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Légendes arthuriennes & quête du Graal : un petit chef-d’oeuvre de sculpture et de monétique

roman_arthurien_graal_monetique_art_sculpture_perceval_dandraneSujet : légendes arthuriennes, quête du Graal, monétique, art, sculpture, roman arthurien, Perceval, Dandrane, Perlesvaus, Livre du Graal
Période : Haut moyen-âge et modernité.
Auteur : Roman Booteen
Pays :
Russie, Octobre 2018.

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passione Moyen-Age ne s’est jamais autant invité dans notre monde moderne et c’est, cette fois, dans le domaine de l’Art et à travers la référence au roman arthurien qu’il pointe son visage de manière aussi inattendue que fabuleuse.

La découverte du Graal
par l’artiste russe Roman Booten

legendes_arthuriennes_monetique_quete_graal_art_moyen-ageVéritable orfèvre spécialisé dans le domaine de la micro-sculpture, l’artiste russe Roman Booteen a présenté sur son Instagram le 19 octobre dernier, une oeuvre artistique d’inspiration arthurienne. Basée sur un Dollar de 1921, cette pièce de monnaie, unique en son genre, met en scène rien moins que la découverte du Graal à l’aide d’un mécanisme caché d’une superbe ingéniosité.

Le tableau nous montre Perceval et sa soeur Dandrane, Souvent éclipsée dans les légendes arthuriennes modernes, cette dernière a pris dans certains romans arthuriens médiévaux, une part active dans la quête du Graal. On la retrouve notamment dans le Perlesvaus ou Haut Livre du Graal du XIIIe siècle, ainsi que dans La Queste del saint Graal dite Quête du saint Graal, écrite autour de 1225-1230.

Symbole antithétique ou clin d’oeil de l’artiste ?

Dollar américain des débuts du XXe siècle d’un côté, légendes arthuriennes de l’autre, l’histoire ne dit pas si le talentueux ‘artiste russe a volontairement souhaité donner un sens symbolique à cette opposition entre pile et face, mais on ne pouvait trouver de meilleur exemple du contraste entre monde médiéval et modernité. De fait, contre l’aigle conquérant américain et son arme monétique, le roi Arthur ne fait pas vraiment figure d’impérialiste. S’il demeure un fédérateur, il reconstruit plutôt Logres sur les cendres d’un empire romain (et son aigle ) en recul et face à des velléités de conquêtes et d’invasions diverses qui le pressent aux frontières. Pour lier les deux côtés opposés de cette oeuvre, il ne reste donc, à première vue, comme dénominateur commun que le Tout-Puissant (cf  le « In God we Trust ») et deux quêtes, bien différentes, faites en son nom..

Plus d’informations sur l’artiste et ses oeuvres

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Du point de vue de ses réalisations, Roman Booteen ne se cantonne pas au champ de la monétique et vous pourrez trouver sur sa page Instagram bien d’autres échantillons de son art original. Concernant ses sources d’inspiration, elles débordent largement le thème médiéval mais vous pourrez y retrouver quelques oeuvres superbes inspirées de cette période.

Pour la petite histoire, aux dernières nouvelles, l’artiste a connu quelques déboires au moment d’exporter l’oeuvre arthurienne dont il est question dans cet article. Il se l’est vue, en effet, retourner par les services postaux russes. La circulation de monnaies anciennes étant sujette à quelques réglementations locales, il est occupé actuellement à se mettre à jour avec elles pour s’assurer que cela ne surviendra plus. C’est tant mieux parce qu’au vue de son succès grandissant, les demandes ne cessent de lui affluer de tout côté du monde et il ne lui reste d’ailleurs, pour l’instant, devant lui, aucune oeuvre  qu’il n’ait déjà vendu.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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Historia Brittonum : aux sources de la légende arthurienne, Nennius et les 12 batailles du roi Arthur

manuscrit_ancien_enluminures_rochefoucauld_grail_legendes_arthurienne_sources_historiques_moyen-ageSujet : Roi Arthur, légendes arthuriennes, roman arthurien, sources historiques, Citation médiévales, Nennius, Arthur historique, Angleterre médiévale, littérature médiévale.
Période : haut moyen-âge (VIIIe siècle
Ouvrage : Historia Brittonum
Auteur : Nennius 

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans la continuité de l’article d’hier, nous vous livrons ici la traduction (depuis l’anglais) de la célèbre mention faite par Nennius, dans son Historia Brittonum, au sujet des 12 batailles du Roi Arthur et de ses victoires. Le point culminant en est la grande bataille du Mont Badon et, ici, Nennius (auteur supposé de cette compilation), retombe ici sur une donnée un peu plus sourcée historiquement. De manière documentée et écrite, on se souvient, en effet, qu’on trouve la mention d’un chef de guerre nommé Arthur, à la bataille de Badon, dans les Annales Cambriae. (voir Arthur, les premières sources historiques).

En réalité, le propos, ici, n’est pas tant de discuter de la véracité historique des affirmations de Nennius, ni d’entrer dans le détail des lieux possibles et probables de ces fameuses batailles; de nombreux historiens s’y sont essayés et nous aurons sûrement l’occasion d’y revenir.  Avant les derniers siècles et la période moderne, avant que l’Histoire ne se forge quelques méthodes et prenne son indépendance scientifique, le genre des chroniques historiques n’était pas avare d’approximations ou même d’inventions et il y a indéniablement, dans cet extrait de Historia Brittonum, de nombreuses digressions de la part de son auteur. Pourtant, et c’est justement ce qui nous intéresse ici, à sa lecture, on ne peut s’empêcher de mesurer la distance franchie depuis les Annales Cambriae. Au fond, ce qui se joue dans cet extrait, avant Chrétien de Troyes et bien d’autres auteurs du roman arthurien, c’est rien moins que la naissance littéraire du Arthur de la légende. A ce titre, ce texte est sans nul doute une des premières pierres (écrite, sourcée, formelle presque)  sur lequel se bâtira un peu plus tard, auteur après auteur, l’édifice du roman arthurien.

La miniature utilisée sur cette planche est tirée du Rochefoucauld Grail « Arthur combattant les Saxons », Baron de Rochefoucauld, manuscrit ancien du XIVe siècle

“Ce fut alors que Arthur, le magnanime, avec tous les rois et la force militaire de Grande-Bretagne, lutta contre les Saxons. Et bien qu’il y ait eu beaucoup plus de nobles que lui seul, il fut pourtant choisi douze fois comme leur commandant et fut tout aussi souvent vainqueur. La première bataille dans laquelle il fut engagé se trouvait à l’embouchure de la rivière Gleni. Les deuxième, troisième, quatrième et cinquième étaient sur une autre rivière, appelée Duglas par les Britanniques, dans la région de Linuis. La sixième, sur la rivière Bassas. La septième dans le bois Celidon, que les Britanniques appellent Cat Coit Celidon. La huitième se trouvait près du château de Gurnion, où Arthur portait l’image de la Sainte Vierge, mère de Dieu, sur ses épaules et par le pouvoir de notre Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Marie, il a mis les Saxons en fuite et les a poursuivi, durant tout le jour, jusqu’à leur grande défaite. La neuvième était à la ville de la Légion, appelée Cair Lion. La dixième était sur les rives de la rivière Trat Treuroit. La onzième était sur la montagne Breguoin, que nous appelons Cat Bregion. La douzième fut le combat le plus dur quand Arthur pénétra sur la colline de Badon. Dans cette bataille, neuf cent quarante sont tombés par sa seule main, personne excepté le Seigneur ne lui prêtant assistance. Dans tous ces combats, les Britanniques réussirent. Car aucune force ne peut prévaloir contre la volonté du Tout-Puissant. »

Historia BrittonumNennius

Une belle journée à tous.

Fred
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Légendes arthuriennes : Kaamelott, les armoiries des preux chevaliers de la table ronde d’Alexandre Astier

kaamelott_cinema_trilogie_humour_alexandre_astier_news_infos_serie_culteSujet : humour, détournement, série télévisée, légendes arthuriennes, Kaamelott, Alexandre Astier, comédie, série culte, armoiries historiques, chevaliers, table ronde.
Période : moyen-âge central et haut moyen-âge
Auteur original: Alexandre  Astier
Distribution :   CALT production, M6
Média : détournement, humour, produits dérivés

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous vous proposons un peu de détente aujourd’hui, tout en apprenant. Voilà donc huit des chevaliers de la table ronde et personnages principaux des légendes arthuriennes revues et corrigées sous la plume d’Alexandre Astier dans son excellente série Kaamelott. Chacun avec son armorial d’époque comme décrit legendes_arthuriennes_kaamelott_armorial_roi_arthur_chevaliers_table_ronde_humour_serie_tele_Alexandre_Astierdans les ouvrages et romans médiévaux du cycle arthurien.

Vous trouverez dans l’ordre d’apparition, de gauche à droite et de haut en bas : Arthur (Alexandre Astier), Lancelot du Lac  (Thomas Cousseau), Léodagan (Lionnel Astier), Bohort (Nicolas Gabion), Perceval (Franck Pitiot), Karadoc (Jean-Christophe Hembert), Yvain (Simon Astier), et Gauvain (Aurélien Portehaut).

legendes_arthuriennes_kaamelott_armorial_chevalier_table_ronde_humour_serie_tele_culte_Alexandre_Astier

Le détail des armoiries

I_lettrine_moyen_age_passion copial s’agit là d’une liste non exhaustive des chevaliers de la table ronde et uniquement des principaux « héros » de Kaamelott, ou de ceux qui reviennent le plus souvent.

Il existe de nombreux documents sur cette question des armes et armoiries historiques des chevaliers de la table ronde. Si vous en avez la curiosité,  nous vous conseillons déjà de lire cette synthèse assez complète, basée notamment sur les ouvrages de Michel Pastoureau :  Les armoiries des chevaliers de la table ronde.

kaamelott_legendes_arthuriennes_map_carte_royaumes_federes_logres_mapArthur de Bretagne« D’azur à 3 couronnes d’or »

Lancelot du Lac:  « D’argent aux trois bandes de gueules »

Léodagan de Carmélide :
« De sable à un lion léopardé d’or armé de gueules »

Bohort de Gaunes:
« D’argent semé d’étoiles de sable aux trois bandes de gueules brochant sur le tout »

Perceval de Galles » De pourpre semé de croisettes d’or et lampasé de gueules »

Karadoc de Vannes : « De gueules à l’hermine passante d’argent, accolée et bouclée d’argent, cravatée d’hermine doublée d’or »
(je précise que, pour celui-ci, je suis allé chercher le dernier en date. Il n’est pas certain qu’il soit historique.)

Yvain le Grand, chevalier au Lion« D’azur au lion d’or, armé et lampassé de gueules »

Gauvain d’Orcanie: « De pourpre à l’aigle bicéphale d’or becquée et membrée d’azur »

Kaamelott meets les produits dérivés

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour autant que nous passions notre temps à proposer des âneries et autres détournements dans notre « collection » graphique « Kaamelott meets les Produits Dérivés », je dois avouer que cette fois-ci, je serais plutôt client de ces petits chevaliers  qui n’existent bien sûr, pour l’instant, que sur le papier.

Pour rappel, cette collection d’inepties est née d’un clin d’oeil fait à l’absence de Merchandising (hors DVD’s) autour la série Kaamelott. Alexandre Astier. Nous le disions dans un article précédent sur le legendes_arthuriennes_kaamelott_armorial_perceval_de_galles_chevaliers_table_ronde_humour_serie_tele_Alexandre_Astiersujet, ce dernier a, en effet, pour l’instant, tenu à protéger son oeuvre pour justement ne pas laisser le marché et le marketing sauvage libre de la dépouiller joyeusement sans en garder un minimum le contrôle.

Partant de là, l’idée nous est venue de créer un département marketing factice, à la limite de la débilité et dont les créatifs sont assez proches dans l’esprit des personnages qui entourent le roi Arthur dans la série Kaamelott. En gros et à quelques exceptions près, ils ne font que présenter à l’auteur des créations bancales et douteuses, la plupart du temps irréalisables et vouées à la corbeille. Celle d’aujourd’hui est certes burlesque mais elle semble quelque peu échapper à la règle.

En vous souhaitant une excellente journée et une superbe fin de semaine.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Excalibur, l’épée d’Arthur: aux origines de la légende

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : Roi Arthur, légendes arthuriennes, roman arthurien, Excalibur, épée, tradition celtes, mythologie et légendes.
Période : haut moyen-âge et moyen-âge central
Sources : Excalibur, Britannia.com
Auteur : David Nash Ford (historien britannique),
Traduit de l’anglais

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous remontons aux sources des légendes arthuriennes et notamment à la partie qui concerne la célèbre épée du roi : Excalibur. Nous le faisons en bonne compagnie puisque nous vous proposons, cette fois-ci, la traduction d’un article issu du très sérieux site Britannia.com.

Nous le devons à David Nash Ford, jeune historien et archéologue britannique littéralement tombé, enfant, dans les légendes arthuriennes, après avoir visité le site du château de Tintagel et qui s’en est fait, depuis, une spécialité.  Pour faire bonne mesure, en plus de sa traduction depuis l’anglais, nous y adjoignons quelques notes et éléments explicatifs, ainsi que des illustrations provenant d’autres sources.

En vous souhaitant une très bonne lecture !

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EXCALIBUR
Une discussion sur les origines de l’épée du Roi Arthur, par D Nash Ford

La tradition

L_lettrine_moyen_age_passionlegendes_arthuriennes_excalibur_symbole_origine_archeologiee nom Excalibur fut utilisé pour la première fois par les romanciers français pour désigner l’épée du Roi Arthur . Ce n’était pas alors la célèbre « épée du rocher » (qui s’est brisée lors d’une bataille), mais une deuxième épée acquise par le roi par l’intermédiaire de son conseiller  druidique Merddyn (Merlin). Inquiet qu’Arthur puisse tomber à la bataille, Merlin emmena le roi jusqu’à un lac magique où une main mystérieuse jaillit de l’eau, brandissant une épée magnifique. C’était la Dame du lac offrant à Arthur une épée magique incassable, forgée de la main même d’un elfe forgeron d’Avalon, ainsi qu’un fourreau qui permettrait de la protéger autant que son porteur, tant qu’il l’aurait sur lui. (ndt; le fourreau en lui-même était doté du pouvoir magique d’empêcher la mort de son porteur en cas de perte de sang occasionnée par des blessures). 

Près de la fin du règne d’Arthur, durant les temps troublés de la rébellion de Medrod (Mordred ou Mordred), Excalibur fut volée par la demi-soeur sorcière d’Arthur, la Fée Morgane. Bien que l’épée fut retrouvée, le fourreau, quant à lui, fut perdu à jamais.

excalibur_legendes_arthuriennes_epee_arthur_fee_morgane_jete_fourreau_magiqueLa fée Morgane se débarrasse du fourreau magique d’Excalibur (gravure de Henri Justice Ford 1902)

C’est ainsi qu’Arthur fut mortellement blessé durant la bataille de Camlann*. Suite à cela, le roi donna l’instruction à Bedwyr (ou Girflet) (le chevalier de la table ronde nommé Bedivere)  de rendre Excalibur au lac d’où elle était venue. Toutefois, questionné sur les circonstances autour du retour d’Excalibur dans l’eau, Bedwyr clama n’avoir rien noté d’extraordinaire. Arthur sut dès lors que Bedwyr avait gardé Excalibur pour lui-même et le renvoya une nouvelle fois au Lac. Ayant cette fois lancé l’épée dans les eaux troubles, Bedwyr vit la main mystérieuse apparaître et s’emparer d’Excalibur pour l’entraîner dans les fonds du lac pour la dernière fois.

Le nom

Les histoires arthuriennes les plus anciennes nomment l’épée du Roi Arthur Caladwich, un nom gallois dérivé de Calad-Bolg et qui signifie « Foudre puissante » (« Hard Lightning »). Par la suite, le nom a évolué pour devenir « Caliburn » chez Geoffroy de Monmouth, ce qui a finalement donné lieu au francisé Excalibur que nous connaissons aujourd’hui.

Les origines anciennes

D_lettrine_moyen_age_passiones figures légendaires sont associées à des épées magiques à travers le monde, ces dernières représentant souvent le symbole de leur pouvoir royal. Il est intéressant de noter que Curtana, une épée  datant du XVIIe siècle et succédant à l’épée originale de Ogier de Danemarche (Ogier the Dane, chevalier Danois légendaire) est encore utilisée jusqu’à ce jour durant les cérémonies de couronnement anglaises.  La légende du roi Arthur a aussi des similarités particulières avec la légende nordique de Sigurd, mais des parallèles encore plus frappants peuvent être faits avec le héros irlandais: Cu Chulainn (Cúchulainn) qui possédait lui aussi une épée du nom de Caladbolg.

Cuchulainn_heros_mythologie_irlandaise_celtique_legendes_arthuriennes_excaliburCúchulainn héros et guerrier aux pouvoirs extraordinaires parmi les plus importants personnage de la mythologie celte irlandaise.

De telles épées étaient en général réputées avoir été créées par un forgeron elfe. Dans la mythologie saxonne, on le connait sous le nom de Wayland, mais pour les celtes il s’appelait Gofannon. On peut encore l’identifier au Dieu romain Vulcain et au Dieu grec Hephaistos (Hephaestus) qui forgèrent des armes magiques que les muses donnèrent à Persée, et que Tétis (Thétis) donna a Achille. La capitulation ou la destruction ultime de l’épée est une symbole universel bien connu de défaite. Dans le cas présent, elle est emblématique de la mort elle-même.

Curtana, épée cérémonielle britannique du XVIIe siècle
Curtana, épée cérémonielle britannique du XVIIe siècle

L_lettrine_moyen_age_passione « dépôt » d’épée, d’armes ou d’autres objets de valeurs dans les lacs sacrés et les rivières était une pratique répandue chez les peuple celtes. Strabon (historien géographe grec -64 BC. +25 AC)  a mentionné de tels rituels près de Toulouse en France et a noté que d’autres lacs sacrés ont existé à travers l’Europe. Grégoire de Tours (538-594) fait une allusion à des festivités de trois jours autour du lac Gévaudan dans les Cévennes, dédiées à ces rites_celtiques_legendes_arthuriennes_excalibur_origine_legende_dame_du_lacrituels. Certains érudits avancent que de telles pratiques faisaient parties des rites funéraires celtes.

Guerriers celtes et « dépôt » d’armes. Illustration sur la base de découvertes archéologiques dans la Ljubljanica  (rivière de Slovènie).

Des découvertes archéo-logiques de dépôts de pièces de métal venues de lointaines destinations, sont attestés dans le lac de Llyn Fawr  dans le comté de Glamorgan (Morgannwg- Sud du pays de Galles). Elles incluent des haches et des faucilles datant de l’an 600 avant JC. D’autres armes ont été découvertes dans le lac de Llyn Cerrig Bach de l’île galloise d’Anglesey. Leur datation va du 2e siècle avant J.C. jusqu’au 1er siècle Après J.C. De tels dépôts dans les rivières, durant l’âge de fer celtique,  sont si nombreux qu’on ne peut les compter. Parmi les plus célèbres d’entre eux, on peut mentionner le superbe bouclier de Battersea ainsi que le Casque du Waterloo Bridge trouvés dans la Tamise. La grande majorité des rivières anglaises semble avoir été communément  utilisée pour y déposer des épées du type de celle d’Arthur.« 

art_celte_pre_romain_tradition_celte_legendes_arthuriennes_excalibur

David Nash Ford (historien britannique),
Traduit de l’anglais par moyenagepassion.com.

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*Bataille de Camlann : dernière bataille auquel Arthur aurait pris part, la plus ancienne référence historique de sa mention se trouve dans les annales de Galles (Annales Cambriae). Ce manuscrit datant du Xe siècle est vraisemblablement une compilation d’auteurs divers. Voilà ce que dit l’entrée pour l’année 516 et 537 de notre ère:

« 516. La bataille de Badon, durant laquelle Arthur porta la croix de notre seigneur Jésus-Christ durant trois jours et trois nuits sur ses épaules et les bretons furent victorieux.
« 537. La bataille de Camlann, durant laquelle Arthur et Medraut (Mordred) tombèrent. Et il y eu de nombreux morts (« plague ») sur l’ïle de Bretagne (Britain) et en Irlande. »

Une belle journée à tous.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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« Belle qui tiens ma vie », quand une chanson de la renaissance s’invite dans les légendes arthuriennes

musique_danses_medievales_manuscrit_ancien_moyen-age_tardif_renaissanceSujet : danse ancienne, pavane, basse danse, danse royale, chant polyphonique, chanson ancienne, kaamelott, chanson, musique ancienne, amour courtois.
Période : renaissance, XVIe siècle (1588)
Auteur : Thoinot Arbeau, (1520-1595) Jehan Tabourot.
Titre : « Belle qui tiens ma vie »
Ouvrage : Orchésographie
Interprète : Ensemble DEUM,  Chorale Thomas Tallis de Arduino Pertile.

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour tout ceux qui aiment et ont aimé la série culte Kaamelott, la chanson « Belle qui tiens ma vie » est entrée définitivement dans le corpus des légendes arthuriennes. Ce chant est, en effet, repris de la bouche même du roi Arthur (Alexandre Astier à l’écran) dans quelques épisodes.

Alors provient-il du moyen-âge, le haut ou le « Dark age » comme l’appellent les anglais, cette période supposée contemporaine des légendes arthuriennes ou nous vient-il plutôt du moyen-âge central et des siècles qui ont vu naître la littérature et le roman arthurien ? Et bien, en réalité, la chanson ne se rattache à aucun de ces deux moyen-âge(s) et leur est postérieure de plusieurs siècles.

(désolé pour la qualité vidéo, l’audio est très bon  en revanche)

Une pavane du XVIe siècle
qui s’invite dans les légendes arthuriennes

C_lettrine_moyen_age_passionomposée et créée par  Thoinot Arbeau, pseudonyme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres, ce beau chant polyphonique à quatre voix date en réalité du XVIe siècle et est une pavane, soit une basse danse royale et seigneuriale de la Renaissance.

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_serie_kaamelott_legendes_arthuriennesComme nous l’avons vu ici à plusieurs reprises, ce n’est pas la première fois qu’un air ou une chanson de la renaissance ou même des siècles ultérieurs au moyen-âge s’y invite. Paradoxe ou message voilé, dans Kaamelott, le roi Arthur entonne même cette jolie pièce d’Amour courtois avec la reine Guenièvre (la très drôle Anne Girouard) qui, dans la série, est loin d’incarner celle qui tient véritablement son coeur, loin s’en faut. Dans les libertés que l’auteur prend avec son oeuvre, en voici donc une de plus, mais, encore une fois, nous l’avons mentionné ici, les légendes arthuriennes revues et corrigées par Alexandre Astier, n’ont pas l’ambition du réalisme historique. Elles se situent dans un espace imaginaire totalement assumé entre moyen-âge et modernité.

Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n'est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre
Quand la belle qui tient la vie du roi Arthur n’est pas celle qui pourrait le mieux y prétendre

Du reste, peut-être même est-ce là le propre des légendes de savoir ménager, en leur sein, des espaces de liberté « contemporains » qui permettent à chacun de pouvoir mieux s’identifier.  Au fond, lors de leurs premières écritures déjà, les aventures du bon roi de Bretagne et de ses chevaliers étaient en décalage de 600 ans avec leur propos et ne se privaient pas d’y inviter des valeurs, mais aussi de beaux châteaux de pierre et des chevaliers qui étaient bien plus de leur temps que du VIe siècle auquel elles se référaient.

chanson_renaissance_kaamelott_belle_qui_tient_ma_vie_jehan_tabourot_Thoinot_Arbeau

danse_ancienne_renaissance_jehan_tabourot_belle_qui_tiens_ma_vie_kaameloot« Le gentil-homme la peult dancer ayant la cappe & l’efpée: Et vous aultres, veftuz de voz longues robes, marchant honneftement avec une gravité posée. Et les damoifelles avec une contenance humble, les yeulx baiffez, regardant quelquefois les affiftans avec une pudeur virginale. Et quand à la Pavane, elle fert aux Roys, Princes et Seigneurs graues, pour fe monftrer en quelque jour de feftin folemnel avec leurs grands manteaux & robes de parades. »
Thoinot Arbeau – Orchésographie (basse danses et pavanes)

Comme la citation ci-dessus, la chanson « belle qui tiens ma vie » fait donc partie d’un ouvrage paru en 1588 et intitulé Orchésographie. On en trouve encore quelques exemplaires originaux, même s’il a été réédité depuis. C’est un traité de danse qui fournit des éléments de méthode, autant que des illustrations et des compositions musicales pour en faciliter l’apprentissage.

Si cela vous intéresse, vous pouvez retrouver ce petit précis de danse ancienne sur le site de la Bnf et en version numérisée ici : Orchésographie en ligne.

Ensemble DEUM et la Chorale Thomas Tallis

L_lettrine_moyen_age_passion‘ensemble D.E.U.M. auquel nous devons la belle interprétation de cette chanson que nous vous proposons aujourd’hui est un quartet vocal italien, issu de la chorale  Thomas Tallis de Arduino Pertile. Vous pouvez retrouver de nombreuses interprétations de cette formation sur leur chaîne youtube. Elle existe en réalité depuis 1975 et a changé de nom entre temps, mais elle continue de se produire régulièrement en concert, en Italie.

chorale_musique_ancienne_pavanne_danse_musique_renaissance_medieval_belle_qui_tiens_ma_vie

chorale_formation_musique_ancienne_chaine_youtubeAu passage même si le site web de la formation vocale dont sont issus ces quatre artistes est totalement en italien et même si vous n’êtes pas italophone, je vous conseille vivement de consulter la page où ils présentent leurs membres et les portraits tordants dont ils se sont fendus (nous vous en donnons un avant-goût ci-dessus). Classicisme et sérieux dans l’interprétation ou dans le choix de répertoire ne sont, à l’évidence, pas incompatibles avec humour et bonne humeur et c’est très agréable de se le voir rappeler.

Les paroles originales de la chanson
« belle qui tiens ma vie »

« Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux,
Qui m’as l’âme ravie
D’un sourire gracieux,
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.(bis)

Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi,
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi,
Car tes perfections
Changent mes actions.(bis)

Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os,
Et ont rempli mon cœur
D’une amoureuse ardeur.(bis)

Mon âme voulait être
Libre de passions,
Mais Amour s’est fait maître
De mes affections,
Et a mis sous sa loi
Et mon cœur et ma foi.(bis)

Approche donc ma belle
Approche, toi mon bien,
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien.
Pour mon mal apaiser,
Donne-moi un baiser.(bis)

Je meurs mon angelette,
Je meurs en te baisant.
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant.
À ce coup mes esprits
Sont tous d’amour épris.(bis)

Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer,
Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler,
Que l’amour qui m’époint
Décroisse d’un seul point.(bis) « 

Thoinot Arbeau (1520-1595)


Notes :  suite à une question sur la dernière strophe de la chanson, je poste ici, à toutes fins utiles, quelques éléments de réponse.

« Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer »

Contremont : vers le haut. En l’occurrence, en parlant d’un cours d’eau « vers l’amont » : on aura plus de chances de voir (ou on verra avant) l’eau remonter vers l’amont ou à contre-courant… »

« Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler »

L’oeil du monde est le soleil. Dans l’univers platonicien, les analogies existent entre l’astre et l’oeil. On retrouve aussi cet « Oeil du monde » dans la remonstrance au peuple de France de Ronsard, poésie qui date du même siècle que la chanson :

« La nuit j’adorerais les rayons de la Lune,
Au matin le Soleil, la lumière commune,
L’oeil du monde ; et si Dieu au chef porte des yeux,
Les rayons du Soleil sont les siens radieux,
Qui donnent vie à tous, nous maintiennent et gardent,
Et les faits des humains en ce monde regardent.

Dans la même poésie de Ronsard, il est également fait allusion à l’épisode biblique de Moïse et de la mer rouge et des ondes repoussées par lui. Jehan Tabourot y fait-il une référence lointaine dans son allégorie sur l’onde ? Difficile de l’affirmer. Peut-être ne faut-il pas aller chercher si loin.

« Pour guider ses enfants par monts et par vallées,
Qui noya Pharaon sous les ondes salées
Et fit passer son peuple ainsi que par bateaux
Sans danger, à pied sec par le profond des eaux. »

Quoiqu’il en soit donc, dans l’esprit de l’auteur, ces deux choses ne peuvent survenir et si elles le devaient, elles se produiraient avant que l’amour « qui l’étreint » ait baissé en intensité (ne décroisse d’un seul point).


En vous souhaitant une excellent journée et une belle fin de semaine!

Fred
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