’événement. En plus des lices et des tournois, des spectacles de fauconnerie seront également donnés durant ces deux journées.

Pour ce qui est de la classe des clercs, on pourra compter sur le Père local de Peyrolles pour assurer les offices et bénir l’événement. La place de l’église de parera aussi de ses plus beaux atours médiévaux, musicaux et festifs pour se joindre à la fête.

Autres temps forts de cette fête

Animations de la foire médiévale du Roi René (2)

En plus des animations, des échoppes, des tavernes et des repas médiévaux qui se joindront à la fête pour une immersion parfaite, des événements spéciaux sont aussi prévus à l’attention particulière des enfants (grands jeux, quête, adoubement, ateliers, etc…). Des troupes de gueux seront encore présentes pour animer la foire de leurs facéties et des déambulations théâtrales et musicales sont encore prévus dans les rues de la cité. Enfin pour y être tout à fait, ajoutons que des costumes peuvent être loués sur place.

Le rythme de ce grand rassemblement évocateur du Moyen Âge, sera encore scandé par les inévitables temps forts autour du roi René et de ses gens : défilés des époux royaux dans la ville, bénédiction sur le parvis de l’Eglise, déambulations et présences aux divers événements, … L’histoire ne dit pas s’il sera thaumaturge mais à voir sa bonhommie et son sourire enjoué, nul doute qu’il fera des heureux, à Peyrolles, ce week-end.

Pour dire un mot de ce noble seigneur haut en couleur du Moyen Âge tardif qui compta beaucoup pour la ville d’Aix-en-Provence, il mérite bien d’être célébré. Fils de Louis II d’Anjou et de Yolande d’Aragon, il fut, tout à la fois, roi de Naples, de Jérusalem, de Sicile et d’Aragon, duc de Bar, de Lorraine et d’Anjou, comte de Provence et de Forcalquier, comte de Piémont et de Barcelone et encore marquis de Pont-à-Mousson. S’il croisa le fer contre l’anglais, aux côtés de Jeanne d’Arc, René Iᵉʳ d’Anjou (1409-1480) fut aussi un grand amateur de fêtes, de tournois et d’agapes en plus d’avoir été un homme de lettres et de culture. Multilingue, il parlait pas moins de 5 langues et s’entoura à Aix-en Provence où il finit par s’établir, d’une cour à son image, emplie d’art et de lettres.

Compagnies médiévales, artistes et artisans

Combattants et reconstituteurs à la Foire médiévale du Roi René

L’atelier du Renart Vert – Hippogriffe, le fauconnier – Jeanne de la Jungle et ses chevaliers – Le Prince de Dombes et ses dames – la Compagnie Chevalier d’Algues – Loups du Pays d’Aix – Les Archers de Beaumont de Pertuis – Les Ateliers de Kroquelalune – L’Ordre de la Tour – L’Obro Faiseurs de Couleurs – La Mesnie du Corbeau – L’Auberge des Légendes – Teddy Ruysschaert – Marc Forgeois – Les Arteflammes – Les VaguabondesLes Boulegans – La Guilde de la Grenouille – Les Noiseaux d’Orcanie – Galapiat – Entre Bravoure et Sortilèges – la Mesnie fraternelle – Le lys et l’épée – La petite flambe – Les Chevaliers de Crussol – Des Mains d’or et de fer – Le Clan Ligefer – Les Bannerets de Gueules et d’Azur – Le Calice du Temps Jadis – Les Sans-terre de Régordane – Les Chevaliers des Terres d’Occitanie – Les Chevaliers de Saint-Jean – Les Dernières Amazones – Le Clan Mannaheim – La Compagnie de conteurs Grean Rot -. Le Clan d’Helvie

Découvrir le programme détaillé sur le site officiel de l’événement.

Pour ceux qui ne s’y sont jamais rendus, la cité de Peyrolles-en-Provence se trouve dans le voisinage immédiat d’Aix-en-Provence, à un peu plus de 20 km au nord et sur les bords de la Durance.

Pour voir nos articles sur les éditions précédentes de cet événement : Foire du Roy René 2018 Foire du Roy René 2019

En vous souhaitant une excellente  journée et une belle Foire du Roy René si vous vous y rendez.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

LES GRANDES DAMES DE LA GUERRE DE CENT ANS (5) : Colette de Corbie, une grande mystique au service de la cause française

Enluminure de Sainte Colette de Corbie

Sujet : guerre de cent ans, destin, femmes, monde médiéval, saga historique, roman, Jeanne d’Arc, Marguerite de Bavière, sainte chrétienne.
Période : XVe siècle, Moyen Âge tardif
Portrait : Colette de Corbie (1381-1447)
Auteur : Xavier Leloup
Ouvrages : Les Trois pouvoirs, Editions La Ravinière (2019-2021)


Au cœur de la guerre de Cent Ans et du Moyen Âge tardif, le destin de grandes dames a croisé et marqué, à jamais, celui de la France. Dans ce cycle sur ses dames de cent ans, signé de la plume de l’auteur et éditeur Xavier Leloup, nous vous proposons de découvrir les plus marquantes d’entre elles. Aujourd’hui, nous poursuivons avec l’Abbesse et Sainte Colette de Corbie.


énitente, thaumaturge, mystique, réformatrice, Colette de Corbie constitue sous bien des aspects un modèle de sainteté. Mais ce que l’on sait peut-être moins de cette grande Sainte du Moyen Âge, c’est l’influence spirituelle qu’elle aura exercée sur les grands seigneurs de son époque. Au point d’avoir contribué, aux côtés de Jeanne d’Arc, au relèvement de la France.

Une pénitente …

Aucune possession. Aucune distraction. Aucune parole non plus, à l’intérieur du cloître. A certaines périodes de l’année seulement, le parloir, à condition que la mère abbesse en ait autorisé l’accès. Jamais de viande, même à Noël. Et bien sûr, le voile, qui doit couvrir une bonne partie du visage afin d’empêcher celui-ci d’être jamais vu entièrement.

Telles sont quelques-unes des règles instituées par Saint Colette de Corbie dans sa réforme de l’ordre des Clarisses. Des règles ascétiques, implacables, mais des règles de foi. Et que la religieuse picarde ne couchera sur le parchemin qu’après les avoir personnellement éprouvées elle qui, été comme hiver, n’aura jamais arpenté les routes que pieds nus, établissant partout des maisons de prières et de pénitence. Mais avant les œuvres, il y avait eu l’isolement. À 21 ans, la jeune Colette Boëllet prend l’habit du Tiers-Ordre franciscain et entre en « reclusage ». Quatre années d’une vie sobre et âpre passées dans une logette adossée à l’église Saint-Etienne de Corbie pour s’adonner entièrement à la prière, et dont on ne communique avec l’extérieur qu’au travers d’un guichet. C’est par cette ouverture qu’elle apportera conseil aux malheureux, recevra de quoi vivre et surtout, recevra la Sainte Eucharistie.

Une grande mystique…

Vitrail médiéval de Sainte Colette de Corbie
Sainte Colette de Corbie
Notre Dame du Rosaire, Saint-Ouen

Mais Saint Colette de Corbie n’est pas qu’une pénitente. C’est aussi une grande mystique, un être d’exception témoin de visions surnaturelles. Dès ses neuf ans, elle reçoit révélation de la nécessité de réformer l’ordre de Saint François. Adolescente, elle obtient la grâce de pouvoir abandonner la petite taille qui désespérait son père pour atteindre en quelques mois 1 mètre 79. Et quand elle prend conscience de sa grande beauté, elle obtient du Très-Haut que les merveilleuses couleurs de son visage s’effacent au profit d’une pâleur qui la mettra à l’abris des séductions du monde. Dès lors, toute sa vie sera marquée par le sceau du miracle, tels la résurrection d’une sœur morte en état de péché pour lui épargner la damnation éternelle, la guérison de malades ou encore la découverte miraculeuse d’une source pour alimenter en eau claire le nouveau monastère de Poligny.

Au crépuscule de sa vie, le 6 mars 1447, la religieuse picarde aura fondé 18 couvents et donné par toute l’Europe une impulsion nouvelle à la dévotion féminine. Mais elle aura aussi œuvré à la renaissance de tout l’ordre de Saint-François, dont plusieurs couvents masculins adoptèrent la règle. Saint Colette de Corbie figure parmi ces grandes réformatrices qui, par la vertu de l’exemple et de la dévotion, aura réussi à rallumer la foi de ses contemporains ; au point que son œuvre survit encore de nos jours dans le monde entier.

doublée d’une politique

Pour autant, Colette de Corbie ne demeura pas totalement à l’écart des affaires temporelles. Au vu des tribulations de l’époque, il aurait été d’ailleurs difficile pour elle de s’en désintéresser. En plus de la guerre entre les royaumes de France et d’Angleterre, des ravages commis par les routiers, du retour épisodique de la peste, de la misère, l’Eglise elle-même se divise entre plusieurs papes : l’un siégeant à Rome, l’autre en Avignon et jusqu’à troisième dans la ville de Pise. Mais il en faudrait davantage pour arrêter l’apostolat de notre grande mystique. Une fois libérée de ses vœux de réclusion, Colette n’aura de cesse de voyager entre royaume de France et duché de Bourgogne pour obtenir des Puissants de tous bords la permission d’établir des couvents. Selon toute vraisemblance, Sainte Colette de Corbie aurait même croisé la route de Jehanne d’Arc.

Un rôle de médiatrice entre les maisons de Bourgogne et de France

Statut de Colette de Corbie

En ce début de XVe siècle, le royaume de France n’est pas seulement en guerre contre le royaume d’Angleterre, il est aussi en guerre contre lui-même : les clans des Armagnacs et des Bourguignons profitent de la « folie » du roi Charles VI pour se disputer le pouvoir, ajoutant les troubles de la guerre civile aux affres de la guerre contre l’Anglais. Des années durant, Paris arborera ainsi le violet, couleur des Armagnacs, ou le blanc, couleur des Bourguignons, selon qu’un camp aura momentanément triomphé de l’autre. Or dans ce conflit, Saint Colette de Corbie réalisera la prouesse de se ménager des alliés parmi les deux camps.

La franciscaine va d’abord se faire l’intime de Marguerite de Bavière. Il s’agit là de la duchesse de Bourgogne, l’épouse du terrible Jean Sans Peur. Ce fameux duc de Bourgogne qui avait fait assassiner son cousin Louis d’Orléans, tenté de s’emparer de la personne du roi, et utilisé la corporation des bouchers parisiens pour mettre Paris à feu et à sang. Des crimes qui mortifient son épouse, retirée dans son château de Rouvre près de Dijon. Colette de Corbie deviendra sa mère spirituelle. À plusieurs reprises, elle lui enjoint de visiter ses religieuses et lui envoie des lettres de consolation. Conséquence de cette sollicitude, quatre couvents franciscains seront établis au sein du duché de Bourgogne, deux pour les filles réformées de Saint Claire, et deux pour les Frères Mineurs.

L’amitié de Marguerite de Bavière est d’autant plus remarquable que, dans le même temps, Colette de Corbie entretient les liens les plus étroits avec la maison d’Orléans, ennemie jurée de la Bourgogne. Et il ne s’agit pas là seulement de simple mondanité. Sous l’instigation de Colette de Corbie, six princes de la famille des Bourbons Armagnacs décideront d’embrasser la vie religieuse franciscaine ou de s’engager dans sa puissante branche laïque, le Tiers-Ordre Franciscain. Un couvent sera également fondé à Castres, un autre restauré à Lézignan. Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Car ce fameux Tiers-Ordre franciscain va jouer un rôle clef dans la régénération spirituelle et patriotique qui marquera le règne de Charles VII. Au point, dit-on, d’avoir compté parmi ses membres une certaine… Jehanne d’Arc. Plusieurs éléments plaident en effet en faveur de cette thèse.

Une rencontre historique avec Jehanne d’Arc

D’abord l’apparence physique, à savoir les cheveux coupés en rond de la Pucelle, une pratique imposée par Saint François lui-même pour les postulantes reçues chez les Clarisses. Ensuite son costume de « gros gris » noir à l’allure masculine sur laquelle les juges de Rouen ont tant de fois insisté, mais qui correspond aux prescriptions vestimentaires faites aux membres du Tiers-Ordre. Et puis il y a la dévotion de Jehanne, son assiduité à la messe et à la confession, ses jeûnes, son aversion pour toutes formes de jurement qui caractérisent l’âme et les œuvres des tertiaires franciscaines. Mais surtout, il y a sa dévotion au nom de Jésus. Comme Sainte Colette, la libératrice d’Orléans avait pour habitude de faire apposer la mention JHESUS MARIA sur chacune de ses lettres. Une inscription qui se retrouvera d’ailleurs en bonne place sur son étendard, la fameuse bannière de couleur azur à laquelle Jehanne d’Arc attribuait ses victoires et que ses voix lui avaient enjoint de prendre « de par le Roy du Ciel ». « J’aime mieux voir quarante fois plus ma bannière que mon épée », déclarera-t-elle durant son procès.

Autre vitrail de Saint Colette, cathédrale médiévale
Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans
Notre Dame du Rosaire, Saint-Ouen

Selon un récit ancien, Sainte Colette aurait même visité Jehanne d’Arc alors qu’elle se trouvait encore au berceau afin de lui faire don d’un anneau d’or marqué de trois croix et des noms de JHESUS MARIA, le fameux anneau qu’elle porta durant ses campagnes. Mais on frise ici la légende. Si Sainte Colette de Corbie a pu s’arrêter à Domrémy, rien ne prouve qu’elle ait adoubé la Pucelle. Ce que l’on peut toutefois affirmer, c’est que les routes de deux saintes se sont croisées.

Au début du mois de novembre 1429, Colette se trouve à Moulins, à prier au milieu de ses filles. Jehanne d’Arc, elle, y prépare la campagne qui la mènera à Saint-Pierre-le-Moûtier et à la Charité-sur-Loire. « Est-il vraisemblable que Jehanne, alors surtout qu’elle était accompagnée par frère Richard [un moine franciscain] ait oublié de venir prier dans la chapelle des pauvres Clarisses, et solliciter une entrevue avec la célèbre réformatrice ? », se demande ainsi le l’historien Siméon Luce. Et le médiéviste du XIXe siècle d’affirmer : « Colette Boëllet et Jehanne d’Arc ont dû se rencontrer ». Colette aurait aussi envoyé un message à Saint-Pierre-le-Moûtier pour s’enquérir de l’armée de Jehanne. Une hypothèse d’autant plus vraisemblable que les deux femmes s’étaient trouvé une protectrice commune en la personne de Marie de Berry, la duchesse de Bourbon. Bref, tout concorde.

Le Tiers-Ordre franciscain dans le relèvement du royaume de France et la mission johannique

Mais l’essentiel n’est peut-être pas là. Car au-delà de la rencontre entre les deux saintes ou de la possible appartenance de Jehanne d’Arc au Tiers-Ordre Franciscain, c’est bien la question de l’influence de l’ordre de Saint François sur la nature de sa mission qu’il convient de se poser et partant, le rôle que cet ordre mendiant a joué dans la défense de la cause nationale.

Comme l’explique Siméon Luce, « à l’époque de Jehanne d’Arc, les Frères Mineurs, surtout les frères Mineurs de l’Observance, étaient les plus ardents défenseurs de l’indépendance française ; ils prêchaient et organisaient, de toute part, une vaste croisade contre les envahisseurs de notre pays» Ce furent d’ailleurs des Frères Mineurs qui allèrent recueillir en Lorraine des témoignages sur la mission et les mœurs de la Pucelle pour le compte du roi Charles VII, comme ce furent encore des Frères Mineurs qui, depuis son départ de Vaucouleurs jusqu’à sa mort, la conseillèrent, l’escortèrent ou la soutinrent, au grand dam des Dominicains qui organisèrent son procès. Ce furent enfin les Franciscains qui non seulement pesèrent de tout leur poids lors du procès de réhabilitation de Jehanne d’Arc, mais prirent en main sa cause 400 ans plus tard. Ainsi de Léon XIII qui pose la cause de sa béatification avant que Saint Pie X, un autre pape tertiaire, ne la mène à son terme.

Citons aussi le frère Richard, contemporain de Jehanne et célèbre prêcheur franciscain partisan des Armagnacs. Dans l’une de ses interminables prédications, il déclarera que la Pucelle avait pénétré les secrets de Dieu seulement connus des grands saints au paradis. Et le prêcheur d’affirmer encore, pour mieux persuader les habitants de Troyes d’ouvrir les portes de leur ville à l’armée royale s’en allant vers Reims que la guerrière était capable de s’élever dans les airs avec l’armée de Charles VII pour s’introduire chez eux par-dessus les remparts…

Ainsi donc, Colette de Corbie n’aura pas seulement réussi à réformer l’ordre de Saint-François. Elle aura aussi impulsé un grand mouvement de régénération spirituelle qui accompagna Jehanne d’Arc tout au long de sa mission.


Xavier Leloup, auteur de roman historique

Un article de Xavier Leloup. avocat, journaliste, auteur de la saga médiévale « Les Trois Pouvoirs » et créateur des Editions La Ravinière (2021)
Découvrir son dernier interview exclusif ici.

Découvrir les autres articles du cycle sur Les grandes dames de la guerre de cent ans : 


Bibliographie

H. de Barenton, Jeanne d’Arc Franciscaine. Paris « Action Franciscaine » 117, Brd. Raspail. Coubin Maison Saint Roch (Belgique). 1909.
Pascal-Raphaël Ambrogi, Dominique le Tourneau, Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc. Editions Desclée de Brouwer, 10, rue Mercoeur, 75011 Paris. 2017
Jeanne d’Arc à Domremy : recherches critiques sur les origines de la mission de la Pucelle, accompagnées de pièces justificatives, Paris, Honoré Champion, 1886, CCCXIX-416 p., In-8

NB mpassion : sur limage d’en-tête, la statue au premier plan est tirée d’un retable de l’église Sainte-Colette à Gand. A l’arrière plan, on peut voir un détail d’enluminure représentant Colette de Corbie (Nicolette Boellet) rencontrant le pape. Cette illustration est tirée du manuscrit enluminé la Vie de Colette par Pierre de Vaux (ms8), également connu comme manuscrit de Gand.