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Technologie : Le verre et les verriers au moyen-âge

Sujet : verrerie, métier de verrier, technologie, histoire médiévale, maître verrier, histoire du verre, moyen-âge central à tardif, proto-histoire à nos jours.

Bonjour à tous,

armi les matériaux qui ont révolutionné nos usages de façon si radicale que nous ne saurions plus comment nous en passer, le verre est, sans conteste, l’un de plus étonnants. Depuis plus de 3000 ans avant notre ère, il a accompagné l’histoire de l’humanité, des premiers enduits aux premiers objets d’art, perles ou parures, confectionnés en Perse et en Mésopotamie à ses usages les plus récents : domestiques (fenêtres, vaisseliers, miroirs,…), artisanaux et artistiques (bijoux, ornements, pièces décoratives) ou, encore, technologiques ( fibre optique, fibre de verre, télescope astronomique, micro-chirurgie, etc…)

Une découverte fortuite

Si nos ancêtres préhistoriques ont pu façonner divers objets fonctionnels ou ornementaux dans des formes de verre naturel (obsidienne, fulgurite,…), la légende nous conte que le moyen de fabriquer ce matériau fut découvert, de manière fortuite, par d’antiques voyageurs. Ayant fait leur feu, sans y prendre garde, sur un lit de sable riche en silice, ils se seraient aperçus, un peu plus tard, que l’opération avait donné naissance à une étrange matière. Un campement, un feu de camp, c’est donc ainsi que, plusieurs milliers d’années avant notre ère, la fabrication du verre serait apparue dans les civilisations humaines. Comme nous n’avons aucun document capable d’attester, ni de contredire cette version, il va falloir nous en contenter.

Verre et verriers dans le monde médiéval

D’abord décoratif, ornemental et utilisé plutôt dans des parures et des objets d’art, il fallut encore attendre quelques milliers d’années pour qu’on découvre comment produire des récipients en verre ou même encore comment souffler ce délicat matériau.

Durant ces périodes reculés, les égyptiens l’utiliseront de manière variée. Les phéniciens en feront aussi usage. Ils en amélioreront même le procédé et contribueront à commercialiser le verre autour du bassin méditerranéen. Tout au long de cette période, le matériau restera précieux à semi-précieux. Plus tard, on le retrouvera chez les romains et, quelques siècles avant notre ère, ses techniques de fabrication se répandront dans tout l’Empire et à travers l’Europe. Les romains y auront apporter entre-temps quelques innovations, notamment l’invention du verre coulé à plat à l’origine des premières vitres (même si ce dernier est alors loin d’être transparent et son usage très sélectif).

D’éternelles idées reçues

Concernant l’histoire médiévale du verre et cédant à l’habituelle facilité, vous trouverez toujours des férus d’obscurantisme pour vous expliquer que, de l’antiquité gallo-romaine à la renaissance, le moyen-âge n’est qu’une longue période de 1000 ans passée essentiellement à patiner sur place. L’usage du verre au moyen-âge n’y échappe pas puisqu’on le trouve assez souvent présenté comme une sorte de grand absent au tableau à quelques vitraux près et encore (1). Bien sûr, le monde médiéval n’a pas utilisé le verre autant que nous l’utilisons. Il n’en a pas non plus produit des quantités industrielles. Par contre, aux temps médiévaux, il n’y a pas, dans cette matière comme dans d’autres, une éclipse totale de la marche de l’humanité ou plutôt, pour coller à notre sujet une longue traversée du désert (de sable). La prétendue absence d’usage du verre, comme l’absence d’effervescence autour de sa fabrication, durant le moyen-âge n’est qu’une caricature de plus à ajouter au tableau des idées reçues à l’encontre du monde médiéval. Dans la veine de notre article sur les préjugés et la révolution technique du moyen-âge, nous allons nous évertuer à la déconstruire en apportant quelques éléments sur la question.

Usages du verre au moyen-âge

Contre toute attente, le moyen-âge a bien connu le verre et a même contribué à faire évoluer ses techniques de fabrication. De 2017 à 2018, le musée de Cluny consacrait d’ailleurs une grande exposition visant à montrer la richesse des objets et des usages du verre durant la période médiévale. On peut encore en trouver le fil conducteur en ligne et quelques belles images issues de cette exposition, comme celles ci-dessus ou le vitrail ayant servi d’en-tête à notre article.

L’art des vitraux

On ne peut parler de période médiévale sans évoquer les cathédrales et il est difficile de le faire sans penser aux incroyables vitraux mis alors en exergue dans ces édifices. Sans aller même jusqu’à ces superbes monuments architecturaux, du haut moyen-âge au moyen-âge tardif, des milliers de ces œuvres d’art sont venus peupler les lieux de culte de l’Europe : chapelle, églises, monastères et abbayes. Si l’on connait le vitrail depuis l’Antiquité, le monde médiéval (du haut moyen-âge au central) lui a apporté des améliorations qui l’ont élevé au rang d’art à part entière et lui ont conféré toutes ses lettres de noblesses : amélioration des cadres et vitraux enchâssés (VIe s), vitraux au plomb (Xe s), puis plus grande richesse graphique, détails, apport de couleurs, rosaces, (XIe siècles et suivant). La renaissance les connaitra aussi et ce n’est que plus tard vers les XVIIe et XVIIIe que l’art du vitrail médiéval commencera à reculer.

Usages sacrés, profanes et scientifiques

Les vitraux sont loin d’avoir été les seuls à consacrer l’usage du précieux matériau. Le verre est présent dans l’architecture sacrée, sous forme décorative mais on le retrouve aussi dans les objets d’ornement. Pour parenthèse et concernant l’aspect religieux, on ne s’étonnera pas de le retrouver sur les autels, comme on lui confiait déjà un rôle dans les vitraux : sa nature hybride entre matière et lumière fascine et lui ont conféré, de tout temps, une dimension spéciale qui ne peut que séduire l’homme médiéval.

Cet attrait fait qu’il est encore à l’œuvre dans les parures et les perles de verre des orfèvres et, pour mieux en apprécier les effets, ses propriétés étonnantes permettent encore de jouer à Narcisse en se contemplant dans ses miroirs. Dans d’autres domaines, on se réjouira encore de découvrir de subtils élixirs ou de nouvelles fragrances grâce à son entrée dans l’univers de la distillerie et les alambics. En matière de science, il fera aussi des apparitions très remarquées dans la médecine et ses ustensiles, ou encore en optique dans les lunettes à montures, mises au point au début du moyen-âge tardif.

Vaissellerie, récipients luxueux, émaux médiévaux, …

En vaissellerie, on trouvera le verre sur les plus grandes tables mais pas seulement. Les tavernes ou les fêtes populaires l’ont aussi connu. Bien sûr, la quantité, les degrés de qualité et de finition, les provenances y sont différentes de quand il siège dans les classes les plus hautes de la noblesse ou de la bourgeoisie, ou même dans les usages sacrés et consacrés du riche clergé, mais il est tout de même déjà présent là où on ne l’aurait pas attendu.

Pour finir ce petit tour d’horizon des usages du verre au temps médiévaux, on n’oubliera pas de mentionner le grand développement des techniques autour des émaux au moyen-âge. Ils sont à l’origine de véritables trésors d’art décoratif, sacré ou ornemental qui nous émerveille encore à ce jour.

Verrerie médiévale d’orient et d’occident

Pour dire un mot de la production de verre au moyen-âge, plusieurs berceaux culturels seront réputés pour la grande qualité de leurs réalisations. Dans les directions vers lesquels on se tourne, les créations en provenance du monde byzantin et du Moyen-Orient sont particulièrement réputées pour leur grande finesse. L’Italie et Venise joueront aussi un rôle de pointe. Les procédés de production n’y sont, bien sûr, pas étrangers. Ainsi par exemple, dans ces zones de production, pour abaisser la température de fusion, on peut utiliser comme fondants, des compositions savantes de végétaux marins et, notamment, la salicorne.

Les secrets de fabrication, comme le contenu et le dosage des matériaux intervenants dans les préparations, y sont bien sûr jalousement gardés. Autour du bassin méditerranéen, la concurrence est rude et l’enjeu de taille pour le matériau convoité. Dans ce contexte, on imagine que nombreux sont ceux désireux d’améliorer leurs recettes et leurs méthodes pour atteindre le « Graal », celui du verre idéal : le plus résistant et le plus durable, le plus pur, le moins opaque.

La Fabrication du verre – Gravure Robert Bénard (XVIIIe s), ‘Encyclopédie Diderot & Le Rond d’Alembert

A partir du XIIIe siècle jusqu’au long du moyen-âge tardif, et même un peu plus tard, Venise, ou encore certains sites provençaux, commenceront à privilégier des procédés visant à concurrencer la qualité des verres en provenance des plus lointaines destinations. De leur côté, en France, les métiers du verre et l’industrie verrière se sont plutôt organisés, depuis les carolingiens, dans les zones forestières. Hêtres, fougères, on se sert de végétaux trouvées sur place, pour obtenir les fondants. Le verre produit y gagne une teinte plus résolument verdâtre et son aspect a tendance à s’altérer dans le temps, mais la production a le mérite d’être locale et de pouvoir servir une partie du marché.

Des ateliers de tailles et de vocation variables

Autour du Xe, XIe siècles, avant l’avènement de ces fondants composés de cendres végétales, un certain nombre d’ateliers intermédiaires, installés en zones urbaines, ne fabriquaient pas eux-mêmes le verre. Ces officines se servaient alors de lingots déjà constitués et de calcin pour refondre le matériau dans des chaudrons pouvant en supporter la chauffe. Au moyen de cette technologie, il n’était pas alors nécessaire d’atteindre les mêmes températures pour la refonte. Dans le courant du moyen-âge central à tardif, de tels ateliers ont pu coexister aux côtés de grandes verreries forestières plus complètes dans leur approche de la chaîne de production. Les traces archéologiques sont trop faibles pour en former la certitude mais on touche, ici, la complexité des métiers gravitant autour de la verrerie : entre établissements capables de gérer tout le processus de fabrication, petites officines urbaines travaillant pour une clientèle plus locale et, peut-être, à la commande, et encore, en plus de tout cela, artisans plus spécialisés dans certains secteurs du verre que d’autres. (2).

Des évolutions technologiques sur la durée

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage » : l’adage vaut en général pour toutes les sciences et techniques, mais il est sans doute encore plus vrai pour la fabrication du verre. Au fond, c’est un peu comme pour la forge, le fer, l’acier et ses multiples possibilités d’alliage : fusion, fondant, assemblage chimique, « modelage » à chaud, rigueur et précision dans les gestes, la production du verre est une affaire complexe. Elle fait intervenir des combinaisons subtiles de matériaux, différentes cuissons, différentes techniques d’usinage, de soufflage, de colorisation, … Au sortir de tout cela, si ses possibilités semblent infinies, son équilibre demeure subtil et fragile.

Si la recherche de perfectionnement par les artisans et les maîtres verriers est constante, les choses prennent nécessairement du temps ; ainsi, par exemple, Venise disposait, dès le XIIIe siècle, de grandes verreries et d’une corporation professionnelle déjà bien organisée et puissante. Les créations, ni le verre ne furent d’emblée au niveau des réalisations orientales mais les procédés de fabrication utilisés allaient conférer à Venise une avance certaine sur d’autres productions concurrentes du reste de l’Europe, moins « fines » et moins abouties. À force d’améliorations, il faudra attendre le XVe siècle pour que leur maestria permette aux verriers vénitiens d’atteindre une perfection inégalée. De la même façon, les évolutions ont existé dans la verrerie française médiévale, procédant de longueur de temps pour se peaufiner. Au cours du moyen-âge, elles ont permis, par exemple, aux verriers du nord de la France de parfaire leur art et de produire leurs propres innovations avec, par exemple, la mise au point de verres à tiges.

Circulation des objets et concurrence culturelle

Inévitablement, en s’exportant et en circulant, les meilleurs produits finissent par susciter des vocations et des recherches en d’autres endroits. C’est vrai aujourd’hui. Ce fut aussi vrai de la circulation de objets, comme des idées et du savoir, aux temps médiévaux. Dans toutes ces évolutions technologiques autour du verre, on ne peut ignorer l’ouverture au monde qui s’opère durant le moyen-âge central, ni les échanges commerciaux, culturels et inter-civilisationnels auxquels on assiste alors entre orient et occident.

Pour conclure, le monde médiéval occidental ne s’est donc pas contenté de colporter ou de reproduire des technologies qui présidaient à la fabrication du verre dans le monde gallo-romain. Les artisans et professionnels de ces métiers ont aussi fait évoluer ce matériau dans ses procédés de production, ses formes et ses couleurs, autant que dans ses usages. Toutes ces transformations se sont situées dans un contexte global d’échange, de commerce et d’émulation.

Du verre au cristal, l’après moyen-âge

La renaissance et les siècles suivants connaîtront la même fascination pour le verre que le moyen-âge. Les découvertes autour de l’incroyable matériau se poursuivront et s’élargiront pour en imposer graduellement un usage plus généralisé. On le verra même se démocratiser pour entrer dans les maisons des classes les plus modestes.

Grand tournant de plus dans l’histoire du verre, le début du XVIIe siècle verra naître le cristal. C’est en Angleterre qu’il sera mis au point mais on en découvrira bientôt les acarnes en France. Des régions comme la Lorraine s’en feront même une spécialité toute particulière, au point qu’un siècle plus tard, cette production fera de la France, le fer de lance d’une cristallerie de luxe qui marquera l’histoire et dépassera nos frontières. Aujourd’hui, à plus de deux-cent ans de là, les grands maîtres verriers français et lorrains continuent d’exercer tous leurs talents. Il y est question tout à la fois d’art, d’artisanat, de tradition et de lignage. Vous pourrez retrouver la liste des plus grands verriers français ici.

Le verre à la conquête de la modernité

Bien sûr, la course du verre vers le progrès ne s’arrêtera pas là. Il aura encore de nombreuses places à conquérir dans notre monde moderne. Au XIXe siècle, nos villes finiront par bénéficier de ses lanternes et, plus tard, de ses réverbères. Il entrera aussi, dans nos maisons en généralisant son usage à nos fenêtres. De la même façon, plus aucun vaisselier domestique ne pourra se passer de sa présence, des verres aux plats en pyrex. Au XXe et au XXIe siècle, il s’imposera, de plus en plus, comme une évidence dans le secteur des transports ou de l’architecture avec l’avènement du verre feuilleté et encore du verre teinté. On le retrouvera encore au cœur de vibrantes compétitions et dans des matériaux de pointe comme la fibre de verre. Enfin, il ne sera pas en reste et s’imposera dans les technologies d’information de plus haute performance avec la fibre optique. Enfin, quand l’humanité se piquera de conquérir l’espace et les mondes inconnus, il sera encore là, tourné vers les profondeurs de l’univers à l’intérieur de nos plus puissants télescopes.

En vous souhaitant une très belle  journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

NB : l’image d’en-tête est un détail du vitrail les joueurs d’échec. Daté du XVe siècle, il provient de l’Hôtel de la Bessée à Villefranche-sur-Saône, et se trouve Grand Palais (musée de Cluny)


Notes

(1) En matière d’architecture par exemple, nous avons pu lire, par endroits, que les romains possédaient des carreaux à leur fenêtre et que le moyen-âge, période amoureuse des éternels retours en arrière, n’en avait rien retenu. On oublie deux choses en disant cela. D’abord les romains même les plus nantis sont loin d’avoir tous eu des verres à leurs fenêtres. Ensuite, durant une période qui déborde largement le moyen-âge, les procédés de fabrication ont fait, longtemps, du verre une matériau précieux à semi-précieux car, relativement fastidieux à produire. Pour poursuivre sur cet exemple des fenêtres, il faudra attendre, bien des siècles après la période médiévale pour qu’on commence à remplacer le papier huilé par des carreaux. On ajoutera encore, que durant le moyen-âge l’usage des fenêtres et la quantité d’ouvrants dans les habitations reste limitées, pour des raisons pratiques et thermiques.

(2) voir Technologie, géographie, économie : les ateliers de verriers primaires et secondaires en Occident. Esquisse d’une évolution de l’Antiquité au Moyen Âge, Danièle Foy, Colloque organisé en 1989 par l’Association française pour l’Archéologie du Verre (Année 2000)

On pourra également retrouver des éléments sur l’exposition passée sur le site du musée de Cluny et notamment pour les plus jeunes un sympathique livret-jeu.

moyen-âge, idées reçues & révolution des machines

Sujet : citations, moyen-âge, idées reçues, barbarie, modernité, révolution, technologie, moyen-âge, préjugés.

Bonjour à tous,

l y a quelque temps déjà, nous vous avions touché un mot de l’ouvrage Sacré Moyen-âge de Martin Blais, daté de 1997. L’enseignant historien et philosophe québécois y prenait le contrepied de quelques idées reçues sur le monde médiéval. Comme nous l’avions déjà remarqué, il n’était pas le premier à le faire, loin de là. Nous reviendrons d’ailleurs là-dessus, dans une deuxième temps de cet article mais pour l’instant place à l’extrait du jour.

I. Quand les préjugés ont un train de retard

Les avancées techniques et les inventions du moyen-âge ont été souvent mises en avant, par de nombreux auteurs, pour contrer les habituels préjugés autour de cette période ; on avait même pu la décrire, quelquefois, comme une sorte de temps mort de plus de mille ans durant lequel les hommes auraient tout oublié de l’héritage du passé et de l’antiquité, en se contenant de surnager et de stagner.

La réalité historique est aux antipodes de cette vision éculée. Au titre de ces grandes évolutions technologiques du moyen-âge sur lesquels les siècles suivants assoiront leur développement, on pourra citer de manière non exhaustive : roue à filer, meules, pilons, fouloirs, maillets, grue (cage d’écureuil), gouvernail d’étambaut, sextant, lunettes, fer à cheval, amélioration du joug et de l’outillage, charrue, brouette, soufflet, métallurgie, haut fourneau, aimant, aiguille aimantée, boussole, horloge mécanique, engins de siège, …

Mécanisation, nouveaux usages énergétiques,
l’amorce d’une première révolution industrielle

S’il y a bien un caractéristique importante du moyen-âge c’est l’invention ou la généralisation de techniques permettant d’aider ou de suppléer au travail de l’homme, au moyen de transferts énergétiques : énergie hydraulique, éolienne, ou encore énergie animale. Pour apporter du grain à moudre à cette idée, voici un extrait de l’ouvrage Sacré Moyen-âge sur les moulins. Il est un peu long mais il est édifiant. Il faut aussi avouer que le ton simple et l’écriture directe de Martin Blais font de son petit précis sur le monde médiéval, un ouvrage très agréable à lire et à portée de tous. Dans ce passage, l’auteur emboite le pas de l’ouvrage « La Révolution industrielle au Moyen Âge » (1975) de l’historien Jean Gimpel. Il le citera même à son tour.

Energie hydraulique et moulins à eau

« La première révolution industrielle date du Moyen Âge. Les XIe, XIIe et XIIIe siècles ont créé une technologie sur laquelle la révolution industrielle du XVIIIe siècle s’est appuyée pour prendre son essor. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les découvertes de la Renaissance n’ont joué qu’un rôle limité. En Europe, dans tous les domaines, le Moyen Âge a développé, plus qu’aucune autre civilisation, l’usage des machines. C’est un des facteurs déterminants de la prépondérance de l’Occident sur le reste du monde.

La principale machine du Moyen Âge, c’est le moulin : moulin à eau, moulin à vent, moulin actionné par la marée. L’énergie hydraulique revêt l’importance du pétrole ou de l’électricité au XXe siècle. Les monastères, ces PME du Moyen Âge, rendent à l’énergie hydraulique un vibrant hommage :

« Un bras de rivière, traversant les nombreux ateliers de l’abbaye, se fait partout bénir par les services qu’il rend. […] La rivière s’élance d’abord avec impétuosité dans le moulin, […] tant pour broyer le froment sous le poids des meules, que pour agiter le crible fin qui sépare la farine du son. La voici déjà dans le bâtiment voisin ; elle remplit la chaudière et s’adonne au feu qui la cuit pour préparer la bière des moines si les vendanges ont été mauvaises. […] Les foulons établis près du moulin l’appellent à leur tour. Elle était occupée à préparer la nourriture des moines, maintenant elle songe à leur habillement. […]. Elle élève ou abaisse alternativement ces lourds pilons, ces maillets ou, pour mieux dire, ces pieds de bois et épargne ainsi aux moines de grandes fatigues […]. Au sortir de là, elle entre dans la tannerie, où elle prépare le cuir nécessaire à la chaussure des [moines] ; […] puis, elle se divise en une foule de petits bras pour visiter les différents services, cherchant diligemment partout ceux qui ont besoin de son aide, qu’il s’agisse de cuire, tamiser, broyer, arroser, laver ou moudre, ne refusant jamais son concours. Enfin, pour compléter son œuvre, elle emporte les immondices et laisse tout propre. (La Révolution industrielle au Moyen Âge Jean Gimpel) »

(…)La société médiévale remplaça le travail manuel par le travail des machines. Les administrateurs que Guillaume le Conquérant dépêcha, en 1086, pour recenser les biens du royaume d’Angleterre nous fournissent quelques chiffres sur le nombre impressionnant de ces précieux auxiliaires de l’homme. Pour une partie de l’Angleterre dont la population s’élève à 1 400 000 habitants, les recenseurs de Guillaume ont inventorié 5 624 moulins. Une certaine rivière comptait 30 moulins sur 16 kilomètres, soit un moulin à tous les 500 mètres. À Paris, au début du XIVe siècle, il y avait environ 70 moulins flottants amarrés sur la rive droite de la Seine.

Sacré moyen-âge – Martin Blais (1924-2018)


II. 50 ans à l’encontre des préjugés
sur le monde médiéval

Nous le disions en introduction. Martin Blais n’est pas le seul à avoir pris le contrepied des idées reçues sur les temps médiévaux. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle et jusqu’à très récemment, une longue cohorte d’historiens médiévistes s’est évertuée à produire des ouvrages de vulgarisation pour tenter de déconstruire un moyen-âge fantasmé, de manière trop souvent négative et manichéenne.

Une cohorte d’ouvrages contre l’ignorance

On pourra citer les nombreux ouvrages de Régine Pernoud, dont le célèbre « Pour en finir avec le moyen-âge » (1977) ou encore ceux de Jean Verdon dont « Le Moyen Age, ombres et lumières » (2004). Plus près de nous et, dans la même veine, on aurait de quoi remplir plusieurs rayons de bibliothèque tant nombreux sont les livres qui se donnent pour mission de faire la chasse aux préjugés sur le monde médiéval. Citons-en quelques-uns de plus : « Le Moyen Age, une imposture » de Jacques Heers (2008), « Regards sur le moyen âge« , Sylvain Gouguenheim (2009), « Le Moyen Age : 10 siècles d’idées reçues« , Laure Verdon (2014), « Le vrai visage du Moyen Age : au-delà des idées reçues, de Nicolas Weill-Parot et Véronique Sales (2017), « La Légende noire du Moyen Âge« , Claire Colombi (2017), « Quoi de neuf au Moyen-Age ? » Isabelle Catteddu (livre de l’exposition du même nom), « Surprenant Moyen-âge » de Didier Chirat (2020).

En empilant les références, nous ne cherchons pas à en déprécier la valeur. La notion de vulgarisation étant « élastique », du plus anecdotique et digeste à des choses plus ambitieuses et fouillées, chacun de ces ouvrages apporte son propre éclairage et trouve son public. L’effort est donc louable. D’ailleurs, sans que les médiévistes fassent spécialement leur cheval de bataille, de la traque aux idées reçues, on pourrait faire remarquer que tout ouvrage de vulgarisation, un tant soit peu généraliste, sorti au cours des 50 dernières années, emporte presque fatalement, son lot de déconstruction d’idées fausses, tant celles-ci ont meublé, longtemps, les esprits au sujet du monde médiéval.

Un éternel recommencement

Si le chantier est encore largement ouvert, l’idée d’une chasse aux préjugés sur le moyen-âge, présentée inlassablement comme nouvelle, a fini de l’être depuis de nombreuses années déjà. Nous le disions, la période, autant que le sujet, sont vastes ; l’intérêt n’est donc pas en cause. Les idées fausses sont aussi sérieusement enracinées et le moyen-âge n’est finalement pas une période qu’on étudie beaucoup à l’école, au regard de sa durée et son importance dans la constitution de notre civilisation.

Alors, tant qu’on entendra dire, à tout bout de champ et à tout propos, « on se croirait revenu au moyen-âge », cette chasse se présentera, sans doute, comme un perpétuel recommencement, au risque de 4eme de couverture un tantinet répétitives. Du reste, même quand les auteurs n’ont pas spécialement la prétention d’opérer une révolution complète et définitive sur tous les préjugés à l’encontre du moyen-âge, je soupçonne les éditeurs de se charger, quelquefois, d’y ajouter une petite touche de sensationnalisme qui finit, à la longue, par niveler le tout : « Combien de fois n’entendons nous pas dire : Holala c’est le moyen-âge »… Attention, après avoir lu cet ouvrage, vous ne verrez plus jamais cette période de la même façon ! » On ne peut leur jeter la pierre. Le segment est porteur et, en ce bas monde, le livre est aussi un produit sur un marché.

Déconstruction à tous les étages

Pour sortir des rayons de librairies, il faudrait désormais adjoindre à cette croisade contres les idées reçues au sujet du monde médiéval, un certain nombre d’autres médias : grandes expositions sur cette période, programmes de radio, télévision quand elle décide de s’intéresser un peu sérieusement à l’histoire.

On pourrait même, désormais, y ajouter certaines vidéos de vulgarisations de youtubers historiens pas trop mal faites, voire même sérieuses. On s’empressera, tout de même, de les mettre en opposition avec d’autres qui « bachotent » des exposés un peu léger, en n’ayant d’excuses (insuffisantes) que la pêche à l’attention et aux vues, sur des sujets racoleurs. Mais, me direz-vous, le problème concerne plus les réseaux que le moyen-âge… Cf Les barbares. Essai sur la mutation d’Alessandro Baricco ou quand la barbarie change de nom : « Peut- être sommes- nous dans un tel moment. Et que ceux que nous appelons barbares sont une espèce nouvelle, qui a des branchies derrière les oreilles et qui a décidé de vivre sous l’eau. »

Enfin, dans la veine des médias qui entendent parler du moyen-âge de manière sourcée, on pourra encore citer une opération récente en vue de monter une chaîne SVOD dédiée sur le sujet.

Les vulgarisations peaux de bananes

Pour reprendre le fil des préjugés sur le monde médiéval, c’est bien connu, il n’est de sujet plus glissant que celui qu’on pense déjà connaître et dont on mesure peu la complexité. C’est, d’ailleurs, tout le problème des idées reçues qu’elles viennent fermer la porte, par défaut, à la curiosité ouverte et, pire, à une certaine humilité. Or, le moyen-âge couvrant une durée immense et des réalités infiniment diverses, sa vulgarisation est une exercice extrêmement périlleux. Ainsi, toute phrase commençant par « au moyen-âge, on faisait ceci ou cela », ou « au moyen-âge, on pensait que… » devrait sonner comme une invitation instantanée à la défiance. Pour ceux qui s’y lancent, sans circonscrire très précisément leur sujet, la période d’observation et son espace géographique, cela équivaut, un peu, à se lancer dans un champ semé de peaux de bananes. Pour chaque « thèse » ou « affirmation », on trouvera souvent des exceptions, au point qu’il est rendu presque impossible de ne pas tiquer quand certaines généralisations/vulgarisations prennent trop de hauteur de vue, même chez des spécialistes. Scientifiquement, le monde médiéval est un objet d’une très grande complexité.

Les historiens émérites le savent bien du reste qui passent leur temps à échanger des arguments, voire s’écharper sur des points de détails. Dans la même veine, de nombreux ouvrages qui reviennent sur les idées reçus au sujet du moyen-âge prennent souvent d’infinies précautions méthodologiques, de par la complexité même de l’objet dans l’espace et dans le temps, et la méconnaissance relative qu’on en a. En se gardant de tout couvrir, ils choisissent souvent quelques sujets précis qui permettent de mettre de revenir sur une généralité ou deux.

III. Pourquoi ces préjugés ont-ils la vie dure ?

50 ans de « sorties du bois » d’universitaires, d’auteurs, de médiévistes et d’étudiants et des préjugés qui semblent perdurer. Le peu d’insistance que l’ont fait, sur cette période, dans les programmes des cycles primaires et secondaires au regard de sa complexité, est certainement en partie, en cause. Disons-le aussi, une fois sortis des bancs de l’école, on n’évitera de compter sur les séries Netflix ou sur le cinéma (américain) pour rétablir un semblant de vérité dans les esprits. Quant au moyen-âge fantasy (dont on peut être friand pour d’autres raisons), il n’est hélas d’aucun secours pour appréhender la réalité du monde médiéval. A certains égards, de nombreux films ou livres du genre couvre même cette dernière, d’un voile déformant.

La culture grand public au secours du réalisme ?

Du côté de la culture grand public, et en particulier du 7eme art, la France semble avoir peu ou plus de grande tradition pour un cinéma historique, à tout le moins sur cette période. Si elles existaient, ces inclinaisons semblent s’être arrêtées aux portes des années 80-90. Se peut-il qu’elles se soient simplement éteintes en même temps que la volonté de maintenir un certain roman national ? C’est une vraie question. Au titre des raisons possibles de ce recul et sans s’y étendre, on pourra lister plusieurs pistes : poussée post-soixante-huitarde contre une certaine France des valeurs traditionnelles et spirituelles, promotion de plus en plus agressive d’une Histoire des vaincus et de la repentance, entrée dans l’Europe maastrichtienne et déterminations politiques et ultralibérales d’y dissoudre, de plus en plus, l’idée de nation et de culture nationale, universalisme et idéologies progressistes et mondialistes, …

En tout état de cause, ces dernières années, les sujets (quand ils sont historiques), semblent buter, de plus en plus, sur une période qui se cantonne au XXe siècle. Pour trouver de grandes productions sur le moyen-âge, on se souvient d’une reprise franco-italienne et télévisuelle des rois maudits (aux débuts des années 2000) et un peu avant du Jeanne d’Arc de Luc Besson (aux portes de 1999). S’ils ont connu de vrais succès populaires, Les Visiteurs ou la série Kaamelott sont plus des exercices de comédie moderne. Quant Au Nom de la rose, de 1986, encore dans toutes les mémoires, s’il est de haute tenue cinématographique à bien des égards, historiquement, cela grince tout de même aux entournures (voir notre article sur la légende noire de l’inquisition médiévale).

Cinéma historique et roman national

Au sortir, et sauf erreur, on trouve sans doute plus de productions (et encore télévisuelles) du côté de l’Allemagne ou de l’Italie sur cette période (hagiographies, aventures…). Si les réalisateurs anglo-saxons semblent aussi férus de monde médiéval, les plus américains d’entre eux privilégient un genre qui n’est pratiquement jamais historique (Arthur, Robin Hood, the last knights, ….) et, d’une certaine façon, c’est presque pire quand ils y prétendent. Peu de secours, donc, de tous ces côtés, pour faire la nique aux préjugés sur le moyen-âge mais, au fond, qui a dit que le cinéma devait être au service du réalisme historique ? Il est bien plus souvent à la main des idéologies modernes ou d’un certain roman national, même quand il est historique. Il faut se tourner du côté des cinémas asiatiques, du cinéma coréen pour trouver de telles œuvres, ou même du cinéma américain quand il décide de revisiter sa propre histoire.

Du coté français, ce ne sont pas des canaux de communication sur lesquels on puisse vraiment compter pour l’instant. Phénomène de modes ou plus sûrement choix de financement et idéologie ? L’heure n’est plus, semble-t-il, à la mise en valeur d’une certaine histoire nationale, même si un nombre grandissant de voix l’appelle de ses vœux, face à tant de forces demeurées, si longtemps et manifestement, contraires.

Ce « moyen-âge » qui perdure

C’est en tout cas une évidence : s’il n’existait un vent d’ignorance pour continuer de souffler à contresens, encouragé, sans doute, par certaines forces idéologiques et, même encore, la défiance, d’une certaine modernité à l’égard des choses passées, on finirait par se demander comment toutes ses idées fausses sur le moyen-âge viennent à perdurer, face à la quantité d’efforts déployés pour lutter contre elles, depuis de nombreuses décennies ? Et si c’est une question de canaux et que les plus efficaces (ie grand public, éducation,…) ne sont pas au rendez-vous, alors c’est certainement qu’un approche réaliste du sujet n’est pas prioritaire, voire jugée peu souhaitable, pour ceux qui les tiennent et les financent.

Quoi qu’il en soit, le résultat est là. La nature a horreur du vide et tout se passe comme si le moyen-âge était venu occuper dans les esprits la place d’un référent qui a, sans doute, existé, de tout temps, sous des étiquettes différentes. C’est un peu le double négatif de ce que nous ne sommes plus, de ce que nous ne voulons plus être mais qui menace de revenir si nous n’y prenons garde et qui, quelquefois, sort sa tête hors de l’ombre : contre le progrès et la modernité, un certain « arriérisme » technologique ou même encore, seulement une réserve par rapport à certaines avancées : « tu n’as pas d’iphone ? Tu vis au moyen-âge ou quoi ? ». Contre la république, la tyrannie et l’arbitraire (« aujourd’hui, on vote, on n’est plus au moyen-âge »). Contre la liberté de conscience, l’inquisition, contre la tolérance, les croisades, contre la transparence, l’obscurantisme, contre la civilisation, la sauvagerie, contre l’hygiène et la santé, la crasse et le spectre du fléau et de la maladie, contre l’éducation, l’ignorance, etc…

De la nécessité des barbares et du mouton noir

Bref, vous avez compris le principe, le moyen-âge est devenue une notion un peu fourre-tout finalement, qu’on évoque presque comme un « concept », un dénominateur commun qui désigne un ensemble de réalités convenues, mais qui n’a plus grand chose à voir avec la période de temps polymorphe et complexe, porteuse de ses propres nuances et ses propres réalités, telle que l’étudie les historiens, D’une certaine manière, il est passé dans le langage commun. Il a même son propre adjectif : « moyenâgeux » qui n’est donc pas « médiéval », mais qui correspond à ce moyen-âge des oppositions. On a ça un peu avec la préhistoire à ceci près que celle-ci renvoie plus à l’absence de confort, ou de technologie. Le moyen-âge est une notion qui catalyse bien plus de possibles. A cet égard, il a supplanté l’homme des cavernes sur le podium. Exit Cro-Magnon et même Neandertal.

A y regarder de plus près, si ce moyen-âge fantasmé est si difficile à déloger, c’est peut-être qu’il a, malgré lui, hérité d’une fonction : celle d’être devenue, dans le langage profane commun, ce sombre passé qui contient en lui tous les contraires indésirables au regard de nos idéologies modernes et de notre situation actuelle. C’est un besoin sans doute, dans la psyché humaine et dans la sphère langagière, d’avoir un point de référence comme celui ci, et qu’importe s’il ne correspond pas vraiment à une réalité objective. Il faut dans un langage, une culture, un lot de notions repoussoirs, comme il faut la menace d’un grand méchant loup ou la figure d’un barbare. Cela permet de définir ce qu’est ma culture dans l’espace et dans le temps, tout en la distinguant, de ce qu’elle n’est pas et de ce qu’elle ne veut surtout pas être. Ainsi le moyen-âge serait devenu un peu ce mouton noir temporel. Il en a la fonction : faire briller le présent, et s’y accrocher de peur que ne vienne planer, au dessus de ce dernier, le possible retour d’un temps sombre et révolu.

Mieux vaut en rire qu’en pleurer

Pour dédramatiser, ces archétypes se prêtent aussi à toutes les caricatures. Ainsi le moyen-âge se présente, également, comme un temps qui peut faire beaucoup rire ou dont on peut moquer les « personnages » qui y vivent pour leur travers et leurs manières un peu rustres : Homo « Moyenâgis ». Ce phénomène crée sans doute, une autre forme d’attachement émotionnel aux préjugés nourris à l’égard de cette période, mais nous savons tous qu’il s’agit de références partagées dont on peut rire, ensemble, de bonne grâce, à des degrés variables (1er, 2eme,…).

Les paysans de Kaamelott qui ne se lavent jamais ou Karadoc qui mange et pète tout te temps, le Jacquouille la Fripouille crasseux et aux chicots pourris des Visiteurs auquel on jette quelques restes … Toutes ces images fonctionnent et nous font rire, que nous connaissions ou pas le moyen-âge. D’ailleurs, ceux qui connaissent un peu mieux cette période, rient, eux aussi, souvent de bon cœur à ces caricatures, et sont moins indulgents quand le thème est traité sérieusement.

Empilement de forces antagonistes

Bien sûr, au delà de cette sorte d’instrumentalisation/ banalisation langagière du terme, ne nous voilons pas la face sur ce statut d’exception. L’émergence d’un moyen-âge obscur, dés la renaissance, n’aurait sans doute, pas suffi à en faire persister l’image négative jusqu’à nous. Pour que le sombre tableau s’enracine, il a fallu qu’il soit sujet à de nouveaux empilements idéologiques modernes auxquels les médiévistes actuels, pas plus que les romantiques du XIXe siècle, avec leurs rêves de châteaux et leurs belles envolées gothiques, n’ont permis totalement de surseoir. Mais c’est un sujet qui nous emmènerait bien plus loin, aussi, pourra-t-il faire plutôt l’objet d’un futur article.

En vous souhaitant une excellente journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

NB : les deux enluminures de l’illustration, ainsi que celle de l’image d’en-tête sont respectivement issues : du codex Bodmer 144 (Cod.Bodmer 144) de la fondation Martin Bodmer, Cologny. Enluminé par Jean Colombe, son contenu est Le mortifiement de vaine plaisance de René D’Anjou et il date du milieu du XVe. La seconde illustration (au pied de la deuxième image) provient de la Romance of Alexander (ou Codex MS. Bodl. 264), conservé à la Bibliothèque Bodléienne d’Oxford (Bodleian Library). Daté du milieu du XIVe, ce codex a été enluminé par Jehan de Grise.