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Kaamelott, « OU Comment Hervé de Rinel defit le dragon », conté par le roi loth

Sujet  :   Kaamelott, série TV,     médiéval-fantastique, roi Loth, Hervé de Rinel, légendes arthuriennes, humour, détournement.
Période  : haut moyen-âge à central
Auteur  :   Alexandre Astier

Bonjour à tous,

ujourd’hui pour changer un peu, je vous propose une aventure en vers inspirée très directement de l’univers de la série Kaamelott d’Alexandre Astier. L’histoire est narrée à la façon du le Roi Loth, incarné par le célèbre « professeur » François Rollin dans la série TV. Dans ce petit conte, il tente d’œuvrer à la restauration de la réputation (quelque peu en dessous) de Hervé de Rinel (Tony Saba à l’écran), chevalier qui brille, à la table d’Arthur, par son inutilité.

Pour le reste, ce conte du dragon défait par le chevalier De Rinel est en Alexandrin, mais aussi en argot (que les âmes sensibles en soient averties). J’espère ne pas avoir laissé trop de pieds dépassés mais je suis confiant qu’un ou deux puristes sauront le noter, le cas échéant.


Du bon Hervé de Rinel & du dragon défait

Du bon Hervé d’Rinel, il s’en est beaucoup dit,
Des vertes et des pas mûres, surtout des saloperies,
Mais en vue d’rétablir l’honneur de ce grand homme,
Qu’on a, bien trop souvent, fait passer pour une pomme,
Il nous faut conter là, l’un de ses plus haut fait,
L’histoire du dragon qui, par lui, fut défait.

Parti un matin tôt, juché sur sa monture,
Notre bon chevalier s’en fut à l’aventure,
D’aucuns disent qu’il suivait la quête du Graal,
Et d’autres, des mauvaises langues, qu’c’était surtout son cheval.
Les pires c’est ceux qu’i disent qu’il était aux mousserons
Mais moi, j’y crois pas trop, il serait mort sinon.
De toute manière tout ça, nous on l’saura jamais
Vu que ça échappait même à l’intéressé.
Bref, alors qu’il était au milieu d’un sentier
A gratter Dieu sait quoi et à se les rouler
Un fracas retentit à faire péter le ciel
Une vieille odeur de souffre et dans une grand bruit d’ailes,
Un dragon titanesque se posa devant lui.

Surpris par la bestiole, il lui dit : « Vous êtes qui ? »
 » Vous êtes c.. vous ou quoi ? » qu’il lui a fait l’bétiard
Si vous êtes chevalier vous devriez l’savoir !
Chuis l’cador des légendes, celui que tout l’monde craint. »
L’autre a dit « Désolé, je cherche mais ça m’dit rien… »
« — Non mais sans déconner vous êtes un gros débile ?
Bon une énigme alors ? ça s’ra pt’être plus facile.
Par contre, faîtes un effort avant qu’ça d’vienne gênant :
De ma gueule d’écailles jaillit un feu ardent
Et de mes ailes noires je défie les nuages,
Et tous me redoutent du plus fou au plus sage :
Je suis ? Je suis ? Je suis ? Allez-y et pas d’vannes. »
L’autre a plissé les yeux, pis il a dit : « Batman ? »

Là, il faut vous avouer que même bien lunée
La Bestiole commençait un peu à s’échauffer.
« — J’sais pas c’qui m’a foutu un abruti pareil…
Ou vous êtes super c.. ou bouché des oreilles !
Concentrez-vous, Bon Dieu !, réfléchissez un peu :
C’est facile des écailles, des ailes et puis du feu… »
D’Rinel i s’est creusé, ça frisait l’mal de tête
Pis tout à coup c’est v’nu, il a dit « Que ch’uis bête !
Non mais ça y est, je sais, ça m’a pris un moment.
Je crois qu’j’ai deviné : z’êtes un poisson volant ? »
Un tel niveau d’génie, l’dragon connaissait pas.
Autant vous l’dire tout d’suite il a baissé les bras.
Puis il a décollé, sans même un dernier r’gard,
Il est rentré chez lui pour s’coller au plumard…
De c’jour là des énigmes, l’en a plus jamais fait(es)
L’est resté dans sa grotte à s’compter les doigts d’pieds.

Y a des jours comme ça, vaudrait mieux pas s’lever
Rester dans son pageot, à rien foutre, à glander.
Cette leçon là, voyez, sans notre bon héros,
L’dragon l’aurait zappée, i s’rait p’t’être mort idiot.
Du coup après tout ça, je pense que plus personne
Osera v’nir encore dire qu’Hervé c’était un pomme.


En vous souhaitant une très belle  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
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Kaamelott en alexandrin: la colère de Merlin

kaamelott_alexandre_astier_legende_medievale_roi_arthur_moyen_age_passionSujet :  Kaamelott, La légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde, humour, clin d’oeil, alexandrin.
Période : haut  moyen-âge, médiéval fantastique
Format : série télévisée « culte »
Auteur/ Réalisateur : Alexandre Astier
Date de sortie : de 2005  à  2010
Production : CALT & Alexandre Astier
Diffusion : Série télévisée. M6

Bonjour à tous,

B_lettrine_moyen_age_passionon c’est le week end, alors un peu de détente et un peu de « poésie », façon Kaamelott. Bon, attention, le langage est argotique, alors âmes sensibles s’abstenir.

Suite à un commentaire sympathique sur le titre et sur le fait que l’Alexandrin obéit à des règles que j’ai ici, il est vrai, allègrement transgressées, je me sens obligé de faire tout de même faire un erratum. Disons qu’en fait d’Alexandrin, il s’agit plus ici d’une farce à pieds, la plupart du temps dodécasyllabiques et, sans aucune autre prétention que celle d’amuser. Il se peut donc que vous comptiez en quelque endroit, un peu plus de douze pieds, si c’est le cas,  je fais cadeau de bonne grâce de tous ceux qui dépassent à la postérité, en m’en excusant déjà. Vous noterez encore, sans doute, que les césures et les règles propres à l’Alexandrin n’y sont pas respectées. Voilà pour l’Erratum et merci au commentaire fort pertinent qui m’a permis, ici,  de rétablir les choses.

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Merlin l’enchanteur (Jacques Chambon), revisité par la plume aiguisée d’Alexandre Astier (Kaamelott série culte)

Pour le reste et sur le fond de cette farce, elle suppose bien évidemment de connaître  un peu la série télévisée culte Kaamelott puisque le canevas est calqué sur les personnages d’Alexandre Astier. Vous pourrez trouver un digest sur la série Kaamelott ici et sinon, encore mieux, les DVD’s de la légende du roi Arthur revisitée par l’auteur et sa troupe sont dans toutes les bonnes boutiques.

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Elias de Kelliwic’h (Bruno Fontaine), enchanteur de la série Kaamelott d’Alexandre Astier

On conte que Merlin, un jour, mal tourné,
S’en fut pour voir Elias, enchanteur renommé.
« Ca commence à bien faire vos âneries » lui dit-il,
Le roi m’prend pour une truffe, voire même pour un débile.
Depuis que vous êtes dans le coin, y a plus rien qui va droit!
Vous m’avez j’té un sort ou un machin comme ça ?
J’vous préviens vaut mieux l’dire, plutôt que d’le cacher
J’finirai par l’savoir, parce qu’ici tout se sait. »

Elias a levé l’nez, en toisant l’vieux barbu :
« Moi, vous jetez un sort, à vous, vieux malotru?
Non désolé, mais là, vous vous trompez d’crémerie,
Moi quand on parle turbin, j’fais jamais rien d’gratuit.
J’aurais bien fait l’effort si c’était jour de fêtes
D’vous changer en morue ou même, tiens, en schtroumphette,
Mais j’vous préfère nature, car finalement dans l’fond,
Vous n’avez pas b’soin d’moi pour passer pour un thon. »

Merlin devint pivoine en entendant ses mots,
« Là vous l’aurez voulu, espèce de tête de veau! »,
Sortit de sous sa robe, un parchemin roulé.
Il y allait avoir du grain, ça sentait la raclée!
« SORT DE FOUDRE! » il a fait, en déroulant le papier,
« J’vais vous griller sur place, espèce de gougnafier »
« Alors ça vient ou quoi? » Elias il a demandé,
Vous le lancez votre truc ou il faut vous aider? »
« Non mais c’est bon, en fait, qu’il lui a fait Merlin
« J’me suis gouré d’pap’lard, c’est la r’cette d’un gratin… »

Une belle journée à tous.
Fred
Pour moyenagepassion.com
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Ce coeur qui damne ou sauve, extrait du testament de Jean de Meung en forme de citation.

citations_medievales_Sujet : citation médiévale, poésie, extrait,
Auteur : Jean de Meung, Jean Clopinel  (1250-1305)
Titre : le testament
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle

Bonjour à tous,

O_lettrine_moyen_age_passionn trouve, en général, le testament dont il est question aujourd’hui, annexé au roman de la rose. Il est attribué à Jean ou même plutôt Jehan de Meung,  de son vrai nom jean Clopinel, érudit et co-auteur du nom de la rose. Il s’agit d’un texte de quelques 2176 vers, présenté sous la forme de 544 quatrains d’alexandrins monorimes. Comme son titre l’indique, cette poésie qui prend aussi la forme de conseils donnés par l’auteur à ses contemporains, est, sans doute d’ailleurs, une des dernières du brillant poète médiéval  du XIIIe siècle.

citation_medievale_jean_clopinel_meung_auteur_poete_testament_vieux_francais

“Quand ta parole est blanche et ta pensée est fauve*,
Tu voles en tenebres comme une soris chauve;
Tiex* prieres ne valent une fueille de Mauve,
Car du cuer doit issir ce qui te dampne ou sauve.”

Jean de Meung,  Le testament  (extrait)
Poète médiéval co-auteur du nom de la Rose.

* Fauve : hypocrite, fausse
* Tiex : telles
* Issir: sortir, venir. 

4 – 2 = 3

Le quatrain en forme de citation que nous avons extrait du texte original et que nous publions aujourd’hui est tiré d’un chapitre ayant pour titre : de la vertu de prière qui conjoint homme a Diex, et oste du cuer toute mauvestié.  Jean de Meung l’adresse donc, en réalité, à la forme correcte de prier.

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Ah, beauté de la citation! Sortis de leur contexte, ces quatre pieds de vers auraient presque tendance à prendre des allures de généralités, ce qui n’est pas totalement pour nous déplaire, même si l’honnêteté intellectuelle nous commandait, bien sûr, de les resituer dans toute leur vérité. Vous  rencontrez, d’ailleurs, ce quatrain, ici ou là, encore raccourci de ses deux derniers vers et, le cas échéant, son sens s’élargira encore d’autant : “Quand ta parole est blanche et ta pensée est fauve*, Tu voles en tenebres comme une soris chauve. », ce qui semble indéniablement prouver que la sémantique a ceci de commun avec l’homéopathie que retrancher ou diviser n’est pas forcément soustraire; ce n’est pas surement pas Paracelse qui viendra me chercher des poux dans la tête là-dessus, et c’est tant mieux, remarquez bien, parce que la vue d’un spectre de plus de cinq cents ans, fut-il Paracelse en personne, pourrait me faire flancher, si elle ne me fait battre le record olympique du 100 mètres, départ arrêté.

De la répartie en toutes circonstances

Quoiqu’il en soit, si d’aventure ce moment se présentait où un outrecuidant, le sourire en coin et fier de son effet, vous cite, l’air pompeux, ces deux alexandrins,  vous aurez, j’en suis sûr, une pensée attendrie pour votre serviteur et vous pourrez alors, de toute votre superbe, jeter au front du cuistre : « Sais-tu, ma petite Martine, d’où vient exactement cette phrase ? Et qu’en plus même que fauve n’est pas qu’une couleur ? »  Alors, attention, je le précise quand même, si la personne vous faisant face ne s’appelle pas Martine, il vous sera bien sûr toujours possible de remplacer le prénom dans la phrase sus-citée. Je donne un exemple pour que tout soit bien clair : mon p’tit Eusèbe, ma p’tite Marie-Catherine. citation_medievale_jean_de_meung_humour_nonsens_relever_le_gantBref, vous avez compris le principe, même si je vous conseillerais assez, personnellement, et pour ménager votre effet, de maintenir la locution telle quelle; l’effet de surprise et le camouflet n’en seront que plus grands. Ah, mes amis, quelle manière plus enlevée de relever le gant! Je vois déjà d’ici la mine pitoyable du pauvre Eusèbe face à ce revers du destin! Alors, mais qu’est-ce qu’on dit? Hein? Merci qui? Je plaisante bien sûr, ne nous remerciez pas, c’est bien naturel.

Note du traditore

Même si le sens global de l’extrait est compréhensible, à l’habitude et pour vous donner un petit coup de pouce, nous avons, vous l’aurez noté, ajouté quelques aides de traduction pour certains mots de vieux français, Pour le verbe issir, tiré du vers « Car du cuer doit issir ce qui te dampne ou sauve », vous auriez, toutefois,pu en deviner le sens sans notre aide et avec un simple brin de logique. Ne dit-on pas, en effet: « l’issi d’sicours » ou même encore « par issi la sortie »? Bon, d’accord, d’accord, vous avez gagné! Cette fois encore, c’est moi qui sort. Mais ne pensez pas que vous vous en tirez à si bon compte, un jour nous aurons tout de même à parler plus longuement de Jean de Meung!

issir_vocabulaire_humour_vieux_francais_citation_medievale

Une belle journée à tous !

Fred
Pour moyenagepassion.com
« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. »  Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C