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Amors me fet conmencier, la courtoisie d’un roi trouvère

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Sujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi trouvère, roi poète, lyrisme courtois, trouvères, vieux-français, Oïl
Période  : moyen-âge central
Auteur  : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Titre :  « Amors me fet conmencier»
Interprètes  : Ensemble Athanor
Album :  Chansons de Thibaut de Champagne Roi-Trouvère (1201-1253) (1983).

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous invitons à nous suivre sur les rives du XIIIe siècle. Nous y poursuivrons l’exploration du répertoire musical du comte de Champagne, roi de Navarre et célèbre trouvère, Thibaut IV, rebaptisé également Thibaut le chansonnier.

Une chanson courtoise et légère

Amors me fet conmencier : le titre de cette composition annonce d’emblée la couleur. C’est le sentiment amoureux qui inspire notre trouvère et le pousse à écrire. Sur l’œuvre assez conséquente qu’il nous a léguée, on se souvient que plus de la moitié reste dédiée à la lyrique courtoise et à la fin’amor. Cette chanson en fait donc partie.

À l’habitude, l’engagement du prétendant à servir l’élue de son cœur est présenté comme total et qu’importe si cette dernière ne s’est pas encore prononcée en sa faveur. Dusse-t-il aller jusqu’à la mort, sans se dédire ni se désengager, l’amant courtois aura, au moins, la satisfaction d’avoir accompli sa quête et d’avoir servi dignement « Amors » et ses règles exigeantes. « Les observateurs pourront même en témoigner » : la réputation du roi trouvère comme loyal amant sera notoire et on est, ici, dans la recherche d’une légitimation sociale de la conduite courtoise, loin des « médisants » auxquels cette lyrique (souvent transgressive) nous a fréquemment habitué. La dame, elle, ses désirs et son bon vouloir, restent attendus et espérés. Elle est la maîtresse des horloges, comme le dit une expression à la mode, mais aussi de la décision.

Si tous les codes de l’amour courtois sont bien présents dans cette pièce du roi trouvère, on notera que le ton reste plutôt léger et optimiste. À tout le moins, il se montre moins « dolent » ou affecté que l’amant qu’on retrouve, parfois, dans certaines chansons courtoises de ce même moyen-âge central ; on pense à des auteurs plus fébriles et transis qui y présentent leur vie sur le fil, toute entière suspendue au désir de la belle, pour des chansons faisant un peu l’effet (passez-nous l’expression) d’être écrites du haut d’un pont. Entre ivresse de l’amour, impatience mortifère et morsures du désir inassouvi (dont l’amant courtois aime à se délecter), Thibaut semble, pour cette fois, avoir choisi son camp. On le retrouvera, ici, plus du côté de la joie que du « pathos » (modernisme hors contexte historique mais assumé). Pour verser un peu dans le marxisme — pas celui de Karl, mais celui de Groucho en médecin prenant le pouls d’un homme en se servant de la petite aiguille de sa montre (film A day at the race, 1937) « Soit cet homme est mort soit ma montre est arrêtée » — : soit la belle est à demi-acquise, soit notre noble chevalier est optimiste, soit il se situe totalement dans la distance de l’exercice littéraire.

Sources manuscrites médiévales

On retrouve cette chanson courtoise de Thibaut IV de Champagne dans un certain nombre de manuscrits d’époque. Pour vous la présenter avec sa notation musicale, nous avons opté ici pour le MS Français 24406. Cet ouvrage du XIIIe siècle, actuellement conservé au département des manuscrits de la BnF, contient sur 155 feuillets, 301 pièces de trouvères et d’auteurs du moyen-âge central : Adam de la Halle, Blondel de Nesle, Gace Brûlé, Guiot de Dijon et bien d’autres plumes des XIIe et XIIIe siècles s’y trouvent présentées. Si vous en souhaitez le détail, le manuscrit est consultable sur Gallica. Vous pourrez également trouver l’ensemble de ces auteurs, jeux partis, textes et chansons référencés dans la Bibliographie des Chansonniers Français des IIIe et XIVe siècles signé de Gaston Reynaud (1884).

Pour la transcription en graphie moderne, nous nous appuyons sur l’ouvrage Les chansons de Thibaut de Champagne, roi de Navarre. Édition critique publiée par A. Wallensköld (1825, aux éditions Champion).

La belle version de l’ensemble Athanor

L’ensemble Athanor et Laurent Aubert

On retrouve Laurent Aubert à la création de cet ensemble suisse formé vers la fin des années 70. Voyageur, chercheur, ce musicien et anthropologue, c’est, jusqu’à nos jours, un artiste bien connu de la scène de l’Ethnomusicologie et des Musiques du Monde. Il est également à l’initiative de la revue des Cahiers d’ethnomusicologie et auteur de nombreux ouvrages de référence dans ce domaine. Il a également été en charge du Musée Ethnographie de Genève (MEG) pendant près d’une décennie.

En réalité, si Athanor s’est dédié principalement aux musiques médiévales, elles ne représentent qu’un aspect de la longue carrière de Laurent Aubert. Ce dernier s’est consacré intensément à leur pratique à la sortie de ses études, avec sa formation mais aussi en collaborant avec d’autres grands noms de la scène médiévale : Thomas Binkley, Jordi Savall et Montserrat Figueras, Paul van Nevel, l’ensemble Huelgas,,.. Pourtant, cette longue parenthèse de 10 ans n’a été que le prélude à bien d’autres aventures et l’appel du large l’a bientôt entraîné sur d’autres terrains (Népal, Afghanistan). Il s’y est passionné des musiques traditionnelles du monde, au sens large et c’est autour de ces dernières, de leur défense et de leur diffusion, qu’il a forgé la majeure partie de sa carrière.

L’album « Chansons de Thibaut de Champagne »

En 1983, l’ensemble Athanor proposait au public L’album Chansons de Thibaut de Champagne Roi-Trouvère (1201-1253). Bien centrée sur son sujet, cette production propose neufs chansons empruntées au répertoire médiéval du roi de Navarre. On y trouvera une sélection assez variée du point de vue thématique : amour et lyrique courtoise, tenson, chant de croisade, mais aussi des compositions plus pieuses.

L’album est sorti originellement en vinyle mais il semble aujourd’hui difficile à trouver dans ce format. Si des versions CD ont pu exister, elles se sont, elles-aussi, raréfiées. Par les vertus du numérique, on peut toutefois trouver l’ensemble de l’album et de ses pièces à la vente, au format dématérialisé MP3. Voir le lien suivant pour plus d’informations : Les Chansons de Thibaut de Champagne roi-trouvère par Athanor.

Membres ayant participé à cet album

Catherine Berthet (voix, violon), Michael Leonhardt (voix, harpe médiévale, percussions), Laurent Aubert (luth, percussions), André Jecquier (flûte, percussions), Emmanuelle Thornton-Bolle (violon).


Amors me fet conmencier
en langue d’oïl et français actuel

Amors me fet conmencier
Une chançon nouvele,
Qu’ele me veut enseignier
A amer la plus bele
Qui soit el mont vivant:
C’est la bele au cors gent,
C’est cele dont je chant.
Deus m’en doint tel nouvele
Qui soit a mon talent!
Que menu et souvent
Mes cuers por li sautele.

Amour me fait commencer
Une chanson nouvelle,
Car il veut m’instruire
Comment aimer la plus belle
Qui soit vivante en ce monde.
C’est la belle au corps gracieux,
C’est celle que je chante.
Dieu m’en donne des nouvelles
Qui soit selon mon désir !
Car, souvent et fréquemment,
Mon cœur bondit pour elle.


Bien me porroit avancier
Ma douce dame bele,
S’ele me voloit aidier
A ceste chançonele.
Je n’aim nule riens tant
Conme li seulement
Et son afetement,
Qui mon cuer renouvele.
Amors me lace et prent
Et fet lié et joiant,
Por ce qu’a soi m’apele.

Bien me pourrait devancer
Ma douce belle dame,
Si elle voulait m’aider
Avec cette chansonnette.
Je n’aime nulle chose autant
Qu’elle, et elle seule,
Et ses belles manières*
Qui ravivent mon cœur, .
Amour m’enlace et me prend
Et me remplit de joie et de gaieté,
En m’appelant à lui.


Quant fine amor me semont,
Mult me plest et agree,
Que c’est la riens en cest mont
Que j’ai plus desirree.
Or la m’estuet servir
Ne m’en puis plus tenir –
Et du tout obeïr
Plus qu’a riens qui soit nee.
S’ele me fet languir
Et vois jusqu’au morir,
M’ame en sera sauvee.

Quand Fine Amour m’invite,
Grande joie et satisfaction m’en viennent,
Car c’est la chose en ce monde
Que j’ai le plus désirée.
Et, désormais, il me faut la servir,
Je ne m’en puis plus retenir –
Et je dois lui obéir en tout,
Plus qu’à toute autre créature enfantée.
Si elle m’affaiblit (me fait languir),
Et que j’aille à en mourir,
Mon âme en sera sauvée.


Se la mieudre de cest mont
Ne m’a s’amor donee,
Tuit li amoreus diront
Ci a fort destinee.
S’a ce puis ja venir
Qu’aie, sanz repentir,
Ma joie et mon plesir
De li, qu’ai tant amee,
Lors diront, sanz mentir,
Qu’avrai tout mon desir
Et ma queste achevee.

Si la meilleure en ce monde
Ne m’a son amour donné,
Tous les amoureux diront
Que c’est, là, fâcheuse destinée.
Et si je ne puis jamais parvenir
A obtenir, sans me dédire
Ma joie et mon plaisir
Par celle que j’ai tant aimée,
Lors ils diront, sans mentir,
Que je serais venu à bout
de tout mon désir et de toute ma quête.


Cele pour qui souspir,
La blonde coloree
(1),
Puet bien dire et gehir
Que por li, sanz mentir,
S’est Amors mult hastee.

Celle pour qui je soupire,
La blonde couronnée
Peut bien dire et avouer
Que pour elle, sans mentir,
L’Amour s’est beaucoup hâté.

* Afetement, afaitement, affaitement : peut désigner un certain nombre de choses qui vont de l’éducation, la largesse, les bonnes manières, la convenance, la courtoisie. En chevalerie, il peut encore désigner la notion d’accomplissement. On le retrouve également en fauconnerie où il désigne la manière de dresser un rapace à la chasse.

(1) Variante dans un manuscrit : la blonde coronée

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

NB : en arrière plan de l’image d’en-tête, on peut voir les enluminures et miniatures du feuillet 1 du MS Français 24406.

« Je Sui Aussi… », courtoisie et sentiment amoureux au temps de Guillaume de Machaut

Sujet  : musique médiévale, chanson médiévale, maître de musique, chanson, amour courtois, chant polyphonique, ballade.
Titre  : «Je sui aussi com cils qui est ravis»
Auteur  :  Guillaume de Machaut (1300-1377)
Période  : XIVe siècle, moyen-âge tardif
Interprète   :  Duo Misericordia
Album  : Passion, Pestilence & polyphony  (2006), Ed Magnitude.

Bonjour à tous,

n route pour le XIVe siècle, en compagnie du maître de musique Guillaume de Machaut (Machault). Nous le retrouvons ici dans une nouvelle pièce sentimentale et courtoise. Pour la mise en musique, nous avons choisi la version du duo médiéval Misericordia, ce qui nous fournira l’occasion de vous le présenter.

Amour, éloignement, douleur et langueur

Cette ballade polyphonique médiévale de Guillaume de Machaut a pour titre «Je sui aussi com cils qui est ravis» et reprend en partie les codes de la lyrique courtoise. Le poète s’y dépeint dans la posture de l’amant désemparé. Consumé par son amour, il brûle et ne tient plus en place. Bien incapable d’ôter de son esprit l’objet de son désir, il souffre dans la distance comme dans la proximité. Et ce seul refuge qu’est devenue sa pensée en la dame de ses désirs est aussi ce qui le torture et le rend presque étranger à lui-même.

Aux sources manuscrites de cette chanson

Du point de vue des sources médiévales et historiques, on pourra, retrouver cette ballade de Guillaume de Machaut et sa notation musicale dans le manuscrit médiéval Français 1586 dont nous avons déjà abondamment parlé. Contemporain de l’auteur-compositeur, cet ouvrage est à remarquer particulièrement parce qu’il est l’un des plus ancien répertoriés de ses œuvres. On suppose même que le maître de musique a pu y être directement associé de son vivant. La BnF a digitalisé ce très beau manuscrit médiéval et l’a mis à disposition du public. Vous pouvez donc le consulter sur Gallica.

La version de cette ballade par la formation Misericordia

Misericordia : musiques anciennes et médiévales mâtinées de folk et d’improvisation

Misericordia est un duo anglais fondé aux débuts des années 1990 par Anne Marie Summers et Stephen Tyler. Depuis sa formation, cet ensemble s’est employé à faire revivre les musiques anciennes et médiévales, tout en s’autorisant des emprunts et enrichissements du côté de musiques plus folks et traditionnelles. Avec un terrain d’inspiration qui puise largement dans l’Europe du moyen-âge, Misericordia s’est également fait remarquer pour son goût particulier de l’improvisation. Ces deux musiciens et artistes sont aussi multi-instrumentistes et ils font appel à de nombreux instruments anciens : cornemuses, vielle à roue, chalemie, flûtes, harpe, luth oriental, percussions diverses…

La discographie de Misericordia

Côté programme et enregistrement, l’ensemble a laissé à la postérité autour de 5 albums. Le duo fondateur y fait appel à divers invités et collaborations pour compléter ses orchestrations. Pour en faire un tour rapide du point de vue thématique, on trouvera des pièces du XIIIe siècle français avec l’album Robin M’aime. On pourra encore citer The olde Daunce, un album instrumental dédié aux danses médiévales et anciennes, Tempus Est Iocundum qui s’étire du côté du Codex Buranus et un premier album précoce Medieval Instrumental Music. La discographie de Misericordia s’étale de 1993 à 2006. Après cela, l’activité du duo semble un peu passée sous les radars. L’ensemble n’est du reste pas présent sur les réseaux et son site web a disparu.

L’album « Passion, Pestilence et Polyphony« 

L’album Passion, Pestilence & polyphony est paru en 2006. A son occasion, les deux duettistes s’étaient entourés de la collaboration de Helen Barber et Terry Mann. L’ambition de cette production était d’être une incursion dans les musiques et chansons d’un XIVe siècle présenté comme « Dark and troubled ». à l’écouter, cette « pestilence » n’est pourtant pas ce qui saute le plus aux yeux. L’ensemble Misericordia y explore le répertoire qui passe par l’Italie, la France et encore l’Angleterre médiévale et offre 17 pièces assez variées. La polyphonie y tient un place majeure et Guillaume de Machaut y est plutôt à l’honneur avec entre autres pièces : douce dame jolie, je suis aussi, puisqu’en oubli, J’aime sans penser, Donnez Signeurs … Il côtoie aussi sur l’album Francesco Landini et d’autres auteurs, ainsi que des pièces instrumentales (trottos et istampittas). Misericordia ne faillit pas, ici à sa réputation puisqu’on retrouve, par endroits, leur goût de l’improvisation.

Cet album peut encore être trouvé à la distribution sous forme CD. En ligne, on trouve également sa version dématérialisée : Passion, Pestilence and Polyphony

Artistes ayant participé à cet album

Anne Marie Summers (cornemuse, voix, flûte à bec, vielle à roue, harpe) – Steve Tyler ( vielle à roue, harpe gothique, citole, dulcimer) – Helen Barber (voix) – Terry Mann (voix, percussions, davul, darabouka, riqq, …)


« Je suis aussi… » de Guillaume de Machaut
Paroles en moyen-français & traduction

Je sui aussi com cils qui est ravis,
Qui n’a vertu, sens ne entendement,
Car je ne suis a nulle riens pensis,
Jour ne demi, temps heure ne moment,
Fors seulement a m’amour
Et sans partir en ce pencer demour
Soit contre moy ; soit pour moy, tout oubli fors
Li qu’aim mieus cent mille fois que mi.

Je suis aussi comme celui qui est en extase (1)
Qui n’a ni vertu, ni raison, ni entendement,
Car je suis incapable de penser à rien,
ni un Jour, ni la moitié d’un, en aucune saison, heure, ni moment
A rien d’autre qu’à mon amour.
Et sans m’en séparer, je demeure en cette pensée
Soit contre moi, soit pour moi, j’oublie tout sauf
Que je l’aime cent mille fois plus que moi.

Quant je la voy, mes cuers est si espris
Qu’il art et frit si amoureusement
Qu’a ma manière appert et a mon vis;
Et quant loing sui de son viaire gent,
Je languis à grant dolour:
Tant ay désir de veoir sa valour.
Riens ne me plaist; tout fui, tout ay guerpi
Fors li qu’aim mieus cent mille fois que mi.

Quand je la vois, mon cœur est tant épris
Qu’il brûle et frissonne si amoureusement
Que cela se voit sur ma conduite et mon visage
Et quand je suis loin de son gentil visage
Je languis à grande douleur
Tant j’ai le désir de voir ses vertus
(d’être sa présence de)
Rien ne me va, je fuis tout, je rejette tout,
Sauf elle que m’aime cent mille fois plus que moi.

Einsi lonteins et pres langui toudis,
Dont changiés sui et muez tellement
Que je me doubt que n’en soie enhaïs
De meinte gent et de li proprement.
Et c’est toute ma paour;
Car je n’i sçay moien, voie ne tour,
Ne riens n’i puet valoir n’aidier aussi
Fors li qu’aim mieus cent mille fois que mi.

Ainsi, lointain ou proche, je languis toujours,
Ce qui m’a changé
(fig perdre la tête) et transformé grandement
De sorte que je ne doute pas que j’en sois haï
De maintes gens et d’elle aussi;
Et c’est ma grande crainte;
Car je ne connais ni le moyen, ni ne voit de tour (
de façon)
Ni rien qui puisse venir à mon secours,
Sauf elle que m’aime cent fois plus que moi.

(1) dictionnaire Godefroy court : « pris de rage » – Littré : moderne, Malherbe : « saisi d’un transport qui absorbe toutes les facultés de l’âme« 


En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

NB : l’enluminure utilisée pour l’image en-tête d’article est tirée du même manuscrit français 1586. Elle fait même l’ouverture de l’ouvrage qui débute par la pièce le Temps pascour ou Le jugement du roi de Bohème (dit Jugement du roi de Behaigne) de Guillaume de Machaut.

Che Cosa è questa, Amor…, amour courtois, amour divin chez Landini

Sujet :  musique médiévale, ballata, chants polyphoniques, Ars nova, chanson médiévale, amour courtois
Période :  moyen-âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397)
Titre : Che Cosa è questa, Amor,
Interprètes : l’ensemble Mala Punica
Album : D’Amor Ragionando sous-titré Ballades du neo-Stilnovo en Italie: 1380-1415 (1994).

Bonjour à tous,

ous revenons, aujourd’hui, sur l’œuvre du maître de musique Francesco Landini. Dans l’Italie du moyen-âge tardif et du trecento, cet organiste et compositeur florentin nous a laissé un riche legs musical polyphonique : 154 pièces à deux et trois voix entre madrigaux et « ballate » italienne. Cette dernière forme poétique et profane est typique du trecento italien et de l’Ars nova.

Amour courtois, amour mystique

La pièce du jour se situe dans la veine du reste de son œuvre. Il s’agit d’une ballata à 3 voix. Le maître organiste aveugle y mêle à la fois les codes de la courtoisie et du sentiment amoureux pour les faire s’animer d’une dimension transcendante et mystique.

Sous l’angle courtois, Landini s’adresse à l’Amour lui-même. Nous parle-t-il des vertus et de la beauté de l’amour en lui même ou, indirectement, de celles de sa bienaimée ? Elles seraient si grandes qu’il y aurait fusion entre cet amour terrestre et la mystique divine. Les deux viennent alors se répondre en miroir de sorte que le sentiment amoureux s’en trouve tout empreint de sacré. Au passage, la femme devient aussi un « intermédiaire », un rappel de l’amour divin.

C’est assez curieux parce que même si les médiévistes semblent s’accorder sur cette interprétation courtoise certains ont même émis l’hypothèse que « cosa » en fait de « chose » pouvait même être un prénom ou son diminutif, celui d’un dame chère au compositeur suivant comme on approche ce texte, Landini pourrait presque sembler être en train de parler de la vierge et de Sainte Marie plutôt que d’un amour terrestre. De fait, il pourrait être intéressant d’étudier à quel point cette chanson médiévale pourrait avoir sa place dans un corpus traitant des points de convergence entre courtoisie et culte marial.

Pour les sources de cette composition, nous vous renvoyons encore au très beau Codex Squarcialupi, le MS Mediceo Palatino 87 conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence. Ci-dessus, vous trouverez la page du manuscrit correspondant à la chanson du jour avec sa partition d’époque.

L’ensemble médiéval Mala Punica

Formé en 1987 par le flûtiste et directeur d’orchestre argentin Pedro Leonardo Memelsdorff, l’ensemble Mala Punica s’est spécialisé, à l’image de son fondateur, dans la musique ancienne et les chants polyphoniques médiévaux, le tout éclairé par de sérieuses recherches sur les sources historiques (ethnomusicologie).

Pour dire un mot de son directeur, Pedro Leonardo Memelsdorff est arrivé en Europe à la fin des années 70 et s’y est installé. Elève de la célèbre école suisse Schola Cantorum Basiliensis à l’image de nombreux grands de la scène médiévale, son parcours s’est encore enrichi d’un cursus au conservatoire d’Amsterdam et d’un Doctorat en Musicologie, également obtenu en Hollande. En plus de son propre ensemble, il a beaucoup collaboré avec Jordi Saval et Hespèrion XX. Enfin, sa grande carrière s’est aussi étendue du côté de l’enseignement et il a également publié de nombreuses contributions dans le domaine de la musicologie. Non content d’avoir été élève à la Schola Cantorum il en a été également le directeur, durant de nombreuses années.

Le Mala Punica est encore très actif sur la scène internationale et on pourra retrouver son actualité, ses concerts et ses programmes sur le site officiel de l’ensemble médiéval.

D’Amor Ragionando : L’album

C’est en 1994 que sort l’album D’Amor Ragionando sous-titré Ballades du neo-Stilnovo en Italie : 1380-1415. Sur un durée de 66 minutes, il présente neuf pièces en provenance du trecento y quattrocento italien dont quatre de Landini. Les autres compositions sont signées de Matteo de Perugia, Magister Zacharias, Ciconia et Anthonello de Caserta. Dès sa sortie, ce très bel album sera salué par la scène médiévale. On le trouve encore disponible à la vente chez certains distributeurs. Voici un lien utile pour plus d’informations : D’Amor ragionando: Ballate neostilnoviste in Italia 1380-1415

Membres ayant participé à cet album.

Pedro Memelsdorff (flûte), Kees Boeke (vielle, flûte), Svetlana Fomina (vielle), Christophe Deslignes (organetto), Karl-Ernst Schröder (luth), Jill Feldman (voix), Giuseppe Maletto (voix), Alberto Macchini (cloches, percussions)


« Che cosa è questa, Amor… »
une ballata à trois voix de Landini

Che Cosa è questa, Amor, che’l ciel produce
per far più manifesta la tuo luce?
Ell’è tanto vezzosa, onest’e vaga,

legiadr’e graziosa, adorn’e bella,

Ch’a chi la guarda subito’l cor piaga

chon gli ochi bei che lucon più che stella.
Et a cui lice star fixo a vederla tutta gioia e virtù in sé conduce
.

Che Cosa è questa, Amor, che’l ciel produce
per far più manifesta la tuo luce?
Ancor l’alme beate, che in ciel sono,

guardan questa perfecta e gentil cosa, dicendo :
(quando) fia che’n questo trono segga costei ;
dov’ogni ben si posa?

E qual nel sommo Idio ficcar gli occhi osa
vede come Esso ogni virtù in lei induce.
Che cosa è questa, Amor, che’l ciel produce

per far più manifesta la tuo luce?

Quelle est donc cette chose, Amour, que le ciel…
traduction française

Quel est donc cette chose, Amour, que le ciel produit
pour rendre ta lumière plus manifeste ?
C’est une chose si charmante, honnête et ravissante
élégante et gracieuse et bien parée,
Que celui qui la regarde en a soudainement le cœur chaviré (blessé)
par ses beaux yeux qui brillent plus qu’une étoile.
Et celui à qui il est donné de la contempler intensément
Se voit rempli de toute joie et de vertus.


Quel est donc cette chose, Amour que le ciel produit
pour rendre ta lumière plus manifeste ?
Mêmes les âmes béates qui sont aux cieux
regardent cette parfaite et noble chose en disant :
– Quand celle en qui toute bonté repose
pourra-t-elle s’asseoir sur ce trône ?


Et qui ose fixer les yeux sur le Dieu suprême
Voit comment celui-ci place toute vertu en elle.
Quel est donc cette chose, Amour, que le ciel produit
pour rendre ta lumière plus manifeste ?

En vous souhaitant très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Âge sous toutes ses formes

Dame,merci! un jeu-parti courtois de Thibaut de Champagne

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Sujet :  chanson médiévale, musique médiévale, roi troubadour, roi poète, trouvère, vieux-français, langue d’oïl,  jeu-parti, amour courtois.
Période : moyen-âge central, XIIIe siècle.
Auteur : Thibaut IV de Champagne (1201-1253),
Titre :  « Dame, merci ! Une rien vos demant« 
Interprète  :  Ensemble Venance Fortunat
Album :  Trouvères à la cour de Champagne (1996)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous entraînons au cœur du XIIIe siècle, à la cour de Champagne, cour médiévale très animée et célèbre pour la promotion qu’on y faisait des arts et notamment de la poésie et de la musique des trouvères.

Thibaut Ier, roi de Navarre et comte de Champagne est le digne héritier des premières générations de ces compositeurs poètes du nord de France qui s’étaient inspirés très directement des troubadours d’oc, à la cour de Champagne et ce, dès le milieu du XIIe siècle. Ce seigneur, roi et comte allait même se distinguer dans cet art, au point qu’on le nommera Thibaut le Chansonnier. Doté d’un grand talent de plume, il excellera dans tout ce répertoire poétique et musical médiéval et, notamment, dans le maniement des codes de la courtoisie.

Un jeu courtois pour deux voix amusées
mais un brin désaccordées

« Le Roi de Navarre et la Roïne blanche » dans le Reg Lat 1522 du Vatican (à consulter ici).

La pièce du jour est de cette veine. On y questionnera, avec un brin de distance et d’humour, la jolie idée que l’Amour puisse ne pas survivre à des amants qui se seraient trop aimer. Elle est assez célèbre pour qui s’intéresse à cette période et de nombreux ensemble médiévaux l’ont déjà reprise (Alla Francesca, Ensemble Perceval, …). Plus légère que plaintive, il s’agit d’un jeu-parti entre le roi trouvère et une dame. Le poète y tiendra le rôle de l’amant dans un jeu amoureux et une relation qui, cette fois, semble un peu plus établie, quoique. Sur un ton plutôt badin, cette joute oratoire fournira l’occasion d’un jeu entre complicité et taquinerie entre les deux protagonistes. Cette histoire d’embonpoint ajoute encore un brin d’auto-dérision à ce jeu-parti, qui achève de lui donner une joli note d’humour.

Ecriture à deux mains
et hypothèse de la reine Blanche

La chanson du jour dans le Ms 844 de la BnF

Dans ce jeu poétique à deux voix, certains auteurs ont voulu voir la reine Blanche de Castille comme interlocutrice de Thibaut de Champagne. C’est notamment le cas du copiste du manuscrit médiéval Vatican Reg lat 1522 (daté des débuts du XIVe siècle). Dans la partie de cet ouvrage intitulée « Chansons et dialogues de jeu parti d’amour » (connue aussi sous le nom de chansonnier français b), ce scribe a, en effet, donné comme titre à ce jeu- parti : « le roi de navarre et la roine blanche« . C’est, on suppose, une fantaisie de sa part. Peut-être le fit-il pour faire écho à une tradition orale ou pour pouvoir mettre un titre à toutes les poésies et jeu-partis qu’il reportait ici ? Quoi qu’il en soit, en dehors de cet ouvrage (largement postérieur à la rédaction de ce jeu-parti) aucun des copistes des autres manuscrits dans laquelle on trouve cette pièce n’ont repris ce titre, ni ne le mentionnent (y compris dans des manuscrits antérieurs au lat 1522).

Ajoutons que, de même que les médiévistes sont, en général, assez dubitatifs sur la réalité d’une aventure amoureuse entre le comte de Champagne et la reine de France, ils le sont autant sur l’hypothèse qui voudrait faire de cette dernière la co-auteure de cette pièce. On préfère donc y voir plutôt une autre complice, demeurée anonyme, ou d’autres fois encore, une dame imaginaire. À la lecture de cet échange, sa répartie toute en subtilité, nous semblerait plutôt plaider en faveur de l’existence d’une dame réelle et d’une écriture à deux mains.

Autres sources manuscrites médiévales

On peut également trouver cette chanson médiévale en forme de joute annotée musicalement dans le célèbre Ms Français 844, plus connu encore comme le chansonnier du roy ou manuscrit du roi. Nous vous avons déjà présenté, ici, de nombreuses pièces de ce précieux manuscrit médiéval conservé au Département des manuscrits de la BnF.

Pour la version en graphie moderne de ce jeu-parti, nous nous sommes appuyé sur l’ouvrage Chansons de Thibault IV, comte de Champagne et de Brie, Roi de Navarre, Prosper Tarbé, (1851, Imp P. Regnier, Reims). Vous pourrez aussi la retrouver dans « Thibaut de Champagne, textes et mélodies » , Honoré Champion (avril 2018), ouvrage très complet sur l’œuvre du seigneur et trouvère médiéval. Aujourd’hui, pour découvrir ce jeu-parti en musique, nous vous proposons son interprétation par l’ensemble Venance Fortunat.

L’ensemble Venance Fortunat sur les pas des trouvères à la cour de champagne

Nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter l’ensemble Venance Fortunat (voir article précédent). Formée en 1975, à l’initiative de sa directrice Anne-Marie Deschamps, cette formation musicale a eu l’occasion de rendre de nombreux hommages au répertoire médiéval, au long d’une carrière de plus de vingt ans.

C’est en 1996 qu’est sorti l’album dont est extrait la chanson du jour. Avec pour titre Trouvères à la cour de Champagne, il proposait pas moins de 19 titres sur ce thème pour une durée d’un peu plus de 60 minutes. On y retrouve de nombreux auteurs tels que Chrétien de Troyes, Gace Brûlé, Conon de Béthune, Raoul de Soissons ou Gautier de Coinci. Thibaut de Champagne y est également à l’honneur avec trois titres. D’autres pièces anonymes viennent compléter ce tour d’horizon des trouvères des XIIe et XIIIe siècles, dont quelques jolis motets du chansonnier de Montpellier (manuscrit H 196).

Musiciens & chanteurs présents sur cet album :  Catherine Ravenne (alto), Dominique Thibaudat (soprano),  Gabriel Lacascade (bariton), Bruno Renhold (tenor), Philippe Desandré (basse), Guylaine Petit (harpe)

Cet album a été réédité il y a quelques années et on le trouve encore à la vente en CD comme au format dématérialisé mp3 et à l’unité. Voir le lien suivant pour plus d’informations : Trouvères à la cour de Champagne de L’ensemble Venance-Fortunat.


« Dame, merci! Une rien vos demant« 
Jeu parti de Thibaut de Champagne

NB : à l’habitude, cette traduction maison n’a pas la prétention de la perfection. Elle est le fruit de recherches personnelles croisées entre traductions comparées et études de vocabulaire. Nous ne prétendons pas faire toute la lumière sur ce texte. Mieux même, nous espérons qu’après sa transcription de la langue d’oïl de Thibaut vers le français moderne, il conserve, tout de même, une certaine part de mystère.

Dame, merci! Une rien vos demant,
Dites m’en voir, sé Dieu vous beneïe:
Quant vous morrez et je – mès c’iert avant,
Car après vous ne vivroie je mie -,
Que devenra Amors, cele esbahie ?
Que tant avés sens, valour, et j’aim tant
Que je croi bien qu’après nous iert faillie.

Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,
Dites-moi la vérité, Dieu vous bénisse :
Quand vous mourrez et moi aussi – mais je partirai avant,
Car après vous je ne pourrai plus vivre –
Que deviendra Amour, alors tout éperdu ?
Car vous avez tant de raison et de vertu, et je vous aime tant
Que je crois bien qu’après nous, l’amour disparaîtra.

Par Dieu ! Thiebaut, selon mon escïent
Amors n’iert ja pour nule mort perie,
Ne je ne sai sé vous m’alez gabant,
Que trop maigres n’estes vos encor mie.
Quant nos mourons, Diex nous dont bone vie !,
Bien sai qu’Amors damage i aura grant,
Mais tos jors iert valors d’Amor joïe.

Par Dieu, Thibaut, selon moi,
Amour n’a jamais péri pour quelque mort qui soit,
Je ne sais pas, non plus, si vous êtes en train de vous moquer de moi.
Car je ne vous vois pas encore si maigre que cela
(syn : malportant).
Quand nous mourrons – que Dieu nous donne longue vie ! –
Je suis sûre qu’Amour en aura grand peine,
Mais sa valeur restera toujours aussi entière et parfaite.

Dame, certes ne devés pas cuidier,
Mais bien savoir que trop vous ai amée.
De la joie m’en aim g’ plus et tieng chier :
Et por ce ai ma graisse recovree ;
Qu’ainz Deus ne fist se tres bele riens née
Com vous. Mais ce me fait trop esmaier,
Quant nous morrons, qu’Amors sera finée.

Dame, certes, vous ne devez pas croire,
Mais bien être certaine que je vous aime trop.
Et cette joie (amour) même, fait que je m’aime et m’estime davantage,
Et voilà pourquoi je me suis engraissé à nouveau ;
Car Dieu ne fit jamais naître chose si belle
Que vous ; mais cela me donne trop d’émoi à l’idée
Que quand nous mourrons, l’Amour viendra aussi à sa fin.

Taisiés Thiebaut ! Nus ne doit conmencier
Raison qui soit de tous droits desevrée,
Vous le dites pour moi amoloier
Encontre vous, que tant avez guillée.
Je ne di pas, certes que je vous hée,
Mais, sé d’Amors me convenoit jugier,
Ele en seroit servie et honourée.

Taisez-vous Thibaut ! Nul ne doit se lancer
Dans un propos qui soit dénué de toute légitimité,
Vous dites tout cela pour m’attendrir
À votre endroit, après m’avoir tant trompée (raillée).
Je ne dis pas, certes, que je vous hais,
Mais si je devais prononcer un jugement par Amour,
Je ferais en sorte que ce dernier en soit servi et honoré.

Dame, Diex doint que vos jugiez a droit
Et conoissiés les maus, qui me font plaindre !
Que je sai bien, quels que li jugement soit,
Sé je en muir, Amors convendra faindre,
Sé vous, dame, ne la faites remaindre
Dedans son leus arrière où ele estoit ;
Q’à vostre sens ne porroit nus ataindre.

Dame, Dieu fasse que votre jugement soit juste
et que vous connaissiez les maux dont je me plains.
Puisque je sais bien que quel que soit le jugement,
Si j’en meurs, l’Amour en sera affecté,
À
moins que vous, dame, ne le fassiez revenir
Dans le lieu où il se tenait auparavant,
Car nul autre ne pourra, en cela, atteindre votre sagesse (habilité).

Thiebaut, s’Amors vous fet pour moi destraindre,
Ne vous grief pas, que s’amer m’estouvoit,
J’ai bien un cuer qui ne se savroit faindre.

Thibaut, si Amour vous fait tourmenter pour moi,
N’en éprouvez pas trop de peine, car s’il me fallait aimer,
J’ai bien un cœur qui ne saurait le dissimuler (mon cœur ne reculerait pas).


En vous souhaitant une  fort belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

NB : sur l’image d’en-tête, l’enluminure d’arrière-plan provient du Manuscrit médiéval Français 12625 dit Chansonnier dit de Noailles de la BnF (à consulter ici) . À droite, le portrait recolorisé de Thibaut de Champagne provient d’une peinture sur toile de Francisco Mendoza (XIXe siècle). Elle est exposée dans le salon du trône du Palacio de la Diputación Foral de Navarra, à Pamplone (Espagne).