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J-5 : le musée de CLuny en route vers un nouveau Moyen Âge

Sujet : événement, monde médiéval, musée, collections, réouverture officielle, restauration, rénovation,
Période : De l’antiquité au Moyen Âge tardif
Lieu : Musée National du Moyen Âge,
Musée de Cluny, Paris.
Dates : Réouverture officielle le 12 mai 2022
Adresse : 28 rue Du Sommerard, Paris 5
Tél : 01 53 73 78 00 – 01 53 73 78 16

Bonjour à tous,

‘est une excellente nouvelle pour les amateurs de découverte culturelle et d’histoire, autant que pour les passionnés de monde médiéval qui l’attendaient depuis longtemps. A Paris, le grand Musée National du Moyen Âge aka le Musée de Cluny est en passe de rouvrir ses portes au grand public, après 10 longues années de restauration et un projet des plus ambitieux. L’ouverture officielle aura lieu le jeudi 12 mai 2022 et nous sommes donc, au moment de cet article, à moins de cinq jours de cet événement incontournable.

Un renouveau sous le signe de l’accessibilité

C’est donc chose faite. Les grands travaux effectués au musée du Moyen Âge, auxquels était étroitement associé le ministère de la culture, se sont officiellement achevés après quelques retards dus à la crise sanitaire. Au menu de ce chantier chiffré à plus de 20 millions d’euros, il n’était pas simplement question de mettre un léger coup de plumeau sur les superbes collections du musée mais plutôt de deux défis de taille et d’égale importance : restaurer en profondeur les intérieurs et permettre à l’institution de mieux valoriser son patrimoine. Autre défi tout aussi ambitieux en terme d’enjeu, rendre accessible le musée et ses bâtiments classés aux personnes à mobilité réduite. Comme on le verra, au sortir de cette grande opération de rénovation, cette notion d’accessibilité s’est vu notablement élargie, de sa dimension pratique initiale, à bien d’autres aspects qui font, désormais, du musée un espace plus ouvert, plus visible mais aussi plus lisible pour tous les publics. Petit tour de ce musée de Cluny nouvelle génération.

De l’accueil aux aménagements

Commençons par la visibilité extérieure de l’institution et son attractivité. Elles ont été, toutes deux, grandement améliorées par l’ouverture d’un nouveau bâtiment d’accueil moderne, esthétique et fonctionnel, le long du boulevard Saint-Michel. Conçu par l’architecte Bernard Desmoulin, cet édifice très réussi vient s’intégrer, harmonieusement, au reste des bâtis historiques de l’institution, tout en permettant de recentraliser l’ensemble des services utiles au public : guichet, orientation, boutique,…

Sur le thème de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, dans un ensemble de bâtiments historiques classés et qui présentait de multiples niveaux, le défi était aussi noble à relever que techniquement complexe. Mission réussie sur ce point important du cahier des charges. Au sortir des travaux, tout à été mis aux normes : on a élargi certains passages et installé des rampes. On a également fait la place à des cages d’ascenseurs flambant neufs. Enfin, le niveau de certaines pièces a même été rehaussé pour se plier à ses nouvelles exigences d’accueil. L’institution peut donc, désormais, ouvrir ses portes et ses collections aux personnes à mobilité réduite. Elles bénéficieront, dès à présent, de l’accès mais aussi de toutes les grandes nouveautés qui attendent les futurs visiteurs du musée.

Le Moyen Âge autrement

Dans un documentaire récent posté sur Viadeo par l’Oppic (Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture en charge de la maîtrise d’œuvre du chantier), Séverine Lepage, médiéviste et directrice du musée de Cluny depuis 2019, parlait également des grandes ambitions de cette rénovation en terme d’accessibilité intellectuelle. Sur ce versant des travaux, l’enjeu était ouvertement affiché d’accompagner les publics les plus larges dans une découverte plus compréhensive du Moyen Âge.

Pour atteindre cet objectif, on a refondu totalement le parcours des visites et la présentation des collections. Fini le regroupement par thématique, comme on l’avait voulu en 1956, l’itinéraire sera désormais chronologique. Les visiteurs seront ainsi guidés de l’antiquité gallo-romaine, en partant du frigidarium des thermes de Lutèce, jusqu’aux collections les plus représentatives du Moyen Âge tardif, dans un beau voyage à travers les temps médiévaux. Bien sûr, durant leur expédition, ils ne manqueront pas de découvrir la célèbre tapisserie de la Dame à la Licorne, véritable fleuron du musée, au milieu de nombreux autres trésors d’époque.

Regard, scénographie, que la lumière soit !

Notons enfin qu’au titre de cette restauration en profondeur du musée national du Moyen Âge, on a également dégagé les ouvrants des édifices pour laisser entrer la lumière. La mode des longs tunnels muséographiques n’est plus. Ce parcours plus lumineux permet de mettre mieux en valeur les bâtiments historiques qui hébergent les collections, tout en favorisant la découverte de certaines œuvres sous un jour plus naturel.

Dans l’esprit d’une expérience enrichie pas seulement par l’intellect, mais aussi par la sensibilité et le regard, une attention particulière a été portée sur la mise en espace des collections. Cet agencement savant s’est porté autant sur la recherche de l’émotion esthétique que sur la volonté de favoriser une meilleure compréhension des mondes médiévaux traversés et de leur sensibilité. Lumière, scénographie, itinéraire, mise en espace, dans cette nouvelle version du musée médiéval parisien, tout a été soigneusement pensé pour ravir, séduire et, parfois, même surprendre le visiteur.

Un Moyen Âge nouvelle génération ?

Alors « un Moyen Âge nouvelle génération » comme le dit la communication du musée annonçant sa réouverture ? Plus certainement encore, ce qui vous y attend, à partir du 12 mai, c’est un musée résolument tourné vers le XXI siècle, après une rénovation comme l’établissement n’en avait jamais connue depuis son ouverture, en 1843. Alors, courez-y si vous êtes sur Paris ou si vous y passez. Avec son nouveau visage, le musée de Cluny pourrait bien devenir, dès 2022, l’un des plus en vue de la capitale mais ce n’est pas l’unique raison : 1600 œuvres, 2600 m2 d’exposition, et plus de 1000 ans d’histoire n’y attendent que vous. Cerise sur le gâteau, le 12 mai, les entrées devraient être exceptionnellement gratuites. Retrouvez tous les détails et infos sur le site officiel du musée national du Moyen Âge.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frederic Effe
pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Détente : Un imagier médiéval Au musée de Cluny

Sujet : jeu, application interactive, application ludique, colorisation, enluminures, miniatures, moyen-âge, imagier médiéval
Période : moyen-âge, du XIIIe au XVe siècles
Lieu : site web du Musée de Cluny
Image d’en tête : « élagage d’un arbre », l’enluminure recolorisée, utilisée en tête d’article est tirée du feuillet d’un manuscrit du XIIIe siècle, conservé au musée de Cluny.


Bonjour à tous,

ans la veine des applications ludiques autour du monde médiéval, le Musée de Cluny a publié sur Twitter, depuis quelques semaines, diverses réalisations faites au moyen d’un petit programme plutôt sympathique. Il s’agit d’un imagier interactif qui permet de coloriser des images issues de miniatures et d’enluminures médiévales. Les thèmes proposés sont assez variés. Ils vont de détails de la célèbre tapisserie de La Dame à la Licorne, à des peintures diverses, entre traités de combats, fous du roi ou même vitraux.

Enlumineurs en herbe, à vos souris !

Une fois l’application lancée, différentes techniques sont disponibles pour permettre à l’utilisateur de peaufiner le rendu de ses créations : lavis, gouache, lavis pâle,… Une roue chromatique permet aussi de choisir ses couleurs parmi des tons d’époque et, pour parfaire le tout, on peut encore faire varier la taille du pinceau ainsi que le support (parchemin, papier usé, papier jauni, etc…). Armez vous d’un peu de patience pour la prise en main et n’hésitez pas à faire varier les tailles de pinceau. Si vous êtes satisfait du résultat, vous pourrez même exporter votre « œuvre » sous forme de carte de vœux.

Se détendre tout en se prenant, un peu, pour un enlumineur du moyen-âge, voilà qui devrait en divertir plus d’un et leur donner des idées de créations originales. Quant aux publics les plus jeunes, ce livret élèvera le niveau au dessus des sujets habituels, en réconciliant, pour eux, découverte de l’art médiéval et passe-temps.

Vous trouverez cette application ludique sur le site du musée du Moyen-âge au lien suivant : imagier médiéval.

Le Musée de Cluny sur les réseaux

Pour rappel, si de grands travaux ont été engagés au musée de Cluny entraînant sa fermeture jusqu’à 2022, l’institution est toujours très active sur les réseaux. On se souvient de certaines conférences que nous avions postées, il y a quelque temps (voir tous nos articles ici ) mais l’action du musée ne s’arrête pas là ; ses conservateurs continuent de poursuivre sur la toile, de la manière la plus variée, leur mission de sensibilisation du public à l’histoire et au monde médiéval ( Twitter @museecluny – FB museecluny).

En vous souhaitant, une belle journée
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

UNe Exposition sur La vie quotidienne médiévale AU MUSÉE DU CLUNY

Sujet : événement, exposition, monde médiéval, vie quotidienne, musée, culture matérielle, hygiène, ustensile, céramiques, art
Période : Moyen âge central à tardif, XIIIe au XVe s
Titre : Regards sur la vie quotidienne
Lieu : Musée de Cluny,
Dates : jusqu’au 28 septembre 2020
Adresse : 28 rue Du Sommerard, Paris 5
Tél : 01 53 73 78 00 – 01 53 73 78 16

Bonjour à tous,

i vous êtes en région parisienne dans les deux semaines qui viennent, ne manquez pas de vous rendre au Musée de Cluny pour y découvrir une exposition spéciale autour de la vie quotidienne médiévale.

Regards sur la vie quotidienne : plus qu’une quinzaine de jours avant fermeture

Comme son titre l’indique, cette exposition met en valeur la culture matérielle et le quotidien des hommes et des femmes du moyen-âge, Déjà ouverte depuis quelques mois, elle fermera ses portes le 28 septembre 2020. C’est donc l’occasion ou jamais d’en profiter.

Durant la visite, on pourra découvrir une large sélection d’objets à la fois fonctionnels, cultuels et décoratifs, pour une grande étendue thématique. Ainsi, entre autres pièces, on y trouvera ,des objets en relation avec l’habitat (ustensiles de cuisine, céramiques sobres ou plus richement ornées, objets cultuels ou de dévotion, éléments de mobilier,…). Des pièces autour de l’hygiène, de la parure et des soins du corps sont également exposées mais encore des jouets ou même des raretés en relation avec la lecture, l’écriture, la prise de mesure et les calculs, ou même l’astronomie (photo-ci-dessous).

Quatre podcasts pour compléter la visite

L’événement est aussi couplé avec 4 émissions sur la vie quotidienne médiévale, réalisées, début septembre, en collaboration avec le podcast Passion Médiévistes. Dans le prolongement des thèmes abordés par l’exposition, ces programmes donnent directement la parole aux conservatrices et conservateurs du Musée de Cluny. Vous pourrez les retrouver sur la page officielle consacrée à l’exposition (voir lien en pied d’article) ou directement sur la page du podcast qui a fait du moyen-âge son thème favori. Au passage, on notera que ce dernier s’est grandement enrichi (en terme de programmation, comme de terrain d’investigation) depuis le premier article que nous lui avions consacré, il y a de cela plus de deux ans et demi.

Les trésors du musée de Cluny

Cette exposition sur la vie quotidienne médiévale vient compléter la présentation temporaire titrée « Trésors du Musée » que vous pourrez également découvrir lors de votre visite. Avec le parti pris de mettre en valeur certaines pièces parmi les plus précieuses du fond de l’établissement, cette autre exposition vous permettra de profiter d’objets d’art exceptionnels en provenance du Moyen-âge : ivoires et tapisseries rares, toile ou encore trésors d’orfèvrerie à la feuille d’or. Il s’agit, ici, de pièces alors à destination des plus nantis, des cours nobiliaires ou même de l’Eglise.

Retrouver ici tous les détails de cette exposition sur la vie quotidienne au Moyen-âge ici

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Conférence : le travail en milieu urbain au Moyen-âge, avec l’historienne médiéviste Julie Claustre

conferences_audio_video_moyen-age_monde_medieval_agriculture_paysan_serfs_vilain_moyen-ageSujet: ville médiévale, métiers médiévaux, travail moyen-âge, artisans, corporations, corps de métiers valorisation, culture technique, histoire médiévale, médiéviste
Période : moyen-âge, du XIIe au XVe siècles
Média: conférence vidéo, chaîne youtube
Lieu: Musée de Cluny, décembre 2017
Titre: Travailler en ville au Moyen Âge
Conférencière: Julie Claustre

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous reprenons la suite du cycle passionnant de conférences proposées par  le Musée de Cluny sur le travail au moyen-âge et qui valait vraiment que nous lui consacrions quelques  articles séparés. Après le travail de la terre avec Didier Panfili, celui des chantiers avec Cécile Sabathier et celui des moines et des monastères avec Elisabeth Lusset, l’intervention du jour a pour objet le travail dans la ville médiévale. Elle nous est proposée par l’historienne médiéviste Julie Claustre.

Réalité de la ville médiévale :
entre espace urbain espace rural

Dans la ville du moyen-âge, espace urbain et espace rural s’interpénètrent et les frontières entre nature et agriculture, d’un côté et, de l’autre, activités proprement urbaines et espace construit y sont bien moins tranchées qu’aujourd’hui. A ce titre, comme l’intervenante du jour nous le rappellera, au début du XVe siècle on trouve encore à Paris de nombreuses parcelles cultivées ou dédiées ville_medievale_enluminures_conference_moyen-ageà l’élevage des animaux destinés à nourrir les habitants de la ville. Un tiers de l’espace leur est même consacré. Le phénomène débordera largement la période médiévale puisque laboureurs et vignerons vont se côtoyer, dans la capitale, jusqu’au XVIIe siècle.

(ci-contre, chronique de Girart de Roussillon, construction d’une église à Saint-Denis (XVe siècle)
Bibliothèque de vienne, 

Au milieu de ce savant mélange d’urbanité et de ruralité, émergent pourtant des spécificités liées à la vie urbaine et notamment certains métiers qui lui sont propres. C’est de ce travail là dont il est question dans la conférence du jour. Dans ce vaste champ de pratiques, elle se concentrera en particulier sur certaines activités « productives » et marchandes de la cité, sur leur organisation et sur les représentations qui s’y trouveront bientôt attachées. On y parlera donc de diversité même mais encore de corporations, de culture technique et d’une valorisation hétérogène des savoirs-faire qui ne rimera pas systématiquement avec la reconnaissance sociale de ces acteurs ni avec leur réussite économique.

« Le travail en ville au moyen-âge » par Julie Claustre (Musée de Cluny)

Julie Claustre est maître de conférences en Histoire du moyen-âge  à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et attachée au Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris.

Activités productives citadines

« …Vraiment on eût volontiers dit qu’en qu’en la ville se tenait une foire perpétuelle, tant elle regorgeait de richesses, cire, poivre, graines et fourrures de vair et de gris, et toutes marchandises qui se peuvent imaginer. »  Chrétien de TroyesPerceval le Gallois ou contes de Graal

Fourmillement, diversité, technicité

En partant de l’arrivée du Gauvain de Chrétien de Troyes à Escavalon, la première réalité à laquelle nous confronte le travail dans la ville médiévale tient autant de la diversité et de l’effervescence  :  « bons ouvriers qui travaillent aux métiers les plus variés »  fonderies d’or et d’argent, orfèvreries, travail des émaux, du verre, du cuir, fabrication d’armures et d’écus, draperie et textile, fourrures, épices, etc. Tout s’y fabrique et tout s’y vendent et l’image est celle d’un fourmillement, de l’opulence, mais encore d’une forme « d’excellence » (le mot est moderne mais l’idée est là).

Savoir-faire, technicité, complexité des opérations réalisées, à travers certaines formes d’artisanat urbain, il est donc question de maîtrise et les villes des XIIe, XIIIe et XIVe siècles verront s’organiser autour de ces métiers de véritables corporations (« mestier », « guildes », etc…) qui deviendront bientôt les interlocuteurs privilégiés du pouvoir et qui auront même une forme de représentation d’influence variable, dans les instances décisionnaires de certaines cités.

conference_moyen-age_ville_medievale_activites_commerciales_travail_effervescence
La ville médiévale. « Le Chevalier errant ». BnF, département des Manuscrits, Français 12559, Thomas III de Saluces,

Naissance et développement
d’organisations corporatives des métiers

Ces « corporations » régiront bientôt les droits d’entrée et de sorties des individus à l’intérieur de leurs différentes spécialités, leurs conditions d’exercice, leurs filières d’apprentissage et mettront en place de véritables chaînes pour contrôler et réglementer chaque métier, tout autant que pour garantir la qualité de leurs oeuvres ou productions. Un peu plus tard dans le temps, certaines d’entre elles seront même à l’initiative de la constitution de caisses pour aider leurs membres victimes de maladies professionnelles ou même pour financer leur funéraille.

Intrication du politique et de l’économique

On notera, au passage, l’implication des pouvoirs seigneuriaux dans ces processus dans un véritable dialogue qui s’installera alors entre pouvoir politique et économique. Les instances de la ville y auront bien sûr un intérêt de contrôle social tout autant que fiscal et même encore militaire et participatif, mais le phénomène dénotera aussi, sur certains secteurs clés, d’une véritable volonté d’implication du pouvoir politique dans la « signature » des productions.

C’est notamment souvent le cas du secteur de la draperie et on s’en étonne moins quand on sait l’importance que ce dernier a revêtu pour le développement intra-muros de nombreuses villes draperie_artisanat_medieval_travail_ville_moyen-age_livres_12_freresmédiévales mais aussi pour leur rayonnement économique et culturel « hors frontières ». Dans le courant du moyen-âge central, nombre de cités européennes ont été, en effet, littéralement propulsées vers l’avant par la vente et l’exportation de leurs textiles.

(ci contre, étapes de confection textile, illustrations tirées du manuscrit allemand
« Le livre de douze frères des maisons mendel, » (XIVe)
cité dans la conférence.)

L’activité en question emploie aussi une main d’oeuvre conséquente aux différentes étapes de sa production qui justifiera d’un large crochet de l’intervenante de cette conférence, pour nous le détailler. On notera  notamment avec elle et pour en donner la mesure, qu’une ville comme Florence employait, à un moment donné de son histoire médiévale, plus d’un quart de ces habitants dans ce secteur.

Valorisation sélective

Le développement de ces métiers urbains, en particulier ceux liés à la production et à la « création » de la matière (opérations techniques réputées complexes), donnera le jour à une valorisation générale de leur exercice et de leurs productions, mais il ne suffira pourtant pas qu’on les loue ou qu’on les consacre sur les vitraux des cathédrales pour en faire de larges voies d’accès à la richesse ou à l’opulence économique. Si, là-encore les drapiers ont souvent tiré leur épingle du jeu (on pourrait peut-être y ajouter certaines productions stratégiques de la ville qui ont prises, draperie_artisanat_medieval_enluminures_travail_ville_moyen-age_livres_12_frerespour des raisons locales et historiques, une importance particulière au regard de leur exportation ), certains secteurs sont exclus de cette valorisation et certains métiers, à l’intérieur de secteurs pourtant valorisés, le sont aussi. L’historienne nous en donnera ici quelques exemples éloquents.

Dans le même ordre d’idées, compétence et  maîtrise d’oeuvre technique ne garantiront pas toujours à leurs détenteurs, fussent-ils aux échelons les plus élevés de leur profession, une indépendance financière ; ainsi,  certains maîtres artisans seront même contraints de se ranger sous le régime du salariat pour pouvoir subsister. D’égale façon, des barrières financières, réglementaires , sociales ou légales existeront aussi pour passer du statut de salarié à celui d’artisan indépendant ou de maître d’oeuvre. Enfin, on pourra encore ajouter aux limites de cette valorisation, des différences de reconnaissance qui touchent encore les notions de genre, puisque masculin et féminin ne sembleront pas s’y trouver logés à la même enseigne.

Pour conclure sur un voeu pieux et tout en rendant grâce à la qualité de ces interventions proposées par le Musée de Cluny, on peut espérer que d’autres conférences viendront compléter le tableau sur le sujet immensément vaste du travail dans la ville au moyen-âge. Si bonne soit-elle, une seule conférence ne saurait en effet l’épuiser. On pense notamment à d’autres secteurs  et métiers (métiers de bouche, restauration, etc…), mais aussi aux activités urbaines de service ou encore pourquoi pas aux métiers de la justice, de la régulation ou de la loi, pour ne donner que ces quelques exemples.

Pour le moment, sachons toutefois nous contenter et disons-le encore une fois, en les articulant, ces quatre belles conférences nous offrent un panorama assez complet de la réalité du travail au moyen-âge et des règles qui le régissent et demeurent une véritable mine d’information. Merci donc encore une fois au Musée du moyen-âge pour partager gracieusement tout cela avec le public sur sa chaîne youtube.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.