Archives par mot-clé : médiéviste

Le moyen-âge, âge des ténèbres, jacques le goff

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Sujet : citation, historien médiéviste, mentalités médiévales, âge des ténèbres, préjugés, créations médiévales, nouvelle histoire.
Période : moyen-âge central, long moyen-âge
Auteur : Jacques le Goff (1924-2014)
Source : extrait d’un entretien avec François Busnel pour le magazine lire – numéro 335 ( mai 2005)

Bonjour à tous,

n 2004, Jacques le Goff faisait paraître l’ouvrage « Héros et merveilles du Moyen Age » . Il s’y penchait sur les territoires de l’Imaginaire médiéval. Héros d’un côté, merveilles de l’autre, cet essai présentait un angle original et novateur, en s’employant à retracer les mentalités médiévales dans la veine de la Nouvelle Histoire. Bien plus qu’une simple photographie historique figée, Jacques le Goff se proposait aussi de mettre cet héritage en perspective sur la durée, en montrant comment certains éléments de cet imaginaire médiéval avaient pu traverser le temps pour parvenir jusqu’à nous (cinéma, littérature, bd, etc…).

Définition et origine des « ténèbres » médiévales

À l’occasion de cette sortie, le médiéviste donna divers entretiens médias. La citation du jour est issue de l’un d’eux. Daté de 2005, cet échange était conduit par François Busnel, pour le magazine Lire. Dés son introduction, l’occasion fut donnée à l’historien de revenir sur ces fameux « âges des ténèbres » (Dark ages) longtemps utilisé pour caractériser le moyen-âge, tout en engouffrant à leur traîne, de nombreux préjugés ou visions erronés à son encontre.

Pour qui s’est déjà penché sur le monde médiéval (sa réalité, sa complexité, ses mentalités, ses innovations,…) cet extrait-citation n’apportera pas grand chose de nouveau, ni révolutionnaire. Pour les autres, elle aura le mérite de fixer les choses, en clarifiant l’origine de certaines idées reçues sur cette période. Jacques Le Goff y fait aussi référence à quelques-uns de ses pairs et à l’héritage dans lequel il s’inscrit, de Marc Bloch à Braudel. La liste est loin d’être exhaustive. De nombreux historiens médiévistes sérieux ont contribué, depuis, à balayer les idées reçus à propos du moyen-âge.


Pourquoi le Moyen Âge a-t-il si longtemps été considéré comme un âge de ténèbres ?

— C’est à la Renaissance que l’on a commencé à le considérer ainsi. Puis les philosophes du XVIIIe siècle ont vu en cette période un âge de foi grossière et de mœurs barbares. Pensez que l’on a donné au principal style artistique du Moyen Age le nom de « gothique », qui voulait dire « barbare »! Les humanistes et les philosophes n’ont pas su trouver ce qu’était la pensée profonde du Moyen Age, ce que l’on appellerait aujourd’hui les valeurs de la civilisation médiévale. Ces dernières ont été redécouvertes au XXe siècle, lorsque des historiens comme Marc Bloch, Fernand Braudel et, plus modestement, moi-même, ont regardé les créations médiévales, lu les textes et se sont aperçus qu’il s’agissait d’une période d’une exceptionnelle créativité.

Extrait d’un entretien au magazine Lire – numéro 335 mai 2005 – François Busnel (retrouver la suite de cet entretien sur l’Express)


En vous souhaitant une bonne journée.

Frédéric EFFE
Moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

NB : sur l’image de couverture, à l’arrière plan de Jacques le Goff, l’enluminure est tirée du manuscrit médiéval Français 6465 : Chroniques de Saint-Denis ou Grandes Chroniques de France. Elle représente le sacre de Charlemagne par le pape Léon III en l’an 800. L’ouvrage, daté du XVe siècle, est actuellement conservé au département des manuscrits de la BnF. Gallica en propose également un exemplaire numérisé à la consultation.

l’adoubement du chevalier au moyen-âge, Régine Pernoud

Sujet : citations médiévales, histoire médiévale, historien, médiéviste, moyen-âge, chevalerie, chevalier, adoubement, cérémonie, citations.
Période : moyen-âge central
Auteur : Régine Pernoud  (1909-1998)
Ouvrage : Lumière du Moyen Age ( Grasset, 1981)



« Du futur chevalier, on exige des qualités précises, que traduit le symbolisme des cérémonies au cours desquelles on lui décerne son titre. Il doit être pieux, dévoué à l’Église, respectueux de ses lois : son initiation débute par une nuit entière passée en prières, devant l’autel sur lequel est déposée l’épée qu’il ceindra. C’est la veillée d’armes, après laquelle, en signe de pureté, il prend un bain, puis entend la messe et communie. On lui remet alors solennellement l’épée et les éperons, en lui rappelant les devoirs de sa charge : aider le pauvre et le faible, respecter la femme, se montrer preux et généreux; sa devise doit être « Vaillance et largesse ». Viennent ensuite l’adoubement et la rude « colée », le coup de plat d’épée donné sur l’épaule : au nom de saint Michel et de saint Georges, il est fait chevalier. »

Lumière du Moyen-âge, Régine Pernoud.

Une belle journée à tous

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Retrouvez d’autres citations et articles au sujet de Régine Pernoud.

NB : l’enluminure, en arrière plan de Régine Pernoud sur l’image d’en tête, est tirée du Manuscrit médiéval MS Français 112 – 1, conservé au département des manuscrits de la BnF (consultez le ici sur Gallica). Elle représente l’adoubement de Lancelot du Lac par le roi Arthur (« comment Lancelot fut fait Chevalier… ») Le manuscrit, daté de 1470, est une compilation des légendes arthuriennes par Micheau Gonnot.

éloge du dépouillement aux temps médiévaux avec Jacques Le goff

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Sujet : citation, moyen-âge chrétien, représentations médiévales, historien médiéviste, mentalités médiévales, capitalisme, mobilité des richesses, valeurs du moyen-âge
Période : moyen-âge central, long moyen-âge
Auteur : Jacques le Goff (1924-2014)
Livre : La civilisation de l’Occident médiéval  (1964)

Bonjour à tous,

ous retrouvons, aujourd’hui, une citation de Jacques le Goff extraite de La civilisation de l’Occident médiéval, parue en 1964. Comme on le verra, cet extrait éclaire assez bien de nombreux textes médiévaux que nous avons déjà eu l’occasion de publier.

Il y est question d’un moyen-âge des valeurs qui fait l’apologie de la nature transitoire du passage en ce monde, du détachement du monde matériel, de l’importance des bonnes œuvres, de la charité, etc… Du même coup, ce monde médiéval freine aussi des quatre fers sur l’usure (dans son principe et plus encore dans ses abus) et montre aussi du doigt des travers tels que la cupidité, l’avidité ou encore la course permanente aux possessions, à l’accumulation d’avoirs et de richesses, etc… : autant de choses qui se situent à des lieues du capitalisme en terme de mentalités, même si, il faut le dire, des développements économiques ont eu lieu au moyen-âge qui se sont appuyés sur l’emprunt, le profit et certaines formes de « croissance ».

Importance du salut & passeport pour le ciel

« …Pour ceux enfin qui ne sont pas capables de cette pénitence finale (érémitisme), l’Église prévoit d’autres moyens d’assurer leur salut. C’est la pratique de la charité, des œuvres de miséricorde, des donations, et pour les usuriers et tous ceux dont la richesse a été mal acquise la restitution post mortem. Ainsi le testament devient le passeport pour le ciel.

Si l’on n’a pas bien présentes à l’esprit l’obsession du salut et la peur de l’enfer qui animait les hommes du Moyen Age, on ne comprendra jamais leur mentalité et on demeurera stupéfait devant ce dépouillement de tout l’effort d’une vie cupide, dépouillement de la puissance, dépouillement de la richesse qui provoque une extraordinaire mobilité des fortunes et manifeste, fût-ce in extremis, combien les plus avides de biens terrestres parmi les hommes du Moyen Age finissent par mépriser toujours le monde, et ce trait de mentalité qui contrarie l’accumulation des fortunes contribue à éloigner les hommes du Moyen Age des conditions matérielles et psychologiques du capitalisme. »

Jacques le Goff –  La civilisation de l’Occident médiéval  (1964)


Jacques le Goff rejoint donc, ici, ce constat de mentalités chrétiennes médiévales aux antipodes de l’esprit capitalistique, tout en plaçant ces dernières sur un terrain psychologique relativement connoté. S’il va, en effet, jusqu’à parler « d’obsession » du salut chez l’homme médiéval, il se réfère, toutefois, à la définition vulgarisée du terme et pas à la notion psychiatrique et clinique. Un peu plus loin, le médiéviste mettra d’ailleurs l’emphase sur une attraction plus positive, en parlant « d’aspiration des hommes du Moyen Age vers le bonheur du salut, de la vie éternelle ».

Dans tous les cas, il nous suggère que ces « pôles » et cette recherche de salut débordent du simple plan des représentations, de la morale, de la croyance et de la foi pour s’incarner sur le terrain de la conscience et des émotions au point de devenir un moteur qui agit même sur la circulation des richesses. Ses lignes sont assez claires et on s’offre souvent un passeport pour le ciel, en désignant une partie des bénéficiaires testamentaires en la personne de monastères, d’évêchés, de dignitaires ou d’établissements ecclésiastiques.

Comme l’historien nous l’indique, l’Église fait aussi la promotion de ses façons de sauver son âme (cela reste, dans le principe, cohérent avec les Evangiles : pour y suivre le Christ, il faut se défaire du superflu et, pour le reste, les moines, autant que les prêtres sont aussi censés prier pour le salut et le repos des âmes les plus chrétiennes). De notre côté, il nous semble utile d’ajouter qu’on ne doit pas sous-estimer, dans l’ensemble de ce phénomène, le fait que la religion chrétienne est profondément intériorisée chez l’homme médiéval.

Sur le terrain des mêmes valeurs, on pourra voir, entre autres articles : Les réflexions d’un pêcheur, (auteur anonyme), Vivre du sien et non nuire à autrui (Eustache Deschamp), L’histoire de l’homme qui traverse la Rivière (ou l’exemple XXXVIII du le comte Lucanor de Don Juan Manuel).

En vous souhaitant une bonne journée.

Frédéric EFFE
Moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

NB : l’image en-tête d’article est tirée d’une miniature tirée de l’ouvrage impr. Rés. SA 3390 : Compost et calendrier des bergers. Elle représente le supplice réservé aux envieux. Daté de la fin du XIVe siècle, ce beau manuscrit du moyen-âge tardif est conservé à la Bibliothèque municipale d’Angers et consultable en ligne ici.

Bestiaire : Une histoire du taureau par Michel Pastoureau

Sujet   : bestiaire, animaux, monde médiéval, histoire, anthropologie, histoire culturelle, symbole, taureau, anthropologie, médiéviste.
Période : antiquité à nos jours
Ouvrage : Le Taureau, une histoire culturelle (Edition du Seuil, 2020)
Auteur : Michel Pastoureau
Média : entretien à la librairie grande librairie Mollat, Bordeaux Novembre 2020

Bonjour à tous,


e l’histoire des couleurs à celle des animaux et leurs différentes symboliques à travers le temps, l’historien médiéviste Michel Pastoureau nous a habitué à s’intéresser à des sujets qui trouvent toujours un bel écho auprès du grand public.

Ses derniers travaux ne dérogent pas à la règle et nous entraînent, à nouveau, du côté des bestiaires : après l’ours, le loup ou encore le cochon, c’est, cette fois, à l’histoire du taureau qu’il s’attaque dans un ouvrage paru au Seuil, en octobre 2020. Reçu à la grande librairie Mollat de Bordeaux, en Novembre dernier, le médiéviste y partageait quelques unes des idées qu’il expose dans ce livre intitulé : Le Taureau, une histoire culturelle.


Une histoire du taureau à travers les âges

De l’auroch primitif de nos peintures rupestres aux premiers bovidés domestiqués et jusqu’à des temps plus modernes, on suivra, ici, Michel Pastoureau sur les traces du taureau à travers les âges. A sa manière habituelle, il puisera autant dans les outils de sa discipline première, l’histoire, que dans ceux de l’anthropologie et de l’ethnologie : en mêlant étude des textes, des mythes, de l’art ou encore du langage, il partira en quête des représentations culturelles et symboliques autour de l’animal, dans un style toujours très accessible.

Vous pouvez vous procurer l’ouvrage sur le site Mollat.com ou encore au lien suivant : Le Taureau. Une histoire culturelle

On découvrira que, longtemps après sa domestication, le taureau a conservé une réputation de puissance qui l’a placé haut, dans les rangs des bestiaires. Ainsi, ce bovidé qu’on ne châtre pas, « le plus sauvage de nos animaux domestiques » selon Buffon (dont Pastoureau reprend la formule), a connu ses belles heures de gloire et même des cultes qui l’ont élevés et vénérés : force, énergie, fertilité, principe mâle et guerrier par excellence, l’animal est admiré en méditerranée et au proche orient, déjà des milliers d’années avant notre ère.

Dans ce que Pastoureau nomme le bestiaire central, le Taureau se disputera même, quelquefois, la première place avec l’ours ; c’est dire si la robustesse et la vigueur du bovidé ont été reconnues par les nombreuses cultures et territoires sur lesquels on peut le trouver.

Le taureau dans le monde médiéval

Paradoxalement, si les bestiaires du médiéviste avaient, jusque là, ménagé une belle place à sa période de prédilection, l’histoire du taureau au moyen-âge est, un peu plus, celle d’une absence et d’un recul.

Boeuf, Bestiaire, Royal MS 12 C XIX, B library

S’il était présent dans un grand nombre d’histoires de la mythologie gréco-romaine, l’avènement du christianisme le verra, en effet, reléguer à l’arrière plan, en terme cultuel ; le monde médiéval chrétien lui préfèrera, de loin, son double assagi, travailleur et pacifié : le bœuf, celui de la nativité, le compagnon de Saint Luc, ou encore la puissante bête de somme au travail,… Si le taureau est un peu éclipsé, durant le moyen-âge, la grand famille des bovidés n’est pas en reste. Aux côtés du bœuf, viendront s’adjoindre le veau, la vache et leur cohorte de symboles d’opulence, de richesse ou, même encore, de docilité.

Sous cette mise en sommeil relative, la réputation de puissance de taureau ne sera pas, pour autant, décriée. Pour en témoigner, on se souviendra de la fable de Don Juan Manuel dans son Comte de Lucanor : De ce qu’il advint au lion  et au taureau. Dans cette histoire, inspirée du Pañchatantra (ouvrage sanscrit du 3e siècle avant notre ère), l’auteur médiéval espagnol nous contait que le taureau et le lion avaient, un jour, formé une alliance sans précédent, soumettant ainsi toutes les créatures animales des règnes sauvage et domestique. Au terme de la fable, les deux grands seigneurs finiront renversés par les manœuvres traitresses de conseillers perfides mais la fable s’accorde, tout de même, pour élever le taureau en souverain redouté du monde des herbivores, face au lion prédateur carnivore.


Pour conclure sur l’ouvrage de Michel Pastoureau, le médiéviste nous gratifiera encore d’un détour sur l’histoire moderne du taureau. Il y fera la chasse à certaines idées reçues, en revenant sur la naissance autour des XVIIe, XVIIIe siècles, de la tauromachie. Assez loin des jeux que les romains avaient réservés, en leur temps, à l’animal, ce retour de popularité du taureau continue, plus que jamais, de faire polémique.

Voir nos autres articles au sujet de Michel Pastoureau.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

PS : l’enluminure du taureau en-tête d’article, ainsi que celle du bœuf (dans le corps du texte) sont tirées du manuscrit Royal MS 12 C XIX conservé à la British Library (à consulter en ligne ici). Daté du début du XIIIe siècle ( 1200-c 1210), ce beau bestiaire a pour titre : Bestiarum uocabulum proprie conuenit Incipit : liber de naturis bestiarum et earum significationibus.