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Au XIVe siècle, une fable contre les abus financiers du pouvoir

Ballade Médiévale Eustache Deschamps

Sujet  : poésie médiévale, auteur médiéval,  moyen-français, manuscrit ancien, poésie, chant royal, impôts, taxation, poésie morale, poésie politique, satire.
Période  : Moyen Âge tardif,  XIVe siècle.
Auteur :  Eustache Deschamps  (1346-1406)
Titre  :  «Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers !»
Ouvrage  :  Œuvres  inédites d’Eustache Deschamps, T I   Prosper Tarbé (1849)

Bonjour à tous,

otre périple, d’aujourd’hui, nous entraîne vers la fin du XIVe siècle pour y retrouver une nouvelle poésie politique et satirique d’Eustache Deschamps. Comme on le verra, elle prendra la forme d’une fable singulière dans laquelle le poète médiéval montera à nouveau à l’assaut du pouvoir et de la cour pour mettre en garde la couronne contre les trop lourds charges et impôts qu’on fait alors peser sur les populations.

Les peuples tondus par leurs Etats

A chaque reprise des hostilités, la guerre de cent ans coûte cher et les princes de part et d’autre, en font, inévitablement, supporter le poids à leur peuple. Il en va toujours ainsi, avec ou sans argent magique sorti d’une planche à billet aux rotatives bien huilées, c’est toujours lui qui finit par payer le plus cher les prix des conflits entre nations.

Dans le chant royal du jour, Eustache Deschamps se servira d’animaux familiers de nos campagnes pour faire toucher du doigt les lourdes charges que la couronne fait peser sur les petites gens à la fin du XIVe siècle. L’auteur du Moyen Âge tardif n’a jamais hésité à user de sa poésie comme d’une arme pour tenter de raisonner les puissants et, une fois de plus, il ne mâchera pas ses mots. « Pour ce vous prie, gardez vous des barbiers » scandera-t-il dans le refrain de ce chant royal. Autrement dit, méfiez-vous ou prenez-garde de ceux qui ne pensent qu’à vous tondre et vous prendre vos deniers.

Aux sources historiques de cette ballade

D’un point de vue historique, et sous des airs qui pourraient vous paraître déjà-vus, ce chant royal était, plus particulièrement, destiné au roi Charles VI. Depuis 1384, ce dernier a, en effet, mis en place une nouvelle taxe : « la taille ». Au départ, cet impôt direct avait pour vocation le financement d’une opération militaire particulière contre l’anglais mais comme la règle le veut presque toujours en matière fiscale, la mesure se verra répétée. Ainsi, dans les années suivantes, à chaque nouvel effort de guerre, le souverain français se tournera vers le peuple pour le ponctionner lourdement (voir notamment Les finances royales sous Charles VI (1388-1413), Perrin Charles-Edmond, Journal des savants, 1967).

En ce qui concerne les sources, vous pourrez retrouver ce chant royal dans le manuscrit médiéval référencé MS français 840. Cet ouvrage que nous avons déjà abondamment cité, qui contient les œuvres complètes d’Eustache Deschamps. La poésie du jour se trouve au feuillet 103v et 104r, et à nouveau, un peu plus loin dans le manuscrit au feuillet 135v et suivant. Pour sa graphie en français moderne, nous nous sommes appuyés sur le Tome 1 des Œuvres inédites de Eustache Deschamps par Prosper Tarbé (1849). Pour ne citer que cette autre source du XIXe, notez que cette poésie politique est aussi présente dans les Œuvres complètes d’Eustache Deschamps par le marquis de Queux de Saint Hilaire et Gaston Raynaud.


Le chant royal d’Eustache
« sur les impôts excessifs mis sur la nation »

NB : le titre « sur les impôts excessifs…  » vient de Prosper Barbé, le manuscrit 840 n’en mentionne pas.

Une brebis, une chièvre, un cheval,
Qui charruioient
(labourer) en une grant arée (terre de labour),
Et deux grans buefs qui tirent en un val
Pierre qu’on ot d’un hault mont descavée
(extraite),
Une vache sans let, moult décharnée,
Un povre asne qui ses crochès portoit
S’encontrèrent là et aux besles disoit :
Je vien de court. Mais là est uns mestiers
Qui tond et rest
(rase) les bestes trop estroit (fig : court):
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers !

Lors li chevaulx dist : trop m’ont fait de mal,
Jusques aux os m’ont la char entamée :
Soufrir
(supporter) ne puis cuillier (collier, harnais), ne poitral.
Les buefs dient : nostre pel est pelée.
La chièvre dit : je suis toute affolée.
Et la vache de son véel
(veau) se plaingnoit,
Que mangié ont. — Et la brebis disoit :
Pandus soit-il qui fist forcés premiers
(1) ;
Car trois fois l’an n’est pas de tondre droit
(droit : justement).
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers!

Ou temps passé tuit li occidental
Orent long poil et grant barbe mellée.
Une fois l’an tondirent leur bestal,
Et conquistrent mainte terre à l’espée.
Une fois l’an firent fauchier la prée :
Eulz, le bestail, la terre grasse estoit
En cet estat : et chascuns labouroit.
Aise furent lors nos pères premiers.
Autrement va chascuns tout ce qu’il voit
(2):
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.

Et l’asne dit: qui pert le principal
Et c’est le cuir, sa rente est mal fondée :
La besle meurt ; riens ne demeure ou pal
Dont la terre puist lors estre admandée.
Le labour fault
(fait defaut, manque) : plus ne convient qu’om rée (tarde).
Et si faut-il labourer qui que soit ;
Ou les barbiers de famine mourroit.
Mais joie font des peaulx les peletiers ;
Deuil feroient, qui les écorcheroit
(3):
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.

La chièvre adonc respondit : à estal
(étable)
Singes et loups ont ceste loy trouvée,
Et ces gros ours du lion curial
Que de no poil ont la gueule estoupée
(bouchée, pleine).
Trop souvent est nostre barbe couppée
Et nostre poil, dont nous avons plus froit.
Rère
(raser, tondre) trop près fait le cuir estre roit (dur) :
Ainsi vivons envix ou voulentiers.
Vive qui puet : trop sommes à destroit
(détresse, difficulté) :
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers.

L’envoy.

Noble lion, qui bien s’adviseroit,
Que par raison son bestail ne tondroit,
Quant il seroit lieux et temps et mestiers.
Qui trop le tond, il se gaste et déçoit,
Et au besoing nulle rien ne reçoit :
Pour ce vous pri, gardez-vous des barbiers  !

Notes
(1) Pandus soit-il qui fist forcés premiers : pendu soit celui qui, le premier, se procura les ciseaux.
(2) Autrement va chascuns tout ce qu’il voit : les choses en vont bien autrement désormais
(3) Deuil feroient, qui les écorcheroit : ils (les pelletiers) seraient en liesse si on les écorchait


La défiance d’Eustache Deschamps
envers les abus financiers des princes

Ce chant royal ne sera pas l’unique occasion donnée à Eustache Deschamps de mettre en garde les princes contre leurs abus financiers à l’égard des petites gens. Il a adressé dans plus d’une poésie, le sujet des dépenses des puissants comme il a souvent montré du doigt leur rapacité ou leur trop grande convoitise.

Comme toujours, quand il le fait, il se place en conseiller moral et, s’il se tourne vers le pouvoir, c’est d’abord dans le souci de lui faire entendre raison. N’oublions pas qu’il sert ces mêmes princes. Son intention est donc d’appeler à plus de justice sociale pour les gens du peuple, mais aussi de permettre de maintenir la système monarchique en place et sa stabilité. Pour qu’on le situe bien, il n’est pas question pour lui d’allumer les feux de la révolte même si cela n’enlève rien à son engagement, ni à son courage.

Une opposition de fond

« La nécessité d’une utilisation plus modérée des ressources du royaume pour assurer sa pérennité est un thème majeur de la poésie de Deschamps. « 

Poésie et persuasion politique : le cas d’Eustache Deschamps, Laura  Kendrick, De Dante à Rubens, l’artiste engagé, Éditions Sorbonne (2020).

En suivant les pas de l’historienne : sur la question de la taxation, Eustache se situe en droite ligne d’une Ecole de pensée qui se défie de l’usage outrancier de l’impôt comme moyen de pourvoir aux besoins de la couronne et de l’administration du royaume. D’entre tous les savants apparentés à ces idées, on retiendra des noms comme Nicolas Oresme, Philippe de Mézières, ou encore Évrard de Trémaugon.

Dans cette continuité et pour notre poète, la condition d’un royaume stable et florissant demeure, en premier lieu, un « peuple productif et prospère » et non un roi replet entouré d’une administration roulant sur l’or, au détriment du bien commun. Au delà du fond philosophique et pour faire une parenthèse, ajoutons que la longue carrière d’Eustache près de la cour n’a, sans doute, rien fait pour changer ses vues sur ces questions. Bien loin de toute frugalité, il y fut, en effet, témoin de fastes, d’excès et de travers sur lesquels il s’est largement épanché (voir, par exemple, une ballade acerbe sur les jeux de cour) .

Les financiers contre les sachants

Corollaire de cet abus de taxation et d’une gestion dispendieuse, Eustache se défie également d’une nouvelle classe de financiers qui émergent et qui prend de plus en plus d’importance dans l’administration du royaume et les décisions prises. Comme Laura Kendrick le souligne encore :

« (…) Mais il y a aussi un côté auto-défensif et partisan dans la véritable guerre verbale que Deschamps a menée, à travers ses ballades et chansons royales, non seulement contre cette taxation injuste et gaspilleuse des ressources du royaume, mais aussi contre la montée en puissance des officiers et personnels chargés des finances du royaume. Les deux maux vont de pair. Deschamps s’en prend surtout aux hommes nouveaux sachant peu sauf «  compter, getter et mannier argent »  ; grâce à cette compétence limitée, ils deviennent plus importants et plus respectés que les «  sages preudommes  » ayant fait de longues études de textes d’autorité. Il critique le prince qui élève ces « nonsaichants » et appelle à la diminution de leur nombre. »

Laura  Kendrick (op cité).

Il est extrêmement intéressant de constater qu’avec la centralisation étatique de l’impôt nait, aussi, une caste financière qui prend, peu à peu, l’ascendant sur des vues plus profondes, voir plus philosophiques et morales, dans la conduite des affaires de l’Etat. Pour le reste, nous ne pouvons que vous inviter à consulter cet excellent article de Laura Kendrick sur l’engagement politique d’Eustache Deschamps sur toutes ces questions.

Pour élargir, rappelons que ce dernier a beaucoup écrit sur la thématique de l’obsession de l’avoir ou de l’argent contre un peu de mesure, des valeurs plus charitables et plus, généralement, un sens de la vie plus conforme aux valeurs chrétiennes médiévales. A ce sujet, on pourra se reporter, par exemple, aux ballades : « Car Nul ne pense qu’à remplir son sac« , « mieux vaut honneur que honteuse richesse » ou encore « ça de l’argent » (cette dernière mettant en scène, comme celle du jour, des animaux).

Derrière la biquette, collecte d’impôt – Français 9608 BnF – Mélanges théologiques (XVe s)

Révoltes fiscales et opacité des finances

Bien avant le mouvement des gilets jaunes dont l’augmentation d’une taxe et, finalement, d’un impôt indirect avait été le détonateur social, les abus fiscaux ont été la source de nombreuses contestations à travers l’histoire française. Selon les deux économistes et universitaires Jean-Édouard Colliard et Claire Montialoux, au delà du principe même de l’impôt et de ses augmentations intempestives, le manque de clarté sur la destination réelle des fonds resterait, à travers l’histoire depuis le XIIIe siècle, une des causes majeures de soulèvements sociaux ou de mécontentement.

« En dehors de ces circonstances exceptionnelles (victoire de Charles VII) où la survie de la communauté est en jeu, les prélèvements sont considérés comme abusifs. Les révoltes fiscales parsèment ainsi l’Histoire de France jusqu’au XVIIIe siècle. Quand le roi décide à la fin du XIIIe siècle d’imposer un impôt sur chaque marchandise vendue, le tollé est si grand que le monarque est contraint d’en revenir aux aides. (…) Plus que le principe même de la levée des impôts, c’est donc l’arbitraire et l’opacité des finances royales qui nuisent à leur légitimité. »

Une brève histoire de l’impôt , Regards croisés sur l’économie 2007/1.
Jean-Édouard Colliard et Claire Montialoux

Résonnances actuelles

L’article des deux économistes montre également assez bien les changements des représentations sur l’impôt d’Etat au cours de son histoire : « l’impôt est un véritable palimpseste où s’écrivent les tensions et les accords d’une société avec le corps qui la représente  et les voies de réforme sont complexes, par paliers, tant son histoire est foisonnante, et chargée de consensus passés.« 

On y voit, notamment, que son principe est désormais généralement admis. Cependant, sans prendre de raccourci, les réticences eu égard à son opacité ne semblent guère avoir changé sur le fond. Certes, on peut constater avec les auteurs que les finances sont désormais publiques, mais il reste difficile de ne pas souligner que leur niveau de complexité et d’empilement bureaucratique les rendent tout aussi abscons et inaccessibles pour le citoyen. Or, ce manque de clarté continue d’alimenter les contestations autant que les suspicions.

D’ailleurs, on le voit bien. Même si, encore une fois, sur le fond, le principe de l’impôt est rarement remis en cause — le peuple français a, de longtemps, admis l’idée d’un effort individuel en contrepartie d’avantages sociaux et collectifs — la grogne perdure plus que jamais à l’heure où les services publics continuent d’être démantelés ou privatisés face à des taux de prélèvement fiscaux qui restent, dans le même temps, record ; la France est, en effet, en tête de classement dans les premiers pays européens en terme de taux d’imposition. « Où va le pognon » ? La bonne vieille question populaire semble toujours un peu triviale mais elle a la vie dure. Quant à la réponse qu’on lui fait, elle est assez simple et tient souvent en quelques mots qui continuent d’alimenter les interrogations : « C’est compliqué ».

Face à tout cela, un peu plus de lisibilité, de pédagogie et peut-être aussi (soyons fous), de démocratie participative ne seraient pas malvenus, particulièrement dans le contexte d’une dette française qui a littéralement explosé au cours des dernières décennies et, plus encore, ces dernières années.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes

NB : concernant les enluminures de cet article, elles sont tirées de diverses sources. Le fond arboré provient du Livre de chasse de Gaston Phébus, de la BnF (Français 616 -XVe siècle). Concernant les animaux, ils proviennent tous du bestiaire du Royal MS 12 C XIX de la British Library (vers 1210), à l’exception de la chèvre extraite du manuscrit MS Bodley 764 de la Bodleian Library.

Vendée : revivez un incroyable siège médiéval au château de Tiffauges

Blason Armoirie Maison Thouars - Tiffauges - Moyen Âge tardif

Sujet :  animations médiévales, reconstituteurs, marché médiéval, compagnies médiévales, siège, monde médiéval, histoire vivante
Période :   moyen-âge central, XIVe, 1371.
Lieu :  château de Tiffauges, Vendée
Pays  de la Loire.
Evénement  :  les Médiévales de Tiffauges
Date :  24 &  25 septembre 2022

Bonjour à tous,

our notre sélection du week-end prochain, nous avons le plaisir de vous présenter une Médiévale du côté du Poitou et la Vendée, qui va, vraiment, valoir le détour . Organisé par une équipe de passionnés, soutenu par le département de Vendée, cet événement ambitieux, qui se tiendra au château de Tiffauges, vous proposera de revivre en grand l’histoire vivante avec un siège mené par un nombre impressionnant de reconstituteurs.

Un mot de l’organisateur le Roi Uther

Médiévales de Tiffauges, forteresse assiégées, Affiche de l'événement

Disons d’abord un mot de l’organisateur de l’événement. Menée par son président et créateur Gérard Paugam, entouré d’une équipe aguerrie, l’Association Roi Uther met un point d’honneur à allier patrimoine, histoire et transmission. A ce titre, elle propose des événements rattachés à l’histoire réelle avec un fort parti-pris de reconstitution réaliste.

Sa période de prédilection ? Le Moyen Âge, bien sûr. Et pour servir ses ambitions, elle n’hésite pas à mener des recherches approfondies sur les thèmes approchés et à s’entourer de conseillers spécialisés, de même qu’elle fédère un réseau d’associations historiques et de partenaires en France et à travers toute l’Europe. Ajoutez à tout cela une bonne dose de passion et vous aurez une bonne idée de ce qui se cache sous ce Roi Uther.

Histoire vivante et Reconstituteurs à Tiffauges

Le Roi Uther, déjà 15 ans de Médiévales

Avec l’événement à venir, Gérard Paugam et ses complices sont loin d’en être à leur galop d’essai ; depuis 2009, l’association Roi Uther a fait de l’organisation d’événements médiévaux son fer de lance avec déjà de beaux succès à son actif : les Médiévales de Malestroit, les Marches de Bretagne, les Médiévales du Roc et d’autres encore,… Chaque année, depuis 2017, elle s’est mis en devoir, également, de faire vibrer les vieilles pierres du château de Tiffauges, au son de leur histoire médiévale.

Gérard Paugam, Association Roi Uther

Le fil conducteur de ces Médiévales de Tiffauges a suivi, pour l’instant, l’histoire du Poitou de la fin du XIVe siècle tout en proposant, à chaque édition, de nouvelles thématiques. Ce sera encore le cas de cette édition. Les éditions précédentes avaient déjà présenté Tiffauges 1367, 1368 et 1369 et cette année verra renaître l’an de grâce 1371 sous les yeux émerveillés des visiteurs. D’édition en édition, ces derniers sont de plus en plus nombreux et, cette année, les organisateurs espèrent bien que le travail engagé sera récompensé par plus de 10000 visites, ce qui serait amplement mérité au vu du programme.

Au programme de ces médiévales

Fidèle à la promesse de son organisateur, divertissements, émotions et histoire vivante seront au rendez-vous, ce week-end, au château de Tiffauges. La fête battra son plein du samedi 24 au dimanche 25 septembre et des centaines de reconstituteurs ont été conviés pour l’occasion. Ils arriveront des 4 coins de France mais aussi de toute l’Europe : Allemagne, Belgique, Italie, Tchécoslovaquie, Pologne, Croatie.

Une siège avec près de 500 reconstituteurs

Si le château de Tiffauges a été rendu célèbre, dans le courant du XVe siècle par l’étrange affaire autour de Gilles de Rais, ce week-end, l’Association le Roi Uther vous proposera un bond dans le temps bien antérieur à la naissance du Baron de Retz.

Nous sommes en 1371 durant la guerre de cent ans. Péronnelle Vicomtesse de Thouars a fait allégeance à l’anglois depuis quelques années déjà et elle est à la botte du Sénéchal de Poitou. Son voisin, le Duc d’Anjou, Louis 1er, cadet du roi de France Jean le Bon et fier défenseur de la couronne française, ne l’entend pas de cette oreille. L’organisation d’une foire par sa voisine sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Pour lui, il est grand temps de reprendre la province des mains de l’anglais qui pille et retourne les campagnes en tout sens. Il décidera donc de frapper fort avec une attaque de Tiffauges et un siège conduit dans les règles.

Entre les remparts du château, les artisans et la population habituelle est là. La foire y bat aussi son plein avec ses stands et ses échoppes. Avisés de l’approche des troupes d’Anjou, les paysans devront rentrer à la hâte les bêtes en les murs de la forteresse. De son côté, la garnison est aux aguets. Bientôt, tous devront retenir leur souffle car le duc d’Anjou approche. Le siège s’organise et, déjà, les murs du château tremblent. L’histoire est en marche.

Sape, artillerie et siège du château de Tiffauges en vendée

Compagnies médiévales et troupes attendues

Mesnie Enguerran – Lions d’anjou – La guerre des couronnes – Emptivus miles – Mesnie de l’Hermine – Confrérie de la quintefeuille – L’ost du Phoenix – Mignoned Ar Bro – L’ost du Castel – Alsaciae protectorès – Ar soudarded – Tards Venus – Le Feu Liégeois – Societas Angliciis – Elsass tempora – Les Chiens de Saint Martin – Les Armoises – Jean Marie Thomine – Mesnie de Penhoët – Simianes – Obliti Milites – Les Genz d’armes 1415 – La Guilde des 3 couronnes – La Grant Compaigne – Passion de Roy – Doba Karlova – Sir Andrew Longsword – Gesellschaft des Elefanten – Die Bledenbouer 1360 – Compania della Laginestra – Family retinue Lodzia coat of arms – Red Srebmog zmaja – Rolland de Glabbecke – Waraok – Volte Gaillarde – Via Historiae

Marché médiéval, ateliers d’antan,
vie médiévale et ménestrels

En plus du fer croisé et de l’ambiance fiévreuse de la bataille, les visiteurs pourront accéder, sur place, à un marché médiéval et artisanal, mais aussi les trouvères et ménestrels ne manqueront pas non plus pour animer l’endroit de leurs musiques médiévales et de leur facéties. On pourra y ajouter de riches ateliers d’artisanat d’époque tisserand : ébéniste, serrurier, boisselier, forge, cuir, armurerie, vannier, potier, scribe,… et d’autres aspects de la vie médiévale civile et militaire se donneront, bien sûr, à découvrir.

Inutile d’ajouter ou plutôt que les visiteurs trouveront, en les murs de Tiffauges, largement de que quoi se sustenter et ripailler. Pour réserver et pour plus d’informations, voir le site de l’organisateur.

Grande bataille et Mêlée de reconstituteurs en Vendée

Revoir notre article sur l’édition des Médiévales de Tiffauges 2019

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes.

NB : les photos utilisées dans cet article sont non contractuelles et n’ont vocation qu’à donner une idée de ces Médiévales. Elles proviennent, en effet, des éditions précédentes. Crédit photo @Barry ‘s photography.


Un chant royal contre la vanité et la convoitise des puissants

Ballade Médiévale Eustache Deschamps

Sujet  : poésie médiévale, auteur médiéval,  moyen-français, manuscrit ancien, poésie, chant royal, vanité, convoitise, poésie morale, poésie politique, satire.
Période  : Moyen Âge tardif,  XIVe siècle.
Auteur :  Eustache Deschamps  (1346-1406)
Titre  :  «Toy mort, n’aras fors que .VII. piez de terre»
Ouvrage  :  Œuvres  complètes d’Eustache Deschamps, T III   Marquis de Queux de Saint-Hilaire (1882)

Bonjour à tous,

chaque fois que nous abordons l’œuvre d’Eustache Deschamps, nous ne cessons de le dire : cet homme d’armes, employé à la cour et qui fut au service des rois, dans diverses fonctions, a écrit sur pratiquement tous les sujets, au cours de sa vie.

Une œuvre colossale de plus de 80000 vers

Si l’on trouve mentionnés, dans l’œuvre d’Eustache Deschamps, les misères du peuple, la cruauté des jeux de cours, les affres de la peste ou de la guerre de cent ans, son amour de la France, ses comptes-rendus de voyage, ses poésies sentimentales et courtoises, ses poésies morales mais encore ses réflexions sur la vie, la mort et sur le sens de l’existence, ou ses déroutes (les souffrances de l’âge, de l’indifférence ou de la maladie), les sujets ne sont pas tous de haut vol.

Tout, Eustache a presque tout couché en rimes, de manière presque systématique. L’écriture est inégale, pas toujours très digeste mais, au final, il nous a laissé plus de 80000 vers sur ses états d’âme, ses goûts, ses aversions, ses attractions, bref ses réactions à tout et sur tout. Avec une telle abondance, il ne faut pas toujours s’attendre à une grande profondeur de vue. Ainsi, on y trouvera plus d’un chose triviale : son goût pour les petits pâtés ou pour la moutarde, son vœu de ne plus jamais prêter de livres parce qu’on ne lui rend pas, son agacement pour avoir été mal reçu ou mal traité, et une bonne dose de détails qui pourraient nous paraître bien insignifiants avec le recul du temps, mais qui peuvent aussi nous le rendre plus réel, plus proche et plus attachant.

Le chant royal d'Eustache Deschamps dans le Manuscrit médiéval Français 840 de la BnF
Le chant royal d’Eustache Deschamps dans le Ms Français 840 de la Bnf

Les découvreurs & historiens du XIXe siècle

Dans le courant du XIXe siècle, l’un des premiers auteurs à opérer un tri dans ce gigantesque corpus pour le mettre à la lumière fut Georges Adrien Crapelet. Autour de 1832, il sélectionna dans l’œuvre d’Eustache des ballades de moralité qu’il fit publier : Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps, écuyer, huissier d’armes des rois Charles V et Charles VI, châtelain de Fismes et bailli de Senlis.

D’autres auteurs, à sa suite, s’essayeront à des sélections. Prosper Tarbé fut notamment l’un de ceux-là avec ses Œuvres inédites d’Eustache Deschamps en 2 tomes, datées de 1849. Un peu plus tard, c’est au Marquis de Queux de Saint-Hilaire relayé par Gaston Raynaud que l’on doit la publication es œuvres complètes d’Eustache, publiées sur pas moins de 11 volumes (1878-1903). L’histoire ne s’arrêtera pas là et on retrouvera l’auteur médiéval mentionné dans d’autres anthologies. Bien connu des historiens, des philologues et des médiévistes, sa célébrité n’atteindra pourtant jamais celle d’un Villon, ni d’un Charles d’Orléans auprès du grand public.

Plus près de nous

Aujourd’hui encore, les médiévistes, philologues et érudits exploitent l’œuvre d’Eustache sous des angles différents, soit pour aborder l’histoire du temps de cet auteur, soit encore à l’occasion de recherches spécifiques ou d’études thématiques transversales sur sa poésie : la table chez Eustache Deschamps, les jeux de cour, les âges de la vie, etc… En 2017, son œuvre a également fait l’objet d’une Anthologie dans l’esprit de mieux la faire connaître et de fournir un point de départ utile à son étude : Eustache Deschamps ca. 1340–1404 : Anthologie thématique de Laidlaw James et Scollen-Jimack Christine, Editions Classiques Garnier, 2017.

Nous concernant, nous parcourons les nombreuses poésies d’Eustache, en dilettante, pour y suivre les inspirations de l’auteur et pour y retrouver un peu de l’esprit de son temps. Inutile de dire que les aspects les plus moraux et politiques sont ceux qui nous séduisent le plus ; l’homme a le privilège de ne pas être un poète de cour. Il ne vit donc pas de sa plume, ni n’en dépend pour vivre. De fait, il souffle un vent de liberté sur certains de ses écrits et il n’hésite pas à se montrer caustique ou satirique par instants, ce qui est, de notre point de vue, plutôt rafraîchissant.

Aux sources de l’œuvre d’Eustache Deschamps

Concernant cette œuvre massive et les sources manuscrites d’époque, le manuscrit médiéval Français 840 du département des manuscrits de la BnF, est un incontournable dans lesquels on n’imagine que plus guère de paléographes ne doivent mettre le nez depuis le travail de transcription de Auguste-Henry-Édouard Queux de Saint-Hilaire et de Gaston Raynaud.

De notre côté, nous le faisons pour aller chercher la source ancienne et historique à chaque nouvelle étude de texte. C’est un peu, pour nous, comme une façon de remonter au premier trait de plume médiéval, celui qui, il y a plus de 500 ans et dans le courant du XVe siècle, a permis d’immortaliser ce corpus impressionnant et l’œil de l’homme sur son temps ; une façon, en somme, de réconcilier le passé et le présent. Pour le reste, ce manuscrit ancien est consultable sur Gallica. A noter que la poésie du jour y apparait deux fois, à quelques feuillets d’intervalle. L’œuvre est si grande que sur 1200 pages, on conçoit que même les copistes aient pu quelquefois s’y perdre.

Eustache contre la convoitise & la vanité

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Le texte d’Eustache Deschamps que nous vous proposons, aujourd’hui, est un chant royal. On peut le retrouver dans le tome III des Œuvres Complètes de l’auteur par le marquis de Queux de Saint-Hilaire. On y retrouvera un Eustache en réflexion sur la convoitise et la vanité, notamment celles des hommes de pouvoir et de leurs guerres.

C’est, donc, une fois de plus une poésie politique et morale que nous vous invitons à découvrir. L’auteur médiéval se placera du côté du peuple victime des guerres et contre le sang versé et son discours ira aux princes insatiables de terre, d’avoirs et de conflit.

Certes, l’enfer est évoqué et leur sera promis. Pourtant, l’exhortation que leur fait Eustache de rechercher la paix et de mettre fin à leur convoitise touche non pas tant, ici, leur salut dans l’au-delà, que la vacuité de leur vanité et leur orgueil face à l’évanescence de la vie. Si puissants soient-ils, ils mourront comme les plus grands. L’envoi viendra encore le souligner en mêlant héros antiques, héros arthuriens et héros médiévaux. Mais où sont les neiges d’Antan ? chantera un peu plus tard François Villon, peut-être en écho à ces questionnements.

« Toy mort, n’aras fors que VII piez de terre« 
dans le moyen-français d’Eustache

PS : à l’habitude, pour faciliter la compréhension de cette poésie en français ancien, nous vous indiquons quelques clefs de vocabulaire.

O convoiteus de l’avoir (de possessions) de ce monde,
Que tu ne puez un certain jour tenir;
Des que tu nais, la mort en toy habonde :
Voy que tu muers et te convient fenir
(finir),
Et ne scez quant, et sur le mieulx venir
(dans le meilleur des cas)
N’as le terme fors que de soixante ans ;
Et si lairas les richesces mourans,
Ou te lairont par fortune de guerre ;
Pour quoy veulz tu estre si acquerans ?
(1)
Toy mort, n’aras fors que .VII. piez de terre.

Par convoitier voy que guerre se fonde
Entre les roys pour terres acquérir ;
Le sang humain font espandre a grant onde,
Les vaillans cuers et le peuple mourir,
Clercs et marchans, et l’Eglise périr,
Crestienté, frères participans
De foy, de loy, un baptesme prenans,
Pour le vain nom d’autrui pais acquerre;
Désiste toy, tes frères delaissans ;
Toy mort, n’aras fors que .VII. piez de terre.

Tu qui es faiz a l’assemblance ronde
Du firmament et de Dieu, puez veir
Que tout créa, et tout homme redunde
A s’ymaige ; pour ce dois tu cremir
(craindre)
De deffaire, par convoiteux désir,
Ce qu’il forma a ta forme semblans ;
Car le corps mort, les esperis
(esprit, vie, âme) tremblans
Seulent
(de soloir : ont l’habitude) a Dieu de toy vengence querre (réclamer);
Se tu es bien ces choses remembrans
(souvenant),
Toy mort, n’auras fors que .VII. piez de terre,

Tu auras bien ta fosse plus parfonde,
Et grant tombel pour icelle couvrir,
Mais la convient que ton convoiter fonde,
Et de .VII. piez te fault content tenir
(il te faudra te contenter),
Estre oublié et cendre devenir.
Ton nom pervers yert au monde manans
(2),
Ton esperit aura divers tourmens;
Pour ses péchiez seras mis soubz la serre
Des infernaulx ; es tu au monde grans ?
Toy mort, n’auras fors que .VII. piez de terre.

Chascuns doubter doit vie et mort seconde,
Et de s’ame lui doit bien souvenir,
Qui tousjours vit, et plustost c’une aronde
(hirondelle)
Du corps mortel la convient départir
(se séparer).
Et lors la fault selon ses faiz merir
(être payé en retour)
Ou bien ou mal, car c’est drois jugemens ;
Roys, faictes paix, ne soiez guerrians
Sur vostre loy, alez paiens requerre
(attaquer, livrer bataille) (3),
Car dire puis
(je puis) a chascun des tirans :
Toy mort, n’auras fors que .VII. piez de terre.

L’Envoy
Prince, ou est or Oliviers et Rolans,
Alixandres, Charles li conquerans,
Artus, César, Edouard d’Angleterre ?
Ilz sont tous mors et si furent vaillans.
Et se tu es bien ce considerans,
Toy mort, n’auras fors que .VII. piez de terre.

(1) Pour quoy veulz tu estre si acquerans ? Qu’est-ce qui te pousses à vouloir posséder autant ?
(2) Ton nom pervers yert au monde manans : ton nom détruit n’est plus de ce monde, ton nom disparu n’habite plus ce monde. A vérifier. Dans la recopie du feuillet 114 sur le manuscrit 840 : on peut lire « Le nom » et pas « Ton nom ». Du reste, je ne lis pas « pervers » mais « puers » ou « puezs » dans les deux cas : « Ton nom puers yert au monde manans » (108) et « Le nom puers ert au monde manans » (114)
(3) Si l’on se fie à l’analyse de Miren Lacassagne (Présence de l’épopée dans l’œuvre d’Eustache Deschamps, dans Études de littérature médiévale offertes à André Moisan, Presses universitaires de Provence 2000), Eustache fait ici, un clair appel pour la paix franco-française.


En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen Âge sous toutes ses formes

NB : l’enluminure utilisée pour l’image d’en-tête comme pour l’illustration est tirée du Ms Royal 20 C VII : Chroniques de France ou de St Denis. Le manuscrit médiéval, daté de la fin du XIVe siècle (vers 1380) et contemporain d’Eustache Deschamps, est actuellement conservé à la British Library. Vous pouvez le consulter ici. L’enluminure de la mort triomphant dans le coin inférieur de l’illustration est, quant à elle, tirée du Livre d’heures à l’usage de Rome. Référencé Rés 810367, ce manuscrit du début du XVIe (1510) et actuellement conservé à la Bibliothèque municipale de Lyon.

un rondeau courtois du trouvère Jehan de Lescurel

Enluminure du Roman de Fauvel - MS français 146

Sujet : musique médiévale, chanson médiévale, amour courtois, trouvère, manuscrit médiéval,  français 146, vieux-français, langue d’oïl, rondeau, fine amor
Période : Moyen Âge, XIIIe, XIVe siècle
Auteur : 
Jehannot (Jehan) de Lescurel
Interprète : Ensemble Céladon
Album :  The Love Songs of Jehan de Lescurel (2015)  

Bonjour à tous,

u Moyen Âge central (probablement entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle), le trouvère Jehan de Lescurel (ou Jehannot de Lescurel) nous a légué une œuvre musicale qui préfigure l’arrivée de l’Ars Novae. Elle comporte un peu plus de 30 pièces courtoises, rédigées dans un style très pur et souvent très simple ; cet article nous fournira l’occasion d’étudier l’une d’entre elle.

La promesse d’un amant loyal à sa dame

Manuscrit médiéval français Ms 146, chansons de Jehan de Lescurel

Aujourd’hui, nous partons à la découverte de la chanson « A vous, douce débonnaire » de Jehan de Lescurel. C’est un rondeau et, donc, une poésie assez courte, ce qui est le cas d’un nombre important de pièces de cet auteur-compositeur médiéval. Son contenu tient en quelques lignes. En loyal amant, le poète y fait l’éloge de la dame douce et débonnaire à qui il a donné son cœur. Ce rondeau lui renouvelle son engagement : il ne se dédira pas et lui restera fidèle de cœur jusqu’à la mort. Nous sommes bien dans la lyrique courtoise.

Sources historiques et médiévales

Du point de vue des sources historiques, nous retrouverons, ici, le manuscrit Ms Français 146 de la BnF. Cet ouvrage médiéval, des débuts du XIVe siècle, contient l’ensemble de l’œuvre de Jehan de Lescurel, annotée musicalement. Le trouvère y côtoie d’autres auteurs comme Gervais de Bus et son Roman de Fauvel, mais aussi un nombre important de pièces du clerc Geoffroi de Paris et une partie des congés d’Adam de la Halle. Pour la transcription de ce rondeau en graphie moderne, nous nous sommes appuyés sur l’ouvrage Chansons, ballades et rondeaux, de Jehannot de Lescurel, poète du XIVe siècle de Anatole de Montaiglon (1858).

Douce Dame Debonaire par l’Ensemble Céladon

The Love Songs of Jehan de Lescurel
par l’ensemble musical Céladon

Depuis sa fondation en 1999, cette formation lyonnaise, menée par le talentueux contre-ténor et directeur Paulin Bündgen, est devenue incontournable sur la scène musicale médiévale. Avec une discographie riche d’une dizaine d’albums, l’ensemble Céladon propose, aujourd’hui, des programmes qui vont du répertoire médiéval jusqu’à la période baroque.

Jehan de Lescurel, album de musique médiévale

En 2015, cet ensemble spécialisé dans les musiques anciennes faisait paraître un bel album, centré sur les compositions médiévales du trouvère Jehan de Lescurel. Avec 31 pièces proposées, pour une durée de 76 minutes, toute l’œuvre courtoise du trouvère médiéval y est traitée. Une fois de plus, la pièce du jour donne l’occasion à l’Ensemble Céladon de démontrer ses grandes qualités vocales. Son interprétation polyphonique à trois voix reste d’une grande pureté et sert à merveille la pureté poétique du trouvère du Moyen Âge central.

Relativement récent, cet album de musique médiévale est toujours disponible au format CD. Vous pourrez , donc, le trouver chez tout bon libraire ou même à la vente en ligne. Il est également disponible sur un certain nombre de plateformes digitales au format Mp3. Voici un lien utile pour plus d’informations.

Artistes présents sur cet album

Anne Delafosse (voix soprano), Clara Coutouly (voix soprano), Paulin Bündgen (contre-ténor), Nolwenn Le Guern (vièle), Ludwin Bernaténé (percussion), Angélique Mauillon (harpe), Florent Marie (luth), Gwénaël Bihan (flute),

A vous, douce debonaire, en vieux français

A vous, douce debonaire ,
Ai mon cuer donné,
Jà n’en partiré.
Vo vair euil m’i font atraire
A vous, dame debonaire
Ne jà ne m’en quier retraire ,
Ains vous serviré ,
Tant com[me] vivré.
A vous, dame debonaire,
Ai mon cuer donné ;
Jà n’en partiré.

Traduction en français actuel

A vous, douce et aimable
J’ai donné mon cœur,
Jamais ne m’en séparerai.
Vos yeux bleus (gris bleu) m’attirent à vous,
A vous, douce dame
Jamais je ne désirerai m’en éloigner
Mais je vous servirai plutôt
Aussi longtemps que je vivrai.
A vous, douce dame
J’ai donné mon cœur,
Jamais ne m’en séparerai
.

En vous souhaitant une belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.

NB : sur l’image d’en-tête, en arrière plan de la photo de Paulin Bündgen, vous retrouverez la page du manuscrit Ms Français 146 où se trouve le rondeau de Jehan de Lescurel du jour.