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A la Recherche de Vaubeton, un film documentaire sur les traces de Girart de Roussillon

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_bataille_vaubedon_archeologie_histoire_medievale_film_documentaire_haut_moyen-age_IXeSujet : Girard de Roussillon, chanson de geste,  France carolingienne, monde féodal, histoire médiévale, médiéviste, film, documentaire.
Période
: haut moyen-âge, IXe siècle
Titre : A la recherche de Vaubeton 
Réalisatrice : Michelle Gales
Production  : Le Chemin derrière les murs, Now & Then et Rivarts  (2018)
Evénement : Projection, échanges
Date : lundi 5 novembre 2018, 19h00
Lieu :  SCAM, Salle Charles Brabant 5, avenue Vélasquez. Paris 5e

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionu titre des événements à noter sur les agendas de ceux qui se trouveront en Île de France et à Paris, le 5 novembre prochain, dans les locaux de la Société Civile des Auteurs Multimédias (la SCAM ) sera projeté le film documentaire A la recherche de Vaubeton  de la réalisatrice  Michelle Gales.

Réflexions & regard poétique au carrefour
du haut moyen-âge & de la modernité

film_documentaire_video_histoire_medievale_medieviste_chanson_de_geste_girart_de_roussillon_vienne_moyen-ageAu croisement de l’histoire médiévale, de l’archéologie et de l’imaginaire poétique, Michelle Gales s’est engagée sur les traces  de Girart de Roussillon et des légendaires mésaventures de ce Seigneur de Province du temps du haut moyen-âge et de la France carolingienne .

Au coeur d’un petit village de Bourgogne, celui-là même où le célèbre Conte de Vienne avait fondé, au IXe siècle, avec son épouse, une abbaye de femmes, la réalisatrice a suivi les pas d’un médiéviste, à la recherche de possibles vestiges de la bataille de Vaubéton mentionnée dans la célèbre Chanson de Geste (voir plus bas dans l’article)

 » À travers la poésie, la musique, les objets ou les lieux, ces voix du passé nous interpellent. Habitants et visiteurs se réapproprient l’Histoire et la Légende. »  Ardècheimages  (2018)

Précisons-le, il ne s’est pas tant agi pour Michelle Gales de se livrer à un exercice documentaire scientifique et technique, cantonné aux découvertes archéologiques  factuels, mais bien plutôt d’observer et de saisir, au présent, les échos de la légende médiévale dans les esprits et les récits des habitants, artistes ou visiteurs du lieu, avec leurs lots d’imaginaire, de ré-interprétation et de reconstruction. Derrière la caméra, il a donc été question pour elle, de deviner, de lire ou de rêver, des résonances où se mêlent histoire, poésie et modernité, au travers des hommes, mais aussi des paysages et des pierres.

Concernant la projection de ce bel essai documentaire qui pourrait intéresser les passionnés, les initiés ou les amateurs de moyen-âge, autant qu’un public plus large, vous y êtes donc largement conviés. Elle sera suivie d’un échange dans l’ouverture et la convivialité. Attention cependant, les places étant réduites, les réservations sont obligatoires et les entrées seront privatives sur cette base. Pour vous inscrire, merci d’écrire à l’adresse email suivante : chmigabe[@]gmail[.]com

Pour ceux qui ne pourraient pas s’y rendre, voici également un lien utile pour en savoir plus sur ce film-documentaire et pour suivre le calendrier de ses projections : A la recherche de Vaubeton.

Girart de Roussillon :
de l’Histoire à la légende

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_histoire_medievale_moyen-age_france_carolingienne_002Milieu du neuvième siècle, en cette fin de haut moyen-âge, les descendants de Charlemagne et héritiers directs de son fils Louis le Pieux s’entre-déchirent et se jalousent. A la faveur de cette crise, au sein d’un royaume carolingien divisé et affaibli, la féodalité émerge et les grands vassaux tirent déjà leur épingle du jeu. Il en résulte les premières grandes tensions entre pouvoir central et pouvoir délocalisé ou provincial, et il faudra encore de longs siècles de luttes aux couronnes d’Europe pour conquérir à nouveau ce qu’elles considéraient bien leur revenir de droit.

L’apparition de la chanson de geste autour de la vie de Girart de Roussillon est bien plus tardive que l’époque dont elle relate les faits puisqu’on la date entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle. Elle conte en 10 000 vers la vie d’un grand seigneur féodal et ses démêlés avec le roi de France, Charles le Chauve. Largement étudiée par nombre de médiévistes et d’experts, elle contient tous les ingrédients d’une grande aventure épique : amour, jalousie, convoitise, jeux de pouvoir et trahison, batailles sanglantes et absurdes, folie et orgueil et elle n’oublie pas, au passage, l’importance et le grand rôle des femmes et des reines, prises dans la tourmente de toutes ses affaires « d’hommes ».

Girart, comte et puissant vassal
au milieu d’un empire carolingien morcelé

Le personnage historique (810/815 – 877)

D_lettrine_moyen_age_passionevenu comte de Paris sous Louis le Pieux, quand l’empire sera divisé en trois, Girart de Vienne prendra le partie de Lothaire, en perdant au passage son titre sur le Comté de Paris revenu aux mains de Charles le Chauve.

En charge du duché de Lyon et du comté de Vienne, il élargira, au fil des années, ses possessions du côté de la bourgogne. A la lutte contre les sarrasins et bientôt contre les raids viking venus par le Rhône jusque Valence, Girart se signera par ses faits au Sud, mais il devra aussi se défier, au nord, des ambitions de Charles le Chauve bien décidé à étendre ses terres, au détriment de celles du puissant seigneur et guerrier acquis à la cause de Lothaire.

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_histoire_medievale_moyen-age_france_carolingienne_001Au milieu des luttes de pouvoir qui opposeront alors les nobles de la lignée de Charlemagne et leurs descendants pour la possession de la Provence, le noble réussira longtemps à maintenir son pouvoir sur le Lyonnais et le Viennois, mais les jeux de succession feront bientôt tomber les deux provinces dans l’escarcelle de Charles le Chauve qui s’empressera d’en chasser l’ancien fidèle de son frère pour placer l’un des siens, Après s’être soulevé, Girart renoncera pourtant. Il rentrera en Avignon et avant que le souverain ne s’empare aussi de ses terres bourguignonnes, il fondera avec son épouse Berte (Berthe), deux monastères qu’il placera sous le protection du Pape pour les soustraire à la main du roi. Il mourra quelques années plus tard, en 877, la même année que Charles le Chauve

Sa vie est celle d »un personnage d’importance dans la France féodale du IXe siècle et dans un monde carolingien écartelé entre l’ambition de frères que leur père, Louis le Pieux, avait déjà échoué à unir de son vivant. Charlemagne était mort et, avec lui, son oeuvre, il n’en resterait plus que des jalousies fratricides et pour les siècles à venir, et même au delà du moyen-âge, un rêve de reconquête qui allait hanter nombre de souverains ou d’empereurs du Saint-Empire.

La Légende et la chanson de geste

Pour en dire deux mots et mieux situer le contexte du film documentaire de Michelle Gales, la chanson de geste Girart de Rousillon est une oeuvre littéraire qui prend de grandes libertés avec la réalité historique, même si, pour une part, elle en reprend peut-être des  éléments, en les retraitant de manière allégorique.  Elle conte ainsi la vie du Seigneur de Vienne et sa longue opposition avec Charles le Chauve, née d’une jalousie du souverain mais qui se poursuivra pour prendre des tours inextricables et suggérer des responsabilités aux contours plus partagés.

Les deux hommes s’étant vu promettre chacun une fille de l’empereur de Constantinople, le roi, ayant entendu de ses conseillers que Girart allait marier la plus belle d’entre elles, ne l’entendit pas de cette oreille. Il fit donc changer les termes de l’arrangement pour la prendre en épousailles, laissant finalement l’autre fille, Berte, au seigneur de Lyon et de Vienne. Dans l’opération, Charles le Chauve dut faire quelques sérieuses concessions dont laisser à Girart la totalité du pouvoir sur ses fiefs dont ce denier n’aurait plus à répondre face à la couronne.

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Chronique de Girart de Roussillon. Le mariage de Girart Codes. 2549, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek

La bataille de Vaubeton

Sitôt la concession faite, le roi la regrettant déjà viendra provoquer Girart sur ses terres pour reprendre ses droits sur ce qu’il continuait de considérer à l’évidence comme son bien. Les échauffourées prendront bientôt de plus grandes proportions pour déboucher sur la terrible bataille de Vaubeton dont il est question dans le documentaire de Michelle Gales. L’Ost de Charles le Chauve d’un côté, Girard et ses barons alliés de l’autre, elle verra des pertes sanglantes des deux côtés et la légende conte que Dieu lui-même vint pour y mettre un terme :

« …mais par la volonté de Dieu un orage éclata, fort, fier, horrible et redoutable. Charles vit son enseigne brûler et Girart la sienne tomber en charbon. A la vue de ces signes que Dieu leur manifeste, ils arrêtent le combat. » .
Girart De Roussillon,
Chanson De Geste Traduite Pour La Première Fois,
Paul Meyer 1884

La suite de la geste est une longue suite de péripéties, alternés de conflits et de trêves entre les deux hommes  sur le détail desquels nous aurons l’occasion de revenir plus tard.  L’objectif reste, dans le cadre de cet article, de vous donner quelques clés utiles pour mieux appréhender le film-documentaire de Michelle Gales.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

PS : les deux autres images tirées d’une seule enluminure représentant le chantier d’un église au moyen-âge sont également tirées du Codex 2549, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek

Agenda : l’Orée des Légendes, un festival dédié à la féerie, aux lutins et aux elfes, dans les Ardennes

festival_imaginaire_legende_feerie_medieval_fantastique_Montherme_ardennesSujet : fêtes, festival, féerie, légendes,  médiéval fantastique, médiéval fantaisie, marché, animations médiévales, salon du livre, auteurs, illustrateurs.
Evénement :  L’Orée des Légendes
Lieu : Monthermé, Ardennes (Grand Est)
Dates : les 7  et 8 avril  2018

Bonjour à tous,

S_lettrine_moyen_age_passion i vous êtes du côté des Ardennes, ce week end, un autre événement à ne pas manquer vient s’ajouter sur l’agenda. Depuis 2016 et tous les deux ans, se tient en effet à Monthermé, un festival créatif et original du nom de l’Orée des Légendes. Il fait suite à un événement qui existait déjà depuis près de 10 ans sur place (le printemps des légendes) mais dans sa forme actuelle et biennale, il s’agit de sa deuxième édition;  avec plusieurs milliers de visiteurs, la première fut un véritable succès.

agenda_festival_salon_livre_feerie_moyen-age_fantastique_animations_troubadours_contes_monde_medieval_fantaisieSur toute la journée de ce samedi et ce dimanche, on célébrera ici la féerie, l’imaginaire & les légendes (des Ardennes et d’ailleurs). L’édition précédente avait suivi les pas du loup et cette mouture 2018 se centrera quant à elle plus particulièrement sur les esprits de la nature : elfes, fées, lutins et farfadets seront donc au programme, mâtinés d’une large touche de fantaisie (fantasy). Pas de moyen-âge réaliste ici, vous l’avez compris, mais quelques zones de recouvrement avec le moyen-âge fantastique que nous affectionnons aussi et qui suffisent amplement à nous fournir l’excuse de vous parler de ce beau festival.

Le programme du festival

S_lettrine_moyen_age_passionur place, créateurs, artistes et artisans viendront présenter leurs oeuvres et partager leur passion autour de ces thèmes légendaires, oniriques et imaginaires. Le festival s’articule autour de trois grands axes : une partie Salon du livre et de l’illustration à la rencontre des auteurs et illustrateurs, un côté « scène » avec des animations continues et des compagnies d’artistes venus pour l’occasion et enfin un grand marché sur le thème de la féerie.

agenda_medieval_evenement_festival_fantaisy_legendes_imaginaire_feerie_oree_legendes_montherme_ardennesCôté Salon.
Editeurs, auteurs et illustrateurs

Sur la partie salon du livre et de l’illustration, à l’occasion de cette édition, plus d’une soixantaine d’auteurs, illustrateurs et acteurs de l’édition seront présents pour échanger avec le public et dédicacer leurs créations. En voici une liste non exhaustive (plus du triple est attendu).

Sylvie Ginestet – Lansdalls éditions – Le Monde des Etoiles – Samar Hachem – Laetitia Reynders – Bavar – SoMK -Ixel – Olivier Bernard – Julie Fouret – Nina Lopez – Jim Colorex – Patricia Le Sausse – Pascal Boillet – Librairie l’Arbre aux 100.000 Rêves 

(l’illustration ci-dessus est empruntée à l’artiste et peintre décorateur lillois Jim Colorex. Ce passionné de contes et légendes a été notamment sollicité, cette année, pour décorer des vitrines de la ville.)

Côté scène.
Troubadours, conteurs et danseurs

D_lettrine_moyen_age_passioneuxième axe fort de l’événement, le festival accueille en son sein des spectacles et animations variées, en continu. Quatre troupes festival_legendes_feerie_imaginaire_medieval_fantastique_montherme_salon_livre_marche_ardennesd’artistes et troubadours viendront ainsi émailler ces deux jours de leurs contes, musiques, danses et jongleries et, par dessus tout, de leur bonne humeur :

Prima Nocta – Tan Elleil – Lundazépa – Hybrida Luna

Côté Jardin.
Un grand marché féerique

Enfin, pour couronner le tout, l’Orée des Légendes propose encore un marché « féerique ». Plus de 65 échoppes seront ainsi installées aux noms plus magiques les unes que les autres : La Fée Bidouille, La Gardienne des Âmes , La légende des fées, Elfe et Cie, etc… En chinant un peu, peut-être trouverez-vous ici quelques objets enchantés ou trempés de magie elfique.

Pour les tarifs, détails, et accès, toutes les informations sont là :
La page Facebook du FestivalLe site web officiel.

Pour tous ceux qui se trouvent dans le Nord Est de la France  cette fin de semaine, c’est vraiment ici un très beau voyage de deux jours  qui vous est proposé. Pour tout vous dire et même si nous avions juré de tenir notre langue, en nous fiant au bruissement des feuillages et aux chants d’oiseaux de la belle forêt qui borde Monthermé, il est même possible que vous y croisiez des Ents.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-Age sous toutes ses formes.

Excalibur, l’épée d’Arthur: aux origines de la légende

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : Roi Arthur, légendes arthuriennes, roman arthurien, Excalibur, épée, tradition celtes, mythologie et légendes.
Période : haut moyen-âge et moyen-âge central
Sources : Excalibur, Britannia.com
Auteur : David Nash Ford (historien britannique),
Traduit de l’anglais

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous remontons aux sources des légendes arthuriennes et notamment à la partie qui concerne la célèbre épée du roi : Excalibur. Nous le faisons en bonne compagnie puisque nous vous proposons, cette fois-ci, la traduction d’un article issu du très sérieux site Britannia.com.

Nous le devons à David Nash Ford, jeune historien et archéologue britannique littéralement tombé, enfant, dans les légendes arthuriennes, après avoir visité le site du château de Tintagel et qui s’en est fait, depuis, une spécialité.  Pour faire bonne mesure, en plus de sa traduction depuis l’anglais, nous y adjoignons quelques notes et éléments explicatifs, ainsi que des illustrations provenant d’autres sources.

En vous souhaitant une très bonne lecture !

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EXCALIBUR
Une discussion sur les origines de l’épée du Roi Arthur, par D Nash Ford

La tradition

L_lettrine_moyen_age_passionlegendes_arthuriennes_excalibur_symbole_origine_archeologiee nom Excalibur fut utilisé pour la première fois par les romanciers français pour désigner l’épée du Roi Arthur . Ce n’était pas alors la célèbre « épée du rocher » (qui s’est brisée lors d’une bataille), mais une deuxième épée acquise par le roi par l’intermédiaire de son conseiller  druidique Merddyn (Merlin). Inquiet qu’Arthur puisse tomber à la bataille, Merlin emmena le roi jusqu’à un lac magique où une main mystérieuse jaillit de l’eau, brandissant une épée magnifique. C’était la Dame du lac offrant à Arthur une épée magique incassable, forgée de la main même d’un elfe forgeron d’Avalon, ainsi qu’un fourreau qui permettrait de la protéger autant que son porteur, tant qu’il l’aurait sur lui. (ndt; le fourreau en lui-même était doté du pouvoir magique d’empêcher la mort de son porteur en cas de perte de sang occasionnée par des blessures). 

Près de la fin du règne d’Arthur, durant les temps troublés de la rébellion de Medrod (Mordred ou Mordred), Excalibur fut volée par la demi-soeur sorcière d’Arthur, la Fée Morgane. Bien que l’épée fut retrouvée, le fourreau, quant à lui, fut perdu à jamais.

excalibur_legendes_arthuriennes_epee_arthur_fee_morgane_jete_fourreau_magiqueLa fée Morgane se débarrasse du fourreau magique d’Excalibur (gravure de Henri Justice Ford 1902)

C’est ainsi qu’Arthur fut mortellement blessé durant la bataille de Camlann*. Suite à cela, le roi donna l’instruction à Bedwyr (ou Girflet) (le chevalier de la table ronde nommé Bedivere)  de rendre Excalibur au lac d’où elle était venue. Toutefois, questionné sur les circonstances autour du retour d’Excalibur dans l’eau, Bedwyr clama n’avoir rien noté d’extraordinaire. Arthur sut dès lors que Bedwyr avait gardé Excalibur pour lui-même et le renvoya une nouvelle fois au Lac. Ayant cette fois lancé l’épée dans les eaux troubles, Bedwyr vit la main mystérieuse apparaître et s’emparer d’Excalibur pour l’entraîner dans les fonds du lac pour la dernière fois.

Le nom

Les histoires arthuriennes les plus anciennes nomment l’épée du Roi Arthur Caladwich, un nom gallois dérivé de Calad-Bolg et qui signifie « Foudre puissante » (« Hard Lightning »). Par la suite, le nom a évolué pour devenir « Caliburn » chez Geoffroy de Monmouth, ce qui a finalement donné lieu au francisé Excalibur que nous connaissons aujourd’hui.

Les origines anciennes

D_lettrine_moyen_age_passiones figures légendaires sont associées à des épées magiques à travers le monde, ces dernières représentant souvent le symbole de leur pouvoir royal. Il est intéressant de noter que Curtana, une épée  datant du XVIIe siècle et succédant à l’épée originale de Ogier de Danemarche (Ogier the Dane, chevalier Danois légendaire) est encore utilisée jusqu’à ce jour durant les cérémonies de couronnement anglaises.  La légende du roi Arthur a aussi des similarités particulières avec la légende nordique de Sigurd, mais des parallèles encore plus frappants peuvent être faits avec le héros irlandais: Cu Chulainn (Cúchulainn) qui possédait lui aussi une épée du nom de Caladbolg.

Cuchulainn_heros_mythologie_irlandaise_celtique_legendes_arthuriennes_excaliburCúchulainn héros et guerrier aux pouvoirs extraordinaires parmi les plus importants personnage de la mythologie celte irlandaise.

De telles épées étaient en général réputées avoir été créées par un forgeron elfe. Dans la mythologie saxonne, on le connait sous le nom de Wayland, mais pour les celtes il s’appelait Gofannon. On peut encore l’identifier au Dieu romain Vulcain et au Dieu grec Hephaistos (Hephaestus) qui forgèrent des armes magiques que les muses donnèrent à Persée, et que Tétis (Thétis) donna a Achille. La capitulation ou la destruction ultime de l’épée est une symbole universel bien connu de défaite. Dans le cas présent, elle est emblématique de la mort elle-même.

Curtana, épée cérémonielle britannique du XVIIe siècle
Curtana, épée cérémonielle britannique du XVIIe siècle

L_lettrine_moyen_age_passione « dépôt » d’épée, d’armes ou d’autres objets de valeurs dans les lacs sacrés et les rivières était une pratique répandue chez les peuple celtes. Strabon (historien géographe grec -64 BC. +25 AC)  a mentionné de tels rituels près de Toulouse en France et a noté que d’autres lacs sacrés ont existé à travers l’Europe. Grégoire de Tours (538-594) fait une allusion à des festivités de trois jours autour du lac Gévaudan dans les Cévennes, dédiées à ces rites_celtiques_legendes_arthuriennes_excalibur_origine_legende_dame_du_lacrituels. Certains érudits avancent que de telles pratiques faisaient parties des rites funéraires celtes.

Guerriers celtes et « dépôt » d’armes. Illustration sur la base de découvertes archéologiques dans la Ljubljanica  (rivière de Slovènie).

Des découvertes archéo-logiques de dépôts de pièces de métal venues de lointaines destinations, sont attestés dans le lac de Llyn Fawr  dans le comté de Glamorgan (Morgannwg- Sud du pays de Galles). Elles incluent des haches et des faucilles datant de l’an 600 avant JC. D’autres armes ont été découvertes dans le lac de Llyn Cerrig Bach de l’île galloise d’Anglesey. Leur datation va du 2e siècle avant J.C. jusqu’au 1er siècle Après J.C. De tels dépôts dans les rivières, durant l’âge de fer celtique,  sont si nombreux qu’on ne peut les compter. Parmi les plus célèbres d’entre eux, on peut mentionner le superbe bouclier de Battersea ainsi que le Casque du Waterloo Bridge trouvés dans la Tamise. La grande majorité des rivières anglaises semble avoir été communément  utilisée pour y déposer des épées du type de celle d’Arthur.« 

art_celte_pre_romain_tradition_celte_legendes_arthuriennes_excalibur

David Nash Ford (historien britannique),
Traduit de l’anglais par moyenagepassion.com.

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*Bataille de Camlann : dernière bataille auquel Arthur aurait pris part, la plus ancienne référence historique de sa mention se trouve dans les annales de Galles (Annales Cambriae). Ce manuscrit datant du Xe siècle est vraisemblablement une compilation d’auteurs divers. Voilà ce que dit l’entrée pour l’année 516 et 537 de notre ère:

« 516. La bataille de Badon, durant laquelle Arthur porta la croix de notre seigneur Jésus-Christ durant trois jours et trois nuits sur ses épaules et les bretons furent victorieux.
« 537. La bataille de Camlann, durant laquelle Arthur et Medraut (Mordred) tombèrent. Et il y eu de nombreux morts (« plague ») sur l’ïle de Bretagne (Britain) et en Irlande. »

Une belle journée à tous.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

OMNIA: fusion folk rock celtique médiévale hollandaise

geek_culture_medieval_fantastique_fantaisie_dragonSujet : pagan folk, paganisme, légendes celtiques, médiéval imaginaire, musique, néofolk médiéval,  médiéval fantaisie,
Période : médiéval fantastique
Groupe : OMNIA
Titre : Fee Ra Huri
Album :  Live On Earth  (2012)

omnia_neofolk_musique_pagan_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_moyen-age_fantaisie_imaginaire

Q_lettrine_moyen_age_passionuand les instruments du monde médiéval fusionnent avec le folk celtique et la musique rock du côté de la Hollande, cela donne OMNIA.  Bien sûr, il ne faut pas chercher ici à retrouver le réalisme d’un Hespèrion XXI ou d’un Micrologus,  nous sommes face à une réinterprétation  qui s’assume et dont les racines vont bien plus certainement chercher dans le folk irlandais des siècles postérieurs au moyen-âge mélangés d’autres influences,   et, peut-être même encore, dans les  racines folk celtiques remises au goût du jour par un nombre important de groupes dans les années soixante-dix, dans la continuité de la mouvance contestataire californien hippie.

Au delà de la musique et du sens de la fête
un mouvement et des valeurs

« OMNIA est un groupe d’amoureux inconditionnels de la nature et de Musiciens guerriers de la terre qui voyage de part le mond pour diffuser leur musique et célébrer à travers elle, l’amour de la vie, la créativité, la nature et la fantaisie avec un public de tout âge et de toute culture. »
OMNIA – Biographie – Site web

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour autant que la formation hollandaise interpelle bien plus le public sur un imaginaire celtique médiéval que sur un moyen-âge musical authentique, il faut reconnaître que l’ambiance est largement festive et les musiciens talentueux.

Folk, paganisme, et musique festive

A  travers tout cela, on  peut difficilement s’empêcher de penser qu’une certaine idée de la fête reste attachée à l’univers médiéval même quand il est revisité comme ici par une modernité technique et musicale assumée:  « Au moyen-âge on sait faire la fête ». Cette idée semble relativement partagée et sans doute qu’un certain nombre de bandes omnia_musique_medieval_folk_paien_celtique_paganisme_wiccamédiévales Folk ou néofolk récentes lui fait écho, même s’il faut bien sûr s’entendre sur  le moyen-âge auquel il est ici fait référence.

Quoiqu’il en soit, le  genre musical d’OMNIA s’inscrit,  de manière déclarée, dans un Folk Païen (Pagan Folk)  ouvert à toutes les influences et qui ne se prive d’aucune. Au delà du positionnement musical, il faut encore dire un mot de l’ambition  qui sous-tend tout cela. Il ne s’agit pas,  en effet et même loin de là, que de célébrer un certain sens de la fête. Plus qu’un style de musique, le groupe  veut aussi être la manifestation  toute à la fois « d’un style de vie, d’une philosophie et d’une religion « naturelle » sans leader et sans  règle ».

Formé autour de l’an 2000, on doit depuis  à la formation hollandaise quelque chose comme dix-sept albums. Leur philosophie restant l’indépendance dans la production musicale en particulier et dans leur choix de vie en général, ils auto-produisent leur création et on peut même trouver sur leur site web,  outre la  possibilité d’acquérir leur musique  sous toutes les forme (CD, Itunes, etc), une boutique  de Tee shirts et autres « goodies »  de leur cru. Ajoutons à cela qu’ils écrivent leurs chansons dans des langues aussi diverses que l’anglais, le breton, le latin, le français, le finlandais, l’arabe, l’espagnol, l’allemand, le mongolien, l’Hindi et qu’ils ont même comme le groupe MAGMA de Christian Vander l’avait fait en son temps, créé leur propre language appelé l’OMNIAN. On doit également à ses étonnants musiciens, amants de littérature, la mise en musique et la reprise de poésies célèbres  de Catulle, Edgar Poe, William Blake, Shakespeare,  et encore d’autres auteurs.

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Un mouvement naturaliste à l’ambition globale

A_lettrine_moyen_age_passionu delà  de  sa nature festive, le folk médiéval celtique est bien souvent le signe ou la tête émergée d’un « mouvement » social qui, culturellement, nous dit bien plus que sa simple manifestation musicale.  Ainsi, la formation hollandaise entend bien chanter:  « la liberté individuelle,  les anciennes valeurs celtiques de bien et du mal » et, à travers tout cela, prétend encore  encenser une « conscience écologique globale et  la connexion spirituelle entre l’homme et la nature ».

Sans vouloir généraliser, le PAGAN FOLK (folk païen) en provenance d’Angleterre, d’Allemagne ou d’Europe du Nord puise, presque de manière systématique, ses valeurs de référence dans une antique culture celtique (souvent plus rêvée qu’historique), mélangée à d’autres traditions, et ancre ses racines  dans un univers pré-chrétien dont peu de choses nous sont finalement parvenues, mais  dont on pourrait encore trouver les dernières traces dans la  survivance de guérisseurs de tous bords et autres « sorciers » et « magiciens » que l’église romaine a poursuivi, sans relâche, de son inquisition dans les courants du XVIe et XVIIe siècles

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Indéniablement, il y a encore, derrière tout cela,  la marque d’un mouvement naturaliste, qui, en réaction avec la modernité et le monde post-industriel, se cherche un terrain d’élection dans une  époque où l’homme était, dans l’idée, plus proche de la nature et où il vivait « en harmonie » avec elle. Concernant OMNIA, pour donner encore  la dimension qui sous-tend tout cela et comprendre jusqu’où leur ambition se situe, voilà une de leur citation  sur la question que je ne fais ici que traduire :

« Le monde meurt… Les singes mutant sont devenus totalement  dingues.  En tant qu’espèce nous devons la fermer une bonne fois pour toutes et écouter ce que la nature a à nous dire. »
OMNIA – Biographie – Site web

Des racines plus imaginaires et allégoriques que réalistes

R_lettrine_moyen_age_passionattachement donc à une tradition naturaliste à reconquérir, il s’agit donc bien d’ouvrir des perspectives pour le futur et pas de passéisme. Concernant cette harmonie et cette connexion perdue avec mère  nature, il faut sans doute dire ici, qu’elle ne correspond pas tout à fait non plus à la réalité du monde médiéval et contient  largement sa part de rêve et d’ imaginaire. Même si  le moyen-âge, durant ses mille ans d’histoire,  était clairement moins urbanisé que notre monde moderne,  on assiste, dès le XIIIe siècle, à un premier phénomène de regroupement urbain musique_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_omnia_moyen-age_fantaisie_imaginairesignificatif et dès le XVe cette urbanisation a déjà conduit à une déforestation déplorable qui a ouvert, par la suite, aux colons du nouveau monde, de larges voies d’exportation du bois qui commençait déjà à se raréfier  en Europe.

Dans le même ordre d’idée, dans le monde médiéval historique, pour autant que la relation de l’homme avec la nature était indéniablement plus prégnante que dans notre monde post-industriel, il faut encore ajouter que c’était d’abord et avant tout, une relation de dur  labeur et de travail agraire et agricole, dans le cadre d’une nature déjà largement domestiquée. Plus que le moyen-âge réel, c’est donc bien plutôt, vers les légendes celtiques et nordiques, relayées et souvent revisitées, de manière moderne,  par la littérature médiévale fantastique  et ses  peuples naturels – elfes, trolls et autres nains de montagnes -, que nous ramène souvent cet cet idéal de connexion naturaliste moderne.  Nous  nous trouvons avec lui face à un moyen-âge rêvé ou « reconstruit ».

Pour mieux comprendre encore ce mouvement folk païen et même si tous les groupes ne se rattachent pas nécessairement à cela,  il est encore utile d’évoquer le  Wicca de Gerald Brousseau Gardner, écrivain ésotériste britannique et anthropologue  qui, dans le courant du XXe siècle, présenta un modèle de religion basé  sur « l’ancienne religion » et sur une fusion  empruntant, à la fois,   à la omnia_neofolk_musique_folk_paganisme_medievale_paienne_celtique_moyen-age_fantaisie_imaginairetradition celte, au chamanisme, au druidisme,   ainsi qu’à des éléments nordiques et slaves.

Quoiqu’il en soit, il reste que la recette du Pagan Folk trouve largement son public et le succès d’OMNIA en est encore une belle preuve. Dans les espaces imaginaires où vivent encore les légendes celtiques et nordiques autant qu’un moyen-âge naturaliste à célébrer,  il y a de la place pour un rêve qui , à défaut d’être toujours historiquement réaliste, parle   à l’évidence, à beaucoup d’entre nous.

Fee Ra Huri, les paroles

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D_lettrine_moyen_age_passionu point de vue des paroles, il ne faut pas sur ce morceau particulier au moins chercher la profondeur du sens  et l’on se trouve  presque face aux performances vocales tel que peut les affectionner un Gilles Vignault. Si vous voulez vous y entraîner en tout cas, voici les lyrics:

Wack fol’a day diddle dee dye doe
Je le len ‘o je le la le len ‘o
Fiddle daddle day diddle dee dye doe
Ho ri f dhe ra hur

Wack fol’a Day diddle dee dye do
Je le s ‘je le la o le s’ o
Fiddle diddle dee dye daddle day doing
Ho f ri dhe ra hur

En vous souhaitant une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
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