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A la Recherche de Vaubeton, un film documentaire sur les traces de Girart de Roussillon

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_bataille_vaubedon_archeologie_histoire_medievale_film_documentaire_haut_moyen-age_IXeSujet : Girard de Roussillon, chanson de geste,  France carolingienne, monde féodal, histoire médiévale, médiéviste, film, documentaire.
Période
: haut moyen-âge, IXe siècle
Titre : A la recherche de Vaubeton 
Réalisatrice : Michelle Gales
Production  : Le Chemin derrière les murs, Now & Then et Rivarts  (2018)
Evénement : Projection, échanges
Date : lundi 5 novembre 2018, 19h00
Lieu :  SCAM, Salle Charles Brabant 5, avenue Vélasquez. Paris 5e

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionu titre des événements à noter sur les agendas de ceux qui se trouveront en Île de France et à Paris, le 5 novembre prochain, dans les locaux de la Société Civile des Auteurs Multimédias (la SCAM ) sera projeté le film documentaire A la recherche de Vaubeton  de la réalisatrice  Michelle Gales.

Réflexions & regard poétique au carrefour
du haut moyen-âge & de la modernité

film_documentaire_video_histoire_medievale_medieviste_chanson_de_geste_girart_de_roussillon_vienne_moyen-ageAu croisement de l’histoire médiévale, de l’archéologie et de l’imaginaire poétique, Michelle Gales s’est engagée sur les traces  de Girart de Roussillon et des légendaires mésaventures de ce Seigneur de Province du temps du haut moyen-âge et de la France carolingienne .

Au coeur d’un petit village de Bourgogne, celui-là même où le célèbre Conte de Vienne avait fondé, au IXe siècle, avec son épouse, une abbaye de femmes, la réalisatrice a suivi les pas d’un médiéviste, à la recherche de possibles vestiges de la bataille de Vaubéton mentionnée dans la célèbre Chanson de Geste (voir plus bas dans l’article)

 » À travers la poésie, la musique, les objets ou les lieux, ces voix du passé nous interpellent. Habitants et visiteurs se réapproprient l’Histoire et la Légende. »  Ardècheimages  (2018)

Précisons-le, il ne s’est pas tant agi pour Michelle Gales de se livrer à un exercice documentaire scientifique et technique, cantonné aux découvertes archéologiques  factuels, mais bien plutôt d’observer et de saisir, au présent, les échos de la légende médiévale dans les esprits et les récits des habitants, artistes ou visiteurs du lieu, avec leurs lots d’imaginaire, de ré-interprétation et de reconstruction. Derrière la caméra, il a donc été question pour elle, de deviner, de lire ou de rêver, des résonances où se mêlent histoire, poésie et modernité, au travers des hommes, mais aussi des paysages et des pierres.

Concernant la projection de ce bel essai documentaire qui pourrait intéresser les passionnés, les initiés ou les amateurs de moyen-âge, autant qu’un public plus large, vous y êtes donc largement conviés. Elle sera suivie d’un échange dans l’ouverture et la convivialité. Attention cependant, les places étant réduites, les réservations sont obligatoires et les entrées seront privatives sur cette base. Pour vous inscrire, merci d’écrire à l’adresse email suivante : chmigabe[@]gmail[.]com

Pour ceux qui ne pourraient pas s’y rendre, voici également un lien utile pour en savoir plus sur ce film-documentaire et pour suivre le calendrier de ses projections : A la recherche de Vaubeton.

Girart de Roussillon :
de l’Histoire à la légende

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_histoire_medievale_moyen-age_france_carolingienne_002Milieu du neuvième siècle, en cette fin de haut moyen-âge, les descendants de Charlemagne et héritiers directs de son fils Louis le Pieux s’entre-déchirent et se jalousent. A la faveur de cette crise, au sein d’un royaume carolingien divisé et affaibli, la féodalité émerge et les grands vassaux tirent déjà leur épingle du jeu. Il en résulte les premières grandes tensions entre pouvoir central et pouvoir délocalisé ou provincial, et il faudra encore de longs siècles de luttes aux couronnes d’Europe pour conquérir à nouveau ce qu’elles considéraient bien leur revenir de droit.

L’apparition de la chanson de geste autour de la vie de Girart de Roussillon est bien plus tardive que l’époque dont elle relate les faits puisqu’on la date entre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle. Elle conte en 10 000 vers la vie d’un grand seigneur féodal et ses démêlés avec le roi de France, Charles le Chauve. Largement étudiée par nombre de médiévistes et d’experts, elle contient tous les ingrédients d’une grande aventure épique : amour, jalousie, convoitise, jeux de pouvoir et trahison, batailles sanglantes et absurdes, folie et orgueil et elle n’oublie pas, au passage, l’importance et le grand rôle des femmes et des reines, prises dans la tourmente de toutes ses affaires « d’hommes ».

Girart, comte et puissant vassal
au milieu d’un empire carolingien morcelé

Le personnage historique (810/815 – 877)

D_lettrine_moyen_age_passionevenu comte de Paris sous Louis le Pieux, quand l’empire sera divisé en trois, Girart de Vienne prendra le partie de Lothaire, en perdant au passage son titre sur le Comté de Paris revenu aux mains de Charles le Chauve.

En charge du duché de Lyon et du comté de Vienne, il élargira, au fil des années, ses possessions du côté de la bourgogne. A la lutte contre les sarrasins et bientôt contre les raids viking venus par le Rhône jusque Valence, Girart se signera par ses faits au Sud, mais il devra aussi se défier, au nord, des ambitions de Charles le Chauve bien décidé à étendre ses terres, au détriment de celles du puissant seigneur et guerrier acquis à la cause de Lothaire.

girart_de_roussillon_vienne_chanson_de_geste_histoire_medievale_moyen-age_france_carolingienne_001Au milieu des luttes de pouvoir qui opposeront alors les nobles de la lignée de Charlemagne et leurs descendants pour la possession de la Provence, le noble réussira longtemps à maintenir son pouvoir sur le Lyonnais et le Viennois, mais les jeux de succession feront bientôt tomber les deux provinces dans l’escarcelle de Charles le Chauve qui s’empressera d’en chasser l’ancien fidèle de son frère pour placer l’un des siens, Après s’être soulevé, Girart renoncera pourtant. Il rentrera en Avignon et avant que le souverain ne s’empare aussi de ses terres bourguignonnes, il fondera avec son épouse Berte (Berthe), deux monastères qu’il placera sous le protection du Pape pour les soustraire à la main du roi. Il mourra quelques années plus tard, en 877, la même année que Charles le Chauve

Sa vie est celle d »un personnage d’importance dans la France féodale du IXe siècle et dans un monde carolingien écartelé entre l’ambition de frères que leur père, Louis le Pieux, avait déjà échoué à unir de son vivant. Charlemagne était mort et, avec lui, son oeuvre, il n’en resterait plus que des jalousies fratricides et pour les siècles à venir, et même au delà du moyen-âge, un rêve de reconquête qui allait hanter nombre de souverains ou d’empereurs du Saint-Empire.

La Légende et la chanson de geste

Pour en dire deux mots et mieux situer le contexte du film documentaire de Michelle Gales, la chanson de geste Girart de Rousillon est une oeuvre littéraire qui prend de grandes libertés avec la réalité historique, même si, pour une part, elle en reprend peut-être des  éléments, en les retraitant de manière allégorique.  Elle conte ainsi la vie du Seigneur de Vienne et sa longue opposition avec Charles le Chauve, née d’une jalousie du souverain mais qui se poursuivra pour prendre des tours inextricables et suggérer des responsabilités aux contours plus partagés.

Les deux hommes s’étant vu promettre chacun une fille de l’empereur de Constantinople, le roi, ayant entendu de ses conseillers que Girart allait marier la plus belle d’entre elles, ne l’entendit pas de cette oreille. Il fit donc changer les termes de l’arrangement pour la prendre en épousailles, laissant finalement l’autre fille, Berte, au seigneur de Lyon et de Vienne. Dans l’opération, Charles le Chauve dut faire quelques sérieuses concessions dont laisser à Girart la totalité du pouvoir sur ses fiefs dont ce denier n’aurait plus à répondre face à la couronne.

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Chronique de Girart de Roussillon. Le mariage de Girart Codes. 2549, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek

La bataille de Vaubeton

Sitôt la concession faite, le roi la regrettant déjà viendra provoquer Girart sur ses terres pour reprendre ses droits sur ce qu’il continuait de considérer à l’évidence comme son bien. Les échauffourées prendront bientôt de plus grandes proportions pour déboucher sur la terrible bataille de Vaubeton dont il est question dans le documentaire de Michelle Gales. L’Ost de Charles le Chauve d’un côté, Girard et ses barons alliés de l’autre, elle verra des pertes sanglantes des deux côtés et la légende conte que Dieu lui-même vint pour y mettre un terme :

« …mais par la volonté de Dieu un orage éclata, fort, fier, horrible et redoutable. Charles vit son enseigne brûler et Girart la sienne tomber en charbon. A la vue de ces signes que Dieu leur manifeste, ils arrêtent le combat. » .
Girart De Roussillon,
Chanson De Geste Traduite Pour La Première Fois,
Paul Meyer 1884

La suite de la geste est une longue suite de péripéties, alternés de conflits et de trêves entre les deux hommes  sur le détail desquels nous aurons l’occasion de revenir plus tard.  L’objectif reste, dans le cadre de cet article, de vous donner quelques clés utiles pour mieux appréhender le film-documentaire de Michelle Gales.

En vous souhaitant une très belle journée.

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

PS : les deux autres images tirées d’une seule enluminure représentant le chantier d’un église au moyen-âge sont également tirées du Codex 2549, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek

Haut moyen-âge et légendes arthuriennes : nouvelle découverte d’intérêt sur le site archéologique de Tintagel

chateau_tintagel_haut_moyen-age_celte_histoire_archeologie_medievale_legendes_roi_arthur_angleterreSujet : archéologie médiévale, Tintagel, roi Arthur, site touristique,  légendes Arthuriennes,  patrimoine, Angleterre médiévale, château, site  archéologique d’exception, English Heritage
Période : haut moyen-âge (VIe, VIIe siècle)
Lieu : Tintagel, Cornouailles, Grande Bretagne.

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionla faveur des fouilles archéologiques qui se poursuivent sur le site historique antique de Tintagel (pas le château du XIIIe mais celui nettement plus ancien et datant du Haut moyen-âge et des VI et VIIe siècles), les archéologues viennent de faire une nouvelle découverte qui enflamment, une fois de plus, les consciences autour de l’existence réelle possible de la personne du Roi Arthur et de ses légendes.

La trouvaille est un large morceau d’ardoise de près de deux pieds de long,  qui serait issu d’un rebord de fenêtre. Datée du VIIe siècle, l’objet comporte des inscriptions gravées, mélange de latin, de symboles grecs et chrétiens. Il s’agit un « doodle », entendez « brouillon », « griffonage », « griboullage », soit le résultat d’un exercice auquel aurait pu se livrer un scribe d’un niveau certain d’éducation. L’écriture est, en effet, inspirée des techniques en usage pour les manuscrits anciens d’époque et attesterait de la présence sur site d’une cour cultivée et ouverte sur le monde, faisant montre d’un certain niveau legende_arthurienne_archeologie_site_de_tintagel_cour_roi_arthur_haut_moyen-aged’éducation.

(ci-contre Win Scutt, conservateur d’English Heritage, avec la découverte
crédits telegraph.co.uk)

On se souvient qu’à l’occasion d’une campagne de fouilles effectuée au même endroit, une autre pierre avait été trouvée dans le courant de l’année 1998, datée elle aussi du haut moyen-âge et portant la mention « Pater Coliavificit Artognov » que  l’archéologue Charles Thomas avait traduit :  « Artognou, father of a descendant of Coll, has had this built » (Artognov (Arthnou, Arthur) père et descendant de Coll a possédé cette construction). (voir notre article précédent sur le sujet).

La nouvelle découverte ne peut donc manquer d’agiter les amateurs de légendes arthuriennes en venant apporter de l’eau à leur moulin. De nombreux articles sont sortis, ces derniers jours, dans la presse britannique pour en faire état et nous nous sommes fendus ici de la traduction littérale de celui du Telegraph, en date du 15 juin 2018 :

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Un antique « griffonage » découvert au château de Tintagel preuve de la cour du Roi Arthur

« Depuis des siècles, les historiens ont recherché les preuves que le château de Tintagel était le lieu de naissance du roi Arthur.

Perché sur un éperon rocheux de la côte de Cornouaille, le site balayé par les vents semblait un endroit improbable pour une cour royale. Mais la découverte d’un morceau de fenêtre vieux de 1300 ans a accrédité l’idée que Tintagel a bien été, malgré tout, la demeure de rois.

Le morceau d’ardoise de deux pieds de long arbore un mélange de Latin et de Grec avec des symboles chrétiens, dans une écriture décorative similaire à celle trouvée dans les manuscrits de prière de la même période, et démontre une familiarité de son auteur avec ces textes.

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English Heritage, l’organisme qui gère Tintangel, a déclaré que cette découverte « confère plus de poids à la théorie qui fait de Tintagel un site royal doté d’une culture chrétienne lettrée ».

On pense que ces inscriptions ont été faites par quelqu’un exerçant son écriture manuelle, gravant peut-être ces mots dans la pierre pendant qu’il contemplait la mer. Les caractères incluent les noms de « Tito » et « Budic » et les mots latins « Fili » (fils) et « viri duo » (deux hommes). La lettre grec Delta apparaît également.

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Le site de fouilles du haut-moyen-âge à Tintagel, une mine d’or sur la Grande Bretagne post-romaine.

La trouvaille enchantera tous ceux qui prêtent foi à la légende arthurienne, qui a fait de Tintagel une attraction touristique populaire, même si pour ses détracteurs, cette découverte ne produit aucune preuve concrète de plus, de l’existence d’Arthur.

La légende du Roi Arthur fut popularisée par Geoffroy de Monmouth, dans son ouvrage du XIIe siècle : l’Histoire des rois de Bretagne. (ndt : Historia Regum Britanniae. voir article)

Il y a, en réalité, deux sites à Tintagel : l’originel, une installation médiévale ancienne (VIe, VIIe siècle) et les ruines d’un château du XIIIe siècle édifié ici par Richard, comte de Cornouaille, au motif que l’endroit était supposé être le site originel du pouvoir local en Cornouaille. Le morceau de pierre gravée a été découvert sur le site le plus ancien qui est actuellement l’objet de fouilles.

Win Scutt, conservateur de English Heritage a déclaré :

 » il est incroyable de penser qu’il y a 1300 ans de cela, sur cette dramatique falaise cornique, quelqu’un s’entraînait à l’écriture, en utilisant des phrases latines et des symboles chrétiens. Nous ne pouvons établir avec certitude qui les a faites, ni pourquoi, mais ce que nous pouvons affirmer c’est qu’au VIIe siècle, Tintagel avait des scribes professionnels qui connaissaient les techniques d’écriture utilisées dans les manuscrits, et cela en soi, est très excitant. Nous savions que c’était un site de haut rang mais ce que nous ne savions pas, c’était jusqu’où allait son niveau d’éducation. »

Cette trouvaille établit que « les maîtres des lieux n’étaient pas des chefs de guerre ignorants, ayant pris possession, dans la Grande Bretagne post-romaine, de zones déjà établies auparavant, un peu comme cela s’est produit dans l’Afghanistan de l’après-guerre. » a t’il ajouté, mais qu’il s’agissait ici d’une véritable communauté ouverte à différentes cultures.

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Sur la question de savoir si cette découverte amène la légende arthurienne plus près ou non de la réalité, Scutt a encore ajouté diplomatiquement : « Cela montre que nous avons ici les conditions  correctes réunies pour une figure Arthurienne, si elle a existé. »

En 2016, l’English Heritage avait été accusé de “Disneyfication” de Tintagel après avoir commissionné un sculpteur pour graver le visage de Merlin, à l’entrée d’une grotte ou l’enchanteur avait été tintagel_chateau_site_archeologique_sculpture_merlin_legendes_arthuriennescensé avoir emmené Arthur enfant (ndt. voir notre article précédent sur la question).

L’organisme a également installé un statue du roi en bronze brandissant une épée.  L’association  des historiens locaux de Cornouailles s’était alors déjà plainte que le site antique était en train d’être transformé en «parc à thème autour des conte de fées».

A tout cela, Scutt répond :

 » Nous ne pouvons ignorer les légendes. Le château a été construit par Richard, comte de Cornouailles, entiérement sur la foi de la légende arthurienne. Il n’y a pas d’autres raisons pour le château de se trouver là.
Ces fouilles nous permettront d’en apprendre plus sur le site d’origine, et nous espérons bien en retour qu’elles encouragerons les gens à le visiter »

Article du Telegraph par la journaliste traduit de l’anglais par nos soins. Voir article original ici

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S_lettrine_moyen_age_passionans conclure hâtivement sur le fond des légendes arthuriennes, ajoutons encore qu’avec les autres trouvailles faites jusqu’à récemment sur le même site et qui attestent clairement d’une effervescence commerciale de l’endroit et d’échanges qui s’effectuaient alors vraisemblablement, avec des destinations aussi lointaines que la Turquie ou la méditerranée (voir photo ci-dessous), ces fouilles archéologiques n’en finissent pas de confirmer leur grand intérêt historique, autant que la présence à Tintagel d’un haut site seigneurial ou royal d’exception, installé là durant le haut moyen-âge.

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Fragments d’objets et de poteries découverts en 2017 sur le site de Tintagel (haut moyen-âge)

Sur le sujet de Tintagel et de ses fouilles arthuriennes, voir aussi nos autres articles :

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du Moyen-âge sous toutes ses formes.

Fête des bâtisseurs, animations médiévales et un joyeux anniversaire à Château Guédelon !

chateau_guedelon_lieu_interet_medieval_moyen-age_central_architecture_philippienneSujet : fêtes, animation médiévale, lieux d’intérêt, reconstitution historique, agenda médiéval, archéo-site, chantier historique, château fort
Période: moyen-âge central (an 1000)
Lieu : Treigny  (Yonne, Bourgogne-Franche-Comté)
EvénementsLa fête des bâtisseurs de Guédelon
Dates : le samedi 24  juin 2017

Bonjour à tous,

D_lettrine_moyen_age_passionans quelques jours, le chantier du château de Guédelon, ce projet incroyable  qui consiste à rebâtir un château-fort du XIIIe siècle avec des moyens et des techniques du moyen-âge central et plus précisément des XIIe, XIIIe siècles, va s’animer d’une activité hors du commun.

chateau-guedelon_fetes_batisseurs_animation_agenda_medieval_sorties_moyen-ageTous les ans en effet, on célèbre sur place la fête des bâtisseurs et, pour quelques jours, des myriades de bénévoles viennent se joindre à tous ceux qui font vivre la chantier à l’année pour leur donner la main.

De fait, plus de 120 bâtisseurs sont attendus ce samedi 24 juin pour aider à construire le château. Un site fourmillant d’activités, des animations médiévales en plus des habituelles, si vous n’avez pas encore visité ce site d’exception, le 24 juin prochain pourrait bien être la journée idéale pour le faire.

La célébration sera d’autant plus spéciale qu’en plus de ses bâtisseurs, Guédelon fêtera aussi ses 20 ans de chantier! La première pierre du château fut, en effet, posée en 1997.

Vous trouverez plus d’informations sur la fête des bâtisseurs de Guédelon ici.

fete_animation_evenement_medievale_chantier_chateau_guedelon_reconstitution_historique

Le chantier de château Guédelon

E_lettrine_moyen_age_passionngagé, il y a deux décennies, le chantier du château de Guédelon a fourni, depuis lors, l’occasion de confronter les données de l’archéologie et de l’Histoire aux problématiques concrètes qui se posent, au jour le jour, sur la construction d’une forteresse de pierre du moyen-âge central, avec des moyens et savoir-faire d’époque.

Pour un certain nombre de techniques employées, aucune trace écrite véritable ne demeurait et les ingénieurs et acteurs du chantier ont dû redoubler d’ingéniosité pour les retrouver et, on peut même guedelon_chantier-aventure_chateau_medieval_reconstitution_historique_moyen-age_central_lieux_interet_agenda_medievaldire, dans certains cas, les réinventer.

Grand Aventure qui tient à la fois de l’archéologie et de la reconstitution historique, le projet formé à Guédelon intéresse tout autant les chercheurs et historiens que l’histoire des sciences et techniques et celle des méthodes de construction médiévale.  Loin pourtant de se murer dans un laboratoire, les organisateurs ont fait le choix d’ouvrir cette expérience au public avec un véritable parti-pris pédagogique,  Grâce aux visites, le chantier peut ainsi être partiellement financé ainsi que tous les permanents qui s’y trouvent à l’année pour faire vivre l’endroit et, de leurs côtés, les visiteurs ont l’opportunité d’y découvrir un lieu unique et inédit qui, à ce jour, n’a aucun équivalent dans le monde.

Liens utiles pour découvrir ou visiter le château de Guédelon :
Site web officiel  –  Page Facebook.

L’aventure de Guedelon :
une vidéo reconstitution 3D

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a quelque temps nous vous présentions dans une vidéo, une reconstitution achevée du château, effectuée à l’aide du moteur du jeu Medieval Engineers. Nous y parlions à la fois du projet et d’architecture philippienne. Si vous l’aviez manqué, la voici à nouveau.

Vous pouvez également retrouvez notre article complet sur le château de Guédelon ici.

On n’a pas tous les jours vingt ans, dit-on, alors avant de nous quitter, nous souhaitons un bel anniversaire à Château Guédelon. Longue vie au projet, à ses organisateurs et à tous ses « oeuvriers »!

En vous souhaitant une très belle journée!

Frédéric EFFE
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Pérouges, histoire d’une belle cité médiévale au coeur du bugey

perouges_blason_histoire_cite_medievale_patrimoine_moyen-age_centralSujet :  histoire médiévale, plus beaux villages de France, histoire du Lyonnais, comte du Forez et de Lyon, Guichard d’Anthon. Guigues II,  Guichard de Pontigny
Période : moyen-âge central et tardif
Lieu : Pérouges (Ain – région Rhône-Alpes).

Bonjour à tous,

L_lettrine_moyen_age_passion‘agenda des sorties de fin de semaine nous amène du côté du célèbre village médiéval de Pérouges et comme il s’agit d’un lieu d’intérêt véritablement unique, nous voulons toucher ici deux mots de son histoire médiévale.

perouges_histoire_medievale_moyen-age_central_savoie_dauphine_plus_beaux_village_de_france_

 L’histoire médiévale de Pérouges

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a à Pérouges, comme pour de nombreux autres sites, un fossé ou si l’on préfère une zone d’ombre entre les découvertes de l’archéologie ancienne et les éléments connus par leurs traces écrites à compter du moyen-âge central. On sait que le site  était déjà occupé plus de deux perouges_histoire_medievale_age_du_cuivre_merovingien_archeologiemille cinq cent ans avant notre ère, durant l’âge du cuivre et qu’il le fut jusqu’au XVIIIe siècle et à l’époque mérovingienne. Dans les années 80, cinquante-huit tombes couvrant cette large période furent, en effet, découvertes sur place

Sépulture mérovingienne – site archéologique de la Croix Tombée, (Musée du vieux Pérouges )

Après cela, il faut attendre le XIIe siècle pour reprendre l’Histoire en marche. La seigneurie de Pérouges était alors sous la main des comtes de Forez et de Lyon qui l’inféodèrent à Guichard d’Anthon 1er.  Nous sommes autour de l’an 1100, ce dernier est de retour victorieux de la première Croisade. Il y a conquis Jérusalem aux côtés de Girart de Roussillon. C’est dans le courant de ce même XIIe siècle qu’on trouvera la première mention d’un château sur le lieu dit nommé alors Péroges. Il est vraisemblable que le Seigneur d’Anthon le fit ériger.

Des comtes de Forez à l’Archevêché de Lyon

perouges_histoire_medievale_plus_beau_village_de_france_lieu_interetA l’approche de la fin du XIIe siècle, Guigues II,  comte de Forez et de Lyon, traite avec l’Archevêché de Lyon mettant  ainsi fin à des tensions et un conflit de près d’un siècle entre les comtes de Forez et l’Eglise pour la possession du Lyonnais.  Ce traité datant de 1173 et connu sous le nom de Permutatio est entériné par une bulle papale de 1174. L’église y cède ses terres du Forez et de Loire et récupère en échange toutes les terres lyonnaises de Guigues II, prenant ainsi la main sur la région dont elle devient la suzeraine. La  cession de la seigneurie de Pérouges, ainsi que son château sont dans les termes du traité. Ils passent donc sous le contrôle de l’archevêché lyonnais, en la personne de  Guichard de Pontigny.  Les Anthons conservent la tenue du fief.

Permutation 1173 - le traité d'échange entre le Comte de Forez et l'Eglise de Lyon (source Chapitre de Lyon — Archives départementales du Rhône )
Permutation 1173 – le traité d’échange entre le Comte de Forez et l’Eglise de Lyon (source Chapitre de Lyon — Archives départementales du Rhône )

A_lettrine_moyen_age_passionu XIIIe siècle, la Seigneurie de Pérouges passe par jeu de mariages des Anthon à la famille de Genève pour finalement échoir au début du XIVe aux Dauphins du Viennois qui accordèrent à la cité, entre les années 1329 et 1334, d’importants privilèges .

En 1343, le dernier dauphin du Viennois cède la seigneurie à la maison de France qui l’échangera contre d’autres terres, 11 ans plus tard, en 1354, aux comtes de Savoie. En 1469, le duc de Savoie s’étant allié à Charles le Téméraire, Louis XI envoie les troupes dauphinoises à l’assaut de Pérouges. La cité résistera bravement aux assauts et ne tombera pas. Elle recevra de ce fait, un perouges_histoire_village_medievale_dauphine_savoie_lieu_interetan plus tard, de nouveaux privilèges, cette fois ci de la main de son seigneur savoyard Philippe de Savoie: exonération de droits de fouages, subsides, péages, gabelle et Pontonnage pour un durée de 20 ans.

Dans le courant du XVIe siècle, Pérouges sera échangée par les Ducs de Savoie contre d’autres terres, au profit du Baron de Meximieux, puis finalement du Baron de Monfort. La ville suivra, par la suite, le jeu des familles et des héritages nobiliaires jusque XVIIIe siècle.

Pérouges, bijou médiéval, classé parmi
les plus beaux villages de France

C_lettrine_moyen_age_passion‘est entre le XIIIe et le XIVe que le château de Pérouges sera partiellement détruit et qu’une ville fortifiée sera établie sur le site, suite à un droit de franchise concédé aux habitants du lieu. Les murs d’enceinte datant du XIIe y sont encore relativement bien conservés et c’est la seule cité de tout le département de l’Ain qui ait su préserver intacte sa physionomie comme son architecture médiévale.

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Une belle ruelle de Pérouges – photo très réussie de Ltduende sur le site monnuage.fr

Son état de conservation est tel qu’un écrin mystérieux semble l’avoir protégée du passage du temps et l’on oublierait presque, le temps d’une ballade sur les vieux pavés de ses rues en pente, qu’elle fut sauvée des morsures du temps, au début du XXe siècle, sous la houlette d’Edouard Herriot. Depuis, sa beauté unique en a fait un lieu privilégié de tournage de film d’époques et ce n’est pas par hasard, si Pérouges est classé parmi les plus beaux villages de France. C’est une appellation amplement méritée.

Si vous passez dans la région Rhône-Alpes ou si vous ne connaissez pas encore cette belle cité médiévale, nous ne pouvons que vous conseiller de faire un crochet pour la visiter. Et s’il fallait vous convaincre qu’elle en vaut vraiment le coup d’oeil, sachez qu’entre toutes les personnalités célèbres que ses murs ont vu passer dans le courant du XXe siècle, le président américain Bill Clinton lui-même a fait le détour pour la visiter.

En vous souhaitant une belle journée !

Fred
Pourmoyenagepassion.com
A la découverte du monde médiéval sous toutes ses formes

Tintagel, un site archéologique d’exception au coeur des légendes arthuriennes

excalibur_legendes_arthuriennes_conference_histoire_medieval_litterature_moyen-age_michel_pastoureauSujet : archéologie, histoire médiévale, Tintagel, château, fouilles archéologiques, roi Arthur, légendes Arthuriennes. château,  royaume celte.
Période : Haut moyen-âge, moyen-âge central.
Lieu d’Intérêt : Tintagel, site archéologique d’exception, découvertes récentes
Gestion du site : English Heritage

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, nous parlons un peu  d’archéologie outre-manche et de Tintagel  en Cornouailles, berceau des légendes Arthuriennes, mais surtout site d’exception archéologique. Nous en profitons pour aborder les les dernières découvertes en date, en examinant leurs   possibles convergences  avec  les légendes arthuriennes.

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Tintagel au moyen-âge central

E_lettrine_moyen_age_passionntre presse à sensation et archéologie, le  site de Tintagel est marqué du sceau indélébile de Geoffrey de Monmouth, religieux  et historien anglo-normand du XIIe siècle, au service du roi Henri 1er d’Angleterre qui, dans son Historia Regum Britanniae, fit de l’endroit le lieu mythique de la naissance du Roi Arthur, enfanté par Uther Pandragon suite à un subterfuge rendu possible par  l’enchanteur Merlin. Aujourd’hui, Tintagel  est sans doute une des places historiques les plus visitées d’Angleterre, certainement d’ailleurs bien plus pour ses références au  légendaire roi breton que pour sa réalité historique établie.  

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Dans les faits, le site de Tintagel héberge les ruines d’un château construit durant le moyen-âge central et au XIIIe siècle. Sise sur un emplacement qui ne semble pas avoir « à première vue » de valeur stratégique particulière, cette forteresse n’est  pourtant pas sans lien avec le Roi Arthur puisqu’on admet généralement qu’elle fut construite à cet endroit même par Richard 1er, comte de Cornouailles et  frère du Roi Henri III d’Angleterre chateau_tintagel_haut_moyen-age_celte_histoire_archeologie_medievale_legendes_roi_arthur_angleterre pour mieux asseoir sa légitimité auprès des habitants de la province, en établissant l’idée d’une connexion entre sa lignée et celle du mythique souverain. C’est encore une preuve, s’il en était besoin, de la force des légendes arthuriennes dans l’Angleterre du moyen-âge central.

Si la majorité des historiens contemporains conteste dans les grandes lignes, la réalité des faits du roi Arthur et de ses chevaliers, ou à tout le moins fait le constat qu’il est impossible d’en établir la véracité, au vue des documents en présence, pour les hommes de moyen-âge, il ne faisait guère de doute que le fils de Uther Pendragon avait réellement existé et conduit nombre des exploits que les contes gallois ou les écrits  de Geoffrey de Monmouth lui prêtaient.

Héritier des légendes arthuriennes

E_lettrine_moyen_age_passionblason_cornouailles_richard_1er_tintagel_site_archeologie_histoire_medieval_moyen-age_centraln 1225, Richard 1er de Cornouailles  échangea donc avec Gervase de Tintagel ses terres de Merthen contre celle de Tintagel pour y bâtir sa forteresse.  Au titre des détails intéressants de l’histoire qui viennent encore renforcer ses intentions, il semble même qu’alors il fit bâtir le château  dans un style architectural antérieur  à celui dont  il était contemporain, afin de le faire paraître plus ancien et donc finalement encore plus « Arthurien » et légitime aux yeux des populations de Cornouailles. En affichant la volonté de se situer dans l’héritage des légendes arthuriennes, le noble  ne fit pas exception. Comme cité précédemment (voir article), il n’était, en effet, pas rare que les rois anglais des XIIIe et XIVe siècles se référent au légendaire héros, pour s’inscrire dans sa « lignée » ou son « esprit » comme d’autres le faisaient alors avec  Charlemagne, en France.  Pour que tout cela soit possible, il fallut tout de même attendre que les rois de l’île britannique  tintagel_chateau_legendes_roi_arthur_archeologie_histoire_medievale_lieu_historique_moyen-age« anglicisent » en quelque sorte Arthur et le « christianisent » même un peu plus, afin qu’il soit « récupérable » et « présentable ». Dans les siècles précédents le XIIIe, ce dernier incarnait, en effet, un idéal breton ou celte un peu « encombrant » pour l’élite noble anglaise. Cette dernière s’étant finalement réconciliée avec le légendaire roi de Bretagne, on se mit à revendiquer de plus en plus son héritage. De nos jours encore, l’aristocratie britannique continue quelquefois sur cette lancée, en utilisant le célèbre prénom dans le nom donné aux enfants : Prince William Arthur Philip Louis, Princes Charles Philip Arthur George.

Un château peut en cacher un autre

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour en venir à l’archéologie sur site, la campagne de fouilles actuelle à Tintagel est conduite par l’association English Heritage depuis les années 90.  Disons d’emblée que le but  déclaré n’est pas –  les archéologues sur place s’en défendent largement – de rechercher une quelconque  corrélation entre les découvertes et les légendes arthuriennes, mais bien plutôt de mettre à jour les vestiges  de bâtiments  du haut moyen-âge.

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Dans les années 30,  certaines fouilles avaient, en effet, permis de découvrir les traces d’édifices datant d’une période contemporaine des légendes : les Ve, VIᵉ siècles et le haut moyen-âge. Suite à ces découvertes effectuées du début du XXe siècle, les fouilles s’étaient interrompues pour quelques décennies et, pire même, la demeure de l’archéologue qui les avait en charge ayant été détruite par des bombardements durant la deuxième guerre mondiale, les traces de ses conclusions avaient été en grande partie perdues. Quoiqu’il en soit, depuis les années 70-80, on admettait généralement que les vestiges mis à jour et les traces de bâtiments enfouis pouvaient être les restes d’une forteresse celte, et peut-être même le centre du Royaume de Dumnonia (Domnonée). A partir du IVe siècle et jusqu’au début du IXe siècle et l’invasion des saxons, cette province s’étendait de part et d’autre de la manche sur l’île britannique,  mais aussi en Bretagne continentale.

« La pierre d’Arthur »

chateau_tintagel_archeologie_histoire_medievale_site_haut_moyen-age_pierre_roi_arthurDébutée dans les années 90, la campagne de fouilles menée par l’organisme English Heritage a permis de mettre à jour une  première découverte troublante dans le courant de l’année 98. Si elle ne créa pas de révolution majeure chez les archéologues, amateurs de faits avérés  et peu enclins à s’échauffer rapidement, la nouvelle fit le « buzz » dans la presse anglaise. La découverte était un fragment d’ardoise plate gravée d’inscriptions. On émet l’hypothèse qu’elles furent écrites par une main gauloise et toutes ne sont pas entières mais la partie déchiffrable permet de lire :  « Pater Coliavificit Artognov« . L’archéologue et historien   Charles Thomas  (1928-2016) de l’Université  d’Exeter  la traduisit ainsi :  « Artognou, father of a descendant of Coll, has had this built » soit en français moderne : « Artognov (Arthnou, Arthur) père et descendant de Coll a possédé cette  construction« .

chateau_tintagel_archeologie_histoire_medievale_haut_moyen-age_pierre_arthur_legendes_arthuriennesLa pierre a passé, avec succès, les tests de datation et on a pu ainsi la faire remonter au VIe siècle. Elle serait donc contemporaine de la période durant laquelle Arthur aurait vécu. Comme nous le disions plus haut, les historiens et archéologues ne sont jamais prompts à  sauter trop rapidement sur les conclusions et se tiennent toujours dans une réserve scientifique prudente, mais certains sont tout de même plus enclins à s’enthousiasmer que d’autres. Ainsi, au moment de la découverte, quand les uns affirmaient que la seule chose que l’on puisse déduire, pour l’instant et avec certitude, de cette pierre était que le prénom « Arthur » était en usage à l’époque, mais aussi que ses inscriptions établissaient la présence d’une compétence de lecture et d’écriture en dehors du cadre religieux, le professeur  et archéologue  Geoffrey Wainwright présent sur le site se montrait, quant à lui, largement plus enthousiaste et déclarait :

« Tintagel  nous a présenté la preuve de l’existence d’un prince de Cornouailles, au haut moyen-âge (dark ages), d’un statut social élevé et qui vivait au temps où Arthur vivait.  Le site nous a livré le nom d’une personne : « Arthnou ». Arthnou était ici, c’est son nom que nous retrouvons sur ce morceau de pierre. C’est tout de même assez énorme comme coïncidence,  C’est là que le mythe rejoint l’histoire. C’est la découverte de toute une vie. »
 Geoffrey Wainwright, Arthur Stone Discovery at Tintagel

Les découvertes de 2016

E_lettrine_moyen_age_passionn août  2016, en poursuivant   les   fouilles sur le  site, l’équipe d’archéologues a mis à jour de nouvelles découvertes : les restes d’un  mur enfoui d’un mètre d’épaisseur datée de ce même haut moyen-âge et également de nombreux fragments de  poterie et d’objets de verre  qui, à l’analyse, proviennent  de sites très distants : romains, anatoliens et méditerranéens notamment. L’ensemble tend chateau_tintagel_site_archeologique_haut_moyen-age_celte_histoire_medievale_legendes_arthuriennes_Domnoneeà confirmer la présence sur place d’une installation de taille, peut-être même d’une forteresse « royale » qui aurait pu être, comme on le pensait depuis quelque temps déjà, le centre de la Domnonée. De manière certaine, en tout cas, le site était le lieu de vie  d’une élite, abritée derrière de hauts et solides murs de pierre dans un complexe élaboré, tant  au niveau architectural que défensif. L’endroit  était aussi, à l’évidence, le centre d’une forte activité commerciale.  Les experts de cette période et de ce peuple celte brittonique de Domnonée avancent que  ces derniers échangeaient très  certainement de l’étain, et peut-être même encore des esclaves et des chiens de chasse  contre ces produits élaborés  d’origine lointaine et méditerranéenne (vin, huile d’olive, etc…).  Plus d’informations sur la Domnonée ici  ( en anglais).

Corrélations arthuriennes ?

E_lettrine_moyen_age_passiont Arthur dans tout ça, me direz-vous? Et bien les bâtiments sont,  encore une fois,  contemporains du siècle  où la légende situe le roi breton mais les archéologues restent, là encore, prudents. Si certains y cèdent volontiers, il semble tout de même que l’ensemble de la corporation voit la poursuite des légendes arthuriennes plus proche d’un film de Stephen Spielberg que d’un travail sérieux de recherche de terrain. Arthur n’est donc pas devenu leur Graal et ils se défendent, au moins officiellement, d’en poursuivre la chimère. Ils préfèrent donc se focaliser sur les informations cruciales que promettent, quoiqu’il en soit, d’apporter les fouilles de Tintagel dans les années à venir sur l’Angleterre du haut moyen âge, et sur cette période encore peu connue de son histoire qui fait suite à  la chute de l’empire romain.  Ajoutons que ces dernières trouvailles  archéologiques ont fait  de Tintagel, un tintagel_chateau_legendes_roi_arthur_archeologie_histoire_medievale_lieu_historique_haut_moyen-agesite d’exception et sans doute même, l’un des plus importants d’Europe de l’ouest, sur la période du haut moyen-âge.

Bien sûr, du côté des amateurs du mythe d’Arthur et ses preux chevaliers, chaque découverte allant dans le sens de la légende est toujours un enchantement  et ces dernières trouvailles risquent de  garantir encore pour longtemps la haute fréquentation du site de Tintagel.

En vous souhaitant une très belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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