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Larmes et plaintes : pauvreté et devoir des princes sous la plume médiévale de Jean Meschinot

manuscrit_24314_jean_Meschinot_poete_breton_medieval_poesie_politique_satirique_moyen-age_tardifSujet : poésie satirique, morale, poésie médiévale, poète breton. devoirs des princes, miroirs des princes, poésie politique, auteur médiéval, Louis XI
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle
Auteur : Jean (Jehan) Meschinot (1420 – 1491)
Manuscrit ancien : MS français 24314 bnf
Ouvrage : Les lunettes des Princes & poésies diverses.

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans le courant du XVe siècle, à l’aube de la renaissance, le poète breton Jean Meschinot s’élevait avec véhémence contre la poigne et les abus de la couronne, en la personne de Louis XI. De sa plume satirique et acerbe, l’auteur médiéval contribuait ainsi à alimenter la légende du roi tyrannique, injuste et cruel qui allait suivre longtemps le souverain du moyen-âge tardif (voir par exemple le verger du roi Louis de Théodore de Banville) (1).

O vous qui yeux avez sains et oreilles,
Voyez, oyez, entendez les merveilles -,
Considérez le temps qui présent court.
Les loups sont mis gouverneurs des oueilles ;
Fut-il jamais (nenny!) choses pareilles?
Plus on ne voit que traisons à la court.

Je croy que Dieu paiera en bref ses dettes,
Et que l’aise qu’avons sur molles couettes
Se tournera en pouvretez contraintes.
Puisque le chef qui deust garder droicture
Fait aux pouvres souffrir angoisse dure
Et contre luy monter larmes et plaintes.

Les bestes sont, les corbins et corneilles,
Mortes de faim, dont peines non pareilles
Ont pouvres gens : qui ne l’entend est sourd !
Las ! ilz n’ont plus ne pipes ne bouteilles,
Cidre ne vin pour boire soubz leurs treilles,
Et, bref, je vois que tout meschief leur sourt…

Seigneur puissant, saison n’est que sommeilles,
Car tes subjectz prient que tu t’esveilles.
Ou aultrement leur temps de vivre est court.
Que feront-ils si tu ne les conseilles ?
Or n’ont-ilz plus bledz, avoines ne seigles,
De toutes parts misère leur accourt.

A grant peine demeurent les houettes.
L’habillement des charrues et brouettes,
Qu’ilz ne perdent et aultres choses maintes,
Par le pillart* (allusion au roi) qui telz maulx leur procure,
Auquel il faut de tout faire ouverture.
Et contre luy montent larmes et plaintes.

(…)

Le peuple donc qu’en main tenez
Ne le mettez à pouvreté,
Mais en grant paix le maintenez,
Car il a souvent pouvre esté,
Pillé est yver et esté,
Et en nul temps ne se repose :
Trop est batu qui pleurer n’ose.

Croyez que Dieu vous punira
Quant vos subgectz oppresserez;
L’amour de leurs cueurs plus n’ira
Vers vous, mais haine amasserez ;
S’ilz sont pouvres, vous le serez,
Car vous vivez de leurs pourchas* (leurs avantages, leur travail)

Bien sûr, le contexte a changé et il ne s’agit pas de comparer la France de Louis XI à celle du XXIe siècle, et encore moins l’action de ce souverain à celle de nos dirigeants en date.

Si ce dernier a rien moins que tripler ou quadrupler l’impôt au cours de son règne, l’usage qu’il en fit reste sans commune mesure avec les politiques actuelles. Pour n’en dire que quelques mots, il modernisa, en effet, le royaume, mis à mal la féodalité et œuvra dans le sens de sa prospérité économique. A tout cela et pour mieux se resituer dans le contexte, il faut encore ajouter que Meschinot était pris activement dans le conflit qui opposait alors le roi de France à ses nobles et vassaux, sous la bannière de la ligue féodale du bien public auquel le duc de Bretagne avait adhéré.

Au delà de tout cela, il reste tout de même, de ces Lunettes des princes de Meschinot quelques belles leçons de morale politique qui continuent encore, aujourd’hui, de faire sens sur le fond.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

(1) Sur les représentations complexes et paradoxales autour de la personne de Louis XI et notamment l’usage qu’en firent les romantiques du XIXe siècle, voir l’article de Isabelle Durand-Le Guern : Louis XI entre mythe et Histoire, Figures mythiques médiévales aux XIXe et XXe siècles, CRMH, 11.2004.

La poésie médiévale politique et satirique de Jean Meschinot

manuscrit_24314_jean_Meschinot_poete_breton_medieval_poesie_politique_satirique_moyen-age_tardifSujet : poésie satirique, politique, morale, poésie médiévale, biographie, portrait, poète breton.
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle
Auteur : Jean (Jehan) Meschinot (1420 – 1491)
Manuscrit ancien : MS français 24314 bnf
Ouvrage : Les lunettes des Princes & poésies diverses.

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous partons aujourd’hui sur les routes de la Bretagne du moyen-âge tardif, en compagnie d’un gentilhomme, poète et homme d’armes du XVe siècle du nom de Jean (ou Jehan) Meschinot. Contemporain de François Villon et de Charles d’Orleans, cet auteur s’exerça à une poésie morale, politique et satirique aux accents, par endroits, mélancoliques ou fatalistes, qui n’est pas sans rappeler celle d’un Eustache Deschamps, quelques temps après ce dernier.

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Manuscrit MS Fr 24314 BnF, oeuvres de Jehan (Jean) Meschinot, XV. Langueur, fureur et courroux rendent visite au poète breton

Un poète, gentilhomme et homme d’armes breton du XVe

E_lettrine_moyen_age_passionst-ce, comme l’avançait l’historien Johan Huizinga en citant quelques vers de Jean Meschinot dans son Automne du Moyen-âge, un signe des temps que cette désespérance du XVe siècle ? Il faut dire que le poète breton a connu aussi de son vivant quelques pertes brutales notamment du côté des seigneurs qu’il servait, auxquels il faut ajouter quelques épisodes de revers financiers et encore de notables déboires de santé.

deco_medieval_bretagne« Misérable et très dolente vie!…
La guerre avons, mortalité, famine ;
Le froid, le chaud, le jour, la nuit nous mine;
Puces, cirons et tant d’autre vermine
Nous guerroyent. Bref, misère domine
Noz meschans corps, dont le vivre est très court … « 
Jehan MESCHINOT (1420 – 1491)

Dans le courant de sa vie, cette désespérance prendra chez Jean Meschinot, une forme aiguë, au point même de le conduire, lors d’une période particulièrement difficile, près des rives peu chrétiennes du suicide. Il ne le commettra toutefois pas et se repentira même devant Dieu d’en avoir caresser l’idée. On pourrait être tenté d’alléguer que c’est le poète dans son errance imaginaire et non l’homme qui fut confronté à l’épreuve, mais cet auteur, à l’image d’Eustache Deschamps est fait d’un seul tenant et, si l’on ne peut écarter qu’il en rajoute parfois, comme tous les poètes ou les auteurs pour se prêter à l’exercice de la licence poétique, on peut, avec l’accord de ses biographes, avancer que cela se produisit vraiment. Même si l’idée seule peut surprendre dans le contexte d’un moyen-âge tardif encore largement imprégné de christianisme, là encore, on peut appeler à la rescousse, Johan Huizinga. Dans l’opus déjà cité, ce dernier fera, en effet, le constat, à l’appui d’autres auteurs médiévaux de la même période, que, sans aller aussi loin que de vouloir abréger eux-même leur propre vie, en appeler à la mort pour mettre fin à leur désespoir est une idée qui revient, quelquefois, dans la poésie de ce courant de XVe siècle.  Tout cela étant dit, le legs poétique de Jean Meschinot va bien au delà de cette simple anecdote qui ne vaut d’être mentionnée que pour mesurer jusqu’où la mélancolie ou le désespoir ont pu aller chez lui,  au moins durant un court  épisode de son existence,

Pour revenir à sa biographie concrète, au cours de sa vie, le poète breton, originaire de Nantes et issu de petite noblesse, est un homme d’armes. On le retrouvera mentionné à plusieurs reprises comme écuyer ou servant dans les garnisons rapprochées de différents ducs de Bretagne : Jean V, François 1er, puis Pierre II, Arthur III. On peut notamment le retrouver cité  à l’occasion de missions d’escorte périlleuses et à des moments où les ducs souhaitaient s’entourer d’une poignée d’hommes pour parer à l’éventualité de quelques embuscades, sur les routes périlleuses de la guerre de cent poesie_medievale_XV_Jean_Meschinot_poete_breton_manuscrit_ancien_miniature_enluminure_MS_fr_24314ans. C’est là la marque indéniable de la confiance portée à ses qualités d’armes, qualités dont il sera d’ailleurs récompensé et loué, à plusieurs reprises, comme les comptes de trésorerie du duché de Bretagne l’attestent.

Le Manuscrit fr 24314 du XVe comprend les oeuvres de Meschinot et quelques autres anonymes.

Au moyen-âge, et ceux qui connaissent un tant soit peu cette période ou qui suivent nos articles le savent bien, l’exercice de la poésie n’est pas incompatible avec les valeurs guerrières, loin s’en faut. Ainsi, la reconnaissance des valeurs militaires du gentilhomme breton se couplera, sans anicroche, avec celle de ses qualités de poète. Il voyagera, à plusieurs reprises, en compagnie des Ducs vers des cours prestigieuses, comme en 1458, où il se rendra à la cour de Charles d’Orléans et aura l’occasion d’y rencontrer maintes autres poètes. Longtemps affecté à la carrière, il sera encore gentilhomme de la Garde, sous François II de Bretagne, et c’est, à ce titre, qu’il servira encore la maison de Laval. Bien plus tard, il a alors près de 68 ans, on le retrouvera encore mentionné dans les archives, au service d’Anne de Bretagne, cette fois-ci, comme maître d’hôtel.

deco_medieval_bretagneDu point de vue des titres, Jean Meschinot fut aussi, en tant que seigneur de Mortiers, à la tête d’un domaine rural de taille acceptable, mais les frais afférant à la gestion de ses terres, sa solde de soldat autant que les obligations de sa charge, tendent à établir assez clairement qu’il ne débordait pas de richesses. De fait, il semble aussi avoir connu quelques années moins fastes que d’autres, notamment sous François II. Il s’en plaindra d’ailleurs, à plusieurs reprises, dans quelques vers autobiographiques dont voici un exemple :

« Les jeux passez me sont bien cher vendus :
J’avois apprins coucher en litz tendus,
Jouer aux detz, aux cartes, à la paume;
Que me vaut ce, mes cas bien entendus ?
Tous mes esbatz sont pieça despendus,
Et me convient reposer sur la chaulme. « 
Jehan Meschinot (1420 – 1491)

Rappelant très justement la précarité des poètes et écrivains du moyen-âge central à tardif et les remettant en perspective avec leur temps, un de ses biographes, Edouard L. De Kerdaniel parlera à son sujet « d’honorable médiocrité ». Se souvenant effectivement des misères d’un Villon et constatant encore qu’à l’image d’Eustache Deschamps, notre gentilhomme breton ne dépend pas de sa poésie pour vivre, on peut, sans doute, à l’exclusion de quelques épisodes difficiles qu’il connut, se ranger à ce point de vue, en comprenant même ici médiocrité dans son sens ancien et non nécessairement péjoratif : celui d’une voie qui se tient « dans la moyenne » (Voir Aurea Mediocritas).

Une poésie politique et satirique, mâtinée de désespérance

U_lettrine_moyen_age_passionn autre des biographes de Jean Meschinot, le plus célèbre, Arnaud de la Borderie parlera de lui comme un poète « moraliste, sévère, grondeur » et le décrira encore comme « un petit gentilhomme tout confit dans les vieilles moeurs, tout imbu du sentiment de devoirs sociaux, politiques et religieux ». Pour le dire de manière un peu moins abrupte et connotée, il demeure indéniable que le gentilhomme nantais est de la veine des poètes  qui aiment user de leurs plumes pour haranguer leurs contemporains et notamment, pour ce qui concerne notre breton, les princes et les puissants et pas les moindres; une poésie satirique qui ira même jusqu’aux pamphlets politiques.

deco_medieval_bretagne« Combien doibt-on un grant prince blasmer,
Quant il se faict partout cruel nommer
Et sans vouloir à bonté revenir !
Qui possède de biens toute une mer.
Dont le peuple est souvent presqu’à pasmer
Par pouvreté, quant le deust maintenir
En seure paix, sans lui faire blessure !
C’est grand pitié, par ma foy, je vous jure,
Qu’ung tel seigneur, soit d’Escoce ou Savoye,
Ayt autant d’or qu’est grant le Puy de Domme,
Il ne vault pas qu’on le prise une pomme,
Ne que le ciel lui preste umbre ne voye. « 
Jehan Meschinot (1420 – 1491)

Parmi les événements politiques marquants de la vie de l’auteur, on peut assurément compter le règne de Louis XI et le conflit qui opposa ce dernier à ses vassaux en général et à la Bretagne en particulier, autant que ses ambitions de conquête et la pression fiscale qu’il y adjoint. Au temps de la Ligue du Bien Public, conflit orchestré par les grands féodaux qui se soulevèrent contre la couronne, on retrouva naturellement Meschinot du côté du duché de Bretagne et contre Louis XIlouis_XI_roi_de_france_monde_medieval_bas_moyen_age. Le poète rédigea même quelques vingt-cinq ballades caustiques et politiques qui visaient de manière directe et sans laisser place au doute, le roi de France, comme put l’établir avec force exemples Arnaud de la Borderie dans sa biographie de l’intéressé. Ces ballades furent écrites en quelque sorte à deux mains puisque leurs envois provenaient de la plume d’un poète bourguignon contemporain de l’auteur nantais : Georges Chastelain.

Reconnu de ses contemporains,
oublié de l’Histoire

L_lettrine_moyen_age_passion‘histoire littéraire a d’abord oublié Jean Meschinot, avant de s’en souvenir « quelque peu », à nouveau, sans pour autant que dernier entre jamais tout à fait dans la postérité. Rien de comparable en tout  cas à un Villon,  un Charles d’Orléans ou encore un Clément Marot. Le poète médiéval breton eut pourtant, de son temps et avec son recueil le plus connu « Les lunettes des Princes », presque qu’autant de succès que le Testament de Villon ; les nombreuses rééditions de son ouvrage en attestent, plus nombreuses même de son temps que celles du Testament. deco_medieval_bretagneSur le talent de Meschinot, Clément Marot  ne s’y trompa d’ailleurs pas et le citera même dans une poésie où il liste les meilleurs poètes français et leur province : l’épigramme à Hugues Salel.

Avec le recul du temps et sans la juger à l’aulne difficile et pour tout dire presque impitoyable parce que si élevée d’un François Villon, la poésie de Jean Meschinot reste fort agréable à lire, d’un beau style et très fluide. Il se fend même souvent de jeux de mots complexes sur ses fins de rimes qui démontrent une virtuosité qu’il serait injuste de ne pas reconnaître.

Au delà de ses qualités de plume, les valeurs de courage qu’ils livrent dans son écriture satirique et pamphlétaire, autant que le témoignage politique de son temps, sont encore de ces choses qui pourront vous le faire aimer et qui nous le font, en tout cas, apprécier. Au temps où l’on savait encore combien la poésie pouvait être une arme, le gentilhomme breton en usait comme d’une lance pour haranguer les plus grands. Les devoirs des princes, même s’ils sont désormais élus, ont-ils tellement changé ? Les valeurs de tempérance, justice, force et prudence dont Meschinot nous parlaient valent-elles encore qu’on s’y penche ? Cette mise en abîme de l’exercice du pouvoir  qui résonne jusqu’à nous, à travers les siècles, rend encore sa poésie féconde et propice à la réflexion.

Des devoirs des princes

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour ce premier article, autour de la biographie du poète médiéval, nous vous livrons encore un court extrait de ses Lunettes des Princes.  Nous aurons l’occasion de revenir sur cet ouvrage qui contient aussi des éléments autobiographiques sur l’auteur mais pour en dire un mot, il nous y entretient des devoirs des princes, des puissants, des juges et même des papes. Il le fait sans grand ménagement au moment d’adresser les responsabilités qui leur incombent. autant qu’au moment d’affirmer que tous les hommes sont égaux devant Dieu et devant leurs actes. C’est un court passage de cette veine que nous partageons ici.

Par desplaisir, faim et froidure
Les pouvres gens meurent souvent
Et sont, tant que chaud et froid dure.
Aux champs nuds soubz pluie et soubz vent;
Puis ont, en leur pouvre convent*, (ménage)
Nécessité qui les bat tant,
Quant seigneurs se vont esbatant.

Inhumains et dommageux
Qui portez nom de seigneurie,
Vous prenez les pleurs d’homme à jeux ;
Mais n’est pas temps que seigneur rie
Quant on voit charité périe.
Qui est des vertus la maistresse :
Pouvres gens ont trop de destresse !

Du propre labeur de leurs mains,
Qui dust tourner à leur usage.
Ilz en ont petit, voire mains* (moins)
Qu’il n’est mestier pour leur mesnage.
Vous l’avez, malgré leur visage, (1)
Souvent sans cause : Dieu le voit I
Qui se damne est villain renoit*(renégat).

Combien que vous nommez villains
Ceux qui vostre vie soustiennent,
Le bonhomme* (paysan) n’est pas vil, — ains
Ses faicts en vertu se maintiennent…
Je vous nomme loups ravisseurs
Ou lions, si tout dévorez !….

(1) Quelque soit le fruit de leur labeur, qui devrait leur profiter il ne leur en reste que peu et même moins, car vous leur prenez « à leur visage » autrement dit sans vous en cacher.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

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Sources :
Un soldat-poète du XVe siècle, Jehan Meschinot,
par Edouard L. De Kerdaniel (1915)
Jean Meschinot Sa vie et ses oeuvres, ses satires contre Louis XI,
Par Arthur de La Borderie (1896)
Jean Meschinot Les Lunettes des Princes,
publié et commenté par Olivier de Gourcuff (1890)
Manuscrit français 24314, bnf, départements des manuscrits.
Les lunettes des princes. Vingt-cinq ballades. Commémoration de la passionPar Etienne Larcher, (1493)
L’Automne du Moyen-âge Johan Huizinga (1919)

Les Flamboyantes de Cusset 2017, une grande fête médiévale teintée de fantastique en Auvergne

geek_culture_medieval_fantastique_fantaisie_dragonSujet : fêtes médiévales, festival, marché, compagnie, animation médiévale, agenda.
Période  : moyen-âge fantastique et XVe
Lieu : Cusset (Allier)
Evénements: les Flamboyantes 3e édition
Dates : les vendredi 19, samedi 20 & dimanche 21 mai 2017

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial nous trottait dans la tête depuis hier, de faire un add on du côté de l’agenda de ce weekend, et comme nous avons cette fâcheuse tendance à fete_festival_medieval_fantastique_reconstitution_evocation_moyen-age_2017_cusset_les_flamboyantestoujours suivre le fil de notre passion, ce sera chose faite avec cet article.

Pour ceux qui se tienne en Allier ou dans les parages, nous voulions en effet revenir ici sur un festival original qui s’y tient durant trois jours cette fin de semaine : il s’agit de la 3ème édition des Flamboyantes de la ville de Cusset.

Un événement médiéval-fantastique
de taille en Rhône-Alpes Auvergne

I_lettrine_moyen_age_passion copial faut avouer que cet événement est tentant à bien des points de vue. Qu’on considère un peu les chiffres pour en prendre la mesure, la deuxième édition a rallié sur 3 jours près de 15 000 visiteurs. Nous parlons donc d’un rassemblement de taille.

fetes_medievales_festival_moyen-age_fantastique_fantaisie_agenda_sorties_cusset_flamboyantes_2017Le programme est de choix et la ville de Cusset, autant que les Associations impliquées se sont encore drapées, cette année, de leurs plus belles toilettes pour vous emporter loin des vicissitudes de notre monde moderne sur des terres qui, mêleront le moyen-âge réaliste et historique avec le médiéval fantastique et une grande parade sur ce thême.

De nombreuses troupes et compagnies y sont attendues, près de quinze associations sont partie prenante de l’événement, et des centaines comédiens ou d’exposants viendront animer les rues de Cusset, pour les transporter dans le temps, vers le XVe siècle et du moyen-âge tardif mais aussi en direction d’un moyen-âge plus imaginaire et magique, celui de la fantaisie médiévale.

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Le programme des Flamboyantes

A_lettrine_moyen_age_passionrtisans et marché médiéval, scénette et théâtre de rues, musique et troubadours,, spectacle de fauconnerie, campement médiéval, défilés et parades déambulatoires et grand spectacle d’ouverture, rien n’y manquera et tout le centre ville sera à la fête pendant deux journées complètes. Cette année, la thématique générale de ces Flamboyantes sera « l’Ouverture sur le monde » et en voici le programme détaillé :

fetes_animation_festival_medieval_fantastique_cusset_flamboyantes_2017_agenda_moyen-age

Plus de détails sur les compagnies médiévales présentes,  ici

Un peu de l’Histoire médiévale de Cusset

Q_lettrine_moyen_age_passionue l’on ne s’y trompe pas, pour autant que la fête s’aventure sur les terres d’un moyen-âge littéraire et imaginaire, il y aura aussi des compagnies plus axées sur la restitution d’un moyen-âge historique et réaliste, et à travers cet heureux mélange et ce grand événement festif , la municipalité de Cusset ne cache pas sa volonté de valoriser, à travers ces grandes réjouissances, son patrimoine historique. Disons ici un mot de ce riche passé.

blason_armoirie_cusset_fetes_medieval_moyen-age_flamboyantesSans même parler de son histoire gauloise et gallo-romaine et de son oppidum, attestés par la découverte de vestiges archéologiques et qui fait remonter l’occupation du site au IVe siècle avant J-C, l’histoire médiévale de la ville de Cusset commence, avant la fin du Xe siècle, avec l’établissement sur place d’une abbaye de soeurs bénédictines. Cette dernière favorisa le développement de la région et s’imposa bientôt par sa puissance économique. Ainsi, au XIIe siècle, Cusset deviendra une ville royale et sera consacrée comme une cité avec laquelle il faudra désormais compter en Auvergne.

Les meneurs de la Praguerie, enluminure médiévale, XVe, Martial d'Auvergne
Les meneurs de la Praguerie, enluminure médiévale, XVe, Martial d’Auvergne

blason_armoirie_heraldique_cusset_fetes_medievale_moyen-ageLe XIIIe siècle y verra s’édifier des remparts, à la demande de l’abbaye et avec l’autorisation de Philippe le Bel mais la ville connaîtra durant le guerre de cent ans une période troublée. Ses fortifications seront d’ailleurs détruites et les compagnies de mercenaires qui sillonnent alors les terres de France lui feront la vie dure. Pour mettre fin à ces compagnies de mercenaires, autant que pour lutter contre l’ennemi anglais, dans le courant du XVe, en 1439, Charles VII entendra lancer la création d’une véritable armée royale permanente mais certains princes et vassaux, craignant d’y voir leur pouvoir égratigné, se soulèveront contre lui donnant lieu à des révoltes  que l’on appellera plus tard : la Praguerie. Le dauphin, Louis XI, fils du roi prendra lui-même le partie des révoltés contre son père mais Charles VII tiendra bon face à ses vassaux et à son fils.

La révolte sera durement réprimée et un traité de paix sera signé en 1440 à Cusset même. Quelques années plus tard, la Praguerie connaîtra  de nouveaux soubresauts mais ceci est une autre histoire qui nous éloignerait un peu de notre propos.

Cusset, les remparts du XVe, très belle maquette en provenance du site www.paysdauvergne.fr
Cusset, les remparts du XVe, très belle maquette en provenance du site www.paysdauvergne.fr

Concernant les défenses militaires de la ville, il faudra attendre le cusset_histoire_medievale_remparts_XVe_tour_prisonniere_Louis_XIXVe et le roi Louis XI pour que de nouveaux remparts y soient édifiés dans les règles de l’art, avec quatre grandes portes et des tours flanquées (photo ci-dessus). On dit que le roi lui-même dit à leur propos qu’ils étaient  « les plus beaux remparts de France ». Le temps a hélas fait son affaire et les fortifications furent détruites graduellement. Il n’en reste aujourd’hui presque rien, qu’une tour qui fut un temps une prison et des souterrains.

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Voilà donc pour un bref survol de l’histoire de la ville de Cusset qui se propose, cette fin de semaine, de vous accueillir à l’ombre de ses murs pour un festival médiéval, teinté de fantastique et haut en couleurs.

En vous souhaitant une merveilleuse journée et un très beau week end.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Une version stéphanoise de la ballade des pendus de Villon, par Bernard Lavilliers

françois_villon_poesie_francais_moyen_ageSujet : Ballade médiévale, poésie médiévale, satirique, épitaphe, poésie réaliste, pendus, frères humains,lecture audio. prière,
Période : moyen-âge tardif, bas moyen-âge.
Auteur : François Villon (1431-1463)
Titre : Epitaphe à Villon, Ballade des pendus
Interprète : Bernard Lavilliers
Album : Histoires en scène (2000)

Bonjour à tous,

V_lettrine_moyen_age_passion copiaoici une autre lecture audio de la mythique ballade des pendus de François Villon en ce lundi de presque fêtes. L’interprétation du jour est aux couleurs stéphanoises puisque c’est une stéphanois célèbre qui nous la conte: Bernard Lavilliers, le mauvais poesie_medievale_bernard_lavilliers_francois_villon_ballade_des_pendus_epitaphegarçon au grand coeur de la chanson française, dont on ne présente plus la longue et brillante carrière,

Qui, mieux que lui, qui a chanté les prisons, Betty, le Ghetto, le banditisme, et encore la complainte des ouvriers aux mains d’or pouvait, sans crainte, s’approcher de Villon et de son épitaphe? Je vous laisse en juger. En tout cas, moi je trouve qu’il passe extrêmement bien même si, pour mettre un petit bémol sur son introduction, le clergé n’était sans doute pas le seul pouvoir à régner sous Louis XI.

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De fait, du moyen-âge central au moyen-âge tardif, le jeu politique et coercitif se jouait sans doute, de manière plus subtile, entre les mains du pouvoir régalien, celles du pouvoir féodal encore présent durant ce XVe siècle et celles de l’église et du clergé. Dans le contexte, le règne de Louis XI est même plutôt une période où la royauté s’affirme, dans la lignée d’un mouvement amorcè sous Philippe-Auguste et poursuivi depuis, comme un pouvoir avec lequel il faut compter. Le souverain s’appuiera sur le petit peuple pour oeuvrer contre les feudataires dans le sens de la centralisation et, dans un autre registre, il défendra aussi les louis_XI_roi_de_france_monde_medieval_bas_moyen_agepaysans vaudois contre l’inquisition épiscopale, dans le Dauphiné.

Sans relation avec l’affaire dauphinoise, Louis XI fera encore longtemps emprisonné le cardinal Jean de la Balue pour trahison et le pape devra même intervenir pour que l’homme échappe de peu à l’exécution.

Pour le reste, si vous vous souvenez, nous avions déjà parlé un peu de Louis XI, à l’occasion d’un article sur le poète Théodore de Banville qui lui avait dédié ce verger du roi Louis constellé de pendus. Après avoir connu une réputation de roi tyrannique et sanguinaire que lui avaient fait certains de ses contemporains, il a, depuis, été quelque peu réhabilité par les historiens, au moins dans le rôle politique qu’il a joué pour la France.

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Du reste, comme c’est par la grâce de ce roi que François Villon sera libéré du joug de sa prison de Meung-sur-Loire, dans laquelle il aurait certainement fini par périr, sans Louis XI, le grand maître de poésie médiévale n’aurait sans doute jamais pu léguer à la postérité son grand testament. Alors, même si de son vivant, ce dernier a sans doute mieux connu le règne de Charles VII que celui de Louis XI, et au moins pour cela, moi je dis:  « Vive le Roé! »

Quoiqu’il en soit, place à un grand artiste! Bernard Lavilliers, sa voix unique et la belle poésie de Villon.

En vous souhaitant une belle journée!

Fred
pour moyenagepassion.com
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La ballade des pendus de Théodore de Banville

ballade_medievale_poesie_moyen-age_louis_XI_theodore_de_banville_gringoire_francois_villon_ballade_des_pendus

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous publions une carte postale visuelle inspirée de la « ballade des pendus » de Théodore de Banville, plus connue depuis Georges Brassens sous le titre « le verger du rois Louis » et dont nous avons déjà parlé ici, il y a quelques jours. Si vous avez manqué l’article, il est ici (nous lui avons apporté quelques précisions depuis). L’image est en haute définition, il faut donc cliquer dessus pour la voir correctement.

Une belle journée!
Fred
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.