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Une citation faussement attribuée à Roger Bacon et un mot d’Alchimie

« Maintenant nous allons travailler à rendre pure et parfaite la matière imparfaite »
Petit Traité d’Alchimie,  intitulé « Miroir de l’Alchimie ».
Citation médiévale prêtée au « Doctor Mirabilis » Roger Bacon, savant, philosophe et alchimiste du XIIIe siècle, (1214-1292) mais qui à l’évidence ne lui appartient pas.

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Gravure Portrait du savant, médécin, alchimiste et astronome Roger Bacon, XVe siècle (recolorisé et retraité par nos soins)

Quand les auteurs se changent en corpus

N_lettrine_moyen_age_passionous avons déjà évoqué, ici, dans un article, du phénomène qui s’est souvent produit consistant à attribuer à un auteur ancien tout un ensemble de textes qui ne lui appartenait, en définitive, pas du tout. (voir article sur les Goliards et l’Archipoète). Outre les possibles erreurs d’archivage qui peuvent expliquer cela, il faut y voir encore les erreurs des lecteurs de textes non signés, convaincus de bonne foi de leur paternité quand les ouvrages ou les productions ne sont pas eux-même signés faussement de la main des auteurs originaux. L’affaire n’est donc pas simple mais de fait, les auteurs célèbres du monde médiéval, savants, poètes comme alchimistes (Albert le Grand, Arnaud de Villeneuve, etc, …), ont eu souvent tendance à se voir changer, malgré eux, en « corpus ».

Concernant cette citation que nous vous livrons ici et le fait qu’elle aurait été écrite par Roger Bacon, les mêmes flottements ont existé même si l’hypothèse semble en être, aujourd’hui, définitivement écartée. L’ouvrage, pas d’avantage que la citation présente en tête de cet article, ne sont de lui. Cette dernière est, en revanche, réellement tirée de l’ouvrage que l’on appelle le Miroir de l’Alchimie (Speculum alchimiae) qui aurait été écrit, en réalité, au XVe siècle et ne peut donc être contemporain du vrai Roger Bacon décédé, quant à lui, près de 300 ans avant, sauf à croire qu’il ait, en secret, découvert la pierre philosophale et l’immortalité. Mais ce sont des légendes qui courent pour l’instant plus sur Nicolas Flamel que sur le célèbre « Doctor admirable » du XIIIe siècle.

Alchimie & mystique de la transformation

Quoiqu’il en soit, cette citation résume, en une ligne, l’objet autant ambitieux que fascinant de l’Alchimie. Pour en avoir une vision plus juste et plus complète de cette science médiévale,  il faudrait encore ajouter que la perfection recherchée était, bien sûr, une perfection divine. Je dis que cet objet est fascinant parce que, même si l’Alchimie a souvent pris, sous des odeurs de souffre, les dehors de la recherche obscure et quelquefois obsessionnelle de l’or ou de l’immortalité, et même si elle a été, il est vrai, noyauté par une ribambelle d’imposteurs  qui lui ont fait du tord, dans sa Maestria, son ambition réelle était bien plus profonde et spirituelle. A la faveur des incompréhensions qu’elle a suscité, il faut encore ajouter l’hermétisme de son langage autant que de ses alchimie_monde_medieval_alambic_roger_bacon_alchimisteprocessus de transmission comme autant de facteurs aggravants pour la faire méjuger. Science et discipline ancienne incomprise ne faisant, dans sa forme, pas l’effort de se mettre à portée du commun et même, tout au contraire, cultivant l’hermétisme, l’Alchimie était, d’abord et avant tout une mystique de la transformation, une quête du divin et du sacré jusque dans le coeur de la matière. A travers ses actes de transmutation et ses opérations tant symboliques que matérielles, c’était la quête d’un chercheur solitaire,  en recherche pour devenir un agent du divin, pour se bonifier, se purifier et finalement transcender sa propre nature dans une quête initiatique dont on disait qu’une vie entière ne suffisait souvent pas à l’épuiser ou à l’atteindre. Y-a-t’il quête plus fascinante ou plus merveilleuse que celle d’un homme qui cherche à dépasser les imperfections de sa propre nature pour s’élever? Le débat est, bien sûr,  ouvert pour qui pense que l’univers manque de sacré ou pour qui , au contraire, soutient que nous lui en prêtons encore trop.

Une chose demeure certaine, que le but soit ou non atteint et que l’on tende l’oreille aux mystérieuses légendes de ses grands ayant trouvé la pierre philosophale, devenu riche et peut-être immortel comme on le dit d’Hermès Trismégiste (encore un corpus!) à Nicolas Flamel, cette science médiévale aura favorisé de nombreuses découvertes qui sont venues, au fil des manipulations de la matière, comme les conséquences accessoires ou les accidents d’une recherche bien plus vaste et ambitieuse : découverte de quantité de solutions acides, citrique, sulfurique, chlorhydrique, acétique, …, et encore, gaz carbonique, potasse, phosphore, eau de vie, sans parler des applications cosmétiques et médicinales, etc, La liste est longue. 

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Une définition parmi d’autres du mot Alchimie, dictionnaire des inventions et découvertes, XIXe siècle.

L’alchimie, ancêtre de la Chimie ?

« L’alchimie, aussi bien que l’astrologie et la magie, doit être considérée comme une science traditionnelle. Elle doit être définie en fonction de ses rapports avec les structures et les valeurs des sociétés et des civilisations de type traditionnel, orientales et occidentales, antiques et médiévales où elle est née et où elle s’est développée. Il faut donc la considérer en fonction de ses propres critères et se garder de la réduire à nos systèmes. »
René Alleau, historien des sciences, (voir article ici sur universalis)


L’Alchimie était-elle « simplement » l’ancêtre de la chimie ? Peut-on simplement la réduire à cela ? C’est ue définition commode et souvent entendue. Je ne le crois pas. Factuellement, elle a, certes, donné naissance à la chimie mais les sciences modernes sont nées dans une rupture matérialiste et rationaliste d’avec leurs aïeules. L’Alchimie n’est pas simplement la Chimie, une fois Dieu « ôté » ou quelques croyances soustraites. Bien sûr, à l’évidence, cette science médiévale, pour peu qu’on veuille avec René Alleau, encore lui prêter ce caractère de science,
date d’un temps où l’objet de la science n’était pas dissocié de la recherche du divin et où, dans les mystères de l’univers, c’est toujours, au bout du compte, le divin que l’on cherchait, que l’on voyait à l’oeuvre et que l’on finissait, invariablement, par trouver, dedans les découvertes comme  face aux mystères. Mais quand je dis que la Chimie n’est pas simplement « l’Alchimie moins Dieu », en dehors de la complexité des opérations auxquelles elle se livrait et de l’intentionnalité qui les sous-tendait et qui en font bien plus qu’une Chimie balbutiante, il demeure aussi évident que la pratique de la science moderne n’a pas évacué, tout à fait, certains  questionnements chez l’ensemble de ses chercheurs.

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Gravure de Michael Maier, médecine et alchimiste allemand, XVIIIe siècle,

Il aura fallu sans doute quelques siècles pour que la jeune science matérialiste et rationaliste, né d’un « schisme » et ayant commencé à faire le deuil de ses vieilles luttes au corps à corps avec les institutions religieuses, s’ouvre à nouveau et admette que la question du divin n’est toujours pas tranchée de manière irrévocable par son exercice. Cette question continue d’appartenir, au fond, à chacun de ses chercheurs et depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les sciences de la nature ne peuvent plus tout à fait se contenter de l’hégémonie du seul matérialisme. Albert Einstein, repensant la matière dans l’espace quantique et les mystères de la lumière et du temps, nous parlait de Divin, mais il n’est pas le seul de tout ceux qui cherchent à prêter à la marche de l’univers quelques mystères ou quelques lois à l’oeuvre, qui relève d’autre chose que de
la simple mécanique hasardeuse. De la même façon, une certaine biologie née récemment tente de repenser les lois de la vie en alchimiste_science_monde_medieval_moyen-age_roger_bacons’affranchissant de la physique matérialiste des origines.

(ci-contre gravure du XIXe, (colorisée par nos soins) qui représente le Faust de Goethe créant un  Homunculus)

Au fond, on pourrait dire que Dieu reste dans la chimie, s’il est dans le chercheur, à quoi un croyant me répondrait sans nul doute: « Mon jeune ami, que le chercheur y prête foi ou non , Dieu est dans chaque chose et n’attend pas que l’homme croit en lui pour être », mais ceci est un autre débat.  En tout cas, pour toutes ces raisons, on ne peut plus simplement réduire à la fois la Chimie et l’Alchimie à des définitions matérialistes et rationalistes: la chimie n’est pas l’Alchimie moins Dieu, pas d’avantage que la vieille science médiévale n’est simplement la Chimie enrobée d’une couche de foi.

Pour en revenir à cette citation du Miroir de l’Alchimie et concernant le grand Roger Bacon, il a également comme de nombreux savants et érudits du monde médiéval pratiqué l’Alchimie. On ne prête toujours qu’aux riches.

En vous souhaitant une belle journée!
Frédéric Effe
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publilius Syrus   Ier s. av. J.-C

Roman historique et médiéval : la cathédrale de la mer

Un Roman historique sur la période médiévale et le moyen-âge

roman_livre_moyen_age_medieval_la_cathedrale_de_la_merAuteur : Ildefonso Falcones

Titre français : La cathédrale de la mer
Titre original : la catedral del mar

Genre : roman historique, moyen-âge réaliste
Période : XIVe siècle, bas moyen-âge
Date de Sortie : 2006.
Editeur : disponible chez pocket

L’HISTOIRE

C_lettrine_moyen_age_passionatalogne, quatorzième siècle, Arnau Estanyol, un jeune serf, issu de l’union de sa mère et du tyranique seigneur du domaine, ayant abusé de cette dernière le jour même de son mariage, s’échappe de son domaine. Il fuira vers la ville de Barcelone où, dit-on, un loi permet aux serfs de s’affranchir et de se libérer de leurs obligations vis à vis du seigneur pour devenir des hommes libres. A cette période, la capitale catalane est en plein essor et l’on y construit la cathédrale Santa Maria Del Mar, un édifice majestueux dédié à la gloire de Dieu.

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La cathédrale médievale de Santa Maria del Mar, Barcelone

Tout semble possible alors dans la capitale catalane, foisonnante de projets, et le livre suivra les pérégri-nations et la vie du tout jeune héros dans cette Barcelone du XIVe siècle, pour le voir gravir peu à peu les échelons sociaux. Plongé dans ce monde médiéval, que Idelfonso Falcones restitue avec les détails et la patience d’un orfèvre, on y découvrira les métiers du moyen-âge, les lois, les gens et les nobles de l’époque, en arpentant les rues de la ville, comme si l’on s’y trouvait réellement. La vie des bâtisseurs et leur travail nous roman_moyen_age_monde_medieval_cathedrale_merpermettront encore d’apprendre quelques détails d’intérêt sur l’architecture médiévale, et nous sera encore révélée la forte passion du peuple d’alors et son implication dans l’édification des bâtiments dédiés à Dieu et, notamment, pour ce qui concerne cette cathédrale de la mer, à la Sainte Mère Marie. Hélas! Ombres aux tableaux, la peste noire et l’inquisition planeront, inévitablement, sur les ambitions de notre héros menaçant de faire barrage à son ascension sociale et de mettre sa vie en péril.

EXTRAIT DU ROMAN

"L'annonce faite à Marie" Sainte Marie,Barcelone.
« L’annonce faite à Marie »  Cathédrale Sainte Marie,Barcelone.

«Regarde Arnau – dit Bernat au garçon qui dormait paisiblement contre sa poitrine – Barcelone .. Ici nous serons libres. Si nous réussissons y vivre durant un an et un jour sans être arrêté par le Seigneur, nous obtiendrons  une lettre de quartier y nous serons alors libres. Du haut de la montagne de Collserola, sur l’ancienne voie romaine qui reliait Ampurias et Tarragone, Bernat contemplait la liberté et … la mer! Je n’avais jamais vu, ni imaginé, cette immensité qui semble ne pas avoir de fin. C’était la première fois qu’il se trouvait face à quelque chose dont on ne pouvait voir la fin ».
Idelfonso Falcones – La cathédrale de la mer.

PREMIER ROMAN & BEST-SELLER AU SUCCES MONDIAL

A_lettrine_moyen_age_passionvocat de métier, passionné d’histoire, Catalan de pur souche, vivant encore à Barcelone, Ildefonso Falcones a rencontré, avec ce premier roman, un succès phénoménal et, il faut bien le dire, franchement mérité au vue de la qualité de cet auteur_roman_moyen_age_medieval_ildefonso_falcones_ouvrage. Traduit en 15 langues, vendu à des millions d’exemplaires dont un million en Espagne uniquement, ce roman sur le monde médiéval et le bas moyen-âge a presque fait le tour du monde. L’histoire dit que l’auteur a mis quatre ans à l’écrire et, très franchement, je n’en serais pas surpris au vue du résultat et surtout de la précision descriptive et historique de ce livre.

EN BREF

Amateurs d’Histoire, de réalisme médiéval et de patient travail de reconstitution, ce livre est fait pour vous. Difficile, en effet, de faire plus précis et plus monographique, et il égale les fresques historiques très documentées d’un Ken Follett. En bref donc, vous vous y divertirez tout en apprenant. Voilà un roman historique dans les règles de l’art.

LIEUX D’INTERET 

Pour ceux que cela pourrait intéresser, il existe un circuit possible à Barcelone pour visiter les lieux mentionnés dans le livre et suivre les pas du jeune héros du roman de Idelfonso Falcones. Ce circuit est proposé par plusieurs agences de tourisme sur le web.

Bonne journée à tous!

Fred
Pour moyenagepassion.com

« L’ardente passion, que nul frein ne retient, poursuit ce qu’elle veut et non ce qui convient. » Publiliue Syrus  Ier s. av. J.-C

Une prière pour François Villon : hommage à un maître de poésie médiévale

Sujet : Poésie médiévale, poésie satirique.
Auteur : François Villon (1431 -1463)
Titre : Ballade Villon
Période : fin du moyen-âge, bas moyen-âge

Anticonformiste, enfant terrible du XVe siècle, brigand, poète médiéval « maudit » et merveilleux à la fois, François Villon (1431-1463) fascine encore et, à dire vrai, il faudrait bien plus qu’un petit billet de blog pour en parler, mais comme il faut bien commencer par quelque chose voilà un premier texte de lui. Côté période, nous sommes au milieu du quinzième donc en limite de bas moyen-âge.

N_lettrine_moyen_age_passionous lui faisons suivre une vidéo d’un parfait inconnu du web mais qui a sa chaîne youtube et qui propose une adaptation totalement extraordinaire de ce texte ici en langue anglaise adapté de la version russe de cette prière « pour »  et non pas « de » Villon . Force est de constater que durant longtemps, et peut-être même encore aujourd’hui, malgré les louables efforts de ses admirateurs sur notre sol, le maître de poésie médiévale Villon est souvent plus connu à l’extérieur de France qu’à l’intérieur de ses frontières. C’est en tout cas, une interprétation magistrale et un moment suspendu d’émotion totale que nous propose ce jeune chanteur là. Pour faire bonne mesure, nous mettons aussi la version originale de cet hommage à Villon, par Boulat Chalvovitch Okoudjava, auteur compositeur interprète soviétique du début du vingtième siècle et que l’on a appelé quelquefois le Brassens Russe.

« Pense à moi un peu » ou « La Prière de François Villon »

traduction : Jean Besson, François Maspero (1983)

Tant que la terre tourne encore, tant que le jour a de l’éclat,
Seigneur, donne à chacun de nous ce qu’il n’a pas :
Donne au sage une tête, un cheval au peureux,
Donne à l’homme heureux de l’argent… et pense à moi un peu.
Tant que la terre tourne encore, Seigneur, elle est en ton pouvoir !
Donne à qui veut régner l’ivresse du pouvoir,
Donne, au moins jusqu’au soir, repos au généreux,
A Caïn le remords… et pense à moi un peu.
Je sais : pour toi tout est possible, et je crois en ton sage esprit,
Comme un soldat mourant croit en ton Paradis,
Comme croit chaque oreille à tes propos de paix,
Comme à soi-même on croit, sans savoir ce qu’on fait !
Seigneur Dieu, mon Seigneur, toi dont l’oeil vert rayonne,
Tant que la terre tourne encore et soi-même s’étonne,
Tant qu’il lui reste encore et du temps et du feu,
Donne à chacun sa part… et pense à moi un peu.

Adaptation anglaise

Version russe

 

Alors c’est beau ou pas?

Une très belle journée à vous!

Fred
moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes