La Ballade à double entendement d’Eustache Deschamps, lecture audio

lecture_poesie_medievale_vieux_francais_oil_audioSujet : poésie médiévale, morale,  réaliste, satirique, réaliste, ballade, moyen français
Période : moyen-âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Eustache Deschamps  (1346-1406)
Titre : « Ballade a double entendement, sur le temps présent»
Média : lecture audio
Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionujourd’hui, pour faire écho à la Ballade à double entendement d’Eustache Deschamps que nous avions publié il y a quelque temps, nous vous en proposons une lecture audio dans le texte et en moyen-français, tout en profitant pour toucher un mot de l’auteur.

On notera encore ici que, loin des difficultés de compréhension, que peuvent soulever la poésie d’un Rutebeuf ou certains autres textes (poésies, fabliaux, etc) des XIIe et XIIIe siècles, la langue d’Eustache Deschamps reste largement plus accessible à l’oreille. Bien entendu, il faut  se défier de quelques faux-amis ou raccourcis de sens et il est encore vrai que certains textes sont plus ardus que d’autres. Cette ballade à double entendement est, quant à elle, plutôt facile d’accès. Pour plus d’informations la concernant et également pour sa version textuelle, vous pouvez valablement vous reporter à l’article précédent, à son sujet :  Une ballade sarcastique et grinçante d’Eustache Deschamps sur son temps

Note de prononciation

V_lettrine_moyen_age_passion copiaous noterez que je ne souscris toujours pas au « Oé » contre le « Oi », nonobstant le fait qu’on me l’ait fait remarquer à quelques reprises. En réalité et si l’on en croit certains auteurs ou traités de prononciation du vieux français ou ancien, le « Oé » semble postérieur au XVe siècle. On l’associe donc, semble-t-il faussement, aux siècles couvrant le moyen-âge, alors qu’il serait plus renaissant.

Tout cela étant dit, le « Oi » n’est certainement pas non plus correct. Diphtonguer en « Ohi », « Ouhi » ou « Oui » il le serait sans doute plus, mais prononcer tel quel (« Oi ») et, à ma défense, il a l’avantage de favoriser la compréhension. On se rapproche un peu ici de la conception de Michel Zink et de cet idée de ne pas ajouter trop medieval_frisure_decoration_ornement_moyen-age_passiond’obstacles à la compréhension des textes médiévaux lus. Autre argument, sans doute plus personnel, le R roulé associé au « Oé » à tous les coins de phrase, a tendance à me donner la sensation de drainer les textes tout entiers du côté de la ruralité et de certaines formes dialectales qu’elle a longtemps conservé. Non que j’ai quoi que ce soit contre le patois, vous connaissez ici mon amour des langues mais disons que sans la conjonction des deux, le texte me semble ainsi ressortir plus « moderne » ou moins connoté pour le dire autrement.

Tout cela étant dit, au long du chemin et pour ceux qui ont l’air d’y tenir, je finirai bien par faire quelques lectures avec de Oé en fait de Oi. A l’inverse, un autre exercice intéressant auquel je pense, serait de lire certains textes médiévaux avec la prononciation contemporaine pour justement ôter tout voile et les rapprocher encore d’autant de nous, en gommant totalement tout « archaïsme » de prononciation. Certains textes du XIVe ou XVe siècle s’y prêtent particulièrement bien.

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
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Agenda médiéval et historique : Fou d’histoire à Margny Lès Compiègne

heraldique_margny_les_compiegne_fetes_historique_monde_medievalSujet : spectacles historiques, salon, agenda médiéval, sortie historique, animations, compagnies médiévales. festival historique. histoire vivante.
Evénement : Fous d’Histoire à Margny Lès Compiègne
Lieu : Margny Lès Compiègne, Oise (Hauts de France)
Date : du 17 au 19 novembre 2017

Bonjour à tous,

A_lettrine_moyen_age_passionl’agenda des sorties médiévales et même plus largement historiques, cette fin de semaine, le salon  Fous d’Histoire revient du côté de Margny Lès Compiègne.

A l’image de l’édition 2016, le grand événement, organisé par les villes de Compiègne et Margny Lès Compiègne, en collaboration étroite avec  l’Association pour l’Histoire Vivante  célébrera le spectacle historique, en entendant bien présenter ce qui se fait de mieux en la matière. Plus de cent compagnies y sont donc attendues avec de nombreux spectacles et animations sur une période allant de la préhistoire à la belle époque; comme toujours, le moyen-fous_histoire_2017_salon_spectacle_marche_medieval_historique_animations_compagnies_medievales_Marly-les-Compiegneâge y aura une belle place. A noter que les lieux et sites historiques animés y seront aussi largement représentés.

En plus de toutes ces acteurs de la reconstitution et du spectacle historique et les nombreuses animations musicales, visuelles, artistiques qu’ils viendront présenter ce week end, le salon proposera, à nouveau,  sur les journées du samedi et du dimanche, son grand marché de l’Histoire. Pour cette édition 2017, plus de 200 artisans viendront y exposer leurs produits et créations.

Comme tous les autres salons Fous d’Histoire, celui-ci conservera sa vocation d’être, à la fois, un événement grand public mais aussi une belle occasion pour les organisateurs d’événements historiques ou à thèmes d’identifier des compagnies ou des spectacles pour leurs futures manifestations.

Sur le plan pratique, on ne change pas une recette ayant fait ses preuves, aussi ce  Fous d’Histoire 2017  à Margny, se tiendra, comme le précédent, à l’espace d’exposition Le Tigre. Les réservations en ligne sont dors et déjà ouvertes et même conseillées par les organisateurs pour éviter les longues attente aux guichets.

Retrouvez tout le programme, les compagnies et exposants présents

Pour les tarifs, billetterie et réservation en ligne, cliquez ici  

En vous souhaitant une belle journée et un joyeux salon Fous d’Histoire 2017, à Margny-Lès-Compiègne, si vous vous y rendez.

Fred
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Saint Augustin : vaine gloire, monde médiéval et modernité

moyen-age_chretien_saint_augustin_philosophie_monde_medievalSujet :  philosophie, raison, citations, théologie, mystique chrétien médiévale, moyen-âge chrétien, Saint Chrétien, gloire, vaine gloire.
Auteur : Saint-Augustin d’Hippone (354-430)
Période :  aube du moyen-âge, fin de l’antiquité
Ouvrage : les confessions,

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“Les paroles de notre bouche, nos actions qui se produisent à la connaissance des hommes, amènent la plus dangereuse tentation, cet amour de la louange, qui recrute, au profit de certaine qualité personnelle, des suffrages mendiés, et trouve encore à me séduire par les reproches mêmes que je me fais. Souvent l’homme tire une vanité nouvelle du mépris même de la vaine gloire; et la vaine gloire rentre en lui par ce mépris dont il se glorifie.”

Saint Augustin (354-430)  – Les confessions, Vaine gloire, poison subtil.

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Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour se situer un peu avant l’aube du moyen-âge, les écrits autant que l’approche théologique et philosophique de Saint-Augustin habiteront longtemps le monde médiéval et l’esprit de ses hommes. Sur certains aspects au moins, l’influence du philosophe et mystique chrétien d’Afrique perdurera même au delà de cette période,  en connaissant encore quelques temps forts au XVIIe siècle et en se frayant même un chemin jusqu’à notre modernité.

A classer parmi les premiers écrits auto-biographiques célèbres, ses confessions sont bien plus que la simple histoire d’une conversion. deco_medieval_moyen-age_chretienIntrospectif et vibrant de sincérité, Saint-Augustin y projette son propre itinéraire pour le transcender et toucher l’homme universel. Plus qu’une simple confession, ce livre du grand questionnement : des passions, de la raison, de la foi, entre autres grands thèmes, a traversé le temps. On en trouve, d’ailleurs, tout récemment une traduction en français moderne qui a été largement saluée, la version de Frédéric Boyer, appelée les aveux et datée de 2008.

Aujourd’hui, nous publions simplement un court extrait des confessions du Saint d’Hippone, en forme de citation sur la poursuite de la « vaine gloire », poison  dont il nous souligne bien ici la subtilité puisque, dans ses méandres insidieuses et si l’on y prend garde, ce dernier peut venir se glisser jusque dans son propre rejet et on se glorifie alors, en quelque sorte, de ne pas rechercher la gloire.

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Le portrait de Saint Augustin utilisé dans ce visuel est attribué au peintre italien Caravaggio (autour de 1600)

Pour les mettre en miroir, sur le même propos de Saint-Augustin, que nous livrons ici (traduction de 1864 par M Moreau), Frédéric Boyer traduira de son côté :

« Mais chacun de nos discours et chacune de nos actions publiques représentent un test très dangereux : notre amour-propre, qui nous fait aimer l’admiration des autres, nous pousse à collectionner et à mendier leurs suffrages. »
Saint Augustin, Les Aveux, Frédéric Boyer.

Gloire et désir de vaine gloire chez les auteurs du moyen-âge central

D_lettrine_moyen_age_passione Saint-Augustin à Thomas d’Aquin, et jusqu’à la fin du moyen-âge, on retrouvera cette notion de vaine gloire montrée du doigt par les auteurs médiévaux chrétiens. Même si l’on admet qu’il peut exister une « vraie gloire », Saint-Augustin lui-même en admet la possibilité, même si on ne retrouve déjà plus tout à fait chez lui, la marque de l’amour de la gloire loué par les auteurs classiques.

Après lui et chez les théologiens chrétiens du moyen-âge central, la gloire sera bordée et on s’en défiera même; au delà de la flagornerie, l’amour ou la recherche de son propre reflet (flatteur) dans le regard de l’autre, quand ce monde n’est qu’un passage vers un autre et qu’il convient si peu de s’y attacher ne peut aller de soi dans une perspective chrétienne. Au delà des différentes nuances qu’on pourra lui prêter, la gloire restera donc définie de manière relativement étroite et sa poursuite, pour elle-même, la vaine gloire, sera quoiqu’il en soit condamnée. Thomas d’Aquin en fera d’ailleurs un vice capital.

deco_medieval_moyen-age_chretienLa « gloire » véritable, est, en général, le résultat de l’exercice de vertus ou d’actions nobles et véritables, autrement dit, la conséquence désintéressée de conduites vertueuses et pas la poursuite d’une fin en soi. Du reste, obtenue ou reconnue sans que l’intéressé l’ait recherché par des valeurs ou des mérites éprouvés par l’action, elle ne saurait être héritée de possessions, de biens matériels ou même encore d’une lignée prestigieuse.

« Mais ès mondaines cours souvent, 
Promesses y volent au vent,
Vaine gloire y est grant maistresse
Et couvoitise y est princesse… »
Jean Froissart, Poésies

Hors des théologiens, pour nombre d’auteurs du XIIIe siècle, s’ils admettent une gloire chevaleresque, fondée sur l’exercice des vertus chrétiennes, la recherche de la gloire sera, presque  par nature vaine et même trompeuse, puisque indissociable de Fortune, qui tourne et change et peut la détruire à tout moment.  Totalement illusoire et présomptueux, le désir de vaine gloire met donc, tout le monde d’accord. Entre autres auteurs (Froissart, Gervais du Bus et son roman de Fauvel, Eustache Deschamps, Guillaume de Machaut, etc… ), Jean de Meung, dont on connait par ailleurs la plume acerbe n’hésitera pas  à s’y attaquer dans le Roman de la Rose. Là encore, l’ombre et le pouvoir de fortune serviront de cadre général et de repoussoir aux désirs ou aux illusions attachés à la vaine gloire.

« Si font devins qui vont par terre
Quant ils preschent pour loz aquerre,
Honneurs, ou graces ou richesses:
Ils ont les cueurs en grans détresses,
Ceulx ne vivent pas loyaulment,
Mais sur tous especiaument,
Ceux qui pour vaine gloire tracent
La mort de leurs ames pourchassent. »
Le roman de la rose – Jean de Meung.

Plus tard, dans le courant du XIVe siècle, les conflits et luttes des pouvoirs politiques, autant que les tensions à l’intérieur de l’église et les luttes d’ambition qui y tiendront place, ne manqueront pas de susciter invariablement le rappel de cette notion et de cet écueil, aidant même encore à repréciser les définitions (1).  Enfin, jusqu’à la fin du moyen-âge et dans les siècles suivants, la recherche de la vaine gloire continuera de rallier le consensus général, elle le fait toujours du reste.

Pour en avoir une vision juste,  concernant les notions de gloire et de désir de gloire (invariablement vain par nature) autant que deco_medieval_moyen-age_chretienleur ligne de démarcation, il faut aussi bien se souvenir que, de la définition idéale à la pratique, la position de nombre d’auteurs médiévaux ne peut que demeurer ambiguë puisque, finalement, ils sont souvent, par leur situation personnelle et leur dépendance à des protecteurs ou commanditaires, autant que par leurs écrits, ceux qui glorifient et qui louent, ou même encore ceux qui font les légendes et qui consignent les hauts faits et les mérites de leur temps. En dehors même des « commandes » ou des « louanges au kilomètres », la gloire demeure une valeur sûre et assez « vendeuse » à tout le moins difficilement contournable dans le champ littéraire, et on imagine peu de vrais héros sans elle. A cela il faut encore ajouter que les auteurs eux-même  peuvent certainement  nourrir, au moins quelquefois, et même si le statut d’auteur est alors, sans aucune commune mesure, avec ce qu’il deviendra par la suite, certaines ambitions de reconnaissance.

(1) Pour creuser tous ces aspects, je ne peux que vous conseiller l’article suivant sur Persée :  La notion de « vaine gloire » de Simund de Freine à Martin le FrancFrançoise Joukovsky-Micha.

Modernité de Saint-Augustin :
de la vaine gloire à la gloriole.

Q_lettrine_moyen_age_passionuant à la question de savoir si ces quelques lignes de Saint-Augustin peuvent encore nous être de quelque utilité ou même nous servir de guide au sein de notre modernité, à l’ère médiatique et télévisuelle, qui est aussi celle du tous « people », quand les rayons de librairie n’ont jamais autant croulé sous les autobiographies de « machin bidule, vu à la télé » ou pire « ex ou fils de machin bidule, vu à la télé », quand la télé réalité, encore, a fait de « passer à la télé » une fin en soi, quelque qu’en soit le prix, et quand , enfin, sur les réseaux sociaux et dans les mondes virtuels, l’individu ne s’est jamais autant rendu public auprès de presque parfaits inconnus, dans une frénésie qui va du simple besoin de se sentir exister, à une quête de reconnaissance ou de gloriole qui pourrait parfois donner le vertige, il faut bien s’efforcer de répondre que oui. L’écueil que le philosophe d’Hippone pointait du doigt, il y a 1600 ans, est sans doute plus d’actualité que jamais.

deco_medieval_moyen-age_chretienEt que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas là de morale chrétienne, ni même de morale tout court, pas d’avantage que le propos ne se résume à la mise en exergue d’une humilité, toute chrétienne aussi et bien que cette valeur puisse avoir son intérêt. Au delà même de la profession de foi, il s’agit aussi d’un guide pour l’action et d’un rappel utile sur la vacuité et l’illusion du paraître contre la vérité de l’être. Sans aller chercher bien loin, si nous sommes bien souvent séduits par des phrases du type « Faire de sa vie un art » ou « Vivre est un art », l’artiste, comme le mystique, cherche toujours et d’abord sa voie dans l’introspection et dans sa propre vérité intérieure ou si l’on préfère son propre « matériel » ontologique. Ce que les autres en feront, une fois le résultat produit ou rendu public, si tenté qu’il le rende public ce qui n’est pas toujours le cas, ne lui appartient plus et, sauf à prendre le risque de se dévoyer, la recherche de reconnaissance ou de vaine gloire n’est jamais son propos. Dès l’instant où il y cède, en ne créant que pour plaire, il entre en effet dans le clientélisme et dans la séduction. Or, sur le chemin de la connaissance de soi comme de la créativité, pour s’oublier et se perdre soi-même, l’amour des louanges est sans doute un des pires leurres, autant que l’un des le plus communs. Les modes passent, quelques chiens aboient, le véritable artiste est déjà loin, mais peut-être n’est-il d’ailleurs jamais passé par là.

En vous souhaitant une belle journée !
Fred
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Le Quatuor Machaut, au croisement du Jazz et de la musique médiévale

guillaume_de_machaut_musique_medieval_moyen-age_tardif_XIVe_siecleSujet : Musique médiévale,  chant polyphonique, Jazz, quatuor,
Période : moyen-âge tardif, XIVe siècle
Auteur : Guillaume de Machaut (1300-1377)
Titre : Messe notre dame
Interprète : Quatuor Machaut
Album : Quatuor Machaut, Ayler Records (2015)

Bonjour à tous,

Q_lettrine_moyen_age_passionuand quatre musiciens et saxophonistes de Jazz partent à la conquête des musiques médiévales du XIVe siècle et tout particulièrement des compositions de Guillaume de Machaut, cela donne le Quatuor Machaut, une formation largement saluée par la critique et le monde du Jazz, depuis sa création.

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Elle a vu le jour en 2012, à Orléans, à l’initiative du jeune et très actif artiste Quentin Biardeau. A l’écoute de la Messe de Notre Dame de Guillaume de Machaut, pièce polyphonique à 4 voix d’hommesil sera saisi par la modernité de la composition et naîtra alors en lui l’idée d’explorer l’oeuvre de manière tout à fait nouvelle et originale. Pour mettre à bien son projet, il s’entourera bientôt de trois autres saxophonistes : Gabriel LemaireSimon Couratier et Francis Lecointe. Le Quatuor Machaut était né.

Dès lors, les quatre artistes se feront un défi d’explorer les possibilités offertes par la composition du grand maître du moyen-âge tardif, dans un esprit totalement Jazz, en laissant une large place à l’improvisation. A quatre saxophones, il y avait là un pari unique qui, sur le papier, pouvait relever de la gageure, mais que la formation a brillamment relevé.

Un album et des performances
largement salués par le monde du Jazz

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Sorti en 2015,  le premier album du Quatuor Machaut sera salué, entre autre, par Révélation Jazz magazine et Indispensable  Jazz  News.  De son côté, le magazine en ligne  Citizen Jazz parlera   « d’audace folle » et encore « de coup de maître »,  soulignant une musique « d’une beauté saisissante ».  Distribué par Ayler Records, l’album, enregistré à l’ombre des vieilles pierres de l’Abbaye de Noirlac, est toujours   disponible sous forme digitale ou sous forme CD au lien suivant :  Quatuor Machaut   l’album.

Côté scène et concerts, le Quatuor Machaut se produit aujourd’hui dans les festivals, mais aussi les lieux les plus variés, Ils sont d’ailleurs toujours en tournée et seront le 14 novembre au  Festival Jazzdor de Strasbourg. En décembre, quelques dates supplémentaires à Malakoff et à Toulouse clôtureront leur tournée 2017. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter leur page facebook ici.

Le Quatuor Machaut – Présentation

La messe Notre Dame
de Guillaume de Machaut

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour en dire un mot, la Messe Notre Dame de Guillaume de Machaut, connue également comme Messe du Sacre de Charles V  (même si depuis les historiens sont entrés en désaccord sur la pertinence de cette appellation) fit date dans l’histoire de la musique médiévale, autant que religieuse.

Première messe à être composée entièrement par un seul compositeur, elle est aussi l’une des premières à consacrer dans son entier le chant polyphonique pour toutes les pièces de l’ordinaire (jusqu’à l’Ite missa est qu’il mit aussi en musique); les compositeurs avaient introduit peu à peu ce dernier dans les messes avant cela, mais il s’y partageait encore la place avec les chants monodiques. enluminure_miniature_guillaume_de_machaut_manuscrit_ancien_Ms_fr_1584_bnfCette oeuvre du compositeur médiéval est donc la plus ancienne du genre à nous être parvenue et on s’entend encore à dire qu’en proposant une oeuvre organisée et cohérente, qui fait appel avec une grande virtuosité à tous les procédés d’écriture polyphonique de son temps,  Guillaume Machaut a aussi ouvert la porte à la Messe, comme un genre pouvant faire l’objet d’une création artistique et musicale à part entière, écrit d’une seule plume.

Guillaume de Machaut, détail miniature, Manuscrit ancien Ms Fr 1584 (1370-1377) Bnf, départements des manuscrits

Pour conclure, en revenant à notre quatuor du jour, voilà encore une façon totalement originale pour le moyen-âge de s’inviter dans notre modernité. Quant au compositeur Guillaume de Machaut et sur ce plan, il n’en est pas à son premier galop d’essai puisqu’il semble, en effet et à juste raison, qu’il ne cesse de fasciner et d’interpeller nombre de nos musiciens contemporains sur ses oeuvres, plus de six siècles après lui.

En vous souhaitant  une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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Kaamelott épisode clin d’oeil inédit : Perceval et le roi Burgonde, entre chefs de guerre

kaamelott_cinema_trilogie_humour_alexandre_astier_news_infos_serie_culteSujet : humour, détournement, série télévisée, légendes arthuriennes, Kaamelott, Alexandre Astier, comédie, série culte, Perceval, roi Burgonde.
Période : moyen-âge central et haut moyen-âge
Auteur original: Alexandre  Astier
Distribution :   CALT production, M6
Média : détournement, épisode inédit hommage, chaîne youtube monde médiéval .

Bonjour à tous,

P_lettrine_moyen_age_passion copiaour la détente, nous publions un nouvel épisode inédit inspiré directement de la série télévisée Kaamelott et réalisé avec des bouts de ficelle.

Comme pour les précédents épisodes, il s’agit d’imaginer de nouvelles situations, à partir des personnages existants, qui se situeraient entre le livre 1 et le livre 2, soit une période encore légère de ton. kaamelott_guillaume_briat_roi_burgonde_serie_televisee_culte_M6_monde_medievalL’idylle de Guenièvre et Lancelot ne l’a pas entachée de gravité. Le roi Arthur, de son côté, n’a pas non plus fauté avec Dame Mevawni, l’épouse ambitieuse du chevalier Karadoc, et il n’est pas encore tout entier gagné par les affres du doute et de la déprime. Dans l’effervescence et la fraîcheur des nouveaux départs, même le Graal peut sembler tout proche et tout reste à faire.

L’épisode d’aujourd’hui met en scène les chevaliers Bohort (Nicolas Gabion) et Perceval (Franck Pitiot), ainsi que le très rabelaisien Roi Burgonde (incarné par Guillaume Briat à l’écran). Le roi Arthur (Alexandre Astier dans la série) y fait également une apparition.

Encore une fois, il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un exercice d’imitation vocale mais plus d’un effort d’écriture et de style, une tentative de restitution et de prolongement des personnages dans leurs traits de caractère, leurs répliques et leurs intonations. Le passage en format audio permet de se faire une bonne idée du résultat, même si dans l’idéal, le script se destinerait aux brillants acteurs originaux de la troupe d’Alexandre Astier et de la série, mais ne rêvons pas trop, l’auteur original est déjà en place et quel auteur !

Entre chefs de guerre : un épisode audio clin d’oeil Kaamelott

J_lettrine_moyen_age_passione précise que c’est sans doute le dernier épisode que nous réalisons dans cette veine. D’une part, l’oeuvre est celle d’Alexandre Astier et il est occupé à continuer à faire vivre ses excellents personnages de mille manières : pour preuve, une nouvelle BD sortira en janvier et la trilogie toujours prévue au cinéma, est normalement déjà écrite. Il y a quelque temps, il avait encore parlé d’un format peut-être romancé pour le projet Kaamelott Resistance et nul doute (il l’a d’ailleurs déclaré) qu’il entend bien continuer d’exercer sa plume autour de l’univers qu’il a crée avec brio et de toutes pièces autour de la légende d’Arthur, du Graal, et de la matière de Bretagne. De notre côté, s’agissant d’un clin d’oeil, nous avons déjà fait autour de dix épisodes et c’est bien suffisant, Plus serait sans doute indigeste. D’autre part, nous avons aussi d’autres projets d’écriture et nos propres personnages à faire vivre.

kaamelott_perceval_franck_pitiot_legendes_arthuriennes_humour_serie_televise_alexandre_astier_M6_monde_medievalDernière remarque, pour certains de nos visiteurs et membres qui ne connaitraient pas la série, nous vous la recommandons chaudement. Bien sûr, il ne faut pas y chercher le moyen-âge réaliste mais bien plutôt le moyen-âge représenté. L’histoire du Graal a de plus l’avantage de se situer sur une terre de légendes qui autorise une certaine liberté. L’histoire littéraire du roman arthurien l’a largement démontré.

Avec Kaamelott, nous nous situons dans le Médiévalisme, mais aussi  dans le registre de la  comédie moderne avec une sérieuse touche de non sens et d’absurde, à l’anglaise. Sans chevaux et sans grands renforts de figurants, les légendes arthuriennes y sont épiques mais d’une manière toute particulière. Leurs drames, leurs péripéties et leurs rebondissements se jouent en effet, dans le quotidien et plus que s’y jouer, elles s’y empêtrent pour notre plus grande jubilation.

Perceval et le roi Burgonde :
entre chefs de guerre, le script

O_lettrine_moyen_age_passionù l’on découvrira la valeur hautement stratégique de l’échange culturel et militaire entre grands guerriers autant que les méandres inexplicables du destin et des dons du chevalier Perceval.

Bohort : Seigneur Perceval, Dieu merci ! Vous êtes là. Je vous cherchais partout.

Perceval : Heu moi ? Mais pourquoi ? Qu’est ce que j’ai fait encore?

Bohort : L’heure est grave. en partant Arthur a totalement oublié la présence du roi Burgonde en salle de réunion et nous nous retrouvons avec cet affreux sauvage sur les bras. Je suis désemparé. Que va-t-il advenir de nous?

Perceval : Mais en quoi ça me concerne moi ?

Bohort : Et bien mais si nous ne nous en occupons pas, le roi Burgonde risque de se vexer et il pourrait bien décider d’envoyer ses troupes à l’assaut de nos remparts. Mon dieu c’est terrible la seule idée que ces barbares puissent nous attaquer me retourne l’estomac.

Perceval : Ah ouais mais faudrait que je fasse quoi en fait?

Bohort :  De grâce parlez-lui !

Perceval : Moi ? mais vous voulez que je lui dise quoi ? Déjà l’breton j’bite a moitié alors vous vous doutez bien que l’Burgonde… Mais pourquoi vous l’faites pas vous?

Bohort :  Et bien mais…Il me fait peur voilà je vous l’avoue. Déjà il n’arrete pas d’envoyer des vents immondes et cela me déstabilise alors que vous en tant que partenaire privilégié du seigneur Karadoc, vous y étés au moins habitué. Cela vous donne, en quelque sorte, une longueur d’avance.

Perceval : Une longueur d’avance ? Non mais faut pas croire qu’on s’habitue ce serait une erreur, on apprend plus ou moins à vivre avec, mais on s’habitue jamais.

Bohort :  Seigneur Perceval je vous en conjure !

Perceval : Bon d’accord mais j’vous préviens si jamais il met tout à feu et à sang, faudra pas venir dire que c’est d’ma faute.

Bohort :  Je…je crois que je vais tourner de l’oeil.

Perceval : Bon bin d’accord, j’y vais…

Bohort : … Une derniere chose, Si tout cela se passe mal, inutile de crier, je n’interviendrais pas, je prefere être clair la dessus.

Perceval : Mais j’fais quoi alors si ça part en sucette ?

Bohort : Et bien mais vous faites comme tout les gens raisonnables et qui tiennent un tant soi peu à leur vie. Vous fuyez! Mais allons assez parlé, ne le faites plus attendre.

Perceval : Bon bin a tout a l’heure alors.

Perceval entre dans la pièce.

Le roi Burgonde : Arthourrrrrrrrrrrrrrr?

Perceval : Heu non il a pas pu venir en fait.

Le roi Burgonde :  (mange) hmmmm   (vent) (mange)…. Vous qui?

Perceval : Moi qui ? Heu, Perceval.

Le roi Burgonde :  (mange) Plous fort que Arthour ?

Perceval :  Heu ça dépend en quoi, mais en principe oui. Mais faut pas lui dire parce après ça le vexe.

Le roi Burgonde :  muhaaaaaa ça dépend. (mange) …. PARCIVALLLLLLL ?

Perceval : Heu ouais?

Le roi Burgonde :  Shuttttttt. Il faut pas Loui dirrrrrre ! muhuhahahaha. (vent immonde)

Générique.  Arthur Arrive

Arthur :  Bohort mais qu’est ce que vous faites là ? Oh p’tain la délégation burgonde j’l’avais complêtement oublié celui là.

Bohort :   Non mais attendez sire, ne vous inquiétez pas le seigneur perceval s’en occupe

Arthur :  HEINNNNNNNNNNNNNN? Qu’est ce que c’est que ces conneries encore?

Bohort :  C’est une initiative que je me suis vu contraint de prendre, mais apparement ils sont enfermés ensemble depuis plus de deux heures et ça a l’air de plutôt bien se passer.

Arthur :  Bien se passer ? Qu’est ce qui vous fait dire ça au juste?

Bohort :  Et bien je n’arrête pas de les entendre rire.

La porte s’ouvre le roi et Perceval sortent tous les deux de la pièce

Perceval : Ouais c’est comme moi, une fois, j’ai voulu faire une surprise à une fille, mais en fait, c’était un cheval. Du coup, J’crois que j’l’ai vexé. I m’a mordu.

Le roi Burgonde :  Muhahaha.

Perceval :  Ah tiens bonjour sire

Le roi Burgonde :  ARTHURRRRRRRRRR ?

Arthur :  Heu oui ?

Le roi Burgonde :  Parcival Grand chouvalier. toi bien soucoupe lui !

Arthur :  Heu oui non mais ça va ça.

Le roi Burgonde : hmmmm, ça vaaaa. (vent)

Il s’éloigne.

Arthur :  Mais i fait quoi là ?

Perceval : Bin. i rentre chez sa mémé là, c’est bon, c’est géré, vous inquietez pas….

Arthur : Mais vous lui avez dit quoi?

Perceval :  Rien d’spécial on a taillé l’bout d’gras quoi. On s’est échangé quelques trucs rapport au combat et tout, c’est normal entre chefs de guerre ça.

Arthur : Entre ? Chefs de Guerre ? Vous ? Vous lui avez des trucs à lui ??? !!!!!!!!

Perceval :  Bin ouais jvois pas c’qu’y a d’choquant

Arthur :  Bin vous êtes bien l’seul…

Générique. noir

Le roi Burgonde :  ARTHURRRRRRRRRRRRRRRR !!!!

Arthur :  Oui, qu’est-ce qu’i y a encore ?

Le roi Burgonde : C’EST PAS FAUX muhahahahahaahahaha

Arthur : Hein quoi ? Mais qu’est-ce qui déblatère encore, qu’est-ce que c’est qu’est pas faux?

Perceval :  Non mais c’est rien, j’vous expliquerai. (vent)

Générique


En vous souhaitant une très belle journée.
Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes

Jean Meschinot : devoir des princes et poésie médiévale morale et politique

manuscrit_24314_jean_Meschinot_poete_breton_medieval_poesie_politique_satirique_moyen-age_tardifSujet : poésie politique, morale, réaliste, poésie médiévale, biographie, portrait, poète breton.
Période : moyen-âge tardif, XVe siècle
Auteur : Jean (Jehan) Meschinot (1420 – 1491)
Manuscrit ancien : MS français 24314 bnf
Ouvrage : Les lunettes des Princes (extrait).

Bonjour à tous,

N_lettrine_moyen_age_passionous suivons, aujourd’hui, le fil de la poésie médiévale du gentilhomme d’armes breton du XVe siècle, Jehan Meschinot pour partager quelques nouveaux extraits pris, ça et là, dans ses « lunettes des princes ».

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meschinot_jehan_poesie_medievale_morale_poltique_XVe_siecle_moyen-age_tardif

« … Se tu vas à Saint-innocent
Où y a d’ossemens grans tas,
Jà ne congnoistras entre cent
Les os des gens de grans estas
D’avec ceulx qu’au monde notas
En leur vivant povres et nuds. »

Sur cette même idée d’égalité devant la mort, on trouvera encore en un autre endroit  :

« … Quant au corps, guere davantage
Ne vois d’un Prince aux plus petits
Les aulcuns s’en vont devant âge
A la mort pauvres et chétifs.
Autres suivent leurs appetis
Pour quelque temps, & puis ils meurent:
Leurs oeuvres sans plus leur demeurent. »

Les lunettes des princes, Jean Meschinot.

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A_lettrine_moyen_age_passionquelques éléments auto-biographiques près, les Lunettes des Princes de Meschinot, se situent à plein dans une poésie morale et politique, basée sur l’observation des temps, dans la veine d’un Eustache Deschamps et d’autres rhétoriqueurs d’alors qui, comme les décrivait l’historien et écrivain Edouard de kerdaniel dans son ouvrage  Un soldat-poète du 15e siècle, Jehan Meschinot (et sans  les réduire à cet aspect de fond puisqu’ils se caractérisent aussi par un usage particulier des formes) :   « considèrent la poésie, non comme l’expression de sentiment personnel, mais comme l’expression d’antiques vérités et mettent leur esprit, leur verve, les ressources de leur versification à exprimer les lieux communs de la morale et de la sagesse éternelle. »

Dans cet état d’esprit donc et toujours aussi prompt à défendre l’homme de pauvre condition, les gens du simple ou le vilain contre les abus des puissants ou des princes, Jean Meschinot fait ici appel à la réalité ultime : la mort, pour rappeler à ces derniers la vanité et la vacuité du pouvoir, autant que l’importance de tenir leur devoir.

meschinot_jehan_poesie_medievale_morale_realiste_XVe_siecle_moyen-age_tardifQuant à la camarde, comme d’autres de ses contemporains, le poète breton du moyen-âge tardif la connaît bien. Entre famine, misère et guerre, il en a été le témoin et elle lui a encore enlevé, en l’espace de quelques années, ses grands protecteurs, quatre ducs de Bretagne successifs,  le laissant dans le plus grand embarras et dans une détresse qu’il versifiera si bien et de manière si réaliste qu’on croirait presque, par instants au moins, lire du François Villon :

« Penser me tient, foiblesse me pourmène…
Je veille en pleurs, je dors en frénésie.
 N’est chose qui ma douleur supporte,
Pire est mon mal que n’est paralysie;
Ma jeunesse est de tout bien dessaisie…

…Tremblant je sue, et si ars en froidure,
En dueil passé ay mal qui sans fin dure
Et ma santé d’infection tachée,
l’ay corps entier dont la chair est hachée,
Et ma beauté toute paincte en laidure.,.
]e suis garny de santé langoureuse,
J’ay liesse pénible et doloreuse
Et doux repos plein de mélencolie ;
Je ne vis plus, fors en surté paoureuse,
La clarté m’est obscure et ténébreuse,
Mon sentiment est devenu folie. »

Les lunettes des princes (extraits) Jehan Meschinot.

Pourtant, même si la fatalité l’atteint au point qu’il n’hésite pas à nous faire partager ses infortunes, il n’aura de cesse dans ses lunettes des princes de dépasser son propos auto-biographique et ses propres misères dans un élan moral et politique qui reste au coeur de l’ouvrage. Morale et sagesse éternelle ou sermon politique pour une juste tenue du pouvoir, empreint  d’une saveur toute médiévale ? Chacun en jugera. Il demeure en tout cas évident que les maux qui frappent son monde seraient bien moindres s’ils n’étaient encore aggravés par les vices et les abus des princes, mais aussi, nous dira-t-il, en élargissant son propos, de certains autres lettrés, personnels de justice, avocats, greffiers ou nobles de son temps.

En vous souhaitant une belle journée.

Frédéric EFFE.
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

Cantigas de amigo, une chanson médiévale courtoise de Lourenço Jograr, troubadour du XIIIe siècle

poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_amigo_galaïco-portugais_moyen-ageSujet : amour courtois, musique, poésie médiévale,  Cantigas de amigo, galaïco-portugais, troubadour.
Période : XIIIe siècle, moyen-âge central
Auteur : Lourenço Jograr (Jogral)
Interprète : Paulina Ceremuzynska
Titre:  Três moças cantavam d’amor
Album :  E moiro-me d’Amor  (2006)

Bonjour à tous,

I_lettrine_moyen_age_passion copial y a tant de beaux auteurs, artistes, poètes, trouvères et troubadours qui nous viennent du monde médiéval qu’il pourrait parfois sembler difficile de savoir par où commencer.  De notre côté, dans cette aventure, nous avons choisi de privilégier un voyage exploratoire qui ne suit pas nécessairement les sentiers balisés, ni les frontières des terres de la France d’alors. Notre objet est donc vaste mais nos pas restent libres de toute entrave.

Bien sûr, en matière de poésie et de littérature médiévale, il y a des classiques, des hiérarchies dans les auteurs, des influences réputées plus certaines que d’autres. En plongeant dans la discipline fascinante qu’est la codicologie, on peut même compter les codex et les manuscrits anciens pour mesurer la popularité de certains textes, ou projeter leur influence, même si cela reste un exercice délicat, comme nous le rappelait Richard Trachsler dans son excellente conférence sur le roman arthurien, donnée à l’Ecole de Chartes. Avec le temps et si poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajuda_chansonnier_medieval_cantigas_amor_amigo_moyen-ageDieu nous prête vie, nous finirons bien par rattraper tous ces « classiques »,  mais encore une fois, nous n’en avons pas, jusque là, fait notre priorité systématique.

Ainsi, aujourd’hui, nous continuons  d’emprunter, à notre façon, les chemins de traverse, à la découverte de ce fascinant moyen-âge et ce faisant, nous partons à la rencontre des Cantigas de Amigo et des Cantigas de Amor, autrement dit ces chansons des troubadours de l’Espagne et du Portugal médiéval qui sont des pièces de lyrique courtoise toutes entières dédiées à l’ami (soit l’être aimé) ou à l’amour.

Nous voilà donc à l’abordage des rives du moyen-âge central pour vous parler d’un troubadour du XIIIe siècle: Lourenço Jograr (ou Xograr), que l’on pourrait traduire, s’il le fallait, par Laurent ou Laurencin le Jongleur. Et comme souvent, cet article nous fournit encore l’occasion de parler d’une artiste passionnée de musique médiévale. C’est une chanteuse et soliste contemporaine d’origine polonaise. Elle a pour nom Paulina Ceremuzynska et elle nous offre ici une très belle interprétation d’une chanson de ce Lourenço, mais avant de la découvrir disons quelques mots de ce dernier.

Lourenço Jograr ( Xograr ou Jogral )
Laurencin ou Laurent le Jongleur

L_lettrine_moyen_age_passiones informations concernant la biographie de  ce troubadour proviennent essentiellement de ses propres poésies ou des dits d’autres troubadours de son temps le concernant. Le fait qu’il ne soit désigné pratiquement que par son prénom complique encore son identification certaine dans les sources. Contemporain de la cancioneiro_colocci_brancuti_troubadour_poesie_musique_amour_courtois_médiévale_galaïco-portugaisedeuxième moitié du XIIIe siècle, il était, semble-t-il, d’origine portugaise, et a certainement fréquenté, au moins un temps, la cour d’Alphonse X de Castille.

Son oeuvre, à tout le moins celle qui nous est parvenue, n’est pas immense en taille. Elle comprend une dizaine de cantigas de amigo ou de amor  réparties dans plusieurs manuscrits anciens (voir image ci-contre). On y  trouve encore quelques jeu-partis demeurés célèbres  entre lui et le chevalier et troubadour João Garcia de Guilhade  (Johan Garcia de Guilhade) au service duquel Lourenço a certainement été.

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TRÊS MOÇAS CANTAVAM D’AMOR par Paulina CEREMUZYNSKA

Paulina Ceremuzynska & l’art des troubadours galaïco-portugais du XIIIe

N_lettrine_moyen_age_passionous devons l’interprétation du jour à la chanteuse et artiste Paulina Ceremuzynska.  Avec une prédilection pour les musiques anciennes et, en particulier, celles provenant de la période médiévale et du moyen-âge central, Paulina est diplômée en musicologie à l’université de Varsovie. Titulaire encore d’un master  en Interprétation de la musique médiévale, obtenu à Paulina_Ceremuzynska_chansons_musiques_poesies_anciennes_medievales_troubadours_cantigas_amigo_amor_moyen-age_XIIIel’Université Paris-Sorbonne, elle a étudié le chant et la direction artistique sous l’égide de prestigieux professeurs au nombre desquels on conte le célèbre contre-ténor et chanteur lyrique Richard Levitt.

En 2004, lors d’études et de recherches dans le cadre du Centre de recherches en sciences humaines de Saint-Jacques de Compostelle, elle s’attela à la transcription musicale et à l’interprétation du Parchemin Sharrer, document ancien comprenant des cantigas contemporaines du règne de Denis 1er du Portugal (1279-1325), monarque éclairé connu encore sous le nom du roi poète ou du roi troubadour. Outre ses célèbres réformes dans le milieu agraire, l’homme était un féru de littérature et de culture. Il fonda d’ailleurs l’université de Lisbonne et on lui attribue près de 140 cantigas.

A l’occasion de ses recherches historiques, musicales et médiévales, Paulina se forma aussi au galaïco-portugais et l’ensemble de ce travail donna lieu à un premier CD : Cantigas de Amor e Amigo dans lequel elle présentait des chansons du Roi Denis et du troubadour Martin Codax. Si cet album vous intéresse, vous le trouverez disponible à la vente en ligne sous ce lien : Cantigas de Amor E Amigo

Ce travail fut aussi, indubitablement, la confirmation pour l’artiste d’un vif intérêt, sinon d’une passion, pour la poésie des troubadours de cette période et de cette langue. Elle poursuivit d’ailleurs ses recherches dans la même direction, pour aboutir en 2006 à l’album  E moiro-me d’Amor qui se situait encore autour des musique_poesie_medievale_troubadour_jongleur_cantiga_de_amigo_Paulina_Ceremuzynska_moyen-age_XIIIe_siecletroubadours de langue galaïco-portugaise du moyen-âge central. Il s’agit là d’un travail de restitution dont l’ambition est de se situer au plus près de l’esprit médiéval des Cantigas de Amigo. Il s’articule autour d’une sélection de chansons prises dans le répertoire des  troubadours les plus prestigieux de l’école galicienne. C’est de cet album qu’est tirée sa sublime interprétation de la chanson de Lourenço Jograr que nous vous proposons aujourd’hui.

A noter encore concernant cette artiste qu’elle est la fondatrice et la directrice artistique de l’Ensemble Meendinho spécialisé dans les chants monophoniques médiévaux et les musiques anciennes. Pour la suivre,  voici l’adresse de sa page facebook.

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Três moças cantavam d’amor :
Le chant d’amour de trois damoiselles pour un troubadour ému

L_lettrine_moyen_age_passiona chanson du jour met en scène trois jeunes filles en peine d’amour et l’une d’elles, qui se trouve être la belle du troubadour propose aux deux autres de chanter la chanson d’un « ami » (l’artiste lui-même donc). Et voilà donc notre troubadour devant la scène, touché, pour ne pas dire émoustillé, que sa chanson puisse avoir été choisie par l’élue de son coeur, y voyant là, à l’évidence, une belle preuve d’amour. Derrière l’émotion du poète, on pourra, bien sûr, argumenter à l’envie sur la nature « auto-élogieuse » du chant, il semble d’ailleurs que quelques troubadours de la même période que l’auteur, l’aient fait, pour le moquer un peu mais la poesies_chansons_medievales_troubadours_cancioneiro_de_ajudar_chansonnier_medieval_cantigas_galaïco-portugais_moyen-agenature épurée de cette chanson d’amour « en miroir » l’emporte tout de même au final.

Les paroles médiévales et leur adaptation en français moderne

Nous vous proposons une adaptation française du cru ; elle est issue de la traduction espagnole et anglaise des paroles et de recherches personnelles sur la langue originale. Encore une fois, il s’agit de s’en faire une idée, il reste, quoiqu’il en soit, difficile de retraduire toute la richesse de ce texte dans son contexte :

Três moças cantavam d’amor,
mui fremosinhas pastores,
mui coitadas dos amores.
E diss’end’ũa, mia senhor:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Trois demoiselles chantaient d’amour
c’étaient de très belles bergères
Souffrant de peines amoureuses
Et l’une d’elles disait, qui est ma dame :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon ami. (bien-aimé)

Todas três cantavam mui bem,
come moças namoradas
e dos amores coitadas.
E diss’a por que perço o sem
Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Toutes les trois chantaient fort bien
Comme des filles amoureuses
Et prises en détresse d’amour,
Et elle dit, ce qui me troubla les sens :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

Que gram sabor eu havia
de as oir cantar entom!
E prougue-mi de coraçom
quanto mia senhor dizia:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo.

Quel grand plaisir j’ai eu alors
de les entendre chanter!
Et comme cela a touché mon coeur
quand ma dame leur disait:
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé. 

E se as eu mais oísse,
a que gram sabor estava!
E quam muito me pagava
de como mia senhor disse:
– Dized’amigas comigo
o cantar do meu amigo

Et, moi, plus je  les entendais,
Quelle grande joie c’était!
Et combien cela me plaisait
Comme ma dame disait :
– Chantez, mes amies, avec moi,
le chant de mon bien-aimé.


En vous souhaitant une belle écoute et une excellente journée!

Fred
Pour moyenagepassion.com
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

PS : dans les sources utiles sur la poésie et les cantigas médiévales gallego-portugaises (amigo et amor) , il faut citer pour ceux d’entre vous qui parlent portugais ou anglais cet excellent site web attaché, indirectement, à la faculté de Lettres de Lisbonne :  Cantigas  medievais  galego-portuguesas.

Le moyen-âge de jacques le Goff

Sujet : citations, monde médiéval, moyen-âge, Histoire médiévale.
Auteur : Jacques le Goff  (1924-2014), historien médiéviste.

citation_monde_medieval_jacques_le_goff_historien_medieviste_moyen-age_racines_modernite

“Le Moyen Age a été un grand laboratoire d’idées, d’institutions, de formes, et il reste une mine d’enseignements. Il vient certes après l’Antiquité, si riche, si florissante. Pourtant, malgré les progrès de l’histoire ancienne, les civilisations du passé ont pris un coup de vieux, dû sans doute à l’abandon du grec et du latin dans l’enseignement. Les Hérodote, Salluste et autres Cicéron ne sont plus nos ancêtres : c’est le Moyen Age qui, en se rapprochant, est devenu notre Antiquité, nos sources, notre jeunesse.”

Jacques Le GOFF, historien médiéviste (1924-2014)
Extrait d’un entretien de 1999 (Télérama)

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com
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