Au XIVe siècle, Guillaume de Machaut s’est imposé comme un des plus grands compositeur de musique médiévale de son temps. Son œuvre conséquente est traversée, en grande partie, par la thématique de l’amour courtois mais il a également laissé des pièces plus liturgiques. Il a aussi contribué à fixer plus précisément certaines formes poétiques et musicales.
Nous découvrirons ici ses plus belles pièces en compagnie de belles formations de la scène médiévale.
Sujet : musique, chanson ancienne, médiévale, musicien, maître de musique, virelai Titre : Douce Dame Jolie Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge tardif Interprétes : Marc Mauillon et l’ensemble La Morra, Festival Muzyka w Raju, Pologne, 2015
Bonjour à tous,
ous vous proposons, aujourd’hui, une nouvelle version d’un des titres les plus célèbres de Guillaume de Machaut : « Douce dame jolie ». Pour des éléments de biographie sur le grand maître de musique du XIVe siècle, ainsi que pour les paroles de ce virelai, nous vous renvoyons à l’article que nous avions déjà écrit, il y a quelque temps sur cette pièce : Guillaume de Machaut, éléments de biographie.
Les interprètes du jour
Formé dans les années 2000 à Bâle en Suisse, par les musiciens et instrumentistes Corina Marti et Michal Gondko, l’ensemble La Morra est ici rejoint par l’artiste lyrique Marc Mauillon. Le concert qui date de 2015 avait pour thème le sacré et le profane dans la poésie française du XIIIe siècle et se jouait dans le cadre du festival musical polonais Muzyka w Raju, dédié tout entier aux musiques anciennes.
A ce jour, la formation suisse La Morra a enregistré huit albums. A chaque occasion, ils assument l’entière direction artistique de leurs productions et s’entourent des meilleurs musiciens. Leur répertoire, résolument ancré dans les musiques anciennes est particulièrement attaché au Moyen Âge tardif et s’étire jusqu’au début de la renaissance. Sur le terrain du profane comme du sacré, leurs choix sont toujours audacieux et l’ensemble explore avec virtuosité des voies originales hors des sentiers quelquefois un peu balisés du répertoire médiéval. Leur travail vaut donc vraiment la peine d’être découvert pour cette fraîcheur et nous aurons, à coup sûr, l’occasion d’y revenir ici..
Marc Mauillon, artiste Lyrique
De son côté, le très talentueux baryton et ténor Marc Mauillon, remarqué notamment à l’occasion des victoires de la musique classique de 2010 où il fut nommé dans la catégorie Révélation Artiste Lyrique, compte une participation dans près de trente albums. Et même si on le retrouve régulièrement en collaboration avec des ensembles dédiés aux musiques médiévales (Hespèrion XXI en fait partie), son champ d’investigation artistique ne s’arrête pas là. Il fait également des apparitions toujours très saluées à l’opéra et dans le répertoire classique au sens large, mais s’aventure encore avec bonheur sur des compositions du début du XXe siècle et des musiciens de la grande guerre.
Sur la partie la plus médiévale de son travail, il faut noter chez lui, une affection particulière à l’encontre de Guillaume de Machaut auquel il a en effet dédié, à ce jour, trois albums. Cette familiarité qu’il semble entretenir avec le grand maître de musique du Moyen Âge tardif se donne d’ailleurs tout entière dans la pièce du jour et dans l’aisance qu’il y trouve.
En vous souhaitant une très belle écoute et une merveilleuse journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes
Sujet : musique médiévale, chant royal, maître de musique, chanson, amour courtois. Titre : Joie, plaisance et douce nourriture Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge central Interprète : Ensemble Gilles de Binchois Album : Guillaume de Machaut, le jugement du roi de Navarre (1999)
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous vous proposons un peu de la belle musique et de la poésie de Guillaume de Machaut, grand compositeur de musiques du moyen-âge central, et une pièce interprétée ici pour nous par le très talentueux ensemble Gilles de Binchois.
Ce chant royal puise dans les œuvres profanes du grand compositeur du XIVe et est extrait d’un album que la formation Gilles de Binchois dirigée par Dominique Vellard lui dédiait alors entièrement,en 1999.
Le remède de la fortune : pièce d’amour courtois
La nature monophonique de ce chant le situe encore dans l’héritage des trouvères et des troubadours. Il est tiré de la longue poésie « Le remède de Fortune » que l’auteur écrivit et mit en musique, autour de l’année 1341. Cette longue pièce d’amour courtois qui contient sept poésies est considérée comme ayant notablement influencé son temps, au niveau musical comme au niveau poétique. L’œuvre conte les déboires d’un poète amoureux de sa dame et qui tardera à lui confesser, mais finira tout de même par oser s’en ouvrir à elle. Elle lui fournit l’occasion d’une initiation à l’amour courtois autant qu’à l’art poétique.
Manuscrit ancien et sources médiévales
On retrouve le remède de fortune ainsi que huit autres pièces et poèmes de Guillaume de Machautdans le manuscrit ancien référencé Manuscrit Fr 1586 datant de 1356-1360 et donc contemporain de l’auteur. Le titre en est : Œuvres poétiques de Guillaume de Machaut. EtSi le cœur vous dit de le consulter, vous pourrez le trouver à l’adresse suivante sur l’excellent site Gallica de la BnF : Manuscrit FR 1586, Guillaume de Machaut.
Il y a décidément autour de ce compositeur de l’excellence autant dans sa musique et sa plume que dans les manuscrits dont le monde médiéval nous a gratifiés à son sujet. Outre qu’il est parfaitement conservé, l’ouvrage en question contient, en effet, des enluminures d’exception et est même, à ce jour, considéré par des historiens et experts de ces questions comme une des œuvres majeures du XIVe siècle en matière d’enluminures. Son commanditaire autant que son destinataire nous sont restés inconnus autant que le nom de l’artiste principal qui l’a illustré.
Le remède de fortune, référence musicale et poétique du XIVe siècle, enluminure Manuscrit Gilles de Machaut (1356)
Les paroles de Joie, plaisance et douce norriture de Guillaume de Machaut
Joie, plaisance, et douce norriture Vie d’onnour prennent maint en amer; Et pluseurs sont qui n’i ont fors pointure, Ardour, doulour, plour, tristece, et amer, Se dient, mais acorder Ne me puis, qu’en la souffrence D’amours ait nulle grevance, Car tout ce qui vient de li Plaist a cuer d’ami;
Car vraie Amour en cuer d’amant figure Trés dous Espoir et gracieus Penser: Espoirs attrait Joie et bonne Aventure; Dous Pensers fait Plaisence en cuer entrer. Si ne doit plus demander Cils qui a bonne Esperance, Dous Penser, Joie et Plaisance, Car qui plus requiert, je di Qu’Amours l’a guerpi.
Dont cils qui vit de si douce pasture Vie d’onneur puet bien et doit mener, Car de tous biens a comble mesure, Plus qu’autres cuers ne saroit desirer, Ne d’autre merci rouver N’a desir, cuer, ne bëance, Pour ce qu’il a souffissance; Et je ne say nommer ci Nulle autre merci.
Mais ceaus qui sont en tristesse, en ardure, En plours, en plains, en dolour sans cesser, Et qui dient qu’Amours luer est si dure Qu’il ne peulent sans morir plus durer, Je ne puis ymaginer Qu’il aimment sans decevance Et qu’en eaus trop ne s’avance Desirs. Pour ce sont einsi, Qu’il l’ont desservi.
Qu’Amours, qui est de si noble nature Qu’elle scet bien qui aimme sans fausser, Scet bien paier aus amans leur droiture: C’est les loiaus de joie säouler Et d’eaus faire savourer Ses douceurs en habundance; Et les mauvais par sentence Sont com traïtre failli De sa court bani.
Amours, je say sans doubtance Qu’a cent doubles as meri Ceaus qui t’ont servi.
En vous souhaitant une merveilleuse journée.
Frédéric EFFE
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Sujet : musique, chanson médiévale, virelai, maître de musique, chanson, amour courtois. Titre : Je vivroie liement Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge Interprète : Falsobordone Album : Figs, fiddles and fine play, a musical taste of the 14th century (2003)
Bonjour à tous,
ous faisons un retour sur le grand maître de musique Guillaume de Machaut, aujourd’hui, avec un virelai d’amour courtois que nous avions déjà posté et sur lequel nous avions donné alors traduction et détails. Cette pièce était alors interprétée par la belle et talentueuse Elisabeth Pawelke et nous vous proposons cette fois une version plus orchestrée, mais également très réussie, de la formation Falsobordone.
Falsobordone, une formation suédoise
à la conquête du répertoire médiéval
Formée en 1995, l’ensemble Falsobordone s’est imposée rapidement comme un des leaders dans le répertoire ancien et médiéval, en Suède. Leur champ d’élection reste les XIIIe et XIVe siècles et particulièrement les musiques et chansons en provenance de l’Italie ou l’Espagne médiévale. On les retrouvera également sur les reprises du répertoire suédois plus traditionnel et folk, avec bien sûr, comme on peut s’y attendre, une prédilection pour les instruments anciens.
Bien qu’ayant fêté leur dix ans, en 2005, il ne semble pas qu’ils aient été productifs après ces années là en terme d’albums. Le dernier en date reste, pour l’instant, celui dont est tirée la pièce de Guillaume Machaut que nos vous proposons aujourd’hui. Il a pour titre: Fikon, fiddlor och finlir, en musikalisk smak av 1300-talet -: figures, vièles et beau jeu (élégant, subtil), « un goût » ou « la saveur » musicale du XIVe siècle. On trouve encore quelques traces de concerts autour des années 2010, mais pas d’avantage pour l’instant.
Pour dire un mot de l’origine du nom de leur groupe, le « Falsobordone » ou le faux-bourdon désigne, en musique, une forme d’improvisation musicale et vocale dans le cadre de chants liturgiques ou sacrés. Cette technique date du XVe et suivants, même si la formation suédoise dont il est question ici s’est plus attachée aux musiques médiévales qu’à celles de l’ère baroque ou de la renaissance.
Sujet : musique médiévale, musicien, trouvère, troubadour, poète médiéval, amour courtois, virelai Titre : « Je vivroie liement» Auteur: Guillaume de Machaut (1300-1377) Période : XIVe siècle, Moyen Âge Interprète : Elisabeth Pawelke
Bonjour à tous,
ujourd’hui, nous revenons vers le grand maître de musique Guillaume de Machaut pour partager l’un des trente trois virelais qu’il nous a laissés. Soucieux de formaliser les genres et les compositions musicales, comme le fut son ami Eustache Deschamps de le faire pour la poésie, Guillaume Machaut fut un des premiers à organiser de manière systématique son œuvre.
De fait, il nous a légué trois manuscrits complets sur son abondant travail de composition et d’écriture, fournissant même l’ordre dans lequel classer ses différentes œuvres musicales. Nous retrouvons donc la pièce du jour, le virelai V23 intitulé « Je vivroie liement » (je vivrai dans la joie) dans différents manuscrits anciens enluminés, avec ou sans notation musicale, dont certains qui furent même réalisés de son vivant et à l’élaboration desquels il a certainement participé (la miniature ci-dessous est tirée de l’un deux et même de plus ancien: le manuscrit 1586 de la BnF).
Miniature tirée du plus ancien manuscrit connu des oeuvres de Guillaume de Machaut et contemporain de l’artiste – Manuscrit 1586 – Bnf
Le virelai de Guillaume de Machaut
et sa notation musicale du XIVe siècle
Après quelques sérieuses heures de recherche, le nez plongé dans les vieux parchemins et les nombreux manuscrits anciens sur Guillaume de Machaut que l’on peut trouver notamment sur le site de la BNF, nous vous présentons, ci-dessous, ce virelai, accompagné de sa partition. Le tout est extrait du manuscrit ancien numéroté 9221 ayant pour titre « Guillaume de Machaut: œuvres narratives et lyriques« . Cet ouvrage n’est pas tout à fait contemporain de l’artiste puisqu’il date de 1380-1395 mais il a l’avantage d’être accompagné de la notation musicale d’époque. Il n’est, encore une fois, pas le seul dans ce cas puisque les manuscrits anciens sur l’œuvre de Guillaume de Machaut ne manquent pas et dénotent bien de sa popularité comme de son influence sur la musique de son siècle et de ceux qui suivront.
On trouve quelques versions de ce morceau à la ronde dont certaines exécutées par des formations de taille moyenne avec des orchestrations conséquentes mais nous avons choisi pour l’interprétation du jour celle de Elisabeth Pawelke, Elisabeth Pawelke est une chanteuse, musicienne et harpiste qui s’est jusque là spécialisée dans les musiques anciennes et médiévales et qui connait, déjà, des débuts de carrière très prometteurs dans ces répertoires. Elle a participé, depuis plusieurs années, à plusieurs formations médiévales (le groupe Almara, la formation troubadours du monde, Egeria, l’ensemble Ricci Caprici) mais elle a aussi contribué activement à la réalisation de plusieurs albums du groupe folk néo-médiéval allemand FAUN dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici. Elle se produit également en solo sur divers scènes européennes, où elle propose des répertoires qui vont des lais de Marie de France à des chansons d’amour courtois de troubadours ou Trobairitz médiévaux. Elle nous offre, ici, une version très épurée du virelai de Guillaume de Machaut, sans fioriture et soutenue presque uniquement par sa très belle prestation vocale.
Traduction adaptation de « Je vivroie lentement » en français moderne
On doit au musicologue américain d’origine germanique Leo Schrade d’avoir publié l’ensemble des œuvres de Machaut, dans le courant du XXe siècle, contribuant ainsi à faire mieux connaître le maître de musique médiéval hors de nos frontières. De fait, si vous cherchez une peu à la ronde sur le web, vous vous rendrez compte qu’on parle pratiquement plus de cette pièce du jour sur des sites anglophones que sur des sites français. Dans la même veine, on trouve aussi plus facilement sa traduction et adaptation en anglaise qu’en français. Pour réparer cette ironie de l’Histoire, nous nous y sommes donc attelés et vous donnons ici quelques clés et définitions qui devraient vous permettre de mieux comprendre ce virelai :
Je vivroie liement*, (dans la joie) Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu’en vous fust parfaitement Ma cure .
Dame de meinteing (maintien) joli, Plaisant, nette et pure, Souvent me fait dire: « aymi » (Hélas) Li maus que j’endure
Pour vous servir loyaument. Et soiés seüre Que je ne puis nullement Vivre einsi, se longuement Me dure.
Je vivroie liement, Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu’en vous fust parfaitement Ma cure.
Car vous m’estes sans mercy Et sans pité dure, Et s’avés le cuer de mi Mis en tel ardure (désir ardent)
Qu’il morra certeinnement De mort trop obscure, Se pour son aligement (soulagement) Merci n’est procheinnement Meüre.* (votre pitié ne tarde à venir)
Je vivroie liement, Douce creature, Se vous saviés vraiement Qu’en vous fust parfaitement Ma cure.
(1) que vous êtes l’objet de toute mon attention, mes soins, mon souci
En vous souhaitant une très belle journée !
Fred
Pour moyenagepassion.com A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.