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Un Chant Polyphonique de Landini pour Défendre l’Art Musical

Enluminure de Landini dans le Codex  Squarcialupi

Sujet : musique médiévale, musiques anciennes, chant polyphonique, Ars nova, madrigal, chanson médiévale, chanson morale, poésie morale
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397)
Titre : Musica son che mi dolgo
Interprètes : Ensemble Sollazzo
Album : Parle qui veut, chansons moralisatrices du Moyen Âge (2016).

Bonjour à tous,

n route pour le trecento italien avec un nouveau chant polyphonique du compositeur Francesco Landini. Entre Moyen Âge tardif et Renaissance italienne, ce très prolifique maître de musique et organiste florentin se pose comme un des plus grands représentants de l’Ars Nova de la péninsule.

La pièce de Landini qui nous intéresse aujourd’hui est un madrigal. Ce chant propose trois textes entrelacés pour trois voix. Comme on le verra, le passé et la nostalgie y sont à l’honneur. Nous sommes aussi dans le champ de la poésie morale. L’auteur y fera, en effet, référence à un temps révolu de l’art musical qu’il déplore, mais aussi à tout un monde de valeurs perdues.

Un madrigal nostalgique sur un art en perdition

Pour qui aime l’Ars Nova, Landini atteint le sommet de son art dans ce madrigal à trois voix. Sur le plan thématique, on s’éloigne quelque peu de sa lyrique courtoise habituelle et des émotions et déboires amoureux qu’il s’est si souvent plu à nous conter. Ici, le compositeur italien se fait plus moral et piquant, en adressant un art de la musique qui, selon lui, a perdu de sa grandeur et de ses vertus entre des mains inexpertes. L’affaire est faite pour le florentin. Les médiocres sont désormais dans la place et prétendent recevoir leur content de louanges sans même avoir acquis les prémisses de la maestria.

La composition musicale n’est pas la seule visée par ce madrigal de Francesco Landini. Selon lui, les vertus, autant que les cœurs nobles, se sont abâtardis. La musique n’en est finalement qu’une manifestation. Entre les lignes acerbes du compositeur florentin, on retrouve, bien que servie différemment, la thématique si souvent abordée au Moyen Âge d’un monde et ses vertus en perdition.

Les temps idéaux de la chevalerie et de la noblesse véritable ne cessent de s’éloigner et d’échapper à la poésie morale médiévale. Même si Landini ne va pas jusque là explicitement, ces « cœurs nobles abâtardis qui ont laissé derrière eux toutes les vertus » semblent résonner un peu de cette idée.

la chanson médiévale polyphonique du jour et l'enluminure représentant Landini dans le Codex Squarcialupi

Aux sources de ce madrigal : le Codex Squarcialupi

Du point de vue des sources, on retrouvera l’habituel Codex Squarcialupi (MS Mediceo Palatino 87 – Codex Squarcialupi). L’œuvre de Landini est particulièrement bien mise en valeur et enluminée dans ce célèbre ouvrage des XIVe/XVe siècles. Avec ses 354 pièces annotées musicalement, dont 150 ne sont présentes dans aucun autre manuscrit connu à ce jour, le Codex Squarcialupi représente un véritable trésor de la musique renaissante du Trecento et du nord de l’Italie.

Le madrigal de Landini ouvre la première page dédiée à l’auteur dans ce manuscrit médiéval. Pour sa version en musique, nous avons choisi l’interprétation de l’Ensemble Sollazzo ou du Sollazzo Ensemble (si on préfère son nom anglais).

Le Sollazzo Ensemble & les musiques anciennes

Fondé en 2014 par Anna Danilevskaia, voilà un autre ensemble de musique médiévale et renaissante ayant émergé dans le sillage de la Schola Cantorum Basiliensis. On ne compte plus les formations ou les collaborations musicales de très haute tenue auxquelles cette prestigieuse école de musiques anciennes de Bâle a donné naissance, depuis sa fondation. C’est là que les membres de ce qui allait devenir l’Ensemble Sollazzo se sont rencontrés. Venant tous de formations musicales diverses, leur passion pour les musiques du Moyen Âge tardif à la Renaissance les ont réunis pour le plus grand bonheur des amateurs du genre.

L'Ensemble Sollazzo en scène, 10 ans de passion pour les musiques anciennes et médiévales

Depuis son émergence, cette formation de musiques médiévales et anciennes n’a cessé de confirmer son grand talent, en accumulant les prix les plus prestigieux. Après une décennie de brillante carrière, l’Ensemble Sollazzo affiche une discographie riche de 7 albums. Inutile de préciser que chaque nouvelle sortie est toujours très attendue.

Côté concerts, la formation se partage entre divers pays d’Europe dont la France, la Suisse et la Belgique. Pour retrouver leur actualité et leurs programmes, tout se passe sur sollazzoensemble.net, leur site officiel (disponible, pour l’instant, en Anglais).

Parle qui veut, Moralizing songs of the Middle-Ages

Avec 13 morceaux pour 46 minutes d’écoute, l’album « Parle qui veut, chansons moralisatrices du Moyen Âge » réunit des pièces teintées de morale, en provenance de l’Italie et de la France des XIIIe et XIVe siècles. Ars nova et polyphonie y sont à l’honneur.

L'album du Sollazzo Ensemble : parle qui veut, chansons moralisatrices du Moyen  Âge

Cette production distingue aussi d’emblée l’approche de l’Ensemble Sollazzo et la direction d’Anna Danilevskaia. L’assemblage thématique est, en effet, original et on y découvre nombre de pièces rares et peu jouées jusque là. Le tout est exécuté avec grâce et talent et les connaisseurs de musique médiévale ne s’y sont pas trompés. Cet album précoce du l’Ensemble Sollazzo lui valut, en effet, un premier prix dans le cadre de la Compétition pour jeunes artistes du Festival pour les Musiques anciennes de York (le York Early Music Festival).

Vous pourrez écouter cet album sur les plateformes de musiques légales ou l’acquérir au format CD chez votre meilleur disquaire. Voici également un lien utile pour vous le procurer en ligne.

Artistes ayant participé à cet album

Anna Danilevskaia (Vièle et direction), Sophia Danilevskaia (Vièle), Perrine Devillers (soprano), Vincent Kibildis (harpe), Yukie Sato (soprano), Vivien Simon (tenor).


Le Madrigal de Landini
et sa traduction en français actuel

Musica son che mi dolgo, piangendo.
veder gli effetti mie dolci e perfetti
lasciar per frottol i vaghi intelletti.
Perché’ ignoranza e vizio ogn’uom costuma.
lasciasi ‘l buon e pigliasi la schiuma.

Gia furon le dolcezze mie pregiate
da cavalier, baroni e gran signori:
or sono imbastarditi e genti cori.
Ma di’ Musica sol non mi lamento.
ch’ancor l’altre virtù lasciate sento.

Ciascun vuoli narrar musical note.
e compor madrial, cacce, ballate.
tenendo ognor le sue autenticate.
Chi vuol d’una virtù venire in loda
conviengli prima giugner a la proda.

Traduction française

Je suis Musique qui souffre et pleure
De voir mes plus doux et parfaits effets
Abandonnés par frivolité et vagues arguties
(paresse intellectuelle)
Car l’ignorance et le vice deviennent coutumiers,
On laisse le meilleur et on ne prend que l’écume.
(la mousse, le superficiel)

Naguère mes douces créations
(bonbons, douceurs) furent appréciées
Des chevaliers, barons et grands seigneurs.
Désormais, les nobles cœurs sont corrompus.
Mais je ne me lamente pas seulement de la Musique
Car
(je ressens que) ils ont aussi laissé derrière eux toutes les autres vertus.

A présent, chacun veut écrire des notes de musique
Composer des madrigaux, des caccie
(chasses ou fugues) ou des ballate
En tenant pour authentique ses propres créations,
Mais celui qui veut, par sa vertu
(son talent), recevoir une louange,
Il convient d’abord qu’il atteigne le but visé.


En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
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Ars nova : les déboires amoureux du compositeur Francesco Landini

Sujet :  musique médiévale, musiques anciennes, ballade polyphonique, Ars nova, chanson médiévale, amour courtois, sentiment amoureux.
Période :  Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397)
Titre :  Gran piant agli ochi
Interprètes :  Ensemble 400
Concert : Eglise de Saint-Georges Martyre, Milan, Italie (2022).

Bonjour à tous,

ous partons, aujourd’hui, à la découverte de nouvelles musiques médiévales, du côté de l’Italie du Moyen Âge tardif. A cette occasion, nous croiserons, à nouveau, l’organiste et maître de musique Francesco Landini, grand représentant de l’Ars Nova florentin du XIVe siècle.

Tristesse & douleur de la séparation

La chanson du jour est une ballade polyphonique. C’est aussi une nouvelle pièce courtoise du compositeur florentin du trecento. Meurtri par une séparation brutale d’avec sa belle, Landini nous contera ses déboires amoureux. Dans le pur style de l’amant courtois, il y fera étalage de sa douleur et de sa peine et, s’adressant à l’objet de son désir, il lui affirmera sa volonté de ne plus s’enticher d’aucune autre, si cet amour devait s’arrêter à jamais.

Ce n’est pas la première fois que Landini s’épanche sur sa douleur et ses déconvenues amoureuses. On se souvient même que la formation médiévale La Reverdie avait dédié un album complet à cette partie du répertoire du maître de musique italien (voir l’occhio del cor et les yeux tristes de Francesco Landini).

La chanson médiévale de Landini dans le Codex Squarcialupi (Ms Med Pal 87), manuscrit ancien du XVe siècle.

Aux sources manuscrites de cette ballade

A l’habitude, du point de vue des sources anciennes et manuscrites, c’est le très beau Codice Squarcialupi (Ms Med Pal 87) qui nous servira ici de guide. Ce manuscrit daté des débuts XVe siècle est actuellement conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence. Sur l’image ci-dessus, vous retrouverez la chanson polyphonique du jour, accompagnée de sa partition d’époque.

Pour la version en musique de cette pièce de Francesco Landini, nous vous proposons de découvrir l’interprétation de l’Ensemble 400, à l’occasion d’un concert donné, en décembre 2022 à l’Eglise de Saint-Georges Martyre, de Milan. On doit cet enregistrement à Edoardo Lambertenghi, youtubeur et technicien du son milanais passionné de musiques anciennes dont la chaîne est très riche en contenu.


L’ensemble 400 et la passion
des musiques médiévales et anciennes

Actif depuis plus de 15 ans sur la scène des musiques anciennes, l’Ensemble 400 est une formation italienne spécialisée dans un répertoire médiéval et renaissant qui s’étend du XIIIe au XVe siècle. Fondée par des experts dans le domaine des musiques anciennes, elle explore un territoire qui s’étend aux musiques profanes et liturgiques de la France, l’Angleterre et l’Italie médiévales.

L’Ensemble 400 est issu de Musicaround, association italienne établie à Gênes et qui se dédie à la promotion des musiques anciennes, depuis l’organisation de concerts et d’événements à l’enseignement de ces dernières. Vous pourrez retrouver l’actualité de cette formation sur le site officiel de l’association . A date, ils se sont déjà produits dans de nombreux festivals, principalement en Suisse et en Italie.

Membre de l’Ensemble 400

Marcello Serafini (viele), Giuliano Lucini (luth), Maria Notarianni (harpe, vièle), Vera Marenco (voix), Alberto Longhi (voix).


Gran piant agli ochi ou la douleur amoureuse
par Francesco Landini

Gran piant agli ochi, greve dogli al core
Abbonan sempre l’anima, si more.

Per quest’amar’ et aspra diapartita
Chiamo la mort’ e non mi vuol udire.
Contra mia volglia dura questa vita,
che mille morti mi convien sentire.

Ma bench’i’ viva, ma’non vo’seguire
Se non vo’, chiara stella et dolce amore.

Gran piant agli ochi …

Traduction française de cette pièce

Grande peine aux yeux, grande douleur au cœur
Abondent toujours, tandis que l’âme se meurt.

A cause de cette séparation amère et âpre
J’appelle la mort mais elle ne veut m’entendre.
Contre ma volonté, cette vie perdure,
Et il me faut endurer plus de mille morts.

Mais même si je suis en vie, je ne veux plus poursuivre
Aucune autre que vous, brillante étoile et doux amour.

Grande peine aux yeux, grande douleur au cœur


En vous souhaitant très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes.

NB : sur image d’en-tête, on retrouve l’enluminure de Francesco Landini dans le Codex Squarcialupi, ainsi que le feuillet correspondant à la ballade polyphonique du jour.

L’adieu à une « douce dame jolie » du maître de musique Francesco Landini

Sujet : musique médiévale, musiques anciennes, chants polyphoniques, Ars nova, chanson. amour courtois, loyal amant, trecento, compositeur florentin, virelai.
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397)
Titre : Adiu, adiu, dous dame jolie
Interprètes : Alla Francesca.
Album : Landini and Italian Ars Nova (1992)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous invitons à bord du vaisseau Moyenagepassion, pour un voyage en direction du trecento italien. Nous sommes, donc au début de la Renaissance italienne, dans un XIVe siècle qui correspond encore au Moyen-Âge tardif français et nous y découvrirons une nouvelle pièce de Francesco Landini.

La douleur du partir de l’amant courtois

La chanson du jour est un virelai. Elle appartient au registre de l’amour courtois, à l’image des autres compositions qui nous sont parvenues du maître de musique florentin. Cette pièce se distingue, toutefois, de celles que nous avons étudiées précédemment par sa langue ; elle est, en effet, en français ancien et non en italien, comme le reste de l’œuvre de Landini.

Sur le fond, le compositeur et poète nous contera la douleur de l’amant courtois, au moment de se séparer d’avec sa dame. Cette dernière est, ici, désignée par l’auteur comme sa « douce dame jolie » et on ne pourra s’empêcher de voir là, une claire évocation à la célèbre chanson de Guillaume de Machaut portant le même titre. Contemporain de Landini, le maitre de l’Ars Nova Français le précède d’une petite vingtaine d’années. On sait aussi que l’Ars nova français a notablement influencé la musique italienne de cette période, même si l’Ars nova qui s’est développé sur la péninsule italienne s’en démarque par son style et ses particularités.

Aux sources anciennes de cette chanson

La chanson "Adieu douce dame jolie" de Landini dans le codex Squarcialupi, de la Bibliothèque Laurentienne de Florence
Une « Douce dame Jolie » » à la façon de Francesco Landini

Du point de vue des sources anciennes, on pourra retrouver cette chanson de Francesco Landini, avec sa partition dans le célèbre codex Squarcialupi (le Med Palat 87). Daté du XV siècle, ce manuscrit richement enluminé est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque Laurentienne de Florence. En cherchant un peu, on peut également le trouver en ligne, sous une forme digitalisée.

L’hommage à Landini et à l’Ars Nova,
de l’ensemble ‘Alla Francesca

Pour la version en musique de ce chant polyphonique, nous vous proposons l’interprétation qu’en avait fait la célèbre formation médiévale française Alla Francesca, il y a déjà quelque temps déjà.

En 1991, soit l’année suivant sa création, l’ensemble de musiques anciennes et médiévales Alla Francesca partait, donc, à la découverte de Francesco Landini et de l’Ars Nova italien. Ce thème leur a même fourni l’occasion de leur toute première production. En terme de discographie, Alla Francesca en est, désormais à son vingtième album pour plus de trente ans de carrière. C’est dire le chemin parcouru par cette excellente formation depuis ses premiers pas.

L'album de musiques médiévales et d'Ars Nova de Alla Francesca

Cet album, sorti en 1992 sous le titre « Landini and Italian Ars Nova » propose un total généreux de 17 pièces, pour 55 minutes d’écoute. La formation attachée au Centre de musique médiévale de Paris signait là un vibrant hommage à l’Ars Nova florentin. Et si l’œuvre de Francesco Landini y trouve une place de choix, elle y côtoie aussi des pièces de Jacopo da Bologna, Ghirardello et Lorenzo da Firenze, et encore quelques autres compositeurs italien de cette période, dont des anonymes.

Plus de trois décennies après sa sortie, ce bel album peut encore se trouver à la vente au format CD, chez votre disquaire habituel ou encore en ligne. Voici un lien utile à cet effet : Landini and Italian Ars Nova, Alla Francesca (1992).

Musiciens ayant participé à cet Album

Catherine Joussellin (voix, vièle, percussion), Brigitte Lesne (voix, harpe, percussion), Emmanuel Bonnardot (voix, vièle, rebec), Pierre Hamon (instruments à vents, cornemuses, flûtes, percussion)


Adiu, adiu, dous dame jolie,
dans la langue d’oïl de Landini

Adiu, adiu, douce dame jolie,
kar da vous si depart lo corps plorans
Mes a vous las l’esprit et larme mie.

Lontan da vous, aylas, vivra dolent.
Byen che loyal sera’n tout ma vie.

Poyrtant. ay! clere stelle. vos prie
Com lermes e sospirs tres dous mant
e
Che loyaute haies pour vestre amye.

Les paroles en français actuel

Adieu, adieu, douce dame jolie,
Car de vous je me sépare le corps en pleurs,
Mais je laisse près de vous mon esprit et mon âme.

Loin de vous, hélas, je vivrai dans la peine,
Bien que je vous demeurerai loyal toute ma vie.

Voilà pourquoi, hélas, claire étoile, je vous prie
Avec larmes et très doux soupirs et vous enjoins
De garder votre loyauté pour votre amant.


En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes

L’amour courtois du troubadour Bindo Donati mis en musique par Francesco Landini

Sujet : musique médiévale, musiques anciennes, chants polyphoniques, Ars nova, chanson. amour courtois, troubadour.
Période : Moyen Âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Francesco Landini (1325-1397), Bindo Donati
Titre : Non avrà ma’ pietà questa mie donna
Interprètes : Anonymous 4
Album : the second circle – Love songs of Francesco Landini (2020)

Bonjour à tous,

ujourd’hui, nous vous proposons une excursion en direction de l’Italie médiévale du trecento, dans la Florence du XIVe siècle. Nous y retrouverons le compositeur et poète Francesco Landini pour une nouvelle pièce d’art polyphonique et de lyrique courtoise.

L’amant courtois à la merci de sa dame

la partition de la chanson du jour dans le Codex Squarcialupi

Le texte de la ballade du jour n’est pas de Francesco Landini. Dans de nombreux ouvrages de littérature italienne (1), on retrouve, en effet, cette poésie attribuée à Bindo d’Alessio Donati ou Bindo Donati, troubadour italien de la fin du XIIIe siècle. Cet auteur, lui-même fils du poète Alessio Donati (un des plus anciens versificateurs en langue toscane), compte pour certains experts italiens parmi les plus grands écrivains italiens de son temps (2).

Dans la pièce du jour, Landini reprend donc à son compte la complainte amoureuse de Bindo Donati. On y retrouvera l’amant courtois prisonnier de son désir et de sa douleur. Tout entier à la merci de sa dame et de l’accord de cette dernière qui tarde à venir, il implore « Amour » de venir à son secours. Si l’élue de son cœur ne concède pas, elle-même, à délivrer le poète du feu qui le brûle, peut-être Amour viendra-t-il la rendre plus docile et lui ouvrir les yeux ? Avec cette ballade, nous sommes parfaitement dans le registre de l’amour courtois, comme on peut le trouver à la même période et même un peu avant, chez les troubadours du sud de France.

Sources médiévales

Pour les sources manuscrites de cette chanson polyphonique, nous vous renvoyons une fois de plus au Codex Squarcialupi (voir image ci-dessus). Daté du début du XVe siècle, ce beau manuscrit, joliment enluminé et fort bien conservé, contient de nombreuses pièces notées musicalement de compositeurs italiens et florentins du trecento. Il est actuellement précieusement gardé à la Bibliothèque Laurentienne du monastère de la basilique San Lorenzo de Florence (Biblioteca Medicea Laurenziana).

Pour l’interprétation de cette ballade de Landini, nous avons opté pour la belle version de la formation américain Anonymous 4.

La ballade polyphonique du jour par Anonymous 4

Le quatuor Anonymous 4

Formé en 86 et actif jusqu’en 2015, le quatuor américain Anonymous 4 nous a laissé une discographie riche de plus de 20 albums. Au terme de 30 ans de carrière, ses quatre chanteuses pleines de talent ont eu l’opportunité d’explorer un répertoire qui va de Hildegarde de Bingen à des chants polyphoniques de l’Angleterre médiévale, en passant par les motets du chansonnier de Montpellier et encore bien d’autres univers musicaux du Moyen Âge. Au fil de sa longue épopée, Anonymous 4 ne s’est pas cantonné au monde médiéval ; la formation a aussi couvert des chant de Noël ou des chansons traditionnelles plus récentes (Voir un portrait plus détaillé de Anonymous 4)

Album : the second circle,
Love songs of Francesco Landini

Enregistré en 2000, cet album dédié aux chansons d’amour de Francesco Landini propose 18 pièces du maître de musique pour un voyage de 62 minutes, au cœur de l’Ars nova et des chants polyphonique du trecento italien. Pour l’interprétation de la chanson du jour, comme pour les autres pièces de cette production, on retrouve la finesse et la délicatesse habituelle de ce quatuor de haute tenue.

Concernant cet album, si vous ne le trouvez pas chez votre disquaire préféré, il est encore disponible à la vente en ligne, mais attention aux arnaques et aux occasions à prix d’or sur certains sites. Pour ne pas casser la tirelire, vous leur préférerez, sans doute, les versions digitales. L’album se trouve assez facilement sous forme MP3 et on peut ainsi en profiter de manière totalement légale pour un tarif raisonnable. Voici un lien utile pour se le procurer : The second Circle, Love songs of Francesco Landini par Anonymous 4

Les Chanteuses du Quatuor Anonymous 4

Marsha Genensky, Susan Hellauer, Jacqueline Horner, Johanna Maria Rose


Non avrà ma’ pietà questa mie donna,
De l’Italien du XIVe s au français actuel

Non avrà ma’ pietà questa mie donna,
se tu non faj, amore,
Ch’ella sia certa del mio grand’ ardore.

S’ella sapesse quanta pena porto
Per onestà celata nella mente,
Sol per la sua belleza, chè conforto
D’altro non prende l’anima dolente.

Forse da lei sarebbono in me spente
Le fiamme che nel core
Di giorno in giorno acrescono ‘l dolore.

Non avrà ma’ pietà questa mie donna,
Se tu non faj, amore,
Ch’ella sia certa del mio grand’ ardore.

Traduction française de cette ballade

Cette dame qui est mienne ne me montrera pas de pitié,
Si tu ne le fais pas, Amour,
Afin qu’elle soit certaine de ma grande ardeur.

Si elle savait combien de douleur je porte
Par honnêteté, cachée en mon esprit,
Rien que pour sa beauté, car l’âme affligée
Ne se console de rien d’autre.

Peut-être, finirait-elle par éteindre
Les flammes qui, dans mon cœur,
Jour après jour, font accroître la douleur.

Cette dame qui est mienne ne me montrera pas de pitié,
Si tu ne le fais pas, Amour,
Afin qu’elle soit certaine de ma grande ardeur.


En vous souhaitant une excellente journée.
Fred
pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes


Notes

(1) voir Manuale della letteratura del primo secolo delle lingua Italiana. Vincenzio Nannucci (1838), Florence (Vol secondo) ou Scelta di poesie liriche, dal primo secolo della lingua fino al 1700, Felice le Monnier e compagni (1839) ou encore Parnaso Italiano Vol XI, Venise (1846)
(2) Nouvelle biographie générale: depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Tome 14, Jean Chrétien Ferdinand Hoefer (1855)