Archives par mot-clé : histoire médiévale

Tout savoir sur les premiers châteaux forts et sur les mottes castrales, l’index des trois épisodes

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : motte castrale, motte féodale, monde médiéval, monde féodal, châteaux à motte, château fort, reconstitution historique
Période : XIIe (1150), moyen-âge central
Média : chaîne youtube, vidéo, documentaire
Date de mise en ligne : 2016
Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous faisons un petit post aujourd’hui pour publier en un seul article, les liens vers les trois vidéo-épisodes réalisés sur le thème des châteaux forts de terre et de bois que sont les mottes castrales.  Si vous avez manqué les articles précédents sur la question, dans ces vidéos documentaires, nous abordons  de manière ludique mais sourcée et réaliste, l’histoire de ces installations féodales et défensives, en nous appuyant sur ce que l’Histoire autant que l’archéologie médiévale nous en apprend.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_basse_cour_youtube

Les trois épisodes  visent donc à aborder, de manière détaillée, l’histoire de ces constructions défensives particulières, le contexte historique de leur apparition, ainsi que leurs différentes composantes. Les vidéos se présentent toutes sous forme de balades virtuelles commentées, à l’intérieur d’un monde 3D que nous avons construit pour l’occasion. Elles totalisent une durée légèrement supérieure à 1h30 de visionnage et sont d’accès totalement gratuit sur notre chaîne youtube.

Encore une fois, même si le pari est celui de l’accessibilité et du divertissement, du point de vue des références, vous y croiserez de nombreux auteurs sur ces sujets (Eugène Viollet le Duc, Lambert d’Ardres, Michel Bur, Jean Mesqui, etc…) mais aussi des bâtiments ou architecture caractéristiques de l’an mil et des siècles suivants, reconstitués pour l’occasion.

Episode 1.
L’apparition des mottes castrales, contexte historique, topographie et généralités

Sujets abordés:  l’an mil, les invasions, la naissance du monde féodal, et la structure du pouvoir féodal, architecture général défensive.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_youtube_001

Episode 2.
La basse-cour et ses bâtiments

Sujets abordés: justice, duel judiciaire, religion, agriculture, artisanat et mode de vie médiéval, la basse cour du château-fort.

moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_basse_cour_youtube_habitat_an_mil

Episode 3.
Le donjon, coeur du pouvoir féodal.

Sujets abordés:  agencement du donjon, fonctions défensives, militaires, religieuses, lieu de vie, la haute-cour.moyen_age_video_documentaire_chateaux_fort_mottes_castrales_monde_medieval_donjon_logis_seugneurial_youtube

En vous souhaitant une très belle journée et un bon visionnage de ces vidéo-documentaires, si vous ne les avez pas encore vus.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Bleu roi, bleu divin, bleu honnête: l’histoire des couleurs par Michel Pastoureau

conference_monde_medieval_couleurs_du_moyen-age_michel_pastoureauSujet : couleur, symbolique, moyen-âge, catégorie cognitive et  sociale, anthropologie, histoire médiévale, histoire des couleurs.
Période : de l’antiquité à nos jours
Média : émission radio, livre
Auteur : Michel Pastoureau
Titre : « Des goûts et des couleurs : le bleu »
Radio : France Culture, Hors Champs, Laure Adler

« Regardons les couleurs en connaisseur, mais sachons aussi les vivre avec spontanéité et une certaine innocence. »
Michel Pastoureau – Le petit livre des couleurs

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà parlé,  il y a quelques temps ici, de Michel Pastoureau. C’était alors à propos des légendes arthuriennes et d’une analyse qu’il faisait de leur popularité médiévale, à travers, notamment, des recherches sur la propagation des prénoms. Dans ses sujets de prédilection et les nombreux écrits et histoire_couleur_moyen-age_conference_monde_medieval_michel_pastoureauouvrages qu’il a, à ce jour, publiés, on doit également à cet historien contemporain, désormais célèbre, un cycle sur l’histoire de couleurs. C’est d’ailleurs, sans doute, avec son bestiaire du monde médiéval, le sujet sur lequel il est le plus connu.

Aujourd’hui, nous publions donc la première émission d’un programme de France Culture, présenté par Laure Adler, qui nous présente, en compagnie de Michel Pastoureau, un aperçu de son ouvrage sur  la couleur bleu, à travers les âges.

L’histoire du bleu

 lien direct vers le même podcast sur le site de France-Culture

Une analyse socio-historique
de la symbolique des couleurs

« Des goûts et des couleurs, il ne faut pas discuter. »

Pour autant qu’il plaide pour une certaine liberté, jamais un dicton populaire n’a été aussi peu suivi d’effets que celui-ci. S’ils peuvent, en effet, se présenter comme des penchants individuels, les couleurs et les goûts sont, avant tout, comme le dit Michel Pastoureau dans cette conférence et comme il le montre dans son ouvrage, des catégories de classement, et, pour être plus spécifique et resserrer un peu cette définition, des catégories sociales symboliques et signifiantes.

histoire_couleur_moyen-age_michel_pastoureau_conference_monde_medieval_anthropologiePas d’équivoque donc, pour être historique, l’approche reste sociologique et anthropologique, à la manière habituelle de Michel Pastoureau, qui, en opposition au dicton populaire que nous citions plus haut, écrira d’ailleurs dans son ouvrage :

« C’est la société qui fait la couleur pas l’artiste ou le savant ; encore moins l’appareil biologique de l’être humain ou le spectacle de la nature »
Michel Pastoureau – Bleu, histoire d’une couleur.

Comme son titre l’indique, le sujet du livre de Michel Pastoureau s’intéresse à l’histoire du bleu au sens large et déborde quelque peu l’Histoire médiévale mais il l’inclut et lui fait, bien entendu, une large part. On y découvrira donc ce bleu encore peu fixé symboliquement dans l’antiquité romaine et qui naîtra à la divinité au XIe siècle en entrant dans les représentations chrétiennes et celles de la Sainte Vierge.  Bientôt frappé de lys d’or, il accédera à la cour des rois pour devenir une des couleurs qui représentera le sang bleu et plus tard, après quelques blason_royal_ecu_azur_fleur_lys_couleur_moyen-age_histoire_medievalepéripéties historiques, la nation française.

« Un écu d’azur semé de fleur de lys d’Or »
Le bleu, couleur des rois

Pour le reste et pour qui douterait encore de l’emprise du social et de sa symbolique sur nos goûts colorimétriques et sur le regard que nous portons sur les couleurs, on y découvrira encore un bleu qui passe du chaud au froid, et qui deviendra même une couleur « morale » ou une couleur « honnête » dans une valse historique des valeurs qui le verra triompher au XXe siècle, pour devenir même la couleur préférée des français et des européens.

Il y aurait encore bien à dire sur l’ouvrage de Michel Pastoureau, et pour le découvrir, si ces sujets vous intéressent, nous ne pouvons que vous enjoindre à y mettre directement le nez.

En vous souhaitant une excellente journée sous le bleu du ciel.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

A la découverte des mottes castrales, épisode 3 : Donjon, Logis du seigneur & Haute-cour, le coeur du pouvoir féodal

donjon_motte_castrale_video_documentaire_histoire_medievaleSujet : mottes castrales, archéologie médiévale, château à mottes, vie médiévale, monde féodal, architecture défensive.
Période :  XIIe (1150), moyen-âge central
Média : vidéo, documentaire,  monde 3D, médiéval engineers
Auteur :
votre serviteur 
Titre :
  A la découverte des mottes castrales épisode 3

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous avons le plaisir de publier le troisième épisode de nos vidéos consacrées aux mottes castrales et aux châteaux forts de terre et de bois du moyen-âge central.

Après avoir vu le contexte historique et la topologie des lieux dans le premier épisode, les composantes de la basse-cour dans le second, il s’agit, dans celui-ci, de découvrir la haute-cour. Lieu de vie privilégié du seigneur, cette dernière est le coeur véritable du pouvoir féodal et, finalement, le point autour duquel gravite tout le petit monde du château à motte. Pour terminer cette série de vidéo, nous approchons donc ses bâtiments et montons  à l’assaut de la butte, pour y découvrir le donjon et le logis du maître des lieux.

« Reconstituer » l’architecture de bois défensive du moyen-âge central

Du point de vue reconstitution, il faut ici préciser quelques petites choses. Le moyen-âge central des XI et XIIe siècle ne nous a pas laissé des myriades de documents sur l’architecture de bois et sur les mottes. L’archéologie médiévale est venue à son secours depuis, mais il faut bien être conscient de plusieurs éléments:

archeologie_medievale_trous_de_poteaux_chateaux_motte_castrale_tour_donjon_de_bois

  • Le second élément est que les terrains de construction des mottes et leur butte quand ils n’ont pas été simplement abandonnés à la faveur de lieux plus propices que l’architecture de pierre et sa solidité ont, par la suite, permis de conquérir, ont accueillis, dans un certain nombre de cas, des châteaux de pierre. Quand cela s’est trouvé, on assiste alors souvent à un empilement sur les mêmes terrain des vestiges d’habitation et des traces, au fil des siècles, qui complique d’autant le travail de l’archéologue et la mise à jour de découvertes « claires ». Quand bien même, celles-ci ne donnent souvent que l’affectation des premiers niveaux d’habitations et peu d’éléments sur ce qui pouvait se trouver dans les étages, quand il y en avait.

hourd_architecture_defensive_medievale_chateau_fort_bois_motte_castrale_reconstitution_historique_video_documentaire_moyen-age

Tout cela étant dit, et même si en croisant toutes les données, on a quand même fini par avoir une bonne idée de la conformation générale de certains de ces châteaux de terre et de bois, les détails concernant l’agencement précis de leurs bâtiments, la disposition de leurs pièces, de leurs étages et leur affectation, restent souvent une énigme à trous. Reconstituer, dans ce contexte, consiste donc à user des éléments en présence, mais aussi de son imagination, en essayant de se replacer dans le contexte de l’époque et la réalité du monde féodal des XIe et XIIe siècles. Pour rappel nous avons choisi pour ces trois vidéo-documentaire de nous situer vers le milieu du XIIe siècle (1150 – 1170).

Les Chroniques de Lambert Curé d’Ardre

C’est un document qui est longtemps resté en marge de l’Histoire mais que l’on a redécouvert par la suite, et dont on a su tirer partie. On doit notamment à ce Lambert, curé d’Ardre une description d’un logis de seigneur de bois assez sophistiqué et complexe. Michel Bur nous la résume dans son article sur les châteaux fort (encyclopédie Universalis) mais l’on peut  également retrouver la source de ces chroniques en fouillant un peu. L’ouvrage original, qui date de 1170, est en latin mais on en trouve des traductions en vieux-français.

chronique_de_lambert_dardrePour autant, et même si l’on peut considérer la grande valeur de ce document pour les précisions qu’il nous donne, c’est en chroniqueur témoin « émerveillé » que le curé d’Ardre nous décrit cette grande bâtisse de bois. Ce n’est pas en maître d’oeuvre, et il n’en donne aucun plan, pas plus qu’il n’en fait la monographie précise. Le document se résume à un peu moins d’un page et on ne peut considérer qu’il soit exhaustif sur l’ensemble des fonctionnalités que l’on trouve dans ce bâtiment. Entre autre chose, on ne trouve rien sur l’hygiène, d’éventuelles pièces dédiées aux bains, toilettes, Il n’y a pas non plus mention d’installations défensives de type hourd ou même de précisions sur d’éventuels accès défensifs élevés sur le toit. Et si, à l’évidence, notre curé d’Ardre, connait suffisamment le logis du seigneur, pour savoir qu’il comporte un « lieu tenu secret » réservé aux malades, il confesse aussi que c’est un labyrinthe et il faut bien en déduire que sa description se limite donc à ce qu’il en sait et qu’on a bien voulu lui montrer.

Dans ce contexte, sans doute satisfaisant pour l’Historien mais qui reste un peu flou pour le « reconstituteur » , nous avons utilisé les grandes fonctionnalités décrites par notre Lambert, pour les agencer, en quelque sorte, à notre manière, et les faire entrer dans notre tour maîtresse ou notre grand donjon de bois. Comme nous l’indiquons dans ce vidéo documentaire, le logis seigneurial qu’il nous décrit ne semble pas être un tour, mais plutôt une grande bâtisse.

Composantes « psychologiques » de l’architecture médiévale défensive

video_documentaire_moyen-age_mottes_castrales_chateau_fort_bois_eugene_viollet_le_duc_dictionnaire_raisonne

De Lambert, curé d’Ardre à Eugène Viollet le Duc

Pour le reste et aux sources de notre inspiration, nous faisons encore ici appel à Eugène Viollet le Duc et son incontournable article sur les châteaux tiré du Dictionnaire raisonné d’architecture médiévale. En croisant cette source avec la chronique du curé d’Ardre, nous recoupons cette idée d’habitation du seigneur franc qui passe sa vie avec mais surtout, sur ses gardes, (passez-moi le jeu de mots) et qui organise tout autour de lui, sa propre défense. Cette idée de labyrinthe dans laquelle la « défiance » devient une composante de l’architecture est une des sources importante de cette « reconstitution » à la croisée des possibles. Voici video_documentaire_chateau_fort_monde_medieval_dictionnaire_raisonne_architecture_eugene_viollet_le_ducdans le texte, les deux extraits qui nous ont inspiré sur le fond. Nous les citons dans la vidéo, mais il est naturel qu’ils trouvent aussi leur place dans cet article:

 » Retiré dans son donjon avec sa famille et quelques compagnons, la plupart ses parents moins riches que lui, il ne pouvait être assuré que ses hommes d’armes, dont le service était temporaire, séduits par les promesses de quelque voisin, n’ouvriraient pas les portes de son château à une troupe ennemie. Cette étrange existence de la noblesse féodale justifie ce système de défiance dont ses habitations ont conservé l’empreinte.

(…) Le château français ne s’élève qu’en vue de la garde du domaine féodal ; son assiette est choisie de façon à le protéger seul ; ses dispositions intérieures sont compliquées, étroites, accusant l’habitation autant que la défense ; elles indiquent la recherche d’hommes réunis en petit nombre, dont toutes les facultés intellectuelles sont préoccupées d’une seule pensée, celle de la défense personnelle. »

Eugène VIOLLET LE DUC –  Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle (1868)

________________________

« ledict Arnoul (seigneur d’Ardre) fist faire et ediffier en son chastiau et forteresse d’Ardre une maison de bois et d’aultres matieres, faicte par grand artifice et maniere, et qui excedoit en beaulté les aultres maisons que pour lors estoient au pais de Flandres. (…) et de ceste maison en fist ung lieu semblable à ung aultre labirinthe, et dont l’on ne scavoit trouver l’entrée ne l’issue. »

Chronique de Guines et d’Ardre / par Lambert, curé d’Ardre (1170)

Les autres sources d’inspiration

Au titre des références, nous devons encore quelques éléments empruntés à Jean Mesqui et encore d’autres petites choses connues de tous, mais qu’il nous a cru bon de devoir rappeler, entre autre le fonctionnement de l’ost médiéval, avant que les armées royales ne se professionnalisent.

Eléments techniques sur la réalisation

Comme pour les vidéos précédentes et pour la réalisation de ce monde 3D, nous avons encore opté pour le moteur du jeu Medieval Engineers. Il n’est pas impossible que nous soyons amenés à réviser ce medieval_engineers_jeu_video_logo_construction_châteauxchoix, dans le futur, au vue des nombreux déboires occasionnés.  Nous en dirons un mot plus détaillé dans un prochain article.

Voilà, mes amis, tout cela étant dit, nous espérons que vous apprécierez cette dernière vidéo publiée et que vous en tirerez quelques informations utiles, sur ce monde médiéval qui nous est si cher. Si toutefois, vous aviez manqué les premiers épisodes ce cette série sur les mottes castrales, voici les liens vous permettant de les voir :

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 1 : contexte historique

Tout savoir sur les mottes  castrales: épisode 2 : la basse-cour

En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com.
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

La médecine médiévale de l’Ecole de Salerne, héritière des civilisations méditerranéennes

medecine_medievale_ecole_salerne_science_savant_Regimen_SanitatisSujet : médecine, citations médiévales, école de Salerne, Europe médiévale, moyen-âge, ouvrage ancien.
Période: moyen-âge central (XI, XIIe siècles)
Titre:  l’Ecole de Salerne (traduction de 1880)
Auteur :  collectif d’auteurs anonymes
Traducteur : Charles Meaux Saint-Marc

« – Veux-tu jouir en paix d’une santé prospère,
Chasse les noirs soucis, fuis tout emportement ;
Ne bois que peu de vin, soupe légèrement;
Souviens-toi de marcher quand tu quittes la table;
Du sommeil en plein jour crains l’attrait redoutable ; 
Crains en toi le séjour de l’urine et des vents.
Fidèle à ces conseils, tu vivras de longs ans.
Es-tu sans médecins? les meilleurs, je l’atteste,
Ce sont, crois-moi, repos, gaîté, repas modeste.  »
Dédicace de l’Ecole de Salerne au grand roi d’Angleterre
“Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum” ou “L’Ecole de Salerne” Traduction de Charles Meaux Saint-Marc (1880)

Bonjour à tous!

I_lettrine_moyen_age_passion copial fut un temps où pour mémoriser les recettes, les prescriptions et les principes de la médecine, on y mêlait la poésie, ou en tout cas les vers. De fait d’Avicenne à la prestigieuse Ecole de Salerne, nous sont parvenus de ces longs poèmes qui ont influencés, longtemps, la médecine arabe, et après elle la médecine occidentale, du moyen-âge central jusqu’à la fin de la renaissance. Les vers sont alors d’un usage plus mnémotechnique que littéraire pour pouvoir être compris et assimilés de tous, mais il est amusant de penser que dans cette forme de musicalité, elle rejoignait alors une forme de poésie pratique.

citations_medecine_medieval_science_ecole_salerne_moyen-age_central

Les retombées culturelles, scientifiques,
médicales et inattendues des Croisades

Nous avons dit un mot ici des apports de la civilisation arabe sur la culture, autant que sur les pratiques philosophiques et scientifiques de l’Europe médiévale (voir portrait d’Avicenne). Quoiqu’on en dise, les croisades fournirent une occasion de circulation des savoirs et dans l’Histoire des civilisations qui entourent le berceau méditerranéen, il semble  bien qu’elles aient, à leur manière, participé d’une dynamique d’échanges mais aussi de conquêtes qui n’a guère cessé au fil des âges, autour de notre méditerranée, et ce bien avant même l’émergence des trois grands religions monothéistes.

croisades_enluminures_medecine_medievale_science_arabe_juive_moyen-age

Bien avant la conversion de l’Empire de César au christianisme, l’épisode romain  illustre, de manière exemplaire, ce phénomène mais il est loin d’avoir été le seul, ni le premier dans la région. Quelles qu’en soient les raisons, religieuses, politiques ou économiques, depuis des millénaires les peuples méditerranéens ont guerroyé, commercé, échangé et c’est aussi de cela que nous sommes faits. A y regarder de plus près et toute proportion gardée, il n’est d’ailleurs pas certain que nous en ayons totalement fini avec ces luttes de pouvoir, même si elles ont changé de visage. Bien sûr, concernant les spécificités du sol français à travers l’histoire, il a encore hérité du souffle des vents du nord, celui des premiers vikings qui devinrent nos normands, celui des celtes et des francs qui vinrent aussi guerroyer al-razi_medecine_arabe_juive_persane_moyen-age_ecole_salerne_influence_moyen-age_centralou s’installer sur ces terres pour y fondre leur culture.

Ci contre enluminure: le savant médecin Al Razi représenté dans le Recueil des traités de Médecine de Gerard de  Cremone  (1250–1260), célèbre traducteur médiéval italien d’Hippocrate, d’Avicenne, d’Al- Razi entre autres. 

Quoiqu’il en soit, pour revenir aux croisades, on leur accorde généralement d’avoir ramené vers l’Europe médiévale, par l’Italie et notamment par les traductions des érudits de Salerne, la médecine et la science des arabes autant que leur amour de la philosophie grec et d’Aristote. Au même période, ces expéditions catholiques ne furent pourtant pas les seules sources des échanges. Dans l’autre sens, les conquêtes de l’Espagne par les arabes avaient déjà impulsé des premiers transferts de savoir, et la médecine juive s’y exerçait aussi, autant qu’elle trouvait des foyers d’élection dans le sud de la France et la Provence. Il faut relire les pages de Jules Michelet et son histoire du moyen-âge sur le Languedoc médiéval du XIIIe siècle pour comprendre à quel point ces terres étaient déjà riches d’apports ethniques et culturels méditerranéen au sens large. Dans le même ordre d’idée, on peut encore évoquer le rayonnement et l’ouverture de l’Université de Montpellier sur le monde à partir des XIe et XIIe siècles, et jetant un œil de l’autre côté du massif pyrénéen et vers la péninsule ibérique, il faut encore remarquer les œuvres d’un Alphonse de Castille qui, au XIIIe siècle, avait réuni autour de lui des savants et traducteurs de toutes les confessions: juive, musulmane et chrétienne dans une belle dynamique culturelle d’ouverture toute méditerranéenne.

L’école de Salerne ou la médecine médiévale européenne au carrefour des influences

Pour revenir à notre sujet, quand on parle de médecine médiévale après l’an mille, on ne peut donc abstraire l’influence juive, persane ou arabe, même si l’on s’entend à dire que ce sont plus ces deux dernières qui marqueront de leur empreinte les universités naissantes dans l’Europe médiévale des XIe siècles et suivants. Il serait intéressant de connaître les apports mutuelles à la genèse des médecines juives et arabes dans le temps et à travers l’Histoire, mais le sujet déborde le cadre de cet article.

medecine_medievale_mediterranee_ecole_salerne_science_moyen-age_conseil_medecine
Les apports de la médecine perse et arabe en Europe médiévale

Symbole de cette méditerranée culturelle, l’Ecole de  Salerne fut dit-on fondée par le Grec Ponto, l’Arabe Adela (ou Abdullah), le Juif Helinus, et le Latin Salernus. Voilà un beau mythe fondateur pour qui rêve de fraternité entre les peuples et pour qui douterait encore que les cultures quand elles se joignent dans un bel esprit collaboratif produisent un peu plus que la simple somme de leurs vérités respectives. On ne date pas précisément la création de cette Ecole, mais on sait que, dès le IXe siècle, elle commença à dispenser des cours de médecine pratique et même de chirurgie, en s’ouvrant à des étudiants de toutes confessions, venus des quatre coins du berceau méditerranéen. Elle accueillera aussi des malades attirés par sa réputation et qui souhaitent bénéficier de soins.

L’école de Salerne, miniature tiré du Canon de Médecine d’Avicenne, Ibn Sina

A partir du XIe siècle, l’Ecole de Salerne entrera dans un âge d’or qui durera plus de sept cent ans. Comme nous l’avons mentionné plus haut, cette impulsion sera due en grande partie à l’apport de la médecine arabe. En l’occurrence, on doit à Constantin l’Africain, un homme né, sur le sol d’Afrique du Nord et à Carthage d’avoir traduit les premiers ouvrages en latin. Ayant beaucoup voyagé, il arriva près de Salerne vers la fin du XIe siècle et, refusant la chaire que l’Ecole lui offrit alors pour enseigner la médecine, se fit moine auprès du monastère bénédictin du Mont-Cassin situé non loin (lieu
qui n’est autre que celui fondé par Saint-Benoit pour y établir son constantin_africain_medecine_europe_medievale_ecole_salerne_influences_perse_juive_arabe_moyen-age_centralordre en 529).

(ci-contre reproduction non datée d’une miniature médiévale de Constantin l’Africain, artiste anonyme,  domaine public)

Dans les années qui suivirent, Constantin l’Africain gratifia l’Ecole de Salerne  de traités et ouvrages de médecine qu’il rédigea alors. Ceux-ci firent autorité, et dit-on, la gloire du moine, qui dura plus de quarante ans. Moins d’un demi-siècle plus tard, on se rendit compte en traduisant des ouvrages de références de la médecine arabe que ce dernier en avait été le traducteur, plus que l’auteur. L’influence était donc déjà signée, on en avait simplement retrouvé les auteurs originaux. Les ouvrages  du bénédictin resteront de grande importance mais seront bientôt supplantés, entre autres références, par l’incontournable Canon Medicinae, d’Avicenne.

citations_science_medecine_medievale_avicenne_ibn_sina_medecine_arabe_ecole_salerne_moyen-age_central

Flos medicinae
vel regimen sanitatis salernitanum

« Lecteur, tu désirais cette Fleur Médicale:
Que d’elle, pour toujours, un doux parfum s’exhale. »
Epigraphe du Flos Medicinae ou Fleur médicinale
de l’Ecole de Salerne

Par la suite, des nombreux écrits et traductions que Salerne légua à l’occident médiéval et qui furent diffusés en direction des Ecoles et universités de l’Europe d’alors, l’un des plus populaires, sur le terrain de la médecine, fut sans doute le Flos medicinae vel regimen sanitatis salernitanum. C’est un ouvrage collectif écrit en vers et en latin, que l’on prêtait quelquefois originellement à un auteur du nom de Jean de Milan et qui se présente comme un véritable bible de médecine pratique, en vers. Il fut une des grandes références de l’Ecole de Salerne, et son succès a littéralement traversé les siècles pour être encore, jusqu’à la fin de la Renaissance, un texte considéré comme fondamental dans l’art d’exercer la médecine. Pour en donner la mesure, et même s’il date des XIe, XIe siècles, entre le XVe et le milieu du XIXe siècle, on en compte plus de 240 éditions, Il sera notamment abondamment commenté au XIIIe siècle par le célèbre médecin catalan Arnaud de Villeneuve (Arnau de Vilanova)(1240-1311) sous le simple titre de Regimen Sanitatis. Élève lui-même de l’école de Salerne et de l’université de Montpellier, l’édition qu’il en fit connut une grande popularité et contribua encore à la propagation de ce savoir.

_________________________________________________________________
Un long apprentissage pour une profession risquée

medecine_science_medievale_ecole_salerne_moyen-age_medicale_europeen_mediterraneenPour l’anecdote, ajoutons que, dès le XIIe siècle, il fallait plus de huit ans pour faire un médecin à Salerne: à trois années initiales de philosophie et de logique, viennent en effet s’ajouter cinq ans de médecine pratique et théorique, incluant la chirurgie. Même si l’évolution de la science médicale a alors de beaux jours devant elle, cela permet tout de même de mesurer le sérieux que l’on conférait déjà à l’exercice de la médecine.

La profession n’en est pas pour autant, dénuée de risque puisque le moyen-âge connaîtra quelques médecins ainsi formés, exécutés ou brûlés pour n’avoir pas réussi à soigner de haut dignitaires religieux ou politiques un peu chatouilleux. D’autres encore furent même jetés en prison, après coup, bien que les ayant soigné. C’est le cas entre autre d’Arnaud de Villeneuve qui échappa de peu au Bûcher pour certaines de ses prises de position autant que pour sa pratique, bien qu’il avait soigné le pape Boniface VIII. Il fut d’ailleurs sauvé de justesse par ce dernier. L’utilisation que les médecins font alors de l’Astrologie ou de certaines pratiques rituelles pas toujours intelligibles du point de vue chrétien, ont souvent été la source de controverses dont ils ont fait les frais, en se retrouvant frappés d’hérésie.
_________________________________________________________________

Concernant cet ouvrage et pour en conclure, nous vous proposons de le découvrir, par petites touches, en en tirant des citations, issues d’une version traduite en vers français de la version originale de l’Ecole de Salerne et datant de la fin du XIXe siècle. Nous espérons que vous saurez apprécier cette médecine non dénuée de sagesse et qui nous vient tout droit du monde médiéval. Et même si par instants, elle prendra indéniablement dans ses tournures quelques tours désuets, vous y constaterez sûrement, avec de nombreux autres auteurs, que les traités d’hygiène moderne et même certaines formes de médecine hygiénistes ou naturelles actuelles en reprennent les principes, en en ayant souvent oublié les lointaines origines.

En vous souhaitant une très belle journée!
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.