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« Ecco la primavera », une chanson de francesco Landini au renouveau printanier

Sujet :  musique médiévale, musiques anciennes, ballade, madrigal, chants polyphoniques, ars nova, chanson médiévale.
Période :  moyen-âge tardif, XIVe siècle
Auteur :  Francesco Landini ( ? 1325-1397)
Titre :  Ecco la primavera
Interprètes :  Enea Sorini et Catalina Vicens
Concert : extrait enregistré à Bâle, Suisse en avril 2018

Bonjour à tous,

u XIV siècle, Francesco Landini, compositeur florentin, régale de sa musique une Italie médiévale qui entre, déjà, dans son Rinascimento. Né d’un peintre reconnu, le destin qui appelait notre homme à marcher dans les traces de son père, lui échappa pourtant. Rendu aveugle dès son jeune âge, par la variole, il s’orienta vers la musique pour le plus grand plaisir de ses contemporains.

Compositeur, organiste, instrumentiste, poète et chanteur, Francesco Landini cumule, en effet, tous les talents. Celui que l’on surnommera, quelquefois, l’organiste aveugle ou l’aveugle des orgues (il Cieco degli organi), deviendra même un des plus grands représentants de l’Ars nova en Italie. La mort n’attendit d’ailleurs pas, pour le faire entrer dans la postérité puisqu’en son temps, il fut couronné pour ses talents par le roi de Chypre. Il côtoya aussi Pétrarque et légua, pour finir, 154 pièces polyphoniques à deux et trois voix qui achevèrent de le faire entrer dans la légende musicale italienne du trecento.

« Ecco la primavera »,
ballade légère et printanière à deux voix

Alors que septembre s’achève et que nous entrons déjà dans l’Automne, la pièce du jour du compositeur Florentin en prend le contrepied. Cette ballade a pour titre « Ecco la primavera », « voici le printemps » et nous transporte dans les joies du renouveau printanier, saison très chère au moyen-âge et ses poètes.

manuscrit-ancien-codex-squarcialupi-musique-medievale-italienne-XIVe-ars-nova.jpg(ouvre un nouvel onglet)

« Ecco la primavera« , Codex Squarcialupi (début du XVe s), Biblioteca Medicea Laurenziana,

Tout est léger dans cette composition du maître florentin jusque la mélodie joyeuse et aérienne en accord avec les paroles. En 2018, la chaîne youtube Amfiparnaso, dédiée à la musique ancienne et notamment aux prestations du baryton Enea Sorini en partageait une belle interprétation. Enregistrée à Bale en Suisse, elle mettait en scène le chanteur italien en compagnie de l’organiste Catalina Vicens. Ecrit à l’origine pour être chantée à deux voix et à Cappella,

Tout est léger dans cette composition du maître florentin jusque la mélodie joyeuse et aérienne en accord avec les paroles. En 2018, la chaîne youtube Amfiparnaso, dédiée à la musique ancienne et notamment aux prestations du baryton Enea Sorini en partageait une belle interprétation. Enregistrée à Bale en Suisse, elle mettait en scène le chanteur italien en compagnie de l’organiste Catalina Vicens. Ecrit à l’origine pour être chanté à deux voix et à Cappella, ce madrigal de Landini a été adapté ici pour un « dialogue » entre la voix du chanteur et celle de l’organetto (orgue portatif médiéval).

« Ecco la primavera » de Francesco Landini par Enea Sorini et Catalina Vicens

Enea Sorini, chanteur Baryton
sur les scènes médiévales et baroques

Sous ses airs qui, sur cette vidéo, pourraient nous rappeler un peu Angelo Branduardi, Enea Sorini est un baryton italien confirmé et reconnu sur la scène des musiques anciennes et classiques.

Très tôt intégré dans un chœur de la ville italienne de Pesaro, il se formalisa avec les musiques anciennes et polyphoniques durant près de 15 ans. Après un détour par des études artistiques, il reviendra vers la musique et le chant (musique de chambre et musique baroque) en passant par le conservatoire de la même ville. On le trouvera, par la suite, au chant, à la percussion et au Psaltérion en collaboration avec l’ensemble italien Micrologus. Sa carrière lui donnera également l’occasion de participer encore à d’autres formations de musiques anciennes, sur des répertoires principalement médiéval et renaissant. Un peu plus tard, il fondera également l’ensemble Bella Gerit d’Urbino, autour du répertoire renaissant.

Entre toutes ses participations et albums, le baryton italien affiche déjà une discographie de près de 20 titres. Sur le plan intellectuel, Enea Sorini a également fait des études poussées dans le domaine de la musicologie, sur un répertoire et des pratiques musicales qui touchent, plus particulièrement, le XVIe s, dans la province d’Urbino. Voir son site officiel.

Catalina Vicens, grand talent reconnu
sur la scène médiévale et renaissante

De son côté, l’organiste et musicienne d’origine chilienne, Catalina Vicens affiche également un parcours brillant et de très haute tenue qui a démarré, de manière précoce, sur la scène classique latino-américaine, avec de nombreux concerts.

Dans son parcours initiatique, elle compte, en plus de deux formations classiques à Philadelphie et à Fribourg, un passage par la prestigieuse Schola Cantorum Basiliensis. Aujourd’hui, établie, à Bale, en Suisse, elle s’est spécialisée dans les instruments anciens à claviers ( claviers médiévaux, clavicymbalum, organetto, orgue, clavecin,…). Devenue une instrumentiste virtuose, ses talents et ses travaux lui ont valu déjà des récompenses telles qu’un Award ainsi qu’un diapason d’or. Sa passion pour les instruments anciens l’a aussi conduit à s’associer de près à la fabrication ou la reconstitution d’instruments, tels que des orgues médiévaux ou renaissants.

En plus de ses prestations musicales en collaboration avec de nombreux ensembles, elle dirige la formation Servir Antico qu’elle a aussi créée et dont le répertoire entend faire redécouvrir des compositions peu connues ou méconnues des XIIIe au XVIe siècles. A ses talents d’instrumentiste, Catalina Vicens associe également le goût de la transmission et de la pédagogie. Elle est, en effet, maître de conférences au Conservatoire Royal de Bruxelles et intervient en enseignement dans d’autres écoles prestigieuses au niveau international. Pour suivre son actualité, son site officiel est ici.


Ecco la Primavera de Francesco Landini
avec traduction en français moderne.

Ecco la primavera
Che ‘l cor fa rallegrare;
Temp’è da ‘nnamorare
E star con lieta cera.
No’ vegiam l’aria e ‘l tempo
Che pur chiama allegreza;

In questo vago tempo
Ogni cosa ha vagheza.
L’erbe con gran frescheza
E fiori copron prati
E gli alberi adornati
Sono in simil manera.

Ecco la primavera
Che ‘l cor fa rallegrare;
Temp’è da ‘nnamorare
E star con lieta cera.

Voici le printemps
Qui réjouit le cœur (met, à nouveau, le cœur en joie)
C’est le temps de tomber amoureux
Et d’afficher un visage joyeux (une mine réjouie).
L’air et le temps s’accordent ensemble
Pour nous rendre joyeux. (nous apporter joie et allégresse)

En ce temps enchanteur
Chaque chose est agréable (source de plaisir)
L’herbe avec sa grande fraîcheur
Les fleurs qui couvrent les champs
Et les arbres garnis (de feuilles, en fleurs, décorés)
S’accordent avec tout cela.

Voici le printemps
Qui réjouit le cœur
C’est le moment de tomber amoureux
Et d’afficher des faces joyeuses
.


En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes

« Qui d’amours se plaint » au XIIIe siècle, fine amor et motet du chansonnier de Montpellier

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet :   codex de Montpellier,   musique, chanson médiévale, amour courtois, vieux-français,  chants polyphoniques, motets, fine amor
Période :   XIIIe, moyen-âge central
Titre: 
Qui d’amours se plaint,  Lux magna
Auteur :   
 Anonyme
Interprète :  Anonymous 4
Album :   
Love’s Illusion Music from the Montpellier Codex 13th Century    (1993-94)

Bonjour à tous,

C_lettrine_moyen_age_passionelui qui « d’amour se plaint » et n’en a pas aimé jusqu’aux doux maux, comment pourrait-il prétendre avoir jamais aimé, ou plutôt, avoir jamais su le faire en amant loyal et véritable ?

Dans ses formes littéraires et poétiques les plus exacerbées, le moyen-âge codifie un amour qu’il encense jusqu’à dans sa non réalisation, dans ses souffrances, dans son attente et dans un désir inassouvi, voué,  peut-être, à ne jamais devoir se poser sur son objet.  Toutes ces tensions n’ont pas de prix. Mieux même, si elles n’étaient pas partie intégrante   de l’expérience, ou si l’amant devait ne pas s’en délecter et s’y complaire, alors son amour ne serait pas vraiment l’amour. Il  n’en serait pas digne et son  cœur ne serait pas assez grand.

La fine amor : des formes « psychologiques » aux formes sociales

Au delà de ces aspects psychologiques codifiés qui pourraient nous paraître tortueux à certains égards, le monde  médiéval peut encore se plaire à ajouter une dimension sociale transgressive à son amour courtois.

deco_medievale_enluminures_trouvere_On le chante encore volontiers, quand il devient sulfureux et qu’il s’affirme envers et contre tous : contre la raison, contre les médisants, contre les conventions sociales, contre le devoir des époux, contre le cloisonnement entre la petite et moyenne noblesse et la haute :  le chevalier amoureux de la reine,  le troubadour et petit seigneur en émoi pour une princesse lointaine et qu’il n’a jamais vu,  le vassal ou le poète (bien né mais pas suffisamment) qui flirte avec  la belle de son suzerain ou  qui louche, avec convoitise, sur la fille ou la cousine de ce dernier. Le poète a-t-il alors, comme seule excuse ou comme seul refuge, son unique volonté d’éluder le passage à l’acte ? Non, pas toujours, même si le loyal amant pourrait parfois, comme il nous le dit, « mourir » pour un seul baiser.

A l’opposé de ces transgressions, le monde médiéval pourra encore faire entrer certains codes de cette fine amor dans le  sentiment religieux. Devenu pur et chaste, on appliquera alors à la vierge et au culte marial  cet amour de loin et inaccessible. Les codes sont les mêmes, leur  vocation change. D’une certaine façons, ils sont alors plus normatifs  ou « compatibles » au sens médiéval chrétien du terme.

 Aujourd’hui,  c’est sous sa forme profane, datée des XIIe et XIIIe siècles que nous vous invitons à retrouver cette lyrique courtoise. Nous serons, pour le faire, en compagnie du codex de Montpellier et d’un très beau quatuor féminin.  Pour la transcription en graphie moderne de la pièce que nous avons choisie, nous nous appuierons, une nouvelle fois, sur l’ouvrage Recueil de Motets français des XIIe et XIIIe siècles  de   Gaston Raynaud  (1881).

La courtoisie mise en musique
dans le codex H196 de Montpellier

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Avec ses 395 feuillets garnis de compositions et de motets annotés musicalement, le Chansonnier de Montpellier  H196    chante cette fine amor, à travers des pièces assez courtes  et demeurées anonymes ( consulter ce manuscrit médiéval en ligne).  La chanson médiévale du jour s’inscrit tout entière dans cette tradition courtoise.  On verra que le poète  y fait une véritable apologie des (doux) maux d’amour. Tout en les gardant tacites,  il nous expliquera que celui qui aime loyalement et qui a du cœur, ne s’en plaindra jamais et n’en ressentira aucun mal. Mieux même, quand il aura trouvé et éprouvé ces maux, les bienfaits et la récompense n’en seront que plus grands, au bout du chemin.

« Qui d’amours se plaint » par la quatuor féminin Anonymous 4

Love’s Illusion ou le chansonnier    de Montpellier  par le quatuor féminin Anonymous 4

chanson-musique-medievale-album-amour-courtois-codex-montpellier-moyen-ageNous vous avons déjà touché un mot dans un article précédent, du quatuor américain Anonymous 4, mais aussi de leur album Love’s illusion. Sortie en 1994, cette production  faisait une large place au codex de Montpellier avec 29 pièces  toutes issues   du célèbre manuscrit médiéval. Avec près de 65 minutes d’écoute,   Love’s Illusion, Motets français des XIIIe et XIVe siècles  a été réédité en   2005 chez Harmonia mundi USA. Il est donc toujours   disponible à la vente au format CD ou dématérialisé.

Membres de la formation Anonymous 4  :   Ruth Cunningham, Marsha Genensky, Susan Hellauer, Johanna Rose


« Qui d’amours se plaint »  ,  paroles en vieux français et clés de vocabulaire

NB : concernant la traduction littérale de cette pièce, du vieux-français vers une langue plus actuelle, nous l’avons jugé un peu inutile pour le moment. A quelques clés de vocabulaire près, que nous vous indiquons, cette chanson se comprend, finalement, assez bien .   

Qui d’amours se plaint
Omques de cuer n’ama
Car nus qui bien aint (aime loyalement)
D’amours ne se clama  (se plaindre);
Ja loiaus amans ne se feindra  (hésiter, manquer de courage)
Ne ne se pleindra
Des doz maus d’amer ja,
Nuit ne jor tant n’en avra,  (nuit et jour, il n’en aura jamais assez)
Car douçour si trés grant i trovera
Qui bon cuer a,
Que ja mal ne sentira.
Por ce ne departira   (se séparer,   s’en défaire)
Nus tant n’en dira
De cele que tou mon cuer a :
Touz jors est la,
Ja voir ne s’em partira,
Car quant les maus trovés a,
Si doz les biens partrovera (partrover : trouver) :
Trop douz si les a.


En vous souhaitant une  excellente journée

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Plus bele que flor : une chanson médiévale courtoise du chansonnier de Montpellier

trouveres_troubadours_musique_poesie_medievale_musique_ancienneSujet :   chanson médiévale, amour courtois, vieux-français, langue d’oïl,  musique médiévale, manuscrit ancien,  chansonnier de Montpellier,    motets,    chants polyphoniques
Période :    XIIIe siècle, moyen-âge central
Titre :   
Plus bele que flor     Auteur :  anonyme
Interprète :   Ensemble Venance Fortunat
Album :   
Trouvères à la cour de Champagne (1996)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous retrouvons,  ici, le moyen-âge des trouvères  du nord de la France médiévale avec le Chansonnier de Montpellier et ses motets. A l’image des autres pièces  de ce manuscrit, présentées jusque là, la chanson du jour est encore empreinte de lyrique courtoise ; on verra qu’elle ouvre aussi  sur une partie dédiée plus directement au  culte marial  et on pourra ainsi noter à quel point les formes de l’amour courtois ont pu être transposée au sentiment religieux envers la Sainte mère par  certains auteurs médiévaux (voir Retrowange novelle de Jacques de Cambrai).

Pour découvrir ce motet, nous serons en compagnie d’une belle formation médiévale française :  l’Ensemble   Venance Fortunat sous la direction de Anne-Marie Deschamps. Nous en profiterons pour  dire un mot de son legs et de sa longue carrière.

« Quant revient et fuelle et flor » par    l’Ensemble Venance Fortunat

l’Ensemble Venance Fortunat

anne-marie-deschamps-ensemble-medieval-venance-fortunat-chants-polyphonique-musiques-sacres-moyen-ageC’est autour de l’année 1975 que la directrice Anne-Marie Deschamps fonda l’Ensemble Venance Fortunat.  Quelques années plus tard, en 1980 le premier album de la formation voyait le jour en collaboration avec le Centre de Recherches Musicales du Couvent Royal de l’Abbaye aux Dames.  Ce premier  opus allait porter sur le Mystère de la résurrection et les chants  latins primitifs monodiques et polyphoniques.  Il allait donner le  La d’une longue carrière consacrée aux musiques anciennes et à leur restitution.

Ainsi, de 1980 à 2003, guidée par la passion de sa directrice pour le répertoire médiéval en général et les chants grégoriens en particulier, l’Ensemble Venance Fortunat produisit plus de vingt albums. Avec l’appui des manuscrits anciens, mais aussi l’intervention de compositeurs plus contemporains, la grande majorité  de ses productions   partit à la conquête des chants liturgiques polyphoniques, de la fin du haut-moyen-âge au cœur du moyen-âge central.   L’album du jour se situe, quant à lui, sur des rives plus « profanes » du répertoire de la formation, puisqu’il fait un tribut plus  marqué à la lyrique courtoise et à la fin’ amor.

Trouvères à la cour de Champagne, l’album

Sorti en 1996,  Trouvères à la cour de Champagne contient 19 pièces d’auteurs médiévaux, dont la majeure partie sont passés à la prestigieuse cour de Champagne, entre la fin du XIIe  et le XIIIe siècle. Certains sont de la génération de Thibaut de Champagne, d’autres de la génération précédente.

musique-medievale-trouveres-champagne--ensemble-venance-fortunat-chansonnier-montpeliier-moyen-ageAu titre des trouvères représentés, on retrouve des pièces d’anthologie  de Gace Brulé, Conon de Béthune, ou même encore la chanson D’amors qui  m’a Tolu à moi de Chrétien de Troyes.   Difficile d’évoquer la cour de Champagne sans ménager une belle place à Thibaut de Champagne. Avec trois de ses compositions, il est fait largement justice à son talent dans cet album. Citons encore la présence de   Guiot de Provins, Gautier de Coincy, Raoul de Soissons, et , pour finir,  celle de  motets ou autres chansons   de  la même période. Demeurés anonymes, comme la pièce du jour,  ces derniers sont tirés du Chansonnier de Montpellier et du Roman de Fauvel.

Musiciens & chanteurs :  Catherine Ravenne (alto), Dominique Thibaudat (soprano),  Gabriel Lacascade (bariton), Bruno Renhold (tenor), Philippe Desandré (basse), Guylaine Petit (harpe)

  On peut encore trouver ce bel album  sur quelques sites  de vente en ligne. Voici un lien utile pour plus d’information à ce sujet :   Trouvères à la cour de Champagne [Import anglais]

Plus bele que flor   :    un    chant courtois
du moyen-âge central en langue d’oïl

Concernant la langue de cette chanson médiévale, trouvère oblige, elle  est en vieux français d’oïl.   Nous vous donnerons ici des éléments de traduction pour l’éclairer. Dans sa première strophe, on notera l’analogie médiévale, classique et familière, de la fleur pour évoquer la vierge Marie (voir par exemple   la cantiga de Santa Maria   10).  Quant à sa transcription en graphie moderne à partir du manuscrit, nous nous appuyons sur  le travail de   Gaston Raynaud  dans   Recueil de Motets Français des XIIe et XIIIe siècles, Tome  1er, Introduction, le Chansonnier de Montpellier    (1881).

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Par rapport à l’interprétation du jour, l’ensemble a pris le partie de changer l’ordre des strophes, en commençant par la troisième pour revenir vers la seconde, la première n’étant pas présente. De notre côté, par simple convention, nous avons repris l’ordre  du    manuscrit médiéval d’origine, tel que retransposé par G Raynaud. La pièce se trouve donc ici dans sa totalité.


Plus bele que flor
Est, ce m’est avis,
Cele a qui m’ator.
Tant con soie vis,
N’avra[i] de m’amor
Joie ne delis
Autre mès la flor
Qu’est de paradis:
Mère est au Signour,
Qu’est si noz amis
Et nos a retor
Veut avoir tôt dis.

Plus belle que fleur
Est, à mon avis,
Celle dont je suis proche.
Aussi longtemps que je vis
Nul n’aura de mon amour
joie ni plaisir,
Hormis la fleur
Qui est de Paradis.
Elle est la mère du Seigneur
Qui, si, de toi et moi, amis,
Attends fidélité pour toujours (?)

Quant revient et fuelle et flor,
Contre la saison d’esté,
Deus ! adonc me sovient d’amors
Qui toz jors
M’a cortois et doz esté.
Moût aim ses secors   (concours, secours) ,
Car sa volenté
M’alege de mes dolors ;
Moût me vient bien et henors
D’estre a son gré.

L’autrier joer m’en alai
Par .I. destor (chemin détourné);
En .I. vergier m’en entrai
Por queillir flor.
Dame plesant i trovai,
Cointe d’atour   (pleine de grâce, d’atours), cuer ot gai ;    
Si chantoit en grant esmai (ainsi elle chantait pleine d’émotion) :
Amors ai,
Qu’en ferai ?
C’est la fin, la fin,  queque nus die (quoiqu’on en dise),
J’amerai.


Retrouvez ici d’autres pièces d’amour courtois tirés du Codex de Montpellier :   Ne m’oubliez mie  –  Puisque Belle dame m’aime Coeur qui dort

Au sujet de la  courtoisie  au moyen-âge, vous pouvez également consulter  réflexions sur l’amour courtois au Moyen-âge.

En vous souhaitant une  excellente journée.

Fred
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