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« De fine amor vient seance et biautez », l’amour courtois de Thibaut de Champagne avec Alla Francesca

thibaut_le_chansonnier_troubadour_trouvere_roi_de_navarre_comte_de_champagneSujet : chanson médiévale, poésie, amour courtois, roi troubadour, roi poète, lyrisme courtois, trouvères, vieux-français, Oïl
Période  : moyen-âge central
Auteur  : Thibaut IV de Champagne (1201-1253), Thibaut 1er de Navarre
Titre :  « De fine amor vient seance et biautez»
Interprètes  :  Alla Francesca, Brigitte Lesne
Album :  Thibaut de Champagne, le Chansonnier du Roi  (2011).

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion-copiaoilà quelque temps déjà que nous n’avions présenté de chansons du célèbre Thibaut de Champagne. En route donc, pour le XIIIe siècle à la découverte de sa poésie : De fine amor vient seance et biautez. Le titre l’annonce clairement, il s’agit là d’une nouvelle pièce courtoise, comme le comte de Champagne les affectionnait tant.

Sources historiques et manuscrits

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On retrouve cette chanson du seigneur et trouvère champenois dans de nombreux manuscrits avec, bien sûr, quelques variantes. En suivant les pas de Gaston Reynaud et sa Bibliographie des Chansonniers français des XIIIe et XIVe siècles (1894), on citera notamment le Manuscrit de Bern 389, le MS Français 12615, le Manuscrit du Vatican 1490, et encore le MS Français 844 (voir image ci-dessus), dont nous avons déjà parlé et qui a servi de base à l’interprétation que nous propose ici l’Ensemble Alla Francesca.

 « De fine amor vient seance et biautez » par la formation Alla Francesca

Alla Francesca et le Chansonnier du Roy

En 2011, l’Ensemble médiéval Alla Francesca partait à la rencontre de Thibaut de Champagne et avec lui, de « l’amour courtois et la  chevalerie au XIIIe siècle« , en se basant sur le MS français 844 conservé à la BnF, plus connu encore sous le nom de Chansonnier ou Manuscrit du Roy,

Avec un total de seize pièces, l’album réalisé sous la direction de Brigitte Lesne proposait de nombreuses chansons du seigneur et roi de Navarre, mais encore quelques pièces instrumentales et danses de la même période, demeurées anonymes. A note qu’on pouvait également y retrouver un chanson_musique_medievale_amour_courtois_thibaut_de_champagne_roi_troubadour_chansonnier_alla_francescaservantois, ayant comme auteur Hue de la Ferté et dans lequel ce dernier s’en prenait vertement au comte  de champagne.

On peut encore trouver cet album à la vente en ligne au format CD ou même MP3. Voici un lien utile pour plus d’informations : Le Chansonnier du Roi: Amour courtois & chevalerie du XIIIe siècle.

La traduction que nous vous proposons, ci-dessous, de cette chanson en  langue d’oïl de Thibaut de Champagne vers le français moderne provient du livret très complet accompagnant l’album. Une fois n’est pas coutume, nous n’en n’avons pas retouché une virgule.


De fine amor vient seance et biautez

Dame, vers vos n’ai autre messagier
Par cui vos os mon corage envoier
Fors ma cbançon, se la volez chanter.

Dame, je n’ai d’autre messager
Par qui j’ose vous envoyer ce que j’ai dans le cœur,
Sinon ma chanson, si vous voulez bien la chanter

Et amors vient de ces deus autressi.
Tuit troi sont un, que bien i ai pensé,
Ja ne seront a nul jor departi.
Par un conseil ont tuit troi establi
Lor correors, qui sont avant alé.
De moi ont fet tout lor chemin ferré,
Tant l’ont usé, ja n’en seront parti.

Et l’amour procède lui aussi de ces deux-là.
Tous trois ne font qu’un, j’y ai bien réfléchi,
Et jamais ils ne pourront être séparés.
D’un commun accord, ils ont tous trois désigné
Leurs messagers, qui ont pris les devants.
Ils ont fait de moi leur grand chemin,
Et l’ont tant parcouru qu’ils n’en partiront pas de sitôt.

Li correor sunt de nuit en clarté
Et de jors sont par la gent obscurci.
Li douz regart et li mot savoré,
La grant biauté et li bien que g’i vi,
N’est merveille se ce m’a esbahi.
De li a Dex cest siecle enluminé:
Quant nos aurons le plus biau jor d’esté
Lés li serait obscurs de plain midi.

Ces messagers-là sont dans la lumière pendant la nuit
Et le jour, à cause des gens, ils sont dans l’obscurité.
Le doux regard et les paroles suaves,
La grande beauté et les qualités que je vis en elle,
Rien d’étonnant si j’en ai été tout ébahi.
Par elle Dieu a illuminé ce monde :
Si nous avions le plus beau jour d’été,
Il serait obscur auprès d’elle, en plein midi.

En amor a paor et hardement.
Cil dui sont troi et dou tierz sont li dui,
Et granz valors s’est a aus apendanz
Ou tuit li bien ont retrait et refui.
Por ce est amors li hospitaus d’autrui
Que nus n’i faut selonc son avenant.
Mès j’ai failli, dame qui valez tant,
En vostre ostel, si ne sai ou je sui.

Dans l’amour, il y a crainte et hardiesse.
Ces deux-là sont trois, et ils procèdent du troisième ;
Une grande valeur s’est attachée à eux,
En laquelle se sont réfugiés tous les biens.
Amour est le logis qui accueille tous les autres,
Car nul ne manque d’y trouver la place qui lui convient.
Mais moi, dame qui avez tant de valeur, j’ai échoué à me loger
En votre maison, et je ne sais plus où je suis.

Je n’i voi plus mes a lui me conmant,
Que toz penserz ai laissiez par cestui.
Ma bele joie ou ma mort i atent,
Ne sai lequel, desques devant li fui.
Ne me firent lors si oeil point d’anui,
Ainz me vindrent ferir si doucement
Dedens le cuer d’un amoreus talent,
Q’encor i est le cox que j’en reçui.

Je ne vois plus que faire, sinon me recommander à elle,
Car je n’ai plus d’autre pensée que celle-ci.
J’en attends ma belle joie ou ma mort,
Je ne sais laquelle des deux, depuis que je me trouvai devant elle.
Alors ses yeux ne me causèrent point de contrariété ;
Au contraire, ils vinrent me frapper si doucement
En plein coeur, d’un amoureux désir,
Que la marque du coup que j’en reçus s’y trouve encore.

Li cox fu granz, il ne fet qu’enpirier;
Ne nus mirez ne m’en porroit saner
Se cele non qui le dart fist lancier,
Se de sa main me voloit adeser.
Bien en porroit le cop mortel oster
A tot le fust, dont j’ai tel desirrier;
Mès la pointe du fer n’en puet sachier,
Qu’ele brisa deudenz au cap douner.
[Dame. vers vos n’ai autre messagier
Par cui vos os mon eorage envoier
Fors ma chançon, se la volez chanter.

Ce coup fut fort, la blessure ne cesse de s’aggraver.
Nul médecin ne m’en pourrait soigner,
Sinon celle qui fit lancer la flèche,
Si elle voulait bien me toucher de sa main.
Elle pourrait bien guérir le coup mortel
En ôtant le bois de la flèche, ce que je désire tant ;
Mais la pointe de fer, elle ne peut pas la retirer,
Car elle s’est brisée à l’intérieur au moment du coup.


En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Chanson ancienne : aux origines de la Complainte du Roi Renaud, avec Georges Doncieux

Sujet  : chanson ancienne, complainte, poésie, folk, chanson traditionnelle, romaniste, folkloriste.
Période : Moyen-Age tardif XVe, XVIe siècle
Auteur : Georges Doncieux (1856-1903)
Titre :  La complainte du Roi Renaud
OuvrageLe  Romancero populaire de la France, Georges Doncieux (1904)

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passionuite à de nombreuses questions reçues au sujet de la chanson ancienne La complainte du roi Renaud ou Le roi Renaud de Guerre Revient, nous nous fendons aujourd’hui d’un petit exercice de synthèse sur le sujet. Pour se faire, nous partons d’un article très sérieux paru dans un numéro de la Revue Romania, daté de 1900, sous la plume de Georges Doncieux (1). Dans ce papier de quelques quarante pages, repris également dans l’ouvrage (posthume) Le Romancero populaire de la France, choix de chansons populaires françaises, textes critiques par George Doncieux (1904), l’écrivain et homme de lettres des XIXe et XXe siècles dressait un panorama exhaustif des différentes versions connues de cette célèbre chanson ancienne et tentait aussi d’en reconstituer la possible genèse.

Pour être très clair, nous ne ferons ici que dérouler le fil de ses hypothèses tout en synthétisant grandement ses propos. Pour de plus amples détails (versions par langue, variantes par manuscrit, etc…) nous vous invitons à consulter directement la source.

L’histoire de la Complainte du Roi Renaud

Pour en dire à nouveau deux mots, dans cette chanson, reprise maintes fois par des interprètes des années 50-60 mais aussi, plus tard par des artistes folk, un seigneur revenu de guerre et mourant demande à sa mère que son agonie soit cachée à son épouse. Jusqu’au jour fatal et même après la mise en terre, cette dernière s’alarmera de toutes les manifestations de tristesse et de deuil autour d’elle. Conformément aux vœux du roi défunt, la vérité lui sera pourtant cachée et elle se verra donner de fausses excuses jusqu’au moment où elle découvrira la fatale vérité et choisira d’en mourir.

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Versions & datations certaines

A partir de là nous reprenons les éléments fournis par l’auteur cité plus haut.

deco_frise_medevial_eustache_deschampsOn connaissait déjà au XIXe siècle plus de soixante versions de cette chanson et il est indéniable que sa popularité y était déjà grande. Débordant les terres françaises, on en trouvait alors des variantes en Catalogne, en Espagne, dans le pays basque ou même encore dans le Piémont ou en région vénitienne. Dans de nombreuses versions, le héros se nommait déjà Renaud sous des variantes linguistiques diverses, dans d’autres, il apparaissait sous des noms totalement différents. Le noble y est tantôt roi, tantôt comte ou infant et, dans quelques rares versions, ce n’est pas de guerre qu’il revient mais de chasse. La partie la plus dramatique, son retour et sa mort tenue secrète aux yeux de sa fiancée ou de son épouse, reste relativement commune à toutes ses variantes.

En remontant l’historique des dernières versions, Georges Doncieux nous apprend que la chanson était déjà connue à la fin du XVIe, sous Henri IV, ce qui le conduit à faire remonter son auteur à la première moitié de ce même siècle. Certaines des tournures employées mais également le fait que les versions les plus complètes du Roi Renaud nous soient parvenues de Bretagne permettent également de supposer que c’est sans doute là que ce texte a trouvé son origine, sous la forme que l’on connait en Français.

Des origines armoricaines ?

En approchant une version armoricaine de cette chanson (un Gwerz breton) Georges Doncieux. en vient à former l’hypothèse que cette dernière aurait pu être à l’origine de la version que nous connaissons. Du point de vue de sa datation (sourcée, documentée, écrite), ce chant breton est lui aussi contemporain du XVIe siècle. Dans ses variantes, il conte l’histoire d’un Comte « Tudor », « Jean » ou « Nann » suivant les versions et contient de troublantes similitudes avec l’histoire du roi Renaud, même si on y trouve aussi quelques divergences. A noter que du point de vue de la versification, cette chanson armoricaine est également écrite en vers octosyllabiques.

L’histoire du Comte Nann

Dans cette version, le seigneur, jeune marié, part à la chasse pour attraper du gibier en guise de présent pour sa femme qui vient de lui donner un héritier. En chemin, il croise une fée qui se dit amoureuse de lui. Comme le noble se refuse à elle et lui résiste, cette dernière décide de l’acculer en lui offrant un choix : l’épouser, être malade et alité durant 7 ans ou mourir sous trois jours. C’est cette dernière option que le Seigneur prendra. En rentrant, il demandera à sa mère de taire son agonie à son épouse jusqu’au jour de ses funérailles. Et l’histoire conte donc qu’on mentit à cette dernière et qu’à chaque fois qu’elle relevait  des signes alarmants autour d’elle de la mort de son époux, on lui donnait de fausses explications. Bien entendu, la belle finira, là aussi, par apprendre la vérité et tomber morte.

Une version française remaniée
à partir de la version celte ?

Mise à part le départ fantastique, la suite de l’Histoire, sa fin autant que ses vers, et finalement son grand nombre de similitudes avec la Complainte du Roi Renaud, incline notre romaniste du XXe à penser que la chanson que nous connaissons aurait pu naître d’une certaine deco_frise_medevial_eustache_deschampssimplification de ce chant armoricain.

Pour avancer cette hypothèse, il part du principe que le compositeur de la version qui nous est la plus connue, un poète franco-breton donc, ait pu trouver l’histoire en provenance d’Armorique séduisante. A partir de là, ce dernier aurait fait sur elle un véritable travail de re-création, en décidant notamment de la dépouiller de ses aspects les plus fantastiques, pour ne conserver que sa dimension plus factuelle et dramatique. Ainsi, en lieu de fée et de chasse, le noble sera devenu, au passage, un seigneur revenant de guerre, mais finalement pour le reste, le poète aurait suivi la même mécanique que celle du récit armoricain : on cache à son épouse le décès de son conjoint de diverses manières, et au moyen de diverses excuses  pour reculer le moment de la vérité et finalement, en l’apprenant, cette dernière trépasse.

Pour notre homme de lettres du XXe, il demeure  logique de pencher pour cette « simplification » plutôt que de supposer qu’à partir de la version française que nous connaissons, un poète armoricain ait décidé d’échafauder toute une histoire de fée, en lui ajoutant une dimension fantastique. L’hypothèse pourrait presque sembler légère si, en la suivant, Georges Doncieux n’en venait à rapprocher le contenu du chant armoricain d’un autre texte originaire, cette fois, de Scandinavie, et qui offre également, une certaine parenté avec la Chanson du Roi Renaud.

Une chanson scandinave

Nous partons donc en direction de l’Europe du Nord pour la « Vise » d’un roi, frappé par le sortilège d’un Elfe. On en connait 68 versions dans toute la Scandinavie et elle aurait essaimé à partir du Danemark vers d’autres pays d’Europe. Là encore,  du point de vue de la datation, ses variantes sont toutes au minimum renaissantes (XVIe, XVIIe et postérieures). Et si l’on n’a guère de sources documentées du côté scandinave permettant d’en établir l’émergence plus reculée ou même l’appartenance médiévale, notre romaniste la décrit pourtant comme prenant ses sources dans une période bien antérieure au XVIe siècle (nous verrons plus loin pourquoi).

L’histoire du chevalier Olaf

Cette fois-ci, notre Héros et seigneur (un roi) chevauche hors de son domaine, quand il tombe sur des elfes en train de danser. Sortie de la ronde, l’une de ces créatures l’accoste et tente d’entraîner le noble à sa suite en lui promettant de lui faire cadeau d’une paire de bottes en peau de bouc, s’il se joint à la danse. Comme Olaf s’y refuse, l’elfe surenchérit avec d’autres présents tous plus prestigieux à chaque fois. Le roi se dit prêt à les accepter mais sans toutefois vouloir s’acquitter de la danse et devant son refus tenace, l’Elfe finit par prendre la mouche et le menacer d’un sortilège. La forme est ici extrêmement proche de celle utilisée par la fée dans la chanson armoricaine : « mourir demain ou être malade pendant 7 ans ». Et comme le chevalier fait le choix de mourir le lendemain, le sort chanson_ancienne_la_complainte_du_roi_renaud_histoire_partitions’abattra inexorablement  sur lui.

Là encore, comme dans la chanson armoricaine, c’est la mère qui accueille le roi, de retour au château et comme ce dernier se sait condamner, il lui demande de cacher à son épouse son décès prochain. A partir de là, le récit rejoint le déroulement déjà évoqué dans les deux versions précédentes. On ment à la jeune femme pour lui cacher la terrible vérité et quand elle se trouve face à la vue de son défunt mari, elle se brise en morceau et meurt.

Similitudes et propagation

Cette vise danoise se serait répandue d’abord à la zone scandinave avant de s’étendre à d’autres terres notamment l’Ecosse. De ce côté ci, l’Elfe s’est retrouvé changé en fée vengeresse. après que le noble, baptisé Colvill, lui ait, cette fois, cédé. En poursuivant son passionnant voyage du côté des terres slaves, l’histoire se trouvera dépouillée (là encore) de sa  partie fantastique mais on retrouvera la constante de la mort cachée à l’épouse et qui lui sera fatale au bout du compte (ce qui apporte de l’eau au moulin de notre auteur des débuts du XXe concernant l’hypothèse du modèle d’adaptation de la version armoricaine vers la version française).

Les fées vengeresses du moyen-âge tardif
et les origines germaines ?

Sur la partie qui concerne la vengeance de la fée, on retrouve ce type d’histoire dans des poésies anciennes ou de vieilles croyances scandinaves, anglaises et encore allemandes du XIIIe et du XIVe siècle. Dans la forme la plus commune de ces récits, des hommes auraient connu bibliquement des fées et s’étant mariés par la suite, malgré les mises en garde vengeresses de ces dernières, seraient morts subitement, avant même d’avoir pu consommer leur mariage.

deco_frise_medevial_eustache_deschampsEn se penchant sur cet aspect particulier, Georges Doncieux  évoque un poème allemand du XIVe siècle : le Chevalier de Staufenberg qui contient justement les germes de cette histoire de fée. Un noble se laisse séduire par une femme superbe qui lui promet de venir le visiter pour le satisfaire, à chaque fois, qu’il sera seul, à la condition qu’il ne se marie jamais. Le chevalier y cède sans compter. Las! sous la pression de l’entourage et d’un évêque à qui il s’était confié, le chevalier finit par prendre une dame en épousailles et se voit, pour sa peine, condamner à mourir le jour même de ses noces.

Comme ce récit présente quelques parentés fantastiques (bien que lointaines) avec le chant armoricain du Comte Nann et la vise danoise du roi Olaf, Georges Doncieux forme encore l’hypothèse que cette partie de l’histoire (disparue dans la version connue de la complainte du Roi Renaud) serait peut-être née sur les rives du Rhin. De là, elle aurait pu voyager jusqu’au Danemark pour donner naissance à l’histoire du chevalier Olaf et ensuite redescendre vers l’Ecosse et les pays slaves et celtes.

Quoiqu’il en soit, pour revenir à la Chanson du Roi Renaud et s’il faut en croire notre érudit du jour, ce que, à date, un grand nombre d’experts a fait, elle aurait trouver ses origines dans un chant armoricain lui même inspiré d’une chanson scandinave, avant de se retrouver traduite et remaniée en langue française pour finir par se décliner vers le Sud, dans d’autres langues encore.

Georges_doncieux_romancero_populaire_de_la_frace_chansons_traditionnelles_anciennes_folkloriquesEn espérant que ce petit voyage exploratoire vous ait plu. Il est toujours fascinant de suivre les tentatives pour retracer la circulation des « objets » culturels et immatériels dans la France ou l’Europe médiévale et ancienne et c’est encore un des grands intérêts que nous avons trouvé, à partager avec vous cette lecture.

Encore une, fois n’hésitez pas à vous rendre à sa source pour une vision plus détaillée et plus nuancée des versions qu’en présente l’auteur. Si vous optez pour son ouvrage, vous trouverez d’autres récits tout aussi passionnants que celui du jour, sur d’autres chansons populaires anciennes.  Pour information, ce livre est réédité au format papier chez Forgotten Books. Voir Le Romancéro Populaire de la France, Choix de Chansons Populaires Françaises: Textes Critiques (Classic Reprint)

Sur le sujet de cette chanson toujours, vous pourrez en trouver deux versions chantées dans les articles suivants:  Folk et musique ancienne: la complainte du roi Renaud  par le talentueux Pierre Bensusan  et La complainte du roi Renaud.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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(1) La chanson du Roi Renaud, ses dérivées romanes, sa parenté celtique et scandinave, Georges Doncieux, Romania 114 (1900)

De lady Greensleeves à « l’enfant roi », chant profane, chant religieux

musique_ancienne_renaissance_medievale_viole_de_gambe_greensleeves_jordi_savalSujet : musique ancienne, folk, chanson traditionnelle anglaise, ballade. chant de noël, William Chatterton Dix
Période : XVIe, renaissance, moyen-âge tardif et XIXe pour la version du jour.
Titre : Lady Greensleeves, Greensleeves What is this child ?
Groupe : Adagio Trio
Album : Winter Gift (2002)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà dédié un article détaillé à la célèbre chanson anglaise traditionnelle Greensleeves dont les traces écrites remontent à la fin du XVIe siècle et qui, on s’en souvient, avait inspiré le non moins célèbre Port d’Amsterdam de Jacques Brel. Après vous avoir présenté ici différentes versions vocales ou instrumentales de cette ballade, en voici donc aujourd’hui une nouvelle. Harpe, flûte et violoncelle, on la doit à un Trio d’artistes d’origine américaine (Etats-Unis) et, si cette interprétation n’est que  musicale, elle nous entraînera pourtant, comme on le verra, du côté d’un chant religieux et chrétien du XIXe, loin de la jeune fille « aux manches vertes » des paroles originelles.

L’Adagio Trio

lady_greensleeves_adagio_trio_chant_de_noel_sur_melodie_musique_medievale_renaissanceFondé dans les années 85, l’Adagio Trio ne se dédie pas exclusivement à la musique médiévale ou renaissante et on le retrouve sur des pièces classiques, folk ou même celtiques, dans un répertoire qui va du profane au religieux. A travers leur interprétation, les trois artistes du trio affichent clairement leur parti-pris : apporter à l’aide de leur musique une forme de paix ou de tranquillité propice à la réflexion, à la méditation ou la « relaxation ». Pour le dire avec leurs mots:  « Experience a sense of tranquility and spiritual renewal through reflective classical, folk, and religious music ».

Ce positionnement et cette intention se ressentent assez bien à travers l’interprétation qu’ils nous proposent ici de Greensleeves. Paisible et déliée, la musique coule littéralement sans heurt. « Easy Listening » ? Si ce terme ne s’appliquait pas d’ordinaire à un autre genre et n’était pas un peu réducteur, il pourrait sans doute leur convenir. 

Greensleeves_chanson_musique_medievale_XVIe_renaissance_folk_ballade_anglaise_trio_AdagioEnregistrée sous le titre « What Child Is This? » et non pas le traditionnel « Lady Greensleeves » qu’on lui connait, la pièce du jour fait partie d’un album dédié à des chants et musiques de Noël ayant pour titre Winter Gift. On le trouve disponible en ligne sous forme de CD ou sous forme dématérialisée. Voici un lien utile pour le trouver:  Album Winter Gift d’Adagio Trio en ligne.

Après plus de trente ans, l’Adagio Trio est toujours bien actif et se produit principalement en concert du côté de son berceau d’origine, aux Etats-Unis.  Sans doute plus occupé sur la scène qu’en studio, leur production musicale en matière d’albums n’abonde pas, mais compte tout de même cinq CDs, avec des sélections originales. (voir le site web officiel en anglais)

Greensleeves : la version de l’Adagio Trio

De Lady Greensleeves au chant de Noël : what child is this ?

Pour y revenir, vous vous demanderez peut-être pourquoi le trio a choisi ce titre « What Child Is This? » (Quel est cet enfant ?) plutôt que l’original Lady GreenSleeves ? Et bien tout simplement parce, dans le courant du XIXe siècle, l’écrivain et parolier anglais de chansons de Noël et d’hymnes William Chatterton Dix (1837-1898) (portrait-ci-dessous) se servit de la mélodie de Greensleeves pour lui adapter les paroles d’un chant qu’il avait composé autour du thème de la Nativité et du Christ. L’oeuvre connut, à son tour, des heures de gloire et demeure même encore particulièrement populaire aux Etats-Unis, au moment des fêtes; elle a été repris, outre-atlantique, par un grand nombre d’artistes.

lady_greensleeves_chant_noel_chretien_musique_medievale_renaissante_profane_William_Chatterton_DixMême si leur version est instrumentale, c’est donc bien à ce Christmas Carol, plus qu’aux paroles originales et à l’histoire de la demoiselle dépensière, libertine (si l’on se fie à ses « manches vertes ») et qui refusait de céder à son pauvre amant transi que l’Adagio Trio fait référence dans son interprétation du jour (en accord avec le thème de leur album).

Quoiqu’il en soit, il est amusant  (d’aucuns jugeront même peut-être troublant), de constater que trois siècles après sa composition, la même mélodie originale – qui, dans le champ profane, avait servi à faire l’étalage des somptueux cadeaux d’un amant à sa maîtresse au coeur de pierre – est venue louer le « divine enfant » et la nativité, démontrant encore la capacité de cette pièce musicale à s’adapter à travers le temps et poursuivre sa route. Sur ce point et encore une fois, ce ne sont pas les amateurs des chansons de Brel qui le démentiront puisqu’un siècle après William Chatterton Dix et sur la même ligne mélodique le grand chanteur et parolier belge emportait Greensleeves sur les docks hollandais et jusque dans « l’coeur des frites », en renouant même, au passage, avec le thème de la femme volage.

Les Paroles de « What Child is this? »
de William Chatterton Dix et leur traduction

What child is this, who, laid to rest,
On Mary’s lap is sleeping?
Whom angels greet with anthems sweet,
While shepherds watch are keeping?
This, this is Christ the King,
Whom shepherds guard and angels sing:
Haste, haste to bring Him laud,
The babe, the son of Mary.

Quel est cet enfant allongé et reposé,
Sur les genoux de Marie en train de dormir?
Que les anges accueillent avec de doux hymnes ,
Pendant que les bergers regardent?
Ceci, ceci est le Christ Roi,
Que gardent les bergers et chantent les anges :
Hâtez-vous, hâtez-vous de lui apporter les louanges,
Le bébé, le fils de Marie.

Why lies He in such mean estate,
Where ox and donkeys are feeding?
Good Christians, fear, for sinners here
The silent Word is pleading.
Nails, spears shall pierce him through,
the cross he bore for me, for you.
Hail, hail the Word made flesh,
the Babe, the Son of Mary.

Pourquoi est il allongé dans une si pauvre étable
Où le bœuf et l’âne se nourrissent?
Bons chrétiens, craignez (tremblez), pour les pécheurs ici
La parole silencieuse implore.
Les clous, les lances le transperceront,
la croix il la porta pour moi, pour vous.
Saluez, saluez le Verbe fait chair,
le bébé, le fils de Marie.

So bring him incense, gold, and myrrh,
Come, peasant, king, to own him.
The King of kings salvation brings,
Let loving hearts enthrone him.
Raise, raise a song on high,
The virgin sings her lullaby
Joy, joy for Christ is born,
The babe, the Son of Mary.

Alors, apportez-lui encens, or et myrrhe,
Venez, paysan, roi, pour le reconnaître.
Le roi des rois venu vous sauver
Laissez les coeurs aimants le couronner (l’introniser).
élevez, élevez un chant très haut,
La vierge chante sa berceuse
Joie, joie car le Christ est né,
Le bébé, le Fils de Marie.

Pour tout savoir sur la chanson anglaise originale Greensleeves, son histoire, ses origines et ses paroles, voir l’article :  Greensleeves, une ballade folk traditionnelle anglaise

En vous souhaitant une belle journée.
Fréderic EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.