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Médecine médiévale préventive et recettes de cuisine « médicales »

medecine_medievale_ecole_salerne_science_savant_Regimen_SanitatisSujet : médecine, citations médiévales, école de Salerne,  ouvrage, manuscrit ancien.  cuisine, alimentation, médecine préventive.
Période: moyen-âge central (XIe, XIIe siècles)
Titre:  l’Ecole de Salerne (traduction de 1880)
Auteur :  collectif d’auteurs anonymes
Traducteur : Charles Meaux Saint-Marc

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionvant que les livres de recettes et de cuisine n’apparaissent en nombre, une grande partie des ouvrages du moyen-âge central parlant de diététique, d’alimentation et même de recettes se trouvait dans les traités de médecine.

Dans le courant du XIIe siècle, émanent de l’Ecole de Salerne mais différent du Flos Medicinae (que nous continuons de dérouler aujourd’hui ici), on trouve ainsi un ouvrage rédigé par Petrus Musandinus, maître de la célèbre école  italienne : la summula de medecine_medievale_preventive_alimentation_repas_ecole_salerne_extraits_moyen-age_central_XIIepreparatione ciborum et potuum infirmorum.  C’est un traité de préparation de mets et boissons à destination des malades et qui se présente déjà comme un véritable livre de recettes. Nombre de celles qui s’y trouvent décrites proviennent d’ailleurs de la cuisine de l’époque. Dans le même esprit, mais un peu plus tard, en 1300, on retrouvera, entre autres ouvrages, un autre traité latin, tiré de la traduction partielle d’une source arabe du XIe siècle, « le Livre des plats et des condiments » (Liber de ferculis et condimentis).  Quelque temps plus tard on trouvera même une partie de traité médicale consacrée aux sauces Opusculum de saporibus que son auteur avait rédigé à l’attention d’un évêque.  Avouez que de nos jours, on se figurerait assez mal revenir de chez son généraliste avec comme ordonnance, la recette de la meilleure sauce au poivre vert pour le magret.

Au fil du temps les deux genres d’ouvrage, même s’ils partageront les mêmes recettes finiront par se différencier de plus en plus, l’exigence appelant les médecins à être plus précis dans leurs arguments et à détailler un peu mieux les effets de leurs recettes, en prévoyant notamment certains ajustements pour qu’elles assurent une équilibrage satisfaisant des humeurs. Ces traités d’hygiène et de médecine préventive ont-ils contribué à répandre certains usages alimentaires ? Peut-être. Ont-ils entériné plus que devancer certaines moeurs ayant trait à la gastronomie et au goût  ? Sans doute. On se reportera valablement à la source, citée en pied d’article, pour un approche plus complète de ces questions.

Règles générales applicables au repas
du FLos Medicinae ou Regimen Sanitatum

S_lettrine_moyen_age_passion‘il n’a pas pour propos de donner des recettes précises, comme nous avons déjà pu nous en rendre compte ici, le Flos Medicinae côtoie de près le sujet de l’alimentation. Dans la partie plus générique de l’ouvrage qui ne touche pas encore à la liste des plantes et leurs usages, qu’il s’agisse de nourriture, de boissons ou de règles à suivre, le thème demeure central et récurrent. La médecine médiévale n’a d’une manière générale, absolument aucun doute sur le fait que la méthode la plus naturelle et efficace de prévention de la santé résidait dans la qualité des aliments et l’alimentation et dans les règles entourant ces pratiques. On notera d’ailleurs, au passage, dans l’extrait d’aujourd’hui que l’on prêtait tant de crédit et d’importance à la nourriture, la boisson et leurs usages que l’ombre de la peste ou de la lèpre se trouvaient fréquemment associées à certaines mauvaises pratiques. Pour le reste et comme on le constatera, la modération reste toujours au coeur de ce traité médiéval de l’Ecole de Salerne.

Pour parenthèse, à l’heure largement sonnée de la malbouffe, la relation directe entre alimentation et santé est une idée qui ne fait aucun doute pour personne et quand on s’intéresse un peu à certains travaux médicaux sérieux et récents, on sait bien aujourd’hui que l’on ne peut pas manger à l’envie n’importe quelle « préparation » industrielle (en restant poli) et compter, par la suite, sur la médecine et une pastille miracle pour se sauver. Depuis l’après guerre, on peut compter près de soixante ans d’industrialisation extrême de la nourriture, de ses processus de production et avec eux  decole_salerne_citation_medecine_medievale_regles_repas_alimentation_XIIe_moyen-age_central‘introduction en force de la chimie dans nos assiettes. Comparé avec des millénaires d’une toute autre pratique, c’est une durée finalement assez courte pour en mesurer les véritables conséquences même si quelques conclusions claires ont déjà été tirées (graisses, sel et sucre saturés, faible valeur nutritive, obésité, maladies coronariennes, etc.. Le reste demeure quelquefois nébuleux entre les enjeux économiques croisées et un prétexte de « nourrir la planète » (ce qui n’est toujours pas totalement le cas) qui a bien souvent couvert des pratiques débridées à visées uniquement mercantiles. Dans un monde du « à chacun son boulot », nourrir et soigner sont/étaient devenus des pratiques dissociées, phénomène pâlement compensé par l’introduction des « alicaments » (encore du marketing) dans lesquels on ajoute toutes sortes de « compléments » (encore de laboratoires), pour compenser les carences vitaminiques ou nutritives des produits industriels de masse.  Drôle de planète…

Tout cela étant dit et sans aucunement prétendre vous en gâter le plaisir, voici quelques nouveaux vers du Flos Medicinae autour des repas. De fait et pour le clin d’oeil, ces rimes vous inspireront peut-être quelques conseils à l’approche des agapes de fin d’année. Et si vous êtes de ceux qui vous y adonnez, bien décidés à attendre début janvier pour penser aux bonnes résolutions et pour ne rien gâcher de la fête, peut-être céderez-vous tout de même, à l’attrait poétique de leur charme médiéval un peu désuet, mais pas si inepte sur le fond.

Règles générales pour tous les repas
du Flos medicinae  ou l’Ecole de Salerne

Un Repas te nuira, s’il n’est dans ton usage:
D’aliments étrangers, fruit, poisson, ou breuvage,
Crains la saveur perfide, et défends ta santé
De l’ivresse fréquente et du vin frelaté.

Boire après chaque mets est un précepte utile,
Auquel applaudira ton estomac docile.
Ne bois jamais sans soif, ne mange pas sans faim:
L’excès en ces deux points enfante un mal certain.

Consulte la raison, et, si tu rrfen veux croire,
Quand tu quittes le bain, souviens-toi de peu boire.
Instruit des soins à prendre, un médecin prudent
Les trace avec méthode, et des écueils défend

Son client rassuré. D’une table modeste,
Convive rarement (la chose est manifeste)
Sortit malade, au lieu qu’un repas somptueux
Attire et médecins et cent maux avec eux.

Ne prends, que pour céder à prière trop forte,
Des mets très-différents, des vins de mainte sorte;
Crains du lait et des vins le mélange odieux:
Sinon, sur toi la lèpre étend son voile affreux.

Avant les mets servis comme en quittant la table,
Lave tes mains selon l’usage respectable.
Nul écart de régime, à moins que ta santé
N’approuve un changement qu’elle-même a dicté

Le malaise suivrait, Hippocrate l’atteste,
Du régime adopté le changement funeste.
Un régime uniforme, excellent médecin,
Surpasse des docteurs l’art et le savoir vain.

Pauvres, de simples mets couvrez la pauvre table,
Le régime est pour vous un repas délectable.
Un superbe festin gâte les estomacs,
Tandis qu’un sommeil pur suit un léger repas.

La santé se conserve avec l’économie;
La lourde gourmandise abrège et rompt la vie.
Un médecin l’a dit: Le sage ne meurt pas,
Qui jamais ne s’assit qu’à modeste repas.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Âge sous toutes ses formes.

Sources utiles et documentées  :  Cuisine et médecine au Moyen Âge, Bruno Laurioux

De lady Greensleeves à « l’enfant roi », chant profane, chant religieux

musique_ancienne_renaissance_medievale_viole_de_gambe_greensleeves_jordi_savalSujet : musique ancienne, folk, chanson traditionnelle anglaise, ballade. chant de noël, William Chatterton Dix
Période : XVIe, renaissance, moyen-âge tardif et XIXe pour la version du jour.
Titre : Lady Greensleeves, Greensleeves What is this child ?
Groupe : Adagio Trio
Album : Winter Gift (2002)

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous avions déjà dédié un article détaillé à la célèbre chanson anglaise traditionnelle Greensleeves dont les traces écrites remontent à la fin du XVIe siècle et qui, on s’en souvient, avait inspiré le non moins célèbre Port d’Amsterdam de Jacques Brel. Après vous avoir présenté ici différentes versions vocales ou instrumentales de cette ballade, en voici donc aujourd’hui une nouvelle. Harpe, flûte et violoncelle, on la doit à un Trio d’artistes d’origine américaine (Etats-Unis) et, si cette interprétation n’est que  musicale, elle nous entraînera pourtant, comme on le verra, du côté d’un chant religieux et chrétien du XIXe, loin de la jeune fille « aux manches vertes » des paroles originelles.

L’Adagio Trio

lady_greensleeves_adagio_trio_chant_de_noel_sur_melodie_musique_medievale_renaissanceFondé dans les années 85, l’Adagio Trio ne se dédie pas exclusivement à la musique médiévale ou renaissante et on le retrouve sur des pièces classiques, folk ou même celtiques, dans un répertoire qui va du profane au religieux. A travers leur interprétation, les trois artistes du trio affichent clairement leur parti-pris : apporter à l’aide de leur musique une forme de paix ou de tranquillité propice à la réflexion, à la méditation ou la « relaxation ». Pour le dire avec leurs mots:  « Experience a sense of tranquility and spiritual renewal through reflective classical, folk, and religious music ».

Ce positionnement et cette intention se ressentent assez bien à travers l’interprétation qu’ils nous proposent ici de Greensleeves. Paisible et déliée, la musique coule littéralement sans heurt. « Easy Listening » ? Si ce terme ne s’appliquait pas d’ordinaire à un autre genre et n’était pas un peu réducteur, il pourrait sans doute leur convenir. 

Greensleeves_chanson_musique_medievale_XVIe_renaissance_folk_ballade_anglaise_trio_AdagioEnregistrée sous le titre « What Child Is This? » et non pas le traditionnel « Lady Greensleeves » qu’on lui connait, la pièce du jour fait partie d’un album dédié à des chants et musiques de Noël ayant pour titre Winter Gift. On le trouve disponible en ligne sous forme de CD ou sous forme dématérialisée. Voici un lien utile pour le trouver:  Album Winter Gift d’Adagio Trio en ligne.

Après plus de trente ans, l’Adagio Trio est toujours bien actif et se produit principalement en concert du côté de son berceau d’origine, aux Etats-Unis.  Sans doute plus occupé sur la scène qu’en studio, leur production musicale en matière d’albums n’abonde pas, mais compte tout de même cinq CDs, avec des sélections originales. (voir le site web officiel en anglais)

Greensleeves : la version de l’Adagio Trio

De Lady Greensleeves au chant de Noël : what child is this ?

Pour y revenir, vous vous demanderez peut-être pourquoi le trio a choisi ce titre « What Child Is This? » (Quel est cet enfant ?) plutôt que l’original Lady GreenSleeves ? Et bien tout simplement parce, dans le courant du XIXe siècle, l’écrivain et parolier anglais de chansons de Noël et d’hymnes William Chatterton Dix (1837-1898) (portrait-ci-dessous) se servit de la mélodie de Greensleeves pour lui adapter les paroles d’un chant qu’il avait composé autour du thème de la Nativité et du Christ. L’oeuvre connut, à son tour, des heures de gloire et demeure même encore particulièrement populaire aux Etats-Unis, au moment des fêtes; elle a été repris, outre-atlantique, par un grand nombre d’artistes.

lady_greensleeves_chant_noel_chretien_musique_medievale_renaissante_profane_William_Chatterton_DixMême si leur version est instrumentale, c’est donc bien à ce Christmas Carol, plus qu’aux paroles originales et à l’histoire de la demoiselle dépensière, libertine (si l’on se fie à ses « manches vertes ») et qui refusait de céder à son pauvre amant transi que l’Adagio Trio fait référence dans son interprétation du jour (en accord avec le thème de leur album).

Quoiqu’il en soit, il est amusant  (d’aucuns jugeront même peut-être troublant), de constater que trois siècles après sa composition, la même mélodie originale – qui, dans le champ profane, avait servi à faire l’étalage des somptueux cadeaux d’un amant à sa maîtresse au coeur de pierre – est venue louer le « divine enfant » et la nativité, démontrant encore la capacité de cette pièce musicale à s’adapter à travers le temps et poursuivre sa route. Sur ce point et encore une fois, ce ne sont pas les amateurs des chansons de Brel qui le démentiront puisqu’un siècle après William Chatterton Dix et sur la même ligne mélodique le grand chanteur et parolier belge emportait Greensleeves sur les docks hollandais et jusque dans « l’coeur des frites », en renouant même, au passage, avec le thème de la femme volage.

Les Paroles de « What Child is this? »
de William Chatterton Dix et leur traduction

What child is this, who, laid to rest,
On Mary’s lap is sleeping?
Whom angels greet with anthems sweet,
While shepherds watch are keeping?
This, this is Christ the King,
Whom shepherds guard and angels sing:
Haste, haste to bring Him laud,
The babe, the son of Mary.

Quel est cet enfant allongé et reposé,
Sur les genoux de Marie en train de dormir?
Que les anges accueillent avec de doux hymnes ,
Pendant que les bergers regardent?
Ceci, ceci est le Christ Roi,
Que gardent les bergers et chantent les anges :
Hâtez-vous, hâtez-vous de lui apporter les louanges,
Le bébé, le fils de Marie.

Why lies He in such mean estate,
Where ox and donkeys are feeding?
Good Christians, fear, for sinners here
The silent Word is pleading.
Nails, spears shall pierce him through,
the cross he bore for me, for you.
Hail, hail the Word made flesh,
the Babe, the Son of Mary.

Pourquoi est il allongé dans une si pauvre étable
Où le bœuf et l’âne se nourrissent?
Bons chrétiens, craignez (tremblez), pour les pécheurs ici
La parole silencieuse implore.
Les clous, les lances le transperceront,
la croix il la porta pour moi, pour vous.
Saluez, saluez le Verbe fait chair,
le bébé, le fils de Marie.

So bring him incense, gold, and myrrh,
Come, peasant, king, to own him.
The King of kings salvation brings,
Let loving hearts enthrone him.
Raise, raise a song on high,
The virgin sings her lullaby
Joy, joy for Christ is born,
The babe, the Son of Mary.

Alors, apportez-lui encens, or et myrrhe,
Venez, paysan, roi, pour le reconnaître.
Le roi des rois venu vous sauver
Laissez les coeurs aimants le couronner (l’introniser).
élevez, élevez un chant très haut,
La vierge chante sa berceuse
Joie, joie car le Christ est né,
Le bébé, le Fils de Marie.

Pour tout savoir sur la chanson anglaise originale Greensleeves, son histoire, ses origines et ses paroles, voir l’article :  Greensleeves, une ballade folk traditionnelle anglaise

En vous souhaitant une belle journée.
Fréderic EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

Un Joyeux Noël sur le mode Kaamelott

kaamelott_serie_televisee_humour_alexandre_astier_roi_arthur_episode_inedit_detournement_fan_artSujet : Kaamelott, Léodagan, Bohort, Karadoc, Kadoc, Perceval, humour, série télévisée, farce.
Période : moyen-âge central pour le roman arthurien & haut moyen-âge pour la légende.
Auteur : Alexandre Astier
Médias : détournement, humour, FB Kaamelottcréas
 Distribution :   CALT production, M6

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour fêter cette soirée du réveillon de Noël dans la joie et d’une manière plus contemporaine tout en n’oubliant pas au passage le Moyen-âge, voici quelques créations en forme de clin d’oeil kaamelott_carte_noel_fetes_fan_serie_tele_alexandre_astier_bohort_legendes_arthuriennesà la série télévisée  humoristique Kaamelott   d’Alexandre Astier.

Cette année, pour une raison étrange, il semble que le roi Arthur ait décidé d’affecter ses chevaliers à des postes quelque peu spéciaux, dans le cadre des fêtes de l’Hiver. La tradition s’y invite donc de manière décalée et totalement anachronique il faut bien le dire, au grand dam des intéressés pour lesquels toute l’histoire prend de sérieux dehors de traquenard.

C’est aussi un peu la fête des enfants, et sans doute que l’auteur de la série, autant que son Arthur d’ailleurs, ne le désavoueraient pas.

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Léodagan de Carmélide, dit le Sanguinaire

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Un merci particulier aux fans de la série qui nous accompagnent aussi ici et encore un joyeux réveillon  et de belles fêtes à tous !

Quand je bois du vin Clairet, chanson à boire et danse du XVIe siècle

basse_danse_renaissance_chanson_danse_ancienne_XVIe_moyen-age_tardifSujet : musique, danse ancienne, tourdion, chanson à boire, chanson ancienne, vin clairet, fêtes.
Période : moyen-âge tardif, renaissance, XVIe siècle.
Titre : Quand je bois du vin Clairet
Auteur : Anonyme
Editeur : Pierre Attaingnant (1485(?)-1558(?)),
Interprète : Short Tailed Snails

Bonjour,

A_lettrine_moyen_age_passionla faveur des fêtes, nous demeurons encore un peu dans les débuts du XVIe, siècle de transition qu’en fonction des chronologies on pourrait tantôt placer dans la renaissance, tantôt dans un moyen-âge finissant, quand ce n’est pas encore dans un long moyen-âge qui le déborderait largement.

Quoiqu’il en soit, nous vous parlons aujourd’hui d’un éditeur musical célèbre d’alors, du nom de Pierre Attaingnant (ou Attaignant), L’homme fut également, durant un temps, imprimeur du roi et, à partir des années 1530, on lui doit plus de cent cinquante publications (chansons et musiques) dont on dit qu’elles connurent, en leur temps, un succès considérable dans toute l’Europe. Elles se présentaient, la plupart du temps, sous forme de livrets et l’imprimeur/éditeur tira notamment avantage du fait qu’il avait mis au point un procédé qui lui facilita grandement la tâche pour l’impression des partitions.

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Chanson festive et basse danse à la fois

La chanson festive que nous vous proposons aujourd’hui compte donc au nombre des publications de Pierre Attaignant.  Du point de vue musical, c’est un tourdion, autrement dit une basse danse qui ne connaîtra d’ailleurs de succès  véritable qu’au cours du XVIe. On la trouve détaillée ainsi dans l »ouvrage  Orchésographie de Thoinot Arbeau de ce même siècle :

bruegel_1566_la_danse_de_mariage_musique_chanson_festive_ancienne_moyen-age_tardif_renaissance« L’air du tourdion & l’air d’une gaillarde sont de mesmes, & ny a difference sinon que le tourdion se dance bas & par terre d’une mesure legiere & concitee: Et la gaillarde se dance hault d’une mesure plus lente & pesante: Tandiz vous faictes bien de demander l’air d’un tourdion: Car quand les airs sont cogneuz par le danceur, & qu’il les chante en son cœur avec le joueur d’instrument, il ne peult faillir à les bien dancer »  
Orchésographie, Thoinot Arbeau (1520-1595).

Si la chanson  du jour a largement traversé le temps et survécu à la danse, son auteur est demeuré anonyme. D’un point de vue musical, elle fut rendu célèbre par Pierre Attaingnant qui la publia autour des années 1528/1530, mais il ne l’a pas lui-même composée. On la trouve quelquefois associée au compositeur Pierre Certon et les noms de Guillaume Heurteur et Jean (Jhan ) Gero reviennent encore pour des variantes à trois et à deux voix. Tous sont contemporains du XVIe mais on ne peut avec certitude en attribuer la paternité à aucun d’eux, ni la dater précisément. 

« Quand je bois du vin clairet » par les Short Tailed Snails

short_snailed_tails_musique_folk_chanson_ancienne_folk_europeOn trouve de nombreuses versions de cette pièce en ligne et nous avons choisi aujourd’hui pour vous la présenter de vous proposer celle d’un groupe d’origine allemande du nom de  Short Tailed Snails,  fondé  en 2010. Depuis leur création, les quatre joyeux artistes des « Escargots à queue courte » explorent le folk europeen d’hier à aujourd’hui, en allant jusqu’aux musiques médiévales. On trouve, dans leur répertoire, de nombreuses pièces en allemand ou en anglais, mais aussi des chansons anciennes espagnoles ou galaïco-portugaises, et encore quelques autres pièces en français, comme c’est le cas de celle du jour, plutôt convaincante et réussie. Pour en savoir plus, voici le lien vers leur chaîne Youtube officielle. Ils y partagent largement leur travail artistique.

Le vin Clairet

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour le cas où vous vous posiez la question, le vin Clairet est un vin un peu plus tanique que le rosé, mais pas tout à fait autant qu’un rouge ; la peau des fruits étant laissée à fermenter pour une durée plus courte que pour le vin rouge traditionnel, il est de fait plus léger. Produit principalement en Aquitaine (dans le bordelais d’aujourd’hui), il fut longtemps apprécié des anglais qui l’exportaient largement vers leurs îles quand ils avaient encore la main sur la région. Historiquement, il semble que ce vin clairet soit également l’ancêtre commun des vins de bordeaux qui en suivaient traditionnellement le procédé de fabrication, avant que l’on n’y produise aussi des rouges plus charpentées. L’appellation d’origine contrôlée Clairet est d’ailleurs aujourd’hui exclusivement réservée à des vins produits en bordelais.

Ce vin clairet reviendra dans d’autres chansons festives ou poésies récréatives, au fil du temps. En plus d’être prisé pour son goût et son ivresse, on se souviendra encore que, durant ce même XVIe siècle,  autour de l’année 1531, Clément Marot nous contait dans une épigramme, qu’à condition qu’il soit de qualité, il était aussi censé être bon contre la peste !

bruegel_1566_la_danse_de_mariage_musique_chanson_ancienne_vin_clairet« Récipé, assis sus un banc,
De Méance (Mayence) le bon jambon,
Avec la pinte de vin blanc,
Ou de clairet, mais qu’il soit bon :
Boire souvent de grand randon,
Le dos au feu, le ventre à table,
Avant partir de la maison,
C’est opiate prouffitable. »

Epigrammes CCLXXI. Remede contre la peste. Extrait Oeuvres complètes de Clément Marot, P Jannet T3

Deux ans après qu’une autre épidémie de cette terrible pandémie ait frappé la France et dans l’ignorance qu’on était de ses causes et ses remèdes, ce texte n’avait sans doute pas alors,  la résonance cocasse qu’on pourrait peut-être lui trouver de nos jours, avec le recul de la médecine moderne sur ces questions. Durant la période médiévale, Marot ne fut d’ailleurs pas le seul à associer les recommandations de diète ou de régime pour tenter de repousser le spectre de cette peste dévastatrice et les craintes justifiées qu’elle inspirait mais c’est sujet aussi triste que vaste que nous n’aborderons pas aujourd’hui, d’autant qu’il est temps de festoyer, en accord avec le calendrier !

« Quand je bois du vin clairet »
ou  « Quand j’ay beu du vin claret »

Quand je bois du vin clairet,
Ami tout tourne, tourne, tourne, tourne,
Aussi désormais je bois Anjou ou Arbois, :
Chantons et buvons, à ce flacon faisons la guerre,

Chantons et buvons, les amis, buvons donc !

Quand je bois du vin clairet,
Ami tout tourne, tourne, tourne, tourne,
Aussi désormais je bois Anjou ou Arbois.
Buvons bien, là buvons donc
A ce flacon faisons la guerre.

Buvons bien, là buvons donc

Ami, trinquons, gaiement chantons.
En mangeant d’un gras jambon,
À ce flacon faisons la guerre !

Buvons bien, buvons mes amis,
Trinquons, buvons, vidons nos verres.
Buvons bien, buvons mes amis,
Trinquons, buvons, gaiement chantons.
En mangeant d’un gras jambon,
À ce flacon faisons la guerre !

Chantons et buvons, à ce flacon faisons la guerre,
Chantons et buvons, les amis, buvons donc !

Le bon vin nous a rendus gais, chantons,
Oublions nos peines, chantons.

En vous souhaitant une belle journée et, encore une fois, un joyeux Noël.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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