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« Si je chante ce fait d’amour », Un motet courtois du Codex de Montpellier

Sujet :   codex de Montpellier,   chanson médiévale, amour courtois, vieux-français,  chants polyphoniques, motets, fine amor
Période :   XIIIe siècle, Moyen Âge central
Titre:  
Se je chante, ce fait amour
Auteur :  Anonyme
Interprète :  Anonymous 4
Album :   
Love’s Illusion Music from the Montpellier Codex 13th Century    (1993-94)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous revenons à la musique médiévale des trouvères et compositeurs du XIIIe siècle avec un joli motet courtois.

Ce chant polyphonique est tiré du riche codex de Montpellier, daté du Moyen Âge central et de la fin du XIIIe siècle.
Avec plus de 330 pièces musicales annotées sur 395 feuillets, ce manuscrit médiéval, référencé sous la cote H196 et conservé à la Bibliothèque Interuniversitaire de Montpellier, est une véritable bible de la polyphonie de cette période.

L’amour courtois d’un loyal amant et sa belle

La pièce du jour est dans la veine de nombreux autres motets du Chansonnier de Montpellier. La lyrique courtoise et le sentiment amoureux y sont au programme.

Point de grande souffrance ici, d’attente lancinante ou de séparation douloureuse toutefois. Point non plus de médisants à l’horizon pour gâter l’idylle en cours. Si le loyal amant nous fait d’abondantes louanges sur sa belle dans le pur style de la lyrique courtoise, l’amour qu’il file semble sans accroc. Il est même payé en retour de sa fidélité et de son service puisque, dans la même pièce, la damoiselle y répond sur le même ton, attestant des qualités morales et courtoises de son prétendant.

L’amour est-il pour autant acquis ? Dans ce motet à trois voix, le Ténor vient nous rappeler ici que l’espoir sous-tend l’ensemble de la pièce : « Et sperabit« . Autrement dit, il (l’amant), et peut-être aussi elle, celle qui lui répond, devra sans doute espérer que l’amour perdure ou qu’il se concrétise.

Aux sources manuscrites de ce motet

Voici le motet « se je chante… Bien doit amer mon ami » tel qu’il se présente dans le Codex de Montpellier. A toutes fins utiles, nous vous proposons également la partition de cette musique médiévale au format pdf.

Le motet "Se je chante... Bien doit amer mon ami" dans le codex enluminé H196 de Montpellier.

Les pièces du chansonnier de Montpellier ne sont pas rattachées à des auteurs mais on peut, quelquefois, retrouver l’attribution de certaines d’entre elles dans d’autres manuscrits. Ce n’est pas le cas du motet du jour qui, à notre humble connaissance, est demeuré anonyme.

En ce qui concerne la transcription en graphie moderne de cette pièce, nous nous sommes appuyés sur le « Recueil de motets français des XIIe et XIIIe siècle » que Gaston Raynaud avait fait paraître en 1881 chez F Vieweg éditeur (Paris).

L’illusion d’amour avec Anonymous 4

Pour l’interprétation de ce chant polyphonique courtois, nous avons opté pour la belle version de la formation Anonymous 4.

En 1994, le quatuor féminin américain avait fait paraître un très bel album sous le titre « Love’s Illusion, Music from the Montpellier Codex 13th Century« . Cette production d’exception présente 29 pièces et motets issus du célèbre codex, pour un peu plus d’une heure d’écoute (65 minutes).

Love's Illusion, ou les motets du Codex de Montpellier par la Quatuor Anonymous 4 (pochette de l'album)

L’album a été réédité chez Harmonia Mundi aux débuts des années 2000. Vous devriez donc pouvoir le commander chez votre meilleur disquaire. A défaut, il est également disponible au format CD ou sous forme dématérialisée sur différents plateformes en ligne. Voici un lien utile pour le débusquer : Love’s Illusion, l’album d’Anonymous 4.

Artistes ayant participé à cet album

Ruth Cunningham, Marsha Genensky, Susan Hellauer, Johanna Rose.


« Se je chante, … Bien dois amer mon ami »
motet courtois du chansonnier de Montpellier

NB : la traduction de ce motet en français moyen ne nous semble pas présenter de difficultés majeures. Quelques clés de vocabulaire devraient donc suffire à vous éclairer dans sa compréhension.

Se je chante, ce fait amour,
Qui mon cuer esclaire
Nuit et jour
D’un penser tout plain de douchour
(douceur)
Vers ma dame debonaire,
Que par droit est examplaire
Et de toutes la flour
De bonté, biauté et valour.
Bien le desclaire
Son dous gracieus viaire
(visage)
Par maint tour ;
Si me doit moût plaire
Sans retraire
(sans réserve)
Que s’amor si me va entour
1 .

J’en oublie toute doulour,
Et m’en paine mieus de bien faire,
Car de servir dame de tel afaire
Vient hounour.
Quant on le sert bien sanz folour
(folie),
On en atent dous salaire,
Et s’en est toute la vie meillour.
Or veulle amour que sans mesfaire
Puisse maintenir ce dous labour,
Sans nule pensée d’aillours !
Car riens ne m’est contraire
En ma dame, en cui tous biens s’aaire
2
Et toute hounour
Par grant savour.
Ne de sa fresce colour
Je ne puis estraire
Fors samblant d’atraire
(qu’un esquisse d’encouragement) :
Ce tient mon cuer en ardour.


Bien doî(t) amer mon ami
Autant que moi ;
Car il l’a bien deservi.
Raison de ce dirai pour quoi :
Nuit et jour a de cuer acompli
Mes volentés, sans mal ne desroy
(ni désarroi),
Puis qu’il m’ama, et je li.
Riens en li a blasmer ne voi :
Jolis est, biaus et de maintiens coi
(calme, tranquille);
Dieus ! combien m’amour en li emploi.
Si n’en puis mais, se j’en di
Qu’autant que moi amer le doi
Puis qu »il m’aime en bone foy.

Et sperabit. (et il/elle espérera)


Vous pourrez découvrir d’autres pièces du talentueux quatuor Anonymous 4 aux liens suivants :

En vous souhaitant une  excellente journée.

Frédéric Effe.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.


Notes

  1. « Que s’amor si me va entour « : Quand son amour m’entoure ainsi . ↩︎
  2. « En cui tous biens s’aaire » : en laquelle toutes choses bonnes résident. ↩︎

Cantiga de Santa Maria 106 : le miracle des deux écuyers sauvés de la prison

Sujet : Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, miracle, Sainte-Marie, prison, évasion.
Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle.
Auteur : Alphonse X  (1221-1284)
Titre : Cantiga de Santa Maria 106  « Prijôn fórte nen dultosa » 
Album :  Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua (2019).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nos recherches médiévales nous entraînent à la cour d’Alphonse X de Castille pour un nouveau chant à la vierge : la Cantiga de Santa Maria 106. Celle-ci nous ramènera vers le nord de la France et à Soissons pour y découvrir l’histoire de deux écuyers sauvés in-extremis d’une dure geôle par un miracle marial.

La grande compilation de chants mariaux d’Alphonse X

Les deux écuyers voleurs sont capturés par des soldats en arme et montés. Enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Pris sur le fait, les deux écuyers sont capturés.

Au XIIIe siècle, le grand roi savant, féru de composition, de poésie et de littérature fit compiler et mettre en musique de nombreux chants à la vierge : chants de Louanges mais surtout récits de miracles qui circulaient alors sur les routes et dans les lieux de pèlerinage médiévaux.

Ils formeront le riche corpus des Cantigas de Santa Maria, soit quelques 420 chansons annotées musicalement, léguées à l’Espagne médiévale et témoins de l’importance du culte marial au Moyen Âge central.

De nos jours, les cantigas sont encore abondamment jouées par les ensembles musicaux de la scène médiévale tandis que les riches enluminures de certains de leur codex continuent d’inspirer les médiévistes ou les musicologues par leur présentation d’instruments anciens et leurs détails.

La CSM 106 : absolution et évasion pour deux écuyers prisonniers

Jeté en prison, les deux écuyers voleurs échangent sur leur condition d'infortune, enluminure du Codice Rico, CSM 106
Prisonniers, les deux écuyers échangent sur leur sort.

Il n’est de prison suffisamment forte pour contrer la volonté de Marie. Le récit de miracle de la Cantiga de Santa Maria 106 est là pour l’affirmer et le fait que les deux écuyers soient enfermés, au départ, pour des actes délictueux n’y changera rien.

« Voleurs » dit la Cantiga. L’enluminure médiévale en tête d’article les montrent proches de bêtes de ferme et on les imagine volontiers pillant ou cherchant leur pitance en prélevant du bétail. Mais le délit ici n’est pas le propos et le chant ne s’y appesantit pas. Leur vœu de souscrire un don important pour la construction et les travaux de l’église de Soissons sera entendu.

Une offrande de clous

Le don consistera en cent clous d’offrande pour l’un et mille pour l’autre. S’agit-il de très précieux clous de girofle, épice très prisée au Moyen Âge ou plutôt des clous frappés sur certaines monnaies médiévales de la péninsule ibérique, en évocation de la croix christique ? Quoi qu’il en soit, les fers seront brisés et la porte de la cellule s’ouvrira pour laisser s’enfuir les deux prisonniers, au nez et à la barbe de leurs gardes.

Aux temps médiévaux comme aux temps bibliques, les voies divines restent impénétrables. Contre la justice des hommes, les deux écuyers voleurs seront libérés par leur intention sincère de contribuer à l’édification d’une église.

Puissance et immédiateté de l’intercession mariale

Illustration médiévale représentant les deux prisonnier enfermés :celui qui s'est libéré de ces chaînes explique à l'autre comment le miracle s'est accompli. enluminure du Codice Rico, CSM 106
Les deux écuyers prient pour leur libération.

Eloge des bonnes œuvres et de la charité, éloge de la foi en l’Eglise et en la sainte, le sens du récit de la Cantiga 106 reste clair. Il n’y a pas de limites au pouvoir de rédemption de la Vierge et il n’est jamais trop tard pour s’amender.

Comme dans de nombreux miracles mariaux médiévaux, on est frappé de l’immédiateté de l’intercession. Une fois le vœu ou la prière exprimés, le miracle s’accomplit dans une proximité confondante.

Au Moyen Âge, le monde du surnaturel et du divin jouxte de très près le monde temporel. Et si, comme l’enseignent les évangiles, « La foi soulève des montagnes« , le monde médiéval ne cesse de le manifester à travers sa foi en Marie.

Quelle église à Soissons ?

L’église dont il est question pourrait-elle être la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons ? C’est possible. Au moment de cette cantiga et dans les temps qui la précédent, l’édifice était encore en chantier. Il pourrait encore s’agir de l’église Saint-Pierre vestige de l’abbaye bénédictine de Notre-Dame, et qui semble avoir connu, elle aussi, des travaux de réfection et de construction autour du XIIe siècle1.

La Cantiga de Santa Maria 106 et ses enluminures dans le Codice Rico de la Bibliothèque de L'Escurial
La Cantiga de Santa Maria 106 dans le très beau Códice rico de la bibliothèque de l’Escurial.

Aux sources médiévales de la CSM 106

Scène tirée d'un manuscrit médiéval à l'intérieur d'une église : un prisonnier assis dans une geôle, deux garde le surveille, tandis que le premier prisonnier s'échappe. une tour se dresse à l'arrière-plan. enluminure du Codice Rico, CSM 106.
Le premier écuyer s’évade sous l’œil de son compère.

Pour présenter cette cantiga, nous revenons, une fois de plus, sur le Códice rico et ses précieuses enluminures.

Conservé à Madrid, sous la garde de la Bibliothèque Royale de l’Escurial, le Ms. T-I-1 fait partie des grandes références en matière de Cantiga de Santa Maria.

S’il existe d’autres codex autour des cantigas, ce manuscrit médiéval se partage la vedette avec le MS B.I.2 de l’Escorial, également connu comme códice de los músicos. Ce dernier fait toutefois une plus grande place aux enluminures de musiciens. Comme on peut le constater sur les illustrations de cet article, celles du Códice rico sont plus proches du narratif des cantigas.


Eduardo Paniagua et les Cantigas du Nord de France

La version en musique de ce chant à la vierge nous ramène encore vers le maître de musique espagnol Eduardo Paniagua. Il est, à ce jour, le seul, qui compte dans sa discographie, d’avoir enregistré l’ensemble du corpus des Cantigas de Santa Maria.

Face à l’immensité de la tâche, il a procédé à de nombreux recoupements thématiques sans ménager sa peine. On peut même, quelquefois, retrouver des cantigas enregistrées dans des versions différentes sur différents albums.

Cantigas del Norte de Francia - Eduardo Paniagua, pochette de l'album.

La version en musique de la Cantiga 106 du jour est tirée de son album Cantigas del Norte de Francia. Enregistré en 2019, le directeur espagnol y présentait pas moins de 21 cantigas en provenance du nord de France pour une durée d’écoute de 120 minutes.

Vous pouvez retrouver cet album chez votre disquaire favori. À défaut, vous pourrez également l’acquérir sur les plateformes en ligne au format CD ou dématérialisé. Voici un lien utile pour vous le procurer : Cantigas del Norte de Francia, Eduardo Paniagua.


La Cantiga 106 en galaïco-portugais et sa traduction française

Esta é como Santa María sacou dous escudeiros de prijôn.

Prijôn fórte nen dultosa
non pód’ os presos tẽer
a pesar da Grorïosa.

Cette cantiga conte comment Sainte-Marie fit sortir deux écuyers de prison.

Il n’est pas de prison si forte
qui ne puisse retenir des prisonniers
contre la volonté de la Glorieuse.


Desta razôn vos direi
un miragre que achei
escrito, e mui ben sei
que farei
del cantiga saborosa.
Prijôn fórte nen dultosa…

À ce sujet, je vais vous parler
D’un miracle que j’ai trouvé
Écrit et je ne doute pas
Que j’en ferai
Un chant réjouissant (savoureux).
Il n’est pas de prison si forte…


E contarei sen mentir
como de prijôn saír
fez dous presos e fogir
e pois ir
en salv’ a mui Precïosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Et je conterai sans mentir
Comment d’une prison
La très précieuse
Fit s’échapper deux prisonniers
Et se mettre à l’abri.
Il n’est pas de prison si forte…


Dous escudeiros correr
foron por rouba fazer;
mais fôronos a prender
e meter
en prijôn perigoosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Deux écuyers s’en furent en virée
pour voler,
Mais ils furent pris
Et jetés
Dans une prison fort dangereuse.
Il n’est pas de prison si forte…


Jazend’ en aquel logar,
ũu deles se nembrar
foi com’ en Seixôn lavrar
e pintar
viu eigreja mui fremosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Enfermés en ce lieu,
L’un des écuyers se souvint
Comment, à Soissons,
Il avait vu une très belle église peinte
et en construction.
Il n’est pas de prison si forte…


E diss’ a séu compannôn:
“Se éu saír de prijôn,
cen cravos darei en don
a Seixôn
que é óbra mui costosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et il dit à son compagnon :
« Si je parviens à sortir de cette prison,
Je donnerai cent clous en offrande
à l’église de Soissons,
Car c’est un chantier très coûteux. »
Il n’est pas de prison si forte…


E pois esto prometeu,
lógo ll’ o cepo caeu
en térra; mais non s’ ergeu:
atendeu
ant’ a noite lubregosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Dès qu’il eut fait cette promesse,
Ses fers tombèrent au sol,
Mais il ne bougea pas,
et attendit
Jusqu’à la nuit obscure.
Il n’est pas de prison si forte…


Mais poi-la noite chegou,
a séu compannôn contou
como ll’ o cepo britou
e sacou
end’ a Virgen pïedosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mais dès que le nuit vint,
Il conta à son compagnon,
Comment la Vierge miséricordieuse
Avait brisé
et ôté ses chaines.
Il n’est pas de prison si forte…


O outro lle diss’ assí:
“Per quant’ éu a vós oí,
mil cravos levarei i
se mi a mi
tóll’ esta prijôn nojosa.”
Prijôn fórte nen dultosa…


Et l’autre lui dit ainsi :
« Comme je t’ai entendu le dire,
Je porterai mille clous
si elle me libère moi aussi
De cette horrible prison.»
Il n’est pas de prison si forte…


Pois s’ o primeiro sentiu
sólto da prijôn, fogiu,
A guarda, quand’ esto viu,
lóg’ abriu
a cárcer mui tẽevrosa.


Puis, le premier prisonnier libre
S’échappa de prison et s’enfuit,
Et les les gardes quand ils virent cela,
Ils ouvrirent alors
La cellule obscure.


polo outr’ i guardar ben,
ca atal éra séu sen;
mas dele non achou ren,
e porên
houv’ a Virgen sospeitosa,


Pour bien surveiller le prisonnier restant.
Mais de lui ils ne trouvèrent aucune trace
Et par la suite
Ils soupçonnèrent la vierge,


madre de Nóstro Sennor,
que lle fora soltador
dos presos e guïador,
sen pavor,
como Sennor poderosa.
Prijôn fórte nen dultosa…


Mère de notre Seigneur,
D’avoir aidé les deux prisonniers
À s’échapper et de les avoir guidé
Sans peur,
Comme la grande dame puissante qu’elle est.
Il n’est pas de prison si forte…


Retrouvez ici plus de Cantigas de Santa Maria traduites en français, avec versions en musique, partitions et sources.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour Moyenagepassion.com
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  1. L’Abbaye Notre-Dame à Soissons,  Jacques Thiébaut
    Bulletin Monumental,  Année 1971, Persée. ↩︎

Fable, Marie de France : retouche d’une enluminure

Sujet : fable médiévale, enluminure, retouche, feuille d’or, bestiaire, loup, grue.
Période : XIIe siècle, Moyen Âge central.
Titre : Dou Leu et de la Grue ki li osta l’os de la goule
Auteur : Marie de France (1160-1210)
Ouvrage : ms Français 24428 département des manuscrits de la BnF

Bonjour à tous,

our faire suite à notre article sur la fable du Loup et de la Grue de Marie de France, nous postons, aujourd’hui, une enluminure d’époque retouchée digitalement à cette l’occasion. L’illustration originale est tirée du manuscrit ms Français 24428 daté du XIIIe siècle.

Le ms Français 24428 de la BnF

Sur 119 feuillets, ce manuscrit médiéval contient une sélection de textes variés : L’image du monde de Gossuin de Metz (Gautier de Metz), Les volucraires de Omont (poème moral sur les oiseaux), Li bestiaires par Guillaume le Clerc de Normandie ou encore Le lapidaire chrétien (traité sur les vertus des pierres précieuses) et enfin Les Esopes (ou fables) de Marie de France.

L’ouvrage est actuellement conservé au département des manuscrits de la BnF et est consultable en ligne sur le site de Gallica.

Sans prétendre refaire ici le travail des conservateurs de la BnF qui s’en acquittent parfaitement, comme en attestent les précieuses notes de Gallica sur chaque manuscrit ou celles d’arlima.net, disons un mot de l’état général du ms Français 24428.

L’état général du manuscrit

Cet ouvrage richement enluminé est plutôt bien conservé. Dans l’ensemble, les textes en sont demeurés bien lisibles. Les feuilles parcheminées ont aussi gardé leur intégrité à quelques exceptions près. On note quelques altérations sur certaines bordures de pages mais elles n’entravent pas la lisibilité.

Quelques enluminures du bestiaire (feuilles d’or)

La partie sur l’Image du monde, ainsi que les pages du bestiaire montrent des enluminures assez bien conservées. Quelques traits de détails sont effacés ici ou là (visage, contours,…) mais la feuille d’or utilisée sur de nombreuses illustrations a assez bien résisté à l’épreuve du temps. Les captures des enluminures ci-dessus en témoignent.

Les enluminures des fables de Marie de France

L’affaire se complique un peu sur les fables de Marie de France, en particulier sur les enluminures à la feuille d’or. Sur la majorité d’entre elles, le matériau s’est détaché de son support original, compliquant la lisibilité des illustrations. C’est moins le cas sur les fonds utilisant des pigments colorés comme on peut le voir sur les images ci-contre.

Il nous est difficile de savoir si la technique ou le matériau utilisée peuvent expliquer cette détérioration des enluminures à la feuille d’or d’une partie à l’autre de ce manuscrit ancien.

L’enluminure retouchée

En retouchant l’enluminure « Dou Leu et de la Grue ki li osta l’os de la goule« , notre idée était simplement de remettre en valeur les sujets.

Sur la version originale du ms français 24428, on distingue assez difficilement les animaux et la détérioration de l’arrière plan fait peu justice à l’œuvre de l’enlumineur.

Ce travail rapide permet d’en avoir une vision un peu plus claire. Laissez un peu de temps de chargement à l’image c’est un gif.

Le loup et la grue de Marie de France, enluminure retouchée et original du ms français 24428 (format gif)
Dou Leu et de la Grue ki li osta l’os de la goule, retouchée digitalement

La retouche de l’enluminure n’est, bien sûr, que digitale. Le manuscrit original reste, quant à lui, précieusement conservé par la BnF.

Sur la fable du coq ayant trouvé un gemme, voir notre enluminure originale recréée à partir de différents manuscrits.

En vous remerciant de votre lecture.

Frédéric Effe.
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

Agenda : La Coupe de France de Béhourd en Nouvelle-Aquitaine

Sujet: Béhourd, combat, tournoi, armes et armures anciennes, chevalerie, art martial médiéval , reconstitution historique.
Période: Moyen Âge central à tardif
Evénement : Coupe de France de Béhourt
Lieu  : Château Faugas, Gironde, Nouvelle-Aquitaine
Date : samedi 13 et dimanche 14 septembre 2025
Organisateurs : Fédération française de Béhourd – Château Faugas.

Bonjour à tous,

lors que la rentrée bat son plein, les animations et fêtes médiévales continuent de se dérouler sur tout le territoire, les fins de semaine. Dans notre sélection, l’agenda du week-end prochain nous donne l’occasion de reparler de Béhourd.

Au château Faugas, en Nouvelle-Aquitaine, se déroulera, en effet, les samedi 13 et dimanche 14 septembre, la coupe de France de Béhourd, ce sport de contact qui conjugue fer croisé et passion pour le monde médiéval.

A propos du Béhourd, Combat & Art martial Inspiré du Moyen Âge

Coupe de France de Behourd 2025- Nouvelle Aquitaine, Affiche tournoi combat médiéval

Si les fêtes médiévales nous donnent souvent l’occasion d’assister à des démonstrations de combats en armure, voire même à de grandes batailles de reconstituteurs, avec le Béhourd il est question d’autre chose. La discipline est, certes une forme de combat d’inspiration médiévale mais c’est surtout un sport qui a ses règles, ses compétitions et ses clubs.

Sur le principe, les combattants de Béhourd se battent en armures soigneusement reconstituées, armes de métal émoussées au poing et selon un cadre précis. Les échanges, toujours très spectaculaires, peuvent aller de simples duels à de grandes mêlées de plusieurs dizaines de combattants (jusqu’à 30 par équipe, voire plus) dans un espace clos dédié pour l’occasion. Les coups portés font l’objet d’un comptage précis et la mise a terre d’un combattant entraîne également son élimination.

En 2025, il existe nombre de tournois en France mais le Béhourd a aussi ses compétitions internationales dont la célèbre Battle of the Nations ou le championnat mondial de combat médiéval historique (HMB : Historical Medieval Combat).

Un sport de combat historique encore confidentiel

Sur Moyenagepassion, nous avions mis en lumière cet art martial médiéval dès 2016 et 2017, ainsi que son principal organisateur et pionnier sur le territoire : la Fédération Française de Béhourd. Nos lecteurs se souviendront peut-être de notre article sur le très impressionnant « Sylvain Tape-Dur » et sa grande passion pour le Béhourd .

Depuis lors, si le sport s’est vu médiatisé dans divers reportages ou articles, il reste encore peu connu et on peut même le dire confidentiel, en terme de pratique. Avec une Fédération encore jeune, émergée aux débuts des années 2010, le Béhourd se développe à son rythme porté par quelques 500 combattants et 30 à 40 clubs sur l’ensemble du territoire.

En tant que discipline sportive, il faut aussi admettre qu’à l’image de la boxe ou de sports de contact et d’arts martiaux de pleine puissance, le Béhourd n’est pas pour tout le monde. En dehors d’un équipement plutôt couteux et d’un certain goût pour le monde médiéval et la reconstitution historique, sa pratique requiert une bonne dose d’adrénaline et un engagement particulièrement fort.

Bien sûr, on y trouve des pratiquants de tous âges, et même quelques vétérans. Les règles permettent d’encadrer sérieusement la discipline et il s’est même ouvert au public féminin, mais le Béhourd reste un sport de contact percutant et particulièrement impressionnant.

Deux combattants de Béhourd en action

La coupe de France au château Faugas

Après cette parenthèse, revenons à notre tournoi des 13 et 14 septembre. Organisé en les murs du château Faugas et au cœur de son beau domaine viticole, cet événement verra s’affronter près d’une vingtaine d’équipes de Béhourd venues de toute la France.

Ici, les jeux sont mis à plat puisque toutes les équipes pourront se mesurer, hors ligue. Le tournoi permettra ainsi aux combattants de remporter la coupe mais aussi de compter pour les championnats de France.

Au programme, la compétition prévoit un large éventail d’épreuves, mêlées 5 vs 5, 12 vs 12 et même 30 vs 30 pour les combattants masculins. Les équipes féminines auront aussi l’occasion de se mesurer en 3 vs 3 et 5 vs 5.

Si le Béhourd vous intéresse ou interpelle votre curiosité, cette coupe de France sera donc l’endroit idéal pour le découvrir. Pour en savoir plus sur cette coupe de France, voir la page facebook officielle de l’événement.

Animations continues tout le week-end

A côté des échauffourées en armure, les organisateurs ont également prévu d’autres animations permanentes tout au long du week-end : judo, tir à l’arc, bras de fer, épreuves de forces, jeux d’adresse pour enfants. Un concert du groupe rock bordelais Eskale est aussi prévu le samedi soir.

En prime, l’événement hébergera une compétition baptisée « King of Stones ». Destinés à des athlètes adeptes des disciplines de force, ses épreuves s’orientent sur le soulèvement de lourdes pierres naturelles, sur leur transport et même sur leur lancé. Au menu donc, hommes forts et prestations spectaculaires. Encore une bonne dose d’émotions fortes pour les amateurs.

Retrouvez tous nos articles passés sur le béhourd ici.

En vous souhaitant une belle journée !

Fred
Pour Moyenagepassion.com
A la découverte du Monde Médiéval sous toutes ses formes.