ous espérons que ce début d’année vous trouve en forme et plein de bonnes dispositions pour les temps à venir. Nous profitons de cette énergie nouvelle pour faire un petit point sur l’année écoulée et sur les perspectives pour 2026, à plus de 10 ans de la création du site.
En regardant les statistiques de fréquentation de Moyenagepassion pour l’année dernière, vous avez été encore plus de 120 000 à consulter le site. Etudiants, professeurs des collèges ou universitaires, musiciens, curieux, enlumineurs, amateurs de Moyen Âge sous toutes ses formes, vous semblez trouver de quoi nourrir vos intérêts dans nos quelques 1600 articles.
Pour nous, cette diversité est une vraie joie comme l’est aussi le fait de constater que Moyenagepassion a des résonnances en France, mais aussi dans de nombreux pays de la francophonie et même au delà.
Héritage et Patrimoine médiéval
En plus des fêtes médiévales, des instituts aussi prestigieux que le KBR Museum de Bruxelles, le Réseau des Monuments et du Patrimoine nationaux, la BnF et d’autres acteurs de l’héritage et du patrimoine nous contactent régulièrement pour mettre en avant leurs événements ou leurs conférences. C’est toujours un vrai plaisir que de leur ouvrir nos colonnes et nous le prenons comme une reconnaissance appréciable de nos modestes contributions dans le secteur culturel et historique.
En dehors des événements, nos présentations et traductions de textes médiévaux et chansons continuent de former le centre d’intérêt principal du site. Si le vieux français d’oïl et la français moyen restent les plus représentés, en dix ans nous avons couvert et continuons de couvrir de nombreux autres langages : occitan médiéval, galaïco-portugais ou même encore espagnol, italien, ou catalan.
Moyenapassion ce sont aussi des milliers d’images maison (près de 8000) et des centaines d’enluminures et de manuscrits médiévaux précisément référencés. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs retouchés par nos soins pour mettre en valeur ce merveilleux patrimoine européen et mondial.
Arrivée de l’IA dans les moteurs de recherche
Moyenagepassion est, bien sûr, entièrement fait main. Il ne fait appel à aucune Intelligence Artificielle pour produire ces contenus et c’est quelque chose que nous comptons bien maintenir. Nous parlons donc ici de fonctionnalités de réponses IA sur des recherches google. Elles ont souvent tendance à capter de plus en plus d’audience directe qui ne s’oriente plus vers les sites.
Bâtisseurs de cathédrale dans le Codice Bodmer 181, Fondation Martin Bodmer, Cologny, Suisse.
Bonne nouvelle, après l’arrivée de l’IA dans la recherche google, la position et la visibilité de MoyenAgepassion se sont maintenus. Pour l’instant, pas d’érosion majeure sur le site. L’audience est restée relativement constante et les positions moyennes sont même en hausse dans les index.
Ainsi, nous avons totalisé en 2025 plus de 4,5 millions d’impressions sur Google auxquelles il faut ajouter 1,9 million d’impressions sur Bing.
Il semble donc que les moteurs considèrent, de plus en plus, Moyenagepassion comme un site d’autorité dans son champ d’intervention et nous prennent en référence sur un nombre important de requêtes pointues concernant le Moyen Âge.
Les outils IA directs (chatgpt, perplexity, claude, etc…) reconnaissent, eux aussi, le site et ses contributions. Il restera à voir à quel point ces outils capteront directement les audiences sans les renvoyer vers les sites qui leur ont permis de constituer leur base de savoirs.
Le prix de la constance
Finalement, avec plusieurs milliers d’heures consacrés à notre sujet et une large base d’articles exclusifs. Moyenagepassion s’est aussi référencé naturellement sur de nombreux sites d’autorité touchant la sphère de l’Histoire, du Moyen Âge et, plus généralement, de la Culture.
Nous réjouissons vraiment de tout cela en ce début 2026 qui scellera en septembre prochain les dix ans d’anniversaire du site. Sans verser dans l’autosatisfaction, c’est plutôt pas mal pour un site entièrement fait main sur la base de recherches personnelles, de traductions et de design maison.
Bien sûr, nous vous en remercions aussi chaleureusement parce que cela n’aurait pu se faire sans vous et sans votre intérêt.
Monétisation du site
Petit bémol dans ce paysage, le site pèche encore par son modèle économique. La publicité ne suffit pas vraiment à le financer. Elle paye à peine l’hébergement et les dons restent encore inexistants. C’est une priorité pressante sur laquelle nous devrons travailler.
Jusque là, le Tipeee que nous avons mis en place reste peu usité et nous nous permettons de vous le resoumettre ici. Au vu du nombre de visites, des dons mêmes très modiques pourront faire une grande différence et nous permettre de poursuivre le travail engagé et de l’intensifier.
NB : je ne sais pas dans quelle mesure, un ulule ou une collecte de type cagnotte pourraient aussi fonctionner ? Donnez nous votre avis par email ou en commentaires.
Contenu et Perspectives
Nous l’avons dit, contre l’invasion des contenus IA, nous tenons à maintenir, pour l’instant, notre parti-pris d’articles qualitatifs, humainement rédigés et sourcés. C’est une garantie de qualité et d’originalité que nous souhaitons vous offrir.
Avec un peu d’aide, nous pourrions prendre plus de temps pour le site, varier grandement les contenus : publications d’ouvrages dédiés, articles fouillés, couverture d’événements accrue, interviews de personnalités publiques, d’acteurs du médiévalisme, de chercheurs, etc… Le site ne demande qu’à évoluer mais cela ne tient qu’à vous. Pour l’instant, il bute encore sur la partie économique et a besoin de soutien.
La monétisation est, hélas, une réalité importante de notre monde. Il n’y a guère que les mastodontes des réseaux sociaux qui peuvent proposer du gratuit et, le cas échéant, il faut toujours se souvenir de l’adage : « Si c’est gratuit c’est vous le produit ». Sur Moyenagepassion, nous vous vouons bien plus de considération.
En vous remerciant encore de votre lecture et de votre présence.
Une belle journée à tous.
Frédéric EFFE. Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : chanson, poésie d’inspiration médiévale, musique, folk, poésie, médiévalisme, Bretagne, chant traditionnel. Période : XXe siècle, XIXe siècle Auteur : Luisa Zappa, Angelo Branduardi, Etienne Roda-Gil (VF) Titre : La sposa rubata, l’épouse dérobée Album : La pulce d’acqua (la demoiselle), 1977.
Bonjour à tous,
oursuivant notre quête du Moyen Âge sous toutes ses formes, nous partons, aujourd’hui, à la découverte d’une belle chanson d’Angelo Branduardi peut-être un peu oubliée hélas. Elle a pour titre « La sposa rubata« , en français « l’épouse dérobée » et elle est extraite de l’album La pulce d’acqua qui fut un des grands succès français et italien du troubadour italien moderne à la fin des années soixante-dix.
Le folk a connu une période particulièrement privilégiée durant les années 70 en Angleterre et aux Etats-Unis, et même, jusqu’au début des années 80 en France et dans d’autres pays d’Europe.
Au delà d’une mise en valeur de chansons anciennes et traditionnelles, les formations musicales d’alors ont souvent puisé leurs inspirations dans le Moyen Âge. Les histoires, les tournures et le contenu des chansons, mais aussi les instruments anciens et les sonorités, venaient renforcer les références à cette période même s’il n’était pas toujours question d’origine médiévale stricto sensu.
Autrement dit, le folk médiéval d’alors jusqu’à aujourd’hui peut évoquer une certaine idée du Moyen Âge ou s’en inspirer, sans pour autant se rattacher systématiquement au répertoire de cette période. « Ça fait médiéval » mais ça n’en provient pas forcément. La chanson qui nous occupe aujourd’hui en est une illustration.
Pour remonter aux sources de cette « épouse dérobée » d’Angelo Branduardi, nous aurons à faire un détour par un chant populaire et fantastique breton connu sous le titre « la fiancée de Satan » (et d’autres noms encore). Avant cela, disons un mot de cette pièce d’orfèvrerie qu’est l’album concocté, à la fin des années 70, par le troubadour Branduardi : La pulce d’acqua dans sa langue originale ou La demoiselle en français.
« La demoiselle », album folk poétique aux accents médiévaux
C’est en 1979 que le maître de musique italien fait paraître « La demoiselle« , adaptation française de l’album original italien « La pulce d’acqua » paru en 1977.
Dans le courant de cette même année, la radio française commence à diffuser le titre phare de l’album « La demoiselle » qui va devenir un véritable tube, propulsant le jeune musicien dans les hits de l’époque. Il s’agit, en réalité, du quatrième album de l’artiste. Le précédent « Alla fiera dell’est » (« A la foire de l’est« ) sorti en 1978, lui avait déjà valu un grand succès pour son titre phare du même nom.
Rock progressif, folk médiéval poétique
Difficile alors de situer cette musique teintée de sonorités anciennes, avec une touche de modernité et de rythme. Dans le contexte de l’époque, on est tenté de la rattacher à certaines influences de rock-folk progressif, mais, en réalité, l’œuvre d’Angelo Branduardi ne ressemble à rien d’autre. Une chose est certaine, la recette plait.
Sur scène, ses talents de multi-instrumentiste deviennent une autre de ses signatures. Même s’il reste attaché au violon, il virevolte et passe d’un instrument à l’autre. Son style hors du temps et sa coiffe abondante déroutent. Son énergie autant que son implication sur scène saisissent. Bref, Angelo est unique. Il est d’un autre temps. Il le reste et le demeurera tout au long d’une carrière qui dure encore en 2025 pour le plus grand plaisir de son audience.
L’épouse dérobée d’Angelo Branduardi adaptée par Roda-Gill.
Contes du monde et références médiévales
Pour ce qui est des titres de l’album la pulce d’acqua, la proposition du cantautore italien s’affirme, là encore, comme totalement originale. Ses choix vont à des contes et des histoires anciennes empruntés à différentes époques et traditions. La poésie en sourd par tous les pores et le troubadour y affirme un genre tout à fait à part avec des inspirations aussi solides que variées.
L’importance de Luisa Zappa Branduardi
Avant d’aller plus loin précisons que s’il compose la musique, son épouse Luisa Zappa Branduardi tient un rôle essentiel dans l’élaboration des textes. On peut vraiment parler d’une véritable alchimie entre eux, plus encore que de collaboration.
Sur le terrain français, la rencontre du monde de Branduardi avec la plume d’ Etienne Roda-Gil sera décisive. Là encore, on peut parler de véritable prouesse dans les adaptations.
Pour des raisons d’itinéraire personnel, la version originale italienne nous a toujours plus touché mais le talent du parolier français a visé juste. Le succès de Branduardi dans l’hexagone s’explique certainement par la qualité de ses adaptations.
Neuf pièces d’exception pour un album unique
Si les inspirations ne sont pas toutes médiévales, l’auteur-compositeur italien approche son travail comme un véritable conteur et troubadour. C’est aussi cela qui fait que sa musique autant que ses textes restent totalement originaux dans le champ qui est le sien. Folk médiéval, peut-être mais surtout « Branduardesque ».
Jugez plutôt en égrainant les titres de cet album : « Nascita di un lago » (naissance d’un lac) est inspiré de l’amour de Merlin pour Viviane. « Il cilegio » (le cerisier) est une reprise du célèbre « Cherry-Tree Carol » ballade gaélique du XVe siècle inspirée, elle-même, de l’évangile médiéval du Pseudo-Matthieu.
« La pulce d’acqua » (la puce d’eau ou demoiselle) qui donne son titre à l’album est tirée d’un conte amérindien et se réfère au chamanisme. « La lepre nella luna » (le lièvre dans la lune) et sa terrible trahison provient d’un conte bouddhiste à propos de la silhouette du lapin qu’on peut voir apparaître, quelquefois, en regardant la lune. Le tonitruant « Ballo in fa diesis minore » avec ses allures de danse macabre est inspiré de chants et mélodies italiennes d’origine médiévale, les scjaraciule maraciule. Ces derniers auraient accompagné les rites d’exorcistes ou fait office de chants populaires rituels d’invocation.
Il y a encore l’incontournable « Il poeta di corte » (le poète de cour) sur une inspiration musicale de Gaspar Sanz. Là encore, le Moyen Âge est omniprésent. C’est l’histoire d’un poète libre et défiant qu’on pourchasse mais qui se relève à chaque fois.
« Il Marinaio » (le marin) évoque l’histoire d’Ulysse et Pénelope et l’attente amoureuse du marin et sa promesse de retour. Sur le fond, on pourrait aussi penser à certaines cantigas de amigo ou chansons de toile). « La Bella dama senza pieta » est une belle dame sans merci inspirée directement de la poésie d’Alain Chartier. Le Moyen Âge, encore lui.
Viennent encore s’ajouter les superbes « Confessioni di un malandrino » (Confessions d’un malandrin) inspirées par la poésie romantique de Sergueï Aleksandrovitch Essenine. Là encore, le thème du poète incompris n’est pas sans évoquer l’image du troubadour errant.
Enfin, vient « la sposa rubata« , cette épouse dérobée tirée directement du chant celtique et breton et qui nous occupe aujourd’hui.
L’épouse dérobée ou la fiancée de Satan
Une enluminure de vipère tirée du ms Latin 2843E de la BnF (Fin XIIIe siècle)
C’est la chanson folklorique bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , « la fille mariée avec le diable » qui a inspiré à Angelo Branduardi son « épouse dérobée« . On connait cette chanson bretonne sous de nombreuses variantes « la fiancée de Satan« , « la fiancée en enfer« , « la chanson de Jeanne Le Guern« , « Je me suis fiancée deux ou trois fois« .
Elle est encore connue comme « La chanson de la vipère » 1. Pourquoi ce dernier titre ? Parce que la vipère chante ou plutôt siffle que celui ou celle qui s’est fiancé trois fois sans se marier finira brûler en Enfer. On ne badine pas avec l’amour, dit le dicton, encore moins quand le diable s’en mêle.
Sauf erreur de notre part, en ce qui concerne la mélodie, celle proposée par Branduardi ne semble pas être inspirée d’une version connue du chant breton.
Une chanson fantastique et gothique
Le récit de « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » est teinté de fantastique et d’horreur. La chant conte l’histoire d’une jeune femme se mariant dans de merveilleuses parures.
Le Mariage, enluminure du XIVe siècle, Niccolò di Giacomo da Bologna (NGoA,Washington)
Au sortir de l’église l’attend un inquiétant cavalier monté, vêtu d’une lourde armure. Il propose de la ravir un instant à la cérémonie pour la montrer à « ses gens ». Naïvement, elle le suit mais ne reviendra pas.
A la nuit tombée, les joueurs de musique rentrant de la cérémonie croisent à nouveau le mystérieux cavalier. Ce dernier s’enquiert auprès d’eux de la réussite de la cérémonie. Les musiciens lui confient que la mariée à disparu et se voient proposer par l’inconnu de les conduire jusqu’à elle. Bien qu’effrayés, ils se laisseront guider sur une barque à travers « le lac de l’Angoisse et des ossements » jusqu’à un endroit où la fiancée se tient paisible et résignée. Elle dit s’apprêter à donner de « l’Hydromel aux damnés ».
Sous l’injonction du cavalier à faire un présent à ses visiteurs, elle leur proposera ses rubans de noces et son anneau d’or pour le rendre à son mari. Et comme les ménestriers acceptent ses présents, elle scellera sans le vouloir le pacte et se noiera en hurlant dans le puits des Enfers. On apprendra finalement la raison de sa funeste mésaventure : elle avait été fiancée trois fois, avant de contracter ce mariage.
Moyen Âge romantique ou chanson médiévale
La chanson est présente dans le Barzaz-Breiz, ouvrage de chants populaires bretons publié au début du XIXe siècle (1839) et réédité tout au long de ce même siècle. On la trouve sous le titre « Ar Plac’h Dimezet Gand Satan » dans l’édition de 1883, et l’auteur, le vicomte Hersart de la Villemarqué, émet l’hypothèse d’un chant pouvant remonter au XIIIe siècle2.
Il est vrai que le texte recueilli vibre d’imagerie médiévale : « un chevalier vêtu de fer et d’un casque d’or » montant « une haquenée saxonne aussi noire que la nuit« . Ajoutez à cela un bel habit ornée fait par « dix-huit tailleurs » pour confectionner la robe de mariée, la présence des ménestriers à la cérémonie et qui jouent un rôle central pour témoigner de toute l’histoire ou encore « l’hydromel » distribué aux damnés.
S’ajoute encore une référence à une certain « Pierre qui est à Izel-vet » et dans lequel l’auteur voit un possible contemporain du XIIIe siècle. Enfin, dans la chanson, le poète dit être un vieux barde voyageur. Tout cela nous place dans un univers de référence ancien et médiéval.
En terme de folklore, il n’est pas rare que les découvreurs tendent à projeter l’origine de leurs trouvailles aux points les plus reculés dans le temps. Cela semble un trait assez prononcé au XIXe siècle.
Dans des écrits plus tardifs datés du XXe siècle, le linguiste et écrivain breton Francis Gourvil rejeta l’hypothèse d’une origine médiévale de cette chanson, en la rapprochant d’une imagerie gothique et romantique plus récente ( XVIIIe, XIXe s) 3. Cela se tient pour la version très marquée du Barzaz-Breiz et il s’appuie également ses conclusions en comparant d’autres versions de la chanson dont les références médiévales sont absentes.
D’un point de vue documentaire, la majorité des versions de la chanson a été collectée entre le XIXe et les débuts du XXe siècle. Aurait elle pu passer du bouche à oreille et traverser quatre ou cinq siècles par le truchement de la culture orale ? C’est toujours possible mais rien ne permet de l’établir factuellement. A date, on en trouve aucune trace dans d’anciens manuscrits médiévaux ou même antérieurs au XIXe siècle.
La sposa rubata, version originale italienne et clip d’Angelo Branduardi
Jeanne Le Guern : autre variation sur le thème
En reprenant la version de la chanson « ‘Jeanne Le Guern » du Gwerziou Breiz-Izel4, autre compilation de chants bretons datés du XIXe siècle, on note donc, avec Francis Gourvil, que les éléments gothiques introduits dans la version du Barzaz-Breiz en sont notablement absents.
Tout en étant similaire sur le fond, la version « Jeanne Le Guern » varie notablement sur son déroulement et met beaucoup plus l’emphase sur la légèreté de mœurs de la damoiselle et son caractère fantasque. Quoiqu’il en soit sa charge dramatique et fantastique reste entière et cette image de la belle engloutie dans les flammes de l’enfer après avoir rendu son chapelet de noces reste digne d’un conte d’horreur.
« The Deamon lover » ou the « House Carpenter »
Sur le thème fantastique de l’épouse enlevée par le diable, on trouve une ballade assez semblable du côté des îles irlandaises et écossaises. Disons que sans être identique, cette chanson comprend tout de même certaines parentés sur le fond avec le chant breton.
Cette pièce d’outre-manche est connue sous de nombreux titres « The Deamon lover » (la fiancée du démon), « TheHouse Carpenter« , « A Warning for Married Women« , « The Distressed Ship Carpenter« , « James Harris » … Elle est d’autant plus intéressante qu’elle est datée plus précisément du milieu du XVIIe siècle (1657)5 . Ce n’est toujours pas le Moyen Âge mais c’est tout de même plus ancien que le courant du XIXe siècle.
La fiancée du démon outre-manche
Cette autre « Fiancée du Démon » conte l’histoire d’une femme promise à un marin. L’homme n’étant pas revenu d’une sortie en mer, elle se mariera finalement à un charpentier. Un jour pourtant, le navigateur revient (ou ce qui lui semble), il promet à la dame de l’emmener avec lui sur les mers pour vivre enfin leur idylle. Elle refuse tout d’abord, alléguant de son union actuelle et de l’enfant que celle-ci vient de lui donner. Toutefois, devant l’étalage des possessions du marin et son bagout, elle finira par céder.
Elle se trouvera bientôt en train de naviguer en sa compagnie, hélas bien loin des promesses de l’usurpateur. Damnée et piégée pour sa trahison, son voyage aura pour horizon les mers et les collines de l’enfer, en compagnie du démon lui-même.
Dans d’autres versions, le bateau coule simplement à quelques embardées de là mais la destination reste la même pour l’infortunée épouse. Est elle punie pour avoir « trahi » trois fois ? une fois le marin et l’autre fois le charpentier et peut être une troisième fois en abandonnant son nouveau-né ? L’histoire ne le dit pas mais on voit bien la parenté de thème avec le chant de la vipère.
Une pièce mise à l’honneur par Dylan et Joan Baez
Chantée par Bob Dylan en 1961 et par Joan Baez en 1962, cette ballade du milieu du XVIIe siècle a traversé les mers pour être également adoptée outre-Atlantique. Elle partage avec la chanson bretonne « Ar plac’h dimezet gant an diaoul« , ce thème de la fiancée ou de la femme enlevée par le diable et damnée pour sa légèreté finalement.
Etonnamment, il semble qu’il y ait une certaine parenté mélodique entre la version chantée par Joan Baez et certaines versions de la chanson bretonne qui nous occupe ici (voir la version de Marianne Le Gloanec sur tob.kan.bzh, opus cité note 1)
La sposa rubata, version originale italienne
Da tre notti non riposo resto ad assoltare: è la vipera che soffia, soffia presso l’acqua.
Ho composto un canto nuovo, vieni ad ascoltare della sposa che al banchetto mai più ritorno fece.
C’era un invitato in più che la rimirava: « Alla mia gente vorrei mostrare il tuo abito da sposa ».
Lei ingenua lo segui` cerca di tornare, fino a notte attesa, lei non ritornò.
Se ne andava in piena notte da solo un suonatore, ma davanti gli si parò il signore sconosciuto:
« Forse tu cerchi la sposa che andò perduta, se hai cuore di seguirmi da lei ti condurrò ».
E una barca lo portò lungo un’acqua scura, ritrovò la sposa e aveva vesti d’oro.
« Il mio anello ti darò, portale al mio uomo, qui non soffro più nè male nè desiderio ».
Il suonatore si girò, fece un solo passo poi gridare la senti` nell ‘acqua che la soffocava.
Come luce lei brillava quando sposa andò, dove mai l’avrà portata il signore che la rubò.
Da tre notti non riposo resto ad ascoltare: è la vipera che soffia, soffia presso l’acqua.
Traduction littérale en Français
NB : nous l’avons traduite pour coller au texte et pour l’intérêt que présentent les rapprochements avec la version bretonne (voir le pdf). La version française et poétique de Roda-Gil suit plus bas dans l’article.
Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos. Je reste à l’écoute : c’est (à cause de) la vipère qui siffle, qui siffle près de l’eau. J’ai composé une chanson nouvelle, venez l’écouter, (elle parle de) la fiancée qui n’est jamais revenue au banquet.
Il y avait un autre invité, qui la contemplait : « Je voudrais montrer à mes gens votre robe de mariée. »
Elle le suivit naïvement, tentant de revenir, jusqu’à la tombée de la nuit, mais elle ne revint pas.
Un musicien allait seul en pleine nuit, quand devant lui, l’inconnu apparut : « Peut-être cherchez-vous la fiancée qui a disparu. Si vous avez le courage de me suivre, je vous conduirai à elle. »
Une barque le transporta sur les eaux sombres, et il retrouva sa fiancée, vêtue d’or. « Je te donnerai mon anneau, porte-le à mon homme, ici, je ne souffre plus ni douleur ni désir. »
Le musicien se retourna, fit un pas, et il l’entendit crier dans l’eau qui l’étouffait. Quand la mariée disparut elle brillait comme une lumière où l’a emmenée le seigneur qui l’a enlevée ?
Depuis trois nuits, je ne trouve pas le repos, je reste à l’écoute : c’est la vipère qui siffle, qui siffle près de l’eau.
L’épouse dérobée, la version française de Roda-Gil
Ces trois notes qui se répètent Chantent une vieille histoire C’est la vipère rapace Qui nous chante sa gloire.
J’ai pour vous une chanson neuve Vous allez l’entendre : Pauvre épouse et pauvres noces Perdues sans une trace.
Un invité malvenu Contemplait la belle « Montre-nous tous les rubans De ton habit de lumière ».
Et l’ingénue le suivit Jusqu’à la nuit noire Où la pauvre se perdit Comme au fond des vagues.
Il marchait dans la nuit, seul Le joueur de flûte Quand lui apparut L’invité malvenu.
Bien sûr, tu cherches l’épouse Qui s’est perdue toute Si tu as le cœur à me suivre Vers elle, marchons bientôt.
C’était comme un grand bateau Sur l’eau noire et pure Reposait l’épouse Couverte d’or la peau.
Je te donne mon anneau Porte-le à mon homme Ici, je ne souffre plus Du malheur, du désir.
Le musicien s’en alla Tournant les épaules Puis il l’entendit crier Emportée dans l’eau noire.
La lumière des étoiles Nous tourne le dos Comme l’épouse dérobée Par l’inconnu qui passe.
Voilà pour cette belle chanson de Branduardi teintée de fantastique et ses origines bretonnes. Désormais vous savez tout ou presque. L’album peut être difficile à trouver mais en cherchant dans les best of de l’artiste vous devriez pouvoir vous la procurer. Sans cela, voir aussi la chaîne Youtube Officiel du troubadour italien. Il y partage de nombreuses pièces de manière très généreuse. 😉
En vous souhaitant une belle journée.
Frédéric EFFE. Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Barza Breiz, chants populaires de la Bretagne, recueillis, traduits et annotés par le vicomte Hersart de la Villemarqué, 8eme dition, Paris, 1883. ↩︎
Francis Gourvil. Théodore-Claude-Henri Hersart de La Villemarqué (1815- 1895) et le Barzaz-Breiz (1839-1845-1867). Origines, Editions, Sources, Critique, Influences, Imprimerie Oberthur, Rennes (1959). ↩︎
Guerziou Breiz-Izel, Chants populaires de Basse-Bretagne, recueillis et traduits par F.M Luzel, Loroent (1868) p 26, Jeanne le Guern. ↩︎
Street Ballads in Nineteenth-Century Britain, Ireland, and North America, The Interface between Print and Oral Traditions, By David Atkinson, Steve Roud (2014). ↩︎
En ce début d’année nous vous adressons tous nos vœux de réussite et de bonheur pour les temps qui viennent. Nous en profitons pour former le souhait que 2026 soit également une année de paix retrouvée aux quatre coins de ce monde.
Danse médiévale et carole du Roman de la Rose
Pour notre carte de vœux, nous avons choisi une enluminure du célèbre Roman de la Rose. Elle est tirée du manuscrit médiéval ms 5226 de la Bibliothèque de l’Arsenal (à découvrir sur Gallica). Ce codex, très soigneusement illuminé, date du XIVe siècle.
A ce point du récit, l’acteur est attiré dans un charmant verger où s’épanouit « déduyt » (le divertissement, le plaisir) entouré de belles personnes qui semblent à des anges et dansent une carole.
« Cest gent dont je vous parolle S’estoient prins à la carrolle ; Et une dame leur chantoi Qui Lyesse appellée estoit. Bien sceut chanter et plaisamment Plus que nulle et mignotement »
NB : sur l’image d’en-tête, nous vous restituons l’enluminure sur sa page manuscrite d’origine. Comme vous pourrez le constater, nous avons effectué un peu de restauration sur notre carte, en rafraîchissant notamment la feuille d’or originelle et les danseurs.
En vous présentant à nouveau nos meilleurs vœux et en vous souhaitant une bonne année 2026.
Frédéric F.
Pour Moyenagepassion.com A la Découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.
Sujet : Cantigas de Santa Maria, galaïco-portugais, culte marial, chants de louange, Sainte-Marie, nativité, révélation. Période : Moyen Âge central, XIIIe siècle Auteur : Alphonse X (1221-1284) Titre : Cantiga de Santa Maria 1 « Des hoge mais quér’ éu trobar. » Interprète : Boston Camerata et Joel Cohen, A Spanish Christmas ( 2008, Warner Music)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous voguons vers l’Espagne médiévale du XIIIe siècle, à la découverte d’une nouvelle pièce musicale de la cour de Castille et quelle pièce : la cantiga de Santa Maria 1.
Pour rappel, les quelques 417 Cantigas de Santa Maria comportent une grand majorité de récit de miracles qui alternent régulièrement avec des chants de Louange. La pièce qui ouvre le corpus des chants à la vierge légués par Alphonse X de Castille est un de ceux là.
le somptueux Códice Rico (T. I. 1) de la Bibliothèque Royale de l’Escurial (à consulter en ligne ici)
Une représentation de la nativité dans les Cantiga de Santa Maria.
En plus d’ouvrir le bal, la Cantiga de Santa Maria 1 a ceci de particulier que ses enluminures, en particulier celles du Codice Rico représentent, entre autres scènes bien connues de l’imagerie chrétienne, une scène de la nativité. Ce chant marial nous a donc semblé particulièrement indiqué pour cette période de l’année où l’on célèbre traditionnellement, en France et dans de nombreux pays occidentaux, la naissance du christ et du christianisme mais aussi, finalement, la maternité et l’enfantement.
A noter que le Cantiga de Santa Maria n’est pas la seule à présenter une scène de la nativité dans le large corpus. On retrouve, en effet, cette scène attachée à la Cantiga 80 qui est, elle aussi, un chant de louange à la vierge.
Moyen Âge chrétien et naissance de la crèche
Pour rappel, la célébration de la nativité et l’établissement de la date du 25 décembre par l’Eglise romaine remontent au quatrième siècle de notre ère. La date avait d’abord été fixée au 6 janvier mais le 25 décembre fut bientôt établi par Rome car il coïncidait, entre autre date, avec le solstice d’hiver et le culte de Mitra, le dieu solaire 1.
Au Xe siècle, l’enthousiasme et les célébrations autour de la nativité portés par les chrétiens et relayés par le clergé commencèrent à donner lieu à des représentations et un engouement autour de moments importants des évangiles comme l’annonce aux bergers ou l’arrivée de rois mages.
Une initiative de Saint François d’Assise
Au début du XIIIe siècle, le pape romain Innocent III ne tarda pas à les interdire et il faudra attendre saint François d’Assise et quelques décennies (1223) pour que soit acceptée par la papauté romaine une première mise en scène de la nativité, à l’occasion d’une messe de Noël.
L’initiative de saint François d’Assise connut bientôt un franc succès et son installation originelle avec son bœuf et son âne allaient entrer dans la tradition. La crèche de Noël était née. Elle commença à se diversifier entre personnages à l’effigie des protagonistes, représentations artistiques, peintures, sculptures, puis figurines et finit pour traverser les siècles.
Au moment de l’écriture des cantigas et de leur mise en image dans le codice rico (daté du dernier tiers du XIIIe siècle) on est donc assez proche historiquement de la naissance de cette imagerie vivante, à quelques dizaines d’années à peine. Bien sûr, les premières représentations de la nativité sont antérieures à ce rite de la crèche et on peut dater les premières représentations des tout premiers siècles de notre ère (Catacombes de Priscille).
La Cantiga de Santa Maria 1 , ouverture du corpus sur un chant de louange
Les Cantigas de Santa Maria d’Alphonse X s’ouvrent donc sur ce chant de louange mariale particulièrement important puisqu’il introduit le corpus.
Sur huit strophes, le poète et compositeur, sans doute Alphonse X pour le coup, reprend les épisodes les plus forts des évangiles autour de la vierge. Son insistance à n’en oublier aucun marque toute l’importance qu’il accorde à la vie de la sainte et l’emphase qu’il entend mettre, dans son ouvrage, à transmettre les écritures et le culte marial.
Dans les enluminures de la première Cantiga de Santa Maria, on retrouvera tous ces temps forts représentés, aux côtés de la nativité : la révélation de l’Ange Gabriel à Marie, l’annonciation aux bergers, l’arrivée des rois mages, etc…
Sur le fond, on retrouvera tous les ingrédients qui ont fait la popularité du culte marial au Moyen Âge central et ce pouvoir de protection mais aussi d’intercession de la vierge auprès de Dieu, son fils.
Un Noël Médiéval avec la Boston Camerata et Joel Cohen
Pour l’interprétation musicale de la cantiga de Santa Maria 1, on n’a que l’embarras du choix. Sa place dans le corpus et ses qualités l’ont, en effet, rendue très populaire et elle a été enregistrée par de nombreux musiciens et formations de la scène médiévale.
Au début des années 2000, la talentueuse formation proposa un voyage musical original à travers un triple album et trois façons de célébrer Noël : à l’américaine, à la française et à l’espagnol. Cette production est sortie sous le titre « A Boston Camerata Christmas : Worlds of Early Music. »
Du milieu des années 70 et jusqu’aux années 90, la Boston Camerata et son directeur avaient eu l’occasion d’aborder, à de nombreuses reprises, le thème de Noël et des musiques anciennes. Ce travail de remise à plat était donc le fruit d’un long itinéraire de recherche et de compilation. Sur une période couvrant plus de 7 siècles et 3 continents, cet album reste, à ce jour, totalement unique.
Un Noël à l’Espagnol et en musique
Le CD dédié au Noël espagnol propose 18 pièces pour plus d’une heure d’écoute. Il est intitulé : « Un Noël Espagnol : musique de la péninsule ibérique, l’Afrique du Nord, la terre promise et le nouveau monde » (A Spanish Christmas. Music from the Iberian Peninsula, North Africa, the Holy Land & the New World, 1200-1700). On y trouve cinq cantigas de Santa Maria. Le reste des pièces s’étale sur une période allant du XIIe siècle (Calendia maya) au XVIIe siècle et voyage d’un continent à l’autre.
Cette production commence un peu à dater. En l’absence de réédition récente, il peut donc s’avérer difficile de la trouver en stock chez votre disquaire. A défaut, vous pourrez également accéder à des versions digitalisées sur de nombreuses plateformes en ligne. A toutes fins utiles, voici un lien vers le CD du Noël espagnol au format MP3 : A Spanish Christmas, Joel Cohen et la Boston Camerata
La Cantiga de Santa Marial d’Alphonse X et sa traduction française
Esta é a primeira cantiga de loor de Santa María, ementando os séte goios que houve de séu Fillo.
Voici le premier chant de louange à Sainte Marie, évoquant les sept joies qu’elle a éprouvées pour son Fils.
Des hoge mais quér’ éu trobar pola Sennor honrrada, en que Déus quis carne fillar bẽeita e sagrada, por nos dar gran soldada no séu reino e nos herdar por séus de sa masnada de vida perlongada, sen havermos pois a passar per mórt’ outra vegada.
A partir d’aujourd’hui, je souhaite chanter pour la Dame honorée en qui Dieu a choisi de s’incarner, bénie et sainte, pour nous donner une grande récompense dans son royaume et pour nous donner en héritage, comme [membres] de sa suite, une vie prolongée sans avoir à repasser par la mort.
E porên quéro começar como foi saüdada de Gabrïél, u lle chamar foi: “Benaventurada Virgen, de Déus amada: do que o mund’ há de salvar ficas óra prennada; e demais ta cunnada Elisabét, que foi dultar, é end’ envergonnada”.
C’est pourquoi je souhaite commencer par la manière dont elle fut accueillie par Gabriel, lorsqu’il lui dit : « Vierge bénie, bien-aimée de Dieu, de celui qui sauvera le monde, maintenant tu es enceinte, comme ta parente Élisabeth, qui avait des doutes, et en a désormais honte. »
E demais quéro-ll’ enmentar como chegou canssada a Beleên e foi pousar no portal da entrada, u pariu sen tardada Jesú-Crist’, e foi-o deitar, como mollér menguada, u deitan a cevada, no presév’, e apousentar ontre bestias d’ arada.
Et de plus, je veux me souvenir de son arrivée fatiguée à Bethléem, et de la façon dont elle s’installa, comme une pauvre femme, dans l’étable à l’entrée, où elle donna naissance à Jésus-Christ et le déposa là où l’on sème l’orge, dans la mangeoire, et comment elle se logea parmi les animaux de la ferme.
E non ar quéro obridar com’ ángeos cantada loor a Déus foron cantar e “paz en térra dada”; nen como a contrada aos tres Reis en Ultramar houv’ a strela mostrada, por que sen demorada vẽéron sa oférta dar estranna e preçada.
Et je ne veux pas oublier comment les anges chantant les louanges de Dieu chantèrent et « Paix sur la terre » ; ni comment l’étoile montra aux trois rois mages le lieu des mers lointaines, afin que sans tarder ils viennent apporter leur présent extraordinaire et précieux.
Outra razôn quéro contar que ll’ houve pois contada a Madalena: com’ estar viu a pédr’ entornada do sepulcr’ e guardada do ángeo, que lle falar foi e disse: “Coitada mollér, sei confortada, ca Jesú, que vẽes buscar, resurgiu madurgada.”
Une autre chose que je veux raconter, et que lui raconta plus tard a Marie-Madeleine : comment elle vit la pierre entrouverte du sépulcre et gardée par un ange qui lui parla et lui dit : « Femme affligée, sois réconfortée car Jésus, que tu es venue chercher, est ressuscité à l’aube. »
E ar quéro-vos demostrar gran lediç’ aficada que houv’ ela, u viu alçar a nuv’ enlumẽada séu Fill’; e pois alçada foi, viron ángeos andar ontr’ a gent’ assũada, mui desaconsellada, dizend’: “Assí verrá julgar est’ é cousa provada.”
Et je veux aussi vous montrer l’immense joie qu’elle a ressentie en voyant s’élever sur la nuée illuminée son Fils ; et une fois qu’il fut élevé, ils virent les anges marcher parmi le peuple rassemblé, qui était très déconcerté et disait : « Ainsi viendra-t-il nous juger, cela ne fait aucun doute. »
Nen quéro de dizer leixar de como foi chegada a graça que Déus envïar lle quis, atán grãada, que por el’ esforçada foi a companna que juntar fez Déus, e enssinada, de Spírit’ avondada, por que soubéron preegar lógo sen alongada.
Je ne veux pas omettre de dire comment fut reçu La grâce que Dieu voulait leur envoyer, avec une telle abondance, que par elle, le groupe que Dieu avait fait se rassembler fut très instruit et déterminé, et rempli du Saint-Esprit, si bien qu’ils apprirent à prêcher immédiatement, sans délai.
E, par Déus, non é de calar como foi corõada, quando séu Fillo a levar quis, des que foi passada deste mund’ e juntada con el no céo, par a par, e Reínna chamada, Filla, Madr’ e Crïada; e porên nos dev’ ajudar, ca x’ é nóss’ avogada.
Et, par Dieu, je ne dois pas me taire sur la façon dont elle a été couronnée, lorsque son Fils voulut la porter lorsqu’elle a quitté ce monde, et, la tenir avec lui, à ses côtés, au Ciel, où (et) elle est appelée Reine, fille, mère et servante ; et c’est pourquoi elle doit nous aider, car elle est notre avocate.