Sujet : agenda, site historique, animations médiévales. ateliers, banquet médiéval, château-fort, monument classé, site d’intérêt, histoire médiévale Période : moyen-âge central à tardif Evénement : Le château de Castelnaud au temps des seigneurs. Lieu : Castelnaud-la-Chapelle, Dordogne, Périgord Nouvelle-Aquitaine Date : les 27 et 28 octobre 2018
Bonjour à tous,
L’agenda médiéval du week-end nous entraîne du côté du Périgord noir au sein d’un site historique d’exception, celui de la forteresse médiévale de Castelnaud.
Un peu d’histoire
quelques 70 km au sud de Périgueux et sur les bords de la Dordogne, le Château de Castelnaud dresse fièrement ses vieilles pierres, du haut de son éperon rocheux. Au XIIIe siècle, il a vu passer les armées des croisés contre les albigeois, Simon de Montfort à leur tête. Il fut alors pris, puis, un peu plus tard encore, brûlé sur ordre de l’archevêque de Bordeaux. Rebâti dans le courant de ce même siècle, il deviendra bientôt, la demeure des Caumont puis des Seigneurs de Castelnaud.
Plus tard, vers le milieu du XVe siècle, en 1442, après s’être trouvé pris entre les feux de la guerre de cent ans, ayant changé de multiples fois de camps entre Anglais et Français, il finira à la main de la couronne de France sans que de grandes effusions de sang ne soient versées ; le tenant de la place a, en effet, décidé de remettre sagement les clefs de la forteresse au Comte du Périgord, représentant du roi, sauvant ainsi sa peau. Nous sommes alors au crépuscule de la guerre de cent ans à laquelle la grande bataille de Castillon portera un coup de grâce, un peu plus d’une décennie plus tard.
De son passé médiéval, le château de Castelnaud conserve encore de très beaux restes architecturaux. Au titre de ses autres intérêts, il héberge également un riche musée dédié à cette période et à son armement : Le Musée de la guerre au Moyen Âge. On peut ainsi y découvrir un nombre conséquent de pièces d’armes et armures du moyen-âge central à tardif (250 pièces) et y compter encore d’impressionnants engins de siège et des pièces d’artillerie d’époque.
Classé dans la deuxième moitié du XXe et relativement tardivement comme monument historique, le bel édifice propose de nombreux animations et visites à l’année. Les deux journées médiévales qu’il organise ce week-end font, en réalité, partie d’un vaste programme d’animation que nous vous invitons à découvrir dans son ensemble, sur son site web.
Au temps des seigneurs
Pour dire un mot des réjouissances qui se tiendront, cette fin de semaine, au coeur de cette belle place forte historique, c’est la compagnie médiévale la Massenie de Saint-Michel qui aura en charge leur animation. Ces passionnés d’Histoire vivante et de reconstitution se sont faits une grande spécialité du Moyen-âge tardif et du milieu du XVe siècle (1473)
Le programme est assez panaché. Il comprend un grand banquet ainsi que diverses démonstrations de savoir-faire des temps médiévaux ; la cuisine, le bain au moyen-âge, le travail à la forge, l’essayage d’une armure complète du XVe. On pourra aussi s’y initier à la danse médiévale, assister à un défilé de mode d’époque et encore se divertir au spectacle d’une joute courtoise.
Pour les aspects plus résolument belliqueux, des tirs au trébuchet fourniront un aperçu de la puissance ce cet engin de guerre autant que de la difficulté à le manipuler. Enfin, ceux qui seront sur place pourront en profiter pour suivre une des nombreuses visites guidées programmées à la découverte de ce grand édifice, témoin de notre histoire et peut-être encore chiner quelques ouvrages d’intérêt au sein de sa boutique.
Notons encore ici pour anticiper sur le programme à venir des animations du château qu’il donnera, entre noël et la fin d’année, un spectacle conté autour de Merlin l’Enchanteur à l’attention des plus jeunes.
En vous souhaitant une très belle journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.
Sujet : troubadours, langue d’oc, poésie, chanson, musique médiévale, poésie satirique, sirvantes, sirvantois, occitan Période : moyen-âge central, XIIe siècle Auteur : Marcabru (1110-1150) Titre : « Dirai vos senes duptansa» Interprètes : Ensemble Tre Fontane Album : Nuits Occitanes (2014)
Bonjour à tous,
a chanson médiévale du jour nous ramène vers l’un des premiers troubadours qui se trouve être aussi , sans doute, l’un des plus fascinants d’entre eux pour sa poésie hermétique si difficilement saisissable et son style unique.
A des lieues de la lyrique courtoise
Contrairement à nombre d’artistes, musiciens et poètes occitans contemporains de Marcabru et qui s’affairaient déjà à codifier la poésie en « l’enchâssant » dans la lyrique courtoise, au point quelquefois de l’y noyer entièrement, notre auteur médiéval du jour n’a pas chanté la fine amor (fin’amor). Il en a même plus volontiers pris le total contre pied. Ecole idéaliste et courtoise contre école réaliste, dont Marcabru se serait fait un brillant chef de file (1) ? Les choses sont dans les faits un peu plus nuancés, mais en tout cas, sur bien des thèmes et le concernant, sa poésie se tient dans l’invective et la satire et l’amour n’y échappe pas (sauf à l’exception qu’il soit de nature divine). A ce sujet, les manuscrits anciens contenant les vidas des troubadours enfonceront d’ailleurs le clou :
« Trobaire fo dels premiers q’om se recort. De caitivetz vers e de caitivetz sirventes fez ; e dis mal de las femnas e d’amor. » Le Parnasse occitanien. S.° Palaye. Manuscrit de Saibante. (1819)
« Il fut l’un des premiers troubadours dont on se souvient. Il fit des vers misérables* et de misérables serventois : et il médit des femmes et de l’amour. » (misérable n’adresse sans doute pas tant ici le style que l’état d’esprit ou la condition du poète).
« Dirai vos senes duptansa », de Marcabru par l’Ensemble Tre Fontane
Le Marcabru de l’Ensemble Tre Fontane
L’interprétation du jour nous offre le grand plaisir de recroiser la route de l’excellent Ensemble médiéval Tre Fontane dont nous avons parlé dans un article récent. Loin des rivages du chant lyrique qui couvre une partie importante du répertoire médiéval, cette version très « terrienne » etpleine d’une émotion bien plantée de Jean-Luc Madier, semble vraiment faire écho à celui qui disait dans ses vers et de sa propre voix qu’elle était « rude » ou rauque.
Les troubadours Aquitains Le chant des Troubadours – Vol. 1
La chanson Dirai vos senes duptansa est tirée d’un album de 1991 de la formation aquitaine et française. On y retrouve onze pièces occitanes issues du répertoire des tous premiers troubadours du moyen-âge central. Marcabru y côtoie Jaufrey Rudel mais aussi Guillaume de Poitiers, IXe Duc d’Aquitaine (Guillaume le Troubadour).
Cette production a le grand intérêt de rassembler la totalité des mélodies qui nous sont parvenues de ces trois auteurs. On pourra encore y trouver trois autres compositions de la même période : une de Guilhelm de Figueira, une autre de Gausbert Amiel et enfin une dernière demeurée anonyme. L’album ne semble pas réédité pour l’instant mais on en trouve encore quelques exemplaires d’occasion en ligne. Voici un lien utile (à date) pour les dénicher : Tre Fontane – Le chant des Troubadours Vol 1/ Les Troubadours Aquitains
Dirai vos senes duptansa
Comme nous le disions plus haut, il ne faut pas attendre de Marcabru qu’il se coule dans la peau du fine amant fébrile qui se « muir d’amourette ». C’est bien plutôt dans celle du désabusé et de celui qui se défie d’aimer qu’il faut le chercher. Dans cette chanson qu’il entend nous livrer « sans hésitation », il vient même nous conter dans le détail, tout ce qu’il pense des tortueux sentiers et des pièges de l’Amour. Tout cela n’est, à l’évidence, pas pour lui et il se fait même un devoir d’interpeller son public dans chacune de ses strophes pour mieux l’éveiller et le mettre en garde: « Ecoutez ! »
Comme pour les autres traductions que nous vous avons déjà proposées de cet auteur, nous nous appuyons largement ici sur celles du Docteur et écrivain Jean-Marie Lucien Dejeanne dans son ouvrage intitulé Poésies complètes du troubadour Marcabru (1909). Mais comme on ne se refait pas, nous les combinons tout de même avec des sources supplémentaires (dictionnaires, autres traductions, etc…). Au final, elles n’ont pas la prétention d’être parfaites et pourraient même sans doute prêter le flanc à l’argumentation mais, encore une fois, le propos est d’approcher la poésie de cet auteur.
Dirai vos senes duptansa
les Paroles en occitan & leur traduction
I Dirai vos senes duptansa D’aquest vers la comensansa Li mot fan de ver semblansa; – Escoutatz ! – Qui ves Proeza balansa Semblansa fai de malvatz.
Je vous dirai sans hésitation de ce vers, le commencement Les mots ont du vrai, la semblance (l’apparence de la vérité) ! Écoutez ! Celui qui, face à l’excellence (bonne parole, prouesse, exploit), hésite me fait l’effet d’un méchant (un mauvais, un scélérat).
II Jovens faill e fraing e brisa, Et Amors es d’aital guisa De totz cessais a ces prisa, – Escoutatz ! – Chascus en pren sa devisa, Ja pois no’n sera cuitatz.
Jeunesse déchoit, tombe et se brise. Et Amour est de telle sorte Qu’à tous ceux qu’il soumet, il prélève le cens (une redevance, un tribut) Écoutez ! Chacun en doit sa part (Que chacun se le tienne pour dit ? ) Jamais plus, après cela, il n’en sera quitte (dispensé).
III Amors vai com la belluja Que coa-l fuec en la suja Art lo fust e la festuja, – Escoutatz ! – E non sap vas quai part fuja Cel qui del fuec es gastatz.
L’Amour est comme l’étincelle Qui couve le feu dans la suie, puis brûle le bois et la paille, Écoutez ! Et il ne sait plus de quel côté fuir, Celui qui est dévoré par le feu.
IV Dirai vos d’Amor com signa; De sai guarda, de lai guigna, Sai baiza, de lai rechigna, – Escoutatz ! – Plus sera dreicha que ligna Quand ieu serai sos privatz.
Je vous dirai comment Amour s’y prend D’un côté, il regarde, de l’autre il fait des clins d’œil ; D’un côté, il donne des baisers, de l’autre, il grimace. — Écoutez ! Il sera plus droit qu’une ligne Quand je serai son familier.
V Amors soli’ esser drecha, Mas er’es torta e brecha Et a coillida tal decha – Escoutatz ! – Lai ou non pot mordre, lecha Plus aspramens no fai chatz.
Amour jadis avait coutume d’être droit, mais aujourd’hui il est tordu et ébréché, et il a pris cette habitude (ce défaut ) Écoutez ! Là où il ne peut mordre, il lèche, Avec un langue plus âpre que celle du chat.
VI Greu sera mais Amors vera Pos del mel triet la céra Anz sap si pelar la pera – Escoutatz ! – Doussa’us er com chans de lera Si sol la coa-l troncatz.
Difficilement Amour sera désormais sincère Depuis le jour il put séparer la cire du miel ; C’est pour lui-même qu’il pèle la poire. Écoutez ! Il sera doux pour vous comme le chant de la lyre Si seulement vous lui coupez la queue.
VII Ab diables pren barata Qui fals’ Amor acoata, No·il cal c’autra verga·l bata ; – Escoutatz ! – Plus non sent que cel qui’s grata Tro que s’es vius escorjatz.
Il passe un marché avec le diable, Celui qui s’unit à Fausse Amour; Point n’est besoin qu’une autre verge le batte ; Écoutez ! Il ne sent pas plus que celui qui se gratte jusqu’à ce qu’il se soit écorché vif.
VIII Amors es mout de mal avi Mil homes a mortz ses glavi, Dieus non fetz tant fort gramavi; – Escoutatz ! – Que tot nesci del plus savi Non fassa, si’l ten al latz.
Amour est de très mauvais lignage ; Mille hommes il a tué sans glaive . Dieu n’a pas créé de plus terrible enchanteur (savant, beau parleur), Écoutez ! Qui, du plus sage, un sot (fou) Ne fasse, s’il le tient dans ses lacs.
IX Amors a uzatge d’ega Que tot jorn vol c’om la sega E ditz que no’l dara trega – Escoutatz ! – Mas que puej de leg’en lega, Sia dejus o disnatz.
Amour se conduit comme la jument Qui, tout le jour, veut qu’on la suive Et dit qu’elle n’accordera aucune trêve, Écoutez ! Mais qui vous fait monter, lieue après lieue, Que vous soyez à jeun ou repu.
X Cujatz vos qu’ieu non conosca D’Amor s’es orba o losca? Sos digz aplan’et entosca, – Escoutatz ! – Plus suau poing qu’una mosca Mas plus greu n’es hom sanatz.
Croyez-vous que je ne sache point Si Amour est aveugle ou borgne ? Ses paroles caressent et empoisonnent, Écoutez ! Sa piqûre est plus douce que celle de l’abeille, Mais on en guérit plus difficilement.
XI Qui per sen de femna reigna Dreitz es que mals li-n aveigna, Si cum la letra·ns enseigna; – Escoutatz ! – Malaventura·us en veigna Si tuich no vos en gardatz !
Celui qui se laisse conduire par la raison d’une femme Il est juste que le mal lui advienne, Comme l’Écriture nous l’enseigne : Écoutez ! Malheur vous en viendra Si vous ne vous en gardez !
XII Marcabrus, fills Marcabruna, Fo engenratz en tal luna Qu’el sap d’Amor cum degruna, – Escoutatz ! – Quez anc non amet neguna, Ni d’autra non fo amatz.
Marcabru, fils de Marcabrune, Fut engendré sous telle étoile Qu’il sait comment Amour s’égrène; Écoutez ! Jamais il n’aima nulle femme, Ni d’aucune ne fut aimé.
En vous souhaitant une agréable journée.
Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes.
Sujet : agenda médiéval, fêtes historiques, animations médiévales. camp médiéval. Période : moyen-âge tardif, XVe siècle Evénement : La 5e médiévale du Labyrinthe de Merville Lieu : Merville, Haute-Garonne,
Occitanie. Date : les 20 et 21 octobre 2018
Bonjour à tous,
ur l’agenda du week-end et avant que n’arrivent bientôt les premiers marchés de Noël, il reste encore quelques vaillants médiévistes pour célébrer le Moyen-âge.
Pas de « Fous d’Histoire » à Dinan
Point n’en voyons, en revanche, cette année et comme à l’habitude, en Bretagne, pour les Fous d’Histoire de Dinan. L’événement a été, en effet, annulé par un communiqué officiel paru il y a un peu plus d’un mois, faute d’un nombre suffisant d’artisans et de compagnies pour venir l’animer.
Il faut dire qu’en plus d’intervenir après le gros d’une saison médiévale qui propose de plus en plus d’événements et sous un climat que l’on pouvait peut-être anticiper comme peu engageant, la cité de Dinan a aussi célébré, il y a à peine quatre mois, sa Grande fête des remparts. Aux dernières nouvelles, les organisateurs se posent donc encore des questions qu’ils semblent ne pas encore avoir tranchées sur l’opportunité de la reprogrammation de son salon médiévale et grand marché d’octobre pour 2019. Nous aurons, quoiqu’il en soit, largement le temps de vous en reparler mais en tout cas pour 2018, les Fous d’histoire Dinan, c’est râpé.
Pour rester dans le concept et éviter toute confusion, l’événement « Fous d’Histoire » de Margny les Compiègne est quant à lui, pour l’instant, bel et bien maintenu. Ils se tiendra, comme chaque année, en novembre et nous aurons l’occasion de vous en reparler à son approche.
Mais des médiévistes à Merville
Ainsi donc, pas de médiévistes en vue à Dinan ce week end mais vous pourrez en revanche en débusquer du côté de l’Occitanie et en Haute Garonne, au labyrinthe du château de Merville (à ne pas confondre avec la Merville-Franceville normande de Cidre et Dragon).
Au sein d’un bel espace vert, La Mesnie de Barbazan y aura en effet dressée un camp et vous attendra de pied ferme pour la 5eme édition de l’événement. Côté période, il est ici question de revenir au milieu du XIVe siècle dont cette compagnie de nobles reconstituteurs a fait sa spécialité. Au programme, ils vous proposeront tout au long du week-end, un lot d’animations médiévales choisies: ateliers d’époque (cuisine, cottes de maille, couture, etc … ), visite du camp et découverte de la vie de ses chevaliers, mais aussi démonstrations de combats en armure à la façon médiévale, et même d’armes de jets (arc, arbalète).
Sujet : trouvère, langue d’oïl, vieux français, poésie, chanson médiévale, lyrique courtoise Période : Moyen Âge central, XIIe siècle Auteur : Chrétien de Troyes (1135-1185) Titre : « Amors, tençon et bataille» Interprète : Ensemble Tre Fontane Album : Musiques à la Cour d’Aliénor d’Aquitaine (2007)
Bonjour à tous,
ous repartons aujourd’hui au XIIe siècle vers les premières trouvères de la France médiévale et même vers l’un des plus célèbres d’entre eux bien qu’il doive sa renommée à d’autres talents qu’ à ses chansons lyriques. Eclipsé par le caractère « monumental » de ses romans arthuriens, on en oublierait presque, en effet, que Chrétien de Troyes compte aussi parmi des premiers à avoir transposé les codes de la lyrique courtoise d’Oc dans cette langue d’Oïl qui allait donner naissance, à travers le temps, au français moderne (voir conférence de Richard Trachsler pour mieux cerner cette notion de célébrité).
Il faut dire aussi que l’auteur du célèbre Conte de Graal, du Chevalier au Lion ou encore du Lancelot, chevalier de la charrette pour ne citer que ceux-là, ne nous a pas laissé quantité de chansons et il demeure encore plus vrai que les quelques unes qu’on pensait devoir lui attribuer ont été longtemps sujettes à caution. Si on l’avait, en effet, crédité d’une demi dizaine de pièces, du côté des médiévistes et experts de ces questions, il semble qu’on soit enclin à ne désormais à n’en retenir que deux pour certaines.
On doit cette clarification aux analyses de la philologue et romaniste Marie-Claire Zai dans son ouvrage Les chansons courtoises de Chrétien de Troyes, daté de 1974. Jusqu’à nouvel ordre et selon son expertise, il nous reste donc deux chansons lyriques de Chrétien de Troyes à nous mettre sous la dent: D’Amors, qui m’a tolu a moi, pièce sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir plus tard dans le temps, et celle du jour Amors, tençon et bataille.
Amors, tençon et bataille dans les manuscrits anciens
On ne retrouve pas cette chanson de Chrétien dans quantité de manuscrits mais seulement dans deux d’entre eux.
L’un est conservé à la BnF. Il s’agit du MS Français 20050 (photo ci-dessous). Connu encore sous le nom de Chansonnier français de Saint-Germain des Prés, ce manuscrit, écrit à plusieurs mains, comprend 173 feuillets et on peut y trouver des chansons, romances et pastourelles du Moyen Âge central. Il est daté du XIIIe siècle.
Amors, tençon et bataille, de Chrétien de Troyes, MS Français 20050; Bnf, departement des Manuscrits.
Le second ouvrage est conservé en Suisse à la Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne (Burgerbibliothek). Nomenclaturé Manuscrit de Berne 389 (Cod 389) ou encore Chansonnier Français C ou trouvère C. Il est également daté du XIIIe siècle mais est largement plus étoffé que le précédent puisqu’il contient 249 feuillets. On y trouve des chansons de trouvères (anonymes ou attribuées) et il présente. en tout, la bagatelle de 524 pièces médiévales dont un grand nombre n’existe que dans cette source, c’est dire s’il est précieux. Vous pourrez trouver plus d’articles à son sujet ici.
La chanson médiévale de Chrétien de Troyes « Amors, tençon et bataille » dans le Manuscrit de Berne 389 ou chansonnier Français C
Amors,tençon et bataille, Chrétien de Troyes par l’Ensemble Tre fortuna
L’Ensemble Tre Fontane A l’exploration de l’Art de « trobar »
Fondé en 1985 par trois musiciens français originaires d’Aquitaine, l’Ensemble médiéval Tre Fontane s’est donné pour objectif, dès sa création, d’explorer le répertoire des troubadours et trouveurs du Moyen Âge central. Chants sacrés, chansons profanes, depuis plus de 30 ans, la formation a continué sur sa lancée en proposant concerts, spectacles, animations mais aussi stages et ateliers.
Au titre de sa longue carrière, Tre Fontane a produit près d’une douzaine d’albums sous différents labels : contes du Moyen Âge, art des jongleurs, chants de troubadours, … Pour l’instant, on peut retrouver facilement en ligne quatre d’entre eux parmi les plus récents. L’un est dédié au troubadour Jaufre Rudel (2011), un autre propose la découverte des chants de l’Andalousie et de l’Occitanie médiévales en collaboration avec le célèbre musicien espagnol Eduardo Paniaga et son ensemble (1998), un troisième celle du Codex cistercien de las Huelgas, monastère célèbre du Moyen Âge, sur la route de Compostelle (1997) et enfin un quatrième dont est tiré la pièce du jour.
Musiques à la Cour d’Aliénor D’Aquitaine
En 2007, l’Ensemble nous gratifiait donc d’un album très inspiré, ayant pour titre Musiques à la Cour D’Aliénor D’Aquitaine. On pouvait y retrouver 12 pièces représentatives de ce bouillonnement et de ce carrefour culturel qui tint place à la cour de cette grande dame du Moyen Âge. Et ce n’est sans doute pas par hasard que celle qui fut Reine de France et d’Angleterre. mais aussilapetite fille de Guillaume IX d’Aquitaine, le premier des troubadours, favorisa les rencontres entre les cultures de la France du Sud en Oc, du Nord en Oïl mais encore avec celle de l’Angleterre médiévale.
Cette dynamique se prolongera jusqu’à la cour de Marie de Champagne, fille d’Aliénor, dont Chrétien de Troyes fut contemporain et même encore deux générations plus tard, à travers le petit fils de cette dernière, Thibaut de Champagne.
Ainsi, dans cet album, c’est un peu de ces trois influences culturelles que l’on retrouve : de Guillaume le troubadour à son arrière petit-fils Richard Coeur de Lyon et sa célèbre complainte, en passante par Thibaut de champagne, l’incontournable Bernard de Ventadorn et encore d’autres noms célèbres, aux côtés de pièces non signées de ces XIIe et XIIIe siècles.
I. Amors tençon et bataille Vers son champion a prise, Qui por li tant se travaille Q’a desrainier sa franchise A tote s’entente mise. S’est droiz q’a merci li vaille, Mais ele tant ne lo prise Que de s’aïe li chaille.
II. Qui qe por Amor m’asaille, Senz loier et sanz faintise Prez sui q’a l’estor m’en aille, Qe bien ai la peine aprise. Mais je criem q’en mon servise Guerre et [aïne] li faille: Ne quier estre en nule guise Si frans q’en moi n’ait sa taille.
III. Fols cuers legiers ne volages Ne puet d’amors rien aprendre. Tels n’est pas li miens corages, Qui sert senz merci atendre. Ainz que m’i cudasse prendre, Fu vers li durs et salvages; Or me plaist, senz raison rendre, K’en son prou soit mes damages.
IV. Nuns, s’il n’est cortois et sages, Ne puet d’Amors riens aprendre; Mais tels en est li usages, Dont nus ne se seit deffendre, Q’ele vuet l’entree vandre. Et quels en est li passages? Raison li covient despandre Et mettre mesure en gages.
V. Molt m’a chier Amors vendue S’anor et sa seignorie, K’a l’entreie ai despendue Mesure et raison guerpie. Lor consalz ne lor aïe Ne me soit jamais rendue! Je lor fail de compaignie: N’i aient nule atendue.
VI. D’Amors ne sai nule issue, Ne ja nus ne la me die! Muër puet en ceste mue Ma plume tote ma vie, Mes cuers n’i muerat mie; S’ai g’en celi m’atendue Qe je dout qi ne m’ocie, Ne por ceu cuers ne remue.
VII. Se merciz ne m’en aïe Et pitiez, qi est perdue, Tart iert la guerre fenie Que j’ai lonc tens maintenue!
En vous souhaitant une belle journée.
Fred Pour moyenagepassion.com A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes