Le chant de croisade de Thibaut de Champagne, roi troubadour du XIIIe siècle

thibaut_troubadour_musique_medieval_moyen-age-passionSujet : musique, poésie, chanson médiévale, troubadour, trouvère
Titre :  « chant de Croisade »
Compositeur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), roi de Navarre, Thibaut le chansonnier, Thibaut le posthume
Période : moyen-âge central, XIIIe
Interprète : René Zosso, trouvère, vielliste, et le Clemencic Consort

F_lettrine_moyen_age_passion-copiailleul de Philippe Auguste, fils posthume de Thibaut III et de Blanche de Navarre, Thibaut IV (1201-1253), roi de Navarre et Comte de Champagne, appelé encore Thibaut le chansonnier, se présente à la fois comme un preux chevalier et un gentilhomme poète. Amateur d’écriture, on le surnomme également Thibaut le troubadour et il a laissé plus de  soixante pièces de poésies et chansons. On dit de lui qu’il perpétua à la cour du roi de France où il fut élevé sous la protection de son parrain Philippe Auguste,  l’art de la poésie et des chansons de trouvères (en langue d’oïl) et on le reconnaîtra même comme un des plus célèbres troubadours en son temps. Un siècle plus tard, Dante confirmera cette réputation en saluant la qualité de l’oeuvre poétique de Thibaut de Champagne et en le décrivant comme  un précurseur de son temps.

thibaut_navarre_trouvere_troubadour_moyen-age_monde_medievalDu point de vue du contenu, la plupart des chansons et poésies de ce roi troubadour se dédie à l’amour courtois, ce qui n’est pas surprenant puisque nous sommes au début du XIIIe siècle. Dans cet exercice auquel s’adonne nombre de ses contemporains d’alors, on lui prête toutefois une  distance mêlée de désinvolture et une certaine liberté dans le style et le ton dont l’humour n’est pas exempt.

Le Chant de Croisade et histoire de  la sixième croisade

N_lettrine_moyen_age_passionous partageons ici une des pièces les plus célèbres de ce chevalier gentilhomme étant parvenu jusqu’à nous, notamment grâce au troubadour moderne et vielliste suisse, passionné de musique médiévale, René Zosso (photo ci-contre). Accompagné ici du Clemencic Consort,troubadour_trouvere_musique_medievale_rene_zosso il fait revivre et vibrer pour nous de manière unique ce chant de croisade médiéval.

Du point de vue datation, on fait remonter cette chanson aux années 1238/1239 et elle aurait été écrite par Thibaut de Navarre, un peu avant son départ pour la sixième croisade, dite la croisade des Barons, à l’appel du pape Grégoire IX. Militairement, cette expédition se soldera par une déroute mais par le jeu diplomatique et tirant partie des querelles entre musulmans d’alors, elle permettra aux chrétiens de reprendre Jérusalem, Bethléem et Ashkelon, et de revenir ainsi à la situation de 1187, ce qui ne durera pas puisque tout sera perdu, à nouveau, dès 1244.

troubadour_thibaut_navarre_moyen_age_passion_rose_provinsDe son côté, Thibaut de Champagne reviendra de cette sixième croisade en 1240. Il en ramènera la Rose de Damas qu’il fera abondamment planter dans les jardins de son palais et qui deviendra par la suite la rose de Provins (photo ci-contre). On conte aussi qu’il rapporta un morceau de la Sainte croix dont il fit don à l’église Saint-Laurent-des-Ponts de Provins. Il y a quelque temps encore, on  prêtait également à Thibaut le troubadour d’avoir ramené de ses croisades le cep de Chardonnay sans lequel le Champagne et des nombreux blancs délicieux n’existeraient pas , mais la science étant passée par là depuis, la légende a été démystifiée; au final, il semble bien que le chardonnay soit plutôt issu d’un mélange entre le Pinot noir et le Gouais et que Thibaut de Champagne n’ait pas grand chose à voir dans toute cette histoire. Qu’importe, il nous laisse, à tout le moins, de bien belles chansons et poésies pour témoigner du monde médiéval et l’évoquer!

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Paroles du chant de croisade de Thibaut de Champagne

Seigneurs, sachez : qui or ne s’en ira
En cette terre où Dieu fut mort et vif,
Et qui la croix d’outre-mer ne prendra,
A dure peine ira en paradis;
Qui n’a en soi pitié ni souvenance,
Au haut Seigneur doit chercher sa vengeance,
Et délivrer sa terre et son pays.

Tous les mauvais resteront à l’arrière
Qui, n’aimant Dieu, ne l’honorent, ni ne le prient.
Et chacun dit : « Ma femme que fera ?
La laisserai à nul, fut-il ami »,
Serait tomber en bien trop folle errance;
Il n’est d’amis hors celui, sans doutance,
Qui pour nous fut en la vraie croix mis.

Or, s’en iront ces vaillants écuyers
Qui aiment Dieu et l’honneur de ce mont,
Qui sagement veulent à Dieu aller;
Et les morveux, les cendreux resteront.
Aveugle soit – de ce, ne doute mie –
Qui n’aide Dieu une fois en sa vie,
Et pour si peu perd la gloire du monde.

Douce dame, reine couronnée,
Priez pour nous, Vierge bienheureuse !
Et après nul mal ne nous peut échoir.

Texte original en langue d’Oil

Seignor, sachiés : qui or ne s’en ira
en cele terre ou Dex fu mors et vis,
et qui la crois d’Outremer ne penra,
a paines mais ira en Paradis.
Qui a en soi pitié ne ramembrance
au haut Seignor doit querre sa venjance
et delivrer sa terre et son païs.

Tuit li mauvés demorront par deça
qui n’aiment Dieu, bien, ne honor, ne pris.
Et chascuns dit  » Ma feme, que fera ?
Je ne lairoie a nul fuer mes amis ».
Cil sont cheoit en trop fole atendance,
qu’il n’est amis fors de cil, sans doutance,
qui por nos fu en la vraie crois mis.

Or s’en iront cil vaillant bacheler
qui aiment Dieu et l’ennor de cest mont,
qui sagement vuelent a Dieu aler,
et li morveux, li cendreux, demorront;
avugle sont, de ce ne dout je mie,
qui j secors ne fait Dieu en sa vie,
et por si pou pert la gloire dou mont.

Diex se lessa en crois por nos pener
et nos dira au jor que tuit vendront :
« Vos qui ma crois m’aidastes a porter,
vos en irez la ou mi angles sont;
la me verrez et ma mere Marie.
Et vos, par cui je n’oi onques aie,
descendrés tuit en Enfer le parfont. »

Chacuns cuide demorer toz haitiez
et que ja mes ne doie mal avoir;
ainsi les tient anemis et pechiez
que il n’ont sen, hardement ne pooir.
Biax sire Diex, ostés leur tel pensee
et nos metez en la vostre contree
si saintement que vos puissons veoir.

Douce dame, roïne coronee,
proiez por nos, Virge bien aüree !
Et puis aprés ne nos puet meschoir.

Une très belle journée à vous tous et un grand merci à nouveau pour votre présence. Longue vie!

Votre dévoué.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge et du monde médiéval sous toutes ses formes.

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