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Manuscrit de Bayeux, amour et frivolité au renouveau printanier

Sujet :  chanson, musique, manuscrit de Bayeux, renouveau, moyen français, chant polyphonique, français 9346.
Période  : Moyen Âge tardif (XVe s), Renaissance.
Titre : Vecy le may.
Interprètes  :  Ensemble Obsidienne et Ensemble Ligérianes
Album : Chansons traditionnelles de France : Manuscrit de Bayeux (2021).

Bonjour à tous,

la faveur du calendrier, nous partons à la découverte d’une nouvelle chanson empreinte de bonne humeur et de légèreté tirée du manuscrit de Bayeux.

Au XVIe siècle, ce codex richement orné proposait un peu plus de cent pièces annotées musicalement, prises dans des registres assez variés : chansons pastorales et populaires, pièces évocatrices de batailles, chansons humoristiques et à boire ou encore chansons autour du sentiment amoureux. La plupart fut composée dans la deuxième partie du XVe siècle. Le manuscrit date, quant à lui, du siècle suivant et a appartenu à Charles III de Bourbon.

"Vecy le may", dans le joli manuscrit enluminé de Bayeux - ms français 9346, chansonnier de Bayeux
La chanson « Vecy le mai » dans le chansonnier de Bayeux – ms fr 9346 (à consulter sur Gallica)

« Vecy le mai », une chanson légère
loin de la courtoisie

La pièce du jour nous entraîne à la célébration du renouveau et du plus joli mois de l’année. Au Moyen Âge, mai est le temps des espoirs renaissants, des énergies nouvelles et des amourettes. Nous disons bien amourettes car nous sommes clairement à la Renaissance ici et le ton de la chanson est bien plus proche de la légèreté des pièces du XVe siècle que de la Fine Amor ou de la courtoisie très codifiée des XIIe et XIIIe siècles.

Dans cette chanson, point de contrition, ni de mortification à l’idée d’essuyer un refus. L’amant ne se meurt pas. Il propose d’offrir une couronne de fleurs à sa mie en témoignage de son amour mais si elle n’en veut point, rien de bien fâcheux. Il lui trouvera bien vite une remplaçante.

La courtoisie du loyal amant a cédé la place au badinage du courtisan. On est bien plus proche d’ouvrages comme La Fleur de poésie françoyse ou de certaines pièces de l’école marotique (voir par exemple Récréation et passe-temps des tristes) que de l’art des premiers troubadours ou trouvères consommés à la lyrique courtoise. Peut-être le registre est-il aussi plus populaire et moins allégorique.

Vecy le mai interprété par les ensembles de musique médiévale Obsidienne & Ligérianes

Les ensembles Obsidienne & Ligérianes
à la découverte du manuscrit de Bayeux

En 2021, l’ensemble Obsidienne sous la direction d’Emmanuel Bonnardot s’associait à l’ensemble vocal Ligérianes de Gilles Demurger pour proposer un album tout entier dédié au Manuscrit de Bayeux.

"Chansons traditionnelles de France, Manuscrit de Bayeux" (2021), le CD et sa pochette.

Sous le titre « Chansons traditionnelles de France : Manuscrit de Bayeux« , cette production propose pas moins de 24 titres pour des interprétations de belle facture et près de 59 minutes d’écoute.

L’album est assez récent et vous pourrez donc, sans trop de problème, le trouver chez votre disquaire préféré ou même sur le site officiel de l’ensemble Obsidienne (obsidienne.fr). A défaut, il est également disponible à la vente au format CD ou dématérialisé sur les plateformes en ligne : voici un lien utile à cet effet.

Musiciens ayant participé à cet album

Florence Jacquemart (chant, flûtes, cornemuses), Hélène Moreau (chant, psaltérion, tambour à cordes) Camille Bonnardot (chant, vihuela, citole, ), Ludovic Montet (chant, tympanon, percussions), Emmanuel Bonnardot (chant, rebec, vièle à archet).


« Vecy le jolly moys de mai« 
dans le moyen français du Ms de Bayeux

Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Au jardin mon pere entrai,
Vecy le may, le jolly moys de may,
Trois fleurs d’amour y trouvai
En la bonne estraine
(bonne chance, bonne fortune),
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine
(nous amuse, nous rend joyeux).
Qui nous demeine.

Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Troys fleurs d’amour y trouvay
Vecy le may, le jolly moys de may,
Un chapelet
(couronne de fleurs) en feray
En la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

Ung chapelet en feray
Vecy le may, le jolly moys de may
A m’amye l’envoyerai
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

A m’amye l’envoyeray,
Vecy le may, le jolly moys de may.
S’i le prent, bon gré luy sçay
A la bonne estraine,
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

S’i le prent, bon gré luy sçay,
Vecy le may, le jolly moys de may
Ou sinon, renvoye le may
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.

Ou sinon, renvoye le may
Vecy le may, le jolly moys de may,
Une aultre amye en feray
A la bonne estraine.
Vecy le may, le jolly moys de may
Qui nous demeine.
Qui nous demeine.


Pour tous nos articles sur les chansons du manuscrit de Bayeux, c’est ici.

Sur le thème courtois du renouveau et du printemps, voir aussi :

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

A l’approche de Noël, une sélection de riches enluminures médiévales

Bonjour à tous,

l’approche des fêtes de Noël qui verront encore de nombreux chrétiens dans le monde célébrés la nativité, nous vous proposons une sélection de quelques belles enluminures médiévales sur ce thème. Cela nous donnera aussi l’occasion de découvrir quelques précieux manuscrits et codex d’époque.

Les représentations de la nativité aux temps médiévaux

Au Moyen Âge, les bibles, les livres d’heures et les psautiers sont nombreux. Si certains sont assez modestes et de peu d’ornements, on en trouve d’autres commandités par de riches et puissants seigneurs et enluminés par les plus grands artistes de leur temps.

Difficile, dans ces circonstances, de faire un choix parmi la pléthore d’enluminures qui ne demandent qu’à sortir de leurs manuscrits. C’est d’autant plus vrai que, pour notre plus grand plaisir, les bibliothèques les plus prestigieuses comme la BnF, le KBR muséum, la British Library et d’autres encore proposent, désormais, une bonne partie de leurs manuscrits anciens à la libre consultation en ligne.

De notre côté nous avons fait notre sélection d’enluminures, sur différentes périodes et, après d’agréables recherches, voici quatre de nos coups de cœur.

La Nativité dans le prestigieux manuscrit médiéval Français 2810 de la BnF

Une enluminure de la nativité et de Bethléem dans le ms 2810 de la BnF
La nativité dans le Livre des Merveilles de Marco Polo ou Ms Français 2810 (à voir sur Gallica)
Le feuillet complet du ms Français 2810 et la scène de la Nativité tirée du "Liber peregrinationis" de Riccold de Monte di Croce.

La première enluminure de notre sélection provient d’un manuscrit qui diffère des habituels bibles ou psautiers communs au Moyen Âge. Le ms Français 2810 contient, en effet, un certain nombre de textes médiévaux dont le principal reste « Le Livre des Merveilles » du célèbre Marco Polo.

Ce codex, richement enluminé et daté du XVe siècle, est passé dans des mains prestigieuses. Un de ses premier possesseur et contributeur fut même rien moins que le duc de Bourgogne Jean sans peur.

Ici, l’enluminure de la vierge et du christ illustre un passage du « Liber peregrinationis » du moine Riccold de Monte di Croce, récit que l’on trouve également transcrit et traduit dans ce codex. En 1300, le dominicain italien avait fait un long voyage en Orient en passant notamment par les lieux sacrés du christianisme. Le passage de son récit concerne ici Bethléem et l’enluminure traite à la fois de la nativité, de l’annonciation aux bergers et de l’arrivée des rois mages.


Une incroyable enluminure du XVe siècle dans le Breviarium secundum ordinem Cisterciencium

Une enluminure de la nativité dans le Bréviaire de Martin d'Aragon ou manuscrit Rothschild 2529 de la BnF
La nativité, enluminure du Moyen Âge tardif dans le Rothschild 2529 (consulter sur Gallica)
La feuillet entier du manuscrit Rothschild 2529 de la BnF et sa riche enluminure sur la nativité.

Autrement connu sous le nom de Bréviaire de Martin d’Aragon, le manuscrit Rothschild 2529 est un autre manuscrit médiéval superbement enluminé.

Daté de la fin du XIVe et des débuts du XVe siècle, il est également conservé au département des manuscrits de la BnF.

Ici, la scène de la nativité est richement détaillée dans un style qui est déjà plus renaissant que médiéval. On y trouve tous les détails caractéristiques de la naissance du Christ, ainsi qu’un berger non loin. Son intégration à un riche réseau de décorations et de frises qui courent sur l’ensemble du feuillet la rend encore plus exceptionnelle.


La nativité dans le manuscrit Arundel Ms 157, dit Psautier à Marie de la British Library

Une enluminure de la Nativité tirée du Psautier de Marie ou Arundel Ms 157 de la British Library
Une belle enluminure de la Nativité daté du XIIIe siècle dans le Arundel ms157 de la British library
Le feuillet complet du psautier Arundel Ms 157 avec l'enluminure de la nativité et en dessous l'annonciation aux bergers.

La troisième enluminure de notre sélection provient d’un livre religieux en Anglo-Normand qui contient le livre des psaumes, le psaume de la vierge Marie et le Petit office de la Sainte Vierge.

Conservé à la British Library (et remis dernièrement en ligne sous forme digitale), ce manuscrit est daté du premier quart du XIIIe siècle.

Beaux drapés et style vivant sont au rendez-vous de cette nativité qui partage son feuillet parcheminé avec une annonciation aux bergers sur fond doré.


La nativité dans le ms 14 ou psautier de Bruges

Enluminure de la Nativité tirée du ms 14 ou psautier de Bruges.
Enluminure de la Nativité dans le psautier de Bruges (ms 14) Paul Getty Museum
Le feuillet complet du ms 14 et son Enluminure de la Nativité.

Notre dernière enluminure de la nativité provient d’un autre livre de psaumes daté du XIVe siècle et de la fin du Moyen Âge central.

Sous la référence ms 14, ce psautier qui avait longtemps appartenu à l’abbaye Notre-Dame de l’Étoile de Montebourg a été acquis, depuis le milieu des années 80, par le J. Paul Getty Museum de Los Angeles.

Concernant l’enluminure de la nativité qui occupe une pleine page de ce manuscrit, il s’en dégage une une joie et une émotion toute particulières qui contrastent, de manière assez plaisante, avec la fréquente dévotion réservée à cette scène, ce qui prouve que les deux sont loin d’être incompatibles.


En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour Moyenagepassion.com.
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Rondeau : « De triste cœur chanter joyeusement », Christine de Pizan

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Sujet  : rondeau, poésie courte, poésie médiévale,  auteur(e) médiéval(e), deuil, oxymore, tristesse.
Auteur  :  Christine de Pizan (Pisan) (1364-1430)
Période : Moyen Âge central à tardif
Ouvrage :   Œuvres poétiques de Christine de Pisan, publiées par Maurice Roy, Tome 1 (1896)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous partons pour le Moyen Âge tardif à la découverte d’un joli rondeau de Christine de Pizan. Si la grande auteur(e) du XIVe siècle nous a légué un héritage riche et varié, loin de s’y réduire, la tristesse et le deuil ne manquent pas de traverser son œuvre. La poésie courte du jour nous en fournira un nouvel échantillon.

Le choix de l’écriture

Le deuil frappa Christine de Pizan assez jeune puisqu’elle devint veuve à l’âge de 25 ans. Son mari Étienne de Castel, secrétaire du roi, fut alors emporté par une des funestes épidémies de peste qui sévissaient en cette fin de XIVe siècle.

Fille de Tommaso di Benvenuto da Pizzano, médecin, astrologue et savant à la cour de Charles V, Christine avait hérité du gout des lettres et d’une éducation qui lui avait permis de se faire quelques premières armes. Mère de trois enfants au moment de son veuvage, elle fit le choix de rester seule et de s’adonner pleinement à l’écriture pour pouvoir subsister.

L’affaire lui réussit. Son talent aidant, elle compta même parmi les premières auteures du Moyen Âge à vivre de sa plume. Plus de deux siècles après Marie de France, elle s’inscrivit donc, à son tour, au panthéon des premières femmes écrivains de langue française.

Une œuvre variée et prolifique

Christine de Pizan nous a laissé une œuvre prolifique dans laquelle elle aborde les sujets les plus divers : traités politiques et de bon gouvernement, éducation et morale, poésies courtoises, rôle de la femme dans la société de son temps, … Ces derniers écrits en ont même fait une des égéries du féminisme. Elle est souvent considérée comme une pionnière en la matière, au risque quelquefois de s’y trouver un peu réduite.

Froissard, Deschamps, Petrarque, Boccace, …, les auteurs talentueux ne manquent pas au temps de Christine de Pizan. Si elle eut d’abord quelques difficultés à être distinguée par les érudits de littérature médiévale, la postérité lui a depuis rendu justice 1. Aujourd’hui, on continue de l’étudier abondamment et de découvrir ses écrits.

Christine de Pisan, rondeau et enluminure médiévale de la poétesse et philosophe

Un rondeau doux-amer sur la réalité du deuil

Comment allier tristesse et joie ? Comment cacher son deuil en se montrant sous un jour plus joyeux ? Quand on connait la vie du Christine de Pizan, la poésie du jour ne peut qu’avoir des résonnances autobiographiques. Le poids du deuil et les difficultés qui s’ensuivirent ont, en effet, pesé lourdement sur sa situation.

Sur la forme, ce rondeau joue un peu sur le tableau des oxymores et des contradictions chères à un François Villon ou un Charles d’Orléans. Signe précurseur d’une époque ? On se souvient d’un concours de poésie à Blois, un peu plus tard dans le temps. Entourés de quelques autres poètes, le duc d’Orléans et l’enfant terrible de la poésie « mourraient alors de soif auprès de la fontaine ».

Cette contradiction du « triste cœur » de Christine de Pizan qui déploie tous les efforts pour « chanter joyeusement » ne peut manquer d’évoquer un certain goût de cette période pour ces belles figures de style.

De triste cuer chanter joyeusement
un rondeau de Christine de Pizan

De triste cuer chanter joyeusement
Et rire en dueil c’est chose fort a faire,
De son penser monstrer tout le contraire,
N’yssir doulz ris de doulent sentement.

Aini me fault faire communement,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste cuer chanter joyeusement.

Car en mon cuer porte couvertement
Le dueil qui soit qui plus me puet desplaire,
Et si me fault, pour les gens faire taire;
Rire en plorant et très amerement
De triste cuer chanter joyeusement.


NB : l’enluminure utilisée pour l’en-tête de cet article et pour notre illustration est tirée du Harley MS 4431 ou Book of the Queen. Ce manuscrit médiéval, daté des débuts du XVe siècle, est actuellement conservé à la British Library. Depuis le hack des collections de la BL il y a quelque temps ce manuscrit n’a pas encore été remis en ligne. Vous pouvez cependant trouver un article à son sujet sur le blog de la prestigieuse bibliothèque anglaise.


En vous souhaitant une belle journée.
Fred

Pour Moyenagepassion.com
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Notes

  1. Voir Christine de Pizan : du bon usage du deuil , Yvan G Lepage, revue @nalyses, hiver 2008 (télecharger le pdflien alternatir) ↩︎

En mai, une chanson courtoise du Manuscrit de Bayeux

Sujet :  chanson, musique, manuscrit de Bayeux, poésie courtoise, renouveau, moyen français, chant polyphonique.
Période  : Moyen Âge tardif (XVe), Renaissance.
Auteur :  Antoine de Févin  (1470-1511?)
Titre : Il faut bien aimer l’oiselet, on doit bien aymer l’oysellet
Interprète  :  The Newberry Consort
Album : De Villon à Rabelais (2006).

Bonjour à tous,

lors que mai, le mois annonciateur des beaux jours, s’enfuit déjà, nous essayons de le retenir encore un peu avec une chanson polyphonique de la toute fin du XVe siècle. Tirée du manuscrit de Bayeux, cette jolie pièce de l’hiver du Moyen Âge renoue avec la tradition lyrique courtoise initiée par les troubadours d’oc, bientôt suivis par les trouvères du nord de France.

Dans la poésie médiévale et dans l’art du Trobar, mai est le mois par excellence du renouveau printanier. Arbres qui reverdissent, fleurs nouvelles, oiselets gazouillant dans les bosquets, pour les poètes et les amants courtois, c’est aussi le temps le plus propice pour rêver d’amour et de nouvelles amourettes.

L’invitation d’un rossignol à chanter l’amour

Si cette chanson nous transporte à la fin du XVe siècle, comme dans de nombreuses chansons et pièces médiévales courtoises, c’est encore l’oiseau et son chant qui égayera, ici, le poète. « Il faut l’aimer » nous dit-il car il inspire les amants courtois par son chant amoureux.

Point de douleur ni de souffrance pour le loyal amant dans cette chansonnette renaissante. Le ton reste léger même si l’auteur nous rappelle que les médisants sont toujours à l’affut pour gâcher le plaisir des amants et leurs possibles idylles 1. Pas de courtoisie sans éternels jaloux : en amour médiéval, tout, même la nouveauté, semble décidemment se poser comme un éternel recommencement (voir La notion de nouveauté au Moyen Âge avec Michel Zink).

Au sources manuscrites de cette chanson

Pour les sources manuscrites, on pourra retrouver cette chanson dans le Manuscrit de Bayeux. Parfaitement conservé à la BnF sous la référence Français 9346, cet ouvrage du XVIe siècle joliment enluminé présente un peu plus de cent chansons annotées, sur des thèmes variés.

Au titre d’autres manuscrits d’intérêt, « il fait bon aimer l’oiselet » est aussi présent dans le Chansonnier de Françoise de Foix de la British Library. Sous la référence Ms. Harley 5242, cet ouvrage du XVIe siècle présente des œuvres de divers compositeurs de la fin du XVe siècle au début du XVIe : Jean-Marie Poirier, Pierre de La Rue, Alexander Agricola et Antoine de Févin auquel est attribuée la chanson du jour.

"On doit bien aimer l'Oiselet" , sa partition et ses enluminures, dans le ms Français 9346 ou manuscrit de Bayeux;
« On doit bien aimer l’Oiselet » Français 9346 ou Manuscrit de Bayeux (voir sur Gallica);

Le compositeur Antoine de Févin

Concernant cette chanson polyphonique à trois voix, elle est communément attribuée à Antoine de Févin. Tantôt, il en est considéré comme le compositeur, tantôt l’harmonisateur.

Au début du XVIe siècle, ce compositeur natif d’Arras officiait à la cour de Louis XII comme chanteur et comme prieur. On a souvent comparé sa musique à celle de Josquin des Prés dont il a pu être le disciple. Comme ce dernier, Antoine de Févin est rattaché à l’Ecole musicale franco-flamande et développe un goût marqué pour la polyphonie. Il laisse une œuvre riche de nombreuses messes, motets et pièces liturgiques en latin, mais également quelques dix-sept chansons polyphoniques en moyen français2 .

Pour la version en musique de notre chanson du jour, nous traversons l’Atlantique à la rencontre du Newberry Consort.

Le Newberry Consort
Musique du Moyen-Âge au XVIIe siècle

Le Newberry Consort a été formé en 1986 à Chicago, sous l’impulsion du musicologue Howard Mayer Brown et de la multi-instrumentiste passionnée de musiques anciennes Mary Springfels.

Mary Springfels, passion musiques anciennes

Durant ses 40 ans de carrière, la formation a exploré un répertoire musical qui va du Moyen Âge central jusqu’au XVIIe siècle, en incluant la période renaissante et baroque (voir plus d’informations ici). Très orienté sur l’ethnomusicologie et la volonté de partage des musiques anciennes, le Newberry Consort est également attaché à un certain nombre d’universités de la région de Chicago dans lesquelles il se produit régulièrement. L’ensemble propose également ses concerts et ses programmes aux Etats-Unis, au Canada ou au Mexique.

La Discographie du Newberry Consort

La discographie du Newberry Consort peut parâitre un peu chiche pour un ensemble qui affiche plus de 40 ans de carrière mais la formation semble se concentrer particulièrement sur ses concerts et performances scéniques. Sur son site officiel , on pourra trouver un peu plus d’une dizaine d’albums pris dans des répertoires assez éclectiques. La sélection déborde largement le Moyen Âge pour inclure la renaissance, l’ère baroque et le XVIIe siècle, ce qui en fait aussi toute la richesse.

A travers ces productions, le Newberry Consort convie son auditoire à un voyage dans l’espace comme dans le temps. Musiques italiennes du Moyen Âge tardif et musiques de fêtes médiévales y côtoient les Cantigas d’amigo de Martin Codax, ou encore des musiques espagnoles du XVIIe siècle.

Pour citer quelques autres références pêle-mêle, on ajoutera des chansons irlandaises et anglaises de l’ère élisabéthaine ou la Missa de la mapa mundi de Johannes Cornago. Les musiques latino-américaines du XVIIe siècle trouvent également une belle place dans ce répertoire avec des musiques festives mexicaines du XVIIe siècle, ou les compositions baroques de Juan de Lienas.

De Villon à Rabelais, l’album

Villon to Rabelais, l'album de Newberry Consort (pochette)

A la charnière du Moyen Âge tardif et de la Renaissance, l’album « Villon to Rabelais, 16th Century Music of the Streets, Theatres, and Courts » (De Villon à Rabelais : musique de cours, de rue et de théâtre du XVIe siècle), propose 27 chansons pour 72 minutes d’écoute. On y trouvera des pièces anonymes mais aussi des compositions et chansons issues des répertoires de Johannes de Stokem, Clément Marot, Willaert, Adrian Busnois, ou encore Antoine de Févin, notre compositeur du jour.

Cet album est sorti originellement chez Harmonia Mundi, en 2006. En chinant un peu, vous pourrez sans doute le trouver sous forme CD chez votre meilleur disquaire. A défaut, il est disponible au format dématérialisé sur certaines plateformes de streaming légal. Voici un lien utile à cet effet : Villon to Rabelais au format MP3.

Membres du Newberry Consort sur cet Album

Mary Springfels (vielle, rebec, viole, direction), David Douglass (vielle, rebec), William Hite (tenor), Drew Minter (countretenor, harpe), Tom Zajac (bariton, harpe, instruments à vent, flûtes, cornemuse, percussions).


On doit bien aymer l’oiselet
dans le moyen français du XVe s

On doit bien aymer l’oiselet
Qui chante par nature
Ce mois de May sur le muguet
Tant comme la nuit dure.

Il faict bon escouter son chant
Plus que nul aultre en bonne foy
Car il resjouit mainct amant,
Je le sçay bien quand est à moy.

Il s’appelle roussignolet
Et mect tout sa cure
(soin)
A bien chanter et de bon het
(avec entrain),
Aussy c’est sa nature.

On doit bien aymer l’oiselet …

Le roussignol est sur le houlx
Que ne pence qu’à ses esbats
Le faulx jaloux s’y est dessoubz
Pour luy tirer un matteras
(trait)

La belle a qui il desplaisoit
3
Luy a dict par injure :
« Hellas, que t’avoit-il meffaict,
Meschante creature ? »

On doit bien aymer l’oiselet ….


Sur le thème courtois du renouveau et du printemps, voir aussi :

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes


NOTES

  1. Voir par exemple L’amour courtois contre les médisants, chanson Gace Brûlé ↩︎
  2. Détail de l’œuvre d’Antoine de Févin sur Musicologie.org ↩︎
  3. Variante : La belle qui faisoit le guet ↩︎