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serons-nous les barbares du monde de demain ?

Sujet : citations, moyen-âge, philosophie, idées reçues, barbarie, modernité. Martin Blais (1924-2018)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous proposons une citation de l’écrivain, philosophe et enseignant canadien Martin Blais. Titulaire d’un double doctorat en philosophie et en sciences médiévales, cet éminent professeur des universités québécoises (Université de Laval) nous a légué de nombreux articles et ouvrages de philosophie dont un nombre important au sujet de Thomas D’aquin dont il s’était fait une spécialité.

Sacrée moyen-âge ! de Martin Blais

Entre les nombreuses contributions de Martin Blais, on trouve son livre Sacrée Moyen-âge ! Dans cet ouvrage daté de 1997, assez court et très agréable à lire, le chercheur et intellectuel québécois fait la chasse, à sa manière, à quelques idées reçues autour du moyen-âge. Plus proche de l’essai que de la thèse et sans méthodologie systématique, il y adopte le parti-pris de l’exploration libre.

Dix-huit sujets d’origine médiévale et en but aux préjugés sont ainsi à l’honneur, pour un peu moins de 150 pages au total. On en trouve de familiers : le travail au moyen-âge, les troubadours, la technologie et les inventions, l’hygiène et les bains, les universités, … Mais l’auteur passe aussi par des thèmes plus originaux ou qu’il éclaire sous un autre jour. On citera pêle-mêle les métiers féminins, l’histoire d’Héloïse et Abelard, les prisons « auberges », ce qu’il nomme lui-même la « pornocratie » pontificale, et encore un inévitable détour par Thomas d’Aquin.

Ce livre a été réédité par la  Bibliothèque québécoise  en 2002. Vous pourrez donc le trouver disponible à la commande chez votre meilleur libraire ou à la vente en ligne. Voici un lien utile pour plus d’informations : Sacré Moyen Age !

Réalités médiévales contre barbarie moderne

La citation du jour est tirée de l’introduction de l’ouvrage. Comme de nombreux médiévistes ou chercheurs l’ont fait avant lui et le feront encore après lui, Martin Blais ne peut s’empêcher d’y mettre en balance la barbarie du monde moderne avec celle qu’on adresse, en permanence, au Moyen-âge (moins souvent par raison que par ignorance).

« La réputation que la Renaissance a faite aux gens du Moyen Âge nous attend sans doute à un tournant de l’histoire. Dans un millénaire, quand on parlera de nos camps de concentration, de nos écoles de torture, de notre cruauté unique dans l’histoire, de nos guerres atroces, de nos millions de miséreux — même dans les pays riches —, on se demandera quels barbares nous étions. Soljenitsyne est moins patient que moi : « Dans cent ans, on se moquera de nous comme de sauvages. » René Dubos avance la même opinion : « La vue technologique qui domine le monde actuel […] apparaîtra à nos descendants comme une période de barbarie. » C’est donc sans la moindre arrogance, avec humilité même, que nous allons nous approcher du Moyen Âge. »

Martin Blais – Citation extraite de Sacré Moyen-âge (1997)

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Renaissance esclavagiste contre moyen-âge « barbare », une citation de Régine Pernoud

citations_medievales_Sujet : citations médiévales, histoire médiévale, historien, médiéviste, préjugés, idées reçues, moyen-âge, barbarie, esclavage, citations.
Auteur : Régine Pernoud  (1909-1998)
Ouvrage : Pour en finir avec le Moyen-âge (1977)

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaartie au milieu des années 70 à l’assaut des préjugés et des idées reçues à l’encontre du Moyen-âge, la grande historienne médiéviste Régine Pernoud remettait les choses à leur place. Dans son ouvrage « Pour en finir avec le Moyen-âge », elle rappelait, entre autres points, que contre un monde médiéval occidental exempt d’esclavage (l’Eglise en avait prohibé l’usage), les grands « progrès » (économiques) renaissants s’étaient faits en en restaurant la pratique.

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“Au XVIe siècle, on n’a nullement douté que l’humanité ne fût en progrès, et notamment du point de vue économique; fort peu de gens ont pris conscience de ce que, comme le clamaient Las Casas et quelques autres frères dominicains du Nouveau Monde, ce progrès économique se faisait en rétablissant l’esclavage par un gigantesque mouvement de réaction et que, par conséquent, un pas en avant ici peut se payer d’un recul ailleurs. L’humanité progresse indiscutablement, mais pas uniformément ni partout.”
Régine Pernoud (1909-1998) Pour en finir avec le Moyen-âge 

Quand il s’agit d’opposer Moyen-âge et Modernité, on doit toujours, avec raison et précision, analyser les notions de « Barbarie » et de « Progrès » dans leurs plus grandes largeurs : réalité objective, nuances, instrumentalisation idéologique et partie-pris. A défaut et comme cette citation l’établit, on risque de dire assez vite  et sans même le savoir de grosses âneries.

Une belle journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Science médiévale et idées reçues : terre ronde, terre plate, que croyait-on vraiment au moyen-âge?

conference_science_medievale_moyen-age_jean_marc_mandosio_prejuges_idees_fausses_sur_le_moyen-ageSujet : terre plate, terre ronde, Aristote, science, histoire médiévale, idées reçues, préjugés.
Période : moyen-âge.
Média  : Conférence  2014.  Café.Histoire.Chronos
Titre : La forme de la Terre, un aperçu de la science médiévale
Conférencier : Jean-Marc Mandosio,  maître de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE).

Bonjour à tous,

T_lettrine_moyen_age_passionordre le cou aux préjugés sur le moyen-âge voilà un objectif louable que semble devoir se fixer naturellement toute personne qui s’intéresse un peu de près à cette longue période de l’Histoire ou qui s’en passionne.

prejuges_idees_fausses_homme_medieval_sciences_encyclopedie_tresor_brunetto_latini_moyen-age_terre_rondeDans la masse des idées reçues, de nombreuses sont en réalité des constructions idéologiques que nous devons aux penseurs du  siècle des lumières et de la renaissance qui, pour se déterminer et s’élever vis à vis de leur passé,  éprouvèrent quelque peu le besoin de rabaisser l’image des périodes précédentes.

Obscurantiste, illettré, sale et ignorant, quand il n’est pas en plus « barbare », et quoi d’autre encore ? L’homme médiéval est devenu un peu à l’homme moderne et à l’Histoire, ce que l’Homo Neanderthalensis  fut longtemps et est encore, dans une certaine mesure, à la préhistoire et au Sapiens Sapiens : sorte de repoussoir dans lequel se mirent et se gaussent nos egos satisfaits d’hommes modernes. Ne sommes-nous pas, en effet et désormais, si différents de tout cela, si délicieusement évolués ? Homme des cavernes, homme médiéval, fantômes presque « jumeaux » d’un passé révolu, doubles symétriques et figés de tout ce qui n’est plus « nous », puisque nous nous en sommes si glorieusement affranchis, baignés dans les grandes lumières du monde matérialiste post-industriel.

conference_prejuges_idees_fausses_homme_medieval_sciences_moyen-age_gravure_terre_plate

Déconstruire l’homme médiéval au sein de la mythologie post-moderne

D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue de l’Histoire et des sciences humaines, le XIXe n’a pas tout à fait pu déconstruire cet homme médiéval obscur et ignorant dont il avait encore besoin et qui finalement cadrait plutôt bien dans le schéma de ces théories évolutionnistes et racialistes alors galopantes.  La figure du barbare et du bon sauvage y avaient encore la vie dure mais peut-être faut-il faire tout de même justice à ce siècle en allégeant un peu le fardeau de ses idéologies pour mettre ses erreurs de jugement au compte d’une science humaine encore balbutiante : un certain manque de méthodes: d’investigation, de datation, de systématisation de l’archivage et des sources et encore une archéologie peu présente sur ces périodes. Finalement, peut-être est-il ce XIXe dans ses tâtonnements une sorte de lente période de gestation de la « vérité médiévale » dont le XXe aura pu finalement accoucher, ou presque ;le « travail » est encore en cours.

monde_homme_medieval_obscurantisme_prejuges_idees_recus_jacquouille_fripouille_conferencePourtant, même si depuis le XXe, les médiévistes et historiens ont fait de notables efforts pour rétablir quelques vérités et « réhabiliter » l’homme médiéval dans un moyen-âge « réaliste », de nombreux préjugés résistent encore. Ils prennent leurs racines dans un mythe fondateur de la modernité qui a tout l’air d’en avoir encore désespérément besoin, sans doute pour les mêmes raisons que les hommes des XVIe et XVIIe en avaient eu l’utilité: un peu de fard sous les paupières pour habiller la mariée.

Au constat, à l’aube du XXIe, il reste encore fort à déconstruire pour approcher l’homme médiéval dans sa réalité. Il faut sans doute faire ici la différence entre la « rue » et le laboratoire de recherche et peut-être encore ajouter qu’en plus des mythes fondateurs de notre modernité, du côté de l’information de masse, les vérités « toutes plates » ne font pas toujours vendre. Aux temps de l’émotionnel et du sensationnalisme, les contrastes l’emportent sur les nuances et on préfère largement tenter de nous faire tomber de haut plutôt que rétablir d’ennuyeuses évidences. Sans doute cela joue-t-il. En ce qui concerne le moyen-âge, le médiéviste pourrait même, en plus et quelquefois, faire figure de rabat-joie en venant, par exemple, expliquer qu’un Jacquouille la fripouille (Les visiteurs, Christian Clavier) rigolard,  repoussant et à la limite de la débilité profonde, ou un Karadoc (Kaamelott) sale, goinfre et péteur ne sont que des constructions, désopilantes certes, mais sans doute à quelque distance de la réalité de l’homme médiéval et de son état « d’éveil », autant que d’hygiène.

Encore une fois, il est indéniable que ces images étroitement associées au moyen-âge continuent de nous faire rire. Nous nous y sommes attachés. Elles font référence et sens, même si cet homme médiéval là a été patiemment construit loin de sa réalité historique. Au demeurant, il restera toujours difficile de mesurer combien à travers nos rires, ces « archétypes » nous rassurent aussi sur notre propre monde et notre modernité.

Alors « au moyen-âge on ne savait pas lire », « au moyen-âge on ne se lavait pas », « au moyen-âge, tout le monde mourrait à 30 ans »« au moyen-âge, on croyait que la terre était plate » et tant d’autres encore. Et bien aujourd’hui c’est à ce dernier préjugé que nous allons tordre le cou grâce à Jean-Marc Mandosio.

Li livres dou tresor, une encyclopédie médiévale du XIIIe siècle par Brunetto Latini
Li livres dou tresor, une encyclopédie médiévale du XIIIe siècle par Brunetto Latini

Science médiévale et idées reçues:
la terre est ronde au moyen-âge

C_lettrine_moyen_age_passionroyez le ou non donc et si ce n’est pas encore le cas, vous en serez convaincu à l’issu de cette conférence du jour, au moyen-âge, on savait pertinemment que la terre n’était pas plate et,mieux même, on est même tout à fait certain qu’elle était ronde ou même plus précisément sphérique.

prejuges_idees_fausses_homme_medieval_sciences_moyen-age_terre_rondeNous suivrons ici Jean Marc Mandosio sur les traces de la théorie aristotélicienne mais aussi à la rencontre de l’encyclopédie et du livre du trésor de Brunetto Latini. On y verra que si les théories qui mènent à considérer la terre ronde sont encore éloignées de nos données astronomiques et physiques les conclusions sont pourtant  bien là.

Et si notre conférencier ne se prononce pas pour affirmer si, pour l’homme de simple condition, l’évidence de la terre ronde est bien admise, on peut tout de même supposer que ce fut le cas. Il n’y a, en effet, on le verra avec lui, que quelques rares auteurs très marginaux (deux en tout et pour tout) et qui ne sont pas des « scientifiques » pour se prononcer en défaveur de la terre ronde, ceux là même dont on s’est servi plus tard pour fonder le mythe d’une terre plate aux temps médiévaux. Dans ce contexte, on n’a un peu de mal à imaginer comment les hommes du moyen-âge, quelque soit leur condition, auraient pu suivre ces deux auteurs contre tous les autres, ou échafauder d’eux-mêmes une théorie tout à fait contraire à celle en vogue depuis de longs siècles.

Conférence :
la forme de la Terre, un aperçu de la science médiévale

Jean-Marc Mandosio universitaire, polémiste, essayiste

M_lettrine_moyen_age_passionaître de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE), Jean-Marc Mandosio y est en charge de la Conférence de latin technique du XIIe siècle au XVIIIe siècle.

jean_marc_mandosio_conference_science_medievale_moyen-age_central_prejuges_idees_recuesSpécialisé en littérature néo-latine, ses axes de recherches vont de l’histoire de la philosophie et des sciences à la classification de ces dernières, et il est également versé dans le domaine de l’alchimie, la magie & la philosophie naturelle.

En dehors de ses occupations universitaires,  on le connait aussi pour ses essais et sa plume de polémiste. Il a notamment fait paraître de nombreux écrits aux éditions de l’Encyclopédie des nuisances, maison d’édition militante et engagée, fondée dans les années 90 par Jaime Semprun et qui s’inscrit dans un courant  idéologique anti-industriel.

En vous souhaitant une bonne conférence et une très belle journée.
Fred F
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.